René Lévesque

politicien québécois

René Lévesque
Illustration.
Fonctions
23e premier ministre du Québec

(8 ans, 10 mois et 8 jours)
Lieutenant-gouverneur Hugues Lapointe
Jean-Pierre Côté
Gilles Lamontagne
Législature 31e, 32e
Prédécesseur Robert Bourassa
Successeur Pierre Marc Johnson
1er Chef du Parti québécois

(16 ans, 8 mois et 6 jours)
Prédécesseur Premier titulaire
Successeur Pierre Marc Johnson
Ministre des Richesses naturelles

(4 ans, 9 mois et 22 jours)
Premier ministre Jean Lesage
Gouvernement Lesage
Législature 26e, 27e
Prédécesseur Premier titulaire
Successeur Gaston Binette
Ministre de la famille et du bien-être social

(8 mois et 2 jours)
Premier ministre Jean Lesage
Gouvernement Lesage
Législature 27e
Prédécesseur Émilien Lafrance
Successeur Jean-Paul Cloutier
Biographie
Surnom Ti-poil[1]
Date de naissance
Lieu de naissance Campbellton, Nouveau-Brunswick (Canada)
Date de décès (à 65 ans)
Lieu de décès Île des Sœurs, Verdun, Québec (Canada)
Nationalité Canadien
Parti politique Parti libéral (1960-1967)
Parti québécois (1968-1987)
Conjoint Louise L'Heureux (1947-1977)
Corinne Côté (1979-1987)
Profession Journaliste

Signature de René Lévesque

René Lévesque
Premiers ministres du Québec

René Lévesque est un homme d'État québécois né le à Campbellton (Nouveau-Brunswick)[2] et mort le à Montréal (Québec). D'abord connu comme journaliste, animateur de radio et de télévision, il est un l'un des principaux artisans de la Révolution tranquille, de la nationalisation de l'électricité au Québec et un ardent défenseur de la souveraineté politique du Québec. À la tête du Parti québécois, un parti indépendantiste, il est premier ministre du Québec de 1976 à 1985. Durant son mandat il tient le premier référendum sur l'indépendance du Québec du Canada en 1980.

Lévesque grandit à New Carlisle dans La Baie-des-Chaleurs. Élève doué formé chez les Jésuites de Gaspé, puis du Collège Saint-Charles-Garnier de Québec, il abandonne ses études en droit à l'université Laval en 1943 et travaille comme annonceur et rédacteur pour la radio. Bilingue, il est recruté en 1944 comme agent de liaison puis correspondant de guerre pour l'Armée américaine. Dépêché à Londres, il participe aux campagnes militaires de France, d'Allemagne, d'Autriche et la libération du camp de concentration de Dachau avec les troupes du général américain Patton puis du général Patch.

Après la guerre, il s'installe à Montréal et travaille comme journaliste pour Radio Canada International puis devient animateur à la Radio-Canada où il anime Point de mire. Impliqué dans la grève des réalisateurs de Radio-Canada de 1958, son émission Point de mire est retirée de l'antenne à l'été 1959. Lévesque quitte Radio-Canada le pour devenir, en 1960, député pour le Parti libéral du Québec et ministre dans le gouvernement Lesage. Il est au cœur de la Révolution tranquille et de la nationalisation de l'électricité à cette époque. Déçu de la position de son parti sur l'avenir politique du Québec, il quitte le Parti libéral pour fonder, en 1968, le Parti québécois, une formation nationaliste d'inspiration sociale-démocrate.

Indépendantiste, Lévesque est le chef du Parti québécois lorsque celui-ci prend le pouvoir à la suite de l'élection générale de 1976. Lévesque devient alors le 23e premier ministre du Québec et prend la tête du premier gouvernement souverainiste de l'histoire québécoise. Promoteur de cette idée, il convoque, en 1980, un référendum portant sur la souveraineté-association de la province, mais son issue est défavorable au gouvernement puisque le « non » à la souveraineté l'emporte. Le Parti québécois, que Lévesque dirige toujours, reste néanmoins au pouvoir à la suite de l'élection de 1981. Contesté au sein de son parti et peinant à susciter l'intérêt populaire pour la pleine indépendance du Québec, Lévesque se retire de la vie publique en 1985.

Connu pour avoir popularisé auprès de la population le projet de souveraineté du Québec, mais aussi pour ses convictions sociales-démocrates, Lévesque est l'une des personnalités politiques marquantes de l'histoire du Québec.

Biographie

Enfance et formation

 
René Lévesque, étudiant au Séminaire de Gaspé

Le surdoué de New Carlisle

René Lévesque grandit à New Carlisle (comté de Bonaventure, Gaspésie), un village à majorité anglophone et bourgeoise, comptant à l'époque près de 1 000 habitants[3]. Il naît toutefois de l'autre côté de la Baie des Chaleurs, le , à l'hôpital de Campbellton, au Nouveau-Brunswick[4]. Ses parents ont décidé de s'y rendre car son frère aîné, qui devait venir au monde à la maison, est mort-né à cause d'un médecin en état d'ébriété[4]. L'une des plus grandes figures de l'histoire québécoise est donc venue au monde dans une province voisine.

René Lévesque est le fils de Diane Dionne-Pineault, née à Rivière-du-Loup et descendante d'une lignée des seigneurs de Tilly , et Dominique Lévesque, un avocat trouvant ses racines à Saint-Pacôme-de-Kamouraska[3]. Le couple s'est formé à Rivière-du-Loup et s'est uni dans la même ville, le 4 octobre 1920, lors d'une sobre cérémonie à l'église Saint-Patrice[4]. La mère de René Lévesque est une femme cultivée «avide de connaissances» qui fait «figure d'intellectuelle»[5]. Son père est un jeune avocat prometteur travaillant au cabinet d'Ernest Lapointe, influent avocat et «lieutenant québécois» du premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King[5].

René Lévesque est d'ascendance normande du côté paternel. Plus tard, alors qu'il est premier ministre du Québec, il ira d'ailleurs en Normandie pour honorer la mémoire de Robert Lévesque, le premier porteur du patronyme à débarquer en Nouvelle-France[5]. Son biographe Pierre Godin fait ressortir deux ancêtres marquants de René Lévesque: Charles Pearson, mutin de la marine britannique au XIXe siècle, et Germain Dionne, rebelle canadien français ayant combattu aux côtés des Américains lorsqu'ils envahirent la Province of Quebec en 1775. Godin souligne avec humour qu'un tel arbre généalogique prédestinait Lévesque à devenir «l'enfant terrible de la politique québécoise»[5].

René Lévesque est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Il a deux frères, Fernand et André, ainsi qu'une sœur, Alice. À New Carlisle, le foyer familial est une maison de bois blanc située au 16 rue Mount Sorel, sur une butte qui surplombe la baie des Chaleurs[6]. Si à l'époque elle était «considérée comme une maison bourgeoise», Godin souligne qu'elle serait aujourd'hui «bien ordinaire avec son portique rudimentaire orné d'un lustre en fer forgé plutôt banal, ses bay-windows qui en rompent l'harmonie ancienne et un solarium que les années ont un peu mutilé»[6]. Modeste comparativement aux luxueuses demeures des bourgeois anglophones de la région, elle met en lumière, pour Lévesque, les inégalités entre les Wasps et la population francophone[6]. Plus tard, il y verra même une manifestation du colonialisme: «Les Canadiens français à New Carlisle, nous étions des colonisés. Dans ce village, une minorité d'Anglais contrôlait tout, le CN, la banque, le magasin général...nous étions leurs indigènes. Ils n'étaient pas méchants. Ils nous traitaient comme les Rhodésiens blancs traitent leurs Noirs. Ils ne leurs font pas de mal mais ils ont tout l'argent, donc les belles villas et les bonnes écoles[6]

René Lévesque fait d'ailleurs ses études primaires dans une petite école de rang bilingue, une one-room schoolhouse qu'il qualifie de «misérable cabane»[7]. À l'école, les francophones le considèrent comme un enfant triste alors que les anglophones voient en lui un trouble maker[7]. Chétif, il fait toutefois preuve de caractère et ne craint aucun élève. Il côtoie surtout des catholiques à l'école primaire: Canadiens français, Acadiens ou encore anglophones d'origine irlandaise[8]. Bien qu'ils se taquinent entre eux, s'insultant de french frogs et de craw fish, René Lévesque conserve de bons souvenirs de cette époque, qu'il qualifie de «très folklorique»[8]. Il assure également qu'il n'a «gardé aucun ressentiment vis-à-vis des gens de langue anglaise»[8]. Il est pourtant confronté directement aux inégalités, notamment lorsqu'il passe devant la New Carlisle Academy, une high school moderne que fréquentent les fils de riches et qui contraste avec la modeste école de rang où il étudie[8]. Malgré le sentiment d'injustice, le jeune René Lévesque, enfant hyperactif et bagarreur, est apaisé par la mer qui borde sa Gaspésie natale[8].

 
René Lévesque en Éléments latins
2e rangée, 1er à gauche

Influencé par un père qu'il admire grandement, René Lévesque développe très tôt un goût pour la lecture[9]. Il confiera plus tard: «Quand j'y pense, je peux dire que c'est l'un des hommes les plus remarquables que j'aie connus. C'est un homme pour qui le mot «culture» avait un sens. Il m'a appris le français dans une édition illustrée des fables de La Fontaine...»[9]. Sa mère est également une «lectrice boulimique» depuis toute jeune[9]. Plus tard, durant l'été, René Lévesque dévore des livres mis à l'index par le clergé, notamment les romans d'Émile Zola, Guy de Maupassant et Gustave Flaubert. Il s'intéresse également à l'histoire et l'actualité, notamment lorsqu'i découvre le chancelier autrichien Engelbert Dollfuss, dont il admire le dévouement à l'indépendance autrichienne[10].

En 1933, après ses études primaires à l'école de New Carlisle, René Lévesque parcours 200 kilomètres et commence des études classiques au collège de Gaspé, un établissement jésuite[9]. Il ne rentrera auprès des siens que pour les vacances d'été. L'influence de ses parents ne tarde pas à se révéler puisque l'enfant a une longueur d'avance sur ses camarades, lui qui a déjà lu la plupart des livres que les prêtres lui recommandent[9]. Élève doué, il se distingue notamment en rédaction et en syntaxe, disciplines où il démontre des aptitudes précoces[11]. Il fait toutefois preuve d' arrogance, conscient d'une supériorité intellectuelle qu'il estime lui légitimer un traitement de faveur[11]. Il est d'ailleurs le préféré des jésuites, ce qui ne manque pas d'attiser la jalousie de ses camarades de classe[11]. Malgré sa réputation de petit prodige, le jeune René Lévesque ne perd pas sa fougue caractérielle, alors qu'il n'hésite pas à contester les règlements de l'établissement, notamment l'heure du couvre-feu, ou à taillader la redingote neuve d'un élève qui lui subtilise la première place[11].

Au séminaire de Gaspé, il entre en contact pour la première fois avec le monde politique lors des élections de 1935[12]. Il a alors l'occasion de rencontrer Philippe Hamel, meneur de l'Action libérale nationale (ALN) et figure de proue du mouvement pour la nationalisation de l'hydroélectricité[12]. Un an plus tard, à l'âge de treize ans, il expose déjà ses penchants nationalistes dans un texte qu'il publie dans L'Envol, le journal du séminaire de Gaspé[12]. Il y démontre également un attachement à l'héritage de la France[12]:

« En Amérique, c’est à nous que revient cette mission qui est de projeter sur l’Amérique impérialiste la lumière de la culture française, de la culture spirituelle que, seuls, nous possédons. Or, pour ce faire, tout le monde le comprend, nous devons demeurer intégralement français. »

Une nouvelle vie à Québec

En juin 1937, le père de René Lévesque meurt suite à une intervention chirurgicale pour une crise d'appendicite[13]. Les funérailles ont lieu à l'église Saint-Patrice, à Rivière-du-Loup[13]. Par la suite, sa mère, qui a du mal à s'adapter à New Carlisle car elle ne maîtrise pas l'anglais, quitte la Gaspésie pour s'installer à Québec avec ses enfants[14]. En 1938, René Lévesque passe donc ses dernières vacances en Gaspésie. C'est l'occasion pour lui de s'initier à un domaine qui deviendra plus tard un gagne-pain: la radio. En effet, sous la recommandation de son père, il décroche un poste d'animateur à CHNC, une radio locale qui appartient au dentiste Charles Houde[14]. Les auditeurs entendent donc pour la première fois René Lévesque à la radio, qui annonce d'une voix juvénile: «Ici CHNC New Carlisle...»[14].

Après avoir quitté la Gaspésie de son enfance, René Lévesque reprend ses études sous l'enseignement des jésuites au Collège Saint-Charles-Garnier de Québec, où il passe beaucoup de temps à lire et demeure premier de classe[3]. Peu de temps après, le 3 janvier 1939, sa mère se marie avec Alfred Pelletier, un avocat de la Vieille Capitale et ami de la famille qui pratiquait jadis le droit avec Dominique Lévesque, à New Carlisle[14],[15]. René Lévesque aura beaucoup de mal à accepter cette situation, lui qui est encore marqué par l'héritage d'un père qu'il considère comme son héros[3]. À Québec, il se découvre une deuxième famille auprès des Marceau, un clan dont la mère, d'origine irlandaise, deviendra comme une seconde figure maternelle pour Lévesque[16]. C'est aussi à ce moment que le jeune René noue une relation amoureuse avec Louise L'Heureux, fille d'Eugène L'Heureux, le rédacteur en chef de L'Action catholique[17].

À Saint-Charles-Garnier, René Lévesque impressionne ses camarades de classe en rhétorique[17]. Ces derniers réservent parfois même une ovation debout à ce tribun en devenir[18]. Baignant dans un climat patriotique et inspiré par le nationalisme d'Henri Bourassa et du Devoir, Lévesque signe aussi ses premiers textes politiques[18]. Il y affirme déjà un «idéalisme pragmatique», méprisant à l'égard du «nationalisme de parade et de drapeau»[18]:

« Les rêveurs nuageux, les élucubrateurs de systèmes utopiques ne font jamais que des coches mal taillées. On en a vu de ces penseurs enfumés, soi-disant animateurs de soi-disant mouvements patriotiques… Des phrases sonores et bien senties, des exhortations enflammées… Et puis, rien : pas d’action, pas de réalités, rien que du bavardage. Des idéologues battant le tamtam du patriotisme, et non des constructeurs. »

Malgré cette ferveur patriotique, René Lévesque n'est pas très actif dans l'opposition canadienne française lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale en 1939[19]. Bien qu'il débatte de l'actualité européenne avec ses amis, il passe surtout son temps à jouer aux cartes, chanter et danser chez les Marceau[19]. Ce train de vie impacte indéniablement ses performances scolaires, alors que ses notes sont en chute libre et que les jésuites s'inquiètent[20]. Blaguant à propos de son assiduité en classe durant cette période, Lévesque dira plus tard qu'il passait plus de temps à jouer au poker qu'à assister à ses cours[21]. Celui qui tenait mordicus, en Gaspésie, à sa position de premier de classe, ne semble pas particulièrement inquiet par ses piètres résultats scolaires[20]. Au final, sa nonchalance aura raison de lui puisqu'il il finit par être renvoyé du collège[20]. Lévesque expliquera, quelques années plus tard, que son échec scolaire à Saint-Charles-Grenier est attribuable à sa condition d'externe, qui ne lui offrait plus le même encadrement qu'au séminaire de Gaspé[20]. Malgré son indéniable talent, René Lévesque termine avec difficulté ses études classiques au séminaire de Québec. Il est alors plus absorbé par Louise L'Heureux et son poste de speaker de relève au poste de radio CKCV, qu'il vient de décrocher, que par ses examens[22].

Le 6 juin 1941, René Lévesque, qui n'est toujours pas sur les listes d'enrôlement militaire, passe une audition pour tenter de décrocher un poste à Radio-Canada[22]. Il n'est toutefois pas sélectionné et on lui conseille de se perfectionner encore au moins une année à CKCV[22]. Lévesque se concentre alors sur ses études et réussit son baccalauréat avec mention[22]. Au même moment, en septembre 1941, son beau-père Alfred Pelletier meurt et sa mère redevient veuve[23].

Les contraintes de la guerre

Après ses études classiques, il entreprend des études de droit à l'Université Laval[24]. Il y rencontre Jean Marchand et Robert Cliche, deux hommes qui marqueront également l'histoire politique du Québec[24]. À l'université, Lévesque renoue avec la nonchalance académique alors qu'il passe plus de temps à animer chez CKAC et CKCV qu'à suivre ses cours[24]. Les restrictions de la guerre obligent toutefois CKCV à se départager de son jeune animateur à l'hiver 1942[24]. Lévesque retente donc sa chance chez Radio-Canada, qui finit par l'embaucher à titre d'annonceur suppléant sur un contrat d'un mois. Il travaille alors au Château Frontenac, où la société d'État est installée[24]. Malgré son contrat à durée déterminée, René Lévesque laisse rapidement sa marque et finit par être engagé comme annonceur maison, au salaire de 1800$ par année[24]. Le Service sélectif national doit alors confirmer sa nomination, un processus qui lui évite temporairement d'être enrôlé dans l'armée[24]. René Lévesque profite de cette liberté pour s'imposer à Radio-Canada, devenant un animateur remarqué qui concilie tant bien que mal la radio et les études en droit[24]. Cette liberté est toutefois de courte durée puisqu'il est convoqué, en 1943, à l'examen médical nécessaire au service militaire obligatoire[24]. Quarante ans plus tard, Lévesque exprimera ses positions sur la conscription: « Comme tout le monde, j'étais anticonscriptionniste. Comme jeunes citoyens, nous considérions que cette guerre n'était pas l'affaire du Québec. C'était briser une promesse qui avait été faite trop souvent, alors les gens ont mal réagi et je pense que je comprends ça. [25]»

René Lévesque est un gaulliste convaincu depuis l'appel du Général de Gaulle aux résistants de la France libre[25]. Il n'a toutefois pas l'intention d'aller combattre en Europe, considérant qu'il a mieux à faire à Radio-Canada. Mais le 22 novembre, après examen, les médecins le classent dans la catégorie «A-1», ce qui enclenche sa convocation au camp d'entraînement militaire[25]. Alors que le registraire refuse d'ajourner son ordre de mobilisation et que les recours de ses patrons n'y changent rien, Lévesque doit se se résigner à demander d'être envoyé en Europe en tant que journaliste plutôt que soldat[26].

Carrière journalistique

Correspondant de guerre

 
Lors de la Seconde Guerre mondiale, avec l'U.S. Office of War Information.

La chance lui sourit en 1944, lorsque l'Office of War Information de l'armée américaine cherche des journalistes parlant plusieurs langues pour contribuer à l'American Psychological Warfare Department[26]. Bien qu'il soit opposé à la conscription, René Lévesque préfère nettement servir sous les ordres des États-Unis que dans les «forces de Sa Majesté»[26]. Au printemps, René Lévesque est donc engagé comme agent de liaison pour le compte de l'armée américaine et se rend à Londres, quotidiennement bombardée par les V1 et les V2 allemands[3]. Dans la capitale britannique, il effectue essentiellement un travail de propagande pour le compte des États-Unis, diffusant des messages dans les pays occupés (France, Pays-Bas, Tchécoslovaquie, etc.) et en Allemagne par le biais d'une radio, La Voix de l'Amérique[27]. Il est également en communication avec la résistance française, qui prépare le débarquement de Normandie de l'autre côté de la Manche[27]. Plus tard, vers la fin de sa vie, Lévesque confiera qu'il a effectué ce travail de propagande sans remords[28]:

« On sentait qu'il fallait absolument renverser l'affreux régime nazi parce que c'était une sorte de poison pour le genre humain. Alors, moralement, on ne se sentait honnêtement pas coupable de pousser de l'information tripotée parce que la censure devait être une espèce de support à l'effort de guerre. »

Attaché aux forces américaines, René Lévesque participera aux campagnes militaires de France, d'Allemagne et d'Autriche. À l'été 1944, quelques semaines après le débarquement de Normandie, il débarque à Caen où il constate tout le potentiel destructeur de la guerre: la ville est en ruine suite aux bombardements alliés et aux combats[28]. De retour à Londres, il s'impatiente dans son petit studio de Grosvernor Square, lui qui espère être déployé au cœur des évènements[29].

Ses vœux sont exaucés lorsqu'en octobre 1944, il monte à bord d'une forteresse volante qui bombarde le Pas-de-Calais[29]. En février 1945, il est correspondant de guerre pour les troupes des généraux américains Omar Bradley et George Smith Patton puis du général Alexander Patch[29]. En mars, Lévesque est rattaché à l'armée française alors qu'elle s'engouffre en Allemagne[30]. Il est témoin des règlements de comptes du général Monsabert contre les civils allemands, des scènes qui, selon Lévesque, «vous rendent triste pour le restant de vos jours»[30]. Le jeune journaliste québécois accompagne ensuite la première unité de la 45e division d'infanterie américaine qui atteint le camp de concentration de Dachau, en Allemagne, où il est profondément bouleversé par ce qu'il voit[3]. Lévesque y verra un témoignage de la facilité qu'à l'humain à sombrer dans la barbarie[31]:

« Je me sentais comme dans un autre monde. Ce qu’on découvrait, c’était l’antisémitisme, mais surtout jusqu’où peut aller la chute dans la barbarie. Pas un accident de parcours. Une organisation systématique de la mort, une véritable industrie scientifique de l’extermination, un enfer fabriqué avec beaucoup de soin. C’était aussi une leçon terrible pour la civilisation parce qu’après tout, les Allemands étaient un peuple civilisé, de vieille culture... »

La montée en puissance d'un journaliste vedette

De retour au Québec, René Lévesque est accueilli en héros par ses proches[32]. Selon son biographe Pierre Godin, son périple européen fit en sorte qu'il «ne verra plus jamais le monde de la même façon»[32]. Outre sa mère et sa fratrie, il retrouve sa bien-aimée, Louise L'Heureux, avec qui il s'est fiancé avant de partir en Europe[32]. La guerre terminée, il s'installe à Montréal et devient journaliste pour Radio Canada International (RCI) et débute comme animateur à La Voix du Canada, un service destiné aux auditeurs de France et d'Europe[33]. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de l'éminente journaliste Judith Jasmin, une femme qui laissera sa marque dans sa vie[33]. Mais René Lévesque n'a d'yeux que pour Montréal à l'époque[33]. La métropole d'après-guerre est en pleine ébullition et le jeune journaliste la parcourt du nord au sud et d'est en ouest, multipliant même les excuses pour éviter de rentrer à Québec auprès de sa fiancée[33]. Louise L'Heureux s'impatiente, confrontée à l'indécision de René Lévesque quant à leur mariage[33]. Il lui fera finalement la grande demande et le jeune couple se marie le 3 mai 1947 à l'église de la paroisse de Saint-Cœur-de-Marie, rue de la Grande Allée, à Québec[33]. René Lévesque et Louise L'Heureux auront plus tard trois enfants: Pierre (1948), Claude (1950) et Suzanne (1956).

 
Des journalistes du «Cercle des journalistes de Montréal», dont René Lévesque (à droite), réunis autour d'un micro de CBC en 1949.

C'est à La Voix du Canada que René Lévesque commence à pratiquer le reportage[34]. En avril 1949, il intègre le service national de Radio-Canada lorsqu'il commence à animer l'émission d'actualité Journalistes au micro[35]. Malgré un physique peu avantageux et une voix qui n'est pas destinée à la radio, Lévesque brille par son charisme et reçoit rapidement les éloges du milieu[35]. Il se fait également remarquer par Judith Jasmin, qui anime à l'époque l'émission Le Coin des auditeurs[35]. Entre, 1951 et 1954, elle sera sa maîtresse[36].

En 1951, après la disparition de l'émission Journalistes au micro, René Lévesque retrouve, malgré lui, le Service international de Radio-Canada. Au même moment, à l'autre bout du monde, éclate un important conflit au sein duquel le jeune journaliste aura l'occasion de briller: la guerre de Corée[37]. Les reportages de Lévesque, qui couvre le conflit dans le cadre de ses fonctions à la Voix du Canada, capte l'attention de la haute direction de Radio-Canada. En juillet 1951, le gaspésien est envoyé en Corée comme correspondant de guerre[38]. Ses reportages sur le terrain, diffusés sur les ondes du réseau national, le font sortir de l'ombre alors qu'il est découvert par le grand public[38]. René Lévesque se voit replongé dans ses souvenirs de la Seconde Guerre mondiale lorsqu'il suit les bataillons du Royal Canadian Regiment à travers les paysages d'une Corée en ruines[39]. Le conflit coréen, qui s'achève en 1953, fait de René Lévesque un reporter étoile[40]. Le journaliste, à l'aube de la trentaine, est encensé par ses collègues du milieu, notamment par Gérard Pelletier, éminent journaliste du Devoir[40]:

« Personne jusqu'ici n'avait réussi à nous rendre présente cette guerre-prélude qui s'infecte là-bas comme une plaie. Ce n'est pas un reporter de Radio-Canada que nous entendons quand il nous parle. C'est un homme de notre milieu, un homme libre, qui a promené là-bas notre conscience, nos espoirs, nos craintes et notre curiosité. »

En 1952, René Lévesque poursuit sa montée en puissance lorsqu'il est promu chef de service des reportages radiotélévisés à Radio-Canada. Avec la fin de la guerre de Corée, il devient animateur de l'émission de radio Au lendemain de la veille et des émissions télévisées Carrefour et Premier plan. Il anime également La revue de l'actualité aux côtés de Judith Jasmin[36]. Bien que Jasmin évolue quelque peu dans l'ombre de son collègue et amant, les deux journalistes font fureur dans le Québec d'après-guerre[36]. C'est aussi à cette époque que le septième art pénètre la culture populaire, alors que les Québécois se pressent à l'entrée des cinémas pour voir les vedettes hollywoodiennes à l'œuvre[41]. René Lévesque est au cœur de cette effervescence puisqu'il devient critique à l'émission La Revue des Arts et Lettres[41]. Grand amoureux des films, il s'insurge à l'époque contre la censure qui règne sous le gouvernement de Maurice Duplessis[41]. Il est également très critique à l'endroit d'Hollywood, à qui il reproche de foncer «misérablement vers l'insignifiance et la frivolité pour rivaliser avec la télé»[42]. En 1953, René Lévesque devient le premier patron du nouveau service des reportages de Radio-Canada[43]. Peu de temps après, il crée, avec Judith Jasmin, une nouvelle émission radiophonique: Carrefour[43]. Présentée aux heures de grande écoute, Carrefour se consacre uniquement aux reportages sur l'actualité[43]. C'est dans le cadre de cette émission que Lévesque commence à s'intéresser de près à la politique provinciale[43]. Il couvre notamment l'inauguration du chemin de fer de Sept-Îles par Duplessis, accompagne le duc d'Édimbourg lorsque ce dernier débarque au Canada pour les Jeux de l'Empire de 1954, à Vancouver, et suit le premier ministre Lester B. Pearson lors d'un voyage diplomatique en Russie à l'automne 1955[44].

 
René Lévesque interviewant Lester Pearson à Moscou en 1955.

En URSS, il réalise des reportages remarqués et s'offre la première entrevue de Nikita Kroutchev par un journaliste occidental[45]. Lévesque enregistre un échange musclé entre le chef d'État soviétique et le premier ministre canadien. De retour à Montréal un scoop dans les valises, il se voit toutefois censuré par le ministère canadien des Affaires extérieures, qui n'apprécie pas la manière dont son reportage dépeint Lester B. Pearson[46]. Plus tard, dans ses mémoires, René Lévesque reviendra sur cet évènement: «...ce scoop, le plus flamboyant de ma carrière, avait été étouffé pour les beaux yeux de Lester B. Pearson. C’était assez pour devenir… séparatiste[46]. » C'est aussi dans le contexte de Carrefour que René Lévesque découvre pour la première fois le Grand Nord québécois et ses peuples autochtones[44]. Dans le cadre de ses fonctions politiques, il sera plongé, quelques années plus tard, au cœur des enjeux de cette région.

La fracture avec Radio-Canada

Alors que les téléviseurs font leur entrée dans les foyers québécois, l'émission Carrefour est transposée au petit écran en 1955[46]. Elle est maintenue aux heures de grande écoute, chaque soir de semaine entre 18h15 et 19h15[46]. Pour René Lévesque, ce passage à la télévision cimente sa consécration en tant que journaliste vedette. En avril 1956, Carrefour est écoutée par près de 60% des foyers montréalais[46]. L'émission se penche, sous la forme d'entrevues et de reportages, sur divers enjeux qui traversent le Québec de l'époque, de la condition féminine à la place du joual dans l'identité québécoise[47]. Carrefour s'offre même parfois des invités de marque, notamment lorsque René Lévesque interviewe Eleanor Roosvelt, ancienne première dame des États-Unis[47]. Le parcours n'est toutefois pas sans embûches[48]. Lévesque se heurte notamment au refus de Radio-Canada d'augmenter son salaire, lui qui gagne deux fois moins que certains annonceurs de la chaîne[48]. Lorsqu'il décide de démissionner, la société d'État accepte les compromis afin de ne pas perdre les services de son animateur vedette: on double son salaire et on le réembauche à titre de pigiste[48].

C'est donc en tant que travailleur autonome que René Lévesque crée l'émission Point de mire, qui sera réalisée par Claude Sylvestre. Contrairement à Carrefour, plus généraliste, l'objectif de cette nouvelle émission hebdomadaire est de se pencher chaque semaine sur un seul sujet d'actualité brûlant[49]. Autre différence avec Carrefour, Point de mire est diffusée à une heure beaucoup moins achalandée: tous les dimanches à 23h15[49]. Quoiqu'il en soit, Lévesque travaille d'arrache-pied pour proposer du contenu de qualité[49]. Il se concentre essentiellement sur l'actualité internationale, comme la crise du canal de Suez ou les luttes anticoloniales qui secouent le monde de l'époque[49]. Pour le biographe Pierre Godin, « Point de mire deviendra vite le rendez-vous obligé de quiconque a envie de comprendre comment tourne la planète»[50]. René Lévesque n'hésite pas non-plus à prendre position lors de sa demi-heure d'antenne, notamment sur la question de la place du Québec au sein du Canada[51]:

« Mais le diable de René fait les choses de façon si subtile que bien peu voient le manège. Son parti pris pour les plus démunis, que plusieurs collègues lui reprochent, est indéniable. Par exemple, il a bien sa petite idée sur la grève de Murdochville qu’une police liguée à la société Noranda tente de briser. Au pays de Maurice Duplessis, les conflits ouvriers sombrent vite dans l’odieux. À Point de mire, avec ses bouts de films, ses cartes, ses interviews et ses jugements incisifs, le journaliste jette sur la grève une lumière brutale mais vraie. Il montre des hommes dont les droits ont été bafoués et piétinés dans l’indifférence générale, des mineurs écrasés qui ne croient plus en rien. Chez lui, objectivité ne rime jamais avec neutralité, obséquiosité ou servilité, encore moins avec autocensure. Même sur le délicat sujet de l’unité canadienne, que Radio-Canada a pour mandat de promouvoir et de défendre. En juillet 1957, à l’occasion de la Fête du Canada, qui approche de ses cent ans, il conçoit un Point de mire spécial d’où émane son scepticisme quant à la viabilité de ce pays sans visage, trop grand, sans queue ni tête («Une maison de fous », dira-t-il une fois souverainiste) et composé de nations antagonistes auxquelles manque la volonté de s’aimer et de vivre ensemble. »

Lorsque René Lévesque fait de la guerre d'Algérie le grand dossier de Point de mire, on lui reproche à nouveau de prendre position[52]. En effet, alors qu'il est interviewé par le journaliste québécois, l'homme d'État français Guy Mollet croit déceler chez Lévesque des «sympathies algériennes»[52]. Ce dernier se heurte donc à un mur lorsqu'il demande un visa d'entrée en Algérie à l'occasion de la campagne référendaire de 1958[52]. René Lévesque couvre donc la guerre de l'autre côté de la Méditerranée, parcourant les villes de France afin de recueillir l'avis des Français quant à la «question algérienne»[52]. Bien qu'épanoui dans son nouveau décor d'animateur vedette, René Lévesque croule sous la charge de travail que nécessite la préparation d'une telle émission et a de moins en moins de temps à consacrer à sa famille[50].

Lévesque n'a toutefois pas l'intention de ralentir. Dans sa vie privée, il multiple les conquêtes féminines et, dans sa vie publique, il devient le «dieu des ondes imagées», pour reprendre les termes de Georges-Émile Lapalme, chef du Parti libéral du Québec (PLQ)[53],[54]. En 1959, il se retrouve au cœur de la grève des réalisateurs de Radio-Canada lorsque la société d'État leur refuse la syndicalisation, arguant qu'ils sont des patrons et non des employés[55]. D'abord hésitant à appuyer la grève, René Lévesque finit par plonger corps et âme dans la contestation, notamment parce qu'il juge que Radio-Canada refuse le compromis car elle fait face aux revendications des francophones du réseau: « Cette ambiance de « crois ou meurs » le dérange. La décision du siège social d’Ottawa de déléguer à Montréal des négociateurs anglophones, Ron Fraser et Clive McKee, qui sont incapables de demander un café en français et qui n’ont jamais regardé une seule émission du réseau français, le fait basculer complètement[56].» Outré, Lévesque rabâche au réalisateur Claude Sylvestre que la situation se serait réglée en trois jours si la grève avait lieu à Toronto[56].

René Lévesque finit par devenir la figure de proue du conflit[57]. On constate toute la portée de son influence, qui transcende largement les frontières de son auditoire[57]. Pour Pierre Godin, c'est aussi à ce moment que René Lévesque vécut son «illumination nationaliste»[57]. L'animateur vedette constate alors non-seulement l'intransigeance de Radio-Canada et du gouvernement fédéral mais aussi l'indifférence et le «bris de solidarité» de ses collègues anglophones[58]. Les scènes de brutalité policière et son arrestation aux côtés de son ami et leader syndical Jean Marchand accentuent la fracture entre René Lévesque et Radio-Canada[59]. Au cœur de la grève, il crée l'émission Ce qui se brasse, à CKAC, où il ne se gène pas pour émettre des opinions engagées qui ne plaisent pas aux patrons de la société d'État. Lorsque ces derniers le forcent à choisir entre Ce qui se brasse et Point de mire, Lévesque est sans équivoque: «J’ai fini d’être l’esclave de Radio-Canada. Je compte bien à l’avenir m’orienter comme bon me semblera dans de nouvelles directions...[60]». Le 24 avril 1960, il coupe définitivement les ponts avec Radio-Canada et met le cap sur de «nouvelles directions» qui le mèneraient bientôt au sommet du Québec[60].

Le Parti libéral et la Révolution tranquille

Entrée à l'Assemblée nationale

À la fin des années 1950, René Lévesque figure parmi les antiduplessistes[61]. Il publie d'ailleurs deux articles dans Cité Libre, un revue d'idées qui est au cœur de l'opposition. Libéral dans l'âme, Lévesque a soif de changement dans un Québec dirigé par l'Union nationale, parti conservateur et ruraliste, proche des milieux cléricaux. À l'approche des élections générales de 1960, Lévesque décide donc, avec son ami Jean Marchand, de s'impliquer au sein du Parti libéral du Québec[62]. Il est notamment convaincu par le programme que rédige Georges-Émile Lapalme, au sein duquel le PLQ promet de faire la guerre au clientélisme, de moderniser l'appareil administratif, d'instaurer une panoplie de programmes sociaux et de réformer les institutions québécoises[63]. De leur côté, les libéraux sont ravis de mettre la main sur le candidat vedette, même si le chef du parti, Jean Lesage, s'inquiète du «radicalisme» de Lévesque: «Il nous en faut des hommes comme lui dans notre parti, mais pas trop. Autrement, on ne pourra pas les contrôler...[63]».

Dans la vie personnelle du futur premier ministre, la fin des années 1950 est synonyme de turbulences. Après avoir rompu avec Judith Jasmin, il noue une nouvelle liaison extraconjugale avec une jeune comédienne qui accouche bientôt d'un enfant: le 29 mai 1958, René Lévesque devient le père d'une petite fille, Isabelle[64]. Cet enfant adultérin sera l'«un des secrets les mieux gardés du Québec» selon son biographe[64]. Pas pour Louise L'Heureux, qui se doute des infidélités de son mari[64]. Elle finit par embaucher un enquêteur privé qui confirme ses soupçons[64]. Elle engage donc une procédure de divorce[64]. Les époux finiront toutefois par se réconcilier momentanément, notamment sous l'influence de Jean Lesage, qui refuse d'accepter la candidature de René Lévesque si sa situation conjugale ne rentre pas dans l'ordre[65].

C'est ainsi que le 6 mai 1960, à deux mois des élections prévues pour le 22 juin, la presse annonce la candidature de René Lévesque dans le comté de Montréal-Laurier[66]. Il ne s'agit pas d'un territoire facile à conquérir, même pour un candidat vedette, comme l'a démontrée quatre ans plus tôt la cuisante défaite du journaliste Pierre Laporte face à l'unioniste Arsène Gagné[66]. Majoritairement francophone, le comté est tout de même composé d'un tiers de Québécois issus de la diversité, principalement des Grecs et des Italiens[66]. Cette composante démographique donne à Montréal-Laurier une réputation d'imprévisibilité électorale[66]. Il s'agit toutefois d'un électorat intéressant pour René Lévesque, un «populiste» et «internationaliste» sensible aux questions d'immigration et de vivre-ensemble[66]. Gérard Pelletier témoigne de la première assemblée du charismatique candidat libéral[67]:

« René Lévesque, à cette époque, n’a qu’un filet de voix rauque. Il compense cette faiblesse par un ton direct, percutant, et par un débit d’une rapidité stupéfiante. Il pratique le tir verbal à haute vélocité. Il débite plus de mots en trente secondes que la plupart des orateurs en deux minutes. Son intervention fait régner dans la salle un silence recueilli, comme si l’auditoire craignait de rater une phrase ou un mot. »

De l'autre côté, les unionistes ne ménagent pas leurs efforts pour décrédibiliser René Lévesque. En pleine Guerre froide, alors que le spectre du communisme plane sur l'Occident, ces derniers usent de tactiques électorales qui rappellent le maccarthysme. La propagande de l'Union nationale associe René Lévesque à Nikita Krouchtchev, publiant des photographies des deux hommes côte-à-côte lors du voyage de Lévesque en URSS[68]. Pour les unionistes, il représente «une inclinaison plus gauchiste que jamais du Parti libéral»[68]. Pendant ce temps, Lévesque parcourt son comté à la rencontre de l'électorat. Il privilégie une approche intimiste, faisant du porte-à-porte pour rencontrer les électeurs chez eux[68]. Ces «assemblées de cuisine» deviendront quelques années plus tard une approche privilégiée du Parti québécois[68]. René Lévesque mise également sur de nombreux discours alors qu'il devient l'orateur le plus prolifique du Parti libéral lors de la campagne de 1960[69]. Ses assemblées attirent les foules et sont particulièrement efficaces pour caricaturer l'Union nationale[69]. Il insiste notamment sur le scandale du gaz naturel de 1957, l'exploitation des ressources naturelles, la corruption, l'autonomie provinciale et l'état de l'éducation[69].

René Lévesque sait que Jean Lesage lui réservera le ministère des Richesses naturelles et se concentre donc sur cet enjeu[70]. Il reproche à l'Union nationale d'avoir vendu les ressources de la province pour «une cenne la tonne»[70]. Il promet d'augmenter les redevances des compagnies étrangères afin de faire plus de place aux Québécois[70]. Dans une poésie qui fascine les foules, il charge sans retenue le pouvoir: « Tous les aplatis qui rampaient devant Duplessis sont restés ankylosés, paralysés, après avoir rampé pendant seize ans. Ce ne sont plus des hommes, mais des guenilles ! Paul Sauvé a tenté de replâtrer ce mauvais gouvernement. Il s’est tué à la tâche. Il est mort le scalpel à la main, au-dessus du corps agonisant de l’Union nationale…[71]»

Le 20 juin 1960, le Parti libéral conclue sa campagne électorale par une grande assemblée au Palais du commerce de Montréal[72]. Ce ralliement attire une foule de 25 000 personnes que René Lévesque galvanise en véritable tribun populaire, volant même la vedette à Jean Lesage[72]. Le 22 juin 1960, après une fin de campagne marquée par les irrégularités (bourrage d'urnes, intimidations, candidat homonyme pour confondre les électeurs, etc.), René Lévesque est élu député par une maigre majorité de 129 voix[73]. À l'échelle provinciale, le Parti libéral prend le pouvoir et forme un gouvernement majoritaire, mettant fin à un peu plus de 15 ans de domination sans partage du paysage politique par l'Union nationale[73]. C'est une victoire qui trouve racine dans les villes, puisque le PLQ remporte 23 des 37 circonscriptions urbaines mais seulement 28 des 58 comtés ruraux[73]. Le 4 juillet, René Lévesque est officiellement fait député de Laurier[73].

Responsabilités ministérielles et nationalisation de l'hydroélectricité

René Lévesque passe près de ne pas être en charge de l'hydroélectricité. En effet, lorsque Jean Lesage met en place son cabinet, il lui propose d'abord le ministère du Bien-être social[74]. Lévesque se montre toutefois convaincant et persuade le nouveau premier ministre de l'installer aux commandes de deux autres ministères: les Ressources hydrauliques et les Travaux publics[74]. Le premier mandat de Lévesque est de s'attaquer au favoritisme et au clientélisme qui règnent au sein des ministères qui lui sont confiés. Il se fait d'ailleurs rapidement proposer des pots de vin qui lui font réaliser toute l'ampleur de la corruption dans les affaires publiques[75]. Aux Travaux publics, il doit faire le bilan des dossiers en cours et procéder à des appels d'offres publics pour les contrats dépassant les 25 000 dollars[76]. Le Parti libéral n'hésite toutefois pas à récompenser ses amis lorsque les projets impliquent des montants inférieurs à cette somme[77]. René Lévesque, qui s'est érigé contre le favoritisme lors de la campagne électorale, admet désormais que le patronage est inévitable mais «à prix égal et à qualité égale»[78].

Au ministère des Ressources hydrauliques, il s'entoure d'économistes avec qui il cultive l'ambition d'octroyer plus de place à l'État dans la gestion de cette ressource naturelle de premier plan. Dans cette perspective, il décide que ce sera Hydro-Québec , et non les compagnies américaines, qui se chargerait de l'aménagement du barrage en voie d'être construit sur la rivière Manicouagan[79]. À l'époque, Hydro-Québec collabore beaucoup avec des compagnies ontariennes[80]. Lévesque s'assure, sous l'impulsion de son conseiller Jean-Paul Gignac, qu'elle fasse affaire avec des entrepreneurs locaux[80]. Ainsi, il permet à la société d'État d'acheter québécois même si les contrats coûtent 10% ou 15% plus cher[80].

En mars 1961, René Lévesque quitte ses fonctions pour s'installer aux commandes du ministère des Richesses naturelles. Il ne s'agit pas d'un radical changement de décor pour Lévesque car ce ministère, nouvellement créé, est issu de la fusion du ministère des Ressources hydrauliques et du ministère des Mines. Lévesque y constate toute l'importance de l'industrie minière dans l'économie québécoise. Ce secteur représente d'ailleurs une part plus importante du produit intérieur brut (PIB) que l'hydroélectricité (3%)[80]. Chaque année, on extrait 14 millions de tonnes de fer, 176 000 tonnes de cuivre et 276 000 tonnes de zinc du sous-sol québécois[80]. L'amiante de la province représente à l'époque 94% de la production canadienne et 45% de la production mondiale[80]. Lévesque hérite également d'une industrie ayant bénéficié d'importants développements sous le règne de l'Union nationale[80]. Toutefois, malgré les retombées économiques et la création d'emplois, le secteur minier est largement dominé par les capitaux étrangers: il est contrôlé à plus de 60% par les Américains[81]. Le Québec est d'ailleurs la province où les multinationales engendrent la plus grande marge de profit en Amérique du Nord et, à l'échelle canadienne, payent le moins de redevances[81]. René Lévesque se donne donc pour objectif de leur faire payer une juste part. Pour ce faire, le Parti libéral lance une réforme de la Loi des mines en mai 1961[82]. L'État québécois augmente alors les redevances exigées aux compagnies étrangères en plus de stimuler l'exploitation et l'exploration minières en s'octroyant le droit de retirer les baux des compagnies inactives[82]. Lévesque n'hésite pas à sauter dans la mêlée et à affronter les entrepreneurs récalcitrants, quitte à déclencher des polémiques. C'est le cas à Rouyn-Noranda, alors qu'il visite les quartiers généraux de la Noranda Mines, une compagnie torontoise dont les dirigeants critiquent frontalement les nouvelles conditions du Parti libéral[82]:

« ...René Lévesque déclenche une véritable commotion. Au cours du banquet syndical, il exhorte les 500 métallos qui luttent pour de meilleures conditions de vie à cesser d’écouter « nos rois nègres qui sont payés pour nous faire peur ». L’enthousiasme éclate alors dans la salle, comme l’observent les reporters. Politicien du concret, René Lévesque s’en prend aux conditions de travail qui prévalent à la mine Noranda : « Vous n’avez même pas la parité salariale avec l’Ontario. L’industrie minière du Québec compte parmi celles qui rapportent le plus et paient le moins. C’est le Moyen Âge au point de vue social, c’est l’industrie qui est le plus en retard pour les caisses de retraite. » René Lévesque dénonce encore le flagrant manque de respect pour le français. Au fond de la mine, l’anglais est roi et maître, même si les mineurs ne le parlent pas. Les contrats de travail sont rédigés uniquement en anglais et les promotions sont toujours à l’avantage des anglophones et des immigrants anglicisés. Puis vient l’ultimatum lancé aux dirigeants de la Noranda : « Apprenez à vous civiliser dans le temps qui vous reste…» Il les taxe de Rhodésiens et dresse un parallèle entre le racisme de la minorité blanche de la Rhodésie vis-à-vis de sa majorité noire et celui des potentats unilingues de Noranda Mines envers les mineurs francophones.» »

S'il ne peut pas nationaliser l'industrie minière, René Lévesque compte impliquer davantage l'État au sein du processus d'exploration. C'est dans cette perspective que l'électrisant ministre des Ressources naturelles crée une nouvelle institution: la société publique d'exploration minière (SOQUEM)[83]. La nouvelle société, qui n'a pas tout de suite reçu l'approbation de Jean Lesage lorsque Lévesque soumit son mémoire au cabinet, finit par devenir un symbole fort de la réappropriation du territoire par l'État québécois[83]. Lorsque la SOQUEM entame ses premiers projets, en Abitibi, le ministère des Ressources naturelles est inondé de lettres d'ingénieurs québécois exilés à l'étranger[83]. Ces derniers, enthousiasmés par les réformes du gouvernement Lesage, désirent revenir au pays pour travailler chez eux[83].

L'exploration n'est toutefois pas le monopole de la SOQUEM. En effet, René Lévesque lui-même profite de la moindre occasion qui se présente pour parcourir les quatre coins du Québec[84]. Le jeune ministre se forge l'image d'un homme proche du peuple, sensible aux enjeux des «petites gens»[84]. Parallèlement, la presse le présente comme un «champion de l'absentéisme parlementaire»[84]. Mais Lévesque est un homme réservé qui protège jalousement son intimité, notamment ses conquêtes féminines, qu'il multiplie[85]. Il trouve d'ailleurs peu de temps pour sa famille, pris entre ses responsabilités ministérielles et des aventures extraconjugales qui ne durent pas. Cette situation pèse sur son couple, qui s'effrite peu à peu[86].

Pour ne rien arranger, René Lévesque allait bientôt devenir la figure de proue du projet phare de la Révolution tranquille: la nationalisation de l'hydroélectricité. Le projet s'amorce à l'été 1961, alors que le ministre demande aux fonctionnaires Michel Bélanger et André Marier de lui préparer un dossier sur «la situation d'ensemble de l'électricité au Québec et sur l'opportunité de l'étatisation»[87]. George-Émile Lapalme produit quant à lui une étude intitulée Les Richesses naturelles, qui offre un «portrait accablant» de la gestion de l'hydroélectricité sous le régime unioniste[88]. Malgré une critique des redevances, qu'on juge insuffisantes, on reconnaît tout de même à Duplessis un impressionnante amélioration de la capacité de production québécoise: elle est passée de 5,85 à 11,26 millions de chevaux-vapeurs entre 1944 et 1959[88]. Les fruits de cette récolte se retrouvent toutefois surtout dans les poches de compagnies étrangères: Alcan, Shawinigan, Gatineau Power, Gulf Power ou encore Price Brothers[88]. Mais Hydro-Québec est en voie de devenir le plus gros acteur de l'industrie (36% du marché à l'époque) et l'électricité québécoise coûte moins cher qu'en Ontario ou aux États-Unis[88]. Si René Lévesque veut nationaliser la ressource, c'est parce qu'il veut en faire un «levier du développement économique» capable de faire prospérer l'État québécois[89]. De plus, l'étatisation permettrait de faire le ménage dans un réseau désordonné: les coûts sont inégaux à travers la province et l'absence de coordination entre les compagnies privées engendre le gaspillage de ressources (notamment dans la construction des routes et des infrastructures)[89],[90]. Finalement, la nationalisation de l'hydroélectricité a également pour objectif de franciser l'industrie[90].

 
Slogan électoral apparaissant sur un dépliant du Parti libéral du Québec (PLQ) en vue de la seconde élection du gouvernement Lesage en 1962.

Malgré l'opposition de la Chambre de commerce de Montréal et du secteur privé, René Lévesque persiste et signe. À l'automne 1961, ce dernier reprend un slogan des années 1930 qui deviendra un symbole de la Révolution tranquille: «Soyons maîtres chez nous!»[91]. Il prévient également le reste du Canada: «Les Canadiens français ne tolèreront plus le statut de citoyens de second ordre dans leur propre province. L'époque des bâtisseurs d'empire et de la domination des grandes entreprises est révolue[91].» Il lui reste toutefois à convaincre son chef, Jean Lesage, qui est encore sceptique quant à l'efficacité économique et la popularité d'un tel projet[92]. À l'été 1962, René Lévesque parcoure les quatre coins de la province afin de tâter le pouls du public et convaincre la population du bien-fondé de la nationalisation de l'hydroélectricité[93].

Les 4 et , le conseil des ministres tient une réunion gardée secrète au camp de pêche du Lac-à-l'épaule (dans l'actuel Parc national de la Jacques-Cartier)[94]. C'est au cours de cette fin de semaine que René Lévesque réussit à convaincre le caucus libéral d'aller de l'avant avec le projet de nationalisation. On décide également de déclencher des élections générales anticipées afin de soumettre le projet aux électeurs québécois. Le Parti libéral est réélu lors de l'élection générale du 14 novembre 1962 avec une majorité augmentée (63 sièges sur 95 et 56,40 % des voix)[95]. René Lévesque réussit quant à lui à renouveler son mandat dans la circonscription de Montréal-Laurier.

Le , la nationalisation de l'hydroélectricité est officialisée lorsque Hydro-Québec acquiert tous les distributeurs privés d'électricité pour la somme de 604 millions. La société d'État, créée en 1944, met alors la main sur Shawinigan Water and Power Company, Quebec Power, Southern Canada Power, Saint-Maurice Power, Gatineau Power, la Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent, Saguenay Power, Northern Quebec Power, la compagnie électrique de Mont-Laurier, la compagnie électrique de Ferme-Neuve et La Sarre Power. Hydro-Québec devient un fleuron québécois. La manœuvre a des effets quasi-immédiats. Avant même la fin de l'année, 500 000 abonnés bénéficient d'une facture mensuelle réduite[95]. Les tarifs s'uniformisent à travers la province, notamment en Gaspésie, où les écarts sont rétrécis de 35%[95]. En 1965, les Québécois auront accès à l'électricité la moins chère en Amérique du Nord[95]. À l'automne 1965, l'entreprise compte 17 000 employés, soit 5000 de plus qu'en 1963[96]. La société d'État produit alors 34% de l'énergie hydroélectrique canadienne et possède des actifs de 2,5 milliards de dollars[96]. La naissance de ce «colosse» a des répercussions sur le reste de l'économie québécoise, engendrant la création de nouvelles entreprises et de milliers d'emplois[96]. De plus, la nationalisation stimule la recherche scientifique puisqu'elle mène, en 1967, à la création de l'Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ)[97].

Après avoir mené à bien la nationalisation de l'hydroélectricité, René Lévesque part à la découverte du Nord québécois et des enjeux concernant les peuples autochtones qui y vivent, sous juridiction fédérale. Il découvre des populations confrontées à la pauvreté, la famine, la tuberculose et de difficiles conditions climatiques[98]. René Lévesque est surtout préoccupé par l'omniprésence du gouvernement fédéral au Québec septentrional: « Le Nouveau-Québec, au nord de Schefferville, est inconnu des Canadiens français. C’est inouï de voir à quel point nous sommes absents de ces territoires qui sont notre propriété. Il va falloir monter vers le Nord pour prendre la place qui nous revient[98]. » N'hésitant pas à concurrencer Ottawa, il lutte dès 1963 pour que l'éducation des Inuits se fasse en français plutôt qu'en anglais[3]. Il envoie également des fonctionnaires («l'équipe du Nord») qui se familiarisent avec le territoire et les langues inuites afin d'assurer une présence des autorités provinciales auprès des peuples autochtones[99]. Pour Pierre Godin, Lévesque a grandement contribué à l'amélioration des conditions de vie des peuples autochtones du Québec boréal mais leur francisation aura été un échec[100]. Du au , il occupe le poste de ministre de la Famille et du Bien-être social. Sous son ministère, le Québec se dote d'un régime d'adoption, d'une aide aux familles monoparentales et d'un service d'assistance médicale gratuite[101].

La fracture avec le PLQ

René Lévesque est un ministre fougueux qui n'hésite pas à sortir du rang. C'est le cas lorsqu'il contredit son chef et encourage les 3000 employés de la Régie des alcools à ne «pas lâcher» la contestation dans le cadre des négociations de leur premier contrat de travail[102]. Se sentant «poignardé dans le dos», Jean Lesage le rabroue sévèrement au conseil des ministres. René Lévesque passe près de claquer la porte du Parti libéral[102]. Ce genre d'accrochage est annonciateur des évènements à venir.

Lors de l'élection générale du 5 juin 1966,René Lévesque est réélu député dans la circonscription de Laurier pour la troisième fois. Lors de la campagne électorale, René Lévesque, toujours fédéraliste, conteste fermement les chances du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) fondé six ans auparavant. Cependant, le Parti libéral n'obtient pas la majorité des sièges et c'est l'Union nationale de Daniel Johnson, père qui prend le pouvoir avec 56 sièges et 40,82 % des voix contre 50 sièges et 47,29 % des voix. L'élection de 1966 marque l'entrée en scène des deux premiers partis politiques indépendantistes : le RIN de Pierre Bourgault et le Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire.

N'occupant plus de fonctions ministérielles, René reste néanmoins député de l'opposition. À la suite du discours du général Charles de Gaulle à Montréal en 1967, René réagit de façon modérée sans toutefois lui donner raison[3]. Pendant ce temps, Lévesque travaille à l'élaboration d'une position constitutionnelle (qui devient par la suite sa publication : Option Québec), qu'il désire voir adoptée par le Parti libéral. À l'été de 1967, les membres du Congrès du Parti libéral du Québec refusent de débattre de la proposition de Lévesque[3]. Le , il quitte le parti. Quelques membres proches de lui le suivent[103].

Fondation du Mouvement souveraineté-association (MSA) et du Parti Québécois (PQ)

La mise en place d'une coalition

Le , René Lévesque fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA) afin de promouvoir sa vision d'un Québec indépendant et formellement associé au Canada dans le cadre d'une nouvelle union semblable, dans ses principes, à la Communauté économique européenne.

Lévesque, tout comme Pierre Bourgault, espère l'unification des partis politiques indépendantistes. Cependant, sa connaissance des dérives du nationalisme l'incite à se garder des "extrémistes", tel Bourgault. Le nationalisme québécois doit grandir de façon démocratique, pour le peuple, par le peuple et non contre des gens ou des institutions. La frange agressive de Bourgault doit donc servir à canaliser ceux qui nuiraient à la cause souverainiste par leurs actions répréhensibles, comme faire sauter des boîtes aux lettres. Le 28 décembre marque le début d'une période de négociations entre le MSA, le RN et le RIN en vue de la création d'un parti politique unifiant tous les partisans de l'accession à l'indépendance par des moyens pacifiques.

En janvier 1968, le MSA publie un manifeste intitulé Option Québec qui est l'œuvre de Lévesque. Le 19 avril, le MSA tient son premier congrès d'orientation.

Le 11 octobre, à Québec, premier congrès national du nouveau parti né de la fusion entre le MSA et le RN, mais sans le RIN. Le 14, les congressistes élisent René Lévesque à la présidence du nouveau Parti québécois (PQ).

Le 26 octobre, les membres du RIN votent en faveur de la dissolution de leur organisation. Quelque quinze jours plus tard, la majeure partie de ses 14 000 membres a rejoint le Parti québécois[104].

Malgré la création du Parti québécois en 1968, René Lévesque continue de siéger en tant que député indépendant dans la circonscription de Laurier jusqu'à l'élection du 29 avril 1970. Le Parti québécois récolte alors 23,06 % des voix et 7 sièges. Toutefois, René Lévesque n’est pas élu dans sa circonscription et récolte 38,08 % des 36 000 votes. C'est le député libéral André Marchand qui est élu dans Laurier.

Il devient chroniqueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec. Il le reste jusqu'à son élection en 1976.

Par la suite, à l'élection de 1973, le Parti québécois finit une fois de plus au deuxième rang derrière le Parti libéral dirigé par Robert Bourassa. Cette fois, il récolte 30,22 % et six sièges. René Lévesque, alors porté candidat dans la circonscription de Dorion (devenue Laurier-Dorion en 1994), n’est toujours pas élu. Il récolte 46,66 % des 29 100 votes, derrière le député Alfred Bossé du Parti libéral qui récolte 47,68 %.

À partir de 1974, il écrit dans Le Jour dirigé par Yves Michaud, le premier quotidien souverainiste.

Le Parti québécois au pouvoir (1976-1984)

Premier mandat (1976-1980)

À l'élection du 15 novembre 1976, il mène le Parti québécois au pouvoir face aux Libéraux de Robert Bourassa en recueillant 41,37 % du vote et 71 des 110 circonscriptions. Cette fois, René Lévesque, est élu dans la circonscription de Taillon avec une nette majorité de 62,65 % devant le candidat libéral Fernand Blanchard. René Lévesque devient Premier ministre du Québec dix jours plus tard. Il s'est engagé entre autres à tenir un référendum avant d'enclencher le processus d'accession à l'indépendance.

René Lévesque amorce son mandat dans un contexte difficile : le taux de chômage dépasse les 10 %, la balance commerciale avec l'extérieur est déficitaire, le déficit budgétaire a franchi le milliard de dollars, la situation sociale reste tendue. Le nouveau premier ministre reconnaît que la prudence est de mise[105]. L'objectif est toujours la souveraineté, mais le 40 % obtenu lors des élections confirme qu'il y a encore beaucoup de travail à faire avant une éventuelle victoire référendaire.

 
Plaque à Québec.

Les sessions de 1977 et de 1978 démontrent les efforts du gouvernement Lévesque de prouver qu'il est capable d'agir de façon responsable en bon gouvernement, tel qu'il l'a promis lors de la campagne de 1976. Il n'y présente aucune mesure pour étendre le rôle de l'État, excepté dans le domaine de l'assurance-automobile où il fait adopter une loi rendue nécessaire par la situation des assurés. En effet, les assureurs privés tentent par des procédures dilatoires de retarder le versement des indemnités dues aux assurés; alors que les avocats profitent, quant à eux, indûment du système[106]. La nouvelle loi nationalise le régime d'assurance-automobile au niveau de la personne.

Le 12 juillet, le ministre Camille Laurin dépose le projet de loi 101, qui contient la première incarnation de la Charte de la langue française.

Désormais, seuls les parents ayant reçu une éducation anglaise au Québec peuvent faire instruire leurs enfants en anglais, c'est ce que l'on appelle la clause Québec. Cette disposition de la loi est amendée par les lois constitutionnelles de 1982, les parents ayant reçu une éducation en anglais au Canada pourront faire instruire leurs enfants en anglais (et réciproquement les autres Canadiens ayant reçu une éducation en français au Canada peuvent faire instruire leurs enfants en français). Le régime de tests linguistiques, créé par la Loi sur la langue officielle (loi 22) de Robert Bourassa, est abrogé. Les entreprises ayant plus de 50 employés sont tenues d'entreprendre un programme de francisation. Le français devient la langue prédominante des tribunaux et la seule autorisée dans l'affichage commercial extérieur. Le projet de loi 101 est adopté par l'Assemblée nationale le , et devient loi.

Les milieux libéral et conservateur de la majorité anglophone, minoritaire sur le territoire québécois, réagissent négativement à l'adoption de cette loi. Durant la période 1977 à 1982, des avocats montréalais tentent de faire déclarer la loi anticonstitutionnelle.

Plusieurs entreprises, telles la compagnie d'assurances Sun Life ainsi que Cadbury, n'attendent pas leurs décisions pour transférer leur centre administratif ou leur usine en Ontario.

D'autres lois sociales importantes sont adoptées par le gouvernement Lévesque : la loi anti briseurs de grève (loi antiscabs) interdit le recours à des effectifs suppléants pendant une grève légale, sauf dans les services essentiels et les cas de protection de la propriété ; la loi sur le zonage agricole, adoptée à l'automne 1978, vise à protéger les terres agricoles à proximité du Saint-Laurent ; les taxes sur le vêtement, les chaussures et l'ameublement sont abolies ; le salaire minimum au Québec est indexé au coût de la vie[réf. nécessaire] ; la gratuité des soins dentaires est donnée aux jeunes de moins de 16 ans.

Dans le même temps, le gouvernement Lévesque s'efforce de trouver des alliés extérieurs pour son projet de souveraineté. Il tente d'abord une première amorce du côté des Américains. En janvier 1977 son discours à l'Economic Club de New York s'avère cependant un échec, l'idée de séparation du Québec déstabilisant quelque peu les hommes d'affaires américains qui pensent inévitablement à la guerre de Sécession[107]. Quelques semaines plus tard, Pierre Elliott Trudeau, devant le Congrès des États-Unis, déclare que la sécession du Québec serait « un crime contre l'histoire du genre humain »[108] (« a crime against the history of mankind »), et le président américain, Jimmy Carter, dit préférer avoir affaire à un Canada uni qu'à deux pays indépendants à sa frontière nord[109].

Les efforts du gouvernement péquiste avec la France sont beaucoup plus satisfaisants. En novembre 1977, René Lévesque est reçu à Paris comme un chef d'État. Il rencontre le président Giscard d'Estaing à l'Élysée et celui-ci lui remet la rosette de la Légion d'honneur. De son côté, Jacques Chirac, maire de Paris, ne lui cache pas sa sympathie pour la souveraineté du Québec[110]. Au cours de cette visite, on décide que les premiers ministres du Québec et de la France se rencontrent désormais annuellement. Cet événement déstabilise quelque peu le gouvernement fédéral qui reproche à la France son ingérence dans les affaires canadiennes[111].

Les relations entre Québec et Ottawa demeurent d'ailleurs tendues pendant les années 1976-1980. Trudeau garde la même intransigeance que lors des années Bourassa. Les conférences fédérales-provinciales sont décevantes, qu'elles portent sur l'économie ou sur l'éventuel rapatriement de la Constitution canadienne. En 1978 éclate la querelle sur la taxe de vente. Au printemps, Ottawa demande aux provinces de réduire leur taxe de vente et promet en retour de leur rembourser le montant jusqu'à concurrence de 3 %. Le Québec est la seule province à refuser l'offre : pour Lévesque, il s'agit d'une tentative du fédéral d'entrer subtilement dans un champ fiscal réservé aux provinces.

Les relations avec Ottawa s'améliorent quelque peu avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Joe Clark le .

En 1979, le gouvernement Lévesque entreprend ses premières négociations avec les employés du secteur public et parapublic, dans le but de négocier les nouvelles conventions collectives. Il offre d'abord des hausses salariales de 3,5 %, vite refusées par les syndicats qui, eux, demandent un salaire minimum de 265 $ par semaine. Un Front commun, le troisième depuis 1972, est formé le 7 mai. Après une série de débrayages et de grèves rotatives, le ministre des Finances, Jacques Parizeau, propose, à l'automne, des hausses salariales variant de 6,4 % à 9,5 % et un salaire hebdomadaire d'environ 200 $. Devant la menace d'une grève générale, le gouvernement fait adopter une loi spéciale le 12 novembre, la suspendant pour une durée de 15 jours. Après des négociations intensives, une entente de principe est conclue le 21 novembre. Les membres de la CEQ rejettent l'entente et déclenchent une grève générale le . Finalement, une nouvelle entente de principe est signée avec la CEQ en février. René Lévesque sort amer de ces négociations, plusieurs syndiqués ayant menacé de voter Non au référendum s'il n'accédait pas à leurs demandes.

Plusieurs réformes ont lieu : la loi électorale, la nouvelle loi régissant le financement des partis politiques, la loi sur la consultation populaire, la loi sur la protection du consommateur, la loi sur l'assurance automobile, la charte de la langue française, le réaménagement des municipalités régionales de comté, la réforme de la fiscalité municipale, la loi antiscabs, la loi de la santé et de la sécurité au travail, l'abolition des clubs privés de chasse et de pêche, le régime d'épargne-action, l'aide aux PME, la création du ministère du Commerce extérieur.

Loi sur la protection du territoire agricole adoptée le .

Référendum sur la Souveraineté-Association

À l'automne de 1979, les circonstances semblent favorables au gouvernement Lévesque pour enclencher le processus référendaire. Le conservateur Joe Clark est au pouvoir à Ottawa, où il dirige un gouvernement minoritaire. Trudeau lui-même annonce son retrait de la vie politique. Le 1er novembre, le livre blanc sur la souveraineté-association est déposé à l'Assemblée nationale et, le , René Lévesque rend publique la question référendaire.

Le même mois, cependant, le gouvernement conservateur de Clark est renversé. Le , le Parti libéral de Pierre Trudeau remporte les élections fédérales, raflant entre autres 74 des 75 circonscriptions au Québec. Malgré cette mauvaise nouvelle pour lui, le gouvernement Lévesque entame le débat référendaire à l'Assemblée nationale en mars. Un sondage CROP, à la fin du mois, indique même que 55 % des Québécois se disent favorables au concept de souveraineté-association[112].

La ministre Lise Payette commet alors une bourde en comparant la femme du chef libéral Claude Ryan, Madeleine, à une Yvette, modèle de femme soumise que l'on trouve dans certains manuels scolaires de l'époque. Trois semaines plus tard, un groupe de femmes libérales veulent prouver qu'elles peuvent, à la fois, être féministes et fédéralistes et fondent le Mouvement des Yvettes. Ce mouvement prend de l'ampleur et culmine le lorsque 15 000 femmes se rassemblent au Forum de Montréal pour y écouter, outre Madeleine Ryan, Thérèse Casgrain, Jeanne Sauvé, Solange Chaput-Rolland et Thérèse Lavoie-Roux. Le camp du Non a maintenant le vent en poupe, les sondages commençant à indiquer une baisse significative d'appuis au Oui dans la population.

Le gouvernement fédéral aide le Comité du Non de Claude Ryan en dirigeant une campagne de peur systématique : les personnes âgées perdraient leurs pensions de vieillesse ; le prix de l'essence grimperait à 50 cents le litre ; la facture énergétique d'une famille augmenterait de plus de 1 200 $ en un an. Le , un discours de Pierre Trudeau au Centre Paul-Sauvé est interprété comme ayant contribué à la victoire de son camp. Il promet alors de renouveler la fédération canadienne dans le sens des aspirations du Québec. « Nous mettons nos sièges en jeu », déclare-t-il.

Le , le référendum se traduit par une défaite pour le gouvernement Lévesque. 59,4 % des Québécois ont voté pour le Non, 40,6 % pour le Oui. Une mince majorité de Francophones s'est prononcée pour le Non. Le soir, au Centre Paul-Sauvé, René Lévesque tente d'apaiser ses militants déçus (« Si je vous ai bien compris... vous êtes en train de dire... à la prochaine fois[113]. ») tout en sommant le gouvernement d'Ottawa de remplir ses promesses ("La balle est maintenant dans le camp fédéral).

Plus tard, il a été prouvé que le gouvernement Trudeau a dépensé 7,5 millions $ durant la campagne de 1980, soit 8 fois plus que ne le permet la loi référendaire, à laquelle il ne se sentait pas lié[114].

Négociations constitutionnelles

Quelques jours après le référendum, Trudeau entame de nouvelles négociations avec les provinces. Son objectif est de rapatrier la Constitution canadienne, toujours à Londres, et de l'assortir d'une Charte des droits protégeant les droits individuels, et d'une formule d'amendement devant régir les futurs changements constitutionnels. Le gouvernement Lévesque décide de mettre momentanément de côté son option et de négocier de bonne foi.

Les pourparlers commencent en juin et une première conférence fédérale-provinciale a lieu en septembre 1980. L'Ontario et le Nouveau-Brunswick prennent parti pour Ottawa, mais les autres provinces, qui ont peur de voir gruger leurs pouvoirs, décident de s'allier avec le Québec afin de contrer le projet Trudeau. Devant l'échec de la conférence, le Premier ministre canadien annonce qu'il rapatrie unilatéralement la Constitution. Plusieurs provinces, dont le Québec, décident alors de porter leur cause devant les Cours d'appel. Celles-ci ne s'entendent pas, mais celle de Terre-Neuve se prononce pour l'illégalité du projet, ce qui oblige Ottawa à faire appel à la Cour suprême du Canada.

Entretemps, Lévesque remporte les élections du 14 avril 1981 où il obtient près de 50 % du vote. Sa promesse remplie de bon gouvernement a contribué aux résultats, mais d'autres raisons entrent en ligne de compte : il s'est en effet engagé à ce que la souveraineté ne soit pas un enjeu pendant le prochain mandat et démontre efficacement que le PQ est le seul apte à défendre les intérêts du Québec face aux visées du gouvernement fédéral. De son côté, le PLQ s'est mal préparé à l'élection et l'arrogance de son chef, Claude Ryan, le fait mal paraître[115].

Deux jours plus tard, le 16 avril, Lévesque rencontre 8 premiers ministres provinciaux à Vancouver (ceux du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario se sont désistés) afin de négocier une formule d'amendement. Il consent à abandonner le droit de veto, et ses alliés acceptent que la Charte des droits ne soit pas enchâssée dans la Constitution. De plus, ceux-ci décident de le soutenir dans sa demande d'obtenir un droit de retrait avec compensation qu'il préfère au droit de veto, car ainsi une province peut refuser un programme fédéral sans empêcher les autres d'y adhérer.

Le , la Cour suprême du Canada statue que le projet Trudeau est légal, mais non légitime, car il lui faut pour cela un consentement substantiel d'une majorité de provinces[116]. Trudeau invite alors ses homologues provinciaux à une conférence de la dernière chance au début novembre.

C'est durant cette conférence, dans la nuit du 4 au 5 novembre, que le gouvernement Trudeau parvient à s'entendre avec 9 provinces sur 10, à la suite de tractations nocturnes auxquelles le Québec n'a pas été convié. Les principaux négociateurs sont Jean Chrétien, Roy Romanow, Roy McMurtry et Allan Blakeney (la Nuit des Longs Couteaux). Le libellé de l'entente est signé le matin devant des représentants québécois éberlués. La Charte des droits et libertés est enchâssée dans la Constitution (avec l'ajout d'une clause nonobstant pour certains domaines clés) ; la formule de retrait avec compensation est abandonnée ; un droit de veto est accordé aux provinces de l'Ouest et de l'Atlantique, leur permettant une certaine autorité sur leurs ressources naturelles, mais le Québec ne l'obtient pas ; la mobilité de main d'œuvre interprovinciale est facilitée au risque de compromettre certains programmes provinciaux de création d'emplois ; enfin, l'article 23 rend illégale la clause Québec, invalidant ainsi certaines dispositions de la loi 101.

Lévesque revient à Québec, humilié et blessé. Ses proches s'accordent à dire que plus jamais il n’a été le même[117].

Le coup de force fédéral a une conséquence immédiate sur le PQ. Au huitième congrès, en , les militants péquistes adoptent une résolution mettant au rancart la notion d'association. Lévesque tente en vain de les faire revenir sur leur décision et menace même de démissionner. Quelques jours plus tard, il annonce la tenue d'un référendum interne dans le Parti visant à annuler la résolution controversée. C'est ce que l'on a appelé le renérendum, expression inventée par Ian MacDonald, chroniqueur au journal The Gazette. Le , les résultats sont plus que satisfaisants pour Lévesque : 95 % des 143 000 membres du PQ lui donnent leur soutien.

Second mandat (1981-1985)

René Lévesque est réélu le face à Claude Ryan, avec une majorité accrue de 80 sièges sur 122. Le PQ obtient la plus forte majorité de son histoire avec 49,26 % du vote des électeurs alors que le Parti libéral suit avec 46,07 %.

Le second mandat est beaucoup plus dur pour René Lévesque et son gouvernement, et la crise constitutionnelle n'est pas seule en cause. Dès 1981, la récession économique prend une ampleur inattendue. Le taux de chômage, au Québec, grimpe à 10 % en , à 14 % en mars 1982, frise les 15 % en et atteint 16 % le mois suivant. Le gouvernement tente, sans beaucoup de succès, d'en juguler les effets. Sur la suggestion de Louis Laberge, chef de la FTQ, il instaure le programme de Corvée-Habitation, visant à relancer la construction résidentielle. Le Plan Biron, quant à lui, a pour objectif de venir en aide aux PME en difficulté. En , Lévesque annonce la création de 18 000 emplois saisonniers dans un programme de reforestation.

C'est dans cette tourmente que s'amorcent de nouvelles négociations dans le secteur public. Lors du sommet économique d', Lévesque annonce un trou de 700 millions $ dans les prévisions budgétaires. Dans ces conditions, dit-il, l'État est incapable de payer les hausses salariales consenties en 1979. Certes, le budget de annonce la hausse de la taxe de vente de 9 % à 10 % et le gel des salaires des médecins et des cadres du gouvernement, mais Lévesque énonce que les employés du secteur public devront consentir à des sacrifices. Au mois de mai, la loi 70, autorisant le gouvernement à réduire leurs salaires de 20 % pendant une durée de trois mois, soit du 1er janvier au , est déposée à l'Assemblée nationale.

Les syndicats refusent cette mise en demeure et forment un nouveau Front commun à l'automne. Les négociations sont ardues et ne mènent nulle part. Le gouvernement y met fin en décembre en faisant adopter la loi 105, imposant 109 conventions collectives aux 300 000 syndiqués du secteur public. Les syndicats organisent des grèves en cascades à la fin . Le 29 janvier, près de 30 000 syndiqués défilent devant l'Assemblée nationale et brûlent des mannequins à l'effigie du premier ministre. Pour eux, Lévesque est devenu le « boucher de New Carlisle ».

Le gouvernement parvient tout de même à une entente avec les infirmières ainsi qu'avec la Fédération des Affaires sociales au début de février. Les enseignants, eux, continuent leurs débrayages. Lévesque fait alors adopter la loi 111 (appelée loi-matraque par les syndiqués) qui prévoit le congédiement sans appel, la perte de salaires, la perte d'ancienneté et la suspension de la Charte des Droits[118].

Le 5 mars, plusieurs ministres sont bousculés par des centaines de manifestants devant l'Hôtel Concorde où doit se réunir le conseil national du PQ. Par la suite, cependant, les tensions s'apaisent et, le 18 avril, une entente de principe est signée avec la CEQ. Le gouvernement Lévesque sort affaibli de cette crise. L'alliance naturelle entre les syndicats et le PQ n'existe plus et celui-ci s'en ressent dans les années suivantes. Le taux d'insatisfaction envers le gouvernement prend alors d'énormes proportions.

Malgré la tourmente, le gouvernement continue tout de même son travail de législation. Le , la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels est adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale. Par contre, celle concernant la réforme du mode de scrutin et celle réformant l'éducation sont remises à plus tard.

En mai 1984, le soldat Denis Lortie entre dans l'Assemblée nationale et tue trois personnes avant d'être finalement arrêté. Son but, a-t-il dit plus tard, était de « détruire le gouvernement Lévesque[119] ».

En , au neuvième congrès du PQ, les militants adoptent une résolution indiquant qu'aux prochaines élections un vote pour le Parti québécois est un vote pour l'indépendance. Lévesque vote contre, mais se rallie à contrecœur. Deux mois plus tard, le 4 septembre, les conservateurs de Brian Mulroney remportent la victoire aux élections fédérales et adoptent une politique d'ouverture à l'égard du Québec. Le 16 octobre, dans son discours d'ouverture de la session parlementaire, René Lévesque déclare qu'il entend collaborer pleinement avec le nouveau gouvernement pour créer des emplois et rouvrir le dossier constitutionnel. Le 5 novembre, lors du Discours du Trône, à Ottawa, Mulroney s'engage à rouvrir le débat constitutionnel afin d'obtenir l'adhésion du Québec à l'entente de 1981. Lévesque lui tend la main, parle d'un Beau Risque et annonce son intention de mettre en veilleuse l'option indépendantiste, un choix crucial dans l'histoire du PQ car il scinde le parti séparatiste entre les deux clivages, l'un plus radical et l'autre qui suit l'adoucissement nationaliste recherché par René Lévesque.

Cette décision amorce l'une des crises les plus graves que le Parti québécois ait connues. Le 20 novembre, Pierre de Bellefeuille démissionne du caucus. Il est suivi, deux jours plus tard, de plusieurs têtes d'affiche du gouvernement : Jacques Parizeau, Camille Laurin, Denise Leblanc-Bantey, Gilbert Paquette et Jacques Léonard. Jérôme Proulx annonce qu'il siègerait désormais comme député indépendant. Le 27 novembre, Louise Harel démissionne à son tour suivie, le 4 décembre, de Denis Lazure.

Lévesque, désormais à la tête d'un gouvernement sérieusement affaibli, convoque, en janvier 1985, un congrès spécial où il met officiellement en veilleuse l'option indépendantiste. Six mois plus tard, le 20 juin, fatigué, amer et probablement poussé par plusieurs membres de son caucus, Lévesque annonce qu'il démissionnerait après le Congrès à la chefferie de son Parti.

Retour au journalisme

Ayant décidé de se retirer de la politique active (le ), Lévesque revient à sa première passion : le journalisme.

Mort

 
René Lévesque repose au cimetière Saint-Michel de Sillery avec son épouse Corinne Côté-Lévesque.

Il meurt d'une crise cardiaque le à son domicile de l'Île des Sœurs, à Verdun. Des dizaines de milliers de gens lui témoignent leur reconnaissance lors de ses funérailles à Québec. Son corps est inhumé au cimetière Saint-Michel de Sillery, à Québec, le [120].

Vie privée

En 1947, il épouse Louise L'Heureux (fille d'Eugène L'Heureux, directeur du journal L'Action catholique de Québec), qui était déjà sa fiancée avant la guerre. Le couple a eu trois enfants : Pierre, Claude et Suzanne.

Son fils Claude est quant à lui journaliste et chroniqueur au quotidien québécois Le Devoir[121].

René Lévesque, présenté comme un séducteur de femmes par son entourage, a une relation amoureuse extra-conjugale avec sa coanimatrice Judith Jasmin[122].

Un incident malheureux fait la manchette en . Dans la nuit du 6 février à Montréal, René Lévesque happe mortellement, avec sa voiture, Edgar Trottier, un sans-abri de 62 ans qui se trouvait étendu sur le chemin de la Côte-des-Neiges, près de l'avenue Cedar et de l'Hôpital général de Montréal[123]. Les policiers qui se sont présentés sur les lieux n'ont pas cru bon faire passer les tests règlementaires à l'homme, puisque qu'on ne détecte aucun signe d'ivresse et aucune odeur d'alcool. Pierre Godin écrit, dans l'un de ses 4 tomes de la biographie de Lévesque : « Comme l’expliquera à la presse un policier du poste 10, résumant la pensée de ses collègues : « J’ai croisé le premier ministre tôt hier matin et il était parfaitement à jeun. » Opinion confirmée par le lieutenant Laurent Lévis, responsable de l’enquête, par George Wilson et par deux autres témoins de l’accident, le chauffeur de taxi Marijan Hocursak et Marvin Carsley. (…) Aucun signe d’ivresse, aucune odeur suspecte d’alcool[124]. »

Aucune accusation n’est portée contre lui, mais Lévesque reste marqué par l'accident. Il a par la suite été révélé que sa passagère n'était pas sa femme, mais une secrétaire du nom de Corinne Côté. Le mariage de René Lévesque se solde alors par un divorce puis il épouse Corinne Côté, fille de Roméo Côté et d'Irma Tremblay, le [125] au palais de justice de Montréal. Celle-ci a eu une influence notable sur les décisions de René Lévesque. Par exemple, à la suite de la nuit des Longs Couteaux, elle l'incite à demeurer en poste, malgré le dépit de Lévesque à l'égard des manœuvres politiques dont il vient de faire les frais.

Héritage politique

À sa mort en 1987, René Lévesque laisse derrière lui un important héritage politique. Lors de son passage dans la vie politique du Québec, il joue un rôle déterminant dans la réorganisation des responsabilités attribuées à l'État par les citoyens, de même que dans les rapports entre les citoyens et les partis politiques, les citoyens et l'administration publique, la majorité francophone et les minorités anglophone et allophone, en plus de semer dans le cœur et l'esprit d'un nombre important de ses concitoyens le désir et la détermination de mener le Québec à son indépendance par des moyens pacifiques et démocratiques.

Il a instauré des règles fondamentales en ce qui concerne le financement des partis.

Hydro-Québec

René Lévesque est souvent identifié comme le père de la nationalisation de l'électricité, ayant généralisé le mouvement initié par le premier ministre Adélard Godbout en 1943. Aujourd'hui, Hydro-Québec distribue de la quasi-totalité de l'électricité au Québec et 99 % de la production électrique québécoise provient de l'énergie hydroélectrique[126].

Parti québécois

Le Parti québécois, fondé par Lévesque, est actuellement le troisième groupe de l'opposition à l'Assemblée nationale, ayant obtenu 9 sièges sur 125 à l'élection générale québécoise de 2018. Son chef, Jean-François Lisée, a démissionné à la suite du résultat de cette l'élection. Il avait succédé à Pierre-Karl Péladeau le . Après le départ de René Lévesque, les Premiers ministre péquistes ont été Pierre-Marc Johnson, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry et Pauline Marois.

Système électoral

Réforme de la loi électorale, financement des partis politiques et des référendums, réforme du mode de scrutin avorté.

Politique linguistique

Bien qu'elle ait été modifiée à plusieurs reprises à la suite de jugements rendus par la Cour Suprême du Canada, la Charte de la langue française, le principal instrument légal sur lequel s'appuie la politique linguistique du Québec, est toujours en vigueur aujourd'hui.

Chronologie

 
Statue de René Lévesque (1922-1987) devant l'Hôtel du Parlement à Québec.
La statue est accompagnée d'une plaque, qui se lit comme suit:
« Il est un temps où le courage et l'audace tranquilles deviennent pour un peuple, aux moments clés de son existence, la seule forme de prudence convenable. S'il n'accepte pas alors le risque calculé des grandes étapes, il peut manquer sa carrière à tout jamais, exactement comme l'homme qui a peur de la vie. »
  • 1922 - Le , naissance de René Lévesque à Campbellton, au Nouveau-Brunswick. (Il grandit à New Carlisle en Gaspésie).
  • 1937 - Le , décès de son père.
  • 1947 - Le , il épouse Louise L'Heureux à Québec.
  • 1957 - Prix Olivar-Asselin.
  • 1960 - Le , il est élu député dans la circonscription électorale de Laurier.
  • 1960 - Le , il devient ministre des Ressources hydrauliques et ministre des Travaux publics.
  • 1961 - Le , il devient Ministre des Ressources naturelles.
  • 1962 - Le , il est réélu député dans la circonscription électorale de Laurier.
  • 1965 - Le , il devient ministre de la Famille et du Bien-être social.
  • 1966 - Le , il est encore une fois réélu dans la circonscription de Laurier.
  • 1967 - Le , il quitte le Parti libéral du Québec.
  • 1967 - Le , il fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA).
  • 1967 - Le , début des négociations entre le MSA, le RN et le RIN en vue d'une fusion.
  • 1968 - Le , publication de son manifeste Option Québec.
  • 1968 - Le , tenue du premier congrès d'orientation du MSA.
  • 1968 - Le , à Québec, premier congrès national du nouveau parti né de la fusion entre le MSA et le RN.
  • 1968 - Le , il est élu président du nouveau Parti québécois (PQ).
  • 1968 - Le , les membres du RIN votent en faveur de la dissolution de leur organisation. (Quinze jours plus tard, la majeure partie de ses 16 000 membres rejoignent le Parti québécois.)
  • 1970 - Le , il est défait dans Laurier par le libéral André Marchand.
  • 1970 - Il devient chroniqueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec.
  • 1973 - Lors du 4e congrès national les 23, 24 et , il est réélu président du PQ.
  • 1973 - Le , il est défait dans la circonscription de Dorion.
  • 1976 - Le , il est élu député dans la circonscription électorale de Taillon.
  • 1976 - Le , il est assermenté Premier ministre du Québec.
  • 1977 - Le , il est impliqué dans un accident de la route[127]. L'automobile qu'il conduit heurte Edgar Trottier, un sans-abri de 62 ans qui meurt sur le coup. M. Lévesque a été soupçonné d'avoir conduit en état d'ébriété, les policiers qui se sont présentés sur les lieux ne lui ont jamais fait passer le test d'ivressomètre.
  • 1977 - Le , il est fait grand officier de la Légion d'honneur
  • 1977 - En novembre, il reçoit la médaille de la ville de Paris.
  • 1979 - Le , il épouse Corinne Côté.
  • 1979 - En juillet, sa mère meurt.
  • 1980 - Le Québec vote Oui à 40 % au premier référendum sur la souveraineté. René Lévesque : « Si j'ai bien compris, vous êtes en train de dire, à la prochaine fois. »
  • 1981 - Le , il est réélu député dans la circonscription électorale de Taillon.
  • 1981 - Le , il est assermenté premier ministre du Québec une deuxième fois.
  • 1987 - Le 1er novembre, décès de René Lévesque, âgé de 65 ans, à Verdun (Île des Sœurs), aujourd'hui fusionné à Montréal.

Hommages

Prix et médailles

Toponymie

Un boulevard de La Roche-sur-Yon en France porte son nom.

Écrits

René Lévesque est l'auteur de quelques livres et textes d'opinion :

  • Un pays qu'il faut faire (1967) ;
  • Option Québec (1968) ;
  • La Passion du Québec (1978) ;
  • Oui (1980) ;
  • Attendez que je me rappelle... (1986).

Il signe aussi un bon nombre d'articles et de chroniques dans :

  • L'Envol ;
  • Le Carabin ;
  • Le Clairon de Saint-Hyacinthe ;
  • Cité libre ;
  • Le Journal de Montréal ;
  • Le Journal de Québec ;
  • Le Jour.

Le fonds d'archives de René Lévesque est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[130].

Faits divers

Bibliographie

En français

Sites Web
Ses écrits
Extraits de ses reportages
Portraits et biographies
  • Denise Bombardier, «Lévesque, René», dans Dictionnaire amoureux du Québec, Paris, Plon, 2014, p. 248-252.
  • Louise Beaudoin et François Dorlot. René Lévesque, Montréal : La Presse, 2007
  • Martine Tremblay, Derrière les portes closes : René Lévesque et l'exercice du pouvoir 1976-1985, Montréal, Québec Amérique, , 710 p. (ISBN 2-7644-0453-0).
  • Pierre Godin. René Lévesque, l'homme brisé, tome 4, Montréal : Boréal, 2005
  • Martin Bisaillon. Le perdant, Montréal : Les Intouchables, 2004
  • Marguerite Paulin. René Lévesque - Une vie, une nation, XYZ Éditeur : Montréal, 2003, 168 p. (ISBN 2-89261-377-9)
  • Pierre Godin. René Lévesque, L'espoir et le chagrin (1976-1980), tome 3, Montréal : Boréal, 2001
  • Pierre Godin. René Lévesque, Héros malgré lui (1960-1976), tome 2, Montréal : Boréal, 1997
  • Pierre Godin. René Lévesque, Un enfant du siècle (1922-1960), tome 1, Montréal : Boréal, 1994
  • Claude Fournier. René Lévesque : portrait d'un homme seul, Montréal : Éditions de l'Homme, 1993, 341 pages (ISBN 2-7619-1153-9)
  • Michel Lévesque. René Lévesque, Montréal : Lidec, 1991
  • Pierre Godin. Les Frères divorcés, Montréal : Éditions de l'Homme, 1986
  • Pierre Vallières. Les Scorpions associés, Montréal : Éditions Québec-Amérique, 1978, 156 p. N.B.: Les "scorpions" du titre sont Pierre-Elliott Trudeau (et le fédéralisme pan-canadien) et René Lévesque (et les espérances souvreignistes du Québec). (ISBN 0-88552-046-7)
  • Alain Pontaut. René Lévesque ou l'idéalisme pratique, Montréal : Leméac, 1983
  • Peter Desbarats. René Lévesque ou le projet inachevé, Montréal : Fides, 1977 (traduction de Robert Guy Scully)
  • Jean Provencher. René Lévesque : portrait d'un Québécois, Montréal : La Presse, 1973, 270 pages (ISBN 0-7777-0056-5)
  • François Aubin. René Lévesque tel quel, Montréal : Boréal Express, 1973
Universitaire
  • Alexandre Stefanescu et Céline Saint-Pierre (direction), René Lévesque, les ressources naturelles et le développement économique, VLB éditeur, Montréal, 2015, 164 p.
  • Alexandre Stefanescu et Éric Bédard (direction), René Lévesque, homme de la parole et de l'écrit, VLB éditeur, Montréal, 2012, 175 p.
  • Alexandre Stefanescu (direction), René Lévesque, mythes et réalités, VLB éditeur, Montréal, 2008, 252 p.
  • Yves Bélanger et Michel Lévesque, éd. René Lévesque, l'homme, la nation, la démocratie, Presses de l'Université du Québec, 1992
  • André Carrier. Les idées sociales, économiques et politiques de René Lévesque, thèse de maîtrise à l'université d'Ottawa, 1970
Recensions
Généalogie
  • Paul-Émile Racan-Bastien. Généalogie ascendante de René Lévesque, premier ministre du Québec, tome I, Éditions historiques et généalogiques Pepin, 2001 480 p. (ISBN 2-554-02398-0)
  • Paul-Émile Racan-Bastien. Généalogie ascendante de René Lévesque, premier ministre du Québec, tome II, Éditions historiques et généalogiques Pepin, 2001 480 p. (ISBN 2-554-02399-9)
Autres
  • Mononc' Serge & Anonymus. « René Lévesque », Musique Barbare, 2008
  • Les Cowboys Fringants. « Lettre à Lévesque », dans l'album La grande Messe, 2004
  • Victor Teboul. René Lévesque et la communauté juive : Entretiens, Éditions des Intouchables, 2001, 64 pages (ISBN 2-89549-034-1)
  • Michel Lemieux. Voyage au Levant : de Lawrence d'Arabie à René Lévesque, Sillery : Septentrion, 1992, 384 pages (ISBN 2-921114-69-0)
  • Claude Morin. Mes premiers ministres : Lesage, Johnson, Bertrand, Bourassa et Lévesque, Montréal : Boréal, 1991, 632 pages (ISBN 2-89052-440-X)
  • Michel Arsenault. « René Lévesque, une vie », dans L'Actualité, 1987
  • Collectif. Le Québec 1967-1987 : du Général de Gaulle au lac Meech, Montréal : Guérin littérature, 1987
  • Marcel Léger. Le Parti québécois : ce n'était qu'un début, Montréal : Québec/Amérique, 1986.
  • Jules-Pascal Venne, dir. Au-delà de l'image... suivi de René Lévesque, Libérer l'avenir, Montréal : Québec/Amérique, 1985
  • Gérard Bergeron. Notre miroir à deux faces : Trudeau-Lévesque, Montréal : Québec/Amérique, 1985
  • Graham Fraser. Le Parti québécois, Montréal : Libre Expression, 1984 (traduit de l'anglais par Dominique Clift)
  • Gérard Pelletier. Les années d'impatience, 1950-1960, Montréal : Stanké, 1983
  • Claude Charron. Désobéir, Trois-Rivières : VLB Éditeur, 1983
  • Louis La Rochelle. En flagrant délit de pouvoir : chronique des événements politiques de Maurice Duplessis à René Lévesque Montréal : Boréal Express, 1982
  • Lise Payette. Le pouvoir ? Connais pas !, Montréal : Québec Amérique, 1982
  • Don Murray. De Bourassa à Lévesque, Quinze, 1978
  • Vera Murray. Le Parti québécois : de la fondation à la prise du pouvoir, Montréal : Hurtubise HMH, 1976
  • Camille Laurin. Ma traversée du Québec (préface de René Lévesque), Éditions du Jour, 1970
Radio et télévision
  • Gilles Walker. René, télésérie dramatique, 2005 (œuvre de fiction)
  • Roger Cardinal. René Lévesque, télésérie dramatique, 1994 (œuvre de fiction)
  • Claude Godbout, Roger Racine, Marc Renaud. René Lévesque, Héros malgré lui, série documentaire en 3 épisodes (Le rebelle (1922-1967), Le patriote (1967-1977), Le démocrate (1977-1987)), Production René Lévesque (en collaboration avec Télé-Québec), Québec, 2003
  • Point de mire sur René Lévesque, série documentaire en 10 épisodes d'une heure, GSI Musique en collaboration avec Radio-Canada, 2002
  • Pierre Perrault. Un pays sans bon sens !, 1970
  • Félix Leclerc. Hommage à René Lévesque

En anglais

Sur les autres projets Wikimedia :

Livres
  • David Fennario. The Death of Rene Levesque, Talonbooks, March 10, 2003, 72 pages (ISBN 0-88922-480-3)
  • Graham Fraser. PQ: René Lévesque and the Parti Québécois in Power, Montréal, McGill-Queen's University Press; 2nd édition, , 434 pages (ISBN 0-7735-2310-3)
  • Claude Fournier. Rene Levesque: Portrait of a Man Alone, McClelland & Stewart, , 1995, 272 pages (ISBN 0-7710-3216-1)
  • René Lévesque. Rene Levesque Memoirs, McClelland & Stewart, 1986 (traduit par Philip Stratford)
  • Graham Fraser. PQ: René Lévesque and the Parti Québécois in Power, Montréal, Libre Expression, 1984
  • René Lévesque. My Québec, Methuen, 1979, 191 pages, (ISBN 0-458-93980-3)
  • Peter Desbarats. René, Montréal, Fides, 1976
  • Peter Desbarats. Rene: a Canadian in search of a country, McClelland and Stewart 1976, 223 pages (ISBN 0-7710-2691-9)
  • Marguerite Paulin. René Lévesque: Charismatic Leader, XYZ Publishing, January 10, 2004, 176 pages (ISBN 1-894852-13-3) (traduit par Jonathan Kaplansky)
  • Jean Provencher, David Ellis. Rene Levesque: Portrait of a Quebecois, Paperjacks, June 1977 (ISBN 0-7701-0020-1)
  • René Lévesque. Quotations from René Lévesque, Éditions Héritage, 1977, 105 pages (ISBN 0-7773-3942-0)
  • Pierre Dupont. How Levesque Won, Lorimer, January 1, 1977, 136 pages (ISBN 0-88862-130-2) (traduit par Sheila Fischman)
  • René Lévesque. An option for Quebec, McClelland and Stewart, 1968, 128 pages
  • Victor Teboul, René Lévesque et la communauté juive, Éditions les Intouchables, 2002, 66 pages (ISBN 2-89549-034-1)
Sites Web

Notes et références

  1. « « Ti-Poil » en public, Monsieur en privé », sur journaldequebec.com,
  2. Richard Foot, « René Lévesque » (consulté le 28 septembre 2016)
  3. a b c d e f g h et i Claude Godbout, Roger Racine, Marc Renaud, René Lévesque, Héros malgré lui, Le rebelle (1922-1967), Production René Lévesque (en collaboration avec Télé-Québec), Québec, 2003
  4. a b et c Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, Montréal, Éditions du Boréal, (ISBN 2-7646-0838-1 et 978-2-7646-0838-8, OCLC 1243351953, lire en ligne), p. 15
  5. a b c et d Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 14.
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  15. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 30.
  16. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 31.
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  21. Graham Fraser, Le Parti québécois, Éditions Libre Expression, Outremont (Québec), 1984 (ISBN 2-89111-207-5)
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  25. a b et c Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 40.
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  91. a et b Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 144.
  92. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 145.
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  94. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 156.
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  96. a b et c Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 162.
  97. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 163.
  98. a et b Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 167.
  99. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 171.
  100. Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 184.
  101. Site Web du Secrétariat à l'adoption internationale
  102. a et b Pierre Godin, René Lévesque, un homme et son rêve, p. 186.
  103. http://archives.cbc.ca/IDC-0-18-1123-6136/personnalites/parti_quebecois_levesque/clip2 Extrait du téléjournal du 14 octobre 1967 annonçant le départ de René Lévesque du Parti libéral
  104. Lionel Bellavance, Les partis indépendantistes québécois (1960-1970), 1972. Parti québécois d'Arthabaska. Arthabaska (Québec). p. 14.
  105. Lévesque aborda la question de la souveraineté avec prudence et grande sobriété, comme en fait foi sa décision concernant le Centre d'archives et de documentation (John F. Conway, Des comptes à rendre VLB éditeur, 1995)
  106. Les membres du Barreau retiraient jusqu'à une bonne moitié de leurs revenus des accidents de la route et, plus souvent qu'à leur tour, n'hésitaient pas à s'acoquiner avec l'assureur pour éterniser les procédures jusqu'à ce que le client découragé finît par laisser tomber son recours ou se contentât d'une bouchée de pain (René Lévesque, Attendez que je me rappelle, Québec-Amérique, 1986, p. 386-387)
  107. James Reston, chroniqueur au New York Times, écrit dans un article du 25 janvier 1977: Les États-Unis sont renversés à l'idée que le Canada pourrait se fractionner en une série d'États qui pourraient se quereller les uns avec les autres. Cet article fait évidemment référence au discours de Lévesque à l'Economic Club, tenu le même jour.
  108. Et non « un crime contre l'humanité », comme il a souvent été dit par la suite. Voir l'analyse de cette citation et du quiproquo qui a suivi dans cet article de Louis Massicotte (Le Devoir, 3 janvier 2015).
  109. Le Soleil, 10 février 1977.
  110. Le Devoir, 5 novembre 1977
  111. Le Devoir, 7 novembre 1977
  112. Attendez que je me rappelle, p. 407
  113. René Lévesque, 20 mai 1980, Centre Paul-Sauvé, Montréal, Québec, Canada, dans La Réponse (média télévision de Radio-Canada), paru 20 mai 1980, René Lévesque.
  114. Dans La Presse du 14 décembre 1987, un article indique que Gérald Godin a rendu public à l'Assemblée nationale un rapport du gouvernement fédéral le démontrant.
  115. Pierre Godin. René Lévesque, l'homme brisé p. 126-129.
  116. Pierre Godin, René Lévesque, l'homme brisé, p. 150-151.
  117. Interview de Claude Charron à TVA le 2 novembre 1987 à la suite de la mort de René Lévesque.
  118. Graham Fraser. Le Parti québécois. Libre-Expression. 1984. p. 354
  119. Pierre Godin. René Lévesque, l'homme brisé, p. 336-337.
  120. http://archives.cbc.ca/IDC-0-18-351-1902-10/personnalites/rene_levesque/ Extrait du Téléjournal du 5 novembre 1987, animé par Bernard Derome à propos des funérailles de René Lévesque.
  121. « Claude Lévesque | Le Devoir » (consulté le 1er février 2018)
  122. « Jasmin et Lévesque », sur Les Archives de Radio-Canada, (consulté le 30 mars 2019)
  123. « M. Lévesque n’a pu éviter le corps inerte », sur Le Devoir, (consulté le 30 mars 2019)
  124. Pierre Godin, René Lévesque, l'espoir et le chagrin, Montréal, Boréal, , p. 145.
  125. « Sans prévenir son entourage, René Lévesque s'est marié », Le Devoir,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  126. « Notre énergie », sur www.hydroquebec.com (consulté le 31 octobre 2016)
  127. Bilan du Siècle - 6 février 1977 - Déroulement d'un accident routier impliquant le premier ministre du Québec, René Lévesque
  128. Presse canadienne, « Deux centrales porteront les noms de Jean Lesage et René Lévesque », La Presse, Montréal,‎ (lire en ligne).
  129. Communiqué de la Commission de toponymie du Québec annonçant l'officialisation de l'autoroute René-Lévesque.
  130. Fonds René Lévesque (P18) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)
  131. (en-CA) « Jean-Lois Kerouac », sur The Walrus, (consulté le 31 mars 2019)
  132. Meyer, Philippe, Québec, Seuil, 1980, p. 104.
  133. « Toute l'histoire », sur La Presse+, (consulté le 31 mars 2019)
  134. René Lévesque a été le meilleur premier ministre, LCN, 4 octobre 2006, consulté en ligne le 5 septembre 2011.
  135. Critique - La Grand-Messe, MusiquePlus, 23 novembre 2004, consulté en ligne le 5 juillet 2011.

Articles connexes

Liens externes