Albert Lautman [albɛʁ lotmɑ̃], né à Paris le et fusillé au camp de Souge le , est un philosophe des mathématiques et résistant français.

Normalien agrégé proche de Jacques Herbrand puis des fondateurs du groupe Bourbaki, qu'il engage sur la voie du structuralisme mathématique, il reste, contrairement à son répétiteur et ami Jean Cavaillès, attaché à un fondement réaliste des mathématiques et défend, sans avoir eu le temps d'achever son argumentation, une forme actualisée du « platonisme mathématique » de Jacques Hadamard.

Coacteur d'une spectaculaire évasion de son oflag, Albert Lautman participe durant l'Occupation au réseau Pat O'Leary depuis Toulouse et s'engage le 1er janvier 1943 dans les FFC. Chargé en janvier 1944 d'organiser à Grenade sur Garonne un maquis de l'Armée secrète, il est trahi et, le 15 mai, arrêté par la Gestapo, embarqué le 3 juillet dans le « train fantôme » à destination de Dachau.

« La réalité inhérente aux théories mathématiques leur vient de ce qu'elles participent à une réalité idéale qui est dominatrice par rapport à la mathématique, mais qui n'est connaissable qu'à travers elle.[3] »

BiographieModifier

Enfance provençale (1908-1922)Modifier

Albert Lautman naît français à Paris, dans le 9e arrondissement. Il est le fils de Sami Lautman, un Juif de Roumanie autrichienne, né à Braïla. Étudiant en médecin interdit d'internat par un numérus clausus décrété par Karl Lueger, le maire antisémite de Vienne, Sami Lautman a rejoint en France, en 1891, son frère aîné Adolphe[4], repassé toutes ses examens, baccalauréat inclus, et épousé en 1905 une parisienne issue d'une vieille famille juive de Lorraine alliée à des Juifs du Pape, Claire Lajeunesse[5]. Le couple donne à ses trois enfants, l'aînée Esther, Albert, Jules, une éducation laïque.

En , peu après l'éclatement de la Première Guerre mondiale, son père, désormais médecin[5], s'engage, malgré son âge, comme brancardier dans la Légion étrangère. Son plus jeune oncle Hermann est lui aussi engagé volontaire[4], rejetant pareillement sa patrie nominale, l'Autriche-Hongrie. Son cousin germain André, fils d'Adolphe âgé de vingt trois ans, est mobilisé au 92e régiment d'infanterie comme médecin auxiliaire du Service de santé des armées[4].

Grand mutilé de guerre, aveugle à quatre vingt dix pour cent[1] à la suite d'une blessure reçue en 1916 en Alsace, Sami Lautman, qui sera naturalisé français le 2 mars 1920 et décoré en décembre 1932 de la croix de chevalier de la Légion d'honneur[1], s'installe avec sa famille à Nice. C'est là qu'Albert Lautman, pupille de la nation[1], grandit et suit sa scolarité.

Il fait ses études secondaires dans un lycée de Marseille, où il passe son premier baccalauréat et remporte plusieurs prix au concours général[6].

Etudiant parisien (1923-1930)Modifier

Élève très brillant ayant deux ans d'avance, Albert Lautman est accepté à Paris au lycée Condorcet[5], en 1923. En classe de mathélém, il y a pour camarade Jacques Herbrand, anomalie scolaire qui passe déjà aux yeux des professeurs pour une sorte de génie, mais c'est contrairement à son ami en khâgne[5], avec entre autres Claude Lévy-Strauss et Yves Renouard, qu'il poursuit.

Derrière son ami Daniel Gallois, maurassien qui deviendra dans la Résistance le second du colonel Touny, mais devant Jean Maugüe, il est reçu dix septième au concours d'entrée à l'École normale supérieure en 1926, un an après Jacques Herbrand. Celui ci, cacique en sciences, lui donne alors des cours particuliers de mathématiques[5] et choisit de thurner avec les nouveaux littéraires, dont Pierre Bertaux et les ex khâgneux de Condorcet, Dominique Leca, Jean Boorsch et Jean-Paul Hutter, un futur officier Malgré nous qui disparaîtra en Courlande en mars 1944. Élève du rationaliste idéaliste Léon Brunschvicg, Albert Lautman s'oriente vers la philosophie des mathématiques, décevant sa famille, qui l'attendait à la direction de l'entreprise de son oncle[6].

Dès son admission à Normale[1], il adhère à la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste, LAURS, qui s'oppose à la Fédération nationale des étudiants d'Action française. En mai 1927[7], il joint son nom[8] à ceux des cinquante trois autres élèves de l'ENS, dont les futurs résistants Jean Cavaillès, Georges Canguilhem, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Henri Marrou, Fernand Metz, Pierre Bertaux, au bas de la pétition[9] qu'à la suite des protestations du pacifiste Michel Alexandre[10], Alain a rédigée contre le rétablissement de la censure en cas de mobilisation[11] prévu par un article de la nouvelle loi de réarmement[12] portée par le député SFIO Joseph Paul-Boncour.

En février 1928, il accompagne en tant qu'auditeur Célestin Bouglé au premier Cours universitaires de Davos[13] qu'organise la Société franco-allemande (de). Il soutient son diplôme d'études supérieures puis, en 1929, est envoyé un semestre à Berlin, plus ou moins orienté par l'Institut français. À son retour, il prépare l'agrégation de philosophie avec Jean Cavaillès, son aîné de cinq ans, et est reçu en 1930.

Enseignant doctorant (1931-1937)Modifier

Au sortir de son service militaire, en septembre 1931, soit quelques semaines après la mort accidentelle de Jacques Herbrand, Albert Lautman épouse Suzanne Perreau-Detrie, élève de Georges Davy rencontrée à Davos[13] elle aussi agrégée de philosophie[1]. Le couple part pour deux ans au Japon, où Albert Lautman enseigne la littérature et la philosophie française à l'Institut des langues occidentales d'Ōsaka.

À son retour, Dominique Parodi le nomme au lycée de Vesoul[13]. Il obtient une bourse de la Caisse nationale des sciences[13] qui lui permet sous la supervision de Célestin Bouglé[14] de consacrer l'année 1934 1935 à la recherche[15], ainsi qu'à son fils nouveau né[1]. Du 15 au 23 septembre 1935, il participe[16] aux côtés de Rudolf Carnap[17] et Otto Neurath[18] au premier Congrès international de philosophie scientifique organisé par Louis Rougier, ennemi délcaré de Léon Brunschvicg[19], pour le Mouvement pour l'unité de la science avec le soutien de la Société Ernst Mach. C'est l'occasion de s'interroger sur le parti pris métalogique du néopositivisme : « Les schèmes logiques [...] ne sont pas antérieurs à leur actualisation dans une théorie mathématique. »[20]

Affecté en octobre 1935 au lycée de garçons de Chartres, suffisamment près de Paris, il suit les séminaires de l'Institut Henri Poincaré, ceux de Maurice Fréchet mais plus particulièrement ceux de Gaston Julia[13]. Lié à Claude Chevalley depuis les années de l'E.N.S., il se rapproche alors de Charles Ehresmann et du groupe Bourbaki, qui a commencé de se réunir depuis un an et demi en réaction à l'académisme très analytique de Julia.

Il contribue à la Revue de métaphysique et de morale[21]. Son nom, à côté de ceux de Raymond Aron et de Jean Cavaillès, est proposé pour le seconder par le directeur de la revue, Dominique Parodi, à Élie Halévy[22], projet que la mort soudaine et prématurée de celui ci interrompra. Les discussions avec Jean Cavaillès[23] sur les fondements des mathématiques et la crise des paradoxes sont nombreuses[24]. Il le retrouve les dimanches à la « messe brunschvicoise » qu'organise la sous secrétaire à l'Éducation nationale Cécile Brunschvicg pour ses amis du Parti radical, tendance socialiste. Jean Cavaillès, présidant une des sections du neuvième Congrès international de philosophie organisé du 31 juillet au 6 août 1937 à la Sorbonne par Léon Brunschvicg sous le nom de Congrès Descartes, n'hésite pas à lui donner la parole[25] aux côtés d'Élie Cartan, Alfred Tarski et Raymond Bayer[26].

Maître de conférence (1938-1939)Modifier

Albert Lautman, sous la direction de Léon Brunschvicg et devant un jury présidé par Élie Cartan, soutient le 18 décembre 1937 en Sorbonne sa thèse de doctorat principale sur le structuralisme[27] et sa courte thèse complémentaire sur l'algébrisation des mathématiques modernes[28]. Gaston Bachelard le remarque et le compte parmi la dizaine de philosophes des sciences aptes à refonder l'épistémologie dans ce qui deviendra après guerre au sein de l'IHPST l'école française d'épistémologie historique[29]. En juin 1938, le nouveau docteur est nommé maître de conférences. Il l'est en même temps que Jean Grenier, Jean Cavaillès, Raymond Aron, Alexandre Koyré[30]. Affecté à la faculté de lettres de l'université de Toulouse, il y prend en charge le cours de philosophie générale.

Sollicité par Jean Cavaillès, il participe avec Raymond Aron à la fondation chez Hermann, éditeur de ses thèses, d'une collection consacrée à la philosophie[31]. De ses deux contributions à ces Essais philosophiques, la dernière[32] paraîtra à titre posthume.

Les divergences philosophiques avec Jean Cavaillès demeurent cependant[33]. C'est que celui ci lit un restant de métaphysique dans le réalisme des Idées révisé par celui là[34] à l'aune de la théorie du champ, voire un contresens[35]. Pour Albert Lautman, en revanche, les mathématiques ne peuvent pas ne pas être fondées sur une métaphysique[36], et s'il partage avec Jean Cavaillès le constat brunschvicgois[37] que les mathématiques évoluent par dialectique, c'est pour sa part dans la perspective plotinienne[38] professée par Émile Bréhier[39]. Son effort reste alors non de dissoudre la philosophie dans l'étude de la genèse des concepts mais d' « appuyer la métaphysique [...] sur la mathématique »[40]. C'est que pour lui, par exemple, c'est hiérarchiquement à partir de la conception de la structure invariante d’une surface de Riemann que peut être développé un type spécifique de fonctions algébriques définies sur cette surface[41].

Comme beaucoup de Socialistes, il s'est sevré du pacifisme prôné contre le nationalisme par la génération de Romain Rolland. L'observation impuissante de la montée progressive du nazisme lui a donné la certitude que la guerre est inévitable. La crise des Sudètes, à l'automne 1938, le détermine à passer de l'indignation à l'action. Il s'inscrit au cycle de formation approfondie des officiers de réserve, ORSEM, qui se termine, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, par un mois d'entrainement au camp de Suippes.

Guerre et évasion (1939-1941)Modifier

Lorsque la Seconde Guerre mondiale se déclare, le lieutenant Albert Lautman est mobilisé au grade provisoire[42] de capitaine pour pouvoir recevoir le commandement de la 1021e batterie du 404e régiment d'artillerie anti-aérienne. Son unité de DCA abat quatre avions de la Luftwaffe, en touche trois[42], durant la « drôle de guerre » et principalement lors de la débâcle fin mai 1940. Il est cité à l'ordre de la division sur le champ de bataille.

Il est fait prisonnier sur la frontière belge alors que son unité couvre la retraite de Dunkerque et est envoyé en Lusace dans l'Oflag IV-D, près d'Hoyerswerda, ville alors incluse dans la Province de Silésie[42]. Le camp compte dix mil officiers, dont de nombreux enseignants. Pour combler l'ennui, est créée une sorte d'université libre. Par ordre d'âge, c'est le normalien Louis Moulinier, professeur de khâgne au Lycée Thiers, qui en est désigné recteur. Bernard Guyon, Pierre Demargne, Jean Defradas, Marcel Prenant, Raymond Brugère, Armand Hoog, Julien Guey, Jean Guitton donnent des conférences mais ce sont celles d'Albert Lautman, pourtant les plus absconses, qui déchaînent la cohue.

Logé après l'échec d'une première tentative dans la baraque des récalcitrants ayant cherché à s'évader, en janvier 1941, il est, en dépit de sa dyspraxie, choisi par le saintcyrien Jacques Louis avec Maurice Bayen, à cause de leurs compétences de germanistes, pour faire partie des vingt huit officiers qui, le , empruntent un tunnel de quatre vingt mètres de long creusé jusqu'au delà des barbelés[42]. Il est un des seize qui, vêtus en civils grâce aux couturiers du théâtre du camp, réussissent cette « grande évasion »[42]. Des cheminots de la gare de Forbach lui font passé la frontière caché dans une draisine manœuvrant entre les deux territoires[42].

Parvenu à Nancy, il est caché par Jean Delsarte et passe en Zone sud. Le , il est démobilisé à Clermont-Ferrand[1] par les services de l'Armée d'armistice.

Refuge en Zone sud (1941-1942)Modifier

Après s'être organisé auprès de Léon Brunschvicg à Aix-en-Provence, Albert Lautman tente de réintégrer son administration. Le spinoziste André Darbon, doyen de la Faculté de Lettres de l'Académie de Bordeaux parti à la retraite en octobre 1941, le recommande pour lui succéder. Sous le coup de l'article 2 du « statut des Juifs » édicté par Vichy, Albert Lautman est révoqué du corps enseignant. La croix de guerre qu'il a reçue durant la bataille de Dunkerque lui aurait permis de faire appel de cette décision si Pétain n'avait pas prévu par l'article 3 de la même pseudo loi d'empêcher de le faire les soldats qui n'auraient pas, au terme du décret du 23 mars 1941, obtenu la confirmation expresse, selon des critères arbitraires, de leur décoration. Or les supérieurs qui ont décoré Albert Lautman et auraient pu faire valoir les droits de celui ci sont restés prisonniers en Allemagne[1].

Albert Lautman se résout à rester au foyer de sa femme, « aryenne » qui continue d'enseigner la philosophie à Toulouse. En décembre 1940, un de ses cousins germains, le pneumologue[43] André Lautman, a été nommé médecin chef à l'hôpital militaire de la ville et a obtenu en mai 1941 une dérogation à l'article 4 du « Statut des Juifs » pour exercer en ville[4]. Depuis, ce cousin soigne de nombreux réfugiés, en particulier des enfants adressés par l'OSÉ[4].

Albert Lautman rédige un essai sur la symétrie des structures mathématiques et sa rupture dans le monde physique[32]. En février 1942, il est invité à prononcer une conférence par la Société de philosophie de Marseille.

Résistance (1942-1944)Modifier

Après l'invasion de la Zone sud, le 11 novembre 1942, la Gestapo, face à l'activisme de la 35e brigade FTP-MOI et du réseau Morhange, multiplie les arrestations. Albert Lautman apprend que, le 16, c'est son ami Jean Cavaillès qui est incarcéré, dans la prison de Montpellier. Il lui fait transmettre des livres pour adoucir son sort, lui permettant ainsi de rédiger un « testament philosophique »[44]. Dans la ville de Toulouse, Albert Lautman retrouve Jacques Louis, qui est devenu sous le commandement du chef d'escadron Georges Delmas le responsable du recrutement pour la région IV de l'Armée secrète[42]. Le 1er janvier 1943, il est enrôlé dans les Forces françaises combattantes[1]. Les gaullistes restent cependant dans un certain attentisme, que viendra conforté au printemps 1943 l'annonce du report du débarquement[45].

Albert Lautman s'est tourné vers le réseau Pat O'Leary. C'est en son sein[46] puis, après l'arrestation d'Albert Guérisse en mars 1943, dans le réseau Françoise[47], qu'il organise les filières d'évasion vers l'Espagne pour les aviateurs américains, anglais et canadiens qui transitent par Toulouse mais aussi pour des familles fuyant les persécutions raciales ou des jeunes candidats FFI fuyant vers Gibraltar et Alger le STO. Une caravane de douze à vingt personnes par mois franchit ainsi les cols des Pyrénées, souvent sous la conduite de réfugiés de la guerre d'Espagne[45].

En , c'est un de ses neveux, Gérard Krivine, fils de sa sœur Esther et frère aîné d'Alain Krivine, qu'il cache. À la fin de l'année, son cousin germain André Lautman, âgé de cinquante deux ans, rejoint clandestinement à travers l'Espagne le territoire algérien du Gouvernement provisoire[4]. Son petit neveu François est déjà à Londres, et sa petite nièce Marie Claire, éclaireuse de la section israélite de la FFE, a rejoint le maquis de Vabre[4].

Ses qualités d'organisation le font remarquer par Jean-Pierre Vernant. À partir de , dans la perspective du débarquement, les Mouvements unis de la Résistance préparent l'insurrection finale. C'est alors que, sous le pseudonyme balzacien de Langeais, il est affecté à l’état-major départemental de l'Armée secrète pour la Haute-Garonne. Albert Carovis, un des responsables du 3e bureau du secteur I, a constitué depuis fin 1941 un petit groupe de quatre vingt partisans implanté à Grenade et initialement rattaché à Combat, le maquis Roger. Albert Lautman est chargé d'organiser dans le nord-ouest du département l'accueil des jeunes gens qui viennent grossir ce maquis[48]. Ils seront deux cent quatre vingt le 19 août 1944, les premiers FFI à entrer sous le commandement général de Serge Ravanel dans Toulouse encore occupé. Albert Lautman commence les préparatifs et se destine au rôle de chef de camp. Dans l'attente de la mise en oeuvre sur le terrain, il continue de travailler à Toulouse pour le réseau Françoise.

ExécutionModifier

Victime d'une souricière tendue par la Gestapo, peut être dénoncé par le patron du bar où il attend un rendez vous, Albert Lautman est arrêté le alors qu’il vient déposer à la terrible prison Saint-Michel un colis pour son frère Jules, résistant qui y a été interné[1]. Il y est lui même incarcéré à son tour[1]. Il y subit des interrogatoires violents et est confronté à un de ses passeurs du réseau François arrêté quelques jours jours avant lui, Jaïme Soldevilla.

Le , Albert Lautman est déporté avec sept cent cinquante résistants par le convoi dit « train fantôme »[49], destination Dachau. Après avoir été bombardé par l'aviation britannique à Parcoul-Médillac, près d'Angoulême, le train revient en gare de Bordeaux le , où les prisonniers restent plus de quarante huit heurs enfermés dans les wagons bétaillers.

Le 8, ils sont entassés dans la synagogue de la ville, transformée par les autorités allemandes en annexe insalubre de la prison du Hâ. Dix prisonniers, dont Albert Lautman, en sont extraits le et conduits au fort du Hâ. Ils y rejoignent un groupe de trente six autres détenus qui ont été sélectionnés sur dossier et reçoivent chacun un carton « Zum Tode verurteilt ». Pour la justice militaire allemande, le lieutenant Albert Lautman n'est qu'un « terroriste » qui ne peut bénéficier des droits accordées par les lois de la guerre aux francs tireurs.

Le , les condamnés sont emmenés au camp de Souge, à Martignas-sur-Jalle, pour y être fusillés le soir même avec deux autres individus. L'officier de garde français refuse de former le peloton d'exécution[45] au prétexte d'une formalité. Le lendemain 1er août, le chef du convoi, le lieutenant de la Wehrmacht Baumgartner, ne réussit pas à rassembler les gendarmes mobiles et ce sont des sous-officiers[45] de la Feldgendarmerie qu'il commande pour procéder à ce qui est, aux termes du chapitre II de la Convention de La Haye (en) relatif aux prisonniers de guerre, un crime de guerre.

Jules Lautman, le frère d'Albert déporté au camp de Neuengamme, décédera d'une infection en 1946 à Copenhague après y avoir repris ses fonctions diplomatiques sans avoir attendu de se refaire une santé. Le fils d'Albert Lautman, Jacques Lautman, sera professeur émérite de sociologie à la MMSH de l'université de Provence, à Aix, puis, de 1993 à 1996, directeur adjoint de l’École normale[1]. Le fils de Jacques Lautman, Albert Lautman, deviendra directeur général de la Fédération nationale de la mutualité française.

CélébrationModifier

 
La rue Albert Lautmann [sic], première rue de Toulouse débaptisée après la guerre pour recevoir un nom de résistant.

DécorationsModifier

Inscriptions sur des monumentsModifier

Œuvre écritModifier

Quatre essaisModifier

  • Essai sur les notions de structure et d'existence en mathématiques, Hermann, Paris, 1938, 159 p.
Thèse de doctorat principale soutenue le 18 décembre 1937 en Sorbonne.
  • Essai sur l'unité des sciences mathématiques dans leur développement actuel, coll. Actualités scientifiques et industrielles, no 589, Hermann, Paris, 1938, 59 p.
Thèse de doctorat complémentaire soutenue le 18 décembre 1937 en Sorbonne.
  • Nouvelles Recherches sur la structure dialectique des mathématiques, coll. Essais philosophiques, Hermann, Paris, 1939.
  • Symétrie et dissymétrie en mathématiques et en physique. Le problème du temps, coll. Essais philosophiques, Hermann, Paris, 1946.[50]

Six articlesModifier

Communication au premier Congrès international de philosophie scientifique, Mouvement pour l'unité de la science & Société Ernst Mach, Paris, du 15 au 23 septembre 1935.
  • « L'axiomatique et la méthode de division », in Recherches philosophiques, VI, 1936.
  • « De la réalité inhérente aux théories mathématiques », in Travaux du IXe Congrès international de philosophie, t. VI, coll. Actualités scientifiques et industrielles, no 535, Hermann, Paris, 1937.
Communication au « Congrès Descartes », Paris, du 31 juillet au 6 août 1937.
Débat avec Jean Cavaillès lors de la séance de la SFP du 4 février 1939.

Recueils posthumesModifier

  • Dir. M. Loi, intro. J. Dieudonné, préf. O. Costa de Beauregard, Essai sur l'unité des mathématiques et divers écrits., UGE, Paris, 1977.
  • Dir. Fernando Zalamea, Les Mathématiques, les Idées et le Réel physique., Vrin, Paris, 2006.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

SourcesModifier

  1. a b c d e f g h i j k l et m Marie-Thérèse Grangé, « LAUTMAN Albert », in Dictionnaire des fusillés, L'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2015 (ISBN 978-2-7082-4318-7).
  2. « « Comme dans la philosophie d’Heidegger, il est possible de voir dans la philosophie des mathématiques telle que nous la concevons, l’activité fondamentale se transformant en la genèse de notions concernant la réalité. », J. Lautman, Nouvelles recherches sur la structure dialectique des mathématiques, p. 226, Hermann, Paris, 1939.
  3. A. Lautman, « De la réalité inhérente aux théories mathématiques », in Travaux du IXe Congrès international de philosophie, t. VI, p. 143, coll. Actualités scientifiques et industrielles, no 535, Hermann, Paris, 1937.
  4. a b c d e f et g « Encore un témoignage... la famille Lautmann » [sic], in Histoire du scoutisme laïque, Éclaireuses Éclaireurs de France, Noisy-le-Grand, 18 août 2011, réed. 18 janvier 2019.
  5. a b c d et e Jacques Lautman, « Présentation », in A. Lautman, dir. Fernando Zalamea, Les mathématiques, les idées et le réel physique., p. 10, coll. Problèmes et controverses, Vrin, Paris, 2006 (ISBN 9782711618613).
  6. a et b C. Chevalley, « Albert Lautman et le souci logique », in Revue d'histoire des sciences, t. XL, no 1 "Mathématique et philosophie : Jean Cavaillès et Albert Lautman.", p. 71, 1987 DOI:10.3406/rhs.1987.4487.
  7. « Deuxième liste de signataires », in Europe, Paris, 15 mai 1927.
  8. J. F. Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au XXe siècle., p. 81, Fayard, Paris, mars 1990 (ISBN 9-782213-023717).
  9. É. Chartier, in Europe, Paris, 15 avril 1927.
    É. Chartier, in Libres Propos, Paris, 20 avril 1927.
  10. M. Alexandre, in L'Œuvre, Paris, 20 mars 1927.
  11. « La mobilisation générale comporte en outre [...] toutes les mesures nécessaires pour garantir le moral du pays. », in J. O., Paris, 7 mars 1927.
  12. « Organisation générale de la nation pour le temps de guerre. », in J. O., Paris, 7 mars 1927.
  13. a b c d et e Jacques Lautman, « Présentation », in A. Lautman, dir. Fernando Zalamea, Les mathématiques, les idées et le réel physique., p. 11, coll. Problèmes et controverses, Vrin, Paris, 2006 (ISBN 9782711618613).
  14. C. Bouglé, « Rapport sur les travaux philosophiques entrepris par A. Lautman. », in Papiers C. Bouglé. 1925-1939, cote 61AJ/96, Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine, mars 1935.
  15. A. LAutman, « Considérations sur la logique mathématique », 1934.
  16. A. Lautman, « Mathématiques et réalité », in M. Loi, Essai sur l'unité des mathématiques et divers écrits., p. 281, UGE, Paris, 1977.
  17. R. Carnap, « Logical Foundations of the Unity of Science », in R. Carnap, O. Neurath & Ch. W. Morris, Foundation of the Unity of Science, vol. I, p. 42-62, The University of Chicago Press, Chicago, 1938.
  18. O. Neurath, « Unified Science as Encyclopedic Integration », in R. Carnap, O. Neurath & Ch. W. Morris, Foundation of the Unity of Science, vol. I, p. 1-27, The University of Chicago Press, Chicago, 1938.
  19. Claudia Berndt & Mathieu Marion, « Vie et œuvre d’un rationaliste engagé : Louis Rougier (1889-1982) », in Philosophia Scientiæ, vol. X, no 2, p. 28, Kimé, Paris, 2006 (ISSN 1281-2463).
  20. A. Lautman, Essai sur les notions de structure et d'existence en mathématiques, p. 142, Hermann, Paris, 1938.
  21. A. Lautman, « Le congrès international de philosophie des sciences (du 15 au 23 septembre 1935), in Revue de métaphysique et de morale, no 43, p. 113-129, Société française de philosophie, Paris, 1936.
  22. Henriette Guy-Loë, citée in N. Racine, « Les années d’apprentissage », in A. Aglan & J. P. Azéma, Jean Cavaillès résistant ou la Pensée en actes, p. 70, Flammarion, Paris, 2002.
  23. H. Benis Sinaceur, « Lettres inédites de Jean Cavaillès à Albert Lautman », in M. Blay, Revue d’histoire des sciences, t. XL, no 1 "Mathématique et philosophie : Jean Cavaillès et Albert Lautman.", p. 117-128, Armand Colin, Paris, 1987.
  24. G. Ferrières, Jean Cavaillès. Un philosophe dans la guerre 1903-1944., p. 128, Le Félin, Paris, 2003.
  25. A. Lautman, « De la réalité inhérente aux théories mathématiques », in Travaux du IXe Congrès international de philosophie, t. VI, coll. Actualités scientifiques et industrielles, no 535, Hermann, Paris, 1937.
  26. Travaux du IXe Congrès international de philosophie, op. cité.
  27. A. Lautman, Essai sur les notions de structure et d’existence en mathématiques, Hermann & Cie, Paris, 1938, 159 p.
  28. A. Lautman, Essai sur l'unité des sciences mathématiques dans leur développement actuel, Hermann & Cie, Paris, 1938, 58 p.
  29. H. Benis Sinaceur, « Lettre inédite de Gaston Bachelard à Albert Lautman », in M. Blay, Revue d’histoire des sciences, t. XL, no 1 "Mathématique et philosophie : Jean Cavaillès et Albert Lautman.", p. 129, Armand Colin, Paris, 1987.
  30. J. O., p. 8997, Paris, 29 juillet 1938.
  31. A. Lautman, Nouvelles recherches sur la structure dialectique des mathématiques, Hermann, Paris, 1939.
  32. a et b A. Lautman, Symétrie et dissymétrie en mathématiques et en physique. Le problème du temps., Hermann, Paris, 1946.
  33. J. Lautman, « Jean Cavaillès et Albert Lautman : proximités et distances. », in L'Archicube, n° 2, p. 30, Association des anciens élèves, élèves et amis de l’École normale supérieure, Paris, juin 2007.
  34. J. Cavaillès & A. Lautman, « La pensée mathématique », Paris, 4 février 1939, in Bulletin, t. XL, Société française de philosophie, Paris, 1946.
  35. J. Cavaillès, Lettre à Albert Lautman, 7 novembre 1938.
  36. A. Lautman, Lettre à Maurice Fréchet, cité in M. Loi, Essai sur l'unité des mathématiques et divers écrits., p. 10, UGE, Paris, 1977.
  37. L. Brunschvicg, Les Étapes de la philosophie mathématique, Coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, Félix Alcan, Paris, 1912, rééd. 1922, 592 p.
  38. C. Chevalley, « Albert Lautman et le souci logique », in Revue d'histoire des sciences, t. XL, no 1 "Mathématique et philosophie : Jean Cavaillès et Albert Lautman.", p. 61, 1987 DOI:10.3406/rhs.1987.4487.
  39. É. Bréhier, La philosophie de Plotin, coll. Bibliothèque de la Revue des cours et conférences, Boivin & Cie., Paris, 1928.
  40. A. Lautman, Lettre à Henri Gouhier, 18 juillet 1938, cité in J. Petitot, 1987, op. cité, p. 5.
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  43. A. Lautman, Contribution à l'étude de l'amibiase pulmonaire - thèse de doctorat n° 102., Amédée Legrand, Paris, 1932, 80 p.
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  46. R. Belot, Aux frontières de la liberté, p. 106-110, Fayard, Paris, 1998.
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  49. F. Nitti, 8 chevaux 70 hommes, Éditions Chantal, avril 1945.
  50. F. Nicolas, « Lautman », Paris, [s.d.] (résumé personnel).

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