Maximilien Ier (empereur du Saint-Empire)

empereur du Saint-Empire, archiduc d'Autriche

Maximilien Ier
Illustration.
Portrait de l'empereur Maximilien Ier par Albrecht Dürer.
Titre
Empereur du Saint-Empire

(10 ans, 11 mois et 8 jours)
Couronnement Autoproclamé avec l'autorisation du pape Jules II
Prédécesseur Frédéric III
Successeur Charles Quint
Archiduc d'Autriche

(25 ans, 4 mois et 24 jours)
Prédécesseur Frédéric III
Successeur Charles Quint
« Roi des Romains »

(32 ans, 10 mois et 27 jours)
Couronnement
Prédécesseur Frédéric III
Successeur Charles Quint
Duc consort de Bourgogne

(4 ans, 7 mois et 8 jours)
Prédécesseur Marguerite d'York
Successeur Jeanne de Castille
Biographie
Dynastie Maison de Habsbourg
Nom de naissance Maximilian von Habsburg
Date de naissance
Lieu de naissance Wiener Neustadt
Drapeau de l'Archiduché d'Autriche Archiduché d'Autriche
Date de décès (à 59 ans)
Lieu de décès Wels
Drapeau de l'Archiduché d'Autriche Archiduché d'Autriche
Sépulture Château de Wiener Neustadt
Père Frédéric III
Mère Aliénor de Portugal
Conjoint Marie de Bourgogne
(1477-1482)
Anne de Bretagne
(1490-1491)
Blanche-Marie Sforza
(1494-1510)
Enfants Philippe le Beau Red crown.png
Marguerite d'Autriche

Maximilien Ier (empereur du Saint-Empire)
Souverains du Saint-Empire

Maximilien d'Autriche ou Maximilien Ier, né à Wiener Neustadt le et mort au château de Wels le , est un prince de la maison de Habsbourg. Fils de l'empereur Frédéric III et époux de Marie de Bourgogne, il est duc consort de Bourgogne de 1477 à 1482, puis régent de l'État bourguignon pour son fils, le futur Philippe le Beau, jusqu'en 1494. Archiduc d'Autriche, il est roi puis empereur des Romains de 1486 à sa mort.

Son règne est marqué par le rétablissement militaire et politique de la situation des Habsbourg et une modernisation de l’administration du Saint-Empire romain.

BiographieModifier

Années de jeunesse : les Habsbourg en difficultéModifier

Au cours de la seconde moitié du XVe siècle, la menace pesant sur la maison des Habsbourg est sans précédent : tandis que l’empereur Frédéric III s'enlise depuis 1477 dans une guerre désastreuse avec le roi de Hongrie Mathias Corvin, les ducs de Bavière de la maison des Wittelsbach montent en puissance dans le Saint-Empire méridional. Frédéric III finit par perdre tous ses fiefs de Hongrie et en est réduit à courir le pays en demandant l'hospitalité aux monastères qu'il trouve sur sa route. Dans ces circonstances dramatiques, il fait placer son cousin Sigismond sous tutelle, expulse tous les nobles apparentés aux Wittelsbach de leurs terres et en 1486 fait élire son fils Maximilien Ier roi de Germanie[1], couronné comme roi des Romains à Aix-la-Chapelle le .

Fils de Frédéric III et d'Aliénor de Portugal[2], Maximilien épouse la duchesse Marie de Bourgogne, seule enfant et héritière de Charles le Téméraire, de ses titres et possessions. Par ce mariage, Maximilien a la mainmise sur les Pays-Bas bourguignons et le comté de Bourgogne, tandis que la France s'empare du duché de Bourgogne, de la Picardie et du comté de Boulogne, lesquels sont détachés de l'héritage du Téméraire. Maximilien et Marie désignent Jean VI Rolin avec Juste, évêque de Ceuta, et Claude Carondelet, doyen de Besançon, comme ambassadeurs à Rome en 1481.

Son règne s'ouvre sur des concessions à la Confédération des XIII cantons : en 1487, les Confédérés obtiennent de Maximilien par la négociation qu'il garantisse leur indépendance, leurs droits et privilèges par le traité de « Politique perpétuelle » signé à Constance. Pour la première fois, un prince Habsbourg reconnaît formellement des libertés à l'intérieur de ses terres. De leur côté, les citoyens de la Confédération s'engagent à « agir en tout comme sujets du roi des Romains et du Saint-Empire ». Mais la France et la Hongrie se démènent pour empêcher le rapprochement des Confédérés et du Saint-Empire, si bien qu'en 1488 les villes de Zurich, Berne, Zoug et Soleure repoussent silencieusement la proposition de Maximilien. Cet acte d'union s'anéantit finalement de lui-même lorsqu'en 1491 la Confédération, à l'instigation du roi de France, signe un traité d'amitié et de non-agression avec les ducs de Bavière.

Une nouvelle arme : les « lansquenets » et la ligue de SouabeModifier

La rivalité de la France et de Maximilien Ier sur l'héritage bourguignon devait se solder par une série de guerres en Flandres et en Bourgogne, prémices à une opposition séculaire entre les rois de France et la dynastie des Habsbourg. La Confédération suisse, grande pourvoyeuse de mercenaires pour les deux camps, se trouve entraînée involontairement dans le conflit. Dans chaque ville et chaque village de la Confédération, on trouve un parti pro-français et un parti pro-Habsbourg qui rivalisent de violence et d'avidité pour les soldes de mercenariat. Les cantons du centre de la Suisse penchent plutôt pour la France, cependant que Berne et Zurich sont du parti Habsbourg. Maximilien Ier s'efforce en vain d'empêcher ses sujets de la Confédération d'aller s'engager comme mercenaires en France. Comme ces « Reisläufer » grossissent inexorablement les rangs français au détriment de l'armée de Maximilien, ce dernier met sur pied une arme comparable, les « lansquenets » recrutés en Allemagne méridionale.

Les manigances de Frédéric III pour accroître sans cesse le nombre d'adhérents à sa ligue de Souabe finissent par irriter la Confédération qui considère la Souabe méridionale comme incluse dans sa sphère d'influence. La noblesse de Souabe, les villes d'empire et même le petit peuple s'animent d'une haine graduelle contre les Confédérés. Cela tient d'une part à ce qu'au cours du XVe siècle, le sud de l'Allemagne avait plus d'une fois été ravagé par les coups de main des cantons fédérés, et d'autre part à ce que ces cantons sont des concurrents objectifs de la Souabe sur le plan commercial et économique. En bref, les cantons républicains s'opposent à la Souabe aristocratique. La concurrence entre les mercenaires des deux régions (Reislaüfer et lansquenets) se superpose à ce contexte tendu. La formation de la puissante ligue de Souabe, qui se dresse maintenant face à la ligue des Confédérés, remplit d'aise et de fierté la noblesse et les bourgeois de Souabe, et suscite une conscience politique nouvelle. Ces circonstances font que les peuples du nord et du sud du Rhin deviennent de plus en plus étrangers l'un à l'autre.

La guerre civile aux Pays-Bas bourguignons (1482-1492)Modifier

La mort de Charles le Téméraire au siège de Nancy semblait ouvrir la voie de la conquête des Pays-Bas bourguignons pour les Français. Seulement les villes brabançonnes sont aussi habiles à profiter de la jeunesse et de l’inexpérience de Marie de Bourgogne pour lui arracher des chartes provinciales assorties de nombreux privilèges, qu’à lui témoigner leur attachement face au roi de France, qui n’a pourtant pas cessé de les abreuver de son or. Pour se défendre, Marie épouse celui qui n'est encore qu'archiduc d'Autriche, Maximilien Ier de Habsbourg. Le , il bat l’armée royale en rase campagne à Guinegatte. Mais Louis XI continue à le harceler. Maximilien est forcé de réclamer subsides et emprunts pour soutenir son effort de guerre, ce qui ne le rend pas populaire. La mort accidentelle de son épouse, victime d’une chute de cheval dans la forêt de Wynendaele, le , oblige Maximilien à se déclarer régent.

La France spécule sur le rejet de Maximilien, qui est étranger, par ses sujets. Seuls les Flamands sont rétifs. Gand envoie une ambassade à Paris pour négocier un traité de paix dans le dos du régent. Le , ses États sont partagés par le traité d’Arras. La Bourgogne est intégrée à la France et sa fille Marguerite, dotée d’une autre partie de ses possessions, est promise au dauphin. Le vide provisoire du pouvoir, laissé par la disparition de Louis XI (1483), incite ses vassaux à se rebeller, sans succès, contre le pouvoir royal pour récupérer leurs privilèges. Une fois assez mûr pour régner, Charles VIII se tourne vers le royaume de Naples, qu’il rêve de conquérir. Pour avoir les mains libres, il signe en 1493 avec Maximilien le traité de Senlis, qui rétablit la situation antérieure au traité d’Arras : la Flandre, l'Artois, la Franche-Comté (ou comté de Bourgogne), le Charolais et Château-Chinon sont rendus à l'empereur.

Les Pays-Bas plongent pour dix ans dans la guerre civile qui oppose les villes soutenues par une partie de la petite noblesse au pouvoir central. Les campagnes militaires se succèdent et le sort des armes est changeant. Châteaux, villes et villages passent de main en main et paient un lourd tribut au passage de la soldatesque. La famine, provoquée par les mauvaises récoltes, et la peste, propagée par le déplacement des troupes, déciment la population et rendent l’économie exsangue. Aux prises avec une répression parfois sanglante des troupes maximiliennes, la rébellion des villes, qui n’est plus soutenue par la France, s’essouffle d’elle-même.

À la différence des villes flamandes, hostiles à Maximilien, les villes brabançonnes sont hésitantes : Bruxelles déroule le tapis rouge à Philippe de Clèves, placé à la tête de la rébellion le , suivie par Louvain et la plupart des autres villes ; seules Anvers, Malines, Lierre et Vilvorde restent fidèles à Maximilien. Finalement soumises par le génie militaire d’Albert de Saxe, commandant en chef des armées du duc, les villes rebelles paient cher leur infidélité : amendes et indemnités de guerre sont tellement lourdes à porter qu’elles pèseront durablement sur leur pouvoir politique.

Maximilien remembre ses territoires, devient empereur à la mort de son père et cède les Pays-Bas bourguignons à son fils, Philippe le Beau (1478-1506).

La réforme institutionnelle du Saint-EmpireModifier

 
Portrait de l'Empereur Maximilien Ier par Bernhard Strigel (vers 1500).

L’Autriche des Habsbourg se redresse de façon spectaculaire entre 1489 et 1491. La succession problématique de Louis XI en France permet à Maximilien d'entrer enfin en possession de son fief de Bourgogne ; il récupère en 1490 le Tyrol et l'Autriche antérieure. La mort inattendue de Matthias Corvin, en 1490, soulage la frontière de l'est, permettant à Frédéric III de récupérer ses possessions conquises par le Roi de Hongrie et à Maximilien de réunir pour la première fois dans l'histoire toutes les terres Habsbourg sous une même couronne.

Maximilien Ier entreprend, en tant que roi des Romains, de renforcer l'administration centrale. Lors de la Diète à Worms de 1495, il lance une profonde réforme du Saint-Empire (Reichsreform). Les électeurs obtiennent du roi de pouvoir se constituer en parlement. En contrepartie, ce Reichstag autorise la collecte d'un impôt impérial, le Gemein Pfennig, pour permettre à l'empereur de mener la guerre contre la France dans la péninsule italienne, et contre les Turcs en Hongrie. Pour mettre un terme définitif aux tiraillements, Maximilien décrète à Worms une paix impériale, la paix perpétuelle de 1495, à laquelle le nouveau tribunal d'Empire, le Reichskammer, est chargé de veiller.

Contestation des cantons confédérésModifier

Si la Confédération « suisse[note 1] » est toujours formellement membre du Saint-Empire, elle ne reconnaît pas les décrets de la diète de Worms, et, à l'exception de Berne, n'a pas envoyé de délégation au Reichstag. Les guerres de Saint-Gall en 1489-90 amènent le tribunal du Reichskammer à citer en justice les cantons de Saint-Gall et d'Appenzell, et les condamne à la mise au ban de l'empire. Les Confédérés ont intercédé à plusieurs reprises auprès du Reichstag et de Maximilien, la dernière fois en 1497 à Innsbruck ; mais aucun point d'entente n’a pu être trouvé, les Confédérés se refusant à reconnaître la souveraineté du tribunal impérial. D'autres procès similaires condamnent Mulhouse et Rottweil, pour faire pression sur ces alliés de la Confédération et les amener à accepter la réforme de l'Empire. En février 1499, des escarmouches entre l'armée des Habsbourg et les milices confédérées dégénèrent entre Bâle et Maienfeld. En l'espace de quelques mois, les chevaliers de la ligue de Souabe, puis l'armée conduite par Maximilien lui-même subissent une série de défaites presque ininterrompues. Maximilien, qui doit reprendre la lutte contre la France dans le Piémont et le Milanais, est contraint de signer le traité de Bâle, qui exempte de fait les cantons confédérés de l'impôt de guerre impérial et leur reconnaît une large souveraineté.

Lutte contre l’invasion française en ItalieModifier

 
Le frère du duc de Milan Ludovico Sforza faisant route en 1499 vers Zürich pour enrôler des mercenaires (d'après le Lucernois Schilling).

Dès mars 1495, Maximilien s'est opposé aux prétentions françaises sur le royaume de Naples et a rejoint la ligue de Venise.

En 1498, le fils du duc d'Orléans devient roi de France sous le nom de Louis XII et fait immédiatement valoir ses droits sur le duché de Milan, entamant ainsi les guerres d'Italie. Tandis que Maximilien doit soutenir la guerre de Souabe contre les cantons helvétiques confédérés, Louis XII marche sur le duché de Milan. Le duc en place, Ludovic Sforza, cherche alors à se ménager aussi bien l’empereur Maximilien que les Confédérés pour combattre la France, et va jusqu'à faire se réconcilier les deux parties, car sans une paix dans les Alpes, il ne lui est possible de recruter ni mercenaires suisses, ni lansquenets.

Et en effet, malgré les manœuvres de diplomates français auprès de l'assemblée délibérative de la Confédération pour empêcher un armistice, le Milanais parvient avec force argent à acheter la paix entre l'Autriche et les cantons rebelles. Alors que le condottière Trivulce, au service des Français, entre dans Milan le 6 septembre, l’empereur et les Confédérés signent la paix de Bâle (). Le 18 octobre, Louis XII fait une entrée triomphale dans Milan et se fait couronner duc du Milanais. Profitant du soulèvement de la population, Ludovico Sforza, fort de contingents suisses, retrouve brièvement son trône au début du mois de février 1500, mais il est trahi et arrêté ; les Français gouverneront désormais le duché jusqu'en 1513.

En 1507, le pape Jules II qui, par l’élimination de César Borgia, a pu s'emparer d'une partie de la Romagne, exige de la république de Venise la cession de nouveaux territoires. Désavoué par le Sénat, il crée la ligue de Cambrai et appelle l'empereur Maximilien Ier à attaquer la République. Le , à la cathédrale de Trente, Maximilien se proclame empereur élu des Romains, avec l'autorisation du pape Jules II.

Prétextant de son couronnement pour son voyage à Rome, Maximilien s'enfonce en en territoire vénitien à la tête d'une imposante armée et marche sur Vicence, mais il est battu à Cadore, au col de Mauria et à Pontebba par l'armée vénitienne de Bartolomeo d'Alviano. Ce sont les Français, membres de la Ligue, qui portent l'année suivante le coup décisif aux Vénitiens (bataille d'Agnadel). Le pape, alors inquiet de la puissance française en Italie du Nord, se retourne vers l'empereur Maximilien et ses lansquenets : ensemble, ils concluent la Sainte Ligue (dont la France est cette fois exclue) et, avec l'aide des Suisses (que les Français n'ont pas suffisamment payés) les mettent en déroute à la bataille de Novare (1513). Simultanément, une alliance avec les Anglais, désireux d'étendre leurs possessions du Calaisis, permet de lancer une vaste contre-attaque dans l'Artois et le Hainaut : ainsi, au cours de l'été 1513, Maximilien assiste en personne à la chute de Thérouanne et de Tournai.

Les Français reviennent à Milan en 1515 sous le règne de François Ier et, après la bataille de Marignan, font prisonnier Maximilien Sforza, homme-lige des Condéférés. C'est ainsi qu'à la fin du règne de Maximilien, les Français se sont maintenus, au prix de coûteuses opérations, en Italie du Nord.

Statu quo à l’estModifier

Afin de réduire les pressions grandissantes sur l'Empire par les traités entre les gouvernements de la France, Pologne, Hongrie, Bohême et Moscovie, ainsi que de sécuriser la Bohême et la Hongrie pour les Habsbourg, Maximilien rencontra les rois de la dynastie Jagellon Vladislas Jagellon, roi de Hongrie et de Bohême, et Sigismond Ier, roi de Pologne, à Vienne en 1515. Les mariages arrangés çà et là amenèrent la Hongrie et la Bohême sous le contrôle des Habsbourg une décennie plus tard.

Son fils Philippe le Beau étant décédé en 1506, il eut pour successeur son petit-fils Charles Quint.

Aspects dynastiquesModifier

AscendanceModifier

Mariages et descendanceModifier

 
L'empereur Maximilien avec son fils Philippe Ier de Castille, sa femme Marie de Bourgogne, ses petits-fils Ferdinand et Charles Quint, et Louis II de Hongrie (époux de sa petite-fille Marie), XVIe siècle, musée d'histoire de l'art de Vienne.
 
Maximilien et Marie.

Maximilien épousa en 1477 Marie de Bourgogne dont il eut deux enfants :

Maximilien épouse le Anne de Bretagne. Cependant le roi de France Charles VIII réagit en envahissant la Bretagne, annulant le mariage en s'appuyant sur le traité du Verger qui interdisait à Anne de Bretagne de se marier sans l'accord du roi de France. En 1494, Maximilien épouse Blanche-Marie Sforza (1472-1510). On lui connaît également deux fils illégitimes Georges d'Autriche, prince-évêque de Liège, et Léopold d'Autriche, évêque de Cordoue[4].

 
Monnaie d'argent de l'Autriche 50 schilling 1969 : commémoration des 450 ans de la mort de l'Empereur Maximilien Ier.

Mort et successionModifier

À sa mort, le , la succession est difficile entre Charles, petit-fils de Maximilien Ier (et futur Charles Quint) et François Ier, roi de France.
Si ces deux concurrents sont officiellement en compétition devant une Europe jurant sa neutralité à la suite des accords de paix du traité de Londres, nous savons que, de son côté, le roi d'Angleterre Henri VIII craignait la montée en puissance de François Ier.

Cette crainte est partagée par le pape Léon X, puisque les États de l'Église sont, au nord, géographiquement proches de la France, comme ils le sont, au sud, du Saint-Empire romain.

Aussi, au moyen de deux lettres écrites début 1519 (la première le 19 février) et par l'intermédiaire du cardinal Campeggio alors envoyé auprès du cardinal anglais Wolsey, Léon X poussa Henri VIII à se présenter à la succession de Maximilien comme empereur des Romains.
On sait d'ailleurs que le favori du pape, qui s’était attiré sa sympathie en luttant à travers ses écrits contre le protestantisme, avait aussi celle de l'empereur Maximilien Ier. De son vivant, celui-ci avait même, en 1513 puis 1516, proposé à Henri VIII de fusionner leurs deux royaumes, en l'instituant son fils adoptif et héritier (avec, comme idée stratégique, de combiner une attaque sur la France par le nord grâce à l’Angleterre et par l’est via le Saint-Empire) — un projet resté sans lendemain et dont on peut se demander s'il était réellement dans les intentions de Maximilien.

Néanmoins, le , Henri VIII d'Angleterre se porte candidat à l'Empire[réf. nécessaire].

TitresModifier

Réforme de l'armée bourguignonneModifier

Maximilien, qui avait assisté à la victoire de cavaleries numériquement inférieures à celles de leurs adversaires, qui avait reçu en cadeau à Trèves en 1473 un exemplaire de l'ordonnance de Saint-Maximin, et qui avait hérité de son beau-père Charles le Téméraire des restes de son armée et du principe de la lance mixte, procéda à une réforme fondamentale de l'armée bourguignonne dans laquelle la cavalerie avait joué un rôle primordial. Bien que très attaché à la culture chevaleresque, il réduit le nombre de cavaliers qui lui coûtent trop chers, ses moyens financiers étant limités, et augmente le nombre de fantassins, en faisant dans un premier temps appel aux milices communales flamandes, puis en recrutant des lansquenets dans l'Allemagne du Sud. Il libère l'infanterie de sa dépendance à la cavalerie, ce qui permet d'y développer un esprit de corps. Il persuade de jeunes nobles d'y servir comme officiers ou double-soldes, ce qui en renforce la qualité et la morale. Il l'équipe principalement de longues piques suisses et la fait entrainer selon le modèle suisse. Cette nouvelle infanterie lui permet de remporter sa première grande victoire contre la gendarmerie française à Guinegatte en 1479, après la déroute de sa propre cavalerie. Il conserve toutefois sa cavalerie lourde qu'il emploie avec succès lors de ses campagnes[5].

Les tournoisModifier

Pour mettre un terme aux "tournois à la masse de bois" , forme héréditaire de joutes des "sociétés" ou guildes de chevaliers, qui étaient particulièrement violents, il introduisit le "pas d'armes" qu'il découvrit aux Pays-Bas bourguignons suite à son mariage avec Marie de Bourgogne et qui se développa en Allemagne[6].

Il encouragea la course lors des tournois, dangereuse du fait de l'emploi de lances acérées, mais moins coûteuse car on la pratiquait avec les armures de guerre ordinaires. Elle attirait les jeunes nobles ambitieux mais peu fortunés que Maximilien essayait de s'allier. Les tournois étaient annoncés par un héraut qui diffusait le défi dans tout l'Empire. Ils indiquaient le thème allégorique, la date et le lieu du tournoi, les noms de l'auteur du défi et du juge. Les prix à gagner étaient répartis en différentes catégories, dont le Stechdank, pour le gagnant des combats et le Zierdank pour le costume le plus intéressant. Pour Maximilien, le tournoi, exercice chevaleresque avant tout, représentait une part essentielle de son rôle de souverain. Son livre de tournois Freydal sauvegarde la mémoire de ses exploits qui y étaient inscrits. Il indique qu'il prit part à 64 manifestations et participa à 192 joutes[6].

Il favorisa la course "ball-trap" et le "lancer de disque" lors desquels un mécanisme à ressort projetait en l'air un bouclier ou un disque retenu par les cales lorsque l'adversaire atteignait le point adéquat. Cette explosion évoquait les boucliers en bois du tournoi médiéval qui volaient en éclat sous le choc de la lance. Par cet artifice, l'empereur faisait allusion à ses actes de bravoure à l'époque de son mariage à Landshut, quand de jeunes et courageux chevaliers chevauchaient en tenant devant eux des poêles ou des miroirs en guise de boucliers, les morceaux de bois symbolisant le miroir explosé. Il aimait rappeler les temps où les chevaliers faisaient assaut de hardiesse et de témérité[6].

Tous les détails de ces tournois sont présentés dans les planches gravées décrivant son cortège triomphal qu'il fit sculpter par Hans Burgkmair. Il est notoire qu'il professait un traditionalisme délibéré.

L'un des derniers grands tournois qu'il organisa eut lieu lors du double mariage Habsbourg à Vienne en 1515. Le tournoi y joua un rôle central. Six tableaux lui sont consacrés dans le livre des tournois du duc Guillaume IV de Bavière, preuve de son importance[6].

AnecdotesModifier

  • Maximilien est mort d'une attaque d'apoplexie, le . Il en avait déjà subi deux autres, en 1515 et en 1517, et ne se déplaçait plus qu'en litière.
  • Maximilien a envisagé un moment de se faire élire Pape, mais dans un but très matérialiste : pour se débarrasser de l'emprise de Rome et épargner ainsi des sommes considérables.
  • Quand il partait en voyage, il emmenait avec lui un grand coffre dans lequel il rangeait des documents très importants et qu'il appelait, par plaisanterie, « mon cercueil ».
  • Il est le mécène d'un Livre de prières de Maximilien et du Theuerdank.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le mot revêt à l'époque une signification insultante ; voyez l'article « guerre de Souabe ».

RéférencesModifier

  1. Hermann Wiesflecker, Maximilian I., Vienne/Munich 1991, p. 390.
  2. Francis Rapp, Maximilien d'Autriche, éd. Tallandier, 2007 (biographie).
  3. a et b (en) « Presentation Coin (Doppelguldiner) Showing Maximilian I (1459–1519) », sur metmuseum.org (consulté le 18 mai 2017) (descriptif de la pièce).
  4. http://cordobapedia.wikanda.es/wiki/Leopoldo_de_Austria (en espagnol).
  5. sous la direction de Patrice Franchet-d'Espèrey et de Monique Chatenet, en collaboration avec Ernest Chenière, Les Arts de l'équitation dans l'Europe de la Renaissance, Arles, Actes Sud, , 447 p. (ISBN 978-2-7427-7211-7), Gendarmes et reîtres, la cavalerie Renaissance entre tradition et modernité (page 267).
  6. a b c et d sous la direction de Patrice Franchet-d'Espèrey et de Monique Chatenet, en collaboration avec Ernest Chenière, Les Arts de l'équitation dans l'Europe de la Renaissance, Arles, Actes Sud, , 447 p. (ISBN 978-2-7427-7211-7), p. Les tournois des Habsbourg en Europe centrale (page 370)

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Georges Bischoff, « Maximilien Ier et la Franche-Comté : noblesse comtoise et noblesse autrichienne (1477-1495) », Publications du Centre européen d'études bourguignonnes, vol. 32 « Rencontres de Montbéliard (26 au ) »,‎ , p. 85-97 (DOI 10.1484/J.PCEEB.2.302258).
  • Francis Rapp, Maximilien d'Autriche : souverain du Saint Empire romain germanique, bâtisseur de la maison d'Autriche (1459-1519), Paris, Tallandier, coll. « Biographie », , 310 p. (ISBN 978-2-84734-053-2).
  • (de) Hermann Wiesflecker, Kaiser Maximilian I. : das Reich, Österreich und Europa an der Wende zur Neuzeit, t. 1 : Jugend, burgundisches Erbe und Römisches Königtum bis zur Alleinherrchaft, 1459-1493, Munich, R. Oldenbourg Verlag, , XVI-608 p. (ISBN 3-486-47391-3, présentation en ligne).
  • (de) Hermann Wiesflecker, Kaiser Maximilian I. : das Reich, Österreich und Europa an der Wende zur Neuzeit, t. 2 : Reichsreform und Kaiserpolitik : 1493-1500 : Entmachtung des Königs im Reich und in Europa, Munich, R. Oldenbourg Verlag, , XVII-574 p. (ISBN 3-486-47891-5).
  • (de) Hermann Wiesflecker, Kaiser Maximilian I. : das Reich, Österreich und Europa an der Wende zur Neuzeit, t. 3 : Auf der Höhe des Lebens ; 1500-1508 ; Der grosse Systemwechsel ; Politischer Wiederaufstieg, Munich, R. Oldenbourg Verlag, , XXVIII-622 p. (ISBN 3-486-48331-5 et 3-7028-0098-0).
  • (de) Hermann Wiesflecker, Kaiser Maximilian I. : das Reich, Österreich und Europa an der Wende zur Neuzeit, t. 4 : Gründung des habsburgischen Weltreiches, Lebensabend und Tod, Munich, R. Oldenbourg Verlag, , XXVIII-691 p. (ISBN 3-486-49971-8).
  • Gisela Neagle, « Écrire au père, écrire au prince : relations diplomatiques et familiales dans la correspondance de Maximilien Ier et de Marguerite d'Autriche », Publications du Centre européen d'études bourguignonnes, vol. 53 « Rencontres de Calais (20 au 23 septembre 2012) : Négociations, traités et diplomatie dans l'espace bourguignon (XIVe – XVIe siècles) »,‎ , p. 219-234 (DOI 10.1484/J.PCEEB.5.101186).
  • Amable Sablon du Corail, La guerre, le prince et ses sujets : les finances des Pays-Bas bourguignons sous Marie de Bourgogne et Maximilien d'Autriche (1477-1493), Turnhout, Brepols, coll. « Burgundica » (no 28), , 632 p. (ISBN 978-2-503-58098-2).
  • Arnaud Rusch, « Une victoire de papier face aux défaites des armes : l'exemple de Maximilien Ier et de son Triomphe par Hans Burgkmair et Albrecht Dürer (1512-1526) », dans Martin Galinier et Michel Cadé (dir.), Images de guerre, guerre des images, paix en images : la guerre dans l'art, l'art dans la guerre, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, coll. « Études », , 357 p. (ISBN 978-2-35412-176-1, lire en ligne), p. 123-148.

FilmographieModifier

Dans la série Marie de Bourgogne son rôle est interprété par Jannis Niewöhner.

Liens externesModifier