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Marguerite d'Autriche (1480-1530)

archiduchesse d'Autriche, princesse de Bourgogne, duchesse de Savoie, Gouverneur des Pays-Bas

Marguerite d'Autriche
Illustration.
Marguerite d'Autriche par Bernard van Orley vers 1518, huile sur bois.
Titre
Gouverneure des Pays-Bas
Prédécesseur Guillaume de Croÿ
Successeur Marie de Hongrie
Duchesse de Savoie

(2 ans, 9 mois et 8 jours)
Prédécesseur Yolande-Louise de Savoie
Successeur Béatrice de Portugal
Biographie
Dynastie Habsbourg
Date de naissance
Lieu de naissance Bruxelles (Pays-Bas bourguignons)
Date de décès (à 50 ans)
Lieu de décès Malines (Pays-Bas espagnols)
Sépulture Église Saint-Nicolas-de-Tolentin de Brou
Père Maximilien Ier du Saint-Empire
Mère Marie de Bourgogne
Conjoint 1. Juan, prince des Espagnes
2. Philibert II de Savoie

Marguerite d'Autriche (1480-1530)
Duchesse de Savoie

Marguerite de Habsbourg (née le à Bruxelles, morte le 1er décembre 1530 à Malines), archiduchesse d'Autriche, fut successivement princesse de Bourgogne, fille de France, infante d'Espagne et duchesse de Savoie.

Tante de l'empereur Charles Quint, elle assura tout d'abord la régence des Pays-Bas avant son émancipation, puis en reprit la gouvernance à la demande de celui-ci. Elle est aussi connue pour avoir négocié avec Louise de Savoie le traité de Cambrai dit paix des Dames.

Sommaire

BiographieModifier

EnfanceModifier

Petite-fille du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, elle est le second enfant (après Philippe, futur roi de Castille) de l'empereur Maximilien Ier et de Marie de Bourgogne (1457-1482).

Sur l'échiquier matrimonial de l'EuropeModifier

Le 27 mars 1482, à la mort de Marie de Bourgogne, l'intrigant Louis XI, roi de France, fait main basse sur l'Artois, la Franche-Comté, le Charolais, le Mâconnais et l'Auxerrois, et pour légitimer son coup de force, négocie avec le jeune Maximilien les fiançailles de son fils unique, le Dauphin Charles, avec Marguerite, descendante des ducs de Bourgogne (traité d'Arras).

Article détaillé : Traité d'Arras (1482).

En France, les humiliantes fiançaillesModifier

 
Biens de Marguerite d'Autriche entre les traités d'Arras (1482) et de Strasbourg (1505).

En 1483, à l'âge de 3 ans la petite Marguerite est conduite à Amboise où elle sera élevée en fille de France par Madame de Segré, sous la houlette de la princesse Anne de France, dame de Beaujeu, fille de Louis XI et régente du Royaume. Marguerite reçoit une éducation soignée sur les bords de la Loire, entourée de beaucoup d'égards, de tendresse et de soins. Son jeune fiancé, de 8 ans son aîné, lui manifeste de la tendresse, et elle s'éprend très vite de lui. Mais en 1491, pour des raisons politiques, Charles VIII la renvoie et épouse Anne de Bretagne. Marguerite, meurtrie, gardera toute sa vie une profonde rancœur à l'égard de la France.

La répudiation a bien lieu en 1491 (et non 1489 comme il est écrit souvent). En effet, en octobre 1490 encore, Charles prête serment sur les Évangiles de respecter la paix de Francfort qui veut qu'il épouse Marguerite. En revanche, dès 1488, des bruits courent sur une répudiation, donc de laisser l'Artois et la Franche-Comté pour la Bretagne, même si en décembre 1490 Anne de Bretagne se marie (par procuration) avec Maximilien, père de Marguerite. Marguerite est alors sûre d'être reine, et pour la conforter, Charles l'avait fait peindre par Jean Bourdichon, peintre officiel de la cour[1].

La répudiation a lieu à l'automne 1491, le 25 novembre à Baugé lors d'une rencontre avec Charles (il prend « congé » d'elle), mais officiellement en décembre, bien qu'on puisse considérer début 1491 quand elle n'est plus traitée en tant que future reine. Elle est renvoyée avec sa dot à son père. Son sort ne sera réglé que deux ans plus tard par le traité de Senlis (1493).

En Espagne : la noce fataleModifier

 
Marguerite d'Autriche (vers 1495).

Elle regagne alors les Pays-Bas où l'attend Marguerite d'York, la veuve de son grand-père Charles le Téméraire.

Son père, dans le but de lutter contre la France, se rapproche des Rois catholiques et négocie deux mariages : celui de son fils Philippe avec Jeanne de Castille, dite "Jeanne la Folle", et celui de Marguerite avec l'infant Jean d'Aragon, héritier des royaumes de Castille et d'Aragon. Marguerite part donc pour l'Espagne fin 1496.

Pendant la traversée de Flessingue à La Corogne son vaisseau est pris dans une forte tempête et la jeune princesse compose deux vers d'une ironie sarcastique pour lui servir d'épitaphe : « Ci-git Margot, la gente damoiselle, Qu'eut deux maris et ci mourut pucelle »[2].

Lorsqu'elle débarque, c'est l'éblouissement : l'infant tombe sous le charme de sa jeune épouse, très belle dit-on. La lune de miel, passionnée, ne dure hélas que six mois, puisque Jean, de santé fragile, décède dès le 4 octobre 1497. Marguerite, effondrée, attend un enfant : elle accouche quelques mois après le 8 décembre 1497 d'une fille, mort-née. Elle demeure encore deux ans en Espagne, puis rejoint Bruxelles en 1500 pour assister au baptême de son neveu (et filleul), Charles d'Autriche. Elle n'a alors que 20 ans.

Entretemps, le roi Charles VIII de France est mort accidentellement en 1498. Il avait 28 ans.

En Savoie : l'éphémère mariageModifier

Devenue veuve, elle se remarie en 1501 avec Philibert II, dit Philibert le Beau (1480-1504), duc de Savoie.

En effet, le promis est beau et fort, et Marguerite tombe sous le charme. Avec Philibert, elle découvre les joies de la chasse, des joyeuses entrées dans les villes (comme à Bourg en 1502) mais aussi les subtilités de la politique.

Le jeune duc lui laisse volontiers le soin de gérer les affaires du duché. Marguerite a une grande influence sur son mari et, sans doute mortifiée par la rupture des fiançailles françaises, elle oriente la politique du duché dans le sens des intérêts de son père, l'empereur Maximilien et de son frère Philippe, lequel a été marié à Jeanne la Folle. La Savoie sort de l'orbite française pour entrer dans celle de la maison de Habsbourg[3].

Lorsqu'elle fut certaine de la confiance absolue de Philibert, Marguerite n'hésita pas à engager ouvertement la lutte contre le demi-frère de son mari René dit le Bâtard de Savoie, auquel il avait laissé une part prépondérante dans le gouvernement et l'administration de ses Etats[4]. La complicité populaire l'y encourageait ainsi que celle du clergé, car le Bâtard, qui était en fait le maître de la Savoie, multipliait les exactions et les dilapidations et son caractère autoritaire et vindicatif n'était pas de nature à lui faire pardonner. Marguerite agit alors auprès de son père, fit déclarer nul par l'Empereur Maximilien, qui était suzerain du duc de Savoie, l'acte de légitimation qu'il avait signé en faveur de René. C'était un coup de maître, et, à partir de ce moment, le Bâtard, craignant le pire, s'enfuit et alla se réfugier à la cour de France[5].

A partir du 2 mai 1502, Marguerite et Philibert s'installèrent à Pont d'Ain, dans un château construit à la pointe méridionale de la chaîne de Remiremont et d'où se découvre, au midi, un décor de montagnes grandiose et harmonieux.

Jean Le Maire fait ainsi le tableau du couple princier, vivant une existence large et agréable où se combinent à la fois le soin des affaires publiques, plus spécialement réservé à Marguerite, et le divertissement de la chasse, du jeu, des joutes et de la bonne chère, qui occupe le plus clair du temps du duc lui-même:

  • " Un prince à la fleur de sa jeunesse, distingué par sa force et sa beauté, possédant de grands biens, ayant la paix dans l'accomplissement de ses désirs, craint par ses ennemis, honoré par ses amis, aimé et servi par tous ses sujets, et pour l'accomplissement de sa félicité, comblé de faveur par les dieux qui lui envoyent comme épouse et compagne une précieuse fleur du ciel nommée Marguerite, la plus illustre dame du monde, quelle que soit sa circonférence ; très digne fille de S. M. César-Auguste, du plus plus invincible roi Maximilien."[6]

Mais ce bonheur est éphémère : le 10 septembre 1504, Philibert est victime d'un accident de chasse. Il a 24 ans.

Cependant, elle décide de rester à Bourg-en-Bresse et d'y faire édifier un monument à la mémoire de son époux : le monastère royal de Brou ; l'église, édifiée de 1513 à 1532 par l'architecte Louis van Bodeghem, est un joyau gothique flamboyant, à la haute toiture de tuiles vernissées et colorées. Tombeaux, retables, statues et stalles en font un exceptionnel « musée » de sculpture flamande du XVIe siècle. Le chœur est la partie essentielle de l'église : toute la splendeur décorative y est concentrée, du sol aux voûtes, autour des tombeaux et dans la chapelle de Marguerite d'Autriche.

Le monastère, édifié de 1506 à 1512 pour loger les augustins chargés de prier pour les princes enterrés à Brou, a toujours suscité l'admiration par son ampleur et sa beauté.

Marguerite choisit les chefs de chantiers, les peintres, les sculpteurs, fait appel à des artistes d'Europe du Nord, ce qui explique qu'au début du XVIe siècle, aux portes de l'Italie renaissante, se dresse un monument gothique.

Mais elle ne connaîtra pas la joie d'admirer cette église car le 25 septembre 1506, la mort de son frère la rappelle aux Pays-Bas.

L'éternelle douairièreModifier

Pendant encore plus d'un an, son père tente de la remarier. L'ouverture la plus concrète est faite auprès de la cour d'Angleterre. Mais Marguerite fait face à l'Empereur et refuse nettement d'épouser Henri VII Tudor : trois fois elle a été anéantie par l'échec d'un mariage prometteur. Elle portera le deuil pendant ses vingt-cinq dernières années.

Aux Pays-Bas : une femme activeModifier

 
Les Pays-Bas bourguignons.
 
Charles V, le neveu adolescent et roi que Marguerite fit empereur

Elle devient officiellement en mars 1507 régente des Pays-Bas avec les pleins pouvoirs (titre octroyé par son père) pour le compte de son neveu Charles, âgé de 6 ans et à la tête d'un fabuleux héritage : Pays-Bas, Espagne, Autriche, Italie, Allemagne… Elle élève donc avec soin ce jeune neveu (ainsi que ses nièces, Éléonore, Marie et Isabelle) tout en dirigeant d'une main ferme ces provinces d'Europe du Nord, riches mais turbulentes. Elle joue aussi un rôle important dans la politique internationale de l'époque. Tous la respectent et recherchent son alliance. Marguerite met en place des ligues contre la France, mais réaliste, elle est parfois prête à baisser sa garde pour choisir la voie de la négociation (ainsi en 1514). Dans cette politique typiquement bourguignonne, elle s'oppose au « parti français », dominé par la maison de Croÿ.

En 1515, pressé par une inextricable affaire de complot en Aragon impliquant ses deux grands-pères, Maximilien et Ferdinand, les chevaliers de la Toison d'or, au premier desquels Don Juan Manuel de Belmonte et son précepteur, le seigneur de Chièvres, Charles demande son émancipation et décharge sa tante de toute responsabilité. Vexée, elle se retire à Malines, dans son palais, passant son temps à écrire et à protéger peintres et poètes.

Mais le 12 janvier 1519, à la mort de son père Maximilien Ier, Charles brigue la couronne impériale (élective) et Marguerite refait son apparition sur la scène publique. Elle trouve de l'argent, achète les électeurs, fait des promesses, et Charles devient empereur. Il confie de nouveau le gouvernement des Pays-Bas à sa tante, charge qu'elle gardera jusqu'à sa mort en 1530 malgré sa propension à s'entourer de conseillers savoyards, bressans ou franc-comtois, dont Nicolas Perrenot de Granvelle, ce que les Néerlandais lui reprochent.

Elle assiste alors à la lutte entre ses neveux : Charles Quint (par son frère Philippe) et François Ier (par son mariage avec Philibert, frère de Louise de Savoie). Elle soutient Charles envers et contre tous.

Avec sa cousine par alliance, Marie de Luxembourg, elle est connue comme une des signataires de la paix des Dames ou paix de Cambrai, signée le avec Louise de Savoie, sœur du défunt époux de Marguerite. Toutes deux comme représentantes respectives de Charles Quint (neveu de Marguerite) et de François Ier de France (fils de Louise).

Une riche mécèneModifier

 
Le palais de Marguerite à Malines.

De ses fiançailles et ses deux mariages, Marguerite a accumulé une fortune considérable. Par le traité de fiançailles avec le Dauphin, elle a été mise en possession des comtés d'Artois, d'Auxerre, de Bourgogne, de Charolais, de Mâcon, et de plusieurs seigneuries en Bourgogne dont la très profitable seigneurie de Salins, formant sa dot. Le traité de Senlis, en 1493, lui en laisse une très grande partie à titre viager. Par son mariage avec l'infant Don Juan, elle a reçu la jouissance d'un douaire en rentes de la couronne de Castille qui lui assurent un revenu de vingt mille écus par an. Son mariage avec le duc de Savoie, enfin, lui a assigné un douaire de douze mille écus par an, assis, après le traité de Strasbourg, sur les comtés de Bâgé, de Romont et de Villars, ainsi que les pays de Bresse, Vaud et Faucigny, dont elle obtient la souveraineté à titre viager. Son frère et son neveu, enfin, lui offrent des domaines dans les Flandres, notamment à Malines.

Cette fortune considérable la met à l'abri du besoin et lui permet de mener une politique de mécénat intense. Sa cour, à Malines, est un des centres septentrionaux de la Renaissance. Elle soutient des écrivains (Érasme, Vivès, Agrippa, Lemaire de Belges) et des musiciens (Josquin Desprez, Pierre de la Rue)[7]. Elle accueille et pensionne des peintres comme Pieter van Coninxloo, Nicolas Rombouts ou Bernard van Orley. La peinture, la tapisserie et le vitrail prennent un nouvel essor grâce à ses commandes (verrières de Saint-Waudru à Mons, de Saint-Gommaire à Lierre et de Sainte-Gudule à Bruxelles, nombreuses tapisseries aux mille-fleurs, série des Neuf vertus, dite également des Honneurs). Son château de Malines (Hof van Savoye, actuel palais de justice) témoigne d'une esthétique mêlant subtilement les éléments traditionnels du gothique brabançon et de la Première Renaissance. Son jardin à l'italienne, notamment, était une véritable révolution dans les palais de l'époque.

La plus grande œuvre de son mécénat demeura néanmoins le monastère-nécropole de Brou.

Marguerite « la grande »Modifier

Lorsqu'elle mourut de la gangrène le 1er décembre 1530, l'Europe dut reconnaître qu'elle avait perdu une de ses plus brillantes têtes politiques. Femme de tête mais aussi de cœur, elle a toujours su arrêter les conflits à temps.

Deux fois veuve, elle s'était choisie pour devise « Fortune Infortune Fort Une » pour laquelle de multiples interprétations ont été données[8], ce qui pourrait vouloir dire « Le destin éprouve fort une femme » ou « Fortune et infortune ne font qu'une ». D'autres ont suggéré que sa devise devait être : « Fortune Infortune Fors (avec un -s) Une », « fors » pouvant signifier « sauf »[réf. nécessaire].

IconographieModifier

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Notes et référencesModifier

  1. Archives nationales, KK76 : comptes de la chambre du roi.
  2. Claude Genoux, Histoire de Savoie, Montémélian, 1997, p. 245.
  3. Thierry Wanegffelen, Le Pouvoir contesté : Souveraines d'Europe à la Renaissance, Payot 2008, p. 73.
  4. Comte Carton de Wiart "Marguerite d'Autriche Une princesse Belge de la Renaissance" Editions Bernard Grasset, 61 rue des Saints-Pères, Paris VI°, copyright by Editions Bernard Grasset 1935, page 82
  5. Comte Carton de Wiart "Marguerite d'Autriche Une princesse Belge de la Renaissance" Editions Bernard Grasset, 61 rue des Saints-Pères, Paris VI°, copyright by Editions Bernard Grasset 1935, page 86
  6. G. Doutrepont "Jean le Maire de Belges et la Renaissance" Mémoires de l'Académie Royale de Belgique, coll. in-8°, tome 32. Bruxelles, 1934
  7. http://siefar.org/dictionnaire/fr/Marguerite_d%27Autriche_%281480-1530%29.
  8. Voir par exemple Édouard-Louis Laussac fournit une interprétation différente de cette devise. Notice explicative du quintuple sens de la devise de Marguerite d'Autriche, 1897.

BibliographieModifier