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Bonjour tristesse

roman de 1954 de Françoise Sagan
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’adaptation cinématographique du roman par Otto Preminger, voir Bonjour tristesse (film, 1958).

Bonjour tristesse est le premier roman de Françoise Sagan, publié le 15 mars 1954 alors qu'elle n'a que 18 ans. Cette œuvre connait un succès de scandale foudroyant et est récompensée du prix des Critiques la même année. Son titre est tiré du deuxième vers du poème « À peine défigurée » du recueil La Vie immédiate de Paul Éluard[1].

Bonjour tristesse
Auteur Françoise Sagan
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Julliard
Date de parution 1954
Nombre de pages 188
Chronologie

Sommaire

RésuméModifier

Cécile, lycéenne parisienne qui vient de rater son baccalauréat, passe l’été de ses dix-sept ans dans une belle villa de la Côte d’Azur avec son père Raymond et la maîtresse de ce dernier, Elsa[2]. Cécile et son père qui ont une relation fusionnelle veulent faire du plaisir un programme et du bon temps un mot d'ordre en profitant du soleil, des joies de la baignade et de la lecture, des sorties et des discussions nocturnes[3].

Ce père âgé de quarante ans, veuf depuis quinze ans, est un homme plutôt riche et attirant qui enchaîne les conquêtes. Cécile et Elsa, jeunes, d'un caractère facile et surtout intéressées par la vie mondaine, s'entendent bien. Cécile, un peu naïve, tente de paraître adulte et apprécie la compagnie d'hommes du même âge que son père. Sa vie amoureuse est sans relief jusqu'à sa rencontre avec Cyril, un étudiant en droit de 26 ans[4].

L'ambiance change radicalement quand Raymond annonce l'arrivée d'Anne, une amie qui a accepté contre toute attente une invitation. Différente des autres femmes qui gravitent autour de lui, Anne est une femme stricte et moralisatrice qui apprécie la culture, les bonnes manières et l’intelligence. Dès son arrivée, un combat subtil commence entre les trois femmes. Elsa tente de maintenir la relation avec Raymond, qui est attiré aussi par Anne, laquelle pense avoir trouvé le vrai amour en Raymond. Quant à Cécile, elle voue une certaine admiration à Anne, qui lui a beaucoup appris, et qu'elle considère comme la femme la plus importante dans sa vie, mais en même temps elle ne veut pas du tout que son père se sédentarise, car elle craint de perdre la complicité qui la lie à son père, ainsi qu'une liberté qui lui permet de négliger ses devoirs de vacances et plus généralement ses études, au profit de journées passées à la plage.

Anne prend en main la vie de Cécile très vite et la fait même réviser son baccalauréat. De plus, elle manifeste sa réprobation vis-à-vis de la relation avec Cyril. Peu à peu, Raymond s’éloigne d’Elsa et devient de plus en plus fasciné par la femme responsable et sensée qu’il trouve dans Anne. Les deux décident de se marier, et Elsa doit quitter la villa.

Cécile a du mal à accepter ce dénouement, pressentant la perte de toute une vie précieuse à ses yeux : des hommes intéressants, des femmes mondaines, beaucoup d’amusements. Elle persuade son ami Cyril de simuler une aventure avec Elsa pour rendre Raymond jaloux. Le stratagème fonctionne. Il est irrité de voir son ancienne maîtresse se tourner vers un homme plus jeune et la reconquiert. Comme Cécile l'a planifié, Anne les surprend et voit ses rêves se briser. Désespérée, elle quitte la villa et se tue dans un accident de voiture sans témoin, probablement un suicide[5].

Dans un premier temps, Cécile et son père sont inconsolables, et elle réalise que c’est en grande partie sa faute si cette femme remarquable est morte. Mais plus tard, le père et sa fille reprennent leur vie facile, en sachant qu'ils n’oublieront jamais cette femme extraordinaire – ni le sentiment dont ils ont fait la connaissance à cause de sa mort : la tristesse.

Autour de l'œuvreModifier

L'été 1953, Françoise Quoirez rédige en cachette en six semaines son roman. Elle le confie à sa première lectrice, son amie Florence Malraux, qui est épatée, et fait jouer ses relations. Le manuscrit est ainsi remis à Colette Audry, collaboratrice aux Temps modernes qui tombe sous le charme de cette œuvre d'une adolescente qui a parfaitement saisi l'inconscience cruelle de cet âge. Audry convainc Françoise de modifier la fin pour la rendre plus énigmatique[6].

Le 6 janvier 1954, Françoise Quoirez dépose Bonjour tristesse qu'elle a fait taper à la machine chez René Julliard (éditeur des Temps modernes) et chez la maison Plon avec, pour seules précisions, son nom, son adresse, son numéro de téléphone et sa date de naissance. Julliard perçoit immédiatement le succès que peut obtenir un livre aux thèmes aussi neufs, signée par une auteure aussi jeune, dans un style soigné[7]. L'écrivaine est mineure à l'époque et son père, par peur de voir la famille harcelée après recherche de son nom, qui n'a qu'une occurrence dans l'annuaire, lui conseille de prendre un pseudonyme. Françoise, qui adore déjà Proust, choisit celui du Prince de Sagan dans À la recherche du temps perdu[8].

Éditeur d'avant-garde audacieux, René Julliard la signe en premier. Se rappelant du scandale provoqué par la sortie en 1923 du roman du jeune Raymond Radiguet Le Diable au corps, il décide d'insister sur l'âge de Sagan pour nimber l'ouvrage d'une réputation sulfureuse en le sortant estampillé d'un bandeau sur lequel est écrit « Le Diable au cœur »[7]. Lancé à 20 000 exemplaires le 15 mars 1954[9], sur fond d'émancipation féminine, le roman reçoit un accueil critique suspicieux. Le 25 mai, Bonjour tristesse est couronné du prix des Critiques, ce qui suscite l'intérêt de la presse et rend désormais la critique élogieuse. Pour cette dernière, l'auteur tient à la fois lieu de « Radiguet en jupon » et de « nouvelle Colette »[10]. Le 1er juin, le romancier catholique François Mauriac entreprend dans la une du Figaro de contester cette nouvelle stature d'auteur en condamnant le « dévergondage de l'adolescence féminine, plaie d'une époque où les plaies ne se comptent plus[11] ». Qualifiant l'auteur de « charmant petit monstre de dix-huit ans », l'éditorial de Mauriac donne lieu à d'innombrables polémiques qui participent au grand succès public du livre[12], ce qui rend la jeune romancière riche et célèbre en un temps record ; elle dira à ce sujet : « La gloire, je l'ai rencontrée à 18 ans en 188 pages, c'était comme un coup de grisou »[13].

PostéritéModifier

SuccèsModifier

  • Les ventes atteignent deux millions d'exemplaires en 2011[14] (soit l'un des plus grands best-sellers de l'histoire de l'édition française).[réf. nécessaire]
  • Le roman est présent dans la liste « Les cent livres du siècle », classement français établi au printemps 1999 dans le cadre d'une opération organisée par la Fnac et Le Monde.

Littérature jeunesseModifier

  • Il se diffuse avec le temps dans le domaine de la « littérature jeunesse », pour atteindre un lectorat de collégiens : en 2014, le roman est publié dans une édition spéciale avec dossiers de lecture[15], dans la collection « Bibliocollège » des éditions Hachette.

AdaptationsModifier

Au cinéma
1958 : Bonjour tristesse, film américain d'Otto Preminger, avec Deborah Kerr, David Niven et Jean Seberg
À la télévision
1965 : Bonjour tristesse, téléfilm français de François Chatel, avec Anne Vernon, Michel Auclair et Élisabeth Ercy
1995 : Bonjour tristesse, téléfilm français de Peter Kassovitz, avec Christine Boisson, François Marthouret et Sarah Bertrand
À la radio
2014 : Bonjour tristesse, réalisé par Laure Egoroff et interprété par Clémence Poésy[16].

HommageModifier

  • 2005 : Bonjour tristesse, chanson française écrite et interprétée par Alain Souchon en hommage à Françoise Sagan, album La Vie Théodore
  • 2014 - en cours : Bonjour Tristesse, émission de critique de la société française présentée par Matthieu Longatte sur Youtube.

Notes et référencesModifier

  1. « Adieu tristesse, Bonjour tristesse, Tu es inscrite dans les lignes du plafond, Tu es inscrite dans les yeux que j'aime », La Vie immédiate, 1932.
  2. Hélène Bieber, Étude sur Françoise Sagan: Bonjour tristesse, Ellipses Marketing, , p. 15.
  3. Hélène Bieber, Étude sur Françoise Sagan: Bonjour tristesse, Ellipses Marketing, , p. 70.
  4. Hélène Bieber, Étude sur Françoise Sagan: Bonjour tristesse, Ellipses Marketing, , p. 50.
  5. Hélène Bieber, Étude sur Françoise Sagan: Bonjour tristesse, Ellipses Marketing, , p. 27.
  6. Bertrand Meyer-Stabley, Françoise Sagan. Le tourbillon d'une vie, Pygmalion, , p. 41.
  7. a et b Hélène Bieber, Étude sur Françoise Sagan: Bonjour tristesse, Ellipses Marketing, , p. 12.
  8. Yannick Resch, 200 femmes de l'histoire, Editions Eyrolles, , p. 32.
  9. Hélène Bieber, Étude sur Françoise Sagan: Bonjour tristesse, Ellipses Marketing, , p. 12.
  10. Christian Millau, Au galop des hussards : dans le tourbillon littéraire des années 50, Éditions de Fallois, , p. 257.
  11. Bertrand Poirot-Delpech, Bonjour Sagan, Herscher, , p. 44.
  12. Anne Berest, Sagan 1954, Stock, , p. 103.
  13. Bertrand Poirot-Delpech, Bonjour Sagan, Herscher, , p. 66.
  14. Mélanie Wolfe, « Françoise Sagan », sur republique-des-lettres.f (consulté en 2017).
  15. Fiche du roman, sur le site des éditions Hachette, collection « Bibliocollège ».
  16. 1er épisode de Bonjour tristesse sur France Culture

Liens externesModifier