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Simone de Beauvoir

philosophe, romancière, épistolière, mémorialiste et essayiste française
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Beauvoir.
Simone de Beauvoir
Simone de Beauvoir2.png
Simone de Beauvoir en 1967.
Naissance
Décès
(à 78 ans)
Paris, France
Sépulture
Nationalité
Langue maternelle
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Éthiques du féminisme, féminisme existentialiste, éthiques de l'ambigüité
Œuvres principales
Influencée par
A influencé
Famille
Fratrie
Distinctions
signature de Simone de Beauvoir
signature

Simone de Beauvoir [simɔn də bovwaʁ][1] Écouter, née le dans le 6e arrondissement de Paris, ville où elle est morte le , est une philosophe, romancière, mémorialiste et essayiste française.

En 1954, après plusieurs romans dont L'Invitée (1943) et Le Sang des autres (1945), elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins et devient l'une des auteures les plus lues dans le monde.

Souvent considérée comme une théoricienne importante du féminisme, notamment grâce à son livre Le Deuxième Sexe publié en 1949, Simone de Beauvoir a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 1970.

Elle a partagé la vie du philosophe Jean-Paul Sartre. Leurs philosophies, bien que très proches, ne sauraient être confondues.

Sommaire

BiographieModifier

L'enfance et la jeunesseModifier

Simone Lucie Ernestine Marie Bertrand de Beauvoir[2] est la fille de Georges Bertrand de Beauvoir, alors avocat, comédien amateur, et de Françoise Brasseur, jeune femme issue de la bourgeoisie verdunoise.

Enfance familialeModifier

Elle voit le jour dans un appartement cossu au 103, boulevard du Montparnasse[3] et entre à l'âge de cinq ans au Cours Desir[4] où sont scolarisées les filles de « bonnes familles ». Sa sœur cadette, Hélène (dite Poupette), l'y rejoint deux ans plus tard. Dès le plus jeune âge, Simone se distingue par ses capacités intellectuelles et se partage chaque année la première place avec Élisabeth Lacoin (dite Élisabeth Mabille ou « Zaza » dans son autobiographie). Zaza devient rapidement sa meilleure amie.

Dans sa jeunesse, Simone passe ses vacances d'été en Corrèze, à Saint-Ybard, dans le parc de Meyrignac, créé vers 1880 par son grand-père Ernest Bertrand de Beauvoir. La propriété avait été acquise par son arrière-grand-père Narcisse Bertrand de Beauvoir au début du XIXe siècle. On retrouve de multiples évocations de ces séjours heureux en compagnie de sa sœur Hélène dans ses Mémoires d'une jeune fille rangée : « Mon amour pour la campagne prit des couleurs mystiques. Dès que j'arrivais à Meyrignac, les murailles s'écroulaient, l'horizon reculait. Je me perdais dans l'infini tout en restant moi-même. Je sentais sur mes paupières la chaleur du soleil qui brille pour tous et qui ici, en cet instant, ne caressait que moi. Le vent tournoyait autour des peupliers : il venait d'ailleurs, il bousculait l'espace, et je tourbillonnais, immobile, jusqu'aux confins de la terre. Quand la lune se levait au ciel, je communiais avec les lointaines cités, les déserts, les mers, les villages qui au même moment baignaient dans sa lumière. Je n'étais plus une conscience vacante, un regard abstrait, mais l'odeur houleuse des blés noirs, l'odeur intime des bruyères, l'épaisse chaleur du midi ou le frisson des crépuscules ; je pesais lourd, et pourtant je m'évaporais dans l'azur, je n'avais plus de bornes[5] ». C'est au contact de la nature et au cours de longues promenades solitaires dans la campagne que le désir d'une vie « hors du commun » se forge en elle.

Après la Première Guerre mondiale, son grand-père maternel, Gustave Brasseur, ancien président de la Banque de la Meuse[6], qui a fait faillite, est déclaré banqueroutier, précipitant toute sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Aussi les parents de Simone sont-ils contraints, par manque de ressources, de quitter l'appartement du boulevard du Montparnasse (à côté de l'actuel restaurant « La Rotonde ») pour un appartement, sombre, exigu, au cinquième étage, sans ascenseur, d'un immeuble de la rue de Rennes[7]. Simone souffre de voir les relations entre ses parents se dégrader.

La suite de son enfance en sera marquée. Dans son milieu, à cette époque, il est incongru qu'une jeune fille fasse des études poussées. Pourtant son père, un passionné de théâtre et d'art dramatique, qui pense que « le plus beau métier est celui d'écrivain », est convaincu que ses filles doivent s'y résoudre pour sortir de la condition dans laquelle elles se trouvent : « Quand il déclara : « Vous, mes petites, vous ne vous marierez pas, il faudra travailler », il y avait de l'amertume dans sa voix. Je crus que c'était nous qu'il plaignait ; mais non, dans notre laborieux avenir il lisait sa propre déchéance[8]. »

Il regrette à la fois qu'elle ne soit pas un homme car elle aurait pu faire Polytechnique, et à la fois qu'elle ne soit pas assez féminine. Il lui répète : « Tu as un cerveau d'homme ».

Émancipation progressiveModifier

Élevée par une mère très pieuse, puis devenue elle-même croyante exaltée et mystique pendant quelques années, Simone perd progressivement la foi à quatorze ans[9], bien avant son départ du cours Désir. Elle commence alors à s'émanciper intellectuellement de sa famille, sans pouvoir immédiatement l'assumer au grand jour.

À quinze ans, son choix est déjà fait : elle sera un écrivain célèbre. Après le baccalauréat en 1925, malgré son attirance pour la philosophie, elle se dirige d'abord vers une licence classique pour obéir à ses parents qui ont été mis en garde par les enseignantes de son ancienne école : « en un an de Sorbonne, je perdrais ma foi et mes mœurs. Maman s'inquiéta (...), j'acceptais de sacrifier la philosophie aux lettres[10] ». Elle entame des études supérieures à l'Institut catholique de Paris, pour les mathématiques, et à l'Institut Sainte-Marie de Neuilly, pour les lettres.

Son professeur de littérature française, Robert Garric, catholique fervent, mais surtout socialiste et humaniste très engagé, l'impressionne beaucoup. Il dirige un mouvement, les Équipes sociales, qui se propose de répandre la culture dans les couches populaires. Grâce à son cousin Jacques, dont elle est secrètement amoureuse, et qui se trouve être un des équipiers de Garric, sa culture littéraire s'élargit. « Je trouvais sur sa table une dizaine de volumes aux fraiches couleurs de bonbons acidulés : des Montherlant vert pistache, un Cocteau rouge framboise, des Barrès jaune citron, des Claudel, des Valéry d'une blancheur neigeuse rehaussée d'écarlate. À travers le papier transparent, je lus et je relus les titres : Le Potomak[11], Les Nourritures terrestres[12], L'Annonce faite à Marie[13], Le Paradis à l'ombre des épées[14], Du sang de la volupté et de la mort[15]. Bien des livres déjà m'avaient passé par les mains, mais ceux-ci n'appartenaient pas à l'espèce commune : j'en attendais d'extraordinaires révélations (...). Soudain, des hommes de chair et d'os me parlaient, de bouche à oreille, d'eux-mêmes et de moi ; ils exprimaient des aspirations, des révoltes que je n'avais pas su me formuler, mais que je reconnaissais. J'écumais Sainte-Geneviève : je lisais Gide, Claudel, Jammes, la tête en feu, les tempes battantes, étouffant d'émotion[16] ».

Elle obtient au cours de cette première année à l'université de Paris les certificats de mathématiques générales, de littérature et de latin.

L'année d'après, elle suit les cours de philosophie et obtient en juin 1927 le certificat de philosophie générale. Elle obtient finalement la licence ès lettres mention philosophie au printemps 1928, après l'obtention des certificats d'éthique et de psychologie[17] et entame alors la rédaction d'un mémoire sur Leibniz pour le diplôme d'études supérieures.

À la faculté des lettres de l'université de Paris, elle rencontre d'autres jeunes intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, qu'elle regarde comme un génie. Dès cette époque, se noue entre eux une relation mythique, longtemps supposée libre et égalitaire[18]. Elle sera son « amour nécessaire » par rapport aux « amours contingentes » qu’ils seront amenés à connaître l'un et l'autre. Simone de Beauvoir est reçue deuxième au concours d'agrégation de philosophie en 1929, juste derrière Jean-Paul Sartre.

La mort de Zaza, son amie d'enfance, quelques mois plus tard, la plonge dans une grande affliction. Elle marque définitivement pour elle la fin de ce chapitre de sa vie.

L'enseignanteModifier

Dès l'agrégation en 1929, Simone de Beauvoir, alias Castor — surnom que lui donne Herbaud (René Maheu dans Mémoires d'une jeune fille rangée) car « Beauvoir » est proche de l'anglais beaver (signifiant castor[19]), et que, comme elle, « Les Castors vont en bande et ils ont l'esprit constructeur[20] », ce surnom étant ensuite repris et conservé par Sartre — devient professeur de philosophie.

Entre 1929 et 1931, elle est professeur agrégé et donne des cours au lycée Victor-Duruy (Paris)[21], ce qu'elle vit comme une libération : « Maintenant j'étais là, sur l'estrade, c'est moi qui faisais le cours. Et plus rien au monde ne me semblait hors d'atteinte »[22]. Elle se trouve ensuite nommée à Marseille au lycée Montgrand. La perspective de quitter Sartre, lui-même nommé au Havre en mars 1931, la jette dans l'angoisse et ce dernier lui propose de l'épouser afin d'obtenir un poste dans le même lycée. Bien que viscéralement attachée à Sartre, elle rejette la proposition : « Je dois dire, écrit-elle dans La Force de l'âge[23], que pas un instant je ne fus tentée de donner suite à sa suggestion. Le mariage multiplie par deux les obligations familiales et toutes les corvées sociales. En modifiant nos rapports avec autrui, il eût fatalement altéré ceux qui existaient entre nous. Le souci de préserver ma propre indépendance, ajoute-elle cependant, ne pesa pas lourd ; il m'eût paru artificiel de chercher dans l'absence une liberté que je ne pouvais sincèrement retrouver que dans ma tête et mon cœur. » L'année suivante, elle parvient à se rapprocher de Sartre en obtenant un poste au Lycée Jeanne-d'Arc de Rouen où elle fait la connaissance de Colette Audry, enseignante dans le même lycée[24].

Elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves, mais réfute jusqu'à sa mort toute idée de bisexualité — sujet qui fait l'objet de controverses entre ses dernières biographes[25]— le « pacte » la liant à Sartre lui permettant de connaître des « amours contingentes ». Elle présente ces élèves à Sartre qui forment avec lui, selon un « contrat pervers » comme le qualifie Marie-Jo Bonnet[26], des trios, voire des quatuors, amoureux[27]. Elle se lie également avec un élève de Sartre, « le petit Bost », futur mari d'Olga, pour laquelle Sartre s'est pris entretemps de passion (non réciproque). L'amitié de ce groupe d'amis surnommé « la petite famille », ou encore « les petits camarades », reste indéfectible jusqu'à la mort de chacun d'entre eux, malgré petites brouilles comme graves conflits.

 
Le no 24 de la rue Cels où Simone de Beauvoir habita à plusieurs reprises pendant la guerre.

L'année où elle enseigne à Marseille, elle se découvre une passion pour la randonnée, et elle ne cesse dans les années qui suivent d'arpenter les chemins de France, souvent en solitaire, à chaque fois qu'elle en a l'occasion. Avec Sartre, elle voyage aussi beaucoup en Europe, dans des conditions très frugales, ce qui leur permet de visiter presque chaque été un nouveau pays : ils voient ainsi l'Espagne, l'Italie, la Grèce, l'Allemagne, et le Maroc. A côté de cela, même avant d'être finalement tous les deux mutés à Paris, leur vie sociale reste très parisienne. C'est là qu'ils se retrouvent souvent, ensemble ou avec leur amis, ils sortent au théâtre, et suivent assidument l'actualité littéraire et cinématographique.

En 1936, elle obtient enfin un poste à la capitale. Elle enseigne au lycée Molière de 1936 à 1939[28] ; elle en est renvoyée à la suite de sa liaison avec Bianca Bienenfeld, l'une de ses élèves.

Beauvoir voit son premier roman Primauté du spirituel, écrit entre 1935 et 1937, refusé par Gallimard et Grasset (il paraîtra en 1979 sous le titre Quand prime le spirituel puis Anne ou quand prime le spirituel). L'Invitée est publié en 1943. Elle y décrit, à travers des personnages imaginaires, la relation entre Sartre, Olga et elle-même, tout en élaborant sa réflexion philosophique concernant la lutte entre les consciences et les possibilités de la réciprocité. Le succès est immédiat.

Elle est suspendue le de l'Éducation nationale à la suite d'une plainte pour « excitation de mineure à la débauche » déposée en décembre 1941 par la mère d'une de ses élèves, Nathalie Sorokine (1921-1967). — La plainte aboutira à un non-lieu[29] —, l'incertitude sur la raison réelle de son éviction fait encore aujourd'hui polémique. Elle sera réintégrée à la Libération par arrêté du , mais n'enseignera plus jamais[30]. Simone de Beauvoir décrit dans ses mémoires une relation de simple amitié avec cette élève. Elle écrit en outre que l’accusation de détournement de mineur, mensongère, est une vengeance de la mère de cette élève à la suite du refus que lui aurait opposé Simone de Beauvoir d’user de son influence auprès de sa fille pour lui faire accepter un mariage avec un « parti avantageux »[31]. En 1943, elle travaille pour Radio nationale (« Radio Vichy ») où elle organise des émissions consacrées à la musique à travers les époques.

La femme de lettres engagéeModifier

 
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre devant la statue de Balzac à Paris dans les années 1920.

Avec Sartre, Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Boris Vian et quelques intellectuels de gauche, elle fonde une revue : Les temps modernes qui a pour but de faire connaître l'existentialisme à travers la littérature contemporaine. Mais elle continue cependant son œuvre personnelle. Après plusieurs romans et essais où elle parle de son engagement pour le communisme, l'athéisme et l'existentialisme, elle obtient son indépendance financière et se consacre totalement à son métier d'écrivain. Elle voyage dans de nombreux pays (É.-U., Chine, Russie, Cuba, etc.) où elle fait la connaissance d'autres personnalités communistes telles que Fidel Castro, Che Guevara, Mao Zedong, Richard Wright. Aux États-Unis, elle engage une relation passionnée avec l'écrivain américain Nelson Algren, et lui envoie plus de 300 lettres. La publication de sa correspondance avec Algren en 1997 provoque le rejet des féministes qui ne retrouvent pas la femme libre qui leur a servi d'icone, mais une Simone de Beauvoir qui a « biaisé sur sa bisexualité, construit littérairement avec Sartre un couple mythique, ou plutôt une mystification, triché en construisant par omission dans son œuvre mémoriale une image d'elle non conforme à la vérité »[32].

En 1949, elle obtient la consécration en publiant Le Deuxième Sexe. Le livre se vend à plus de 22 000 exemplaires dès la première semaine, occasionne la publication des articles contradictoires de Armand Hoog (contre) et de Francine Bloch (pour) dans la revue La Nef, et fait scandale au point que le Vatican le mette à l'index. François Mauriac écrira aux Temps modernes : « à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne ». Le livre est traduit dans plusieurs langues et aux États-Unis, se vend à un million d'exemplaires et nourrit la réflexion des principales théoriciennes du Women's Lib[33]. Beauvoir devient la figure de proue du féminisme en décrivant une société qui maintient la femme dans une situation d'infériorité. En totale rupture avec l'essentialisme, son analyse de la condition féminine à travers les mythes, les civilisations, les religions, l'anatomie et les traditions fait scandale, et tout particulièrement le chapitre où elle parle de la maternité et de l'avortement, assimilé à un homicide à cette époque. Quant au mariage, elle le considère comme une institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en échapper.

 
Maison où vécut Simone de Beauvoir de 1955 à 1986, rue Victor-Schœlcher.
 
Plaque sur la maison où vécut Simone de Beauvoir de 1955 à 1986, au 11 bis rue Victor-Schœlcher.

En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins et devient l'un des auteurs les plus lues dans le monde. Ce roman qui traite de l'après-guerre met en lumière sa relation avec Nelson Algren, toujours à travers des personnages imaginaires. Algren ne peut pas supporter le lien qui unit Beauvoir à Sartre. Celle-ci ne pouvant y mettre un terme, ils décident de rompre. De juillet 1952 à 1958, elle vit avec Claude Lanzmann[34].

À partir de 1958, elle entreprend son autobiographie où elle décrit son milieu bourgeois rempli de préjugés et de traditions avilissantes et les efforts pour en sortir en dépit de sa condition de femme. Elle décrit aussi sa relation avec Sartre en la qualifiant de totale réussite. Pourtant, bien que la relation qui les unit soit toujours aussi passionnée, ils ne sont plus un couple au sens sexuel du terme, et ce depuis longtemps, même si Beauvoir laisse entendre le contraire à ses lecteurs.

En 1960, elle signe le Manifeste des 121, déclaration sur le « droit à l'insoumission » dans la guerre d'Algérie.

En 1964, elle publie Une mort très douce qui retrace la mort de sa mère. D'après Sartre, c'est son meilleur écrit. Le thème de l'acharnement thérapeutique et de l'euthanasie y sont évoqués. Durant cette période de deuil, elle est soutenue par une jeune fille dont elle a fait la connaissance à la même époque : Sylvie Le Bon, une jeune étudiante en philosophie. La relation qui unit les deux femmes est obscure : relation « mère-fille », « amicale », ou « amoureuse ». Simone de Beauvoir déclare dans Tout compte fait, son quatrième tome autobiographique, que cette relation est semblable à celle qui l'unissait à Zaza cinquante ans plus tôt. Sylvie Le Bon devient sa fille adoptive et héritière de son œuvre littéraire et de l'ensemble de ses biens.

L'influence de Beauvoir, associée à Gisèle Halimi et Élisabeth Badinter, a été décisive pour obtenir la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la guerre d'Algérie et le droit à l'avortement. Elle rédige le Manifeste des 343, publié en avril 1971 par Le Nouvel Observateur[35]. Avec Gisèle Halimi, elle a cofondé le mouvement Choisir, dont le rôle a été déterminant pour la légalisation de l'Interruption volontaire de grossesse. Tout au long de sa vie, elle a étudié le monde dans lequel elle vivait, en visitant usines et institutions, à la rencontre d'ouvrières et de hauts dirigeants politiques.

 
Tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en 2013.

Féministe radicale, elle participe en 1977 en tant que directrice de la rédaction à la création de la revue Questions féministes, principal organe de publication du courant féministe matérialiste. Puis, après la dissolution du commité de rédaction de rédaction, elle reprend le poste de directrice pour la revue Nouvelles Questions féministes qui se crée en 1981, poste qu'elle gardera jusqu'à sa mort.[36]

Après la mort de Sartre en 1980, elle publie La Cérémonie des adieux où elle décrit les dix dernières années de son compagnon avec des détails médicaux et intimes si crus qu'ils choquent bon nombre des disciples du philosophe. Ce texte est suivi des Entretiens avec Jean-Paul Sartre qu'elle enregistra à Rome, en août et septembre 1974, et dans lesquels Sartre revient sur sa vie et précise certains points de son œuvre. Elle veut surtout montrer comment celui-ci a été manipulé par Benny Lévy pour lui faire reconnaître une certaine « inclination religieuse » dans l'existentialisme alors que l'athéisme en était l'un des piliers. Pour Beauvoir, Sartre ne jouissait plus de toutes ses facultés intellectuelles et n'était plus en mesure de lutter philosophiquement. Elle dit également à mi-mot combien l'attitude de la fille adoptive de Sartre, Arlette Elkaïm-Sartre, avait été détestable à son égard. Elle conclut avec cette phrase : « Sa mort nous sépare. La mienne ne nous réunira pas. C'est ainsi ; il est beau déjà que nos vies aient pu si longtemps s'accorder ».

De 1955 à 1986, elle vit au no 11 bis de la rue Victor-Schœlcher[37] à Paris où elle s'éteint le 14 avril 1986, entourée de sa fille adoptive Sylvie Le Bon de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la 20e division — juste à droite de l'entrée principale boulevard Edgar-Quinet — aux côtés de Jean-Paul Sartre. Simone de Beauvoir est enterrée avec à son doigt l'anneau en argent aux motifs incas offert par son amant Nelson Algren au matin de leur première nuit d'amour[38].

Histoire posthumeModifier

Les dossiers de la CIAModifier

Parmi les 2 891 documents dont la déclassification a été autorisée par le président américain Donald Trump le en rapport avec l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy - selon une loi signée en 1992 en réponse à la sortie du film JFK d’Oliver Stone, il aurait dû y en avoir 3 100, mais au dernier moment, sur les conseils de la CIA et du FBI, Trump en a enlevé quelques centaines de la liste[39] - la CIA affirme que dans les années 1960, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Catherine Deneuve auraient financé un « réseau d'activistes » qui « aidait les déserteurs » de la guerre du Vietnam[40].

Selon le rapport de la CIA, la planque se serait situé au n°3, rue Gabrielle Josserand, à Pantin. Les lieux auraient été loués par une association étudiante, Students for a Democratic society, pour héberger des déserteurs et des activistes américains. Un de ces contestataires aurait été Larry Cox, un déserteur ayant refusé d'intégrer l'armée américaine et de partir au Vietnam - et devenu quelques années plus tard directeur exécutif d'Amnesty International aux États-Unis.

Le rapport déclassifié, écrit le par Paul K. Chalemsky, alors directeur de l'antenne de la CIA à Paris, précise même les sommes versées par Jean-Paul Sartre (100 $) et Catherine Deneuve (1 500 Francs). Il ne précise pas celles versées par Simone de Beauvoir.

HommagesModifier

En 2000, une place Jean-Paul-Sartre-et-Simone-de-Beauvoir est inaugurée dans le 6e arrondissement de Paris, à l'intersection du boulevard Saint-Germain, de la rue de Rennes et de la place Saint-Germain-des-Prés[41].

En 2006 est aussi inaugurée la passerelle Simone-de-Beauvoir, entre les 12e et 13e arrondissements.

Le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes est créé en son honneur en 2008.


PenséeModifier

ThéoriesModifier

 
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en 1955.

Ardente avocate de l’existentialisme, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l’absurdité d’un monde dans lequel nous n’avons pas choisi de naître. Associée à celle de Sartre, son œuvre s’en différencie dans la mesure où elle aborde le caractère concret des problèmes, privilégiant une réflexion directe et ininterrompue sur le vécu.

Elle raconte dans La Force de l'âge comment la guerre l'a arrachée à « l'illusoire souveraineté de [ses] vingt ans[42] ». En septembre 1939 elle écrit dans son journal : « Pour moi, le bonheur était avant tout une manière privilégiée de saisir le monde ; si le monde change au point de ne plus pouvoir être saisi de cette façon, le bonheur n'a plus tant de prix[43] ». Sa philosophie évolue et elle cesse de concevoir sa vie comme une entreprise autonome et fermée sur soi : « Je savais à présent que, jusques dans la moelle de mes os, j'étais liée à mes contemporains ; je découvris l'envers de cette dépendance : ma responsabilité (...) ; selon qu'une société se projette vers la liberté ou s'accommode d'un inerte esclavage, l'individu se saisit comme un homme parmi les hommes, ou comme une fourmi dans une fourmilière : mais nous avons tous le pouvoir de mettre en question le choix collectif, de le récuser ou de l'entériner[44] ».

Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient[45] » : c'est la construction des individualités qui impose des rôles différents, genrés, aux personnes des deux sexes[46],[47]. Son livre souleva un véritable tollé et l'auteure fut parfois contredite en particulier du fait qu'elle n'intégrait pas l'instinct dans son raisonnement. Rares furent ceux qui lui apportèrent du soutien. Elle reçut cependant celui de Claude Lévi-Strauss qui lui dit que du point de vue de l'anthropologie, son ouvrage était pleinement acceptable. De grands écrivains comme François Mauriac ne soutiennent pas le sens polémique de son écriture et furent du nombre de ses détracteurs. Sylvie Chaperon, une spécialiste du féminisme avance qu'au-delà de cette phrase emblématique, Simone de Beauvoir passe en revue une grande variété de domaines au sein desquels se construit la différence sociale entre hommes et femmes, dessinant ainsi des pistes des recherches pour les décennies suivantes, dont certaines, selon elle, restent encore à explorer[48].

Cette citation est souvent considérée comme une étape annonciatrice qui mènera vers les études de genre dans les sciences sociales[49].

CitationsModifier

« On ne naît pas femme : on le devient[50]. »

« Jusqu’ici les possibilités de la femme ont été étouffées et perdues pour l’humanité et il est grand temps dans son intérêt et dans celui de tous qu’on lui laisse enfin courir toutes ses chances[51]. »

« Dans les deux sexes se jouent les mêmes drames de la chair et de l’esprit, de la finitude et de la transcendance, les deux sont rongés par le temps, guettés par la mort, ils ont un même essentiel besoin de l’autre ; ils peuvent tirer de leur liberté la même gloire ; s’ils savaient la goûter, ils ne seraient plus tentés de se discuter de fallacieux privilèges ; et la fraternité pourrait alors naître entre eux[52]. »

« La femme libre est seulement en train de naître[53]. »

« Se vouloir libre, c'est aussi vouloir les autres libres[54]. »

« Je suis un intellectuel. Ça m'agace qu'on fasse de ce mot une insulte : les gens ont l'air de croire que le vide de leur cerveau leur meuble les couilles[55]. »

Œuvres principalesModifier

RomansModifier

Recueils de nouvellesModifier

EssaisModifier

ThéâtreModifier

  • 1945 : Les Bouches inutiles, représentée aux Théâtre des Carrefours (actuelles Bouffes du Nord) en 1945 (première le 29 octobre), puis reprise en 1966 au Festival de Marvejols, et publiée chez Gallimard.

Récits autobiographiquesModifier

 
Signature de Simone de Beauvoir
  • Ces ouvrages sont réédités en 2018 en deux volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre Simone de Beauvoir, Mémoires (Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Éliane Lecarme-Tabone avec la collaboration d'Hélène Baty-Delalande, Alexis Chabot, Valérie Stemmer, Jean-François Louette, Delphine Nicolas-Pierre, et Élisabeth Russo ; Chronologie par Sylvie Le Bon de Beauvoir), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 633-634),  :
  • Tome I = Mémoires d'une jeune fille rangée, La force de l'âge, La force des choses première partie, 1470 p. (ISBN 978-2-07-012068-0).
  • Tome II = La force des choses deuxième partie, Une mort très douce, Tout compte fait, La cérémonie des adieux, 1547 p. (ISBN 978-2-07-017859-9).

Autres publicationsModifier

Œuvres posthumesModifier

Sylvie Le Bon de Beauvoir, héritière de l'œuvre de Beauvoir, a traduit, annoté et publié de nombreux écrits de sa mère adoptive, en particulier sa correspondance avec Sartre, Bost et Algren.

  • Lettres à Sartre, tome I : 1930-1939, Paris, Gallimard, 1990.
  • Lettres à Sartre, tome II : 1940-1963, Paris, Gallimard, 1990.
  • Journal de guerre, septembre 1939-janvier 1941, 1990.
  • Lettres à Nelson Algren, traduction de l'anglais par Sylvie Le Bon, 1997.
  • Correspondance croisée avec Jacques-Laurent Bost, 2004.
  • Cahiers de jeunesse, 1926-1930, 2008.
  • Malentendu à Moscou (nouvelle), Paris, L'Herne, 2013, coll. « Carnets ».

Notes et référencesModifier

  1. Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API.
  2. Acte de naissance (le prénom y est orthographié Simonne), Archives de Paris (p. 15/31).
  3. Il s'agit de l'adresse mentionnée sur l'acte de naissance.
  4. Le cours Desir sur Desmoulin.net : « Le cours Desir, du nom d’Adeline Desir, qui le fonda rue Jacob en 1853, était un institut d’enseignement de jeunes filles très connu et apprécié dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés ».
  5. Simone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, coll. « Le livre de poche » (no 1315-1316), (1re éd. 1958), 512 p., p. 174.
  6. « La Banque de la Meuse ["A. et G. Brasseur, Martinois et Cie"] est créée à Verdun en octobre 1878 à la suite de la faillite des frères Pasquin, en tant que société en commandite simple au capital de 400 000 francs (...). Cette banque fera faillite en 1909. » (Dans Antoine-Paul Naegel (Thèse de doctorat), Le département de la Meuse (France) : industrialisation entre 1790 et 1914, Nantes, , 549 p. (lire en ligne), p. 153-154).
  7. Danièle Sallenave, Castor de guerre, Gallimard, « Folio », 2008, p. 55.
  8. Mémoires d'une jeune fille rangée, op. cit., p. 245.
  9. Ibid., p.187-196.
  10. Ibid., p.225.
  11. Jean Cocteau, Le Potomak, Paris, Société littéraire de France (1re éd. 1919), 356 p.
  12. André Gide, Les Nourritures terrestres, Paris, Mercure de France, , 213 p.
  13. Paul Claudel, L'Annonce faite à Marie, Paris, Éd. de la Nouvelle Revue Française, , 210 p.
  14. Henry de Montherlant, Le Paradis à l'ombre des épées, Paris, B. Grasset, , 190 p.
  15. Maurice Barrès, Du sang, de la volupté et de la mort : Un amateur d'âmes. Voyage en Espagne, Voyage en Italie, etc., Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, .
  16. Mémoires d'une jeune fille rangée, op. cit., p. 259-260.
  17. Elle n'obtient cependant pas la licence ès lettres mention lettres classiques, ayant renoncé à préparer le certificat de philologie.
  18. Ingrid Galster, « Le couple modèle ? », L'Histoire,
  19. Agathe Logeart, « Simone, la scandaleuse », Bibliobs,‎ (lire en ligne).
  20. Mémoires d'une jeune fille rangée, op. cit., p. 459.
  21. Perrine Simon-Nahum, « Chronologie de Simone de Beauvoir », Le Magazine littéraire no 566, avril 2016, p. 77.
  22. Odile Roynette, « La mixité : une révolution en danger ? », L'Histoire n°455, janvier 2019, p. 12-19.
  23. Simone de Beauvoir, La force de l'âge, Paris, Gallimard, coll. « Le livre de poche » (no 1458-1459-1460), (1re éd. 1960), 701 p., p. 89.
  24. Malka Ribowska, Simone de Beauvoir, Gallimard, , p. 40.
  25. Jeannine Hayat, « Ambiguïtés de Simone de Beauvoir ? »,
  26. Marie-Jo Bonnet, Simone de Beauvoir et les femmes, Albin Michel, (lire en ligne).
  27. Annie Cohen-Solal, Sartre, Gallimard, , p. 246.
  28. Bulletin 2006 de l'Association amicale des anciens et anciennes élèves du lycée Molière, 2006, p. 22.
  29. Ingrid Galster, « Juin 43: Beauvoir est exclue de l'université retour sur une affaire classée », Contemporary French Civilization, vol. 25, no 1,‎ , p. 139–150 (ISSN 0147-9156, lire en ligne).
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  37. D'après la plaque située à l'entrée de l'immeuble du no 11 bis rue Victor-Schœlcher.
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  39. Luc Vinogradoff, « Assassinat de Kennedy : ce qu’on a appris par les documents déclassifiés », sur lemonde.fr, (consulté le 12 février 2019).
  40. « Deneuve, Sartre et Beauvoir apparaissent dans les archives Kennedy de la CIA », (consulté le 12 février 2019).
  41. « Sartre et Beauvoir honorés à Saint-Germain », leparisien.fr, 12 avril 2000.
  42. La force de l’âge, op. cit., p. 426.
  43. Ibid.
  44. Ibid., p. 541.
  45. Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, t. II (L'expérience vécue), Paris, Gallimard, , 577 p., chap. 1 (« Formation : Enfance »), p. 13.
  46. « Existentialisme - Simone de Beauvoir, On ne naît pas femme, on le devient », sur philo5.com (consulté le 11 février 2019).
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  48. Sylvie Chaperon, « Simone de Beauvoir : la promesse faite aux femmes », L'Humanité,‎ (lire en ligne).
  49. « La construction sociale des catégories de sexe : Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe », Texte choisi et présenté par Bernard Dantier, sur classiques.uqac.ca, (consulté le 11 février 2019).
  50. Le deuxième sexe, t. II (L'expérience vécue), op. cit., p. 13.
  51. Ibid., p. 559.
  52. Ibid., p. 573.
  53. Ibid., p. 577.
  54. Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguité, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais » (no 26), , 227 p.
  55. Prononcé par un des personnages dans Simone de Beauvoir, Les Mandarins, Paris, Gallimard, , 579 p.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Hazel Rowley, Tête-à-tête, Beauvoir et Sartre : un pacte d'amour, Grasset, 2006
  • Ingrid Galster, Beauvoir dans tous ses états, Tallandier, 2007
  • Annabelle Martin Golay, Beauvoir intime et politique : la fabrique des Mémoires, Presses Universitaires du Septentrion, 2013.
  • Marianne Stjepanovic-Pauly, Simone de Beauvoir, le défi d'une femme, Éditions du Jasmin, 2008.
  • Danièle Sallenave, Castor de guerre, Gallimard, , 601 p. (ISBN 2-07-078146-1).
  • Claudine Monteil, Simone de Beauvoir et les femmes aujourd'hui, Editions Odile Jacob, .
  • Claudine Monteil, Les Amants de la Liberté, Sartre et Beauvoir dans le siècle, Calmann-Lévy, 1999 ; édition poche, Paris, Flammarion, coll. J'ai Lu, no 6133.
  • Claudine Monteil, Les Sœurs Beauvoir, Paris, Calmann-Lévy, 2003.
  • Michel Kail, Simone de Beauvoir philosophe, Paris, PUF, 2006, coll. Philosophie.
  • Éliane Lecarme-Tabone et Jean-Louis Jeannelle, Beauvoir, Paris, Cahier de L'Herne, L'Herne, 2013.
  • Catharine Savage Brosman, Simone de Beauvoir Revisited, Twayne, 1991, (ISBN 0-8057-8269-9)
  • Marie-Jo Bonnet, Simone de Beauvoir et les femmes, Édition Albin Michel, 2015, (ISBN 978-2-7373-7006-9)

FilmographieModifier

Articles connexesModifier

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