Ludivine Bantigny

historienne et universitaire française

Ludivine Bantigny, née en 1975 à Lille, est une historienne et universitaire française. Elle est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Rouen-Normandie.

Carrière académiqueModifier

Ancienne élève de l'École normale supérieure[1], elle fait des études d'histoire et de lettres à l'université Panthéon-Sorbonne, obtient l'agrégation d'histoire et réalise une thèse de doctorat intitulée « Le plus bel âge ? Jeunes, institutions et pouvoirs en France des années 1950 au début des années 1960 », dirigée par Jean-François Sirinelli, à l'Institut d'études politiques de Paris, en 2003[2],[3].

Elle est nommée maîtresse de conférences à l'université de Rouen, puis obtient une habilitation universitaire en 2017, en présentant un mémoire intitulé « 1968, de grands soirs en petits matins »[4]. Elle est membre du Groupe de recherche d'histoire (GRHis — EA 3831)[4],[3].

Activités scientifiques et éditorialesModifier

Elle a travaillé sur la jeunesse, les générations, les formes de socialisation et d'engagement au XXe siècle, et notamment de la guerre d'Algérie à nos jours. Ces dernières années, sa recherche a été consacrée à l'événement 1968 et aux différentes mobilisations qui l'ont suivi (féminismes, « révolution sexuelle », cultures politiques). Son travail est aussi tourné vers la conscience historique, les temporalités et l'historicité[3]. Son livre 1968 : de grands soirs en petits matins a été vendu à 7 000 exemplaires[3].

Elle est membre du comité de rédaction de la revue Vingtième Siècle : Revue d'histoire[5].

En 2022, elle publie L’Ensauvagement du capital. Pour Benjamin Tuil dans la revue Esprit, ce court essai est rédigé « dans un esprit pamphlétaire ». Ludivine Bantigny s’attaque au capitalisme en dénonçant « un système-monde qui, loin de pacifier les rapports sociaux et politiques, est intrinsèquement violent. »[6] Le capitalisme serait dans une logique de l’ensauvagement, sa logique étant comparable à celle d’« un colonialisme qui n’ose pas dire son nom. »[7]

Gabriel Bouchaud du Point considère que l'ouvrage est un « opuscule radical et peu convaincant ». Selon lui, « pour un lecteur qui n’est pas d’extrême gauche, ouvrir L’Ensauvagement du capital » serait « un peu comme pénétrer dans une dimension parallèle. »[8]. Pour Johan Faerber du journal culturel en ligne Diacritik, l'ouvrage est « indispensable autant que stimulant »[7].

Prises de positionModifier

Ludivine Bantigny, fille de postiers[9], « trotskiste dans sa jeunesse »[9], reste « engagée à la gauche de la gauche »[9]. Elle participe à Nuit debout en 2016 et se dit proche de l'économiste et philosophe Frédéric Lordon.

Par ailleurs, elle soutient à plusieurs reprises la militante controversée Houria Bouteldja, qui a, selon elle, été « érigée en sorcière, parce qu'elle soulève des questions qui ne sont pas audibles dans une partie de la société française »[3]; à ce titre, elle a pris une position suivant laquelle « la pensée décoloniale ne menace pas la République »[10],[11].

En mai 2022, elle rejoint le parlement de la Nupes[12].

PublicationsModifier

OuvragesModifier

  • L’Ensauvagement du capital, Paris, Éditions du Seuil coll. « Libelle », 2022 (ISBN 978-2-021-49743-4)
  • La Commune au présent : une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021 (ISBN 978-2-348-06669-6)
  • « La plus belle avenue du monde ». Une histoire sociale et politique des Champs-Élysées, La Découverte, 2020
  • Révolution, Paris, éditions Anamosa, 2019
  • 1968, de grands soirs en petits matins, Paris, Seuil, coll. « L'Univers historique », , 464 p. (lire en ligne)
  • La France à l’heure du monde. De 1981 à nos jours, Paris, Seuil, 2013, rééd. 2019
  • L'Œuvre du temps. Histoire, mémoire, engagement. Paris, éditions de la Sorbonne, 2019
  • La Fabuleuse Histoire des journaux lycéens, préface de Cabu, Paris, Les Arènes, 2014
  • Le Plus Bel Âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des Trente Glorieuses à la guerre d’Algérie, Paris, Fayard, 2007
  • Les « XXe siècles » français. La France et les Français de 1914 à nos jours, Paris, Ellipses, 2006

Co-auteur ou co-directionModifier

  • Face à la menace fasciste. Sortir de l'autoritarisme, avec Ugo Palheta, éditions Textuel, 2021 (ISBN 9782845978591)
  • « Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » Le genre de l’engagement dans les années 1968, avec Fanny Bugnon et Fanny Gallot, Rennes, PUR, 2017[13]
  • La Société française, de 1945 à nos jours, avec Jenny Raflik et Jean Vigreux, Paris, La Documentation française, 2015
  • Hériter en politique. Filiations, générations et transmissions politiques (Allemagne-France-Italie XIXe – XXIe siècles), avec Arnaud Baubérot, Paris, PUF, 2011
  • Sous l’œil de l’expert. Les dossiers judiciaires de personnalité, avec Jean-Claude Vimont, Rouen, PURH, 2010, 192 p.
  • Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France (XIXe – XXIe siècles), avec Ivan Jablonka, Paris, PUF, 2009
  • Printemps d’histoire. La khâgne et le métier d’historien, avec Aline Benain et Muriel Le Roux, Paris, Perrin, 2004

EntretienModifier

Notes et référencesModifier

  1. Annuaire des anciens élèves de l'École normale supérieure sur archicubes.ens.fr.
  2. Notice de thèse, sur theses.fr, page consultée le 10 décembre 2018.
  3. a b c d et e Violaine Morin, « Ludivine Bantigny, historienne du présent », Le Monde, 7 mai 2019.
  4. a et b « Ludivine Bantigny », sur grhis.univ-rouen.fr, Groupe de recherche d'histoire, université de Rouen (consulté le ).
  5. « 20 & 21. Revue d'histoire. À propos », sur cairn.info
  6. Benjamin Tuil, L’ensauvagement du capital de Ludivine Bantigny, esprit.presse.fr, Juin 2022
  7. a et b Johan Faerber, Ludivine Bantigny : « Jamais je n’ai éprouvé autant le sentiment d’une accélération terrible de la violence sociale et politique » (L’Ensauvagement du capital), Diacritik, 28 février 2022
  8. Gabriel Bouchaud, Ludivine Bantigny, le capitalisme en épouvantail, Le Point, 12 janvier 2022
  9. a b et c Morin 2019.
  10. Ludivine Bantigny, « Non, la pensée décoloniale ne menace pas la République », L'Obs, 17 décembre 2018.
  11. « Le “décolonialisme”, une stratégie hégémonique : l'appel de 80 intellectuels », sur Le Point, (consulté le ).
  12. Mathieu Dejean, « La Nupes resserre ses liens dans un « parlement » élargi »  , sur Mediapart, (consulté le )
  13. Clémentine Comer, « Ludivine Bantigny, Fanny Bugnon & Fanny Gallot (dir.), « Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » Le genre de l’engagement dans les années 1968 », sur Clio. Femmes, genre, histoire, .

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Article connexeModifier

Liens externesModifier