Ulrike Meinhof

journaliste allemande devenue terroriste

Ulrike Marie Meinhof (née le à Oldenbourg et morte le à Stuttgart) est journaliste avant de devenir en 1970[1] l'une des dirigeantes du groupe terroriste d'extrême gauche Fraction armée rouge qui perpètre de nombreux attentats en Allemagne durant les années 1960-1970. Elle est arrêtée le à la suite d'une dénonciation et condamnée à huit ans de prison le . Elle se suicide dans la prison de Stuttgart-Stammheim le .

Ulrike Meinhof
Ulrike Meinhof als junge Journalistin (retuschiert).jpg
Ulrike Meinhof en 1964.
Biographie
Naissance
Décès
(à 41 ans)
Stuttgart (Allemagne de l'Ouest)
Nom dans la langue maternelle
Ulrike Marie MeinhofVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Père
Mère
Ingeborg Meinhof (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Klaus Rainer Röhl (en) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Bettina Röhl (en)
Regine Röhl (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Partis politiques
Membre de

BiographieModifier

Elle est la fille de l'historien Werner Meinhof (1901-1940). En 1954, après la mort de sa mère, elle vit chez Renate Riemeck (en) qui édite Frauen gegen Faschismus, et participe avec elle au mouvement de protestation contre la bombe atomique.

Elle fait des études en philosophie, pédagogie, sociologie et allemand à l'université de Marbourg en 1955-1956. Là, elle est soutenue par la Studienstiftung des deutschen Volkes. En 1957, elle change d'université et continue ses études à l'université de Münster où elle devient membre de l'Union socialiste allemande des étudiants. Adolescente extrêmement indépendante et libre, elle est bisexuelle[2]. Elle épouse à 21 ans Klaus Rainer Roehl, directeur de la revue Konkret, dont elle devient l'éditorialiste jusqu'en 1968. Ils auront ensemble deux enfants.

L’itinéraire politique de Meinhof se construit à travers de nombreuses luttes : elle participe à la campagne contre le réarmement de l’Allemagne, elle milite contre l’armement nucléaire. Elle rejoint le Parti communiste d'Allemagne, alors illégal, de 1958 à 1964, puis l'Union socialiste allemande des étudiants. Enfin, elle s'engage dans l’opposition extra-parlementaire en 1967-1968.

Elle écrit le scénario du film Bambule (Mutinerie), réalisé par Eberhard Itzenplitz, sur des jeunes filles internées en centre fermé, qui sera censuré pendant plus de vingt ans[réf. nécessaire].

Pendant les années 1960, elle se radicalise progressivement. En 1968, traumatisée par l'anéantissement du Printemps de Prague par le Pacte de Varsovie, elle décide d'apporter son soutien à un sabotage contre un navire de guerre commandé par le Portugal au chantier naval Blohm + Voss à Hambourg. À la suite d'une tentative d'assassinat manquée contre Rudi Dutschke, leader du SDS, elle opte pour la lutte clandestine et s'allie au groupe de lutte armée d'extrême gauche Rote Armee Fraktion. Elle participe à la libération d'Andreas Baader le , qui devait se faire sans violence mais dégénère ainsi qu'à plusieurs sabotages dont la destruction de l'ordinateur américain chargé de programmer les bombardements du Viêt Nam. Ulrike Meinhof est la seule dirigeante du groupe à n'avoir jamais utilisé personnellement d'arme à feu[réf. nécessaire].

Au mois de , six attentats sont commis par le groupe Baader-Meinhof contre des installations militaires américaines, des tribunaux, des commissariats de police. Une bombe explose dans les locaux des éditions Springer à Hambourg, faisant cinq morts et plusieurs dizaines de blessés. Le 1er juin, Andreas Baader, Jan-Carl Raspe et Holger Meins sont capturés à Francfort. Une semaine plus tard, c'est le tour de Gudrun Ensslin à Hambourg. Enfin, le , Ulrike Meinhof est arrêtée à Hanovre[3][réf. à confirmer].

Emmanuel Terray, Ombres Berlinoises, Voyage dans une autre Allemagne : « Incarcérée d'abord à Cologne, la prisonnière passe 273 jours dans le « couloir de la mort ». Placée au secret le plus rigoureux, elle est également soumise à un « isolement sensoriel » total. Elle reste seule dans une cellule hermétiquement close dont les murs peints en blanc sont entièrement nus ; l'éclairage au néon est maintenu en permanence ; elle n'a pas de voisins ; aucun son, aucune odeur ne lui parviennent. Un tel traitement la conduit au bord de la folie[3]. »

À la suite de la prise en otages des athlètes israéliens lors des J.O. de Munich , elle rédige une analyse louant les terroristes palestiniens, comparant les athlètes israéliens à des nazis et le ministre de la Défense israélien, Moshé Dayan, à Heinrich Himmler[4],[5]. Durant cette prise d'otage, les terroristes palestiniens réclament sa libération, ainsi que celle d'Andreas Baader[6]. Elle est considérée comme le cerveau du groupe.

Le matin du , elle est retrouvée pendue dans sa cellule de la prison de Stuttgart-Stammheim. À la demande de sa sœur, deux autopsies sont effectuées. Elles concluent toutes les deux à la mort par strangulation sans intervention d'un tiers, et donc à un suicide[7].

Dans la culture populaireModifier

  • Elle est l'un des personnages centraux du film allemand La Bande à Baader de Uli Edel, sorti en 2008 (titre original : Der Baader Meinhof Komplex). Son rôle est tenu par l'actrice allemande Martina Gedeck.
  • Les dramaturges italiens Dario Fo et Franca Rame ont écrit un monologue intitulé Moi, Ulrike, Je crie, évoquant la lutte de la prisonnière pour ne pas devenir folle.
  • Le poète et rappeur espagnol Pablo Hasél lui a dédié l'une de ses maquettes intitulé Escribiendo con Ulrike Meinhof.
  • Dans Ulrike Meinhof 68-76 RFA, l'écrivain Alain Lacroix en fait le personnage principal de son roman en tentant de reconstituer la trajectoire de la militante.

BibliographieModifier

 
Sa tombe à Berlin-Mariendorf.

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Mutineries et autres textes d'Ulrike Meinhof ; Déclarations et analyses des militants de la Fraction armée rouge emprisonnés à Stammheim ; Édition Des Femmes; 1977.
  • Textes des prisonniers de la Fraction armée rouge et dernières lettres d'Ulrike Meinhof; Édition François Maspero ; collection Cahiers libres ; 1977
  • La mort d'Ulrike Meinhof ; Rapport de la commission internationale d'enquête Édition François Maspero collection Cahiers libres ; 1979
  • Terrorisme, mythes et représentations - la RAF de Fassbinder aux T-shirts Prada-Meinhof, essai de Thomas Elsaesser avec le DVD du film L'Allemagne en automne (1978), film collectif de Alexander Kluge, Rainer Werner Fassbinder, Volker Schlöndorff, etc. Éditions Tausend Augen, 2005
  • Des foules, des bouches, des armes, roman d'Alban Lefranc sur la RAF, éd. Melville, Léo Scheer, 2006 , page d'informations sur le livre
  • Véronique Bergen, Aujourd'hui la révolution. Fragments d'Ulrike M.., Ed. Golias, 2011, roman.
  • Mémoires pyromanes, pièce de théâtre de Dorothée Zumstein; éd. Quartett; 2013.
  • Lacroix, Alain, Ulrike Meinhof 68-76 RFA, Rennes, éditions Pontcerq, 2014.

Notes et référencesModifier

  1. Le groupe sera d'ailleurs le plus souvent désigné, par la presse et l'opinion publique, sous l'appellation de « groupe Baader-Meinhof », en référence à ses dirigeants les plus connus.
  2. Jutta Ditfurth, Ulrike Meinhof. Die Biografie, Berlin: Ullstein, 2007.
  3. a et b « Alt Mariendorf : le tombeau d'Ulrike Meinhof | Editions Papiers », sur www.editionspapiers.org (consulté le 14 avril 2019)
  4. (de) Gesellschaft für Nachrichtenerfassung und Nachrichtenverbreitung, Verlagsgesellschaft Politische Berichte m.b.H., « Bundesrepublik Deutschland (BRD) - Rote Armee Fraktion (RAF) », sur www.nadir.org (consulté le 31 octobre 2016)
  5. (de) Willi Winkler, Süddeutsche Zeitung,
  6. Frédéric Encel, « Les vengeurs de Munich », L'Histoire no 306, février 2006, p. 28-29.
  7. Petra Terhoeven: Deutscher Herbst in Europa. Oldenbourg, München 2014, (ISBN 978-3-486-71866-9), S. 398–401.

Liens externesModifier