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Apostasie dans l'islam

Rejet public de la foi islamique par un musulman

L’apostasie en islam (arabe : irtidād, ارتداد, recul, défection, rebond) est le rejet de la religion islamique par un musulman, par le fait de renier sa foi publiquement, d'insulter Allah ou les prophètes de l'islam ou de professer des dogmes hétérodoxes.

Le Coran condamne explicitement dans la sourate 4 l'apostasie.

Il n'existe pas de définitions et d'attitudes punitives homogènes à travers le monde musulman : on trouve ainsi de grandes différences selon les orientations politiques et les époques. Les légistes classiques (madhhab) considèrent qu'un apostat masculin doit être exécuté mais lui laissent un délai de réflexion de trois jours alors que pour la femme apostat, selon certains oulémas hanafites, la sentence prévue est la prison à vie mais une libération est possible si elle décide de retourner à l'islam[1]. Ces légistes se fondent essentiellement sur un hadith d'Ibn `Abbâs dans lequel il rapporte que le prophète de l'islam, Mahomet, aurait dit : « Quiconque change sa religion, tuez-le. ». Ces propos seraient rapportés par al-Boukhari, 6411[2] mais pas par son élève Muslim[3].

Dans certains pays, l’apostasie entraîne des conséquences civiles : dissolution du mariage, enlèvement des enfants et privation du droit de succession[1].

D'une manière générale, en arabe, kafir (kâfir) désigne le mécréant, l'apostat et l'athée. Il peut aussi désigner l'hérétique et toutes sortes de dissidents politiques[réf. nécessaire]. Le takfîr représente la déclaration d'apostasie.

Sommaire

Références dans les textes musulmansModifier

Dans le CoranModifier

Plusieurs versets parlent de l'apostasie, et bien que condamnée moralement, aucune sanction terrestre n'est préconisée[4]. Diverses sourates évoquent l'apostasie :

« Et ceux parmi vous qui abjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie future[5]. »

« Ainsi dit une partie des gens du Livre : “Au début du jour, croyez à ce qui a été révélé aux Musulmans, mais, à la fin du jour, rejetez-le, afin qu'ils retournent (à leur ancienne religion)[6]. »

« En vérité, ceux qui ne croient plus après avoir eu la foi, et laissent augmenter encore leur mécréance, leur repentir ne sera jamais accepté. Ceux-là sont vraiment les égarés[7]. »

« Ô les croyants ! Si vous obéissez à ceux qui ne croient pas, ils vous feront retourner en arrière. Et vous redeviendrez perdants[8]. »

« Ceux qui ont cru, puis sont devenus mécréants, puis ont cru de nouveau, ensuite sont redevenus mécréants, et n'ont fait que croître en mécréance, Allah ne leur pardonnera pas, ni ne les guidera vers un chemin[9] »

« Ô les croyants ! Quiconque parmi vous apostasie sa religion… Dieu fera alors venir un peuple qu'Il aime et qui L'aime[10]. »

« Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que le droit chemin leur a été clairement exposé, le diable les a séduits et trompés[11]. »

« Quiconque a renié Dieu après avoir cru… - sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi - mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une Colère de Dieu et ils ont un châtiment terrible[12]. »

Un verset du Coran explique :

« Point de contrainte en religion [...] Allah est le défenseur de ceux qui ont la foi : Il les fait sortir des ténèbres à la lumière. Quant à ceux qui ne croient pas, ils ont pour défenseurs les tyrans (Tagut) , qui les font sortir de la lumière aux ténèbres. Voilà les gens du Feu, où ils demeurent éternellement[13].. »

Ce verset est perçu[Par qui ?] comme un principe protégeant les non-musulmans d'une conversion forcée à l'islam et non d'une autorisation à l'apostasie[réf. nécessaire]. Lorsqu'un juif ou un chrétien conclut un traité de reddition avec un musulman, il est astreint à payer une taxe appelée "jizya". Son vainqueur le laisse alors pratiquer sa religion. Ceux n'appartenant pas au judaïsme ou au christianisme ne sont pas concernés par cette dérogation pour l'école chaféite et hanbalite, pendant que les hanafites et malikites y incluent les idolâtres. [14].

L’idée de l’apostasie s’accompagnait, au temps de Mahomet, de l’inimitié envers l’islam[Quoi ?] et de la guerre contre lui, au moins pour s'en défendre. Celui qui croyait s’activait à combattre, ce qui est le principe même du jihad et celui qui apostasiait entendait de ce fait à esquiver cette participation au combat (la notion d'objecteur de conscience n'existe pas en islam). Il rejoignait parfois les non-musulmans, comme le fit `Abd Allâh Ibn Sa`d Ibn Abî Sarh, converti à l’islam qui avait apostasié et se mit à rassembler la tribu de Quraych contre les entreprises de Mahomet. Celui-ci le condamna à mort par contumace. Lors de l'attaque de La Mecque par Mahomet, l’apostat se réfugia chez `Uthmân Ibn `Affân, son frère de lait. `Uthmân le couvrit chez lui jusqu’à ce que les choses se calment, puis le mena devant Mahomet en lui demandant de lui octroyer protection. Mahomet se serait alors tu un long moment, avant de la lui donner. L’apostat se reconvertit en fin de compte à l’islam[réf. nécessaire].

À propos du verset 89 de la sourate IVModifier

La sourate IV, 89 énonce (traduction de Hamidullah) :

« (Les hypocrites) aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru : alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier de Dieu. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez ; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur[15]. »

L'expression « s'ils tournent le dos », fait l'objet d'autres traductions. Selon le commentaire d'Ibn Kathir, rapportant la tradition d' As-Suddi, ceux qui ont tourné le dos sont ceux qui « ont rendu leur abandon de l’islam public ». On retrouve cette interprétation dans certaines traductions du Coran qui remplacent alors directement « s'ils tournent le dos » par « apostats ».

Le verset 90 crée une exception pour « ceux qui se joignent à un groupe avec lequel vous avez conclu une alliance, ou ceux qui viennent chez vous. » Dans sa traduction commentée du Coran, Grosjean précise que ce verset fait référence aux combattants musulmans qui auraient quitté Mahomet pendant l’émigration à Médine pour rejoindre des Arabes polythéistes. À noter que, selon Ibn Kathir, qui se réfère cette fois au maître du tafsir Ibn Abbas, l'exception mentionnée par le verset IV, 90 serait « abrogée » par la sourate IX, 5 : « Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. »

Dans les ahadithModifier

Les hadiths sont des propos attribués à Mahomet et rapportés par divers témoins. Deux de ces citations sont notamment considérées par certains théologiens islamiques comme allant dans le sens d'une application de la peine de mort en cas d'apostasie :

« Le sang d'un musulman, qui accepte qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah et que je suis Son prophète, ne peut être versé que dans trois conditions : en cas de meurtre, pour une personne mariée qui s'adonne au sexe de manière illégale, et pour celui qui s'éloigne de l'islam et quitte les musulmans [16] ».

« Celui qui change de religion, tuez-le [17] »

Ce hadith est rapporté par l'imam al-Boukhari (mort en 870 / 256 AH) et n'est pas repris par Muslim (mort en 875 / 261 AH) dans son Sahih. Certains savants de l'islam, Mohamed Charfi par exemple, considèrent ce hadith comme étant ahad, c'est-à-dire rapporté uniquement par une seule personne (en l'occurrence Ibn abbas qui n'avait que 13 ans à la mort du Prophète), ce qui en fait un hadith peu fiable, d'autant que la conduite du Prophète infirme cette sanction ; le Prophète avait juste blamé de son vivant des tribus qui avaient abjuré l'islam, comme celle de Kindi[18].[réf. non conforme]

Rien dans la biographie de Mahomet ne contient la moindre information crédible favorisant la mise en exécution d'une telle sentence. Au contraire, deux épisodes le montrent traitant avec des apostats ou des personnes ayant quitté sa communauté.[réf. nécessaire] On le voit signer un traité avec Quraych encore païen, dont une clause précise que rien ne doit empêcher ceux qui le souhaitent de retourner dans la tribu adverse et, partant, de retourner à l'idolâtrie ante-musulmane. Cet article du traité d'Houdaybiya n'est pas recensé par Boukhari dans son Sahih.[réf. nécessaire]

Certains oulémas perçoivent dès le IXe siècle la peine de mort pour apostasie comme une règle.

  • Hadith n°14 d’Ibn Mas`ûd sur "l'inviolabilité du sang du Musulman" :

« Il n'est pas licite de faire couler le sang du musulman, sauf s'il s'agit d'un des trois coupables que voici : le fornicateur dont le mariage a été consommé, le meurtrier qui subira le sort de sa victime, et l'apostat qui se sépare de la communauté musulmane. »

  • L’érudit Ibn Rajab affirme :

« Tuer dans chacun de ces trois cas est consensuellement admis par les musulmans. »

L'ayatollah Khomeini a argué de ce principe pour émettre une fatwa de condamnation à mort contre l'écrivain britannique Salman Rushdie.

ChâtimentModifier

 
Exécution d'une Juive marocaine (Sol Hachuel), peinture d'Alfred Dehodencq datant de 1860.

Le prosélytisme d'une autre religion et l'apostasie des musulmans au profit de celle-ci sont considérés comme des crimes religieux par de nombreux écrivains[19],[20]. Tout au long de l'histoire de l'islam, le prosélytisme et l'apostasie des musulmans ont été interdits par la loi[21],[22],[23].

Il existe des divergences d'opinions parmi les savants musulmans pour savoir quand et comment l'apostasie dans l'Islam devrait être sanctionnée[24],[25],[26].

Fiqh de l'apostasieModifier

Historiquement, dans le droit islamique (charia), la majorité des fuqaha du Moyen Âge estimaient qu'un apostat mâle devait être mis à mort à moins qu'il ne souffre d'un trouble mental ou qu'il n'ait apostasié sous la contrainte, par exemple, en raison du danger imminent d'être tué. La femme apostate doit être exécutée, selon les écoles de jurisprudence islamique sunnite (madahib) fondées par Ash-Shâfi'î, Mâlik et Ahmad, ou emprisonnée jusqu'à ce qu'elle revienne à l'islam d'après l'école sunnite hanafite et les érudits chiites[26],[27].

De nombreux savants musulmans ont considéré l'apostasie comme un hadd (pluriel : hudud), autrement dit un crime obligatoirement puni en vertu des textes du Coran et de la Sunna[25],[28], bien que cette classification ait été rejetée par les fuqaha hanafites et chafi'ites[25], ainsi que par certains savants d'autres madahib comme le malikite Abu al-Walid al-Baji (en) et le hanbalite Ibn Taymiyya[29].

En vertu de la loi islamique traditionnelle, un apostat peut se voir accorder une période d'attente et de réflexion pendant sa détention pour se repentir et accepter à nouveau l'islam. S'il ne le fait pas, l'apostat sera tué sans réserve. Cette conception traditionnelle et millénaire des fiqhs islamiques à la fois sunnites et chiites, varie comme suit selon les différents madahib[30],[31],[32] :

- Hanafisme : recommande trois jours d'emprisonnement entre le jugement et la mise en application de la peine, bien que ces derniers ne soient pas obligatoires. Le fiqh hanafite préconise l’exécution des apostats de sexe masculin. La peine de l'apostat ne s'applique pas à celui qui abandonnent l'islam sans avoir causé de Hirabah (en)[33], ainsi qu'aux femmes (qui doivent être maintenue à l'isolement, jusqu'à ce qu'elles se repentent et redeviennent musulmane)[34].

- Malikisme : laisse jusqu'à dix jours pour se rétracter. Les apostats, qu'ils soient hommes ou femmes, méritent la peine de mort selon la vision traditionnelle du fiqh sunnite malikite[32]. La peine de l'apostat ne s'applique pas à celui qui ne s'est pas engagé publiquement dans les affaires religieuses[35].

- Chafi'isme : une période d'attente de trois jours est nécessaire pour permettre à l'apostat musulman de se repentir et de revenir à l'islam. Après ce délai, l'exécution est la sanction traditionnelle recommandée pour les apostats, hommes et femmes[32].

- Hanbalisme et Jafarisme : période d'attente non nécessaire, mais pouvant être accordée. La peine de l'apostat ne s'applique pas aux femmes (uniquement chez les jafarites) qui doivent être maintenues à l'isolement jusqu'à ce qu'elle se repentent et retournent à l'islam[32],[34].

Cependant, selon l'historien du droit Sadakat Kadri (en), alors que l'apostasie était normalement punie de mort, les exécutions étaient rares car « il était largement admis » que tout accusé apostat qui « se repentait en prononçant la chahada » (lâ illâha illâ-l-lâh → "Il n'est point de divinité, si ce n'est Allah") « devait être pardonné » dans cette dounia et voir sa punition différée au Jour du jugement. Ce principe a été maintenu "même dans des situations extrêmes", comme lorsqu'un délinquant adopta l’islam "uniquement par crainte de la mort", sur la base d'un hadith dans lequel le prophète Muhammad (ﷺ) blâma l'un de ses partisans pour avoir tué un pilleur qui avait attesté sa foi[36],[37],[38],[39].

Responsabilités civilesModifier

En Islam, l'apostasie a traditionnellement été considérée à la fois comme un crime d'ordre religieux et d'ordre civil ; la peine pour le premier inclut la peine capitale ou la prison, tandis que le second est passible de sanctions civiles[25],[40]. Par conséquent, dans tous les madhahib de l’islam :

  • les biens de l’apostat sont saisis et distribués à ses parents musulmans ;
  • son mariage est annulé (faskh) ;
  • ses enfants sont soustraits à sa garde et considérés comme pupille de l'État islamique[25].

Dans le cas où toute la famille aurait apostasié ou s'il n'y avait pas de parents musulmans survivants reconnus par la charia, les biens de l'apostat seraient saisis par l'État islamique (une partie de fay, الفيء). Si l'apostat n'est pas exécuté, comme dans le cas des femmes apostates chez l'école hanafite, la personne perd également tous ses droits en matière de succession[41],[42]. L'école de jurisprudence sunnite hanafite permet d'attendre l'exécution avant que les enfants et les biens ne soient saisis ; les autres madhahib ne considèrent pas cette période d'attente comme obligatoire[25].

Autres points de vueModifier

Plusieurs anciens érudits musulmans n'étaient pas en faveur de la peine de mort, parmi ces derniers on peut citer Ibrahim al-Nakha'i (en) (mort en 715 / 96 AH) et Sufyān al-Thawrī ainsi leurs partisans, qui lui ont préféré un emprisonnement à durée indéterminée jusqu'à la repentance. Le faqih hanafite Sarakhsi a également appelé à des peines différentes pour l'apostasie religieuse non séditieuse et celle de nature séditieuse et politique, considérée comme de la haute trahison[43],[44].

Les érudits islamiques médiévaux ont également différé sur la punition de la femme apostate : la mort, l'esclavage ou l'emprisonnement à durée indéterminée jusqu'à la repentance. Abou Hanifa et ses partisans ont refusé la première option et soutenu la troisième. Les érudits hanafites soutiennent qu'il ne faut pas tuer la femme apostate, car il était interdit de tuer des femmes sous la charia[44]. En revanche, les érudits malikites, chafi'ites, hanbalites et mêmes jafarites ont interprété d'autres parties de la charia comme autorisant la peine de mort comme une punition possible pour les femmes apostates musulmanes, en plus de l'emprisonnement[45].

Des musulmans réformateurs contemporains tels que les coranistes Ahmed Subhy Mansour (en)[46], Edip Yuksel (en) et Muhammad Shahrour ont souffert d’accusations d’apostasie et de demandes d’exécution, émises par des ecclésiastiques islamiques tels que Mahmoud Ashur, Mustafa Al-Shak’a, Mohammed Ra’fat Othman et Yusif Al-Badri[47]. Bien qu’il ait prétendu avoir reçu des menaces de mort, Edip Yuksel pense également que des apostats très médiatisés qui sont controversés devraient être tués. Il a écrit : « L’apostasie n’est pas ce qui tue. C’est une combinaison d’être controversé et d’avoir une grande visibilité. »[48].

Mahmoud Mohamed Taha, exécuté par le gouvernement soudanais, alors que des milliers de manifestants protestaient contre son exécution[49],[50], et Faraj Fouda, victime d'extrémistes islamistes arrêtés et emprisonnés pendant 20 ans[51],[52], sont des exemples récents d'écrivains et d'activistes tués pour apostasie. Le lauréat égyptien du prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz a été blessé dans une tentative d'assassinat, paralysant son bras droit[53]. Le cas d'Abdul Rahman Jawed, un Afghan qui s'est converti de l'islam au christianisme, a suscité un débat sur la question. Bien qu'il ait initialement été condamné à mort, il a finalement été libéré car il était jugé mentalement inapte à subir un procès[54]. De plus, certains États islamiques qui n'exécutent pas directement les apostats, facilitent et encouragent parfois indirectement les exécutions extrajudiciaires perpétrées par la famille de l'apostat, surtout si l'apostat s'exprime[55].

Ridda et IrtidâdModifier

Il existe dans l'islam deux types d'apostasie : la ridda[56] et l'irtidâd[57]. Les deux mots ont une racine commune (RDD)[58] avec le sens de rejeter.

Les guerres de RiddaModifier

 
Guerres de Ridda

Ridda signifie le rejet mais aussi la sécession. Reste à savoir ce que rejetaient ceux qui firent l'objet des guerres de ridda racontées dans la littérature des expéditions.

De nombreuses contrées arabes apostasièrent à la mort du Prophète de l'islam. Seuls étaient restés musulmans les villes de Médine, La Mecque, Taëf et le village de Djuwâthâ sur la petite île de Bahreïn.

Cette apostasie s'est manifestée de diverses manières. C’est ainsi qu’on trouva des bédouins qui commencèrent à refuser de payer la Zakât, d’autres abandonnèrent complètement l’Islam et retournèrent au christianisme, au judaïsme ou à l’adoration des statues, d’autres encore allèrent jusqu'à prétendre qu’ils étaient eux-mêmes des prophètes à l'instar de Musaylima al-kadhdhâb (le Menteur), al-Aswâd al-‘Unsî, Talîha ibn Khuwaylid ou encore Sajah.

Cette situation serait due au fait que la plupart des bédouins n'avaient qu'une connaissance superficielle de l'enseignement islamique et bon nombre d'entre eux s'étaient convertis pour de faibles raisons. Contrôlant alors une bonne partie de la Péninsule arabique, les musulmans avaient une force qui imposait le respect. Cela particulièrement durant les deux dernières années de la vie du Prophète. En effet, un nombre considérable de bédouins se convertirent à l’Islam contraints par un rapport de force largement favorable aux musulmans. D’autres embrassèrent l’Islam pour des raisons économiques, d’autres encore furent fascinés et attirés par la puissance des musulmans et d’autres par imitation de leur chef tribal. Ainsi, ces nouveaux adhérents ne semblaient guère être véritablement convaincus et parmi eux, semblerait-il, se cachaient des ennemis de cette jeune religion qui a anéanti celle de leurs ancêtres. De plus, la plupart des tribus pensaient que l’État islamique disparaîtrait avec la mort de celui qui l’avait fondé[59].

IrtidâdModifier

Étymologiquement, l'irtidâd correspond au « retour en arrière ». Elle signifie le détournement délibéré, sans contrainte aucune, du musulman, mature et conscient, de l'islam vers la dénégation. Cette définition est aussi bien valable pour l'homme que pour la femme. Chez les hanbalites les plus rigoristes, la sentence de mort est admise pour les hommes et récusée pour les femmes. L'argument de la récusation tient aux circonstances du hadith, liées aux conquêtes et sécessions.

La peine de mort est par ailleurs appliquée dans les pays arabo-musulmans à la suite de nombreux délits qui n'ont rien de religieux. Comme le note Tareq Oubrou[60] « Ce qui se passe dans le monde musulman sur cette question relève d’intérêts politiques et économiques sans aucune logique ni éthique. »

Une tradition existe qui suffirait à justifier l'abolition de cette pratique pour peu que des gouvernements démocrates dans les pays concernés le souhaitent. On peut donc s'interroger sur le point de savoir si les gouvernements qui intègrent la charia (en fait, la prennent pour source de droit dans cette interprétation particulière) dans leur constitution ne le font pas dans le projet de disposer des potentialités de terrorisme d'État qu'elle recèle. Le rejet, la persécution voire la peur du meurtre poussent des apostats de l'islam à choisir l'exil.

Apostasie contrainteModifier

Le point de vue traditionnel estime qu'un musulman qui renie sa religion sous la contrainte (comme ce fut le cas par exemple après la Reconquista) n'est pas un apostat. Ainsi, `Ammâr Ibn Yâsir, un des premiers compagnons du Prophète, y fut contraint. Selon la tradition, Dieu révéla alors à son sujet :

« Quiconque a renié Dieu après avoir cru… - sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi - mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère de Dieu et ils ont un châtiment terrible[12] »

Dans le monde islamiqueModifier

 
Apostasie dans les pays à prédominance musulmane en 2013.
  • Peine de mort
  • Prison, perte de la garde des enfants
  • Conversion illégale et criminelle
 
Opinion officielle de l'université al-Azhar du Caire, la plus grande institution islamique du monde[61],[62] relative au cas d'un homme qui se convertit au christianisme: « Étant donné qu'il a abandonné l'islam, il sera invité à exprimer son repentir. S'il ne se repent pas, il devra être tué selon la charia ». La fatwa précise que la même sentence s'applique aux enfants quand ils atteignent leur majorité.

Sous le califat AbassideModifier

C'est le calife Al Mansûr (754-775) qui modifia la hisba.

Au début du règne du calife Al-Mahdî (775-785) apparut le premier muhtasib[63] dont la mission consistait à traquer les apostats et autres hérétiques. Curieusement, étaient déclarés comme tels les opposants du calife comme le prouve l'impunité accordée par le calife Harun ar-Rachid (786-809) à un hérétique comme Abu al-'Atâhiya tandis qu'il évinçait la puissante famille des Barmécides à l'aide de cette accusation. Autrement dit, il aurait utilisé ce prétexte à des fins politiques…

AfghanistanModifier

La constitution afghane appelle au respect des conventions internationales que le pays a signées comme la Déclaration universelle des droits de l'homme dont un article prévoit la liberté de religion. Mais, elle oblige toute loi à être conforme à l'islam dont l'interprétation traditionnelle réserve la peine de mort aux musulmans ayant renoncé à leur religion, comme en témoigne l’affaire Abdul Rahman[64].

AlgérieModifier

Le droit à la liberté de religion est garanti par l’article 18 du Pacte International relatif aux Droits civils et politiques ratifié par l’Algérie en 1989, par l’article 36 de la Constitution algérienne qui garantit la liberté de conscience ainsi que par l’article 2 de l’ordonnance no  06-03 garantissant le libre exercice du culte.

L'islam est religion d'état, et une loi prévoit jusqu'à 1 million de dinars (8000 euros) d'amende en cas de prosélytisme, cette notion ayant une acceptation variable[65].

En 2012, un jeune chrétien, en l’occurrence Mohamed Ibouène, a été condamné par le tribunal de Bechar, au sud de l’Algérie, à un an de prison ferme et une amende de 50 000 DA pour le chef d’inculpation « d’incitation d’un musulman, avec pression, à changer de religion, autrement dit pour prosélytisme. Il a fait appel de ce jugement et le verdict final a été prononcé 2013. Mohamed échappe à la prison, mais son amende a été doublée.

En 2015, un prédicateur salafiste avait lancé une fatwa contre l’écrivain Kamel Daoud pour avoir « mené une guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l’islam », réclamant sa mort. La justice algérienne a condamné, en première instance, le prédicateur à 3 mois de prison ferme et une forte amende[66]. Cependant, la Cour d’appel d’Oran a prononcé par la suite son incompétence territoriale concernant cette affaire rendant ainsi caduc le premier jugement prononcé.

Arabie saouditeModifier

L’Arabie saoudite n’a pas de code pénal et base entièrement sa législation sur son interprétation de la charia, dont l'application est confié à des tribunaux religieux. La jurisprudence en Arabie saoudite, et le consensus de ses juristes est que la loi islamique impose la peine de mort aux apostats[67].

Dans deux articles publiés en 1966, ibn Baz, le vice-président de l'université islamique de Médine, déclara que ceux qui prétendent que le soleil est statique et ne bouge pas (thābita la jāriya) sont des apostats et que par conséquent, il devient licite de les tuer et qu'il incombe à l'autorité responsable de le faire[68],[69],[70],[71]. Il réaffirma ses propos en 1982 arguant que de telles assertions vont à l'encontre de la révélation[72] (« et le soleil court vers un gîte qui lui est assigné; telle est la détermination du Tout Puissant, de l’Omniscient. » – al-Qorʾān, Sourate 36, Ya Sin, verset 38).

Le , Sadiq Malallah a été décapité publiquement à Al-Qatif dans la province orientale d’Arabie saoudite après avoir été reconnu coupable d’apostasie et de blasphème. Sadiq Malallah, musulman appartenant à la minorité chiite d’Arabie saoudite, a été arrêté en avril 1988 et accusé d’avoir lancé des pierres à une patrouille policière. Il aurait été maintenu à l’isolement pendant de longues périodes au cours de ses premiers mois de détention et torturé avant sa première comparution devant un juge en juillet 1988. Le juge lui aurait demandé explicitement de se convertir du chiisme au wahhabisme (mouvement réformiste apparu dans le Nejd au XVIIIe siècle et à l'origine des différents États saoudiens, il tient les chiites duodécimains dans leur globalité pour des mécréants), et lui aurait promis une peine plus légère s’il se pliait à sa requête. Après avoir refusé de le faire, il fut conduit à la prison al-mabahith al-'Amma (appartenant au renseignements généraux) à Dammam, où il a été détenu jusqu’en avril 1990. Il fut ensuite transféré à la prison al-mabahith al-'Amma de Riyad, où il demeura jusqu’à la date de son exécution. Sadiq Malallah aurait participé aux efforts visant à améliorer les droits de la minorité chiite d’Arabie saoudite[73].

La loi sur l'apostasie est activement utilisée en Arabie saoudite. Par exemple, en 2012, les autorités saoudiennes ont accusé Hamza Kashgari, un écrivain saoudien, d'avoir apostasié à la suite de commentaires qu'il avait formulés sur Twitter. Il s'est enfui en Malaisie, où il a été arrêté puis extradé à la demande de l'Arabie saoudite pour faire face à ces accusations[74]. Kashgari s'est repenti, à la suite de quoi les tribunaux ont ordonné qu'il soit placé en détention préventive. De même, deux citoyens saoudiens musulmans sunnites ont été arrêtés et accusés d'apostasie pour avoir adopté l'Ahmadisme[75]. En mai 2014, les deux accusés d'apostasie avaient purgé une peine de deux ans d'emprisonnement dans l'attente de leur procès[76].

En 2012, le département d'État américain a affirmé que les manuels scolaires de l'Arabie saoudite comprenaient des chapitres justifiant l'exclusion sociale et le meurtre d'apostats[75].

Le poète palestinien Ashraf Fayad y a été condamné à mort pour apostasie le [77]. Début 2016, cependant, sa condamnation à mort fut commuée en 8 ans de prison et 800 coups de fouet[78]. De même le blogueur Raif Badawi risque la mort[79].

En 2015, Ahmad Al Shamri (en) est condamné à mort pour apostasie après s'être filmé en train de déchirer une copie du Coran[80].

En janvier 2019, Rahaf Mohammed, âgée de 18 ans, a fui l'Arabie saoudite après avoir apostasié et subit de mauvais traitement de la part de sa famille. En route pour l'Australie, elle a été arrêtée par les autorités thaïlandaises à Bangkok alors que son père tentait de la ramener de force, mais Rahaf a réussi à utiliser les médias sociaux pour attirer l'attention sur son cas[81]. Après une intervention diplomatique, elle obtint finalement l’asile au Canada, où elle arriva et s’installa peu de temps après[82].

BangladeshModifier

Au Bangladesh, des blogueurs ont été tués parce que se revendiquant athées[83]. Il n'y a pas de loi condamnant strictement l'apostasie, mais les islamistes sont puissants.

BruneiModifier

Le sultanat de Brunei applique la charia. L'apostasie est donc passible de la peine de mort[84].

ÉgypteModifier

Article détaillé : Droit en Égypte.

Ce pays est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui admet formellement le droit de changer de religion sans conséquences négatives, et l'apostasie n'est pas explicitement condamnée par la loi.

L'article 98f du code pénal réprime « tout acte de dégradation ou de mépris à l'égard d'un lieu ou d'une secte religieuse dans l'intention de porter préjudice à l'unité nationale ou à la paix sociale ». Il a été occasionnellement utilisé pour condamner la conversion de musulmans à une autre religion ou pour avoir tenu des propos relevant de l'athéisme.

À la suite de l'affaire Nawal el Saadawi, la loi no 3 du 29 janvier 1996 réserve au Procureur de la République le droit d'engager la procédure de poursuites pour crime contre Dieu ou pour crime contre le peuple, à l'inverse de la hisba qui traditionnellement laissait ce droit à tout un chacun.

En 2005, un musulman récemment converti au christianisme, Gasir Mohammed Mahmoud, fut interné dans un asile psychiatrique et ne dut sa liberté qu'aux pressions de la communauté internationale[85].

Émirats arabes unisModifier

L'islam est religion d'état et la charî'a islamique première source de législation. Les minorités chrétiennes ou hindoues ont l'interdiction d'afficher leur foi ou d'en parler aux musulmans[86],[87].

L’apostasie est un crime capital aux Émirats arabes unis[88],[89]. En 1978, les Émirats arabes unis ont entamé un processus d’islamisation de la loi, après que leur conseil des ministres ait voté pour la nomination d’un haut comité chargé d’identifier toutes les lois qui entraient en contradiction avec la charî'a. Parmi les nombreux changements qui ont suivi, les Emirats Arabes Unis ont incorporé les hudud de la Charî'a dans leur Code Pénal - considérant que l’apostasie est l’un d’entre eux[90]. L’article 1eret l’article 66 du Code pénal des Émirats arabes unis exigent que les crimes relevants des hudud soient punis par la peine de mort[90],[91],[92], par conséquent l’apostasie est passible de la peine de mort aux Émirats arabes unis.

La loi des Émirats arabes unis considère qu’il s’agit d’un crime et sanctionne l'usage d'Internet pour prêcher contre l’islam ou pour prosélytiser les musulmans à l’intérieur des frontières internationales de la nation. Ses lois et ses fonctionnaires ne reconnaissent pas la conversion à une autre religion que l'islam. En revanche, la conversion à l’islam est reconnue, et le gouvernement publie par les médias une liste annuelle des résidents étrangers qui se sont devenus musulmans[93].

ÉrythréeModifier

Article détaillé : Religion en Érythrée.

Il est interdit de choisir une religion autre que l'islam, l'orthodoxie, le catholicisme ou le luthéranisme[94]. Ceux qui choisissent le protestantisme évangélique sont persécutés[95].

IndonésieModifier

Article détaillé : religion en Indonésie.

En Indonésie, plus de 80 % des habitants sont musulmans, mais les minorités religieuses sont considérées à égalité. Du fait de l'histoire de l'Indonésie, l'athéisme, associé au communisme, est condamnable[96],[97]. Des milices s'organisent pour lutter contre l'apostasie et fermer les lieux de culte qui ne sont pas autorisés[98]. On cite le cas d'Alexander Aan, élevé musulman mais qui a déclaré être athée sur le réseau social facebook. Il a été condamné pour athéisme et blasphème en 2012 à 2 ans et demi de prison et 100 000 roupies d'amende[99].

IranModifier

Article détaillé : Droit en Iran.

De tradition chiite, l'Iran a condamné à mort des musulmans ayant apostasié sur la base de la charia non codifiée[100]. Des peines sont régulièrement prononcées, et servent souvent également à museler toute opposition politique intérieure au pouvoir des mollahs. Certains sunnites considèrent le chiisme comme une sorte d'apostasie. En juin 2008, l'Iran a annoncé son intention de renoncer à inclure dans son projet de nouveau Code pénal l'apostasie comme crime[101], mais un pasteur chrétien d'Iran, Youcef Nadarkhani est condamné sur cette base en 2010.

JordanieModifier

Un Jordanien a quitté son pays pour échapper aux poursuites concernant son apostasie de l'islam. Un poète a été accusé d'apostasie, et condamné à une lourde peine de prison[102],[103],[104].

KoweïtModifier

L'apostasie est passible de mort[105].

LibyeModifier

Le rejet de l'islam peut être sanctionné par la perte de la citoyenneté.

Après la chute de Mouammar Kadhafi, certains groupes islamistes menacent ceux qu'ils appellent les « apostats »[106].

MalaisieModifier

 
Le ministre Shahidan Kassim (en) a déclaré : « La Constitution fédérale ne reconnaît pas les personnes sans religion (...). Je suggère qu’on les traque. »[107]

L’article 11 de la constitution fédérale de Malaisie garantit à chacun le droit de choisir sa religion, mais l’article 3 dispose que l’islam est la religion officielle et qu’on ne doit pas en prêcher d’autre aux musulmans. La majeure partie des États ont adopté la Loi de contrôle et de restriction qui prévoit une amende de 10 000 ringits ou une peine d’un an de prison pour ceux qui induisent un musulman à changer de religion. La critique de l’islam est considérée par la loi comme un acte de sédition (Sedition Act hérité de la période coloniale). Il est donc très difficile aux musulmans (essentiellement les Malais, considérés comme musulmans de naissance) d’abandonner leur religion car ils doivent pour cela faire entériner leur choix par un tribunal religieux musulman, seule juridiction compétente en la matière depuis 1988. La demande est presque toujours refusée, et une peine peut être imposée pouvant aller jusqu’à la prison ou l'enfermement dans un camp de « réhabilitation » jusqu'au renoncement de leur projet d'officialisation de leur apostasie. Deux cas particulièrement connus sont ceux de Lina Joy et Kamariah Ali qui bataillent depuis plusieurs années pour faire reconnaitre leurs conversions respectives au catholicisme et à la « Religion du Ciel », un mouvement syncrétiste d’apparition récente. La première a vu sa demande de faire reconnaitre son changement de religion par un tribunal civil rejetée définitivement en cassation le 30 mai 2007[108].

La question de l’apostasie fait l’objet de débats animés entre les musulmans libéraux qui estiment qu’il n’y a aucun avantage à maintenir de force un non-croyant dans l’islam et une forte et active minorité de fondamentalistes désireux d’imposer encore plus de restrictions, comme des peines de prison obligatoires, voire la peine de mort. Selon Zainah Anwar, directrice de Sisters in Islam[109], la concurrence pour les voix des Malais musulmans entre le parti malais UMNO et le PAS islamiste se traduit par une surenchère identitaire, dont l’islamisation progressive du système judiciaire entamée dans les années 1980 est un des résultats. Le développement simultané de deux tendances contradictoires (renforcement du pouvoir des tribunaux islamiques et soutien de la société pour la liberté de religion) est source de conflits[110].

Par ailleurs, si l’apostasie était facilitée, l’apostat devrait en contrepartie perdre sa qualité de Malais, et donc le bénéfice des quotas que l’article 153 de la constitution fédérale leur réserve dans l’administration, le commerce et l’éducation. Mais il est vrai que ces dispositions avantageuses sont déjà menacées par le désir d’élever la compétitivité économique nationale[111].

Au niveau fédéral, les lois traitant sur le sujet de l'apostasie varient de l'application de la peine de mort dans les États du Kelantan et du Terengganu à des risques de peine de prison particulièrement sévère dans les États de Melaka, Sabah, Pahang et de Perak dans le cas ou la conversion de l'islam est refusée par les tribunaux de la charia. Les condamnés peuvent également être soumis à des détentions forcées dans des camps de « réhabilitation à la religion musulmane » pour les dissuader de quitter leurs religions natales, de nombreux témoignages affirment que les personnes emprisonnées y subiraient régulièrement des humiliations collectives tels que l'isolation ou la bastonnade de la part de leurs geôliers[112]. Néanmoins l'apostasie semble toutefois légale uniquement dans l'État du Negeri Sembilan[113] mais au prix d'une procédure extrêmement difficile qui implique entre autres de suivre des cours d'études coraniques en présence d'un imam étalés sur de nombreux mois dans l'espoir d'en dissuader la conversion[114]. Le gouvernement malaisien n'aurait officiellement autorisé entre 2000 et 2010 que 135 demandes d'apostasies sur 863.

MaldivesModifier

Article détaillé : Islam aux Maldives.

Renoncer à l'islam revient à renoncer à sa citoyenneté. Il est interdit de quitter l'islam ou d'émettre de l'incrédulité[115]. À partir de l'âge de 7 ans, la peine encourue pour apostasie est la mort[116].

MarocModifier

Article détaillé : Droit au Maroc.

Jamaâ Aït Bakrim (musulman devenu chrétien) a été condamné fin 2003 à quinze ans de prison pour prosélytisme (article 220 du Code pénal marocain, entre six mois et trois ans) et pour destruction des biens d'autrui (article 581 du Code pénal marocain, entre dix et vingt ans). Dans l'acte de jugement, il est écrit que « le fait que Jamaâ nie les accusations de prosélytisme est en contradiction avec les aveux tenus auparavant lors des P.V. préliminaires où il proclamait qu'il était le fils du Christ et qu'il souhaitait que les Marocains deviennent chrétiens. L'accusé est un apostat qui mérite, selon les préceptes de la charia, de mettre fin à sa vie »[117].

Certaines sources avancent le nombre de 150 000 apostats pour ces dix dernières années, au profit du christianisme[117]. En 2007, 3 500 marocains seraient devenus chrétiens[118].

En droit, seul le prosélytisme non musulman est puni et non l'apostasie[119]. En effet, le Maroc a signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l'article 18 affirme la liberté de conscience.

Toutefois, en 2013, le quotidien Akhbar Al Youm annonce que le Conseil supérieur des Oulémas a émis une fatwa affirmant que le musulman qui apostasie mérite la peine de mort[120]. Rédigée en avril 2012 en réponse à une demande du ministère des Habous, la fatwa est reprise dans un recueil publié en 2013[121].

En juillet 2015, le ministre de la justice Mustapha Ramid demande la libération d'un détenu pour apostasie, et déclare « Il n’y a aucune loi qui punit les apostats »[122].

MauritanieModifier

La Mauritanie a condamné à mort Mohamed Ould Cheikh M'Kheitir pour apostasie fin 2014, alors que les écrits qui l'incriminent n'attaquent en rien l'intégrité du prophète ou sa foi en la religion[123],[124]. Il est actuellement en prison en attente d'un appel[125]. Son avocat ayant reçu des menaces de mort, il a refusé de le défendre. Il semble que la condamnation soit poussée par des motifs politiques liés aux partis salafistes[126].

NigeriaModifier

Article détaillé : Islam au Nigeria.

Certains états du nord appliquent la charia, mais la plupart des décisions en ce sens ont été cassées par les tribunaux fédéraux[127]. Cependant, en raison des pressions communautaires et familiales, un apostat risque la mort et doit quitter la région[128].

OmanModifier

Un apostat voit son mariage annulé, encourt une peine comprise entre 10 jours et 3 ans de prison, et entre 5 et 500 Riyals Omanis d'amende[129].

OugandaModifier

En Ouganda les chrétiens anciennement musulmans sont victimes de violences de la part des islamistes[130].

PakistanModifier

La législation anti-blasphème au Pakistan est très dure, et permet notamment de condamner les apostats[131],[132].

SoudanModifier

La militante soudanaise des droits de l'homme Nahla Mahmoud (en) discute avec l'apostate iranienne Maryam Namazie de la situation des apostats au Soudan.
Article détaillé : Droit au Soudan.

L'article 126 alinéa 2 du Code pénal du Soudan (1991) prévoit :

« Quiconque est reconnu coupable d'apostasie est invité à se repentir sur une période à déterminer par le tribunal. S'il persiste dans son apostasie et s'il n'a pas été converti récemment à l'islam, il sera mis à mort. »[133]

Le , le réformiste Mahmoud Mohamed Taha est pendu en place publique pour "sédition et apostasie"[134],[135].

Le 15 juillet 1998, Mekki Kuku (Al Faki Kuku, dit), un nuba, est emprisonné à Khartoum et attend son jugement pour l'acte d'apostasie de l'islam vers le christianisme.

Nahla Mahmoud (en), ancienne militante musulmane soudanaise et défenseuse des droits de l'homme, a estimé qu'entre 120 et 170 citoyens soudanais ont été condamnés pour apostasie au cours des années 2010, 2011 et 2012, et que la plupart se sont repentis pour éviter la peine de mort[136].

Le , Meriam Ibrahim, une femme chrétienne dont le géniteur était musulman, a été condamné à mort pour apostasie, ainsi qu'à être fouetté à cent reprises pour « adultère » car elle avait contracté un mariage d'associateurs, non reconnu par la loi soudanaise. Suite à d'importantes pressions internationales, elle fut finalement autorisée à quitter le pays le [137].

En 2015, 27 coranistes sont jugés pour apostasie et risquent la mort[138].

SomalieModifier

L'apostasie est punie de mort. Le , Farhan Haji Mose, a été décapité publiquement par des shebabs pour s'être converti au christianisme après un voyage d'affaires au Kenya en 2010[139].

TadjikistanModifier

Les attaques islamistes visent en particulier les nouveaux convertis[140].

YémenModifier

L'apostasie est passible de mort[141]. Il y a environ un millier d'apostats, qui sont persécutés.

Dans d'autres paysModifier

FranceModifier

En 1999, Jean-Pierre Chevènement a soumis un engagement qu'il qualifiait de « non négociable » aux autorités musulmanes, mais sur demande de l'UOIF, un article garantissant le droit de changer de religion a été retiré[142],[143],[144].

IndeModifier

Selon le recensement de 2011, environ 172 millions de musulmans vivaient en Inde, représentant environ 14,2% de la population totale du pays[145].

Au début du XXIe siècle, un mouvement apostat non organisé a commencé à émerger en Inde, généralement parmi les jeunes femmes et hommes musulmans (dans la vingtaine ou la trentaine) bien éduqués des zones urbaines[146]. Ils sont souvent troublés par les enseignements et les pratiques religieuses (tels que l’abandon, l’intolérance et la violence à l’égard des non-musulmans), doutant de leur véracité et de leur moralité, et ont commencé à les interroger[146]. Sentant que leurs proches et les autorités islamiques ne leur fournissaient pas de réponses satisfaisantes, et ne disposant pas d'interprétations et d'informations alternatives sur l’islam sur Internet, ni de la capacité à communiquer entre eux sur les médias sociaux, ces personnes ont décidé d'apostasier[146].

Royaume-UniModifier

La campagne #ExMuslimBecause du Conseil central des ex-musulmans de Grande-Bretagne, fin 2015.

Le Conseil central des ex-musulmans de Grande-Bretagne (en) est la section britannique du Conseil central des ex-musulmans, qui représente les apostats qui craignent pour leur vie parce qu’ils ont renoncé à l’islam. Il a été lancé à Westminster le . Le Conseil proteste contre les États islamiques qui punissent encore les apostats musulmans par la mort en vertu de la charia. Le Conseil est dirigé par Maryam Namazie, qui a reçu le titre de laïciste de l’année en 2005 et a fait face à des menaces de mort[147]. La British Humanist Association et la National Secular Society ont parrainé le lancement de l’organisation et ont soutenu ses activités jusqu'à maintenant[148]. Un sondage réalisé en juillet 2007 par le groupe de réflexion Policy Exchange a révélé que 31 % des musulmans britanniques estimaient que le fait de quitter la religion musulmane devrait être passible de la peine de mort[149].

Le Conseil central des ex-musulmans de Grande-Bretagne "aide" environ 350 apostats par an, dont la majorité ont été menacés de mort par des islamistes ou des membres de leur famille[150]. Le nombre d'apostats est inconnu en raison d'un manque d'études sociologiques sur les problèmes et de la réticence des apostats à discuter ouvertement de leur statut[150]. Dans son article pour The Observer, Andrew Anthony a fait valoir que les apostats n'avaient pas réussi à obtenir le soutien d'autres groupes progressistes, en raison de la prudence avec laquelle ils étaient catalogués comme islamophobes ou racistes par d'autres mouvements progressistes[150].

En novembre 2015, le Conseil central des ex-musulmans de Grande-Bretagne a lancé la campagne sur les médias sociaux #ExMuslimBecause, encourageant les apostats à publiciser leur apostasie et à expliquer pourquoi ils ont quitté l’islam. En deux semaines, le mot-clic avait été utilisé plus de 100 000 fois. Les partisans ont soutenu qu’il devrait être possible de questionner et de critiquer librement l’islam, les opposants ont affirmé que la campagne était, entre autres choses, haineuse et ont déclaré que les excroissances extrémistes de l’islam étaient injustement assimilées à la religion dans son ensemble[151].

Outre le Conseil central des ex-musulmans de Grande-Bretagne, une nouvelle initiative pour les apostats britanniques, Faith to faithless (en), a été lancée par Imtiaz Shams et Aliyah Saleem (en) au début de l'année 2015[150],[152].

TchétchénieModifier

La république de Tchétchénie applique la Charia, et condamne donc l'apostasie[153].

Notes et référencesModifier

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    « arabe : ولم أكفّر من قال بدوران الأرض، ولا من قال إن الشمس تجري حول نفسها، وإنما صرحت بتكفير من قال إن الشمس ثابتة لا جارية هذا هو في المقال السابق ، وكفر من قال هذا القول ظاهر من كتاب الله ، ومن سنة رسوله صلى الله عليه وسلم لأن الله سبحانه يقول:(والشمس تجري ...) ... أما القول بأن الشمس تجري حول نفسها وهي ثابتة في محل واحد ... ، فلم أتعرضه في المقال بالكلية لا بنفي ولا إثبات ، ولم أتعرض لكفر قائلة ، p.36 arabe : أما المسألة الثانية وهي القول بثبوت الشمس، وجريها حول نفسها ، فلم أتعرض لها في المقال السابق بنفي أو إثبات، ولم أكفّر من قال ذلك ، p.45 »

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BibliographieModifier

Cet article est inspiré de cet ouvrage :

  • Loi d'Allah, loi des hommes. Liberté, égalité et femmes en islam de Leïla Babès avec T. Oubrou, éditions Albin Michel, 2002
  • Alfred-Louis de Prémare, Les Fondations de l'Islam, entre écriture et histoire, Seuil, 2002

Voir aussiModifier

Références externesModifier