Aya (islam)

verset du Coran

Aya (arabe : ʾāya آية, pl. ʾāyāt آيات, signe, miracle, commandement) est un terme coranique qui désigne un signe prodigieux et, parfois, une section du texte. Il sera interprété, par la tradition, a posteriori comme désignant un verset coranique

C'est aussi ce terme qui est utilisé par les chrétiens arabophones pour désigner les versets de la Bible.

ÉtymologieModifier

L'étymologie de ce terme est complexe à determiner. Les lexicographes anciens y ont reconnu les racines ʾ-y-y, ʾ-w-y ou même ʾ-ʾ-y. De telles hésitations reflètent souvent l'origine étrangère des mots. Néanmoins, il est à noter que ce terme a intégré la langue arabe avant la rédaction du Coran. "Il y a assimilation, chez la plupart des lexicographes, entre les sens de «signe», «exemple», ou «miracle», et «verset du Coran»"[1].

Pour Déroche, ce terme a une origine syriaque[2]

Dans le CoranModifier

Le terme aya et son pluriel apparaisse 381 fois dans le Coran. Dans le texte coranique, il désigne rarement une section du texte et lorsque c'est le cas, "ce n’est pas dans le sens commun de «verset» que le mot a pris par la suite dans la culture islamique – sauf peut-être dans un ou deux cas dont le sens n’est pas certain.". Ainsi, la compréhension traditionnel de ce terme ne concorde pas avec son sens coranique[1].

Le Coran était, dès son état initial, coupé en petites unités, par des marqueurs rythmiques, rimiques... Le Coran n'a pas donné de nom à celles-ci. Le découpage en versets présent dans le Coran actuel est plus tardif et n'est pas nécessairement le même qu'à l'origine. Les traditions musulmanes rapportent l'existence de plusieurs découpages[1].

Usage coraniqueModifier

Il est possible de distinguer plusieurs ensembles de ce terme dans le Coran. Le premier sont les "ayat de Dieu" qui souligne l'origine de celles-ci et ne sont pas destinées à une personne précise. Le second groupe est formé des ayat destinées à quelqu'un[1].

Même si Boisliveau y apporte des nuances, Bell reconnait 4 sens à ce terme[3]. :

« (1) les phénomènes naturels qui sont des signes de la puissance et de la générosité de Dieu; (2) événements ou des objets associés à l'œuvre d'un messager de Dieu et tendant à confirmer la vérité du message; (3) les signes qui sont récités par un messager; (4) signes faisant partie du Coran ou d'un livre »

Le Coran s'auto-désigne comme contenant des ayat, dans le sens donc de choses qui sont récités par Dieu ou par un messager (sens 3 de Bell). Ce terme peut évoquer une récitation de Dieu à Mahomet, une récitation publique ou encore une récitation dans le cadre d'une liturgie[1].

A 11 reprises, le terme désigne un morceau du Coran (sens 4 de Bell). Il n'est pas précisé, dans le texte coranique, qu'ils s'agissent de versets selon le sens que lui donnera a posteriori la tradition musulmane. "Dans le Coran, si le sens de «verset» commence à poindre, il n’est jamais seul, mais toujours lié à celui de «signe» ou «signe prodigieux»."[1].

Le Coran comme signeModifier

Le terme est ainsi utilisé dans le Coran lorsque l'auteur du texte souhaite considérer ces passages comme des "signes prodigieux". Ce sens ne provient pas de la poésie préislamique mais apparaît dans le Coran. "Il y aurait ainsi deux termes āya: un premier, arabe et préislamique, non utilisé dans le Coran, signifiant «personne, chose», et un second, sans lien avec d’autres mots arabes, qui apparaîtrait pour la première fois dans le Coran, et signifiant «signe, signe prodigieux»."[1]. Si le terme a pu désigner un signe à l'époque préislamique, l'ajout du "prodigieux", "merveilleux" semble coranique et les deux auraient fusionné à ce moment. Ainsi, le terme coranique aya serait le fusion d'un terme préislamique arabe et d'un sens religieux emprunté aux termes sémitiques de racine équivalente[1].

L'usage de ce terme permet au Coran de se présenter comme un signe prodigieux. Bien que possédant une connotation biblique, cette usage du "signe" ne désigne plus les miracles mais le texte lui-même[1].

Les versets du CoranModifier

Il existe plus de 6000 versets dans le Coran (6 236 pour la vulgate du Caire[2]) et les sourates varient entre 4 et 286 versets[4]. Les versets les plus courts du Coran sont formés d'une seule lettre (comme le premier verset de la sourate 38: ص)[réf. nécessaire] et le verset le plus long est le verset 282 de la sourate 2 "La Vache"[5].

Le verset du Trône (āyat al-kursī, sourate al-Baqara, verset 255) et le verset de la lumière (āyat an-nūr, sourate An-Nur, verset 35) ont un sens spécial. Ils sont souvent représentés dans la calligraphie arabe et abondamment étudiés dans le [[soufisme|soufisme[réf. nécessaire]]].

Dans les manuscritsModifier

Le découpage du Coran en verset est présent dans les manuscrits les plus anciens. Dans ceux-ci, les fins de versets sont notés. Bien que celles-ci correspondent généralement à des rimes, certaines hésitations peuvent exister. La tradition musulmane reconnait l'existence de découpage différents[2]. Dans quelques séries tardives du IXe siècle, il n'existe pas de division en verset[6]. Gilliot précise que, parfois, "des "rimes" peuvent sembler annoncer une fin de verset alors qu'il n'en est rien". Ainsi, l'étude interne du texte peut mettre en lumière des structures possibles qui ont échappé à la tradition[7].

"Il n’est pas exclu qu’un travail d’harmonisation des rimes ait eu lieu par endroits [...] Cette observation constitue un argument de poids pour ceux qui considèrent que les sourates représentent une modalité ultérieure d’organisation du texte et non un enregistrement factuel de révélations chronologiquement cohérentes"[2].

Sauf quelques cas, le découpage des manuscrits anciens correspond à peu près à celui de l'édition du Caire[6]. Une littérature savante a identifié, au IXe siècle, des écoles dans la découpe des versets. Si cela reflète certaines variation des premiers manuscrits, aucun n'adhère totalement au système formalisé a posteriori par la tradition[6].

Découpage actuelModifier

Le découpage des versets n'est pas toujours identique. Le découpage coufique est actuellement le plus utilisé. C'est aussi celui de l'édition du Coran du Caire de 1924. Mais il y en a d'autres, parmi lesquels celui de Médine et celui de Basr, toujours utilisés. Il y a 6236 āyat selon le découpage coufique (hafs ou lecture orientale) et 6213 pour le warch ou lecture occidentale.[réf. nécessaire]

Autres usagesModifier

Le choix d'utiliser le terme aya pour désigner les versets du Coran lui donneront une telle importance qu'après la canonisation du texte coranique, le terme sera utilisé par les chrétiens arabes pour désigner des versets bibliques[1].

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-même. Vocabulaire et argumentation du discours coranique autoréférentiel, Leiden, Brill, 2014, p.68 et suivant.
  2. a b c et d Fr. Déroche, "Chapitre II. Structure et langue", Le Coran, 2019, p. 26-46.
  3. Watt, Bell’s Introduction, p. 122.
  4. https://www.cairn.info/revue-syntaxe-et-semantique-2006-1-page-181.htm#
  5. Malek Chebel, Dictionnaire encyclopédique du Coran, , 504 p. (ISBN 978-2-213-64746-3, lire en ligne), p. 18.
  6. a b et c E. Cellard, "Les manuscrits coraniques anciens", Le Coran des historiens, 2019, p. 695 et suiv.
  7. Cl. Gilliot, "Deux études sur le Coran", Arabica, T. 30, Fasc. 1 (Feb., 1983), pp. 1-37.