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Kamel Daoud (écrivain)

écrivain algérien
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Kamel Daoud
Description de cette image, également commentée ci-après
Kamel Daoud en février 2015.
Naissance (49 ans)
Mesra (Algérie)
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français

Œuvres principales

Kamel Daoud (arabe : كمال داود), né le à Mesra[1] (wilaya de Mostaganem[2]), en Algérie, est un écrivain et journaliste algérien d'expression française, lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2015.

Il entre en 1994 au Quotidien d'Oran, puis devient rédacteur en chef durant huit ans. Il est également chroniqueur et éditorialiste chez différents médias, dont Le Point, le New York Times.

BiographieModifier

Famille et formationModifier

Kamel Daoud est le fils d'une femme issue d'une famille terrienne aisée de Mesra et d'un gendarme, seul enfant de sa famille à avoir fait des études[3]. Il est l'aîné d'une fratrie de six enfants[4]. Après des études de mathématiques, il étudie la littérature à l'université. S'il écrit en français et non en arabe, c'est, dit-il, parce que « la langue arabe est piégée par le sacré, par les idéologies dominantes. On a fétichisé, politisé, idéologisé cette langue[5]. »

Il est divorcé et a deux enfants de son premier mariage[3]. Ancien adolescent islamiste « défroqué », quittant ce mouvement à 18 ans, il participe à la manifestation antigouvernementale du 5 octobre 1988 à Mostaganem. Son ex-femme porte le hijab. Ils divorcent en 2008 après la naissance de leur fille. Il ne se pense plus comme musulman pratiquant[4].

« La rencontre ou non avec Dieu, c'est de l'ordre de l'intime, c'est une expérience qu'on ne peut pas partager[6]. »

Carrière de journalisteModifier

En 1994, il entre au Quotidien d'Oran, journal francophone. Il y publie sa première chronique trois ans plus tard[3], titrée « Raina raikoum » (« Notre opinion, votre opinion »)'[7]. Il est pendant huit ans le rédacteur en chef du journal[2]. D'après lui, il a obtenu, au sein de ce journal « conservateur », une liberté d'être « caustique »[8], notamment envers Abdelaziz Bouteflika même si parfois, en raison de l'autocensure, il doit publier ses articles sur Facebook[3].

Chroniqueur dans différents médias, il est éditorialiste au journal électronique Algérie-focus et ses articles sont également publiés dans Slate Afrique[9].

Le 12 février 2011, dans le cadre d'une manifestation, il est brièvement arrêté[10].

LittératureModifier

Il commence à publier au début des années 2000, d’abord un récit, La fable du nain (publié en Algérie uniquement, 2002), puis des recueils de nouvelles dont Minotaure 504, en 2011, qui est sélectionné pour le prix Goncourt de la nouvelle, et pour le prix Wepler-Fondation La Poste[11] qui échoit finalement à Éric Laurrent.

En octobre 2013 sort son roman Meursault, contre-enquête, qui s'inspire de L'Étranger d'Albert Camus : le narrateur est en effet le frère de « l'Arabe » tué par Meursault[12]. Le roman évoque les désillusions que la politisation de l'islam a entraînées pour les Algériens[13]. En Algérie, le livre est l'objet d'un malentendu :

« Sans l'avoir lu, de nombreuses personnes ont pensé que c'était une attaque de L’Étranger, mais moi je n'étais pas dans cet esprit-là. Je ne suis pas un ancien moudjahid. […] Je me suis emparé de L’Étranger parce que Camus est un homme qui interroge le monde. J'ai voulu m'inscrire dans cette continuation. […] J'ai surtout voulu rendre un puissant hommage à La Chute, tant j'aime ce livre[5]. »

L'ouvrage obtient en 2014 le prix François-Mauriac de la région Aquitaine et le prix des cinq continents de la Francophonie. Il est présent dans la dernière sélection du prix Goncourt 2014[14],[15], et est à une voix de le remporter (4 votes contre 5[16] pour Lydie Salvayre, qui l'obtient donc finalement[17]). L'année suivante, il est couronné du prix Goncourt du premier roman 2015[18].

En 2015, Meursault, contre-enquête est adapté en monologue théâtral par Philippe Berling, metteur en scène et directeur du Théâtre liberté de Toulon. Sous le titre Meursaults[19], l'adaptation est jouée au 69e festival d'Avignon[20], au théâtre Benoît-XII.

En 2017, Zabor, ou Les Psaumes, fresque dépeignant la vie d'un enfant algérien à part, revient sur le goût de Kamel Daoud pour la langue française, et plus généralement l'acte d'écrire, « cet équilibrisme nécessaire, dit-il, entre l'évocation et la vie, ce lien difficile à couper entre mon écriture et la réparation »[21]. Son goût des livres est exposé dans sa contribution à BibliOdyssées, 50 histoires de livres sauvés (2019), intitulée « Textures ou Comment coucher avec un livre ».

En 2018, Le peintre dévorant la femme, au prétexte d'une nuit passée au musée Picasso au milieu de ses peintures érotiques, lançant ses vues sur la séduction, l'émoi amoureux et désirant, l'étreinte, fait la passerelle entre l'Occident et le monde arabe à propos de la sexualité, de l'art, de la mémoire, la place qui leur échoit dans chacune de ces ères civilisationnelles.

Prix et reconnaissancesModifier

PolémiquesModifier

Fatwa d'un imam salafisteModifier

Le 13 décembre 2014, dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam[24],[25] :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer, a-t-il dit. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, cela lui vaut d'être frappé d'une fatwa par Abdelfattah Hamadache Zeraoui, un imam salafiste officiant à l'époque sur Echourouk News, qui a appelé le 16 décembre sur Facebook à son exécution écrivant que « si la charia islamique était appliquée en Algérie, la sanction serait la mort pour apostasie et hérésie. » Il précise :

« Il a mis le Coran en doute ainsi que l'islam sacré ; il a blessé les musulmans dans leur dignité et a fait des louanges à l'Occident et aux sionistes. Il s'est attaqué à la langue arabe […]. Nous appelons le régime algérien à le condamner à mort publiquement, à cause de sa guerre contre Dieu, son Prophète, son livre, les musulmans et leurs pays[26]. »

Il réitère par la suite ses menaces sur Ennahar TV extension du quotidien arabophone réputé populiste Ennahar El Djadid[27].

À la suite de la plainte déposée par Kamel Daoud devant la justice algérienne au sujet de ces menaces publiques de mort proférées par l'imam, la justice algérienne rend son jugement le 8 mars 2016. Il est qualifié de « sans précédent » par l'avocat du plaignant : l'imam Abdelfattah Hamadache Zeraoui est condamné à six mois de prison dont trois mois ferme et l'équivalent de 450 euros d'amende[28]. Cependant, cette condamnation est annulée en juin 2016 par la cour d'appel d'Oran pour « incompétence territoriale »[29].

Agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en AllemagneModifier

Le , Kamel Daoud publie une tribune dans le journal Le Monde où il évoque les agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en Allemagne et voit en l'islamisme la cause principale d'un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » dans le monde arabe[30].

Un collectif d'anthropologues, sociologues, journalistes et historiens l'accuse en retour de recycler « les clichés orientalistes les plus éculés » et d'« alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme » car considérer que « des valeurs doivent être “imposées” à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes [est un] projet scandaleux, non pas seulement du fait de l'insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu'il évoque[31]. »

L'écrivain est choqué :

« Je pense que cela reste immoral de m'offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. »

Il décide d'abord d’arrêter le journalisme[32],[33], mais continue de produire ses chroniques pour Le Point, le New York Times et, à nouveau, Le Quotidien d'Oran[34], et enfin Le Monde des religions.

Suite à ces critiques, il reçoit le soutien de nombreux intellectuels, journalistes, écrivains ou personnalités, dont Boualem Sansal[35], Mohamed Mbougar Sarr[36], Philippe Lançon, Aude Lancelin[37], Hugues Lagrange[38], Michel Onfray, Fawzia Zouari[39], Raphaël Enthoven, Jean-Yves Camus, Alexandra Schwartzbrod[40], Pascal Bruckner[41], Brice Couturier, Natascha Polony, Chantal Delsol, Jean Daniel, Marianne, Charlie Hebdo et le Premier ministre Manuel Valls[42].

Parmi ces soutiens, Laurent Bouvet estime qu'« une certaine gauche, politique et intellectuelle, c'est le cas aussi dans l'université et la recherche, se comporte de manière très complaisante avec l'islamisme » et emploie « à l'encontre de tous ceux qui ne pensent pas comme elle, des méthodes d'intimidation et de disqualification, notamment en usant et abusant du mot “islamophobie[43]. »

La romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari prend également la défense de Kamel Daoud en demandant

« qu'on cesse de critiquer d’un côté le silence des intellectuels musulmans sur les violences perpétrées par certains de leurs coreligionnaires, et d’appeler ces intellectuels à se taire dès lors qu’ils dérogent à la pensée correcte sur l’islam. Serions-nous assignés à une parole positive et aseptisée sur notre monde ? N’est-ce pas là une insidieuse façon de nous maintenir dans la mission subalterne d’allumer le feu du temple occidental et de flatter sa prétention à être la mesure de toute réflexion ? Dénoncer nos torts ferait-il de nous des « essentialistes » et des « culturalistes » ? Mais enfin, qui est essentialiste, si ce n’est celui qui fait précéder nos réalités par l'idée qu’il s'en fait et la détermine selon ses grilles de lecture ? Qui sont les orientalistes, si ce ne sont ces détracteurs de Kamel Daoud, qui, souvent, n’ont connu le monde musulman qu’à travers les livres ou pour le soumettre à leurs hypothèses de travail, quand ce n’est à l’absolutisme de principes dans lequel ils s’enferment ? Daignez donc, Messieurs Dames, reconnaître que les Kamel Daoud peuvent remettre en question votre savoir universitaire. Daignez avouer votre désarroi devant une nouvelle catégorie d’intellectuels arabes qui sort du paradigme de la défense radicale de l’islam tout autant que de son rejet excessif, et qui s’estime capable de penser par elle-même[44]. »

A contrario, l'hebdomadaire Politis publie un article d'Olivier Doubre intitulé « Peut-on critiquer Kamel Daoud ? », déplorant « une presse à sens unique »[45]. La tribune de Kamel Daoud est également critiquée par Rokhaya Diallo[46] et Éric Fassin[47].

ŒuvresModifier

Prix François-Mauriac de la région Aquitaine 2014
Prix des cinq continents de la Francophonie 2014[51]
Finaliste du prix Goncourt 2014[16]
Prix Goncourt du premier roman 2015[18]
Liste Goncourt[52] : le choix de l'Orient 2014, le choix roumain 2014, le choix serbe 2015
Prix Méditerranée 2018
Prix de la Revue des deux Mondes 2019

RéférencesModifier

  1. Joan Tilouine, « Algérie : Kamel Daoud, l’homme révolté », sur Jeune Afrique,  : « village natal de Mesra, près de Mostaganem »
  2. a b et c « Le prix littéraire Mohamed Dib décerné au journaliste-écrivain Kamel Daoud », Le Midi libre, 11 mai 2008.
  3. a b c et d Jean-Louis Le Touzet, « Kamel Daoud. Bouteflikafka », Libération, 15 avril 2014.
  4. a et b Adam Shatz, « L'étranger en son pays », Vanity Fair n°25, juillet 2015, pages 46-53.
  5. a et b « Kamel Daoud, l'invité surprise des prix littéraires », article sur Le Figaro littéraire du 16 octobre 2014.
  6. « Le livre sacré n'appartient à personne », L'Expression, 5 novembre 2017.
  7. a et b « Kamel Daoud’s Daily Dose of Subversion », Berfrois.
  8. Entretien avec Kamel Daoud, chroniqueur au QO, Algérie Focus, 1er mai 2010.
  9. « Kamel Daoud | Leaders Afrique », Leaders Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2017)
  10. Témoignage de Kamel Daoud, écrivain et journaliste : « Les policiers m’ont traité de tous les noms… », Dernières nouvelles d'Algérie, 12 février 2011.
  11. Jeune Afrique no 2648 du 9-15 octobre 2011, p. 76
  12. a et b Meursault, contre-enquête, sur le site des Éditions Barzakh.
  13. (en) Adam Gopnik, « The next thing. Michel Houellebecq's Francophobic satire », The New Yorker, 26 janvier 2015.
  14. « Emmanuel Carrère absent de la première sélection du Goncourt », lemonde.fr, 4 septembre 2014.
  15. « L'écrivain algérien Kamel Daoud remporte le prix François-Mauriac », Al Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2017)
  16. a et b Article Prix Goncourt 2014, journal L'Express, du 5 novembre 2014.
  17. Yacine Farah, « Kamel Daoud, si près du but… », El Watan, 6 novembre 2014.
  18. a et b « Le Goncourt du premier roman décerné au romancier algérien Kamel Daoud », sur Le Monde (consulté le 5 mai 2015).
  19. Article site Livres Hebdo, du 26 mars 2015.
  20. Du 21 au 25 juillet 2015.
  21. P. 328
  22. « Kamel Daoud journaliste de l'année ! », Le Point, 11 février 2016.
  23. « Kamel Daoud, l’insoumis Entretien avec l’écrivain algérien », sur canalacademie.com,
  24. « L'intellectuel algérien Kamel Daoud menacé par une "fatwa" », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2017)
  25. « Kamel Daoud chez Ruquier: "La colonisation a été une violence, il faut que ce soit clair" (VIDÉO) », Al Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2017)
  26. « Kamel Daoud sous le coup d'une fatwa », lepoint.fr, 17 décembre 2014.
  27. Saïd Aït-Hatrit, « En Algérie, les islamistes radicaux à l’air libre », lemonde.fr, 15 janvier 2015.
  28. « Algérie : Kamel Daour fait condamner un iman », sur Libération, publié le 8 mars 2016.
  29. Affaire Kamel Daoud-Hamadache: Le tribunal d’Oran se déclare incompétent, site Algéria-watch, 9 juin 2016.
  30. Kamel Daoud : « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 31 janvier 2016.
  31. Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés » sur lemonde.fr.
  32. Kamel Daoud : « Le verdict d'islamophobie sert aujourd'hui d'inquisition » sur marianne.net.
  33. « Lettre à un ami étranger » sur lequotidien-oran.com.
  34. Rubrique « Le Banc Public ».
  35. « Kamel Daoud ou le principe de déradicalisation », sur liberation.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  36. « Kamel Daoud victime de l'arrogance des universitaires », sur courrierinternational.com, (consulté le 21 janvier 2019)
  37. « La gauche dans le piège de Cologne », sur nouvelobs.com, (consulté le 21 janvier 2019)
  38. « Kamel Daoud ou la défaite du débat », sur lemonde.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  39. « Polémique : pourquoi Kamel Daoud a raison », sur jeuneafrique.com, (consulté le 21 janvier 2019)
  40. « Non à l’hallali contre Kamel Daoud », sur liberation.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  41. « Défendons « les libres-penseurs venus du monde musulman » contre les fatwas de l’intelligentsia », sur lemonde.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  42. « Manuel Valls monte au créneau pour soutenir l’écrivain Kamel Daoud », sur lemonde.fr, (consulté le 20 janvier 2019)
  43. « Le procès en islamophobie contre Kamel Daoud est digne de l'époque stalinienne », entretien avec Laurent Bouvet, lefigaro.fr, 1er mars 2016.
  44. Fawzia Zouari, « Au nom de Kamel Daoud », Libération, 28 février 2016, lire en ligne.
  45. « Peut-on critiquer Kamel Daoud », sur politis.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  46. « Après Cologne, interroger les sources de la violence sexuelle », sur liberation.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  47. « Après Cologne : le piège culturaliste », sur blogs.mediapart.fr, (consulté le 21 janvier 2019)
  48. a et b Achour Cheurfi, Les écrivains algériens, Casbah Éditions, Alger, 2002, p. 136.
  49. Kamel Daoud remporte le prix littéraire Mohammed Dib, Le Matin, 10/05/2008.
  50. a et b Biographie, sur le site de son éditeur Actes Sud.
  51. L'ouvrage et ses prix, chez son éditeur Actes Sud, octobre 2014.
  52. Liste Goncourt et lauréats, site officiel de l'Académie Goncourt.
  53. « Invité Afrique - Kamel Daoud: «écrire, c'est une manière de ne pas mourir» », RFI,‎ (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2017)

Voir aussiModifier

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