Afrique romaine

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Afrique romaine
(la) Africa Romana

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Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après
L'Empire romain en 116, peu avant la mort de l'empereur Trajan.
Informations générales
Statut
Langue Latin, punique et langues berbères
Religion
Monnaie Monnaie romaine
Histoire et événements
Début de la conquête romaine

Entités précédentes :

L'Afrique romaine désigne soit les terres d'Afrique dominées par Rome, soit la part romanisée de l'Afrique.

Image d'une peinture montrant Virgile, entouré de Clio et Melpomène, tient un volumen où l'on peut lire le huitième vers de l'Énéide.
Mosaïque dite de Virgile et les Muses, expression de la latinité à l'œuvre dans l'art africain.
Mosaïque découverte à Hadrumète en 1895, datée du début du IIIe siècle - conservée au musée du Bardo, à Tunis.

Cadre géographiqueModifier

 
Provinces de l'Afrique romaine après la réforme de Dioclétien.

L'Afrique romaine s'étend d'est en ouest, de la Petite Syrte aux côtes atlantiques de l'actuel Maroc. Après la réforme territoriale et administrative de Dioclétien en , elle comprend huit provinces romaines (d'est en ouest) : la Tripolitaine, la Byzacène, l'Afrique proconsulaire, la Numidie cirtéenne, la Numidie militaire, la Maurétanie sétifienne, la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane[1].

Les provinces de Cyrénaïque et d'Égypte ne sont pas incluses dans l'ensemble régional, car ces deux provinces reçoivent un traitement à part dans les sources antiques. Géographiquement, des déserts les séparent du reste de l'Afrique du nord, tandis que Tripolitaine et Leptis Magna sont dans la continuité territoriale de l'Afrique du Nord. Culturellement, elles sont dans l'aire hellénistique, clairement distinguée de la zone punique puis romaine[réf. nécessaire]. Administrativement, l'Égypte a toujours été un cas à part dans l'Empire romain, et la Cyrénaïque a été plusieurs fois rattachée à la Crète, terre habitée la plus proche[réf. nécessaire].

PeuplementModifier

L'Afrique romaine est peuplée de peuples sédentaires - comme les Maures localisés dans la partie occidentale et les Numides à l'Est et au centre de cette zone géographique - mais aussi nomades (Gétules et Garamantes dans les régions désertiques et les steppes)[C 1]. Les nomades de la région, auxquels les Romains au début de leur avancée n'accordent que peu d'intérêt, vivent principalement de l'élevage qui nécessite à l'époque des déplacements à chaque saison pour que les troupeaux puissent paître et s'abreuver[C 2]. Puis, les successeurs d'Auguste jusqu'à Septime Sévère vont repousser toujours plus loin vers le sud et l'ouest les nomades en offrant leur terre aux peuples sédentaires[C 3].

HistoireModifier

De la conquête à la fin de la République romaineModifier

Marcel Le Glay constate : « Punico-romaine jusqu'à César, romano-punique ensuite, l'Afrique du Nord ne devint vraiment romaine que sous les Flaviens. »[A 1].

Évolution administrative des provinces africaines
Avant la conquête
Carthage
Royaume de Numidie orientale
Royaume de Numidie occidentale
Royaume de Maurétanie
Africa
Numidie
Maurétanie
Africa
Numidie
Maurétanie orientale
Maurétanie occidentale
Africa Vetus
Africa Nova
Maurétanie orientale
Maurétanie occidentale
Afrique proconsulaire
Royaume de Maurétanie
4042
Afrique proconsulaire
Maurétanie
avant 200
Afrique proconsulaire
Numidie
Maurétanie césarienne
Maurétanie tingitane
Après la réforme de Dioclétien
Proconsulaire (Nord)
Byzacène (Centre)
Tripolitaine (Sud-Est)
Numidie
(partagée entre 303 et 314)
Maurétanie césarienne
Maurétanie sétifienne
(284 – 288)
Maurétanie tingitane

États d'Afrique à la veille de la conquête romaineModifier

 
Zones d'influence de Rome et Carthage en Méditerranée avant les guerres puniques en .

Pour maintenir son emprise sur la région, Rome cherche à entretenir, dès la fin de la deuxième guerre punique, les divisions entre les différents royaumes d'Afrique du Nord en Afrique du Nord (Massyli, Numidae, Mauri, Getulae) qui rentrent souvent en concurrence[2].

En , Massinissa, roi des Massyles, s'allie à Rome contre Carthage et le roi Syphax. Son apport est décisif pour la victoire romaine mais la puissance de son royaume, à l'instar de celle de la république carthaginoise, est incompatible avec les intérêts romains en Méditerranée. Pendant une cinquantaine d'années, Rome entretient des relations diplomatiques et commerciales avec Massinissa et Carthage, et leur achète du blé en cas de besoin[3]. Massinissa unifie le royaume numide en et a des vues sur le territoire carthaginois, mais sa mort stoppe cette volonté expansionniste[4].

Conquête romaine et lois agrairesModifier

 
La fossa regia qui marque la frontière entre les deux provinces romaines d'Africa vetus et d'Africa nova.

À l'issue de la troisième guerre punique, après la victoire de , « l'Afrique fut le prix de la victoire ; et le monde ne tarda pas à suivre le sort de l'Afrique » comme le fait remarquer Florus, historien aux origines africaines[5].

Après la chute de Carthage, Scipion Émilien est chargé par le Sénat de fixer les frontières du nouveau territoire[A 2]. Le général romain fait délimiter la frontière par un fossé la fossa regia sur l'ancienne frontière entre le territoire carthaginois et le territoire numide[A 3]. La première province romaine en Afrique est ainsi créée sous le nom d' Africa[C 4]. C'est une province de taille modeste, moins de 25 000 km2, à peu près le nord-ouest de l'actuelle Tunisie[réf. nécessaire]. Elle est gouvernée soit par un préteur, soit par un propréteur[réf. nécessaire]. Sept villes toutefois gagnent leur autonomie pour avoir pris position contre Carthage : Utique, Hadrumète, Thapsus, Leptis Minor, Acholla, Theudalis et Uzalis[C 5].

En , la lex Rubria autorise 6 000 colons d'origine romaine et italienne à s'installer dans les territoires romains d'Afrique[C 6]. Mais c'est un échec politique pour son initiateur Caius Gracchus, même si des colons italiens sont recensés jusqu'au territoire du roi numide Micipsa[C 7]. Peu de temps après, à la mort de ce dernier en , Rome arbitre à plusieurs reprises les problèmes de succession et, à chaque fois, dans le sens d'une division en plusieurs royaumes[réf. nécessaire].

Jugurtha, petit-fils de Massinissa, ami et client de Rome, provoque la colère romaine après avoir fait massacrer des marchands de céréales italiens et des citoyens romains de Cirta[B 1]. Le Sénat lui déclare la guerre en [réf. nécessaire] et l'année suivante la Lex Baebia agraria définit le devenir des terres africaines de Rome[C 8].

La fin de la guerre de Jugurtha en , sanctionne l'échec d'une politique numide en Afrique[B 1]. La carte de la région s'en trouve modifiée, le royaume de Numidie est partagé entre un royaume réduit sous le contrôle de Rome et la Maurétanie, l'ager publicus est agrandi[6].

De nombreux vétérans issus des légions de Caius Marius s'installent en Afrique après le vote de la Lex Saturnina agraria en qui leur accorde à chacun 100 iugera de terre à Thibaris, Thuburnica et Uchi Maius[B 1],[C 9]. Des auxiliaires gétules obtiennent également le droit de cité de la part du général romain[C 9].

Consolidation à la fin de la RépubliqueModifier

Après la bataille de Thapsus en 46 av. J.-C. et la défaite des pompéiens alliés à Juba Ier, roi de Numidie, Jules César annexe le royaume numide[A 3]. La province d'Africa nova est créée par opposition à la première province, nommée dès lors Africa vetus[A 3]. La limite entre les deux provinces est toujours marquée par la fossa regia[A 3]. Les royaumes indigènes se trouvent confrontés à un nouvel État et à l'extension des possessions romaines, c'est ainsi que disparaît la Numidie en tant que royaume[7],[B 2].

La frontière ouest de la province est protégée par un territoire dénommé Sittiani, entre la Numidie du Nord entre Cirta et la côte, qui est attribuée à Publius Sittius, un aventurier campanien de Nucérie allié de Jules César[8],[C 10]. Ce territoire est donné à Publius Sittius pour permettre à Jules César de s'acquitter d'une dette, tout en protégeant en avant l'Africa nova et Africa vetus avec des soldats originaires d'Italie[C 11]. Quatre colonies romaines : Cirta[B 3], Rusicade, Milev et Chullu ne restent pas indépendantes de la province romaine après la mort de Jules César mais elles gardent des privilèges de ce passé[C 11].

À cette période, des Romains sont déjà installés en Afrique : des commerçants dans les villes côtières, des propriétaires à titre individuel ou des colons placés par Rome lors des décennies précédentes[C 12]. Jules César poursuit la politique de colonisation en fondant les colonies de Carthage, Clupea, Curubis et préparent l'emplacement pour les futures colonies de l'ère augustéenne (Carpis, Hippo Diarrhytus et Néapolis)[C 13].

Haut-Empire romainModifier

Conquête sous les Julio-ClaudiensModifier

 
Carte de l'Empire romain en 37 à l'avènement de Caligula.
 
Vestiges à Ammaedara (aujourd'hui Haïdra), premier cantonnement de la legio III Augusta établi sous le règne d'Auguste.

En , les provinces romaines d'Africa Vetus et d'Africa Nova sont regroupées en une seule et même province confié à un sénateur à pouvoir proconsulaire[A 4]. La Numidie est rattachée à cette province[C 14]. La Legio III Augusta voit son maintien confirmé sur le sol africain, alors que les provinces sénatoriales sont dépourvues de légions romaines[A 5]. Les intérêts économiques de la classe sénatoriale en Afrique sont trop importants pour qu'Auguste ne confie pas son administration au Sénat[C 15].

Pendant le règne d'Auguste et de ses successeurs, Rome ne se contente pas de « veiller sur la dépouille » du royaume punique, selon la formule de Theodor Mommsen[A 6]. Une véritable politique d'urbanisation et de contrôle du territoire est mis en place par les premiers empereurs romains[A 6].

Ainsi, le premier espace contrôlé par les Romains est un espace avec un haut degré de civilisation urbaine : les régions de Carthage, Cirta, Sicca Veneria[C 16]. Dans l'ancienne Africa Vetus, Auguste complète la ceinture de nouvelles colonies destinées à entourer la ville de Carthage reconstruite : Maxula, Tertiadecima, Thuburbo Minus et Uthina[C 17]. Dans l'ancienne Africa Nova, les sites d'implantation choisis par Auguste correspondent à une volonté de maîtriser le territoire : Assuras, Sicca Veneria, Simitthu et Thabraca[C 16]. Douze colonies de vétérans sont également créées par Auguste en Maurétanie : six colonies en bord de mer (Cartennae Gunugu, Igilgili, Rusazus, Rusguniae et Saldae), trois sont créées à l'intérieur des terres (Aquae Calidae, Tubusuptu et Zucchabar) et trois sur l'emplacement de villes préexistantes[C 18]. Elles sont confiées à son protégé Juba II et assignées à la défense de l’Afrique du Nord[C 19]. La Maurétanie devient, à partir de , un royaume client dirigé par Juba II, fils de Juba Ier, défait en par Jules César[C 19].

Sous le règne d'Auguste, les progrès de la romanisation sont longs et de nombreuses révoltes éclatent comme celle de réprimée par Lucius Sempronius Aratinus, ou celle des Garamantes et des Gétules entre et contrôlée par Lucius Cornelius Balbus, ou encore celle de 3 maîtrisée par Lucius Passienus Rufus ou de l'année suivante qui concernent à nouveau les Gétules et les Musulames[A 7]. Pour mettre fin aux révoltes dans ce secteur, la legio III Augusta est stationnée à Ammaedara[A 8]. Parallèlement à ces révoltes locales, pendant les « périodes de calme », les Romains poursuivent la colonisation du territoire[C 20].

Sous le règne de Tibère, la révolte menée par Tacfarinas, un ancien auxiliaire numide de l'armée romaine, et par les Musulames en 17 montrent que la région n'est pas encore pacifiée[A 8],[B 4]. La révolte ne se termine que par la mort de ce dernier en 24 lors d'une embuscade tendue par les Romains[B 4].

En 37, l'empereur Caligula nomme un légat pour diriger la legio III Augusta, qui dépend désormais directement de l'empereur pour les questions militaires mais reste subordonné au proconsul de la province installé à Carthage[A 9]. Mais en 40, Caligula fait assassiner Ptolémée, roi de Maurétanie et annexe son royaume, transformant le protectorat romain en domination directe et amenant à de nouvelles révoltes des Musulames[A 10].

En 42, Claude divise la Maurétanie en deux provinces procuratoriennes : Maurétanie Tingitane à l'ouest et Maurétanie Césarienne à l'est[B 5]. En 44, il envoie Sergius Sulpicius Galba pour rétablir l'ordre et pacifier l'Afrique, mission rétablie qui permet à Rome de maintenir son approvisionnement en blé africain[A 11].

Sous les FlaviensModifier

 
Denier avec galère et portrait de Lucius Clodius Macer.

Le règne des Flaviens constitue pour l'Afrique une période de stabilisation après les troubles et les acquisitions territoriales. Pour Marcel Le Glay, c'est « sous le règne des Flaviens que, préparées de loin par les actes des Julio-Claudiens, mais précipitées par l'œuvre même de Vespasien et de ses fils, se sont opérées, lourdes de conséquences pour l'avenir, les grandes mutations qui ont affecté des domaines essentiels de la vie publique et privée des Africains »[A 6].

À son avènement, Vespasien, ancien proconsul de la province, est mal accueilli par les habitants des provinces d'Afrique romaine[A 12]. Les provinces ont connu précédemment une période de troubles lors des incursions des Garamantes) et des Musulames[A 13]. L'année précédant l'arrivée de Vespasien au pouvoir impérial, lors de l'année des quatre empereurs, le légat de la III Legio Augusta, Lucius Clodius Macer, se révolte contre Rome et menace de priver Rome du blé africain en créant une nouvelle légion dénommée legio I Macriana liberatrix[A 14]. Galba, empereur du moment, confie au procurateur Lucceius Albinus le soin de mater la révolte et fait assassiner le légat[A 14].

La priorité de Vespasien est la mise en ordre des provinces. À cette fin, il renouvelle le personnel dirigeant, en choisissant les proconsuls au sein des riches familles italiennes[A 15]. L'étape suivante consiste sur le long terme à supprimer la culture punique chez les peuples berbères[A 16]. C'est ainsi que la romanisation s'accélère et les communautés du sud sont soumises à un plus grand contrôle, voire à une mise sous tutelle[réf. nécessaire]. Dans la même logique, on constate une multiplication du nombre de promotions juridiques sur le territoire de l'Africa nova et même au-delà, comme le prouve la création de diverses colonies qui servent également à pacifier le sud du territoire : Ammaedara, Cillium, Sufetula et Thelepte[A 17]. L'Ouest de l'Afrique connaît également quelques promotions de cités comme Madaure aux confins de la Numidie entre la fin du règne de Vespasien et le règne de Nerva, ou encore Aquae Flavianae, Mascula, Icosium, Vazaivi[A 17].

Sous les AntoninsModifier

 
Limes africain au IIe siècle.

Comme le remarque Marcel Le Glay, « les Antonins ont récolté en Afrique ce que les Flaviens avaient semé[A 18] » et de nombreux signes sont réunis pour parler d'un apogée africaine. L'Africa connaît sous la dynastie des Antonins un essor urbain sans précédent[réf. nécessaire]. Signe de ce succès, la première visite impériale en Afrique par l'empereur Hadrien en 128[réf. nécessaire]. De nouveaux statuts sont accordés aux communautés urbaines[réf. nécessaire]. La dynastie, favorable aux promotions provinciales, devait de manière générale rendre plus aisée l'intégration municipale[9].

À Rome, le parti africain gagne en importance et son influence au Sénat est indéniable[10]. Fronton eut ainsi la charge de l'éducation du jeune Marc-Aurèle[réf. nécessaire].

À la fin du IIe siècle, l'Afrique assure un quasi-monopole sur le marché romain du blé et de l'huile[B 6]. Commode doit créer une flotte dénommée classis Africana Commodiana gérée par l'État afin de se substituer à la corporation chargée de ce transport pour ravitailler Rome en blé[B 6]. Une autre illustration du poids de l'approvisionnement africain, la révolte populaire de 190 est probablement suscitée par le successeur de Commode, Pertinax, ancien proconsul d'Afrique et, à l'époque, le Préfet de Rome, qui aurait volontairement suscité la disette en jugulant l'annone, soutenu par le « parti africain »[réf. nécessaire].

Bas-Empire romainModifier

Sous les SévèresModifier

L'empereur Septime Sévère et son fils Caracalla sont les artisans d'une politique municipale déterminée. Les grandes familles de Leptis Magna accèdent à l'ordre sénatorial[réf. nécessaire].

L'expansion territoriale se poursuit. La province de Numidie devient autonome avant 200, ce qui met fin à la situation étrange où légat et proconsul se côtoient au sein d'une même province[réf. nécessaire]. Le limes progresse vers le sud et l'ouest[réf. nécessaire]. Les hauts plateaux de la Maurétanie Césarienne font l'objet d'un contrôle accru, tout particulièrement les points d'eau et les axes de transhumance[réf. nécessaire].

Sur le plan économique, les campagnes et leurs castellae connaissent une certaine prospérité et le réseau routier se développe. L'huile africaine est exportée sur tout le marché méditerranéen et la Tripolitaine s'ouvre au commerce agricole[réf. nécessaire].

L'enrichissement général des provinces devait stimuler l'évergétisme et le développement urbain[réf. nécessaire]. Enfin, la croissance démographique est forte et l'Afrique compte à la fin du Haut Empire entre sept et huit millions d'habitants[11].

Crises du IIIe siècleModifier

Dans l'ensemble de l'empire, la crise est due à la conjonction de deux facteurs : tout d'abord, l'instabilité politique chronique, ponctuée par une longue série d'usurpations et de guerres civiles, notamment en 238[réf. nécessaire]. Puis, la pression sur le limes (Rhin, haut Danube et Danube inférieur, frontière orientale) qui se traduit par des invasions difficilement jugulées. Se développent parallèlement des foyers de dissidence en Africa[réf. nécessaire].

Le retour à l'ordre marque, en 284, l'affermissement du pouvoir de Dioclétien[réf. nécessaire]. Les structures de l'empire en sortent profondément transformées[réf. nécessaire].

Crise de l'Empire qui débute en AfriqueModifier
 
Marbre de Gordien Ier entre 220 et 230.

En 235, dans un contexte de grave conflit avec les Alamans, un coup d'État amène au pouvoir Maximin le Thrace, issu des humiliores[réf. nécessaire]. Il est mal accepté par le Sénat et il le lui rend bien en adoptant une politique hostile à son égard[réf. nécessaire]. Brillant militaire, il est populaire auprès des soldats[réf. nécessaire]. Il consacre tous ses soins au réseau routier et sa politique répond exclusivement aux impératifs militaires. Cette politique défensive exige une fiscalité accrue, pression fiscale dont le poids explique pour partie la révolte africaine[réf. nécessaire].

La crise, qui devait profondément marquer l'Empire romain, survient en janvier 238 dans la région de Thysdrus (El Djem)[réf. nécessaire]. Des habitants de la cité assassinent le procurateur en place qui s'est rendu odieux aux yeux des contribuables et, le 22 mars 238, proclament co-empereurs Gordien, un riche sénateur, et son fils[12],[B 6]. Selon Hérodien, très critique vis-à-vis de Maximin, les révoltés sont essentiellement des jeunes de la région, définis par certains historiens comme appartenant à l'aristocratie de la cité ou émanant de la grande propriété foncière, soutenus par des membres des classes populaires liés à eux par des relations de patronage[13].

Capellianus, un sénateur fidèle à l'empereur Maximin, mis en place au poste de gouverneur de Numidie par ce dernier, entame une marche sur Carthage afin de mettre à mal la révolte[réf. nécessaire]. Il possède une force militaire importante car il est légat de la Legio III Augusta, basée en Numidie pour contenir la présence des Maures nombreux dans la région[réf. nécessaire]. Hérodien souligne la cruauté de la répression de Capellianus et rend compte de la gravité de la crise interne : « Capellianus, entré dans Carthage, fit périr tous ceux des premiers citoyens de cette ville qui s'étaient échappés du combat. Il n'épargna point les temples, qu'il pilla, ainsi que toutes les fortunes privées et les trésors publics. Il parcourut ensuite les autres cités qui avaient renversé les statues de Maximin, punit de mort les principaux habitants et de l'exil les citoyens obscurs »[14]. L'auteur ne manque pas de préciser que ces actes barbares ne sont pas sans arrière-pensée politique : possédant une armée qui lui est dévouée, il pourrait selon les circonstances devenir empereur[réf. nécessaire].

Sous la pression populaire, à Rome, Gordien III est nommé par le Sénat, à treize ans, comme héritier de l'empire[réf. nécessaire]. Maximin meurt peu de temps après et l'avènement de Gordien III met un terme à la crise[réf. nécessaire].

Si le nouvel empereur ramène l'équilibre dans l'empire, sa nomination n'est pas sans conséquence pour l'Afrique[réf. nécessaire]. Sous son règne, la Legio III Augusta est dissoute[15] et remplacée par un « système plus défensif » fondé sur la mobilisation de troupes auxiliaires[16], ce qui a pour conséquence de diminuer l'influence romaine dans la région[réf. nécessaire].

Réorganisation des provinces sous la TétrarchieModifier

Le règne des premiers tétrarques est marqué par les persécution de Dioclétien, une profonde réorganisation des provinces africaines et des révoltes locales[réf. nécessaire].

L'accélération au milieu du IIIe siècle des mouvements d'insoumission et de révolte des tribus africaines provoque la restructuration des effectifs militaires romains[réf. nécessaire]. L'hégémonie de l'empire n'est pas remis en cause[réf. nécessaire]. Hormis la révolte des Maures de Grande Kabylie et les nombreuses invasions en Maurétanie Césarienne et Numidie rendues possibles par la disparition momentanée de la légion, Rome a pu maîtriser la situation[réf. nécessaire].

Dioclétien engage une profonde réforme administrative des provinces africaines[réf. nécessaire]. La Maurétanie Sitifienne (ou Tabienne) est d'abord créée entre 284 et 288, se séparant ainsi de la Maurétanie Césarienne mais le praeses de Maurétanie Césarienne est toujours responsable de la défense régionale[réf. nécessaire].

Les autres changements interviennent en 303[réf. nécessaire]. La Numidie est brièvement partagée en deux provinces : la Numidie Cirtéenne (capitale Cirta) et la Numidie Militienne (ou Militaire). Ces deux provinces sont à nouveau réunies en 314[réf. nécessaire].

Enfin, la Proconsulaire est divisée en trois unités administratives : la Proconsulaire (au nord), la Byzacène (au centre) et la Tripolitaine (au sud-est)[réf. nécessaire]. Le commandement militaire est remis pour tout le diocèse d'Afrique à un comte (excepté la Maurétanie Tingitane, rattachée au diocèse d'Hispanie)[réf. nécessaire]. Le vicaire d’Afrique devient le chef hiérarchique de tous les gouverneurs à l'exception du proconsul[réf. nécessaire].

Usurpations et révoltes aux IVe et Ve sièclesModifier

 
Espagne et Afrique du Nord-Ouest vers 400
 
Afrique du Nord-Est, provinces de Cyrénaïque et d'Égypte vers 400
 
Follis frappé dans les ateliers de Cirta par Domitius Alexander. Au revers, effigie de Carthage tenant dans chaque main des fruits.

Les provinces africaines connaissent au Bas-Empire une suite d'usurpations et de rébellions « qui ont longtemps illustré, pour certains historiens, le déclin ou la décadence, caractéristique principale, selon eux, de ce temps » bien que la recherche récente a mis en avant la prospérité relative de la région[17]. Il est possible de procéder à un recensement de ces mouvements, mais force est de constater que nous disposons sur ce sujet, d'une documentation inégale. Chronologiquement, cinq épisodes sont plus ou moins bien identifiés :

De l'invasion vandale à l'invasion arabeModifier

L’Afrique romaine a échappé aux grandes invasions du Ve siècle jusqu’en 429, lorsque les Vandales de Genséric débarquent sur les côtes de Maurétanie[réf. nécessaire]. En 439, ils s’emparent de Carthage et créent un royaume qui domine l’Afrique proconsulaire, la Byzacène, la Numidie, la Maurétanie sitifienne et une partie de la côte de la Maurétanie césarienne[réf. nécessaire]. Les Vandales, peu nombreux, s’installent autour de Carthage et sur ce territoire confisquent une partie des domaines des grands propriétaires et des biens de l’église, qu’ils donnent à leurs évêques ariens[réf. nécessaire]. L’opposition religieuse d’un clergé africain nicéen, peu enclin au compromis, est vive et la répression vandale culmine par des déportations d’évêques et la confiscation de tous les biens d’Église en 484, qui sont restitués en 495 en mesure d’apaisement[19].

Malgré ce conflit avec les élites locales, les Vandales ne détruisent pas la culture romaine : en témoignent les tablettes Albertini, recueillies en 1928 à une centaine de kilomètres au sud de Tebassa[réf. nécessaire]. Cette série d’actes notariés établis entre 493 et 496 sont rédigées selon les formules du droit romain, dans un latin mêlé de mots berbères et emploient les unités monétaires romaines. Les parties et les témoins qui savent signer le font en latin, et certains portent des titres romains : magister, flamine perpétuel, presbyter[20].

Le reste de la Maurétanie hors de la domination vandale se fractionne rapidement en une série de principautés berbères indépendants : royaume d’Altava, royaume de l’Ouarsenis, royaume du Hodna, royaume des Aurès, où romanité et chrétienté se perpétuent en vase clos[20]. Au début des années 480, la notice des provinces et cités d’Afrique recense 166 évêchés pour les Maurétanies Sitifienne et Césarienne[21].

 
La reconquête partielle de l’Afrique romaine par l'empereur byzantin Justinien.

Sous le règne de l’empereur Justinien, l’Afrique revient dans le monde romain avec la reconquête du royaume vandale en 533-534, puis la reprise de contrôle des tribus berbères de Numidie et de la côte maurétanienne jusqu’à Césarée (Cherchell), ainsi que de la région de Tingis[réf. nécessaire]. Lucien Musset dresse ce bilan du siècle de domination vandale : l’Afrique romaine perd le meilleur de ses forces spirituelles et de sa classe dirigeante, ainsi qu’une bonne partie de ses territoires périphériques[19]. Une Afrique romaine réduite à sa partie Est renaî[réf. nécessaire]t. Elle se couvre de fortifications byzantines et revient à une période de prospérité économique durant le VIe siècle[réf. nécessaire].

Les principautés maures conservent leur indépendance, avec encore un christianisme actif : des textes mentionnent des conciles locaux en 525, et 646[réf. nécessaire]. Des épigraphies chrétiennes apparaissent à Altava jusqu’en 599, à Tlemcen jusqu’en 651, à Volubilis jusqu’en 655[21].

Après un premier raid sur Sbeïtla en 643, la conquête et l’occupation arabe débute par la fondation de Kairouan en 670[réf. nécessaire]. Carthage tombe en 698, Ceuta à l’autre bout de l’Afrique en 709], l’ancienne province d’Afrique devient l’Ifriqiya[réf. nécessaire]. Les berbères christianisés, dirigées notamment par Kahena, résistent vigoureusement, s’emparant même de Kairouan de 683 à 686[réf. nécessaire].

À partir du VIIIe siècle après la conquête arabe, les données sur la survivance de la culture et de la religion romaine sont très rares[B 11]. Les populations se convertissent à l’islam, religion du pouvoir dominant, mais l’on ignore à quel rythme. Selon Antonino Di Vita, la persistance du punique dans les campagnes, signalée du temps d’Augustin d’Hippone, expliquerait en partie une rapide assimilation par des conquérants partageant un fond culturel sémitique commun[22]. Néanmoins, cette conversion est chaotique : selon Ibn Khaldoun, les Berbères apostasièrent jusqu’à douze fois en 70 ans, tandis que d’autres embrassaient au VIIIe siècle le kharidjisme, une forme d’islam dissidente, puritaine et égalitaire, rebelle au califat. Des populations chrétiennes subsistent, et l’on trouve encore des épitaphes du Xe siècle et du XIe siècle rédigées en latin en Tripolitaine et à Kairouan, mais des lettres de papes Léon IX et Grégoire VII ne dénombrent plus que cinq évêques africains en 1053, et deux en 1076[21]. À la fin du XIe siècle, les dernières traces romaines s’éteignaient[23].

De l’Afrique romaine, subsistent essentiellement de très nombreux vestiges archéologiques, allant des spectaculaires monuments de El Djem, Leptis Magna et Sabratha aux plus modestes sites dispersés dans les campagnes d’Afrique du nord.

Le système défensif romain : armée et limesModifier

 
En brun foncé, le territoire romain à la fin du Ier siècle. En brun clair, l'extension du limes sous le règne de Septime Sévère. En brun très clair, l'occupation du territoire des Garamantes en 203.

La défense de l’Afrique romaine est assurée durant la période républicaine par le maintien de troupes[réf. nécessaire].

Dès 27 av. J.-C., l'empereur Auguste confirme le maintien en Afrique de la Legio III Augusta alors que l'Afrique est une province sénatoriale[A 5]. Une route est aménagée entre le camp de légionnaires et Capsa, puis Tacape[C 21]. Puis, les aménagements en profondeur commencent à la fin du règne d’Auguste lorsque les Romains construisent des routes qui pénètrent le pays numide à partir de Carthage, et une rocade est créée allant de Leptis Minor à Hippo Regius[réf. nécessaire]. Le limes commence à être édifié dans le secteur : le limes Tubunensis, le limes Gemellensis et le limes Badensis permettent de compléter les obstacles naturels[C 22].

L’annexion inopinée du royaume de Maurétanie n'est pas immédiatement suivie d’une prise de contrôle : les Romains se limitent d’abord à aménager une route côtière allant de Igilgili à Melilla[24].

À l'époque flavienne, en Afrique, l'attention des empereurs dans le domaine militaire se porte sur le sud et l'ouest[A 19]. Au Sud, les Garamandes, qui inquiètent régulièrement jusqu'à cette époque les villes cotîères de la côte tripolitaine et la cité de Lepcis Magna, sont pacifiés lors de la prise de Garama par Valerius Festus[A 20]. Les prisonniers finiront aux jeux du cirque et ce peuple reste fidèle à Rome jusqu'à la fin de l'Empire romain[A 21]. À l'Ouest, les Musulames ne sont pas encore pacifiées, ce qui nécessite le transfert de la legio III Augusta qui installe son commandement au nœud routier de Théveste en 75, surveillant les tribus des Aurès et celles de la région du Chott el-Jérid[A 22]. Un détachement de la légion, puis le quartier général de la légion est ensuite déplacée progressivement à partir de 81 à Lambèse[A 23]. Sous le règne de Vespasien, des archers montés dénommés Chalcideni, originaires de la province de Syrie, sont stationnés sur le limes dès 78[A 24].

À l'époque antonine, la legio III Augusta établit définitivement son camp à Lambèse[B 5]. Trajan ordonne l'occupation des montagnes de l'Aurès par des garnisons et des vétérans[C 23]. En efet, l’allongement est-ouest du relief de la Maurétanie Césarienne impose une avancée parallèle à cet axe : une première route est construite sous Trajan et Hadrien[réf. nécessaire]. Rome y contrôle une bande de territoires de 50 à 100 km de la côte jusqu'aux châines montagneuses de l'arrière-pays[B 5]. Hadrien renforce le système défensif de l'Afrique avec la création d'unités d'archers palmyréens[A 24].

Sous les Sévères, le limes se développe dans les provinces de Maurétanie avec un système bien défini : les plus riches participent en finançant les constructions et les plus pauvres en apportant leur main d'oeuvre[B 5]. Septime Sévère créée l'annone militaire [B 5]. Cet empereur romain fait construire une nouvelle rocade jusqu’à Numerus Syrorum (Maghnia) élargit vers les sud le contrôle de la Maurétanie Césarienne, tandis qu’une route périphérique, le limes Tripolitanus entoure le secteur de Leptis Magna. Enfin, des postes avancés dans le désert surveillent les tribus nomades : Castellum Dimmidi (oasis de Messaad), Cydamus (Ghadamès), Bu Njem (Libye actuelle). Les forces armées permanentes consistent en une unique légion, toujours la Legion III Augusta, complétée par de nombreuses unités auxiliaires réparties sur la Maurétanie Césarienne, et renforcée en Maurétaine Tingitane par des alliances avec les tribus maures[25],[20]. Les successeurs de Septime Sévère étendent le limes au sud des régions montagneuses[C 23].[C 22]

Au IVe siècle, le limes maurétanien n'est plus que l'ombre de lui-même et de nombreuses tribus arrivent dans les Maurétanies[B 8].

Le fait tribalModifier

Pline l'Ancien dénombrait cinq cent seize populos entre l’Ampsaga et les « Autels des Philènes »[26], donc dans la grande Proconsulaire, tribus dont l'importance numérique et la place dans les sources sont très variables. La question de la répartition géographique des tribus et peuples a suscité une importante bibliographie mais aucune carte ne semble pouvoir prétendre à l'exhaustivité ni à la précision absolue.

En Afrique du Nord, les sources anciennes grecques et romaines (Hérodote, Strabon, Pline ou Pomponius Mela)[26],[27] distinguent une zone urbanisée, une zone tribale où domine le pastoralisme, ainsi qu'une zone méridionale peuplée de nomades, nommée Gétulie. Cette distinction a été consacrée par l'historiographie[B 12]. Les Romains exercent un contrôle rapide sur les première et seconde zones, mais ont peu dominé la troisième d'où une nécessaire distinction entre provinces romaines d'Afrique et occupation romaine en Afrique. Si la place de la civilisation urbaine en Afrique du Nord est importante avant et après la conquête romaine, l'organisation tribale occupe une situation appréciable au sein des sociétés africaines.

Principales tribus d'Afrique romaineModifier

Les rapports avec les tribusModifier

Les relations des tribus avec les représentants de Rome sont nombreuses et complexes du fait de la diversité et de la spécificité des tribus et donc des attitudes du pouvoir romain. Une séparation entre les régions orientales - plus intégrées et romanisées et où l'influence des cités est prépondérante - et occidentales semble toutefois être marquée dans les rapports qu'entretiennent Rome avec les communautés tribales. On ne peut pas sérieusement analyser les révoltes indigènes sans prendre en compte l’hétérogénéité des situations africaines. Le phénomène est vécu sensiblement différemment selon les provinces. Cette disparité amène Rome à traiter diversement selon les soulèvements.

La donnée majeure qui devait bouleverser la relation des tribus avec l'État romain, est le statut juridique de la terre dans la doctrine juridique romaine : « in eo (provinciali) solo dominium populi Romani est vel Caesaris »[28]. L'ensemble des terres de l'Africa est intégré à l'ager publicus, ce qui bouleverse les rapports traditionnels et les coutumes, en particulier pour les tribus nomades. Quand un pouvoir royal est présent localement, s'établit un rapport de fidélité direct qui se traduit par des redevances en nature ou en argent, ou par un service armé, et non par l'attribution ou le contrôle des terres. C’est le rapport du groupe à la terre qui est menacé. Car en vertu de la doctrine romaine, le pouvoir romain peut décider de la propriété des terres, et n’hésite pas à limiter les territoires occupés.

Les terres font l'objet d'arpentage dès le règne de Jules César et sont ainsi soumises à la juridiction romaine. Des politiques de cantonnement, de terminatio (bornage) de et de délimitation suivent généralement. En découle une nouvelle donne institutionnelle : la tribu peut se voir reconnaître un statut, être rattaché à une cité voisine, où la civitas peut être accordée partiellement à certains membres de la tribu. La question du déplacement de populations est cependant discutée.

Si le droit des tribus et la nature des liens qui unissait les membres d'une même tribu nous sont inconnus, très rapidement, les Romains ont ressenti le besoin de contrôler les hommes grâce à des intermédiaires : les préfets des tribus ou de tribu (praefectus gentis) souvent issu de l'ordre équestre. Les chefs intégrés pouvaient aussi recevoir le titre de princeps. Ces intermédiaires permettent parfois l'émergence d'une aristocratie mixte et ouvrent la voie à la municipalisation.

Les soulèvements des tribus mauresModifier

Depuis le IIe siècle, malgré la présence de camps militaires permanents et l’envoi de détachements de légions romaines, il n’est pas rare de voir des révoltes récurrentes de la part des populations maures[A 24].

Ces évènements vont néanmoins prendre une nouvelle dimension en 253-254, une vague insurrectionnelle part de Maurétanie Césarienne et atteint la Proconsulaire. Les acteurs de cette révolte sont généralement des peuples qui, venant de l’intérieur des terres, ont été beaucoup moins touchés par la romanisation. Le soulèvement est vite réprimé[C 24].

C’est à l’ouest de l’Afrique Romaine que l’Empire rencontre le plus de problèmes. En Maurétanie Tingitane, il doit faire preuve de diplomatie en signant des traités de paix - fœdus, i - avec les tribus. Le gouverneur de la province rencontre régulièrement les Baquates, principale tribu de la région. Associée aux Macénites ou encore aux Bavares, cette tribu constitue un important rempart contre la romanité. L’Empire devait perdre sa maîtrise de certains territoires, ne contrôlant plus que le littoral et le nord de la province.

Un peu plus à l’est, en Maurétanie Césarienne et en Numidie, l’insurrection est plus forte encore et menace la région d’Auzia. La tentative d’imposer des préfets aux tribus n’est pas suffisante. Pour remédier à cette conjoncture défavorable, la Legio III Augusta est reconstituée (entre 253 et 258 selon les sources), mais elle provoque un regain de brigandage et d’instabilité. Preuve en est, le gouverneur de Césarienne obtient la charge de dux pour l'ensemble des provinces romaines, ce qui montre la gravité de la situation[C 25].

Un nouveau gouverneur de Numidie, Cornelius Macrinius Decianus[29], tente de mettre fin à la crise vers 260 et se trouve confronté à des alliances de tribus. Il parvient toutefois à repousser les Bavares qui s’étaient alliés à des rois locaux, les Quinquegentanei qui, établis dans le massif montagneux de la Djurdjura, avaient envahi la Numidie en 253, ainsi que les Fraxinenses. Les raids barbares qui ont dévasté une bonne partie de la Numidie sont finalement contenus, et les opposants à l’hégémonie romaine doivent se résoudre peu à peu à reculer[C 24].

L’Afrique Proconsulaire a quant à elle été moins touchée par les révoltes, mais n’est pas pour autant sous domination exclusive des Romains. En Tripolitaine par exemple, c’est généralement le système de délégation qui fait acte. Opposés à l’ouest de l’Afrique à des attaques violentes, les Romains préfèrent laisser une certaine autonomie aux autochtones, tout en préservant leur influence sur la région. Dans certains régions, comme en Byzacène, Rome a su garder un contrôle quasi total.

RomanisationModifier

Culture romaineModifier

De nombreux vestiges montrent la propagation de la culture romaine en Afrique : art, monuments funéraires, monuments votifs, onomastique ou religion[A 18].

Les Berbères mettent près de deux siècles et demi à abandonner les noms libyco-puniques[A 25]. Si dès la fin du Ier siècle, les tria nomina semblent adapoter par la population de l'Afrique proconsulaire, il faut atteindre le IIe siècle pour que ce principe soit adopté dans les deux provinces de Maurétanie et en Numidie[A 25]. Plus globalement, la romanisation est plus ou moins lente suivant les secteurs de l'Afrique romaine[A 26]. Les centres urbains côtiers tels que Hadrumète ou Carthage se sont très vite romanisés, comme les colonies fondées par Caius Marius en Numidie alors que les anciens comptoirs puniques sur le littoral ou les territoires numides ont connu une romanisation plus lente[A 27]. Les centres ruraux ont quant à eux peu bénéficié de l'influence romaine[A 27].

Les guerres civiles romaines du Ier siècle av. J.-C. permettent à Caius Marius et à Jules César de faire progresser la romanisation en installant de nombreux vétérans de leurs légions sur le sol africain[B 13]. Mais il est important de noter que la majorité des terres confisquées aux rois africains qui avaient engagé leurs troupes aux côtés des généraux vaincus (Sylla, Pompée le Grand) sont arrivées dans les mains de l'aristocratie sénatoriale[B 13]. Puis, la romanisation va connaître une accélération sous le Haut-Empire romain[B 11].

À l'époque du début du Principat, sous Auguste, la pratique du culte impérial se développe[B 11]. Les habitants de cette partie de l'Afrique vénérant déjà leurs rois morts depuis plusieurs siècles, les Romains ne font que suivre cette pratique tout en l'orientant vers le culte des empereurs vivants et morts[B 11]. Au siècle suivant, Vespasien va intensifier la pratique du culte impérial en Afrique[A 28].

Au IIe siècle, les cités pérégrines de l'Afrique du nord vont recevoir peu à peu le statut de municipe de droit latin ou romain, permettant ainsi une promotion plus rapide à la citoyenneté romaine sous certaines conditions[B 6]. Les aristocrates peuvent ainsi commencer une carrière dans l'administration ou accéder au rang de chevalier ou bien devenir sénateur[B 6].

L'Afrique du Nord restera fortement romanisée jusqu'aux invasions arabes [B 11].

Développement urbainModifier

 
Ruines de Volubilis

La diffusion d’une culture urbaine et civique en Africa est entamée bien avant la conquête romaine. Elle nous est connue par des témoignages archéologiques et épigraphiques aussi riches que diversifiés à propos desquels on a pu parler d'« Afriques » et du caractère pluriel de son urbanisation[30].

Cependant, à l’origine de ce développement se trouve un facteur commun, la conquête et les nouveaux rapports - politiques mais aussi économiques et sociaux - qu’elle suscite. On peut situer l’apogée de la civilisation urbaine dans l’Afrique du nord au second et au premier tiers du IIIe siècle. Elle est liée à la prospérité que connaissent les provinces jusqu'à l'époque sévérienne, due en partie au développement du marché de l'huile africaine.

Il est nécessaire de distinguer le développement et la densification du réseau urbain et la romanisation juridique, octroi d’un statut juridique par décision impériale à des communautés plus ou moins intégrées à l'empire[31].

La ville des cités africaines est caractérisée par une intense activité de ses élites, en particulier dans le cadre de politiques d'évergétisme[32]. Cette pratique a permis de mesurer la permanence des cités jusqu'à la seconde moitié du IIIe siècle, quand l'Empire connaît lui une série de crises structurelles[33].

Émergence d’une élite municipaleModifier

 
Notitia Dignitatum : la Tripolitaine
 
Inscription[34] bilingue - latino-punique - du théâtre de Leptis Magna, Ier siècle, vers l'an 1-2, offerte par un notable de la cité.

Dès le Ier siècle, il existe en Afrique une « bourgeoisie » municipale riche et puissante. Mais c’est seulement à partir de la période flavienne qu’elle apparaît au grand jour et l’essentiel de son expansion se place au IIe siècle et au début du IIIe siècle, périodisation que l’on retrouve dans d'autres provinces occidentales.

Plus que dans n'importe quelles régions de l'empire, les cités africaines convoitent et s'enorgueillissent des promotions municipales et ce même après l'édit de Caracalla[35] en 212. La romanisation des modes de vie va s'illustrer dans une architecture urbaine audacieuse[36] et une pratique des institutions (assemblée du peuple, curies et sénat local) et des magistratures latines.

Principales villesModifier

 
Villes et camps d'Afrique romaine.

Économie africaineModifier

CampagnesModifier

L'Afrique du Nord est considérée de longue date comme une terre particulièrement riche et comme une terre de talentueux agronomes à l'exemple de Magon. Sa divinité tutélaire, Africa, a pour emblèmes la corne d'abondance et le boisseau de blé (modius) à ses pieds.

 
As d'Hadrien (136), représentant sur l'avers Africa, portant une dépouille d'éléphant, tenant un scorpion et une corne d'abondance, un modius de blé à ses pieds.

Dès le règne de Massinissa, une agriculture commerciale se développe en Afrique. Aux yeux des conquérants, cette terre de céréales doit nourrir le peuple romain. Après la conquête romaine, dès le Ier siècle, l'Afrique devient déjà l'un des trois principaux fournisseurs de la ville de Rome[C 26]. Jules Céar développe particulièrement l'Africa vestus principalement pour ses ressources en blé[C 13].

La production devient rapidement excédentaire, fortement encouragée qu'elle est par Auguste et ses successeurs. Les terres de l'ouest exportent leur production vers le reste du bassin méditerranéen et le blé africain fournit les deux-tiers de l'annone destiné au ravitaillement de Rome[A 29]. L'Afrique est aussi pourvue d'une arboriculture riche et variée où l'on trouve vignes, oliviers, grenadiers et des plantations d'oasis[A 30]. Les cultures locales sont tout aussi importantes (truffes, pois, légumes) mais la polyculture est souvent sacrifiée au profit de la culture du blé nécessaire à l'Urbs.

Lors de la période romaine les terres africaines virent leurs rendements croître et les terres du sud et de l'ouest furent mises en valeur. Les plus anciennes zones de cultures - emporia de Tripoliatine et territoire de Carthage - sont aussi transformées par le développement de cultures d'exportations fortement rémunératrice. Ainsi, la production frumentaire passa pour la Proconsulaire d'environ 840 000 quintaux de blé par an à l'époque césarienne à près de neuf millions de quintaux sous Néron (soit environ 126 000 000 modi)[A 3],[37],[38]. La vallée de la Medjerda, l'arrière-pays d’Hadrumète, les terroirs de Cirta, de Numidie Sitifienne et les plaines de Volubilis sont dévolus à la culture céréalière.

Les convois de blé étaient déposés à Ostie par une corporation d'armateurs privés, le collège des naviculaires d'Afrique (navicularii africani), réorganisé par Commode au IIe siècle en classis Africana Commodia[B 6]. Ce domini navum Afrarum universarum élève à Ostie des bâtiments honorifiques[39].

Cependant, il semble que la prospérité commerciale africaine ne voit véritablement le jour qu'à la fin du Ier siècle avec l'essor de l'oléiculture et dans une moindre mesure de la viticulture[A 31]. La production d'huile d'olive n'atteignant son apogée qu'au IIIe siècle[B 7].

 
Pressoir à huile ou à vin de Sufetula[40]

Les riches terres céréalières du Bagradas sont des terres agricoles mises en valeur avant l'arrivée des Romains[C 16]. Ces terres sont mises en valeur par des tenanciers - conductores - liés à Rome par le vectigal. Les cités possèdent aussi de nombreux domaines, à l'instar de Timgad[41]. Le saltus des hauts plateaux, soumis au régime du colonat, est cultivé par une population indigène réduite au servage[42]. L'activité des tenanciers est encadrée par le consuetudo manciana ou lex manciana - permettant de mettre en valeur des terres incultes sans imposition - qui demeure en vigueur jusqu'à l'époque vandale, comme en témoignent les Tablettes Albertini.

L'Afrique romaine possède des gisements de pierre, comme les carrières de marbre situées près de Simitthu qui sont mises en exploitation par Auguste[C 16].

Artisanat et échangesModifier

À l'époque flavienne, entre la Gaule du Sud et l'Afrique se met en place un intense réseau d'échanges dont la céramique constitue le produit phare[A 31].

La production d'amphores - pour le commerce de l'huile et du vin - et de vaisselle est aussi attestée mais la documentation est lacunaire hors de l'Afrique proconsulaire. Elle est la preuve du dynamisme des échanges mais aussi des productions agricoles africaines, et ce jusqu'à l'époque vandale car les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour un grand nombre d'artefacts de Byzacène des ports méditerranéens jusqu'au limes rhénan. L'analyse stratigraphique du Monte Testaccio d'Ostie signale que les amphores africaines dépassent en nombre celles de Bétique à partir des années 170[43].

Routes commercialesModifier

 
Routes commerciales romaines vers 180.

À la fin du Ier siècle, l'Afrique romaine et en particulier la Tripolitaine connaît un essor du commerce provenant des caravanes[A 32]. Deux pistes permettent un renouveau économique dans le secteur, il s'agit des pistes reliant Sabratha à Cidamus et Lepcis Magna à Thamusida[A 32].

À la fin du IIe siècle, sous le règne de Commode, une flotte gérée par l'État est créée sous le nom de classis Africana Commodiana et se substitue à la corporation des marchands pour le transport du blé entre les provinces d'Afrique et la ville de Rome[B 6].

Thabraca et son port, fondation augustéenne, se spécialise dans l'exportation du marbre provenant de Simitthu[C 27].

L'Afrique littoraleModifier

 
Corbita, bateau de cabotage à deux mâts. Relief en marbre, vers 200, Afrique proconsulaire.

Lettres et arts en Afrique romaineModifier

 
Mosaïque de la Domus Africa de Thysdrus

L’Africa a été dotée à Rome d'une réputation de terre de culture, et si souvent les excès d'ornementation de la prose africaine (tumor Africus, littéralement l'« enflure africaine ») ont été raillés, l'archéologie et l'histoire littéraire confirment et appuient le fait que les provinces d'Afrique avaient en leur sein une population soucieuse des arts et des lettres, de leur enseignement et de leur diffusion[44]. Dans les stèles et les arcs triomphaux, les sarcophages et les arts décoratifs triomphent un style nouveau, étranger aux canons gréco-romain et que Gilbert Charles Picard a nommé le « baroque africain » ; ces formes où se conjuguent sensualisme et traits pathétiques devaient inspirer l'art byzantin[45].

L'Afrique romaine a développé un goût prononcé pour la mosaïque, cet « art particulièrement africain, car en aucune autre région l'habitude des pavements historiés n'a été si répandue »[46]. Aux reproductions de la vie courante, bucoliques, des activités artisanales et agricoles[47], se mêlent dans les nombreuses œuvres dont on a pu conserver la trace, la vigueur des emprunts littéraires au monde latin et oriental[48].

Architecture domestiqueModifier

Architecture publiqueModifier

SculptureModifier

De la littérature païenne à la littérature chrétienneModifier

La vigueur des Lettres en Afrique est telle qu'entre le IIe et le IVe siècles, Carthage apparaît comme une capitale culturelle dont les productions littéraires insufflent nouveautés et fraîcheur dans l'ensemble du monde romain. C'est là le résultat de longues années de pratiques des bibliothèques[49], des lectures publiques, d'échanges incessants avec le cœur de l'Empire et d'influences helléniques. Les Carthaginois ont ainsi diffusé leur goût pour la grammaire et la rhétorique dans la plupart des provinces africaines. Les plus dignes représentants de ce courant sont Florus, Sulpice Apollinaire, Nonius Marcellus, Terentianus dit le Maure et Fronton.

Cultes et pratiques rituellesModifier

Paganisme en AfriqueModifier

Il est délicat de recenser l'ensemble des cultes traditionnels présents en Afrique romaine. Avec la conquête romaine, la religion romaine antique et les religions traditionnelles d'Afrique, libyques et puniques, font faire l'objet de réinterprétation et de manifestation de syncrétisme. Une manifestation de ces phénomènes est illustré par le culte africain par excellence, celui de Ba'al Saturne dit l'Africain qui occupe une place centrale dans le panthéon[A 28]. Le culte de Saturne a laissé une importante documentation épigraphique et archéologique[A 18]. Il représente selon Marcel Le Glay et pour l'Afrique romaine, « la meilleure expression de son africitas »[50].

À l'exemple du grand dieu africain, les divinités gréco-romaines ont été assimilées tout en conservant des caractéristiques « nationales ». Le souci des morts et de leur souvenir -multiplication des épitaphes et des stèles dans les provinces[51] -, la place faite aux cultes agraires, ouraniens et chtoniens, l'importance accordée aux dieux locaux et domestiques ont marqué la religiosité africaine[52]. Les échanges dans le domaine religieux sont particulièrement nombreux et l'on a pu constater des résurgences puniques dans des cultes de populations romanisés[C 11].

L'Afrique romaine passe aux yeux de ses contemporains pour une terre de magie ; les pratiques magiques y sont répandues comme dans tout l'empire mais entretiennent des rapports privilégiés avec de nombreux aspects sociaux[53].

Culte impérialModifier

Le culte impérial connaît dès l'époque augustéenne une grande vigueur dans la région parallèlement au culte africain, les Romains s'appuyant sur le culte des rois morts pratiqués dans cette partie du monde depuis plusieurs siècles[B 11]. Mais c'est l'empereur Vespasien qui développe réellement la pratique du culte impérial dans cette partie de l'Empire romain avec la création du titre de flamen Augusti provinciae[A 28].

Essor et affirmation du christianisme africainModifier

Selon Claude Lepelley, le christianisme occidental latin est né en Afrique du Nord. Au milieu du IIe siècle, les communautés chrétiennes y étaient déjà très nombreuses et dynamiques.

Faute de documentation assez complète, il est difficile de reconstituer les étapes et les lieux de diffusion qui ont précédé l’arrivée des chrétiens dans les provinces africaines. De plus, ce sont essentiellement les sources chrétiennes – notamment celles de Tertullien - qui permettent de retracer l’histoire de l'Église africaine au IIIe siècle, ceci posant évidemment un problème d’objectivité. Au-delà, la majorité de sources de l'époque sont carthaginoises[54].

On situe l’apparition en Afrique des premiers chrétiens avant l’an 180. Le premier document qui nous permet d'appréhender le christianisme en Afrique sont les Actes des martyrs scillitains[55]. Largement minoritaires, les chrétiens adoptent dès le départ une attitude offensive pour propager leur foi et se dirigent sans trop d’appréhension vers un conflit ouvert avec le pouvoir impérial polythéiste.

L’histoire des débuts du christianisme en Afrique est étroitement liée à la personne de Tertullien. Né de parents païens, il entre dans la communauté chrétienne de Carthage vers 195 et devient proche de l’élite municipale, qui saura le protéger contre la répression des autorités. Ayant reçu la prêtrise, il s’emploie dans ses premiers écrits à lutter pour que l'Église chrétienne soit reconnue officiellement par l’Empire.

On peut parler, à la suite de Tertullien, de « christianisme africain » tant ce dernier adopte un caractère spécifique, se faisant remarquer par son intransigeance. Afin de s’ancrer dans la vie africaine, la doctrine chrétienne, à travers les écrits de Tertullien, cherche à s’émanciper de toutes les institutions païennes qui structurent la société romaine de l’époque. Il faut voir dans ce travail d’écriture plus une transcription et une mise en valeur des problèmes spécifiques d’une nouvelle communauté que la volonté d’un homme d’imposer à de fervents croyants une doctrine qui ne leur convient pas.

Les chrétiens refusent donc de participer aux nombreuses cérémonies fondant la vie civique. Dans son œuvre De l’idolâtrie, Tertullien précise la nature des activités déconseillées aux chrétiens : ils doivent, pour les plus riches, refuser de participer à la vie politique de la cité en tenant un quelconque poste, refuser tout métier agricole qui pourrait fournir des produits et animaux aux séances de sacrifices. Les chrétiens ne doivent pas non plus exercer le professorat qui les obligerait à enseigner les mythes et cultes païens[56].

Mais ce qui sépare et oppose le plus les autorités romaines et la communauté de chrétiens, c’est sans aucun doute le fait que ces derniers refusent de servir au sein de l’armée de l’Empire. Tertullien souligne la difficulté de concilier le serment militaire avec celui prononcé lors du baptême[57]. Outre l’omniprésence des rites païens dans la vie militaire, le plus grand dilemme pour les chrétiens est la probabilité de tuer des adversaires pendant les combats, chose incompatible avec le message évangélique. Ce choix politico-religieux a été à l’origine de conflits parfois violents, les chrétiens étant accusés de mettre en péril la cité quand leur refus de service militaire se faisait pendant une période qui nécessitait un besoin accru de soldats. Il a amené des sanctions qui ont parfois été jusqu’à la mise à mort, créant la situation de martyr très spécifique à la religion chrétienne[58].

La multiplication des martyrs, de leurs cultes et de leurs récits, comme le martyr de Perpétue et Félicité, fut l'un des traits marquants du christianisme africain[59]. Tertullien lui-même prône la souffrance et le martyr comme issue vers le salut[60]. Le système pénal du début des persécutions requérant la soumission aux animaux ou aux combats dans l'aréne, introduit dans les premiers écrits chrétiens (actes des martyrs ou écrits patristiques) la construction d'une identité de combattant ou de compétiteur pour la foi dans la longue tradition hellénistique des compétitions organisées en l'honneur des dieux[61]. Le martyr devenait un acte de résistance et de mémoire, inscrit dans un calendrier commémoratif, socle du calendrier chrétien.

 
Mosaïque des quatre évangélistes, trouvée dans la maison du vicus castrorum de Carthage Musée national de Carthage.

À travers cette base doctrinale extrêmement stricte et difficile à défendre devant une population qui ne comprend pas la plupart du temps les choix des chrétiens, Tertullien cherche à éviter à sa communauté de se mélanger aux rites et coutumes païens afin de garder toute sa spécificité et de préserver ses chances d’éclosion. Pour autant, il ne veut pas s’éloigner de la vie de la cité, encore moins de celle de l’Empire[62]. Il aime l’Empire et est convaincu de ses bienfaits dans les provinces africaines.

Les chrétiens ont cependant aidé, via leur intransigeant besoin à la fois de démarcation et d’affirmation au sein de la société africaine, à instaurer un climat de tension entre eux et le reste de la population, mais surtout avec le pouvoir impérial qui devant cette menace de division, ne tarde pas à réagir.

La doctrine chrétienne qui a pris pied en premier lieu sur les côtes africaines s’est développée par la suite à l’intérieur des terres. Si l'on ne situe pas précisément la ville dont sont originaires les martyrs scillitains (Scillium, Scillitium ? Dans la région de Carthage), ceux de Madaure, Miggin et Namphamon, sont attestés à la même époque : les chrétiens connaissent leurs premiers martyrs dans un contexte politico-religieux en constante évolution.

Le IIIe siècle connaît une fragilisation importante des fondements religieux du pouvoir impérial. Censé être protégé des dieux, le mythe de l’empereur qui se situe au-dessus des hommes est remis en doute par les païens, en particulier après la mort de Dèce au combat, en 251. Les coupables sont vite trouvés : par leur impiété, les chrétiens sont accusés d’avoir provoqué la colère des dieux.

Dèce lui-même avait déjà instauré cette notion de « bouc émissaire » pendant ce qu’on appelle la « persécution de Dèce », de 249 à 251. La persécution romaine, la première attaque officielle contre l'Église africaine, est entérinée par un édit promulgué dès 249 qui oblige les chrétiens à prier pour le salut de l’empereur, et à procéder en suivant à des sacrifices ou des libations.

Cette nouvelle donne force les chrétiens à un choix. Plusieurs attitudes sont relevées : certains suivent les consignes des autorités relayées par les cités africaines et se plient à l’édit, allant jusqu’aux sacrifices d’animaux - chose formellement interdite par leur dogme - ; d’autres pour qui il est inconcevable de renier l’Évangile préfèrent fuir ; d’autres encore choisissent de déclarer ouvertement leur mécontentement à la population, mettant leur vie en péril.

L’autorité romaine, en formulant, cet édit a divisé la communauté chrétienne qui à la suite de cette crise montre encore une fois toute son intransigeance. Ceux qui ont cédé aux demandes de Dèce et ont participé aux supplications – les lapsi - se voient très mal accueillis par les « résistants » quand vient l’heure de leur réintégration. Les évêques qui ont « péché » sont pour la plupart pardonnés mais se voient refuser le retour à leur fonction. La persécution a engendré une telle crise au sein de l'Église africaine que le concile de Carthage propose, en 256, de rebaptiser les fauteurs afin qu’ils redeviennent purs. Il se heurte là violemment à l’évêque de Rome pour qui ce double baptême est tout bonnement inconcevable car il discréditerait le rite sacré et unique de l’évêque.

Après une brève période de calme, les persécutions recommencent en 257 sous l’impulsion de Valérien. Ce sénateur romain, proche des élites hostiles au christianisme, emploie une nouvelle tactique pour affaiblir les chrétiens. Il décide de couper l’élite chrétienne de sa base. Les gouverneurs de province ont pour ordre d’exiler tout évêque ou clerc qui refuserait de s’adonner aux rites sacrificatoires. Ainsi Cyprien de Carthage, grande figure du christianisme africain est mis en exil ; d’autres sont condamnés aux mines. La persécution devient sanglante un an plus tard quand Cyprien et d’autres clercs, victimes des nouvelles mesures romaines, sont condamnés à mort et décapités.

Il faut attendre la mort de Valérien en 260 pour que le calme règne à nouveau en Afrique. Son fils Gallien se montre beaucoup plus conciliant : il arrête les poursuites contre les chrétiens et promulgue un édit de tolérance qui débute la période de la petite paix de l'Église[63]. Cette cohabitation pacifique permet à l’Église africaine de se développer dans les provinces et d’augmenter le nombre de ses fidèles. Dioclétien, à la fin de la Tétrarchie, devait provoquer le retour des persécutions (303-304), qui elles-mêmes, si elles furent appliquées avec moins de zèle que dans certaines régions de l'Empire, devait confronter le christianisme africain à la crise donatiste[64].

IVe siècleModifier

L'édit de Milan de 312 devait cependant permettre aux Églises locales de se développer.

En 312, apparaît à Carthage le donatisme du nom de son initiateur Donat le Grand[B 14]. Ce « grand schisme africain » dénommé ainsi par Tadeusz Kotula dure un siècle et est rejoint par une majorité des Africains d'Afrique du Nord malgré les persécutions du pouvoir romain[B 14].

Au IVe siècle, l'Afrique vit la naissance d'Augustin d'Hippone, père de l'Église dont la pensée devait avoir une influence déterminante sur l'Occident chrétien au Moyen Âge et à l'époque moderne[65].

Débats historiographiques et sourcesModifier

L'histoire de l'implantation romaine en Afrique est complexe et l'historiographie de l'Afrique romaine a longtemps souffert d'une comparaison établie entre colonisation antique et colonisation moderne[C 24] analogie parfois « inversée » selon la formule d'Yvon Thébert[66].

Les sources épigraphiques et littéraires manquent parfois pour des périodes et sujets comme la réaction romaine face aux révoltes de la la fin Ier siècle av. J.-C., à l'exception de l'énumération des triomphes des généraux romains, mais sans que l'on puisse connaître sa source[C 28].

Avant le XIXe siècleModifier

Eustathe de Thessalonique, érudit et ecclésiastique byzantin du XIIe siècle, évoque les évènements qui se déroulent au début du Ier siècle av. J.-C. lors des révoltes des Garamandes et des Musulmaes qui amènent à la mort de deux généraux romains[C 29].

XIXe siècleModifier

Dans les années 1830, dans un contexte colonial, l'étude du passé romain dans la région est la chasse gardée de chercheurs, diplomates, militaires et religieux français soucieux de l'étude du patrimoine romain. Cette historiographie volontiers colonialiste révèle d'emblée ses enjeux idéologiques et politiques. Les Français se veulent les héritiers du pouvoir romain dans la région et avec l'aide des chercheurs, cherchent à construire un modèle de conquête dans une terre à la réputation d'indocilité.

Certains travaux historiques se présentent alors comme une justification de la colonisation. Il s'agit de se placer sur un pied d'égalité avec le conquérant romain. L'histoire militaire occupe donc une place de choix dans les études sur la région et nombre d'essais et de monographies sont le fait de d'officiers français[67].

Pour les membres du clergé catholique, l'Africa est une terre de mission autant que le berceau d'un christianisme marqué par la présence d'Augustin d'Hippone. L'archéologie et l'épigraphie se développent avec le soutien de l'armée, des érudits et des autorités locales pour concurrencer dans ses colonies l'historiographie allemande. Ainsi en 1855, Louis Rénier, bibliothécaire de la Sorbonne, livre les Inscriptions latines d'Algérie, corpus de 4 400 documents épigraphiques[68].

XXe siècleModifier

 
Capitole de Thuburbo Majus, vers 1930.

Après la décolonisation de l'Afrique, le discours historique, les thèmes et les objectifs de son écriture, semble « s'inverser » dans les travaux universitaires français et maghrébins, pour prendre le parti « africain », sans toutefois se départir entièrement des problématiques précédentes. Le combattant algérien est comparé au résistant berbère. Le sous-développement du pays est mis en parallèle avec la richesse de Rome ou de la France qui exploitent la région. Le terme de résistant, connoté positivement à la suite de la Seconde Guerre mondiale, joue son rôle. L'étude des formes de résistance à la romanisation se développe, en particulier, la « résistance religieuse » africaine[C 24].

La thématique est ainsi traitée sous un angle différent par Pietro Romanelli dans son Histoire des provinces romaines d'Afrique (Storia delle Provincie Romane dell'Africa) en 1959 ou par Gilbert Charles Picard dans La civilisation de l'Afrique romaine en 1959 en mettant en avant les actions entreprises par la dynastie flavienne[A 6].

XXIe siècleModifier

Au XXIe siècle, la recherche historique tente de sortir de ces discours antagonistes et souvent manichéens pour mesurer la profondeur de la romanisation. Comme le remarque Paul Corbier, « étudier l’impérialisme romain comme un modèle qui préfigurerait l’impérialisme contemporain, c’est naturellement fausser les perspectives de la recherche et nier toute spécificité à l’histoire africaine »[69]. La recherche travaille désormais plus sur les complémentarités que les strictes oppositions[70]. Jacques Frémeaux loue ainsi le travail réalisé par Yann Le Bohec dans son livre L’Afrique romaine (146 avant J.-C. - 439 après J.-C.) tant pour l'exploitation des nouvelles sources archéologiques qu'épigraphiques[71].

Les recherches récentes cherchent d'une part à replacer l'histoire de ces territoires dans un contexte méditerranéen et d'autre part à évaluer la spécificité des cultures africaines dans le cadre impérial[72].

Notes et référencesModifier

  1. Antonio Ibba et Giusto Traina, L'Afrique romaine: De l'Atlantique à la Tripolitaine (69-439 ap. J.-C.), Éditions Bréal, , 206 p. (ISBN 9782749505749, lire en ligne), p. 11-13.
  2. Serge Kevin Biyoghe, Et si l'Afrique m'était contée..., Édilivre, , 152 p. (ISBN 978-2-4143-3523-7, lire en ligne), p. 56-57.
  3. Tite-Live, XXXVI, 3.
  4. J.-M. Lassere, « Massinissa », Encyclopédie berbère, no 30,‎ (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.493).
  5. Florus, II, 6.
  6. Décret et Fantar 1981, p. 3975-3979.
  7. Corbier 1974, p. 96.
  8. Lepelley 1998, p. 75.
  9. Hugoniot 2000.
  10. Lambrechts 1937, p. 84.
  11. Lassère 1977.
  12. Zosso et Zingg 2002, p. 85-86.
  13. Hérodien, VII.
  14. Hérodien, VII, 24.
  15. Le Glay 1991.
  16. Le Bohec 1989, p. 456.
  17. Modéran 1989, p. 821.
  18. Modéran 2003.
  19. a et b Musset 1965, p. 253 et 310.
  20. a b et c Collectif 2003.
  21. a b et c Modéran 2001.
  22. Di Vita, Di Vita-Evrard et Bacchielli 1998, p. 25-26.
  23. Ammar Mahjoubi, « Survivance du latin et de la culture antique au Maghreb », sur leaders.com.tn
  24. Harmand 1970, p. 283-284.
  25. Harmand 1970, p. 262-289.
  26. a et b Pline l'Ancien, V.
  27. Pomponius Mela, I, 4.
  28. Gaius, II, 7.
  29. Michel Christol, « Caius Macrinius Decianus, gouverneur de Numidie, et l'histoire militaire de la province au milieu du IIIe siècle », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 138, 2002, p. 259–269
  30. Paul-Albert Février, « Urbanisation et urbanisme de l'Afrique romaine », Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II.10.2, 1982, p. 322.
  31. Voir par exemple, Hans-Georg Pflaum, « La Romanisation de l'ancien territoire de Carthage punique à la lumière des découvertes épigraphiques récentes », Antiquités africaines, IV, 1970, p. 75-117
  32. Lepelley 1998.
  33. Xavier Dupuis, « À propos d'une inscription de Thugga : un témoignage sur la vitalité des cités africaines pendant la «crise» du IIIe siècle », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 1993, no 105-1, p. 73
  34. « Alors que l'empereur César Auguste, fils du divin Jules César, grand pontife, père de la patrie, exerçait la puissance tribunicienne pour la vingt-quatrième fois et le consulat pour la treizième, Annobal Rufus, fils de Himilchon Tapapus, flamen, suffète, responsable des cérémonies sacrées, a fait construire et dédier cet édifice à ses frais pour embellir sa patrie dans l'amour de la concorde. » http://www3.dfj.vd.ch/~latin/Images/Lybie/dedicace-traduction.htm
  35. (de) Ernst Kornemann, « Municipium », Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, XVI, 1933.
  36. Christophe Hugoniot, op. cit., p. 121.
  37. Picard 1956.
  38. Décret et Fantar 1981.
  39. Maurice Besnier, « Navicularius », Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines ; [Tadeusz Kotula, « Les Africains et la domination de Rome », Dialogues d'histoire ancienne, 1976, 2, 343.]
  40. Sur la délicate interprétation de l'archéologie dans ce domaine, voir Jean-Pierre Brun, « Les pressoirs à vin d’Afrique et de Maurétanie à l’époque romaine », Africa, 1, 2003.
  41. Christophe Hugoniot, Rome en Afrique, op. cit., p. 98.
  42. Jerzy Kolendo, Le Colonat en Afrique sous le Haut-Empire, 2e édition, Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1991.
  43. José Remesal Rodríguez, « L’Afrique au Testaccio », L’Africa romana XV, Tozeur 2002, Roma 2004, p. 1077-1090.
  44. On pourra consulter utilement la synthèse de Catherine Salles « Vie culturelle et littéraire dans l'Afrique romaine », L'Afrique romaine de 69 à 439. Romanisation et Christianisation, sous la direction de Bernadette Cabouret, Nantes, Éditions du temps, 2005.
  45. G. C. Picard, La Civilisation de l'Afrique romaine, op. cit. p. 328 - 353
  46. Eugène Albertini, L'Afrique romaine, chapitre V, Alger, 1955.
  47. « Battage du blé » à Dar Buk Ammera, « Travaux des champs » à Cherchell, « Scène de chasse » à Thysdrus, « mosaïque des saisons » à Lambèse.
  48. Dossiers d'Archéologie, « Mosaïque romaine en Afrique du Nord », no 31, novembre 1978.
  49. Noureddine Tlili, « Les bibliothèques en Afrique romaine », Dialogues d'histoire ancienne, 2000, no 26.
  50. Marcel Le Glay, Saturne africain. Histoire, éditions de Boccard, 1966.
  51. Cette caractéristique de la religiosité africaine fut vivement attaquée par les auteurs chrétiens ainsi Tertullien : « Pour honorer vos dieux, que faites-vous que vous ne fassiez aussi pour honorer vos morts ? À eux aussi des temples ; à eux aussi des autels. Même attitude et même insignes dans les statues des uns et des autres : le mort, devenu dieu, garde son âge, sa profession, son occupation. Quelle différence y a-t-il entre le banquet de Jupiter et le repas funèbre, entre le vase à sacrifice et le vase à libations funèbres, entre l’haruspice et l’embaumeur des morts ? En effet, l’haruspice remplit aussi des fonctions auprès des morts. » Apologétique, XIII, 7.
  52. Pour une synthèse sur ce point voir Louis Foucher, « Le Paganisme en Afrique proconsulaire sous l'Empire romain. Bilan d'un demi-siècle de recherche »
  53. Michaël Martin, « Sous le signe de Didon : Magie et superstitions en Afrique romaine », Folia Electronica Classica, 10, 2005.
  54. Yvette Duval, « Densité et répartition des évêchés dans les provinces africaines au temps de Cyprien », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 1984, 96, p. 493-521. Cependant, Paul-Albert Février a pu montrer, en s'appuyant sur les témoignages épigraphiques, le dynamisme du christianisme en Afrique maurétanienne ; « Aux origines du christianisme en Maurétanie césarienne », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 1986, 98, p. 767-809
  55. Il s'agit du procès-verbal de la comparution d'une dizaine de chrétiens, le 17 juillet 180 dans une bourgade de Proconsulaire non-localisée, devant le proconsul d'Afrique. LES MARTYRS I
  56. Tertullien, De idololatria, De spectaculis
  57. Tertullien, De corona militis, I.
  58. En 298, le centurion Marcellus de Tanger, lors d'une parade officielle, jette son glaive et son insigne devant le front de l’armée impériale, et refuse désormais de « servir deux maîtres » ; il est exécuté. Marcellus, martyr à Tanger, 36 octobre 298, Acta prim. martyr., p. 311
  59. Voir sur cette question l'ouvrage de Victor Saxer, Morts, martyrs, reliques en Afrique chrétienne aux premiers siècles. Les témoignages de Tertullien, Cyprien et Augustin à la lumière de l'archéologie africaine, Paris, Beauchesne, 1980, 340 p.
  60. Tertullien, Ad Martyras
  61. Christophe Hugoniot, « Évolution du système pénal au Bas Empire et imaginaire chrétien du martyre », dans Les victimes, des oubliées de l'histoire ?, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7535-2332-6, lire en ligne), p. 181–189
  62. « Nous ne nous séparons pas du monde : marins, soldats, laboureurs, négociants, acheteurs, gens d'art ou de métier nous vivons comme vous et de notre commerce avec vous ; l'excès, l'abus, voilà seulement ce que nous fuyons », Tertullien, Apologétique, XLII, cité par Edmond Le Blant, « Les chrétiens dans la société païenne aux premiers âges de l'Église », Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1888, 8, p. 46-53
  63. François Decret, Le Christianisme en Afrique du Nord ancienne, op. cit., chapitre VI, 2.
  64. François Decret, Le Christianisme en Afrique du Nord ancienne, op. cit., chapitre VI, 5.
  65. Alain Corbin (sous la direction), Histoire du christianisme, t. p. 120, (Saint Augustin), éd. Seuil, 2007
  66. « Romanisation et déromanisation en Afrique : histoire décolonisée ou histoire inversée ? », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1978, 33, no 1, p. 64-82.
  67. L'Algérie, histoire des guerres des Romains, des Byzantins et des Vandales, accompagnés sur les moyens employés anciennement pour la conquête et la soumission de l'Afrique septentrionale nommée aujourd'hui Algérie (Paris, Didot, 1852) d'Adolphe Dureau de la Malle, illustre cette tendance au déterminisme géographique dans un ouvrage qui fait de l'Afrique romaine, une terre éternellement rebelle. René Cagnat est l'auteur d'une Armée romaine d’Afrique dédiée « À l’armée française d’Afrique ». La place qu'occupent les membres de la Revue africaine lors de sa création confirme encore cette présence militaire php4arab.info.
  68. Sur ces questions, voir Monique Dondin-Payre, « La découverte de l'Afrique antique : l'influence des acteurs et de l'idéologie sur l'élaboration de l'histoire », Pallas, no 68, op. cit., p. 35 - 46.
  69. Corbier et Griesheimer 2005.
  70. Prévot 2006.
  71. Frémeaux 2007, p. 1.
  72. Meriem Sebaï, « La romanisation en Afrique, retour sur un débat », Afrique et histoire, 2005, no 3.
  • Les Flaviens et l'Afrique
  1. Le Glay 1968.
  2. Le Glay 1968, p. 222-223.
  3. a b c d et e Le Glay 1968, p. 223.
  4. Le Glay 1968, p. 203 et 223.
  5. a et b Le Glay 1968, p. 203.
  6. a b c et d Le Glay 1968, p. 202.
  7. Le Glay 1968, p. 203-204.
  8. a et b Le Glay 1968, p. 204.
  9. Le Glay 1968, p. 204-205.
  10. Le Glay 1968, p. 205.
  11. Le Glay 1968, p. 205-206.
  12. Le Glay 1968, p. 207.
  13. Le Glay 1968, p. 208.
  14. a et b Le Glay 1968, p. 206.
  15. Le Glay 1968, p. 213.
  16. Le Glay 1968, p. 202-203.
  17. a et b Le Glay 1968, p. 222.
  18. a b et c Le Glay 1968, p. 234.
  19. Le Glay 1968, p. 215.
  20. Le Glay 1968, p. 215-216.
  21. Le Glay 1968, p. 216.
  22. Le Glay 1968, p. 217.
  23. Le Glay 1968, p. 218.
  24. a b et c Le Glay 1968, p. 219.
  25. a et b Le Glay 1968, p. 235.
  26. Le Glay 1968, p. 236-237.
  27. a et b Le Glay 1968, p. 237.
  28. a b et c Le Glay 1968, p. 236.
  29. Le Glay 1968, p. 230.
  30. Le Glay 1968, p. 227; 230-231.
  31. a et b Le Glay 1968, p. 231.
  32. a et b Le Glay 1968, p. 232.
  • Les Africains et la domination de Rome
  1. a b et c Kotula 1976, p. 338.
  2. Kotula 1976, p. 339.
  3. Kotula 1976, p. 341.
  4. a et b Kotula 1976, p. 344.
  5. a b c d et e Kotula 1976, p. 345.
  6. a b c d e f et g Kotula 1976, p. 343.
  7. a b et c Kotula 1976, p. 347.
  8. a b et c Kotula 1976, p. 349.
  9. Kotula 1976, p. 349-350.
  10. Kotula 1976, p. 350.
  11. a b c d e et f Kotula 1976, p. 342.
  12. Kotula 1976.
  13. a et b Kotula 1976, p. 338-339.
  14. a et b Kotula 1976, p. 348.
  • La Résistance africaine à la romanisation
  1. Bénabou 2005, p. 69.
  2. Bénabou 2005, p. 70-71.
  3. Bénabou 2005, p. 71-72.
  4. Bénabou 2005, p. 32.
  5. Bénabou 2005, p. 33.
  6. Bénabou 2005, p. 33-34.
  7. Bénabou 2005, p. 34-35.
  8. Bénabou 2005, p. 34.
  9. a et b Bénabou 2005, p. 36.
  10. Bénabou 2005, p. 39-40.
  11. a b et c Bénabou 2005, p. 40.
  12. Bénabou 2005, p. 39.
  13. a et b Bénabou 2005, p. 41.
  14. Bénabou 2005, p. 48.
  15. Bénabou 2005, p. 47-48.
  16. a b c et d Bénabou 2005, p. 54-55.
  17. Bénabou 2005, p. 52-53.
  18. Bénabou 2005, p. 55-56.
  19. a et b Bénabou 2005, p. 49.
  20. Bénabou 2005, p. 61.
  21. Bénabou 2005, p. 65.
  22. a et b Bénabou 2005, p. 71.
  23. a et b Bénabou 2005, p. 73.
  24. a b c et d Bénabou 2005.
  25. Bénabou 2005, p. 217.
  26. Bénabou 2005, p. 38.
  27. Bénabou 2005, p. 55.
  28. Bénabou 2005, p. 62-63.
  29. Bénabou 2005, p. 58-59.

AnnexeModifier

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Articles connexesModifier

Romanité

BibliographieModifier

Fond antique
Ouvrages généraux
  • François Baratte, L’Afrique romaine Tripolitaine et Tunisie, Paris, .
  • Paul Corbier et Marc Griesheimer, L’Afrique romaine 146 av. J.-C.- 439 ap. J.-C., Ellipses, .  .
  • François Décret et Mhamed Fantar, L’Afrique du Nord dans l’Antiquité. Histoire et civilisation - des Origines au Ve siècle, Paris, .  .
  • Louis Harmand, L’Occident romain, Gaule, Espagne, Bretagne, Afrique du Nord, Paris, Payot, (1re éd. 1960).  .
  • Christophe Hugoniot, Rome en Afrique. De la chute de Carthage aux débuts de la conquête arabe, Paris, Flammarion, coll. « Champs Université », .  .
  • André Laronde et Jean-Claude Golvin, L’Afrique antique histoire et monuments, Paris, .
  • Yann Le Bohec, L’Afrique romaine (146 avant J.-C. - 439 après J.-C.), Paris, Picard, , 600 p. (ISBN 978-2-7084-0751-0).
  • Claude Lepelley, Rome et l'intégration de l'Empire 44 av. J.-C.-260 apr J.-C., t. 2 : Approches régionales du Haut-Empire romain, Paris, (ISBN 2-13-048711-4).  .
  • Hélène Ménard et Noëlle Géroudet, L'Afrique romaine : de l'Atlantique à la Tripolitaine (69-439), Belin sup histoire, .
  • Maurice Lenoir et Charles Pietri, L'Afrique dans l'Occident romain (Ier siècle av. J.-C. - IVe siècle ap. J.-C.) : Actes du colloque de Rome (3-5 décembre 1987) Rome, École Française de Rome, (ISBN 2-7283-0183-2, lire en ligne).
  • Gilbert Charles Picard, La Civilisation de l'Afrique romaine, Plon, .
  • Françoise Prévot, L'Afrique Romaine 69-439, Paris, Atlande, .  .
Ouvrages spécialisés
  • Michèle Coltelloni-Trannoy, « Rome et les « amis et alliés du peuple romain » en Afrique (Ier siècle av. J.-C./Ier siècle ap. J.-C.) », Pallas, no 68,‎ , p. 117-144.
  • Marcel Le Glay, « Les Flaviens et l'Afrique », Mélanges de l'École française de Rome, t. 80, no 1,‎ , p. 201-246 (lire en ligne, consulté le 18 octobre 2020).  .
  • Marcel Le Glay, « Administration centrale de la province de Numidie de Septime Sévère à Gallien », Antiquitiés africaines, t. 27,‎ , p. 83-92 (lire en ligne, consulté le 20 octobre 2020).  .
  • Claude Lepelley, Aspects de l'Afrique romaine. Les cités, la vie rurale, le Christianisme, Bari, Edipuglia, .
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  • Yves Modéran, L'Empire romain tardif, 235-395, Ellipses, .  .
  • Yves Modéran, Les Maures et l'Afrique romaine, IVe-VIIe s., Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, .
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  • Antonino Di Vita, Ginette Di Vita-Evrard et Lidiano Bacchielli, La Libye antique, Éditions Mengès, (ISBN 978-2-85620-400-9).  .
  • François Zosso et Christian Zingg, Les empereurs romains, Paris, Editions Errance, (ISBN 2-87772-226-0).  .
Armée
  • Yann Le Bohec (préf. Marcel Le Glay), La Troisième Légion Auguste, Paris, éd. CNRS, , 640 p. (lire en ligne).  .
  • Yann Le Bohec, « Routes et armée dans l’épigraphie de l’Afrique romaine », Cahiers du Centre Gustave Glotz, vol. 20,‎ , p. 185-197 (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020).
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Économie et commerce
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  • Laurent Callegarin, « Productions et exporations africaines en Méditerranée occidentale (Ier siècle av. - IIe siècle de n. è.) », Pallas, no 68,‎ , p. 171-201.
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Femmes
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  • Leila Ladjimi Sebaï, La femme en Afrique à l’époque romaine, Tunis, INP, .
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  • Jean-Marie Lassère, « Les sources de l'histoire de l'Afrique à la période impériale », Pallas, no 68,‎ , p. 19-34.
Monuments
  • Marcel Le Glay, Saturne Africain, Monuments, t. 1, Paris, .
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  • Yvon Thébert, Thermes romains d'Afrique du Nord et leur contexte méditerranéen : études d'histoire et d'archéologie, École française de Rome, , 733 p..
Religion
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  • Yves Modéran, La fin d’un continent chrétien, Le Monde de la Bible, , chap. 132.  .
  • Élisabeth Smadja, « L'empereur et les dieux en Afrique romaine », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 11,‎ , p. 540–555 (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2020).
Romanisation
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  • C. Briand-Ponsart et Yves Modéran, Province et identité provinciales dans l’Afrique romaine, , 295 p. (ISBN 978-2-902685-68-4).
  • Tadeusz Kotula, « Les Africains et la domination de Rome », Dialogues d'histoire ancienne, no 2,‎ , p. 337-358 (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2020).  .
  • Pierre Lambrechts, La composition du Sénat romain de Septime Sévère à Dioclétien (193-284), .  .
  • Yves Modéran, « Gildon, les Maures et l'Afrique », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, t. 101, no 2,‎ , p. 821-872 (lire en ligne, consulté le 21 octobre 2020).  .
  • Béatrice Pasa, « La place de l'Africa dans le bassin méditerranéen au lendemain de la troisième guerre punique : province romaine et traditions africaines », Pallas, no 79,‎ , p. 269-279.
Ville
  • Houcine Jaïdi, « Le patronat des cités dans les provinces romaines d’Afrique », Être notable au Maghreb,‎ , p. 41-60 (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2020).
  • Jean-Marie Lassère, Ubique Populus, peuplement et mouvements de population dans l'Afrique romaine de la chute de Carthage à la fin de la dynastie des Sévères (146 av. J.-C. – 235 ap. J.-C.), .  .
  • Ammar Mahjoubi, Villes et structures urbaines de la province romaine d’Afrique, Tunis, Centre de publication universitaire, .
Autres
  • Collectif, Algérie antique : Catalogue de l’exposition d’Arles, .  .

Liens externesModifier

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