Libyens antiques
ⵉⵍⵉⴱⵉⵢⵏ ⵏ ⵓⴳⵍⵙ (ber)
Image illustrative de l’article Libyens
Les anciens libyens (à gauche), tels que représentés sur la tombe du pharaon Séthi Ier, au coté d'autres peuples connus en Égypte (Nubien, Assyrien, Égyptien).

Période Antiquité, Antiquité tardive
Ethnie Hamitique
Langue(s) Langues lybiques, traditionnellement écrites avec l'alphabet tifinagh puis dialectes arabes maghrébins dans la population arabisée à partir du VIIe siècle
Religion Religions libyques
Christianisme et Judaïsme (minoritaires)
• Autres
Région d'origine Numidie, Tripolitaine, Libye antique (Cyrénaïque et Marmarique)
Région actuelle Afrique du Nord : Tunisie, Libye septentrionale, Égypte occidentale
Frontière Maurusiens à l'Ouest, mer Méditerranée puis Empire romain au Nord, Garamantes au Sud, Égypte à l'Est

Avant que le terme ne désigne, géographiquement et politiquement, les citoyens de l'État moderne appelé Libye, les Libyens ou Libyques sont, historiquement, des peuples de l'Afrique du Nord antique.

Avec, entre autres, les Maures antiques, les Numides, les Gétules, les Garamantes et les Égyptiens antiques, ils font partie de ce que l'on a appelé les peuples hamitiques dont les descendants actuels sont les Berbères (ou Amazighs). Les Libyens ont influencé et ont été influencés successivement par les Égyptiens, les Phéniciens (entre l'Atlantique et la Tripolitaine), les Romains (le long du littoral méditerranéen) et les Arabes (depuis la conquête arabe du Maghreb au VIIe siècle).

OriginesModifier

Les mots Libyens ou Libyques ont des sens variables selon qu'ils sont employés dans un sens très strict se référant exclusivement aux peuples autochtones de la Libye antique, ou dans un sens plus large allant jusqu'à désigner l'ensemble des populations hamitiques autres qu'égyptiennes de l'Afrique antique. Le plus communément on inclut dans la dénomination trois ensembles :

  1. les Zénètes, dont sont issus en partie les Zouaris de Libye, les Chaouis, les Chenouis, les Zénètes du nord-ouest de l’Algérie, et les Zénètes du nord-est du Maroc ;
  2. les Sanhadjas, dont sont issus en partie les Kabyles, et les Sanhadja de Srayr (Abdelkrim el-Khattabi est issu de ce groupe berbère) ;
  3. les Masmoudas, dont sont issus en partie les Chleuhs et les Ghomaras.
 
Conception du monde décrit par Hérodote.

Selon Hérodote, ils vivaient « de la rive gauche du Nil à la Grande mer atlantique ». Le mot Libye (en grec Λιβύη, Libyē) est dérivé du nom d'une confédération berbère établie durant l’Antiquité en Cyrénaïque et dans le delta du Nil, connue sous le nom de Libou ; le terme s'est petit à petit étendu à tout le continent. Selon Pline l'Ancien, « les Grecs appelaient l'Afrique « Libye » et la mer qui l'affronte « Libyque » »[1].

 
Reproduction d'un ancien libyen sur les parois de la tombe du pharaon Séthi Ier.

Des représentations de Libyens se retrouvent parmi certaines fresques égyptiennes comme celles du tombeau de Séthi Ier : on y voit quatre Libyens habillés de fins abernous ouverts et colorés, arborant tatouages et coiffés de ce qui ressemble à des plumes d'autruche[2]. Les peintures de l'Égypte antique les représentent avec la peau claire, ce qui correspond aux descriptions des auteurs de Grèce antique[3], certains évoquant l'existence de Libyens aux yeux bleus[4] et aux cheveux blonds[5].

Diversité des peuplesModifier

Les Libyens sont mentionnés par les Égyptiens anciens, qui évoquent l'existence de diverses tribus ou confédérations libyques[6] telles que les Libou, les Mâchaouach, les Tehenou et les Temehou[7].

Les Libyens sont également mentionnés par les Grecs anciens, tels Hérodote au Ve siècle avant notre ère, dans son œuvre[8] : l'historien grec y évoque une multitude de peuples libyques autochtones nomades, semi-nomades, et sédentaires. La langue libyque et la culture semblaient créer une certaine unité entre ces peuples mais on peut dégager deux ensembles dans les populations libyques :

Ces divers peuples libyques étaient organisés sur un mode généralement tribal ou confédérationnel, avec un chef, un roi ou une reine à leur tête, mais certains (Maures et Massyles notamment) ont su développer une organisation plus élaborée.

On parle d'ailleurs parfois de Libophéniciens (ou Libyphéniciens, ou Libyophéniciens) pour désigner les populations de la région de Carthage proches des ancêtres des actuels Berbères mais qui se sont assimilées aux Phéniciens durant l'ère carthaginoise (par mariage intercommunautaire ou acculturation)[10].

Polysémie du terme « Libyens »Modifier

Le terme « Libyens » a pu désigner d'autres peuples selon le point de vue culturel et selon l'époque :

  • En Grèce antique, le terme « Libyens » était utilisé pour désigner soit l'ensemble des habitants d'Afrique du Nord, soit une partie d'entre eux (les Berbères).
  • À partir du Ve siècle, la Libye désigne l'ensemble des terres connues en Afrique du Nord-Ouest donc les acceptions des termes « Libyens » et « Libyques » diffèrent. Les Égyptiens et les Hébreux parlaient de Libyens pour les peuples côtiers situés entre Égypte et Syrie[réf. nécessaire], alors que les Grecs appliquaient cette désignation pour ceux qui habitaient dans l'arrière-pays de Cyrène[11].
  • De nos jours l'appellation « Libyens » est usuellement employée pour désigner les citoyens de la Libye, raison pour laquelle certains préfèrent privilégier le terme « Libyques ».

LangueModifier

Le libyque est aussi appelé paléo-berbère. Existent de même les appellations berbère ancien[réf. nécessaire] et libyque ancien[12].

Cette langue est attestée au moins jusqu'à la fin de la période romaine, avec par exemple les inscriptions, datant de 201, sur les parois du fort de Bu Njem, au sud-est de la Medjadja, ou les signes gravés sur un vase à Tiddis au IVe siècle[réf. nécessaire].

Cette persistance s'explique sans doute par le fait que les Romains ont eu du mal à comprendre et à parler le libyque. Pline l'Ancien évoque des « noms imprononçables par d'autres bouches que celles des indigènes »[13].

Pour cette période tardive, on parle de néo-libyque afin de marquer l'évolution de la langue, notamment sous l'influence punique.

InfluencesModifier

Certains mots libyques seraient passés dans le grec ancien, par exemple le nom de l'habillement des statues d'Athéna ; Hérodote (Melpomène, livre 4, 189) dit[14]

« Les Grecs ont emprunté des Libyennes l'habillement et l'égide des statues d'Athéna, excepté que l'habit des Libyennes est de peau, et que les franges de leurs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes minces de cuir : le reste de l'habillement est le même. Le nom de ce vêtement prouve que l'habit des statues d'Athéna vient de Libye. Les femmes de ce pays portent en effet, par-dessus leurs habits, des peaux de chèvres sans poil, garnies de franges et teintes en rouge. Les Grecs ont pris leurs égides de ces vêtements de peaux de chèvres. »

ÉcritureModifier

 
Inscription bilingue (punique à gauche et libyque à droite) de Thugga.

Le libyque utilisait un alphabet consonantique, ancêtre du tifinagh actuel que les Touaregs ont conservé[15] et dont une variante est officiellement utilisée en Algérie et au Maroc.

Les inscriptions libyques qui nous sont parvenues sont principalement funéraires et privées mais il existe quelques inscriptions publiques bilingues punico-libyques (comme à Thugga) et libyco-latines[réf. nécessaire].

On ne connaît aucune trace de littérature ; le libyque était essentiellement basé sur les traditions orales[réf. nécessaire].

Malgré les quelques traces bilingues et les filiations potentielles avec les langues actuelles, les spécialistes n'ont déchiffré cette langue que partiellement, à savoir la forme orientale, probablement influencée par le punique. La forme occidentale, qui comporte treize lettres supplémentaires, serait plus primitive[réf. nécessaire].

Notes et référencesModifier

  1. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre V.
  2. Représentation sur le tombeau de Séthi Ier.
  3. Pseudo-Scylax, Périple, 110 (GGM, I, p. 88) : Cf. Bates, O., The Eastern Libyans, Londres, 1914, p. 40, n. 5. 
  4. Pausanias, I, 14.
  5. Lucain, Pharsale, X, 129.
  6. Jean-Marie Lassère, Africa, quasi Roma : 256 av. J.-C - 711 apr. J.-C., CNRS Éditions, , 786 p. (ISBN 978-2-271-07689-2, lire en ligne)
  7. Unesco, Libya antiqua, (lire en ligne)
  8. Hérodote, Enquête, livre IV.
  9. Notons toutefois que des historiens comme Jehan Desanges pensent que le terme « Gétules » désignerait plus un mode de vie qu'un peuple précis et homogène.
  10. Gabriel Camps, « L'origine des berbères », Islam : société et communauté. Anthropologies du Maghreb, sous la dir. d'Ernest Gellner, les Cahiers CRESM, éd. CNRS, Paris, 1981.
  11. Françoise Prévot, Jean-Louis Voisin, Philippe Blaudeau, Leila Najar, L'Afrique romaine : 69-439, Atlande, collection Clefs concours, 2006, p. 286, (ISBN 2350300021).
  12. H. Iglesias, La parenté de la langue berbère et du basque : nouvelle approche, (lire en ligne), page 1, note 2
  13. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 1.
  14. « Hérodote : livre IV : Melpomène (bilingue) », sur remacle.org (consulté le ).
  15. http://www.mondeberbere.com/, L'évolution de Tifinagh.

BibliographieModifier

(voir aussi notes ci-dessus)

Articles connexesModifier