Racisme antiblanc

type de racisme dirigé contre les personnes de peau blanche

L'expression racisme antiblanc fait référence à des actes d'hostilité à caractère raciste visant spécifiquement les blancs ou supposés tels. Parfois vu comme une forme de « retournement » du racisme, il est alors qualifié de « racisme inversé » ou racisme à l'envers (reverse racism aux États-Unis). Ces notions sont un objet d’étude de la sociologie, de la politologie et du droit, ainsi qu’un sujet d’actualité discuté dans les médias, par les intellectuels et dans la sphère sociale.

Les expressions « racisme antiblanc » et « racisme inversé » sont contestées par la majorité des chercheurs en sociologie qui rappellent l'importance du contexte historique et font une distinction conceptuelle entre le racisme des dominants — inscrit dans l'organisation sociale, il est systémique ou structurel — et l’existence de certains comportements individuels ou de groupes relevant de la haine raciale (injure raciste, harcèlement, agression, appel à la haine ou à la violence, etc.). Ces auteurs considèrent que la notion de racisme anti-Blancs n'est pas pertinente dans des sociétés où les Blancs sont en position de domination.

Aux États-Unis, le racisme antiblanc a notamment été exprimé par des groupes suprémacistes noirs. En France, il est considéré comme un phénomène minoritaire à l'échelle nationale par rapport à d'autres types de racisme, les Blancs étant l'objet de très peu de discriminations en ce qui concerne le travail ou le logement. Dans le domaine politique, le terme est surtout utilisé et instrumentalisé par l'extrême droite, en réaction à l'antiracisme, et parfois par une partie de la droite nationale populiste, bien qu'il soit aussi utilisé par certaines associations anti-racistes comme la LICRA et le MRAP. La notion de racisme antiblanc est controversée chez certaines organisations issues de l'antiracisme ou de la gauche, des médias et des chercheurs qui sans remettre en cause l'existence de ce racisme pour la plupart critiquent l'utilisation de cette expression en raison de son instrumentalisation par le Front national qui n’a cependant pas créé le concept. Cette terminologie favoriserait, selon eux, un antagonisme communautaire faisant des distinctions entre les types de racisme.

Conceptualisation à affiner

Selon l'historien Emmanuel Debono, l'absence de conceptualisation de la notion de racisme anti-Blancs et la carence de l'approche scientifique réduisent la réflexion au niveau [d'un bruit de fond alimentant] les réseaux sociaux et la télévision spectacle[1]. Ces polémiques sont attisées par les empoisonneurs de débat : ceux d'un côté qui voient du racisme anti-Blancs partout, jusque dans la moindre critique émise au sujet de la France, pourvu qu'elle soit formulée par un « non Blanc », et ceux, de l'autre, qui font entendre des cris d'orfraie à la moindre de ses évocations.[2].

S'interroger sur la pertinence de la notion de racisme anti-Blancs est une entreprise que vient compliquer la présence de quelques rares articles d'opinion, dont certains en ont condamné totalement la validité, et de courts essais produits par des militants extrémistes de droite. L'historien préconise de s'abstraire de ces polémiques pour concevoir une définition objective du racisme anti-Blancs étayée par une observation du réel[2].

En sociologie

Précision du concept racisme

La sociologie étudie le racisme en tenant compte des contextes sociohistoriques spécifiques et de l'existence préalable, dans les sociétés occidentales, d'idéologies et de politiques ayant historiquement donné aux Blancs le rôle de la race dominante[a].[4],[5],[6],[7]. Et les chercheurs établissent une distinction entre ce qui relève de comportements à caractère raciste — rejet, colère, insultes, agressions, etc. — de portée individuelle, et l'existence d'un racisme systémique, c'est-à-dire inscrit dans l'organisation sociale[8].

Selon le sociologue français Éric Fassin, « le racisme anti-Blancs n'existe pas pour les sciences sociales, ça n’a pas de sens »[9]. Il mentionne que lorsqu'on parle de racisme anti-Blanc, on revendique une conception purement individualiste, alors que le racisme repose sur des rapports sociaux. Le racisme est un phénomène de domination sociale, donc, par définition, il ne peut pas être symétrique : cela le conduit à déclarer ; parler de racisme anti-Blanc est donc absurde[10]. Selon France Info, cette analyse est majoritaire parmi les sociologues[9].

Pour Marie Peretti-Ndiaye, docteure en sociologie et chercheuse, « Si on voit le racisme comme un rapport social, une relation de domination au niveau macro-sociologique, alors on ne peut pas considérer qu’en France, aujourd’hui, les personnes considérées comme 'blanches' fassent l'objet d'inégalités statistiquement significatives en raison de ce facteur. En revanche, si le racisme est défini comme un phénomène se jouant au niveau individuel, à une plus petite échelle, alors on peut trouver quelques situations très circonscrites de personnes considérées comme blanches dans une situation qui leur est défavorable ». Selon Charlotte Recoquillon, géographe, docteure en géopolitique — chercheuse à l'institut français de géopolitique —, « c'est la définition étendue du racisme qui fait œuvre dans notre société et qui est retenue dans les travaux sociologiques (...) Cette définition voit le racisme comme un système, un ordre social, dont découlent des privilèges. Personne ne nie que certaines attitudes, ponctuellement, peuvent nuire à des personnes dites blanches. Mais cela ne détermine pas leur position sociale, leur rapport aux autres. » Donc pour elle d'un point de vue sociologique, « le racisme anti-blanc n'existe pas. »[11].

Selon Magali Bessone, professeure en philosophie politique à l'université Panthéon-Sorbonne — qui considère que la question de la race est une question socio-politique mais pas biologique[12] —, si le phénomène est envisagé de manière structurelle, alors la notion de racisme anti-Blancs n'est pas pertinente dans des sociétés où les Blancs sont en position de domination. [Ce qui] n’empêche pas l’existence de comportements individuels que l’on peut désigner dans ce cas comme relevant de la haine raciale[13].

Pour Véronique De Rudder[b], ces actes isolés ne remettent pas en cause « l'ordre social inégalitaire ». Selon elle, le racisme est moins un ensemble de faits divers qu'un « système » où les « dominants » maintiennent - même « inconsciemment » - les « dominés » (les « minorités ethnicisées ») à l'écart de certaines ressources[15].

Pooja Sawrikar et Ilan Katz, remettent quant à eux en cause l'idée, à laquelle ils n'accordent aucun fondement logique, selon laquelle seuls les Blancs peuvent être racistes[16].

Racisme inversé

La notion de « racisme inversé » (revers racism ou reverse discrimination) est, notamment aux États-Unis, le concept selon lequel la discrimination positive ou les projets destinés à corriger l'inégalité raciale sont une forme de racisme anti-blanc[17].

Les sociologues américains, auteurs du Dictionary of Race and Ethnic Relations, considèrent que le terme, qui suggère à tort que le racisme peut être étudié sans tenir compte de l'expérience historique très différente des groupes impliqués, n'est pas adapté ; une importante distinction existant entre le racisme blanc qui résulte d'un héritage de l'impérialisme et sa « version noire » qui, elle, représente une réaction au racisme blanc[18].

Robin DiAngelo dénonce également le terme de racisme inversé ; après tout, les personnes de couleur peuvent montrer des préjugés contre les blancs. Il est également condamnable, mais cette forme de discrimination ne s'accompagne pas d'un privilège systémique et n'est donc pas du racisme selon la définition moderne[19]. Selon elle, lorsque l'on comprend que le racisme est un système de pouvoir institutionnel inégal, il est impossible de parler de racisme inversé ; Tout le monde a des préjugés raciaux, mais lorsque vous soutenez les préjugés collectifs de votre groupe avec une autorité légale et un contrôle institutionnel, […] vos préjugés raciaux deviennent un système de grande envergure qui ne dépend pas de votre intention consciente. Cela devient la valeur par défaut[20].

Pour Matthew Desmond et Mustafa Emirbayer (du département de sociologie de l'université du Wisconsin à Madison), il n’existe pas de «racisme institutionnel noir» ou de «racisme institutionnel inversé», car il n’existe pas de système de domination socialement ancré et normalisé, vieux de plusieurs siècles, conçu par des personnes de couleur qui nie les Blancs[21].

Par pays

Belgique

Le journaliste Claude Demelenne, dans une tribune sur La Libre Belgique, déclare que le « racisme anti-Blancs est en progression auprès d'une minorité de jeunes d'origine arabo-musulmane », notamment à l'occasion d'incidents violents qui marquent le ramadan à Bruxelles en 2009, et le tabou de la gauche à ce sujet qui préfère « dénoncer, de façon un peu trop exclusive, le racisme anti-arabe et une islamophobie souvent mise à toutes les sauces et confondue avec la critique - on ne peut plus légitime - de la religion musulmane »[22].

États-Unis

Aux États-Unis, des chercheurs en sociologie comme Jessica T. Simes ou en psychologie comme Len Lecci et James D. Johnson ont abordé la question dans certains articles. Ils désignent ce phénomène en utilisant les expressions « antiwhite sentiment »[23] ou « antiwhite attitude »[24].

Après analyse de plusieurs centaines de fausses agressions racistes, le professeur américain en sciences politiques Wilfred Reilly estime que celles-ci attisent l'hostilité des jeunes afro-américains envers les blancs, persuadés que le monde « blanc » – censé désigner absolument tout, de la musique techno à la bière artisanale – serait raciste de bout en bout, persuasion qui selon lui les entraverait plus que le racisme en lui-même. Ces agressions, selon lui, [insensibilisent] la population et [font] que des méfaits, authentiques et graves, ne sont plus pris au sérieux et provoquent une nappe de fond de peur, d’anxiété et de découragement nuisible en premier lieu aux minorités ethniques envers les blancs. Wilfred Reilly entend contredire le récit de l’oppression perpétuelle » véhiculé par la frange la plus identitariste de la gauche américaine[25],[26].

Il existe des suprémacistes noirs (black supremacists) prônant la supériorité de la « race noire ». Il s'agit de groupes organisés comme les Black Muslims et Nation of Islam. Nation of Islam fut notamment représenté par Malcolm X puis par Khalid Abdul Muhammad qui tient des discours antiblancs[27] et appelle au meurtre des Américains blancs[27],[28]. Eldridge Cleaver, « ministre de l'Information » du Black Panther Party (puis membre du GOP au milieu des années 1980), pratiquait ce qu'il appelait le viol insurrectionnel des Blanches[29],[30].

Les partisans de la « théorie de la mélanine » (Melanin Theory) soutiennent que les blancs souffrent d'un déficit en mélanine qui les rendraient inférieurs aux noirs tant sur le plan sportif, intellectuel et spirituel[31]. Cette théorie a connu un très grand succès auprès de la communauté afro-américaine, à l'instar des écrits de Frances Cress Welsing[32].

Selon un sondage du Public Religion Research Institute (en) (Institut public de recherches sur la religion), réalisé en 2012 sur un échantillon d'environ 2 000 individus âgés entre 18 et 24 ans, 58 % des Blancs, 39 % des Hispaniques et 24 % des Noirs interrogés à propos de la « discrimination inversée » (reverse discrimination) pensent que la discrimination envers les Blancs est devenue un problème aussi important que celle envers les Noirs et les autres minorités ethniques (sur l'ensemble des personnes interrogées, 48 % partagent cet avis et 47 % sont en désaccord)[33],[34].

France

Histoire du concept

Selon l'historien Emmanuel Debono, le Front national […] n’est pas l’inventeur de la notion de racisme anti-Blancs qui émerge dans le débat public au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de décolonisation. On parle de « blancophobie » aux Antilles dès la fin du XIXe siècle, on s’interroge sur la xénophobie de Marcus Garvey dans les années 1920 et la LICRA met très officiellement en garde contre « néoracisme antiblanc » à partir de 1960. Pour lui, la notion de racisme anti-Blancs n’est pas une imposture au motif qu’elle est, incontestablement, un mécanisme utilisé par les racistes à l’encontre des minorités qu’ils honnissent : criminaliser l’objet de sa haine est un classique. […] diaboliser la notion parce que l’extrême droite puis la droite nationale populiste s’en est emparée, en en brouillant les contours, l’instrumentalisant et la servant à tout bout de champ, n’est pas non plus un argument sérieux[2].

Pour Pierre-André Taguieff, l'expression « racisme antiblanc » figure dans l'ouvrage Le Racisme dans le monde (1964) de Pierre Paraf, président du MRAP, à l'époque une organisation tiers-mondis[t]e d'obédience communiste. Dans son livre, Paraf affirme, à propos de certains comportements chez les peuples africains et asiatiques autrefois colonisés par les Européens, que le caractère même du racisme implique qu'il n'est pas plus étranger aux "hommes de couleur" qu'aux blancs. Le président du MRAP souligne ensuite son propos : Racisme antijuif, racisme antinoir, racisme anti-blanc… qu'il soit collectif ou individuel, le racisme demeure l'un des grands maux dont souffrent les hommes aujourd'hui[35]. Cependant, Pierre-André Taguieff constate que le FN a effectivement instrumentalisé la dénonciation du « racisme antiblanc » en en faisant l'un de ses thèmes de propagande. Et certains publicistes d'extrême droite se sont emparés du thème, afin de criminaliser l'immigration d'origine extra-européenne. Or le politologue souligne que l'expression ne doit pas être considérée pour autant comme contaminée par son usage lepéniste afin de nier ou minimiser la réalité du phénomène, ou d'intimider ceux qui évoquent le racisme antiblanc[36].

Plusieurs auteurs observent que cette expression a été développée par l'extrême droite française, qui a popularisé le terme en l'intégrant dans son lexique[37],[38],[39],[40],[41].

En 1966, le Mouvement nationaliste du progrès — après avoir attaqué notamment un régime qui ne fait aucune différence entre le bantou, le provençal et le chinois — se défend de l'accusation de racisme, en déclarant que son objectif est seulement de défendre la civilisation occidentale contre le « racisme antiblanc »[42]. En 1979, lors d'un meeting du Front national, Jean-Marie Le Pen annonce la création d'une ligue contre le « racisme anti français »[43]. Il théorise ensuite l'idée d'un « racisme inversé » en 1998 : L'antiracisme, instrument politique d'aujourd'hui, comme le fut l'antifascisme avant-guerre, n'est pas un non-racisme. C'est un racisme inversé, un racisme anti-Français, anti-Blanc[39]. Selon le sociologue Erwan Lecœur, spécialiste de l'extrême droite, ce concept a et développé et instrumentalisé par le parti frontiste pour « sortir du piège de l'accusation récurrente de racisme » dont il était victime et « la retourner par tous les moyens possibles » contre ses détracteurs. Objectif : discréditer le discours d'associations comme SOS Racisme, alors en plein essor, en leur reprochant de ne pas défendre les « Français de souche »[39].

D'après le sociologue Sylvain Crépon, également spécialiste de l'extrême droite : [la thèse de « racisme antiblanc »] a été conceptualisée en 1978 par François Duprat, alors l'un des responsables du Front national, juste avant sa mort dans un attentat non expliqué. Il est à l'origine des principales thématiques du FN qui sont toujours présentes à l'heure actuelle, à savoir, d'une part, le slogan de la préférence nationale « Un million de chômeurs, c'est un million d'immigrés en trop », d'autre part, la dénonciation du « racisme anti-Français ». Finalement, c'est le retournement de rhétorique pour laquelle l'extrême droite a toujours été très forte. Puisqu'on les accuse d'être racistes, ils accusent à leur tour les racistes anti-blancs, anti-Français[37].

D'après Valérie Igounet, François Duprat est également à l'origine du slogan Non au racisme anti-Français ![44]. Bruno Mégret est ensuite promu spécialiste du racisme anti-français au sein du FN[45]. Selon le Dictionnaire de l'extrême droite du psychosociologue Erwan Lecœur[46], la notion de « racisme antiblanc » a été également introduite par l'association d'extrême droite Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF)[47], au côté de termes comme « racisme antifrançais » et « racisme antichrétien »[46], affirmation reprise par Le Figaro[39]. D'après le dictionnaire de Lecœur, l'emploi de ces notions s'inscrit dans une stratégie de retournement victimaire[48] contre l'antiracisme pour « sortir du piège de l'accusation récurrente de racisme »[48] et la retourner par tous les moyens possibles[48]. La notion a été largement propagée et instrumentalisée par l'extrême droite[39],[40] (notamment dans le sillage de la Nouvelle Droite), en réponse à l'émergence du thème de l'antiracisme.

Selon Le Monde, l'utilisation par Jean-François Copé de l'expression en 2012 est une étape car jusqu'à présent, l'utilisation politique du concept de « racisme anti-blanc » était l'apanage quasi exclusif de l'extrême droite. Marine Le Pen utilise également le terme pour discréditer la lutte des associations antiracistes, au premier rang desquels SOS Racisme à qui elle reproche de n'avoir jamais intenté d'action sur cette base. D'autres mouvements d'extrême droite comme les Jeunesses identitaires vont également s'emparer de la question du « racisme antiblanc » au début des années 2000, en en faisant un de leurs thèmes principaux afin, comme le FN, de couper l'herbe sous le pied des associations antiracistes, mais aussi estimant que « les Européens blancs » sont menacés par « une immigration invasion », devenant ainsi la minorité opprimée dans un « discours racialiste blanc non explicite et suggéré, non passible de poursuites ». Quand Jean-Marie Le Pen utilise « Racisme anti-blanc » accolé à « Français de souche », il utilise le vocabulaire de la mouvance identitaire[40].

Pour le politologue spécialiste de l'extrême droite Stéphane François, la dénonciation du racisme antiblanc par les franges de certains partis de droite et d'extrême droite est toujours corrélative d'une condamnation d'une supposée islamisation du pays et affirme que ce type de discours est un thème classique de ces partis[49]. ; il ajoute : il s'agit, au nom de la résistance au « racisme antiblanc » de mener une lutte pour la défense de l'identité blanche. Il s'agit enfin de démontrer que toute société multiculturelle est vouée à l'échec[40]. Le discours du racisme antiblanc, lié au débat du grand remplacement, est d'après lui un thème porteur pour les différentes formations identitaires européennes, certains agissant par la violence, tandis que d'autres, refusant les violences physiques, développent un discours agressif qui se rassemblent au niveau européen pour défendre les « blancs » contre les « autres », vus comme des hordes d'envahisseurs racistes, avides des systèmes sociaux des pays européens. Selon lui, si la crise et le communautarisme ont aidé à la propagation de ce type de discours, c'est surtout à la suite des différentes campagnes sur la supposée incapacité des musulmans à s'intégrer dans les sociétés occidentales relayées par l'extrême droite dont le Bloc identitaire et par le pseudo-débat sur l'identité nationale. Il conclut que ce racisme existe, mais qu'il est minoritaire et victime d'un tabou dont a profité l'extrême droite[49].

Selon le sociologue Michel Wieviorka, le racisme antiblanc « est un thème d'extrême droite repris à l'occasion d'une opposition politique entre les deux candidats à la présidence de l'UMP ». Il dénonce une radicalisation avec ce terme alors que des hommes politiques comme Copé auraient pu utiliser le terme « racisme antifrançais ». Pour lui c'est « une thématique excessive », le racisme de certaines minorités serait dirigé contre les « dominants », certes blancs, mais désignés d'abord comme bourgeois, riches ou français, avec parfois des discours antisémites[49].

Olivier Estève, enseignant-chercheur, maître de conférences à l'université de Lille-III, note que certains sociologues préfèrent parler de « contreracisme » à propos de ce phénomène et estime que le "racisme anti-Blanc" n'est qu'une illustration relativement récente du galvaudage que ce terme de "racisme" a pu subir […], le racisme renvoyant pour lui surtout à des situations bien réelles d'oppression dans l'histoire, notamment coloniale[50].

Fin 2017, un particulier crée l'Organisation de lutte contre le racisme anti-blanc (OLRA) qui se présente comme laïque, apolitique et indépendante. Selon Le Point cette association est soupçonnée d'alimenter le discours identitaire car le racisme anti-Blanc reste un cheval de bataille privilégié de l'extrême droite[10]. Paris Match soutient que cette association est porteuse d'un discours plébiscité par l'extrême droite, mettant en sources des sites de ce courant avec parfois de la désinformation[51]. Selon Dominique Sopo, président de SOS Racisme, Défendre l'existence du racisme anti-Blanc, c'est rendre service à l'extrême droite. Cette association est à l'opposé de la lutte antiraciste. Pour Éric Fassin, sociologue spécialiste des questions raciales à l'université Paris VIII, le but de l'association est d'installer ce concept de racisme anti-Blanc propre aux identitaires dans le langage mainstream.[10].

Racisme contre la population majoritaire selon l'Ined

Dans une enquête sociologique réalisée en 2008 par l'Institut national d'études démographiques (Ined), qui n'utilise jamais l'expression de « racisme antiblanc », il apparaît que 16 % de la population majoritaire déclare avoir été victime d'une « situation raciste », contre 32 % pour les immigrés et 36 % pour les descendants d'immigrés. 23 % de la population majoritaire affirment « ne pas avoir vécu de situation raciste mais s'y sentent exposés », contre 29 % pour les immigrés et 25 % pour les descendants d'immigrés. De plus, 10 % des personnes de souche européenne affirment avoir subi au cours des cinq dernières années des discriminations racistes, contre 26 % pour les immigrés, 31 % pour les descendants de deux parents immigrés et 17 % pour les descendants d'un parent immigré. Les motifs de discrimination les plus déclarés par la population majoritaire sont pour 18 % liés à l'origine contre 70 % pour les immigrés et 65 % pour les descendants d'immigrés. Les autres motifs de discrimination de la population majoritaire sont liés au sexe (24 %) et à l'âge (16 %)[52]. Selon Le Point qui se base sur cette étude, la population majoritaire peut être victime de racisme, « mais dans une proportion beaucoup plus faible (15 %) que les minorités racisées, et surtout, ce racisme ne se produit qu'une fois, le plus souvent dans la rue » alors que « 55 % des descendants de pays d'Afrique centrale et 38 % des descendants de Marocains et Tunisiens déclarent avoir été victimes de racisme explicite au cours de leur vie en France »[10].

Aucun membre de la population majoritaire ne déclare avoir été victime de discrimination liée à la couleur de peau dans les motifs de discrimination les plus déclarés, contre 43 % pour les immigrés et 28 % pour les descendants d'immigrés. Les auteurs de l'étude concluent que le racisme subi est associé à des expériences de discrimination raciale pour les immigrés et les enfants d'immigrés, alors que pour la population majoritaire le racisme subi n'est pas associé à des discriminations basées sur l'origine[52].

Au printemps 2012, l'Ined publie une nouvelle enquête réalisée entre septembre 2008 et février 2009 sur des personnes nées entre 1948 et 1990 qui montre que 18 % des personnes appartenant à la « population majoritaire » de France, donc à la population blanche, déclare avoir été la cible d'insultes, de propos ou d'attitudes racistes contre 30 % pour les immigrés et 37 % pour les descendants d'immigrés[53]. Une étude du même institut a conclu, en 2016, que le phénomène n'avait pas le caractère d'une expérience de masse : Le racisme des minoritaires à l'encontre des majoritaires peut blesser verbalement, voire être agressif physiquement, mais il ne fait pas système et ne produit pas d'inégalités sociales[54]. En 2012, Jean-Luc Primon, sociologue à l'université de Nice et chercheur à l'Unité de recherche Migrations et société (Urmis), participant à l'enquête TEO, première base de données de l'INED sur les origines, déclare qu'un peu plus d'une personne sur dix de celles classées dans la population dite « majoritaire » (ni immigrées, ni issues de l'immigration, ni originaires d'Outre-mer) déclarent avoir vécu une expérience de racisme[55].

Selon la chercheuse spécialisé sur le racisme Carole Reynaud-Paligot, qui s'appuie sur cette étude, les manifestations de racisme antiblanc concernent une faible proportion de personnes. Elles sont vécues uniquement dans l'espace public sous forme d'insultes, alors que le racisme [envers d'autres communautés] peut impacter l'accès au travail ou au logement, et se manifeste par toutes sortes de discriminations. Concernant les Blancs, il n'y a pas d'impact sur l'insertion sociale[10]. Le racisme contre la population majoritaire existe, mais dans une proportion beaucoup plus faible (15 %) que les minorités racisées, et surtout, ce racisme ne se produit qu'une fois, le plus souvent dans la rue. Une analyse partagée par la généticienne Évelyne Heyer[56].

Selon un intervenant de Rue89, le racisme anti-blanc est à la fois une réalité et un tabou en Guyane et aux Antilles[57].

Selon l'étude de 2016 de l'INED, « Avec 15% des personnes se disant victimes de racisme, la "population majoritaire non paupérisée" est la catégorie ayant la plus faible statistique du classement » comparée au « 60% des personnes dont les parents sont nés en Afrique centrale, 58% pour l'Afrique sahélienne, 54% pour les DOM ou l'Asie du Sud-Est et 50% pour l'Algérie ». De plus, selon Patrick Simon démographe et sociologue à l'Ined, « Une partie de ces personnes issues de la 'population majoritaire' sont exposées au racisme par intermédiaire, par exemple parce que leur conjoint lui-même est 'racisées'. Elles perçoivent et reçoivent le racisme que vit leur conjoint. Ou alors elles sont elles-mêmes prises à partie comme étant associées à la personne 'racisée ». Il y a aussi les personnes converties à l'islam victime de racisme « qui perdent en quelque sorte leur statut de Blanc » ou les « personnes juives qui peuvent être perçues comme blanches mais sont également exposées à l'antisémitisme ». Pour lui « quand ces personnes déclarent avoir été exposées à du racisme, ce n'est pas en tant que blanches : elles ont été 'racisées' ». Il y a également selon lui « un sentiment de mal-être », les personnes de la population majoritaire qui se disent victime de racisme ne résident pas forcément dans des quartiers à forte population immigrée et « ce ne sont pas toujours des expériences concrètes, mais sans doute des réactions à la présence de minorités considérées comme trop voyantes, trop actives, trop expressives »[9].

Controverses par les associations et des chercheurs

La notion de racisme antiblanc reste controversée parmi de nombreuses associations de défense des droits de l'homme et de lutte contre le racisme ainsi que parmi de nombreux intellectuels non pas à chaque fois parce que l'existence du racisme visant les Blancs est niée en tant que tel, mais parce que le concept de racisme antiblanc, qui prétend rendre compte de ce racisme, l'envisage comme un racisme à part et adopte un point de vue communautariste qui fait des distinctions entre les différents types de racisme et ses différentes victimes, et attise ainsi les antagonismes communautaires. Dans cette perspective, le concept de racisme antiblanc est contesté au profit d'une vue qui considère le racisme envers les Blancs comme étant un racisme comme les autres.

Samuel Thomas, l'un des leaders de SOS Racisme, reconnaît que le racisme se trouve dans toutes les couches de la population française, y compris dans celles issues de l'immigration. Il considère donc nécessaire d'éduquer aussi bien les uns que les autres. Il refuse toutefois la notion de racisme antiblanc parce que, non seulement elle privilégierait une logique communautariste, mais aussi parce que la notion aurait été instrumentalisée par l'extrême droite[58].

L'historien Georges Bensoussan admet pour sa part ne pas avoir vu émerger la réalité du racisme antiblanc en expliquant qu'un certain nombre d'études sociologiques comme celle de Christophe Guilluy sur les fractures françaises, celle de Laurent Bouvet sur l'insécurité culturelle ou celle d'Hugues Lagrange sur le déni des cultures n'étaient pas parues avant la sortie de son livre Les Territoires perdus de la République. Évoquant le fait que la question était peu traitée dans cet ouvrage publié en 2002, Bensoussan indique que les professeurs qui avaient participé à sa rédaction « étaient eux-mêmes tétanisés à l'idée d'évoquer un racisme anti-blanc ou anti-Français »[59]. A contrario, l'historien Pap Ndiaye évoque les sous-entendus idéologiques d'extrême droite souvent impliqués dans l'emploi de l'expression racisme antiblanc[60].

En mars 2005, l'« appel contre les violences anti-blanches » de l'hebdomadaire Marianne[61], et la parution de l'article du journaliste Luc Bronner dans Le Monde[62] ont créé un tollé parmi des intellectuels et personnalités politiques. Esther Benbassa, historienne et sénatrice Europe Écologie Les Verts, dénonce une logique communautariste qui, selon elle, sous-tend cette pétition[63],[64],[65]. Dans les colonnes du quotidien Libération, un collectif de chercheurs nommé CLARIS[66], dont les sociologues Michel Kokoreff, Laurent Mucchielli et Marwan Mohammed, a vivement réagi à cet appel et au traitement médiatique de la notion de racisme antiblanc qu'ils jugent symptomatique « d'une lepénisation des esprits »[67]. Michel Kokoreff modère sa position en 2012, affirmant que sans nier l'existence d'un tel racisme, il faut rappeler qu'il est extrêmement minoritaire par rapport à l'islamophobie qui progresse encore en France [68].

Tarik Yildiz, doctorant en sociologie politique, publie un essai dans lequel, après neuf entretiens avec des habitants de Seine-Saint-Denis, il dresse une cartographie du racisme antiblanc dans les banlieues[69],[70]. Selon lui, les « Français de souche »[71] subissent avec le racisme antiblanc une pression sociale qui les pousse à déménager[72]. Son propos, selon l'auteur lui-même, ne prétend pas relever de l'étude scientifique[73]. Yildiz déclare « Ne pas entendre ceux qui souffrent, c'est prendre le risque de l'engrenage et les jeter dans les bras des partis extrémistes »[70]. Recommandé par Ivan Rioufol[74] et Robert Ménard[75], l'essai est critiqué par l'universitaire Olivier Estève qui juge que, sous couvert de lever un tabou, le travail d'Yildiz apporte une légitimation universitaire à des thèses d'extrême-droite que prétend combattre son auteur. Sur le fond, il reproche au jeune sociologue un défaut de contextualisation de l'« appel contre les ratonnades anti-Blancs » qui sous-tend sa démonstration par l'exemple[50]. À l'opposé, Pierre Hayat, agrégé de philosophie et docteur[76], s'appuie sur l'ouvrage de Yildiz pour dénoncer les sophismes des communautaristes qui aboutissent à sélectionner les racismes sous couvert de combat contre les dominations culturelles, priv[a]nt l'antiracisme de ses repères essentiels.[77].

Pour Sihem Souid, chargée de mission au ministère de la Justice en 2013, « le racisme anti-blanc n'existe pas », et « Alain Finkielkraut, commentateur façon café du commerce de l'actualité, et ses adeptes ont popularisé cette notion fondée uniquement sur un sentiment ou une émotion ». L'insulte « sale blanc » ne relève pas selon elle du racisme, mais serait une réaction épidermique de rejet ponctuel car « en France, aujourd'hui, aucun “Blanc” n'est refusé à un emploi, à un logement, à la fonction de maire ou de député parce qu'il est “blanc” ». Elle résume : « En France, le racisme structurel ne touche pas les “Blancs” », une évidence et une réalité selon elle qui a échappé aux politiciens. « Quand un imbécile traite quelqu'un de “sale Blanc”, il ne porte préjudice à cette personne que conjoncturellement et non de manière systémique. À la grande différence du racisme anti-noir, anti-arabe, anti-juif, anti-roms... Ces racismes-là non seulement font système, mais renvoient aussi à un moment de leur propre histoire où ces groupes ont pu être considérés comme ceux de “sous-hommes” ou “inférieurs”. Il n'y a par conséquent aucun rapport entre le racisme dont sont victimes les “minorités” et l'insulte “sale Blanc”, sinon une différence de nature. »[78].

Le MRAP s'est penché sur cette question. Pour son coprésident Pierre Mairat : Nous avons conscience des risques d'instrumentalisation. Mais la vraie question, c'est : est-ce que l'on nie [le racisme anti-Blancs] ou est-ce que l'on constate et analyse ? La porte parole du PIR affirme que le MRAP a peur d'être taxé d'islamo-gauchisme et veut devenir respectable ; et le PIR voit dans le nouveau contexte l'occasion de [recomposer] le mouvement antiraciste autour de son organisation pour défendre les “véritables racisés”, soit les immigrés originaires des anciennes colonies et leurs descendants[79].

Le président de la LDH Pierre Tartakowsky voit dans l'action de la LICRA le risque de banaliser l'idée que tout le monde est raciste […] Il peut y avoir des imbécillités chroniques, mais le racisme anti-Blancs, en soi, ça n'existe pas. La présidente de SOS Racisme Cindy Léoni refuse ainsi de reprendre la formule de “racisme anti-Blancs” : la notion de “racisme” tout court se suffit à elle-même. […] On ne va pas faire la course à l'échalote pour avoir à tout prix des dossiers de personnes blanches. Mais si l'occasion se présente, SOS Racisme pourrait faire comme la Licra. Le cœur du combat, c'est la laïcité, le communautarisme et l'obscurantisme[80].

Natacha Polony, commentant en 2017 les polémiques liées à la non-mixité, juge que le racisme antiblanc est également porté par un « antiracisme » qui ne cherche pas à prévenir le racisme, mais à dénoncer le « colonialisme de l'Occident », notamment à l'occasion de festivals réservés « aux femmes noires », « aux personnes noires », « aux personnes racisées »[81].

Dans l'opinion française

En décembre 2013, selon un sondage Ifop pour le magazine Valeurs actuelles, 47 % des Français estiment que le racisme antiblanc est un phénomène assez répandu en France, contre 53 % qui le jugent assez marginal. Au total, 83 % des sympathisants du Front national et 58 % des sympathisants de l'UMP considèrent que le racisme antiblanc est une réalité, contre 28 % chez les sympathisants de gauche. Inversement, 72 % des sympathisants de gauche estiment que le phénomène est assez marginal, contre 42 % des sympathisants de l'UMP et 17 % des sympathisants du Front national[82].

Le sociologue spécialiste du racisme Steve Garner[83] analyse ce sondage en concluant qu'il est important et qu'il montre le « fantasme mobilisateur dans le discours politique contemporain » de l'idée du racisme inversé, et que « les universitaires devraient réfléchir sur les objectifs de l'utilisation d'un tel concept comme stratégie politique, mais qu'il ne devraient pas l'enlever de leurs analyses juste parce qu'il n'est pas confirmé comme un phénomène empirique »[84].

Affaires notables

Appel contre les violences antiblanches (2005)

Suite aux violences des manifestations lycéennes du et leur médiatisation, l'article du journaliste Luc Bronner paru dans Le Monde le , « Manifestations de lycéens : le spectre des violences anti-Blancs » a provoqué une controverse médiatico-politique en France quant à la labellisation « anti-Blancs » de ces violences. Cet article mentionne les propos de jeunes des cités affirmant avoir participé aux violences[62] : Dans le discours de ces jeunes se cumulent des explications économiques (« se faire de l'argent facile »), ludiques (« le plaisir de taper ») et un mélange de racisme et de jalousie sociale (« se venger des Blancs »)[62]. La LICRA considère comme avéré le caractère raciste des agressions[85]. À la suite de l'article de Luc Bronner, un certain nombre de personnalités, notamment de gauche, comme Ghaleb Bencheikh, Alain Finkielkraut, Bernard Kouchner et Jacques Julliard ont lancé, le , un « Appel contre les “ratonnades anti-Blancs” », appel à l'initiative du mouvement sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr et la radio communautaire juive Radio Shalom[86]. Signataire de l'appel, le politologue Pierre-André Taguieff estime que les violences révèlent l'existence en France d'un racisme anti-Blancs, traduction d'une « racialisation du conflit social » et que le racisme n'est pas le seul fait des Blancs[63],[61]. Sollicité pour signer le texte, le réalisateur Romain Goupil a refusé d'associer son nom à la caractérisation « anti-Blancs » d'un phénomène qu'il tient cependant pour raciste[63]. L'essayiste Pascal Bruckner exprime sa satisfaction de constater que des intellectuels mettent enfin en avant un racisme anti-Blancs qu'il jugeait devoir être dénoncé comme tout autre forme de racisme dès 1983, dans un essai intitulé Le Sanglot de l'homme blanc et qui l'avait « mis au ban de la gauche pendant des années »[87].

SOS Racisme, le MRAP et la Ligue des droits de l'homme (LDH) fustigent un appel « irresponsable »[10],[86]. De même, dans une tribune du quotidien Libération, le collectif de chercheurs CLARIS dénonce une polarisation sur la seule dimension raciale de phénomènes de violence[67]. Selon l'historien Pap Ndiaye, le concept qui reprend des thématiques qui ont cours depuis longtemps dans l'extrême droite » est « une contre-offensive [...] conservatrice, une mise en accusation injuste de la France validée par une gauche bien-pensante qui par ailleurs ferme les yeux sur des formes de racisme qui ne correspondent pas à ce qu'elle veut entendre[38]. La sociologue Esther Benbassa condamne l'utilisation des mots « ratonnade », et « francophobie »[86].

Polémiques politiciennes

En septembre 2012, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé écrit un manifeste dans lequel il dénonce le développement d'un « racisme antiblanc » en France[88],[10], citant des situations dont il aurait été témoin en tant que maire de Meaux. Interrogé sur le sujet, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault reconnaît qu'un tel racisme peut exister ; toutefois, il indique qu'il faut faire très attention quand on emploie des mots de cette nature, mettant en garde contre une espèce de course poursuite derrière les idées du FN[89]. La ministre des Droits des femmes de son gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem rejoint ce point de vue lorsque, dans son livre Raison de plus ! (2012), elle invite chacun à convenir de la réalité d'un tel racisme et à le condamner comme tous les autres[10].

Traitement juridique

L'arsenal juridique français permet de sanctionner les délits et crimes d'expression raciste. La loi sur la liberté de la presse de 1881 pénalise les discours de haine, de haine raciale en particulier[90],[91]. Depuis la promulgation des lois dites « loi Lellouche » (février 2003) et « loi Perben II » (mars 2004), une motivation raciste avérée constitue une circonstance aggravante des délits tels que les violences ou le vol, et des crimes tels que le viol et le meurtre[91],[92]. Cependant, la législation française ne catégorisant pas les infractions à caractère raciste selon l'origine ethnique de la victime, le traitement judiciaire des ces infractions ne fait jamais apparaître le terme « antiblanc » dans la qualification des faits incriminés[93],[94]. Des organes de presse, en revanche, mettent parfois en avant ce qualificatif lorsqu'ils rapportent des affaires judiciaires exposant des faits de racisme à l'encontre d'une victime blanche.

Ainsi, par exemple, le , le journal Le Monde publie un article intitulé la première condamnation pour racisme anti-Blanc[95]. En écho, le même jour, Le Parisien titre un article Le racisme anti-blanc, circonstance aggravante d'une agression à Paris[96]. Les deux textes rendent compte d'une affaire d'agression sur la voie publique, au cours de laquelle des insultes telles que « sale Blanc » ou « sale Français » ont été proférées. Au terme d'un procès, la cour d'appel de Paris a retenu la circonstance aggravante de « racisme »[97]. Relatant l'audience correctionnelle tenue deux ans auparavant, l'hebdomadaire Le Point et le quotidien 20 minutes précisent que le Code pénal français ne distingue pas un « racisme antiblanc »[93],[94]. Selon Me Naïma Moutchou, avocate de l'association antiraciste la LICRA, constituée partie civile dans l'affaire, la condamnation pénale pour racisme prononcée par la cour n'est pas la première dans l'histoire judiciaire française mais la troisième. La jurisprudence française fait état de sentences similaires, sanctions d'insultes racistes, en 1998 à Nancy et en 2008 à Douai[98]. De même, en mars 2016, la cour d'appel de Lyon a alourdi de trois mois de prison ferme la peine de première instance d'un individu condamné pour injures à caractère racial. Le prévenu avait traité de sale blanc, sale Français un passager d'un train[99],[100]. Alain Jakubowicz, président de la Licra, se montre satisfait, déclarant : « Toutes les formes de racisme sont condamnables, d’où qu’elles viennent et indépendamment de la couleur de peau, de l’origine ou de la religion de la victime. Si le racisme anti-blanc est un phénomène relativement marginal au regard des autres formes de racisme ou de l’antisémitisme, il doit faire l’objet de la même rigueur et de la même réprobation »[101].

En revanche, l'arrêt de cette même juridiction, qui avait condamné en janvier 2018 Saïdou, chanteur de hip-hop, à une peine d'un euro symbolique dans l'affaire qui l'opposait à l'AGRIF[102], est cassé sans renvoi le par la Cour de cassation[103]. L'AGRIF avait porté plainte, en 2010, pour provocation à la haine et injure publique à caractère racial, contre le sociologue Saïd Bouamama et le rappeur de Lille, estimant que les paroles d'une chanson, Nique la France, extraites d'un livre-CD, portant le même titre et publié conjointement par les deux hommes, portaient atteinte à la communauté des « Français blancs dits de souche »[47],[104]. En mars 2015, le tribunal correctionnel de Paris avait relaxé les deux hommes, jugeant, qu'au regard de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, la notion de « Français blancs dits de souche » ne recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique et que la race blanche n'est en aucune manière une composante juridique de la qualité des Français[105],[106],[107]. Neuf mois plus tard, sa décision était confirmée en appel[108]. Début 2017, sur le pourvoi formé par l'AGRIF, la Cour de cassation, considérant que les propos poursuivis désignent, à travers les références constituées par la représentation symbolique de la République, le drapeau français et l'hymne national, des personnes appartenant à la nation française, avait partiellement censuré l'arrêt de la cour d'appel de Paris et renvoyé les parties devant celle de Lyon[102],[109],[110],[111]. En , Nick Conrad, un rappeur jusqu'alors quasi inconnu du grand public, poste sur YouTube le clip d'une chanson intitulée PLB, pour « pendez les blancs »[112],[113]. En mars 2019, il est condamné à 5 000 euros d'amende avec sursis[114].

Royaume-Uni

Pour Hugh Schofield de la BBC, au Royaume-Uni, la question du racisme antiblanc est liée à l'extrême droite, mais les hommes politiques de gauche l'évoquent aussi de peur « que la classe ouvrière blanche bascule à l'extrême droite si on ne parle pas de ces questions »[49].

Suisse

Selon Alma Wiecken, responsable de la Commission fédérale contre le racisme (CFR), en Suisse, « quelques cas de discrimination à l’encontre des Blancs ont été portés devant les autorités pénales depuis 1995 mais ceux-ci concernent moins de 1% des cas. Aucun nouveau cas n’a été enregistré depuis 2013, aucun incident discriminatoire à l’encontre de Blancs n’a été signalé ». Pour Pamela Ohene-Nyako, historienne doctorante à l’Université de Genève, « l’idée même de l’existence du racisme anti-Blancs revient à invisibiliser les discriminations subies par les minorités »[115].

Notes et références

Notes

  1. Le philosophe français Michel Foucault enseigne, dès 1976 au collège de France, et dans son livre La Guerre des races, que la politique est un prolongement assurant aux dominants les conditions de la domination. D'après lui, le racisme d'État est structurellement incorporé à la façon de conduire la politique au profit des dominants[3].
  2. Sociologue, chargée de recherche CNRS au sein de l’URMIS (Unité de Recherche Migrations et Société), Véronique DE RUDDER est responsable scientifique et directrice de publication de REMISIS (réseau d’information sur les migrations internationales et les relations interethniques), de l'Unité de recherche migrations et société (Urmis), rattachée au CNRS[14].

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    « Conservatives claim that rights belong to individuals and not to groups and that, as a consequence, granting racial privileges to blacks in the context of university admissions or employment opportunities constitutes a new form of reverse racism against whites (Les conservateurs affirment que les droits appartiennent à des individus et non à des groupes et qu'en conséquence, l'octroi de privilèges raciaux aux Noirs dans le contexte des admissions à l'université ou des opportunités d'emploi a constitué une nouvelle forme de racisme inversé contre les blancs) »

  18. (en) Ernest Cashmore, Ellis Cashmore, Pierre L. Van Den Berghe, Michael Banton, James Jennings, Barry Troyna, Dictionary of Race and Ethnic Relations, USA, Routledge, , 412 p. (ISBN 9780415151672, lire en ligne), « Reverse racism/Discrimination », p. 373 :

    « One big difference is that white racism is a legacy of imperialism, whereas the black version is a reaction to white racism. This qualitative difference is disguised by the term "reverse racism" which implies too simple a comparison with its white counterpart. Black's reactions to white racism takes many forms; accepting racial categories and articulating them in a way that mimics those of white racists is but one of them. The term misguidly suggests that racism today can be studied by examining beliefs and without consideration of the vastly different historical experience of the groups involved »

  19. (en-GB) Nosheen Iqbal, « Academic Robin DiAngelo: 'We have to stop thinking about racism as someone who says the N-word' », sur theguardian.com, (consulté le 11 janvier 2020).
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  21. (en) Desmond, M. et Emirbayer, M., « What is Racial Domination? », Du Bois Review: Social Science Research on Race, vol. 6, no 2,‎ , p. 345-346 :

    « Thus, there is no such thing as “Black institutional racism” or “reverse institutional racism” since there exists no centuries-old socially ingrained and normalized system of domination designed by people of color that denies Whites »

  22. Voir cette tribune de Claude Demelenne, rédacteur en chef du Journal du mardi, publiée dans La Libre Belgique du 3 septembre 2009.
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  113. « Qui est Nick Conrad, ce rappeur qui appelle «à tuer des Blancs» ? » - Benjamin Puech, Le Figaro, 26 septembre 2018.
  114. « Pendez les Blancs : le rappeur Nick Conrad condamné à 5.000 euros d'amende avec sursis » - Le Point/AFP, 19 mars 2019.
  115. «Racisme anti-Blancs», l’expression du malaise, Le Temps, 4/10/2019

Annexes

Articles connexes

Liens externes