Pap Ndiaye

historien français

Pap Ndiaye, né le à Antony, est un historien français, spécialiste d'histoire sociale des États-Unis et des minorités. Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d'histoire, il est titulaire d'un doctorat de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), où il est maître de conférences avant d'être promu, en 2012, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)[1]. En 2021, il devient directeur général du palais de la Porte-Dorée et dirige le musée de l'Histoire de l'immigration[2].

Pap Ndiaye
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (55 ans)
AntonyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Fratrie
Conjoint
Jeanne Lazarus (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Directeur de thèse
Jean Heffer (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Prix Jean-Michel-Gaillard (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

BiographieModifier

Famille et enfanceModifier

De père sénégalais et de mère française, Pap Ndiaye passe son enfance en banlieue parisienne avec sa mère et sa jeune sœur, la future romancière Marie NDiaye. Leur mère, Simone, est issue d'une famille de fermiers de la Beauce ; leur père, Tidiane N'Diaye, est le premier ingénieur diplômé de l'École nationale des ponts et chaussées d'Afrique subsaharienne. Le couple s'était rencontré à la résidence universitaire d'Antony mais Tidiane N'Diaye finit par repartir au Sénégal alors que Pap Ndiaye a trois ans et Marie un an. Leur mère, désormais professeure de sciences naturelles dans un collège, les élève donc seule. Entre la vie à Bourg-la-Reine et les vacances dans la ferme familiale en Beauce, ils ont une « enfance française »[3].

À noter que Simone, Pap et Marie ont chacun choisi une graphie différente pour leur nom de famille (respectivement N'Diaye, Ndiaye et NDiaye)[3].

Pap Ndiaye est le compagnon de la sociologue Jeanne Lazarus[4]. Ils sont parents de deux enfants[3].

ÉtudesModifier

Après avoir étudié au lycée Lakanal de Sceaux et en classes préparatoires littéraires au lycée Henri-IV, il entre à l'ENS de Saint-Cloud en 1986 et réussit l'agrégation d'histoire[3]. Lorsqu'il revient sur son parcours scolaire, il le décrit comme un « pur produit de la méritocratie républicaine »[5].

De 1991 à 1996, il étudie aux États-Unis pour préparer une thèse d'histoire sur la société pétrochimique DuPont de Nemours. Boursier à l'université de Virginie, il est choqué lorsqu'une fraternité noire, la Black Student Alliance, lui demande d'adhérer. Ce séjour dans la société américaine a sur lui l'effet d'une prise de conscience : « Il n'y a pas, aux Etats-Unis, ce modèle de citoyen abstrait qui commande de faire fi de ses particularités individuelles » ; selon le journaliste Christophe Boltanski, il se découvre en quelque sorte « Noir sur le tard »[6]. Il se met alors à lire Aimé Césaire et Frantz Fanon[3].

CarrièreModifier

À son retour en France, il obtient un poste de maître de conférences à l'EHESS, où ses travaux portent désormais davantage sur la question noire, les discours et pratiques de discrimination raciale en France et en Amérique[7]. Il est l'un des pionniers en France à traiter de la question complexe de la population d'ascendance africaine vivant en France et de la diaspora[5] que l'on nomme outre-Atlantique les Black studies (en)[8], notamment à travers son ouvrage paru en 2008, La Condition noire : essai sur une minorité française, avec lequel il espérait « poser les fondations [de ce] nouveau champ d’études[9] ».

En 2003, aux côtés d'autres intellectuels, tels que Patrick Lozès et Catherine Coquery-Vidrovitch, il participe à la création d'une association, le Cercle d'action pour la promotion et la diversité en France (Capdiv)[5]. Catherine Coquery-Vidrovitch témoigne : « Nous ne voulions pas apparaître comme communautaristes, mais traiter de la discrimination dont étaient victimes les Noirs. Pap était très impliqué[5]. » En 2005 est créé le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), présidé par Patrick Lozès. Pap Ndiaye siège au conseil scientifique[5].

En 2018-2019, il collabore à l'exposition Le Modèle noir, de Géricault à Matisse montrée notamment au musée d'Orsay[2]. En 2020, avec Constance Rivière, il réalise un rapport sur la diversité à l'Opéra de Paris[10].

Il est nommé en directeur général du palais de la Porte-Dorée, et dirige donc de fait le musée de l'Histoire de l'immigration[2] : « Ma préoccupation est de ne plus mettre des pans de notre histoire sous le tapis »[10].

Il a été membre du Centre d'études nord-américaines et du comité de rédaction de la revue L'Histoire.

Prises de positionModifier

En 2012, il signe une tribune intitulée « Pour une nouvelle République » appelant à voter pour le candidat François Hollande[11].

Il est critique à propos de la suppression en 2018 du mot « race » de l’article 1er de la Constitution, considérant que cela risque d'affaiblir le combat antiraciste[12]. Il déclare dans une entrevue au Monde en 2019 : « Même s’il est évident que la « race » n’existe pas d’un point de vue biologique, force est de constater qu’elle n’a pas disparu dans les mentalités : elle a survécu en tant que catégorie imaginaire historiquement construite, avec de puissants effets sociaux. Même si l’intention est louable, abolir la « race » dans les sciences sociales ou la Constitution ne fera pas disparaître les discriminations fondées sur elle. L’usage de la catégorie raciale n’implique pas un engagement ontologique douteux du législateur ou du chercheur sur l’existence des « races », mais l’utilisation pragmatique d’une catégorie située pour décrire des phénomènes discriminatoires[9]. »

PublicationsModifier

En collaborationModifier

  • Pap Ndiaye et Louise Madinier, Le Modèle noir, de Géricault à Matisse, la chronologie, Paris, Flammarion, coll. « Musée d'Orsay », , 96 p., 15,4 x 1,1 x 22,4 cm (ISBN 978-2-08-148586-0)
  • Alya Aglan et Robert Frank (dir.), Pap Ndiaye et al. (ouvrage collectif, 22 auteurs), 1937-1947 : la guerre-monde (tome 2), Gallimard, coll. « Folio histoire », , 1072 p., 12,5 x 19 cm (ISBN 978-2-07-046417-3)
  • Pauline Peretz (dir.), Pauline Peretz, Pap Ndiaye, Simon Hall, Andrew Diamond et al., L'Amérique post-raciale ?, Paris, PUF, coll. « La Vie des idées », (réimpr. 2019), 109 p., 19 cm (ISBN 978-2-13-061931-4)
  • Pap Ndiaye et Andrew Diamond (trad. de l'anglais par Caroline Rolland-Diamond), Histoire de Chicago, Paris, Fayard, , 520 p., 24 cm. (ISBN 978-2-213-64255-0)
  • Pap Ndiaye, Jean Heffer et François Weil (trad. de l'anglais, textes réunis par), La Démocratie américaine au XXe siècle, Paris, Belin, coll. « Cultures américaines », , 319 p., 22 cm (ISBN 2-7011-2653-3)

ArticlesModifier

DVDModifier

PréfacesModifier

  • Sally Denton et Roger Morris (trad. de l'anglais par Geneviève Brzustowski, préf. Pap Ndiaye), Une hyper-Amérique : argent, pouvoir, corruption ou le modèle Las Vegas, Paris, Autrement, coll. « Autrement Frontières », , 541 p., 23 cm (ISBN 2-7467-0541-9)

PrixModifier

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Ndiaye | Centre d'histoire de Sciences Po », sur chsp.sciences-po.fr (consulté le 18 mai 2018)
  2. a b et c Alexis Demeyer, « L'historien Pap Ndiaye à la tête de l'instance qui gère le Musée de l'histoire de l'immigration », France Inter,‎ (lire en ligne)
  3. a b c d et e Pascale Nivelle, « Pap Ndiaye, un historien dans l’arène », sur Le Monde, (consulté le 5 juin 2021).
  4. Jeanne Lazarus est une petite-fille de Stanislas Mangin et donc arrière-petite-fille du général Charles Mangin.
  5. a b c d et e Le livre noir de Pap Ndiaye, L'Express,
  6. Christophe Boltanski, « Noir sur le tard », Libération, (consulté le 9 juillet 2018).
  7. Ivan Jablonka, « Les Noirs, une minorité française. Entretien avec Pap Ndiaye », La vie des Idées,‎ (lire en ligne, consulté le 19 mai 2018)
  8. (en) « Black Studies Program », sur blackstudies.missouri.edu (consulté le 15 décembre 2017)
  9. a et b Entrevue par Marc-Olivier Bherer, « Pap Ndiaye : « Si l’on veut déracialiser la société, il faut bien commencer par en parler » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  10. a et b Cédric Pietralunga et Aureliano Tonet, « Pap Ndiaye : « Notre mission, c’est faire de l’immigration un élément central de l’histoire nationale » », sur lemonde.fr, (consulté le 20 mars 2021)
  11. « Pour une nouvelle république » sur tempsreel.nouvelobs.com, 19 avril 2012.
  12. « Pap Ndiaye : « Gommer le mot “race” de la Constitution française est un recul » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  13. Coralie Perez, « Pap Ndiaye (2008), La condition noire. Essai sur une minorité française . Calmann-Lévy », Formation emploi. Revue française de sciences sociales, no 104,‎ , p. 89–92 (ISSN 0759-6340, lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  14. Dominic Thomas, « Pap Ndiaye, La Condition noire. Essai sur une minorité française. Paris, Calmann-Lévy, 2008 », Gradhiva. Revue d'anthropologie et d'histoire des arts, no 10,‎ , p. 218–219 (ISSN 0764-8928, lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  15. Claire Ducournau, « Review of La Condition Noire. Essai sur une minorité française », French Forum, vol. 34, no 2,‎ , p. 163–167 (ISSN 0098-9355, lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  16. Tyler Stovall, « Pap Ndiaye. La condition noire. Essai sur une minorité française. Paris, Calmann-Lévy, 2008, 436 p. », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 64, no 6,‎ , p. 1456–1458 (ISSN 0395-2649 et 1953-8146, DOI 10.1017/S0395264900027906, lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  17. Catherine Coquery-Vidrovitch, « Ndiaye, Pap – La condition noire », Cahiers d’études africaines, no 201,‎ , p. 273–277 (ISSN 0008-0055, lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  18. « Attribution du prix Jean-Michel Gaillard 2008 », sur IRIS (consulté le 7 septembre 2020)

Liens externesModifier