Ouvrir le menu principal

La Noblesse roumaine (en roumain: « Nobili români ») désigne l'ensemble des personnes faisant partie de la noblesse de la Principauté de Transylvanie, la Principauté de Valachie et le Principauté de Moldavie, ces trois principautés constituant l'actuelle Roumanie. La noblesse roumaine ne ressemble pas aux aristocraties occidentales. Les nobles roumains étaient nommés «boyards» (roumain: «boieri») et ils n'avaient en général pas de titre de noblesse comme «Duc», «Comte», «Baron», etc., sauf pour les quelques familles qui ont reçu, au fil de l’histoire, des titres des monarques étrangers (l'empereur du Saint-Empire, le roi de Pologne, le tsar de Russie). Bien qu’il n’y ait pas eu de titres à proprement parlé, les «boyards» roumains qui constituaient la noblesse étaient très puissante.[1]

Sommaire

HistoireModifier

 
«Mariage de boyards» par Konstantin Makovsky, 1883

Les plus prestigieuses et les plus anciennes familles de la noblesse roumaine, sont celles qui ont précédé la formation des principautés roumaines: la Transylvanie, la Valachie et la Moldavie. Ils possédaient d’énormes domaines, ces principautés étant des monarchies électives, ils jouaient un rôle majeur dans l’élection de leurs souverains, et dans le choix des alliances formées par les principautés. Les familles moins aisées et moins prestigieuses, servaient dans les armées ou à la cour, ils avaient des plus petites domaines. Au cours des siècles, les souverains avaient imposé un système de rangs des boyards et, progressivement, seules les familles ayant obtenu des fonctions à la cour étaient considérées comme des «boyards». Au XVIIIe siècle, un grand nombre de familles grecques de Constantinople (les phanariotes) ont été intégrées à la noblesse roumaine. Au milieu du XIXe siècle, les boyards eux-mêmes, qui contrôlaient la politique du pays (même si la Valachie et la Moldavie étaient vassal de l’Empire ottoman jusqu’en 1877), ont réussi à obtenir l’abolition de leurs rangs et privilèges. Mais bien sûr, la noblesse roumaine n’avait pas disparu, les descendants des familles de boyards avaient conservées leurs forte influence sur la politique roumaine, l'économie et la culture jusqu'à la seconde guerre mondiale. Les vielles familles de boyards s’intègrent, progressivement, à la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, aux nouveaux venus, la haute bourgeoisie, mais aussi une partie de la bourgeoisie intellectuelle (professeurs, officiers, avocats, écrivains, artistes). Tout le monde (ou presque tout le monde) suivait en Roumanie, jusqu'au régime communiste, le modèle social et culturel des anciens boyards. Ils ont été, dans l'histoire de la Roumanie, les propriétaires terriens, les personnes les plus riches du pays, les personnes cultivées. Ils ont construit des églises et des écoles, ils ont apporté la culture française, les idées révolutionnaires, ils ont construit des institutions occidentales et ils ont plaidé pour une adaptation de la Roumanie au monde occidental. Après l'abdication forcée du roi Michel Ier de Roumanie, le 30 décembre 1947, le régime communiste a ouvert ses prisons politiques aux descendants des anciennes élites roumaines. Les dernières terres ont été confisquées aux boyards, beaucoup de leurs maisons ont été détruites, des trésors historiques et culturels (livres, documents de famille, meubles anciens) ont été incendiés, détruits ou confisqués. L'un des principaux ennemis du régime communiste était la «classe exploiteuse» («clasa exploatatoare»), donc les bourgeois et les propriétaires fonciers. Beaucoup de descendants des familles nobles roumaines ont été emprisonnés, beaucoup sont morts en prison, tels que Constantin Brătianu, Gheorghe Brătianu, Mircea Vulcănescu, Prince Vladimir Ghika, Prince Mihail Racoviţă et beaucoup d’autres. Parmi les nobles qui ont été emprisonnés et ont survécu, on peut citer: Prince Alexandru Budişteanu, Chevalier Gheorghe Flondor, Constantin Noica, Alexandre Paléologue, Barbu Brezianu, Prince Mihai Sturdza, Princesse Marioana Cantacuzène etc.[1]

Immédiatement après la Seconde Guerre mondiale et surtout après l’abdication du roi Michel Ier de Roumanie, des centaines de descendants des anciennes familles roumaines s’exilèrent: en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Italie. Il y avait «le premier exil», les personnalités, les politiciens, les gens riches, les officiers qui ont essayé d'organiser l'exil politique roumain. Ensuite, il y avait les héros qui ont réussi à s'échapper de la Roumanie durant les décennies suivantes. Plus tard, dans les années 60 et 70, le régime communiste a commencé à «vendre» les propriétés des élites exilées. Enfin, au cours des années 80, il y eut une dernière «Vague», cette fois un exilé qui avait aussi de fortes motivations économiques. Après 1989, les boyards ont été réhabilité à nouveau dans l'histoire de Roumanie. Les privilèges des boyards ont été abolis en 1858, mais les familles des boyards n'avaient pas pour autant disparu. Ils ont continué d’être très influents dans la politique du pays et dans la société civile. La plupart des survivants en Roumanie ont perdu leur statut social et une grande partie de leur mémoire familiale et de leur identité[1].

Principauté de TransylvanieModifier

En Transylvanie, la souveraineté était exercée par un prince transylvanien (en roumain: «Principe»), vassal de l'Empire ottoman jusqu'en 1699 où elle devient une principauté de l'empire Autro-Hongrois. Elle s'unifia à la Moldavie pour devenir la principauté de Roumanie. Le prince de Transylvanie était nommé par la Sublime Porte, sur ordre du sultan de l'Empire ottoman à Constantinople et ensuite, sous la domination autrichienne, par l'empereur du Saint-Empire.

La noblesse transylvanienne était similaire à la noblesse autrichienne, elle constituait la classe privilégiée de l’Empire austro-Hongrois. Le système de la noblesse autrichienne est très proche de celui qui eut cours en Allemagne en raison de leur origine commune dans la noblesse du Saint-Empire. Tout noble vivant dans un territoire soumis à l’autorité des Habsbourg et qui prêtait allégeance à l’Empereur et à la dynastie était intégré à l’aristocratie autrichienne. Ceci s’appliqua donc aux membres des noblesses bohême, hongroise, polonaise, croate, dalmate ou encore transylvanienne. Les différenciations nationales au sein de la noblesse dite autrichienne sont donc extrêmement difficiles, particulièrement après l’établissement de l’Empire austro-hongrois. Un noble transilvanien pouvait ainsi être considéré comme un noble polonais, mais faisait partie également de plein droit de la noblesse autrichienne.

Titres de noblesseModifier

  • Prince (en roumain: «Prinț»): rang le plus élevé des nobles transylvaniens, il était purement honorifique et étaient accordé par le monarque.
Familles: Báthory, Batthyány, Lackfi, Pálffy d'Erdőd
  • Comte (en roumain: «Conte»): ce titre est surtout octroyé et utilisé sous la domination des Habsbourg.
Familles: Bánffy de Losoncz, Csáky, Kendeffy de Malomvíz, Rhédey, Szilágyi, Teleki de Szék
  • Baron (en roumain: «Baron»): il était détenu par les propriétaires de baronnie, il pouvait aussi être simplement honorifique.
Familles: Apor, Flondor, Wesselényi
  • Chevalier (en roumain: «Cavaler»): ce titre était octroyé à des hauts dignitaires de l'État.

Principauté de ValachieModifier

En Valachie, la souveraineté était exercée par un prince valaque (en roumain: «hospodar»), vassal de l'Empire ottoman, jusqu'en 1859 où elle s'unifia à la Moldavie pour devenir la principauté de Roumanie. Le prince de Valachie était nommé par la Sublime Porte, sur ordre du sultan de l'Empire ottoman à Constantinople. La noblesse valaque, grâce à ses prérogatives sur la principauté, peut être regardée comme le premier ordre. Mais aussi celui qui mérite le plus d'être connu, puisque ses moeurs et ses usages différaient de ceux du peuple. La noblesse en Valachie était très nombreuse, on pouvait le diviser en trois classes assez distinctes: la première classe, elle renfermait seulement quelques familles souveraines, elles occupaient ce haut rang à cause de leurs grandes richesses et des charges dont leurs ancêtres avaient été consécutivement revêtus; La seconde classe, elle se composait soit d'anciennes familles moins fortunées que les familles souveraines, soit de nouveaux nobles qui ne comptaient guère d'autres titres que leurs richesses ou la faveur du prince; la troisième classe, qui était la plus nombreuse, se composait d'individus ayant quelques titres qui les dispensaient de tout tribut ou impôt.[2] Il faut aussi ranger dans ses classes, une infinité de procureurs, secrétaires et intendants des grandes maisons, qui jouissaient la plupart des avantages des véritables nobles. Leurs revenus consistaient principalement dans leurs terres, qu'ils affermaient, ainsi que dans les impôts que leur paie le peuple, et qui sont fixés et départis par le prince. Ils percevaient également le revenu de leurs charges dans le gouvernement ou dans la principauté, ces sommes pouvaient être considérable puisqu'elles pouvaient rapporter jusqu'à 150 000 francs (490 500 euros)[3] par an. La plupart de ces charges étaient en même temps civiles et militaire; comme elles n'étaient pas à vie, les boyards en sortant de l'emploi en conservaient le titre jusqu'à ce qu'ils retissent une plus grande dignité. Les différents titres des boyards date, à l'exception de quelques-uns, du règne de Rodolphe le Grand, qui d'après le conseil du patriarche Niphon, adopta les charges de l'ancienne cour de Byzance. Les privilèges de la noblesse en général étaient très considérables dans le XVIIe siècle; les nobles jouissaient alors du droit exclusif d'occuper toutes les places d'honneur, et d'exercer tous les emplois publics. Comme ils étaient exempts de toute contribution, à l'exception du service militaire, la masse des frais du gouvernement tombait sur les paysans libres et sur les serfs. Ils avaient droit de juridiction sur leurs terres, pouvaient enrôler des hommes d'armes à leur service, étaient maitre de la propriété de leurs serfs, quand ceux-ci n'avaient pas d'héritiers, et avaient vois délibérative dans toutes les assemblées de la nation, dont ils formaient le noyau. La voix des boyards étaient très puissantes dans les élections des princes souverains de Valachie, la Sublime Porte confirma presque toujours le prince qu'ils avaient élu. Possédant d'immenses richesses, la plupart d'entre eux déployaient une très grande magnificence en exposant leurs luxueux vêtements, leurs nombreux domestiques et leurs grandes propriétés. L'habillement d'un boyard ou noble de Valachie, sans aucun bijoux, coutait d'ordinaire de 3.000 à 4.000 francs (de 9.810 à 13.080 euros). Il consistait principalement en un bonnet de pelleterie à poils fort courts et frisés, à peu près sphérique, et qui avait au moins cinq pieds de circonférence; dans les grandes cérémonies, il portaient un autre bonnet de martre zibeline, ayant la forme d'un cylindre un peu aplati, dont le dessus est recouvert d'une étoffe de couleur rouge pour les boyards, blanche pour les princes qui ont aussi seuls le droit de la porter ainsi que le turban. Les boyards ont sous leur bonnet une calotte rouge, qu'ils n'ôtent jamais, et qui cache le peu de cheveux qu'ils ne faisaient pas raser[2]. La parure des dames valaques ne le cède en rien à celle de leurs époux; elles sont ordinairement vêtues d'une robe blanche garnie dans le bas d'une large broderie. Les dentelles de la chemisette, qui cache leur gorge, ressortent très bien sur leur beau schall ou sur l'élégante petite pelisse qu'elles portent en hiver.

Titres de noblesseModifier

  • Ban: gouverneur de région
  • Logofăt: haut officier, membre du conseil royal
  • Spătar: haut fonctionnaire à la cour royale, chef de l'armée et de la police
  • Mare spătar: commandant suprême des forces terrestres
  • Vornic: haut fonctionnaire à la cour royale, chargé de surveiller la cour avec la conduite des affaires intérieures du pays, et a des pouvoirs judiciaires
  • Mare Vornic: Le premier gentilhomme du canapé avec la tâche de décision et juge de la cour royale et le pays
  • Postelnic: Titre donné un grand monsieur, un membre du conseil royal, qui était dans la chambre de charge de M. et tenir des audiences à M.
  • Vistiernic: Boier la gestion des caisses du pays
  • Stolnic: Réparateur de montre qui portait la table royale, les chefs cuisiniers, les pêcheurs et les jardiniers
  • Paharnic: noble roumain qui servait de gouteur à la cour

Principauté de MoldavieModifier

 
prince Mihai Racoviță (1660-1744), boyard de Moldavie

En Moldavie (en roumain: «Principatul Moldovei»), la souveraineté était exercée par un prince moldave (en roumain: «domnilor»), vassal de l'Empire ottoman, jusqu'en 1774 où elle sera divisée entre l'empire de Russie et l'empire d'Autriche. En 1859, elle s'unifia à la Valachie pour devenir la principauté de Roumanie. Le prince de Moldavie était également nommé par la Sublime Porte, sur ordre du sultan de l'Empire ottoman à Constantinople, tout comme le prince de Valachie. Le système nobiliaire de la principauté de Moldavie était très similaire, voir identique, à celle de la principauté de Valachie. Néanmoins, un grand mal régnait dans cette principauté du nord. Contrairement à la Valachie, une haine déchirait les différentes classes des boyards du pays, c'est-à-dire entre les véritables familles indigènes moldaves, et les familles phanariotes qui vinrent s'établir dans la principauté de Moldavie à l'époque où l'Empire ottoman rendit aux Moldo-Valaques le droit de n'avoir que des princes indigènes. Les phanariotes étaient des aristocrates de confession chrétienne orthodoxe, hellénique, descendant direct des monarques de l'empire byzantin, qui vivaient de le quartier de Phanar à Constantinople. Elles exerçaient des fonctions prestigieuses au sein de l'Empire ottoman et étaient immensément riche. Lors de la vassalisation de la principauté de Moldavie, alors que les phanariotes, voyant qu'il n'y avait plus rien à faire au Phanar, prirent la détermination d'aller se fixer en Moldavie, pays où leurs pères ne prenaient jamais la ferme du trône sans donner d'immenses domaines à leurs parents. Ces terres étaient prises sur les grandes familles qu'ils dépouillaient arbitrairement autant pour s'enrichir que pour affaiblir leur influence. Les phanariotes naturalisés ou nés en Moldavie forment presque à eux seuls la première classe de la noblesse; ils ont fait rendre une loi qui déclare nobles ceux qui peuvent justifier d'avoir occupé certains emplois depuis quatre-vingts ans, et comme ils sont tous parents de princes, ils sont tous princes. Ce dédain et cet orgueil proverbiale phanariotes, ils l'apportent dans toutes leurs relations sociales, jamais ils n'ont consenti à s'allier qu'avec les plus riches des familles indigènes[4].

Titres de noblesseModifier

  • Mare logofăt: En Moldavie, le premier noble qui a dirigé le divan royal et sans chancellery M. ou métropolitain, canapé chaise; En Valachie l'un des principaux boyards divans, après l'argent.
  • Postelnic: Titre donné un grand monsieur, un membre du conseil royal, qui était dans la chambre de charge de M. et tenir des audiences à M.

Familles princièresModifier

Familles noblesModifier

BibliographieModifier

  • V. Costăchel, P. P. Panaitescu, A. Cazacu. (1957) Viața feudală în Țara Românească și Moldova (secolele XIV–XVI) ("Feudal life in the Romanian and Moldovan Land (14th–16th centuries)", Bucharest, Editura Științifică
  • Ștefan Ionescu, Bucureștii în vremea fanarioților ("Bucharest in the Time of the Phanariotes"), Editura Dacia, Cluj, 1974.
  • Neagu Djuvara, Între Orient și Occident. Țările române la începutul epocii moderne, Humanitas, Bucharest, 2009. (ISBN 978-973-50-2490-1)
  • Keith Hitchins, Rumania: 1866–1947, Oxford University Press, 1994

Notes et référencesModifier

  1. a b et c The Memory of the Romanian Elites, Filip-Lucian IORGA, 1 Analele Universit ăţii din Craiova, Seria Istorie, Anul XIX, Nr. 2 (26)/2014, pp. 157-172 Lire en ligne
  2. a et b Lettres sur la Valachie, F.R., De Rignoux, 1821, Paris, p.80-89 Lire en ligne
  3. 1. FRF (franc français) en 1850, vaut aujourd'hui 3,27 EUR ; Lire en ligne
  4. De l'état présent et de l'avenir des principautés de Moldavie et de Valachie, Félix COLSON, 1839, Paris, p.74-78 Lire en ligne

Articles connexesModifier