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Renaissance culturelle roumaine

La Renaissance culturelle roumaine (roumain : Renașterea culturală română dite aussi Renașterea națională a României, « Renaissance nationale de la Roumanie »[N 1],[1]) fut un mouvement d'émancipation idéologique, philologique, linguistique et philosophique qui se développa à partir du XVIIIe siècle en Transylvanie, dans les Principautés danubiennes de Moldavie et de Valachie, et dans les régions voisines également peuplées de roumanophones. Les lettrés qui avaient voyagé introduisirent les idées et les valeurs des Lumières parmi les populations de ces régions. Certains d'entre eux, comme Rigas Véléstinlis qui séjourna à Bucarest, étaient aussi impliqués dans la renaissance culturelle grecque.

Pope bucarestois en 1842, coiffé du chamilauque, dans son rôle d'instituteur (dascăl).

OriginesModifier

Rôle de la langueModifier

Bien avant la naissance de l'État roumain moderne en 1859, les roumanophones avaient conscience de parler, à peu de nuances près, la même langue et d'avoir les mêmes coutumes, croyances et origines, quelle que soit la souveraineté politique dont ils étaient sujets : le terme român (« roumain ») est en effet attesté comme endonyme dès le XVIe siècle par des sources multiples et concordantes[2]. Il ne s'agissait pas d'une identité nationale au sens moderne du terme, mais des lettrés comme Miron Costin, Grigore Ureche ou Dimitrie Cantemir, dont les écrits étaient diffusés par les précepteurs, les instituteurs (roumain : dascăli) et les popes, contribuaient à entretenir cette conscience collective d'appartenir à un même peuple[3].

Rôle du souvenir des franchises perduesModifier

 
En orange, les « valachies » (vlachföldek) de Hongrie et de ses banats au XIIIe siècle.

Depuis le Moyen Âge, les roumanophones vivaient en « valachies » (nom commun), communautés autonomes rurales et pastorales régies par une charte de franchises dénommée Jus valachicum (en ancien roumain λеџѩ стръмошѩскѣ -legea strămoșească soit « droit ancestral ») et dirigées par des joupans et des boyards qui y rendaient la justice, levaient la troupe, collectaient l’impôt et veillaient au partage des droits de pâturage, de meunerie, de pêche, chasse, cueillette et bûcheronnage. Dans la principauté de Transylvanie, les « valaques » formaient une « Universitas Valachorum » regroupant toutes les « valachies », statut qu’ils perdirent en 1438 suite à l’échec de la Révolte de Bobâlna et à la constitution de l’« Union des trois nations », qui leur ôte la plupart de leurs droits et franchises, et les exclut de la vie politique transylvaine au profit des aristocrates hongrois, des Sicules et des Saxons[4],[5]. Toutefois, même réduits au servage, les Roumains n’oublient pas leurs anciens droits perdus, et ce souvenir contribuera à la renaissance culturelle roumaine[6].

Rôle des élites roumaines et phanariotesModifier

 
La Roumanie révolutionnaire, Constantin Daniel Rosenthal (1850).

La Renaissance culturelle roumaine prit son élan grâce à la puissance économique des boyards, des riches marchands et des monastères qui financèrent les études de nombreux jeunes Roumains dans les universités de la Renaissance dans les États d’Italie, de l’Empire germanique et de la France. Inversement de nombreux précepteurs, majordomes, intendants, gouvernantes, nourrices, médecins, juristes ou administrateurs des boyards roumains et des princes phanariotes étaient originaires d’Europe occidentale, notamment de France et d’Italie, et beaucoup étaient imprégnés par l’esprit des Lumières et par l’idée qu’un peuple parlant une même langue devrait s’unir pour former une nation au lieu d’être divisé et exploité entre une multitude de principautés aristocratiques comme celles d’Allemagne et d’Italie. L’unité roumaine est un projet qui découle de la même philosophie que l’unité allemande et l’unité italienne[7].

Ce fut la richesse des classes privilégiées qui fournit la base matérielle nécessaire au renouveau intellectuel du XVIIIe siècle à 1859. Cet esprit diffusait aussi à travers les élites grecques phanariotes très présentes dans les Principautés roumaines de Moldavie et Valachie[8]. Beaucoup de Phanariotes occupaient des postes administratifs importants, et étaient membres de droit de la noblesse des Principautés roumaines : plusieurs dizaines furent, à ce titre, élus hospodars, c’est-à-dire princes régnants de ces États chrétiens (où la monarchie était élective) vassaux du Sultan turc.

La plupart des hospodars agissaient en mécènes de la culture, de l’éducation et de l’imprimerie des principautés roumaines. Les académies princières de Jassy et Bucarest attiraient les enseignants et les élèves chrétiens de l’Empire ottoman. Elles avaient des contacts avec les universités d’Europe Centrale et Occidentale. Les jeunes boyards roumains ou grecs phanariotes se sont ainsi familiarisés non seulement avec les idées des Lumières, mais aussi avec celles de la Révolution française[9]. Pour la plupart, les classes privilégiées ne remirent pas en question la suzeraineté ottomane, car les Principautés roumaines étaient déjà autonomes[N 2],[10]. Les élites économiques ne jouèrent donc pas un rôle politique direct dans la renaissance culturelle roumaine, mais leur soutien financier a largement encouragé celle-ci[11].

 
Les projets de l’impératrice Catherine II pour les Balkans : en rouge l’« Empire néobyzantin », en bleu le « royaume de Dacie ».
 
Valachie (bleu) et Moldavie (rouge), par Theodor Aman, 1856.
 
Carte de Chopin et Ubicini, Provinces danubiennes et roumaines, ed. Firmin Didot, Paris 1856 : en violet, les habitats des roumanophones.
 
Les revendications des Valaques transylvains en 1784.

Rôle de la géopolitiqueModifier

À la fin du XVIIIe siècle, l’impératrice Catherine II fit de l’Empire russe orthodoxe un pouvoir dominant au Moyen-Orient après la première guerre contre l'empire ottoman. Son projet visait à expulser les Turcs d'Europe et in fine à reconstruire l’Empire byzantin pour le donner à son petit-fils Constantin. Cet empire néo-byzantin, qui aurait eu pour capitale Constantinople, aurait englobé la Grèce, la Thrace, la Macédoine et la Bulgarie, tandis que les Principautés roumaines auraient formé un « royaume de Dacie », promis à Grigori Potemkine, favori de l'impératrice. Le reste des Balkans, c'est-à-dire la Bosnie, la Serbie et l’Albanie, aurait été donné en compensation à l’Autriche. Venise aurait obtenu la Morée, la Crète et Chypre[12],[13]. Même s’ils restèrent dans les cartons, ces projets séduisirent une partie des boyards et la majorité des lettrés roumains, qui y virent la matrice d’une future nation roumaine indépendante[14].

Aux termes du traité de Koutchouk-Kaïnardji, signé en 1774 entre les Ottomans et les Russes, ces derniers obtinrent le droit d'intervenir comme protecteurs des sujets ottomans orthodoxes en général, un droit utilisé pour intervenir dans les Principautés roumaines en particulier[15]. Ainsi, de 1834 à 1854, une loi organique dite « Règlement organique », qui développait la Constitution (roumain : Marele Hrisov) promulguée en 1741 par le hospodar Constantin Mavrocordato, y fut instituée sous la régence du général russe Paul Kisseleff qui se comporta bien davantage en philosophe et administrateur éclairé, qu'en occupant[16].

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la région des bouches du Danube est toujours un enjeu géopolitique entre les grandes puissances, dans lequel Russie, Turquie et Angleterre jouaient les rôles principaux, tandis que la France était en perte de vitesse : celle-ci s’investit dès lors dans la guerre de Crimée (1856) mais aussi dans un fort soutien diplomatique aux élites roumaines désireuses de constituer un État roumain unitaire, « tête de pont » francophile et constitutionnelle[17] entre les Empires absolutistes voisins, russe, autrichien et turc[18].

 
Étudiants roumains de Paris, présentant au gouvernement révolutionnaire français de 1848 leur drapeau avec les mentions « Équité, Fraternité ». Aquarelle de C. Petrescu.

DéveloppementModifier

Cet environnement représentait pour les jeunes Roumains instruits une chance de réaliser leurs idéaux. On remarquera que l'un des auteurs de la Géographie Moderne (un des travaux les plus fameux de cette époque, publié à Leipzig en 1816) était Daniel Philippidès (ro)[19],[20] qui, le premier, emploie dans cet ouvrage le nom « Romanie » pour désigner les divers pays habités par des roumanophones.

Durant cette période, des princes (Alexandru IV Lăpușneanu, Radu Șerban, Șerban Cantacuzène et Antioche Cantemir) et des lettrés fondent des académies (en 1561 à Cotnari en Moldavie, en 1603 à Târgoviște et en 1688 à Bucarest en Valachie, en 1707 à Jassy en Moldavie ; les princes Constantin Brâncoveanu et Dimitrie Cantemir accomplissent des réformes juridiques et fiscales dans un sens plus équitable, et en 1741, le hospodar Constantin Mavrocordato instaure en Valachie une Constitution (Marele Hrisov), avant d’abolir le servage en 1746 – 49 en Valachie et en Moldavie, où il règne successivement. En 1780, la Pravilniceasca Condică, code juridique rédigé par le hospodar Alexandre Ypsilantis (ancêtre d’un autre Alexandre Ypsilántis célèbre en 1821) instaure la notion de citoyenneté. Le hospodar moldave Ioan Sturdza lève les restrictions religieuses légales en 1823, commence une réforme agraire en sécularisant les domaines ecclésiastiques, et émancipe les Roms[21],[22]. Des sociétés mi-littéraires, mi-politiques, plus ou moins secrètes, comme Frăția (ro) (« Fraternité ») ou Junimea (« Jeunesse ») se constituent sur le modèle de la Filikí Etería (« Société des Amis » en grec, organisation secrète du début du XIXe siècle dont le but était d'abattre le joug ottoman et d’établir un État laïc multinational fondé sur les principes humanistes du siècle des Lumières) : de nombreux jeunes roumains et phanariotes comptent parmi leurs membres.

Les révolutions roumaine et grecque de 1821 et européenne de 1848 soulèvent les deux principautés, contrairement à ce qu’indiquent les nombreuses cartes historiques non-roumaines qui, les prenant pour des provinces ottomanes, n’y marquent aucun signe de révolution locale, au motif que celle-ci n’a pas touché l’Empire turc. Les réformes du prince Ioan Sturdza, entre autres, sont des conséquences de la révolution de 1821. Ces réformes seront poursuivies après des interruptions par Alexandre Jean Cuza, et ne sont pourtant qu’un début : il faudra attendre 1921 pour voir disparaître, dans la législation roumaine, les dernières traces juridiques du statut spécifique des principautés roumaines aux marges de l’Empire ottoman. Toutefois, ces principautés étaient dotées de constitutions, pourvues de facultés et libérées du servage près d’un siècle avant les grands empires absolutistes voisins[23].

La renaissance culturelle roumaine concerna aussi la standardisation et l'écriture de la langue, et la réhabilitation des noms autochtones des lieux, qui n'étaient pas officiels, seules les formes allemandes ou hongroises étant officielles en Autriche-Hongrie, seules les formes russes étant officielles en Bessarabie, et seules les formes turques étant officielles dans le Boudjak et la Dobroudja.

ConséquencesModifier

En Transylvanie, la renaissance culturelle roumaine se manifeste au XVIIIe siècle par la remise en cause des privilèges de l’« Union des trois nations » regroupant les aristocrates hongrois, les Sicules et les Saxons. Le fer de lance de ce mouvement est l’École transylvaine (Școala Ardeleană) (ro) qui, outre la mise en place d’un système éducatif en roumain et la promotion de la littérature roumaine, s’implique aussi sur le plan politique en réclamant la restauration du statut de « Quatrième nation » pour les « Valaques » de Transylvanie. Le memorandum des Roumains transylvains intitulé Supplex Libellus Valachorum (ro), rédigé à partir de 1784-85 en latin, contient une liste de revendications très semblable à celle de la déclaration d'indépendance des États-Unis (1776) et de la déclaration française des droits de l'homme et du citoyen (1789). Les rédacteurs ont été Ignatie Darabant, évêque gréco-catholique d'Oradea, puis Samuil Micu Klein, Petru Maior, Gheorghe Șincai, Ioan Piuariu-Molnar, Iosif Meheși, Ioan Budai-Deleanu, Ioan Para et d'autres. Ce texte fut porté à Vienne par Ioan Bob, évêque gréco-catholique de Blaj, et par Gherasim Adamovici, évêque orthodoxe de Transylvanie. Il était signé « au nom de la nation roumaine et de ses ordres Clerus, Nobilitas, Civicusque Status Universae Nationis in Transilvania Valachicae »[24].

Après avoir contribué à déclencher la première révolution transylvaine de 1784, la première révolution moldo-valaque en 1821 et la seconde révolution moldo-valaque-transylvaine en 1848, la renaissance culturelle roumaine aboutit à la fusion des deux principautés en 1859 pour former la Roumanie dont l'indépendance est internationalement reconnue en 1878, au Congrès de Berlin[23].

Lorsque le mouvement d’émancipation roumain a commencé à émerger sous l’influence des Lumières, ses revendications ont remis en question l’ordre politique, social et économique antérieur, et lorsqu’en 1918 l’unité roumaine s’est politiquement accomplie, les minorités jadis favorisées, comme les Allemands et Magyars des territoires anciennement austro-hongrois (notamment la noblesse hongroise), ou bien les Russes des territoires anciennement russes, ont perdu leurs avantages et ont protesté avec d’autant plus de véhémence, que la démocratie parlementaire, instaurée en 1921, le leur permettait. En effet, renaissance culturelle roumaine s'est poursuivie après la constitution de l'État roumain unitaire en 1918, par exemple à travers la multiplication du nombre des écoles primaires, des dispensaires, des universités et des hôpitaux, et par les réformes parlementaires, sociales et agraires des années 1921-1924[25]. L'hymne de la Roumanie, Deșteaptă-te, române ! (« Éveille-toi, Roumain ! », 1848) est un témoignage et un héritage du mouvement d’émancipation roumain[26].

En Bessarabie, la renaissance culturelle roumaine s’est manifestée par la résistance essentiellement linguistique et littéraire à la politique de russification pratiquée, ici comme ailleurs, par l’Empire russe de 1812 à 1917[27] puis par l’URSS de 1940 à 1941 et de 1944 à 1989[28], et par des mouvements politiques d’émancipation en 1917-1918 avec l’indépendance de la république démocratique moldave (à la faveur de la dislocation de l’Empire russe), et en 1989-1992 avec le rétablissement du roumain comme langue officielle (à la faveur de la glasnost et de la perestroïka)[N 3] et l’indépendance de la république de Moldavie (à la faveur de la dislocation de l'URSS)[N 4].

Le mouvement d’émancipation roumain a suscité des réactions diverses. Du côté français, au XVIIIe siècle, la constitution Marele Hrisov du hospodar Constantin Mavrocordato a été publiée in extenso dans le Mercure de France de juillet 1742 et la révolution de 1784 y a également été relatée en termes élogieux pour les insurgés. Des lettrés comme Émile Ollivier, Edgar Quinet et Élisée Reclus ont, vers la moitié du XIXe siècle, décrit le peuple roumain en termes sympathiques et, suivant le vœu des « éveilleurs de la nation » (deșteptătorii neamului), ont introduit dans le langage courant le gentilé « roumains », « roumaines », issu de l’endonyme de ces populations, à la place de Danubiennes, Valaques, Moldaves ou Moldo-Valaques.

En revanche, comme on pouvait s’y attendre, le mouvement d’émancipation roumain, ainsi que les louvoiements des élites roumaines cherchant à élargir leur marge de manœvre en jouant sur les rivalités entre les Kaisers autrichiens, les Sultans ottomans et les Tzars russes, ont été à juste titre perçus comme un danger pour la stabilité des Empires absolutistes voisins. Au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, les réactions défavorables aux Roumains se multiplient dans ces Empires. Bien établie, la réputation des « valaques fourbes », commune aux trois Empires, transparaît jusque dans l’œuvre de Sophie Rostopchine[29]. Au début du XIXe siècle, Johann Christian von Engel (en) publie ses Histoires de la Moldavie et de la Valachie qui présentent les « valaques » comme un peuple primitif et fruste, et leurs anciens voïvodes comme des fourbes et des monstres assoiffés de sang (ce qu’Ármin Vámbéry, professeur à l’université de Budapest, transmettra à Bram Stoker qui le citera dans son roman Dracula en tant qu’Arminius Vambery).

Sur le plan historique, une multitude d’auteurs issus de ces trois Empires se sont efforcés, par la méthode hypercritique, de réfuter les arguments des historiens roumains à propos de l’origine des roumanophones pour nier leur ancienneté dans les territoires dont ils revendiquaient l’autonomie ou l’union en un seul État, afin de délégitimer l’irrédentisme roumain : c’est le cas, entre autres, d’Eduard-Robert Rössler[30] développant les théories de Franz-Josef Sulzer et de Josef-Karl Eder. L’emploi de cette méthode hypercritique a produit dans la cartographie historique un grand nombre de cartes occultant totalement l’existence des langues romanes orientales durant l’antiquité tardive et le Moyen Âge, ou bien montrant les territoires où l'on parlait ces langues comme de simples parties des États voisins, sans figurer, même en pointillé, les principautés autonomes de Moldavie, Transylvanie et Valachie[31].

L’histoire plus récente a, par la suite, pu subir l’influence de ces réactions défavorables, même si les Empires qui les avaient générées ont disparu entre 1917 et 1923. La grande Dépression des années 1930 a attisé, en Roumanie comme ailleurs, le nationalisme qui, comme bien d’autres en Europe, s’est teint de xénophobie[N 5],[32],[33]. La dictature fasciste (les régimes « national-légionnaire » et d’Antonescu), la guerre de la Roumanie contre l’URSS de 1941 à 1944 et la Shoah roumaine[34] survenues pendant la Seconde Guerre mondiale[35] ont été, après la guerre, décrites du côté Allié comme des « conséquences logiques » de l’identité nationale roumaine elle-même, qui serait, selon ce point de vue, « intrinsèquement fasciste, xénophobe et antisémite »[36], tandis que côté Allemand, la volte-face de la Roumanie passant dans le camp Allié en août 1944 sembla confirmer les vues de Johann Christian von Engel sur la « fourberie atavique » des Roumains[37]. La résistance en Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale et la contribution du pays du côté Allié ne figurent pas dans les livres et les documentaires historiques[38] et les rares fois où la résistance anti-totalitaire contre le régime communiste de Roumanie est présentée, c’est comme un mouvement « nationaliste et fasciste »[39],[40], alors que 65 % des résistants étaient des paysans pauvres sans étiquette, 15 % provenaient des partis communiste et socialiste, 11 % des partis démocratiques de centre-droit d'avant-guerre et seulement 9 % de la mouvance fasciste et légionnaire[41],[42].

Toujours après la guerre, en Moldavie sous domination soviétique, mais aussi aux yeux des mouvements politiques pro-russes du pays depuis son indépendance, le mouvement d’émancipation local a constamment été perçu et décrit comme une manifestation de l’« impérialisme roumain, lui-même marionette de l’impérialisme occidental ». La dissidence moldave se manifeste entre 1969 et 1971 par l’apparition d’un « Front patriotique » clandestin créé par des jeunes intellectuels à Chișinău, qui rassemble plus d’une centaine de membres luttant pour le respect par l’URSS des accords d'Helsinki. En décembre 1971, Iouri Andropov, chef du KGB, fait arrêter trois des chefs du Front patriotique, Alexandru Usatiuc-Bulgar, Gheorghe Ghimpu et Valeriu Graur, de même qu’Alexandru Soltoianu, chef d’un mouvement clandestin similaire en Bucovine du Nord, qui seront condamnés à de longues peines de Goulag. Ces dissidents opposés au pouvoir de l’URSS, alors totalitaire, ne souhaitaient pas proposer un autre modèle politique mais, note le Pierre Manent, forcer les autorités à « respecter un certain nombre de principes élémentaires, principes du reste que ledit régime a souvent inscrits dans sa Constitution. De son côté, le régime soviétique, tout en emprisonnant ou déportant les dissidents, ne peut guère se déclarer officiellement hostile aux droits de l'homme. De sorte que pays démocratiques et communistes signeront les accords d'Helsinki dont le troisième volet comporte l'affirmation d'un certain nombre de droits fondamentaux comme celui de la libre circulation des personnes »[43].

En Roumanie, le demi-siècle de dictature communiste qui a suivi la Seconde Guerre mondiale n’a pas gommé tous les dévoiements nationalistes[N 6] qui ont ressurgi après la chute de la dictature en 1989[44] sous la double forme d’une vie politique riche en intrigues, changements de cap, affrontements, clientélismes, corruptions et scandales divers, et de discours populistes portés par des partis nationalistes comme le PRM[45]. En Roumanie post-communiste, les intellectuels comme Mircea Cărtărescu ou Laura Pavel qui, depuis la fin de la dictature, essaient de renouer avec l’humanisme des Lumières, sont rarement invités dans le paysage audio-visuel moderne et ont peu d’audience sur les réseaux sociaux[46].

Au XXIe siècle, la renaissance culturelle roumaine se manifeste surtout à travers les mouvements de jeunesse culturels des générations nées depuis la fin de la dictature, qui, depuis 2015 et toutes les semaines depuis 2017, manifestent pacifiquement contre le populisme outrancier, les abus de pouvoir et la corruption des apparatchiks issus de la nomenklatura et devenus les oligarques de la nouvelle économie de marché ultra-libérale, qui entretiennent la crise financière et paupérisent la majeure partie de la population[47],[48].

Acteurs historiques de la renaissance culturelle roumaineModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. L'expression « Renaissance nationale de la Roumanie » au lieu de « Renaissance culturelle roumaine », de même que l'absence de distinguo entre « Roumains » et « roumanophones » expriment un point de vue protochroniste car elles supposent que les Roumains auraient déjà formé une nation au sens moderne du terme avant le XVIIIe siècle ; le protochronisme ayant été élevé au rang d'histoire officielle durant le mandat de Nicolae Ceaușescu et restant très influent depuis la fin de son régime, la plupart des Roumains sont protochronistes sans le savoir
  2. Contrairement à ce qu’indiquent par erreur de nombreuses cartes historiques occidentales, les deux principautés de Moldavie et Valachie n’étaient pas des provinces ottomanes, ne firent pas partie de l’Empire turc et étaient seulement vassales du sultan ottoman. Elles avaient leurs souverains nommés voïvodes, hospodars ou domnitori (selon les époques et les sources), leurs conseils (sfat domnesc ou conseil princier), leur législation (pravila), leurs armées (oastea), leurs flottes sur le Danube (bolozanele) et un corps diplomatique (clucerii). Elles utilisaient la même écriture gréco-slavonne spécifique de 43 signes qui leur était propre, et dont la translittération permet de rendre les patronymes et les toponymes roumains anciens en graphie roumaine moderne, ce qu’ignorent la plupart des cartographes historiques actuels qui, par crainte non-fondée d’être anachroniques, emploient les formes allemandes, hongroises, polonaises, ottomanes, tout sauf roumaines
  3. En février 1988, les premières manifestations pacifiques tolérées se déroulent à Chișinău. D'abord pro-perestroïka, elles réclament un statut de langue officielle pour le roumain en lieu et place du russe. Le , à la suite d'une manifestation forte de 600 000 participants à Chișinău quatre jours auparavant, c'est chose faite par un décret du Soviet suprême de la République socialiste soviétique moldave.
  4. En 1990 se tiennent les premières élections parlementaires libres, qui voient la victoire du Frontul Popular (« Front Populaire ») conduit par Mircea Druc, qui forme le premier gouvernement véritablement autonome de la République depuis sa création. Ce parlement proclame l'indépendance de la République de Moldavie en août 1991, aussitôt reconnue par la Roumanie (qui manifeste ainsi son absence de revendications sur le pays).
  5. En Roumanie, la xénophobie s'enracine dans les anciens statuts des Roumains qui, durant de longues périodes, ont été asservis par des monarchies, des aristocraties et des bourgeoisies qui leur étaient étrangères (hongroises, turques, autrichiennes, russes…). Quant aux deux principautés roumaines, elles devaient verser un tribut élevé aux Ottomans pour rester dans le Dar el Ahd (« maison du pacte », en arabe : دار العهد) c'est-à-dire pour sauvegarder leur autonomie interne, à quoi s'ajoutaient la dîme versée par les serfs transylvains orthodoxes aux églises catholiques hongroises, et les redevances énormes versées par les monastères moldaves et valaques à ceux du Mont Athos et au patriarche de Constantinople pour maintenir l'orthodoxie face à l'Empire ottoman. La monarchie étant élective en Moldavie et Valachie, le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources), élu par et parmi les boyards, puis agréé par les Ottomans, devait, pour être nommé, régner et se maintenir, acheter l'appui des partis de boyards et des puissances voisines, hongroise, habsbourgeoise, russe et surtout turque de sorte que, pour rembourser ses dettes, il devait affermer des offices moldaves et valaques à des financiers étrangers, allemands, arvanites, ashkénazes, levantins, phanariotes, romaniotes ou séfarades qui exploitaient durement les masses paysannes. Par conséquent, la majorité roumaine a longtemps été moins favorisée socialement, économiquement et culturellement que les minorités, liées aux classes dominantes des Principautés roumaines ou des Empires voisins et à leur essor économique ; la seule minorité encore moins favorisée que la majorité roumaine, était celle des Roms
  6. L'historienne Catherine Durandin qualifie ce régime de « national-communiste » dans son Histoire des Roumains, Fayard 1995.

RéférencesModifier

  1. Lucian Boia, Istorie și mit în conștiința românească („Histoire et mythe dans la conscience collective roumaine”), ed. Humanitas, Bucarest 1997.
  2. Bien qu'Ernest Gellner ait écrit que « ce sont les États qui créent les nations », la notion de Roumain ou Aroumain n'apparaît pas avec la Roumanie moderne (comme l'affirment les historiens occidentaux, soviétiques et hongrois) mais la précède. Les premières attestations des « Valaques » se désignant eux-mêmes avec le nom de « romain » datent du XVIe siècle, alors que des humanistes italiens commencent à rendre des récits écrits sur leurs voyages dans les zones habitées par des « Valaques ». Ainsi :
    • Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les Roumains (Valachi) « s’appellent eux-mêmes romains » (nunc se Romanos vocant dans A. Verress, Acta et Epistolæ, I, p. 243).
    • En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu'« ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue ». Il cite même une phrase : Sti rominest ? (« sais-tu le roumain ? », roum. : știi românește ?) : «…si dimandano in lingua loro Romei… se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano… » (dans Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, dans Bulletin de la Section historique, XVI, 1929, p. 1- 90).
    • Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des « provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie » s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) (« Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli… » dans Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, vol. II, p. 158 – 161).
    • Pierre Lescalopier remarque en 1574 que « Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur…Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain… » (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 dans Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444).
    • Le Saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que « les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de Romuini » : Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani,/Quorum reliquæ Romanensi lingua utuntur…/Solo Romanos nomine, sine re, repræsentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti (Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11 – 12).
    • Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’« en leur langue ils s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les Italiens » (qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur dans St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, dans I. Dlugossus, Historiæ polonicæ libri XII, col. 1555).
    • Le Croate Antonio Veranzio remarque vers 1570 que « les Valaques se nomment eux-mêmes romains (roumains) » :…Valacchi, qui se Romanos nominant… Gens quæ ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra ætate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno… (dans De situ Transsylvaniæ, Moldaviæ et Transaplinæ, in Monumenta Hungariæ Historica, Scriptores II, Pest 1857, p. 120).
    • Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions : Sie noi sentem Rumeni (« nous aussi, nous sommes roumains », pour le roum. : Și noi suntem români) et Noi sentem di sange rumena (« nous sommes de sang roumain », pour le roum. : Noi suntem de sânge roman) : Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariæ, Tyrnaviæ, 1699, p. 39.
    • À la même époque, Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei, p. 133-134) écrit : În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul… (« en Transylvanie il n'y a pas que des habitants hongrois, mais aussi de nombreux Saxons et partout des Roumains »).
    • Dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu écrit : Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire (littéralement « A mes descendants Vacaresques/je laisse en héritage/la croissance de la langue roumanesque/et la patrie en hommage »).
    • Enfin dans son Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790 (« Relation des faits du voïvode Mavrogheni et de la fronde de 1790 ») Pitar Hristache versifie : Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Țara Românească (« Je commence selon mon idée/avec quelques plumiers/l'histoire Mavroghénie/de la Valachie »).
  3. Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, 4e édition revue et augmentée, éd. Univers encyclopédique, Bucarest, 1997.
  4. Ovid Sachelarie, Nicolae Stoicescu (coord.) (ro) Instituţii feudale din ţările române, éd. de l'Académie roumaine, Bucarest 1988
  5. Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), (ro) Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, (ISBN 973-45-0382-0).
  6. Un témoignage de ce souvenir est la brochure „Floarea adevărului” (« La fleur de la vérité ») paru en 1750 à Blaj, ouvrage collectif rédigé par le clergé gréco-catholique de cette ville sous la direction de Petru Pavel Aron.
  7. Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, Bucarest, ed. Univers Enciclopedic, 2002, 561 p.
  8. Encyclopædia Britannica, Greek history, The mercantile middle class, 2008 ed.
  9. Encyclopædia Britannica, Greek history, Intellectual Revival, 2008 ed.
  10. Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Fayard 1995, (ISBN 978-2213594255)/6 et Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin 2008, (ISBN 9782262024321).
  11. Encyclopædia Britannica, Greek history, Transformation toward emancipation, The Phanariotes, 2008 ed.
  12. Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937, trad.
  13. J.C. Roberti, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 150..
  14. Les projets de Catherine II de Russie [1] ont par exemple inspiré César Bolliac, l'un des leaders de la révolution roumaine de 1848 : [2]
  15. Djuvara, p. 81, 284.
  16. R.W Setton-Watson Histoires des Roumains PUF Paris 1937 p. 177 : Paul Kisseleff était un homme de caractère élevé aux vues larges, singulièrement compétent et plus semblable à un philosophe français de l’école de Voltaire et Diderot qu’à un général russe à qui le moins éclairé de tous les tsars avait confié le gouvernement d’un province conquise.
  17. Emmanuel Starcky, Napoléon III et les principautés roumaines, RMN, 2009 (ISBN 2711855805)
  18. Yves Bruley, Napoléon III, père fondateur de la Roumanie, Historia no 722, .
  19. (en) Michal Kopeček, Discourses of collective identity in Central and Southeast Europe (1770-1945) : texts and commentaries, Central European University Press, , 73–79 p. (ISBN 978-963-7326-52-3, lire en ligne).
  20. Roland Sussex et Eade John Christopher, Culture and nationalism in nineteenth-century Eastern Europe, Slavica Publishers, (ISBN 978-0-89357-146-7, lire en ligne), p. 8.
  21. Andrei Oțetea, op. cit. 1969
  22. Gilles Veinstein, Mihnea Berindei, op. cit., 1987.
  23. a et b Sandu 2008.
  24. David Prodan, (ro) Supplex Libellus Valachorum, lucrare fundamentală, ed. Didactică și Pedagogică, Bucarest 1948.
  25. Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Paris, Fayard, , 573 p. (ISBN 2-213-59425-2, notice BnF no FRBNF35796518, présentation en ligne).
  26. Vasile Oltean, Imnul Național Deșteaptă-te, române!, Ed. Salco, Brașov 2005.
  27. En 1829, l’usage de la « langue moldave » (nom russe du roumain) est interdit dans l’administration au profit du russe. En 1833, le « moldave » est interdit dans les églises et, en 1842, dans les établissements d’enseignement secondaire, puis dans les écoles primaires en 1860. Enfin en 1871 le moldave/roumain est purement et simplement interdit dans toute la sphère publique par ukase impérial (K. Heitmann, « Moldauisch » dans G. Holtus, M. Metzeltin et C. Schmit, Lexicon der Romanschinen Linguistik, Tübingen, vol. 3, p. 508-21, 1989). Les autorités tzaristes encouragèrent l’émigration (ou déportèrent) des Moldaves dans d’autres provinces de l’Empire (notamment au Kouban, au Kazakhstan et en Sibérie), tandis que d’autres groupes ethniques, notamment Russes et Ukrainiens (appelés au XIXe siècle « Petits Russes »), étaient invités à s’installer dans la région (Anthony Babel, La Bessarabie, éd. Félix Alcan, Genève et Paris, 1932).
  28. Selon Nikolaï Théodorovitch Bougaï, Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l’Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991 (Н.Ф. Бугай «Выселение произвести по распоряжению Берии…» О депортации населения из Молдавской ССР в 40-50- е годы – Исторические науки в Молдавии. № 1. Кишинев, 1991. 1.0) et Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, p. 567-581 (Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация. Германия. Эссен. 1999. 1.3), lorsque les troupes soviétiques occupent la Bessarabie en juin 1940 suite au pacte Hitler-Staline, le NKVD commence par déporter ou assassiner environ 50 000 personnes : des fonctionnaires de l'état roumain, des enseignants, des prêtres, des professions libérales, des commerçants ou des paysans qui refusent les réquisitions, et bien sûr toutes celles qui avaient un passeport Nansen (réfugiés ayant fui l'URSS : russes blancs, juifs, dissidents, sectes refusant le service militaire).
    Plus tard, lors des « purges » des années 1944-1955, ce qui restait de l'élite moldave d'avant-guerre (les « intellectuels » et la « bourgeoisie »), de même que des centaines de milliers de gens ordinaires, sont tués ou déportés, particulièrement en Sibérie et dans les steppes du Kazakhstan (de façon massive en 1949), comme en témoignent les rapports des ministres Sergueï Krouglov et Lavrenti Beria à Joseph Staline publiés par l'historien Nikolaï Bougaï dans les années 1989-1992.
  29. Sophie Rostopchine décrit des « Écossais avares et sordides, Arabes méchants et sabreurs, Polonais buveurs et crasseux, Valaques et Tsiganes voleurs et fourbes, Russes violents knoutant leurs femmes, serfs et bonnes », et ainsi de suite : Michel Legrain, Comtesse de Ségur : Mots, silences et stéréotypes, Paris, Honoré Champion, , 313 p. (ISBN 274532263X).
  30. Eduard-Robert Rössler, 2.3.1836 à Olmütz/Olomouc – † 19.8.1874 à Graz : Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens, Leipzig, 1871
  31. De nombreux atlas historiques modernisent graphiquement ces cartes sans distance critique par rapport aux sources, véhiculant et diffusant largement les points de vue d’Eduard Robert Rössler, Franz Josef Sulzer et Josef Karl Eder, comme en témoigne le dictionnaire historique français de Michel Mourre (dir.) qui, dans son article sur les origines des Roumains, adopte intégralement la position de ces auteurs germaniques et qualifie les thèses roumaines, sans plus d’analyse, de « nationalistes et infondées ».
  32. Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume II (1352-1606), éd. Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucarest 1976
  33. Gilles Veinstein et Mihnea Berindei, L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987 et Jean Nouzille, La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Ed. Bieler, (ISBN 2-9520012-1-9).
  34. Radu Ioanid, La Roumanie et la Shoah, MSH Paris 2002 ; Carol Iancu, La Shoah en Roumanie, Montpellier 1999
  35. (ro) Alexandru Duțu, Mihai Retegan et Marian Ștefan, « România în al doilea război mondial », Magazin istoric,‎ .
  36. Le jeune Mircea Eliade, alors fasciné par les idées de la Garde de fer - cf. Alexandra Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco : l'oubli du fascisme, PUF coll. « Perspectives critiques », Paris 2002, (ISBN 2-13-051783-8) - qualifiait la renaissance culturelle roumaine d’« apologie abstraite de l’humanité » et d’« imitation simiesque de l’Europe occidentale » - cf. Zigu Ornea, (ro) Anii treizeci : extrema dreaptă românească - « Les années trente : l'extrême-droite roumaine », Bucarest 1995, p. 32 -, montrant ainsi à quel point les idées fascistes s'opposaient à l'esprit universaliste de la renaissance culturelle. Concernant la Shoah en Roumanie, tous les auteurs décrivent les mêmes faits, mais ceux qui les ont eux-mêmes vécus, tels Matatias Carp (Cartea Neagră, le Livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie 1940-1944, Denoël 2009) ou Marius Mircu (Ce qui est arrivé aux juifs de Roumanie, Glob, Bat Yam et Papyrus, Holon 1996) les décrivent comme un hiatus d'inhumanité, une parenthèse monstrueuse dans l'histoire du peuple roumain ouverte par la disparition, en raison de la grande Dépression et de la guerre, de l'état de droit et de la démocratie.
    À l'encontre de cette position, d'autres historiens comme Leon Volovici (Nationalist Ideology and Antisemitism: the case of Romanian Intellectuals in the 1930s, Pergamon Press, Oxford 1991, (ISBN 0-08-041024-3), où, dans ce titre, il manque le mot « some » intellectuals ou Radu Ioanid (La Roumanie et la Shoah, MMSH Paris 2002, (ISBN 2-7351-0921-6)) affirment que les courants xénophobes et antisémites qui ont abouti aux crimes, font partie intégrante de l'identité roumaine, adoptant ainsi le point de vue des survivants de la Garde de fer ([3]). C'est aussi la position prise par les commentateurs français du Livre noir de Carp (Marc Semo, article L’horreur est roumaine dans « Libération » du 26 février 2009 ici [4] et conférence Cartea Neagra : l'horreur est roumaine ici [5]).
    L'historien Neagu Djuvara a estimé dans une conférence de l'institut Erudio (11 novembre 2009 au Novotel Rive droite de Paris) que la première position (celle de l'hiatus) est « cathartique, car elle suscite l'horreur chez les jeunes générations, et les incite à prendre des moyens pour que cela ne recommence pas », tandis que la deuxième position (celle de l'antisémitisme comme partie intégrante de l'identité) est « génératrice de nouvelles formes de xénophobie, car le jeune lecteur se trouve accusé et culpabilisé d'être antisémite par le seul fait d'être né roumain, ce qui ne l'incite pas à ressentir de l'empathie pour les victimes, et peut le pousser à adhérer aux fantasmes des bourreaux » ; il ajoute que « si l'on appliquait cette position à la France, il faudrait considérer Gobineau, Maurras, Darnand, Doriot et le régime de Vichy comme une part incontournable de l'identité française »
  37. Johannes Frießner : Verratene Schlachten, die Tragödie der deutschen Wehrmacht in Rumänien (« Batailles trahies, la tragédie de la Wehrmacht en Roumanie »), éd. Holsten-Verlag, Leinen 1956.
  38. C'est le cas entre autres de la série La deuxième guerre mondiale en couleur de Nick Davidson, 8e épisode, et des ouvrages de Pat McTaggart Red Storm in Romania sur [6] consulté le 28 oct. 2011 ou de K.W. Böhme : Die deutschen Kriegsgefangenen in sowjetischer Hand : eine Bilanz, Munich 1966
  39. Florica Dobre (dir.), Florian Banu, Camelia Duică, Silviu B. Moldovan, Elis Neagoe et Liviu Țăranu du Conseil national d'étude des archives de la Securitate (C.N.S.A.S), Bande, bandiți și eroi : grupurile de rezistență și Securitatea (1948-1968) (« Bandes, bandits et héros - les groupes de résistance et la Securitate (1948-1968) »), éd. Enciclopedică, Bucarest 2003, (ISBN 973-45-0436-3).
  40. interview de Dennis Deletant Comment tout ce qui n'était pas soviétique est devenu fasciste sur [7].
  41. Statistiques tirées d'un rapport de la Direction Générale de la Sécurité du Peuple datant de 1951 sur un échantillon de 804 personnes arrêtées comme membres ou soutiens de l'un des 17 groupes de résistance des montagnes, cité dans Georges Diener, L'autre communisme en Roumanie - Résistance populaire et maquis 1945-1965, L'Harmattan, coll. « Aujourd'hui l'Europe », Paris 2001, (ISBN 2-7475-0635-5)
  42. Vladimir Tismăneanu, Dorin Dobrincu, The discovery of a historiographical subject: anti-communist armed resistance in Romania, p. 334-335, in : Stalinism Revisited. The Establishment of Communist Regimes in East-Central Europe (« Le stalinisme revisité : l'instauration d'un régime communiste en Europe centrale et orientale »), Central European University Press, New-York 2009, (ISBN 978-963-9776-55-5).
  43. Pierre Manent, Cours familier de philosophie politique, Gallimard, Tel, rééd. 2008, page 164.
  44. Catherine Durandin et Guy Hoedts, La mort des Ceaușescu, la vérité sur un coup d’État communiste, Bourin 2009, (ISBN 978-2849411483).
  45. Catherine Durandin, Perspectives roumaines : du postcommunisme à l'intégration européenne, éd. L'Harmattan, 2004.
  46. Catherine Durandin et Zoe Petre, La Roumanie post 1989, L'Harmattan 2008, (ISBN 978-2-296-05493-6).
  47. (ro) « Protestation à Bucarest : les 15.000 manifestants devant le siège PSD ont été rejoints Place de l'Université par le président Klaus Iohannis. LIVE VIDEO », Gândul,
  48. (en) Roxana Mihăilă, « Internal party struggles will form the backdrop to Romania’s presidential election in November », London School of Economics and Political Science, .
  49. a et b Marcel D. Popa (dir.), Dicționar enciclopedic, ed. Enciclopedică, Bucarest 2004 et [8]
  50. Benedict Anderson, Imagined Communities, (ISBN 0-86091-329-5).

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Alexandru Dimitrie Xenopol, Histoire des Roumains de la Dacie trajane : Depuis les origines jusqu'à l'union des principautés, E Leroux Paris, 1896.
  • Nicolae Iorga, Histoire des Roumains et de la romanité orientale, 1920.
  • Germaine Lebel, La France et les Principautés danubiennes : du XVIe siècle à la chute de Napoléon Ier, Presses universitaires de France, 1955.
  • (ro) Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume III (depuis 1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1977.
  • Neagu Djuvara, Les pays roumains entre Orient et Occident : les Principautés danubiennes au début du XIXe siècle, Publications Orientalistes de France, 1989.
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992, (ISBN 2-86496-054-0).
  • Jean Nouzille, La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Éd. Bieler (2004), (ISBN 2-9520012-1-9).
  • Dimitris Michalopoulos, « Aristotle vs Plato. The Balkans' Paradoxical Enlightenment », Bulgarian Journal of Science and Education Policy (BJSEP) no 1 (2007), p. 7–15. (ISSN 1313-1958) .
  • Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin, (ISBN 9782262024321).