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Emmanuel Beau de Loménie

journaliste français
Emmanuel Beau de Loménie
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Emmanuel Beau de Loménie, né le à Paris et mort le à Paris, est un écrivain, essayiste, polémiste et journaliste français d'extrême droite[1], principalement connu pour son ouvrage Les responsabilités des dynasties bourgeoises.

BiographieModifier

Emmanuel Beau de Loménie est le deuxième des quatre fils d'Henri Beau (1855), polytechnicien, et de Louise de Loménie, petit-fils de l'académicien Louis Léonard de Loménie (1815-1878), professeur au Collége de France[2],[3].

Engagé volontaire en 1915, blessé deux fois, il devient secrétaire général des étudiants d'Action française en 1919 mais s'éloigne assez vite de Charles Maurras. Il publie sa thèse de doctorat, sur la carrière politique de Chateaubriand, en 1929[4]. Maréchaliste respectueux mais hétérodoxe, la période de la Libération avait été pour lui délicate mais il réintégra l’Éducation nationale et enseigna au lycée Chaptal et au lycée Turgot de Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages politiques, historiques et littéraires. Durant les années 1950, il collabore à plusieurs périodiques, dont La Parisienne, Carrefour, Écrits de Paris ainsi qu'à La Nation française[5] de Pierre Boutang et Michel Vivier. Il s'est intéressé en particulier à Chateaubriand[6], à la Restauration et à l'histoire de la monarchie française.

En 1968, il publie un éloge d'Édouard Drumont dans le cadre d'une réédition des textes du fondateur de La Libre Parole, sous l'égide de l'éditeur Jean-Jacques Pauvert et du philosophe Jean-François Revel. Beau de Loménie tente d'y édifier un « anticapitalisme national » en mettant l'accent sur la teneur anticapitaliste des pamphlets de Drumont tout en minimisant leur antisémitisme[7],[8],[9],[10].

Les responsabilités des dynasties bourgeoisesModifier

Rédigée de 1943 à 1965, son œuvre principale s'intitule Les responsabilités des dynasties bourgeoises, publiée en cinq tomes aux éditions Denoël de 1943 à 1973.

Beau de Loménie y développe sa théorie — son « obsessionnelle certitude[11] » — relative à un faible nombre de « dynasties bourgeoises » qui, se perpétuant de génération en génération depuis la Révolution française, exerceraient une influence prépondérante et ininterrompue au sein de la société française.

CritiquesModifier

Beau de Loménie vise à exposer une prétendue influence démesurée[n 1] d'un petit nombre de « dynasties bourgeoises » immuables. Plusieurs historiens (Jean-Noël Jeanneney, Jean-Pierre Rioux, Sylvain Schirmann, Philippe Hamman...) soulignent que son système se rattache à une théorie du complot dont la popularité transcende les frontières politiques malgré les vues d'extrême droite de l'auteur[n 2],[n 3].

Ainsi, dans son étude sur le grand commerce français entre 1925 et 1948, l'historienne Laurence Badel précise qu'il se pose « dans le champ d'étude des milieux d'affaires, le délicat problème de la place des groupes de pression dans la société française. En dépit des réflexions conduites dans ce domaine, une suspicion entache toujours l'existence et l'action de ces groupes et a contaminé la vision historique que l'on peut avoir de certaines questions. S'intéresser aux groupes, c'est s'exposer à être accusé de véhiculer une vision du monde reposant sur le complot et les groupes occultes à la manière d'un Beau de Loménie. Sans éluder l'importance des stratégies matrimoniales, des connivences mondaines et des solidarités d'institutions, il est possible de dresser une histoire « noble » des milieux d'affaires et de leur organisation à des moments déterminés pour promouvoir le succès d'une cause[19]. »

Rendant compte de l'ouvrage La mort de la troisième République (Éditions du Conquistador, 1951), le politologue François Goguel souligne « la fantaisie des méthodes de travail » de Beau de Loménie eu égard à ses nombreux « exemples d'affirmations aussi purement gratuites ou notoirement inexactes », qu'il s'agisse de confusions commises entre différentes personnes ou de soi-disant révélations sans mention de source. Goguel conclut que « le propos » de Beau de Loménie « n'est pas l'exactitude du détail, c'est l'exposé d'une thèse. Il est trop profondément convaincu pour admettre que les faiblesses de sa documentation de base puissent infirmer ses conclusions. En réalité, quoi qu'il en pense, M. de Loménie n'est pas le moins du monde historien, mais bien pamphlétaire et mémorialiste[20]. »

Autres œuvresModifier

  • La Carrière politique de Chateaubriand, de 1814 à 1830, Paris, Plon, 1929, présentation en ligne.
  • Les demeures de Chateaubriand (1930)
  • Qu’appelez-vous droite et gauche ? (1931)
  • La Restauration manquée, l'affaire du drapeau blanc, Paris, Édition des portiques, 1932, présentation en ligne.
  • D'une génération à l'autre (1933)
  • L'Inauguration (1934)
  • Naissance de la nation roumaine (1937)
  • Pour une Révolution Économique Française dans la Paix Sociale (avec Jean Hardy) (1937)
  • Les dynasties bourgeoises et la fête impériale suivi de quelques essais et mises au point par Jean de St-Chamant, Paul Mariel, Jean Banes, I. Maulvault, M. Raval, François Le Grix, Paris, Sequana, 1942
  • Lendemains de Libération (clandestin) (1944)
  • Le débat de ratification du Traité de Versailles, à la Chambre des députés et dans la presse en 1919 (1945)
  • L'esprit de 1848 (avec divers collaborateurs) (1948)
  • Occident (avec divers collaborateurs) (1950)
  • La mort de la Troisième République, Paris, Éditions du conquistador, 1951, présentation en ligne, présentation en ligne.
  • Lettres de Chateaubriand à Madame Récamier (avec Maurice Levaillant), Flammarion, 1951.
  • Lettres de Madame de Staël à Madame Récamier, Domat, 1952.
  • Maurras et son système (1953)
  • Chroniques de la Quatrième (1956)
  • L'Église et l'État : un problème permanent (1957), présentation en ligne.
  • L’Algérie trahie par l'argent (1957)
  • Les Glorieux de la décadence (1964)
  • Édouard Drumont ou l'anticapitalisme national (1968)
  • Les Pollueurs de l'Histoire (1980)

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. « Tous les travaux cités (...) ont eu pour premier bienfait, il va sans dire, de rompre avec l'atmosphère de suspicion systématique qui entourait toute observation du patronat au temps des « 200 familles » et qu'ont alors « illustrée » les livres d'E. Beau de Loménie et d'A. Hamon[16]. »
  2. « Que n’a-t-on écrit - et ce dès les années trente - sur la subordination du pouvoir politique à la toute-puissance des milieux d’affaires ? Les mythes ont couru sur « les dynasties bourgeoises », « la synarchie », les trusts et le Comité des Forges[17]. »
  3. « En France, les études publiées sur le patronat ont avant tout visé à mettre au jour les pratiques de l’ombre entre organisations patronales et institutions politiques, avec une dimension journalistique ou militante davantage qu’historique . Ceci est parfois le fait de polémistes  (Cf. les mythologies affairistes, des « banquiers juifs cosmopolites » aux « 200 Familles » ou au « Mur d’argent ». Très significatif à ce sujet est Beau de Loménie (E.), Les responsabilités des dynasties bourgeoises, Paris, Denoël, 1943.), mais les études historiennes scientifiques sont aussi marquées par le prisme de « la réalité d’une oligarchie patronale, finalement assez restreinte, qui détient les leviers de l’influence. Cette oligarchie des affaires s’est évidemment transformée, adaptée, modernisée au fil du temps », et ce serait là l’objet de l’analyse. On l’a compris, le couple patron/politique a généré des représentations négatives, et ce sont d’abord ces dernières – les « affaires », les complots  – qui ont été travaillées, plus que ne l’ont été les passages et les passeurs, c’est-à-dire les engagements directs des patrons dans l’arène électorale[18]. »

RéférencesModifier

  1. Olivier Dard, « La corruption dans la France des années 1930 : historiographie et perspectives de recherche », dans Jens Ivo Engels, Frédéric Monier et Natalie Petiteau (dir.), La politique vue d'en bas : pratiques privées, débats publics dans l'Europe contemporaine, XIXe-XXe siècles : actes du Colloque d'Avignon, mai 2010, Paris, Armand Colin, coll. « Armand Colin - recherches / Les coulisses du politique à l'époque contemporaine », , 260 p. (ISBN 978-2-200-27435-1, présentation en ligne), p. 214, n. 23.
  2. Who's Who in France, 1963-1964
  3. Roman d'Amat (dir.) Dictionnaire de biographie française, Paris, 1950, volume 5.
  4. Leymarie 2008, p. 378.
  5. Guillaume Gros, Philippe Ariès : un traditionaliste non-conformiste : de l'Action française à l'École des hautes études en sciences sociales, 1914-1984, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », , 338 p. (ISBN 978-2-7574-0041-8), p. 137.
  6. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5621245k/f309.image
  7. Édouard Drumont ou l’anticapitalisme national, présenté par Emmanuel Beau de Loménie, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1968.
  8. Michel Winock, « Édouard Drumont et l'antisémitisme en France avant l'affaire Dreyfus », Esprit, nouvelle série, n° 403, mai 1971.
  9. Olivier Dard, « Mythologies conspirationnistes et figures du discours antipatronal », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, Paris, Presses de Sciences Po (PFNSP), no 114 « Patrons et patronat en France au XXe siècle »,‎ , p. 141 (lire en ligne).
  10. Élisabeth Roudinesco, Retour sur la question juive, Albin Michel, 2009.
  11. Jeanneney 1984, p. 265.
  12. Maurice Agulhon et Jean-Claude Caron, « Nécrologie : In memoriam Rémi Gossez. Un quarante huitard s’est éteint », Revue d'histoire du XIXe siècle, n° 37, 2008, p. 247-251, lire en ligne.
  13. Rémi Gossez, « Bibliographie critique : Littérature de Coup d'État », 1848 - Revue des révolutions contemporaines, n° 189, décembre 1951, p. 153-158, lire en ligne.
  14. Daniel Saltet, « Beau de Loménie (E.) - Les Responsabilités des dynasties bourgeoises. Tome III, Sous la Troisième République. La guerre et l'immédiat après-guerre (1914-1924) », Revue française de science politique, volume 5, n° 4, octobre-décembre 1955, Paris, Presses universitaires de France, p. 877-878, lire en ligne.
  15. Claude Lévy, Sur la grande bourgeoisie française des années 30 (Les responsabilités des dynasties bourgeoises d'E. Beau de Loménie), Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, n° 98, avril 1975, p. 94-96, lire en ligne.
  16. Jean-Pierre Rioux, « Les élites en France au XXe siècle. Remarques historiographiques », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes, t. 95,‎ , p. 13-27 (lire en ligne).
  17. Sylvain Schirmann (préf. Raymond Poidevin), Les relations économiques et financières franco-allemandes, 24 décembre 1932-1er septembre 1939, Paris, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, coll. « Histoire économique et financière de la France / Études générales », , XI-304 p. (ISBN 2-11-087835-5, lire en ligne), chap. XVIII (« Vers le « Munich économique » »).
  18. Philippe Hamman, « Patrons et milieux d'affaires français dans l'arène politique et électorale (XIXe-XXe siècles) : quelle historiographie ? », Politix, Paris, Armand Colin, no 84 « Hommes d’affaires en politique »,‎ , p. 35-59 (lire en ligne).
  19. Laurence Badel (préf. René Girault), Un milieu libéral et européen : le grand commerce français, 1925-1948, Paris, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, coll. « Histoire économique et financière de la France / Études générales », , XVIII-576 p. (ISBN 2-11-090083-0, lire en ligne), « Introduction ».
  20. François Goguel, « Beau de Lomenie (E.) - La mort de la troisième République », Revue française de science politique, volume II, n° 2, avril-juin 1952, Paris, Presses universitaires de France, p. 413-414, lire en ligne.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier