Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno

ordre religieux catholique

Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno
Image illustrative de l’article Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno
Ordre religieux
Institut Ordre monastique
Type contemplatif
Spiritualité Type cartusienne
Règle Règle monastique
But Prière
Structure et histoire
Fondation 1950
Place Saint-Pierre, Vatican
Abréviation Famille monastique de Bethléem
Autres noms Moines et moniales de Bethléem
Fin Contemplation et prière
Patron Notre-Dame-de-l'Assomption et saint Bruno le Chartreux
Site web www.bethleem.org
Liste des ordres religieux

La Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno est un institut de vie consacrée contemplatif et monastique de droit pontifical[1] qui a pris un grand essor dans les années 1970-1990 dans le sillage des communautés nouvelles. Elle a d'abord été fondée comme une congrégation féminine, les Moniales de Bethléem. Sa branche féminine est gouvernée par une prieure générale, actuellement sœur Emmanuel[2], et son conseil. Sa branche masculine est gouvernée par un prieur général, actuellement frère Jean-Baptiste, et son conseil.

HistoriqueModifier

Selon son propre récit fondateur, la famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno prend naissance le , sur la place Saint-Pierre de Rome, au Vatican, à la suite de la promulgation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie[3]. Des pèlerins catholiques, accompagnés par le père dominicain Ceslas Minguet[4], dont des membres de la famille Dupont-Caillard[5], sont venus à Rome pour assister à cette grande solennité, célébrée par le pape Pie XII.

 
Messe dans une chapelle de la famille monastique de Bethléem.
 
Monastère de l'Assunta Gloriosa en Corse.

Après une année passée au monastère des dominicaines de l’Épiphanie à Soisy-sur-Seine[5], « à quelques pas de l'Eau vive »[6], sœur Marie (Odile Dupont-Caillard), désireuse de mener une vie érémitique[7], fonde avec deux autres femmes une première communauté féminine le 2 février 1951[8], en la fête de la Présentation de Jésus au Temple, à Chamvres dans le diocèse de Sens[9] sous le nom des « dominicaines de la Nativité »[10]. Comme c’est dans une étable qu’est aménagée la toute première chapelle, le nom de Bethléem sera donné par la suite à la communauté naissante. La communauté s'installe ensuite à Méry-sur-Oise en 1954[9] « non loin du couvent dominicain du Saulchoir » où enseigne alors le père Marie-Dominique Philippe[10]. Les premières fondations datent de 1957 dans un esprit de solitude[11], tout en étant très ouvertes à l'accueil de tous. « Dès l'origine, des laïcs ont été proches des moniales et associées à leur fondation. Bientôt ils forment la Fraternité séculière de Bethléem et de l'Assomption de la Vierge. »[12]

La première prieure et fondatrice est sœur Marie (1922-1999), ancienne dominicaine entrée au couvent des Tourelles de Montpellier en 1946[13],[9]. Le livre Des saints au XXe siècle Pourquoi ? paru en 2005 la présente comme la cousine des pères Thomas Philippe et Marie-Dominique Philippe[14], mais ce point est contesté par des sources familiales. Il n'en demeure pas moins que le père Marie-Dominique Philippe a encouragé dès le départ sœur Marie dans cette entreprise[10] et a été longtemps l'enseignant extérieur quasi exclusif de la communauté[15]. Il a également rédigé en 1983, à la demande de la fondatrice, la règle de vie de la Fraternité séculière de Bethléem, selon le témoignage de Philippe Rouvillois qui en était membre. Le père Marie-Dominique Philippe a été leur prédicateur pendant plus de dix ans[12]. Les Sœurs de Bethléem s'étant séparées de l'ordre dominicain dont elles étaient issues en 1971[16], « elles passent des dominicaines à Filles de Saint Bruno fin 1973 »[10]. La branche masculine est créée en 1976[17]. En 1986, Gabriel Matagrin, évêque de Grenoble, reconnaît la famille de Bethléem comme congrégation diocésaine et le Saint-Siège approuve sa règle en 1998[14]. Il y alors vingt-huit monastères féminins et trois monastères masculins, pour environ 500 membres.

À la mort de la fondatrice, sœur Isabelle lui a succédé en tant que prieure générale[18],[19]. En 2017, sœur Isabelle a été remplacée par sœur Emmanuel[20].

Dans la branche masculine, le frère Silouane a succédé au frère Patrick, gouvernant pendant dix-sept ans. Depuis octobre 2018, c'est le frère Jean-Baptiste qui a été élu prieur général de la branche masculine[21].

Règles de vieModifier

La vie conventuelle s'inspire du modèle des Chartreux, elle est régie par les « constitutions » écrites par la fondatrice, « un gros tome de plus de 900 pages »[22]. Les moines et moniales de Bethléem prient, travaillent, étudient, prennent leurs repas et dorment en cellule. Les religieux se lèvent au cours de la nuit pour les matines, suivies des laudes. Avec la messe et les vêpres, ce sont les seuls temps de célébration liturgique vécus en commun. Les offices s'inspirent du rite byzantin.

Abus de conscience et d'autoritéModifier

En février 2001, le magazine La Vie publie une enquête intitulée « Des gourous dans les couvents » qui dénonce « des dérives sectaires » dans « cinq communautés religieuses françaises » dont la famille monastique de Bethléem. L'article évoque le cas d'une jeune femme entrée à 26 ans dans la communauté et ressortie « invalide psychiatriquement ». Contactée par La Vie, la prieure générale, sœur Isabelle, reconnaît « une grande faute » qui l'a conduite à demander pardon à la mère de la jeune femme « et même à Rome, l'affaire étant remontée jusqu'au Vatican »[23].

Dans son numéro de novembre-décembre 2005 sur La face cachée des « Petits gris », le magazine Golias publie le témoignage anonyme d'une ancienne sœur de la famille de Bethléem qui dénonce la manipulation, l'infantilisation, l'exaltation de la souffrance et l'endoctrinement qui régneraient au sein de la communauté[24],[25].

Fin octobre 2013, une quarantaine de victimes de dérives sectaires de communautés nouvelles, parmi elles d'anciens membres de la famille monastique de Bethléem, lancent un appel aux évêques réunis en assemblée plénière à Lourdes[26].

En 2014 et 2015, l'AVREF[27] et le site internet L'envers du décor[28] publient une longue série de témoignages faisant état de dérives sectaires dans la famille monastique de Bethléem, notamment celui d'un ancien supérieur, Fabio Barbero[22]. Il décrit un « sentiment de supériorité et [de] défiance compulsive à l’égard de l’Église » se traduisant par « un niveau apparent, en conformité avec l’Église et un niveau secret, caché. » Il dénonce également un maximalisme marial favorisant l'ascendant et l'emprise de la prieure générale « en [qui], la Vierge est présente in persona, personnellement » aux yeux de la communauté[29]. Dans un droit de réponse publié par L'envers du décor, le frère Silouane, prieur général de la branche masculine, qualifie le témoignage de « dossier mensonger et à charge » dont l'auteur se prévaut d'un « pseudo statut de victime et de lanceur d’alerte »[22].

En avril 2015, d'anciens membres de la famille monastique de Bethléem, témoins de nombreux dysfonctionnements de la communauté, créent l'association Accueil et Soutien aux Ex-Membres de la communauté de Bethléem[30],[31].

A la demande de la famille monastique de Bethléem, une visite canonique est engagée fin mai 2015 en réponse aux critiques d’anciens membres publiées sur Internet, tandis qu'un collectif de proches de la Famille de Bethléem publie un blog, sansdecor.com[32], destiné à défendre la communauté. Cette visite canonique est menée par Jean Quris, ancien secrétaire général adjoint de la conférence des évêques de France (CEF) et par sœur Geneviève Barrière, bénédictine et ancienne abbesse de Jouarre, de 2007 à 2014. Elle fait suite à plusieurs plaintes d’anciennes sœurs, « qui font état de graves dysfonctionnements et que la CEF comme le Vatican [...] prennent “très au sérieux”. » Sont dénoncés « une pression dans le discernement, une rupture excessive avec l’extérieur, une culture de culpabilité, une centralisation des pouvoirs dans les mains de la prieure générale, l’absence de réelles élections au niveau local et une pensée unique qui n’autorise aucun recul » ainsi que le manque de distinction entre for interne et for externe[33].

À l'issue de cette visite canonique, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée préconise des adaptations pour mettre fin à ce qui apparaît « comme des abus d’autorité, voire des abus spirituels ». En février 2017, une nouvelle prieure générale est nommée par Rome et six moniales désignées par le Saint-Siège prennent place au conseil permanent avec le père Jean Quris et sœur Geneviève Barrière nommés assistants apostoliques. Ces derniers appellent en novembre 2020 la famille monastique de Bethléem à s'engager publiquement dans « une reconnaissance claire des erreurs et fautes du passé »[34]. Par un communiqué du 5 janvier 2021, la communauté annonce avoir « pris conscience des blessures et des traumatismes que de tels dysfonctionnements ont provoqué ». Elle met en place une cellule d'écoute indépendante et entame un chemin de réforme qui passera par un travail de révision des constitutions.[35] Au terme du chapitre général tenu en novembre 2021, où « la question des abus d’autorité et des abus spirituels a été au cœur des interventions, des échanges, [et] des décisions », la communauté nomme explicitement les « dysfonctionnements [...] qui ont pu aboutir à des abus ou des emprises » et annonce le vote de nouvelles constitutions soumises à l'approbation de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée.[36],[37] Selon le magazine Golias, toutefois, certaines anciennes sœurs se verraient frustrées par la communauté d'indemnisations auxquelles elles auraient droit[38].

Le livre Risques et dérives de la vie religieuse publié en 2020 par le supérieur général des Chartreux, Dysmas de Lassus « a été conçu et écrit directement en lien avec l’actualité de la communauté des sœurs et des frères de Bethléem » à partir de témoignages d'anciens membres[39].

Membres et monastèresModifier

 
Monastère de Currière-en-Chartreuse, lieu-phare de la congrégation.

La famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de saint Bruno compte environ 600 membres, répartis comme suit :

  • 30 monastères de moniales situés en France, en Belgique, en Italie, en Espagne, en Autriche, en Israël, aux États-Unis, en Allemagne, en Argentine, au Canada, en Lituanie, en Pologne, au Portugal, au Chili, à Chypre, et bientôt un monastère supplémentaire au Mexique et un nouveau en Jordanie. Environ 550 moniales[40].
  • 3 monastères de moines (la branche masculine a été fondée en 1976) en Italie, en France et en Israël, comptant 35 moines[40].

Notes et référencesModifier

  1. « Bethléem dans l'Eglise »
  2. Annonce de la nouvelle prieure sur le site officiel
  3. « Naissance de la famille monastique de Bethléem », sur le site de la Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno (consulté le ).
  4. « Histoire des sœurs de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de saint Bruno », sur Diocèse de Fréjus-Toulon (consulté le )
  5. a et b Les petites sœurs de bethléem, « Soeur Marie Dupont Caillard », (consulté le )
  6. Antoine Mourges, Des "sages et des savants" aux "tout petits" Aux origines des communautés de l'Arche, 1945-1965, , p. 68
  7. Kristoff Talin, Survivre à la modernité: religieux et religieuses dans le monde occidental, 2005
  8. IDREF
  9. a b et c Olivier Landron, Les communautés nouvelles: nouveaux visages du catholicisme français, éditions du Cerf, page 26
  10. a b c et d Céline Hoyeau, La Trahison des pères, Paris, Bayard, , 351 p. (ISBN 978-2-227-49870-9), p. 50
  11. Olivier Landron, op. cit., p. 26.
  12. a et b Marie-Christine Lafon, Marie-Dominique Philippe - Au cœur de l’Église du XXe siècle, Desclée de Brouwer, , 839 p. (ISBN 978-2-220-06630-1), pp. 376-377
  13. Née Odile Dupont-Caillard, elle naît au Havre en 1922 dans une famille aisée et entre en 1946 chez les Sœurs dominicaines de Montpellier. Avec l'autorisation de Mgr Lamy, évêque de Sens, elle se lance en 1951 dans une fondation à Chamvres avec Sœur Marie-Liesse Djakeli. En 1954, les religieuses déménagent à Méry-sur-Oise jusqu'en 1970, où elles s'installent à Poligny, près de Nemours. Plusieurs communautés féminines de « solitudes » se forment, ainsi qu'un noyau étudiant à Fribourg en Suisse. Des laïcs et des familles se joignent pour prier avec les religieuses dans les années 1970. C'est le début de la famille de Bethléem.
  14. a et b Joachim Bouflet, Bernard Peyrous et Marie-Ange Pompignoli, Des Saints au XXe siècle, pourquoi?, pages 80-81]
  15. Céline Hoyeau, « L’influence des frères Philippe sur les communautés nouvelles. », sur La Croix, (consulté le )
  16. Selon Olivier Landron, op. cité, p. 26, parce qu'elles n'adhéraient pas à l'« ouvriérisme » des dominicains français, de plus en plus marqué depuis le milieu des années 1960
  17. « Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno », sur IdRef,
  18. La Croix, 8 juin 2015
  19. Née Isabelle Flye-Sainte-Marie
  20. Née Rose Armelle Lorenchet de Montjamont, le 30 juillet 1949, elle entre dans la famille de Bethléem en 1971. Elle a été prieure du monastère de Marches-les-Dames, puis d'Opgrimbie et ensuite assistante de sœur Isabelle à Bet Gemal.
  21. Élection du frère Jean-Baptiste
  22. a b et c L'envers du décor, « Communauté de Bethléem : les révélations accablantes d'un ancien supérieur » (consulté le )
  23. Laurent Grzybowski, « Des gourous dans les couvents », La Vie,‎ (lire en ligne)
  24. « Revue n°105 », sur golias-editions.fr
  25. « Apologie de la souffrance, culpabilisation et infantilisation (Témoignage) », sur lenversdudecor.org,
  26. Céline Hoyeau, « Les victimes des dérives sectaires dans l’Église se disent « enfin entendues » », La Croix,‎ (lire en ligne)
  27. « Témoignages concernant la communauté Bethléem », sur http://www.avref.fr,
  28. « FAMILLE MONASTIQUE DE BETHLEEM », sur lenversdudecor.org
  29. « La famille monastique de Bethléem poursuit son chemin de rédemption », Golias,‎ (lire en ligne)
  30. « Déclaration d'association », Journal officiel,‎ , p. 2160 (lire en ligne)
  31. « ACSEMB-Accueil », sur acsemb.org (consulté le )
  32. « Venez et voyez ! », sur sansdecor.com
  33. Céline Hoyeau, « Les sœurs de Bethléem sous le coup d’une visite canonique », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le )
  34. Christophe Henning, « Abus d’autorité : les sœurs de Bethléem à l’écoute de leurs victimes », La Croix,‎ (lire en ligne)
  35. « Les sœurs de la Famille monastique de Bethléem mettent en place une cellule d’écoute et font le point sur leur chemin de conversion », sur bethleem.org,
  36. Clémence Houdaille, « Nouvelles constitutions et promesse d’un « changement de mentalité » pour les sœurs de Bethléem », La Croix,‎ (lire en ligne)
  37. « Déclaration finale du Chapitre Général des sœurs de Bethléem »,
  38. « Sœurs de Bethléem : repentir ou poudre de perlimpinpin ? », Golias,‎ (lire en ligne)
  39. « Risques et dérives de la vie religieuse », sur Avref,
  40. a et b « La gouvernance », sur www.bethleem.org (consulté le )
  41. Page du monastère
  42. Page du monastère
  43. Page du monastère

Voir aussiModifier

 
Intérieur de l'église des Sœurs de Bet Gemal, en Judée.

BibliographieModifier

  • Patricia Blanco Suarez (préf. Pierre Vignon), 15 ans dans l'enfer de la famille monastique de Bethléem, Editions Harmattan, , 244 p. (ISBN 978-2-343-21248-7)
  • Dysmas de Lassus (préf. José Rodríguez Carballo), Risques et dérives de la vie religieuse, Le Cerf, , 448 p. (ISBN 978-2-204-13791-1)
  • Inès de Warren, Cet amour que le monde oublie, Paris, Salvator, , 240 p.

Liens externesModifier