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L'Assomption de la Vierge peint par Michel Sittow, vers 1500.

Un dogme marial est un dogme de foi établi par les Églises catholique et orthodoxes concernant la Vierge Marie. Sur les quatre dogmes actuellement définis, deux ne le sont que par l'Église catholique, les deux autres sont affirmés par les deux Églises.

Certaines personnes, et parfois des évêques, ont fait une demande au pape de définir un cinquième dogme marial. À ce jour, le Vatican a toujours répondu négativement à ces demandes.

Les quatre dogmesModifier

Les définitions dogmatiques concernant Marie sont au nombre de quatre[1]. Les deux premiers sont reconnus par les Églises catholique et orthodoxe, mais les deux derniers sont propres à l'Église catholique.

En outre, le concile Vatican II attribue à Marie un certain nombre de qualificatifs : « La bienheureuse Vierge est invoquée dans l'Église sous les titres d'avocate, d'auxiliatrice, de secourable, de médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n'en résulte quant à la dignité et à l'efficacité de l'unique Médiateur, le Christ »[8]. Mais ces « titres » attribués à la Vierge, ne font pas l'objet d'une définition dogmatique.

Demandes de nouveaux dogmesModifier

Marie corédemptriceModifier

Dans le cadre des « apparitions mariales d'Amsterdam » (1945-1959), la Vierge Marie (sous la dénomination de la Dame de tous les Peuples) aurait demandé à la voyante Ida Peederman que le pape établisse un cinquième dogme marial, concernant le rôle de Marie comme Corédemptrice, Médiatrice et Avocate du genre humain[9]. Mgr Joseph Maria Punt, évêque de Haarlem-Amsterdam, proclame en 2002 la reconnaissance officielle des apparitions de la Vierge ; mais il n'intègre pas, dans son décret, la demande du nouveau dogme[10],[11].

Si le terme de « Marie rédemptrice » est présent dans le Catéchisme de l’Église catholique, le terme de « corédemptrice » a fait l'objet de débats notamment au cours de la première moitié du XXe siècle, avant d'être rejeté comme contraire à la foi (il n'y a qu'un seul Rédempteur: Jésus-Christ), lors du concile Vatican II, qui ne l'emploie pas.

Usage de l'expressionModifier

Avant le concile Vatican II le titre fut utilisé par plusieurs papes (Pie XI, Pie XII, voir Miravalle, op. cit., p. 16 à 20). Pie XI s'exprime ainsi dans le texte de la prière de la clôture solennelle du Jubilé de la Rédemption, 28 avril 1935 : "Ô Mère aimante et miséricordieuse (...) vous vous êtes tenue debout près de Lui, souffrant avec Lui comme Corédemptrice..."[12]. Pie XII utilise également ce mot : "Pour avoir été associée avec le Roi des Martyrs dans son ineffable œuvre de la rédemption humaine, comme Mère et comme corédemptrice..."[13].

Doctrine de l'Église catholiqueModifier

Bernard Sesboüé rappelle que le concile Vatican II a d'abord hésité sur le lieu où il serait question de Marie : dans une constitution indépendante ou dans le cadre de la Constitution sur l'Église, Lumen Gentium ? Il fut décidé, à une faible majorité, de choisir la seconde solution[14]. C'est à cette occasion qu'a été étudiée l'éventualité d'un « cinquième dogme marial », c'est-à-dire celui de « Marie corédemptrice ».

Marie demeurait en effet « dans certains milieux l'objet d'une dévotion et d'une théologie héritées du mouvement marial antérieur à Vatican II »[14]. Or le concile « a exprimé un refus net de continuer dans cette voie, qui ne correspond ni à la nature ni à la visée des définitions dogmatiques »[14]. Le concile a mis fin au débat en rappelant que Jésus-Christ est l'unique rédempteur et que Marie ne saurait être corédemptrice. La constitution Lumen Gentium indique : « C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l'unique Médiateur, le Christ », « Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même pied que le Verbe incarné et rédempteur »[15].

Cependant, pendant plusieurs années après le concile, le débat s'est poursuivi sous forme d'initiatives individuelles et de requêtes adressées au Saint-Siège. Celui-ci, pour examiner la question, a formé en 1996 une commission de quinze théologiens qui s'est réunie à Czestochowa[14]. Cette commission a répondu à l'unanimité :

« Tels qu'ils sont proposés, les titres apparaissent ambigus, car on peut les comprendre de manières différentes. Il est apparu, de plus, que l'on ne doit pas abandonner la ligne théologique suivie par le concile de Vatican II, qui n'a voulu définir aucun d'entre eux. Dans son magistère, il n'a pas employé le mot Corédemptrice et il a fait un emploi très sobre des titres de Médiatrice et d'Avocate. En réalité, le terme de Corédemptrice n'est pas employé par le magistère des Souverains Pontifes, dans des documents importants, depuis l'époque de Pie XII. À cet égard, il y a des témoignages du fait que ce pape a évité intentionnellement de l'employer (...) Enfin, les théologiens, spécialement les théologiens non catholiques, se sont montrés sensibles aux difficultés œcuméniques qu'entraînerait une définition de ces titres[14]. »

L'Académie pontificale mariale internationale a commenté en ces termes la réponse de la commission : « La réponse de la Commission, intentionnellement brève, fut unanime et précise : il n'est pas opportun d'abandonner le chemin tracé par le concile de Vatican II et de procéder à la définition d'un nouveau dogme ». Elle se déclare même surprise par la demande de définition du titre de corédemptrice, « à l'égard duquel le magistère nourrit des réserves et qu'il écarte systématiquement »[14].

Le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a développé ce point[16] en précisant :

« Le concept de corédemptrice s'écarte aussi bien de l'Écriture que des écrits patristiques. [...] Tout vient [du Christ], comme le soulignent les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Marie aussi est tout ce qu'elle est par lui. Le terme de corédemptrice obscurcirait cette donnée originelle. Une bonne intention s'exprime dans un mauvais vocable. Dans le domaine de la foi, la continuité avec la langue de l'Écriture et des Pères est essentielle. La langue n'est pas manipulable à volonté[17]. »

Marie médiatrice de toutes grâcesModifier

Dans le cadres des apparitions mariales de Lipa (1948), la jeune Teresita Castillo a déclarée que « la Vierge Marie aurait demandé la proclamation par le pape d'un nouveau dogme de Marie médiatrice de toutes grâces ». Ces apparitions condamnées puis reconnues par l'évêque du lieu[18] seront finalement condamnées définitivement par le Vatican[19].

En 2010, l'évêque de Lipa propose à Rome que l’Église définisse « Marie Médiatrice » comme cinquième dogme marial. En 2015, Mgr Argüelles publie un décret de quatre pages, dans lequel il reconnaît les apparitions comme « dignes de foi » et encourage à invoquer la Vierge Marie sous le titre de « médiatrice de toutes grâces ». Mais la Congrégation pour la doctrine de la foi déclare que ce décret est « nul et vide », car la déclaration de nullité publiée en 1951 était une décision confirmée par le pape Pie XII et donc définitive[19].

Suite à cette réponse, l'évêque a déclaré qu'il ne ferait pas appel de la décision de la congrégation[20].

Article détaillé : Controverse sur les apparitions.

Demandes par des évêquesModifier

Lors du concile Vatican II, le courant traditionaliste Coetus Internationalis Patrum souhaitait l'établissement d'un document spécifique sur la Vierge Marie et sa place dans l'Église et non pas seulement le chapitre VIII de Lumen Gentium. Il était aussi favorable à la proclamation du dogme de Marie, « médiatrice de toute grâce et corédemptrice »[21].

En 2008, le cardinal Telesphore Toppo demande au pape Benoît XVI la proclamation d'un nouveau dogme marial : Marie médiatrice de toutes grâces, et corédemptrice de l'humanité, avec Jésus comme seul et unique médiateur[22].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Mark I. Miravalle, Mary : Coredemptrix, mediatrix, advocate, Queenship Pub, (ISBN 978-1882972104, consulté le=9 juillet 2019), p. 13.
  2. (it) Pie XI, « Lux Veritatis », sur vatican.va, Libreria Editrice Vaticana, (consulté le 9 juillet 2019).
  3. Mansi, Conciliorum Amplissima Collectio, IV, c. 1007; Schwartz, Acta Conciliorum Oecumenicorum, I, 5, p. 408.
  4. SENEZE Nicolas, « Quatre dogmes à propos de Marie. », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le 9 juillet 2019).
  5. DenziNger § 503 - Profession de Foi du Synode de Latran, le 31 octobre 649 (en ligne)
  6. Abbé Christian-Philippe Chanut, « 8 décembre, Immaculé conception, solennité », sur Missel, missel.free.fr (consulté le 12 juillet 2019).
  7. Abbé Christian-Philippe Chanut, « 15 août, Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie », sur Missel, missel.free.fr (consulté le 12 juillet 2019).
  8. (Lumen Gentium § 62, repris dans le Catéchisme de l'Église catholique § 969.
  9. Françoise Breynaert, « Amsterdam : la demande d’un 5° Dogme », sur Marie de Nazareth, mariedenazareth.com (consulté le 11 avril 2019).
  10. « Reconnaissance des apparitions d'Amsterdam », sur Marie de Nazareth, mariedenazareth.com (consulté le 11 avril 2019).
  11. (en) Punt, Jozef, « (2002-05-31). "In Response to Inquiries Concerning the Lady of All Nations Apparitions » [PDF], sur Global Catholic Network, ewtn.com, (consulté le 11 avril 2019).
  12. L'Osservatore Romano, 29-30 avril 1935, p. 1, cité par Miravalle, op. cit; p. 17. Le même auteur ajoute : Pour d'autres déclarations pontificales se rapportant à la doctrine de Corédemptrice par Pie XI, voir L'Osservatore Romano, 1er novembre 1933; AAS, v. 15, 1923, p. 105 ; v. 20, 1928, p. 178 ; Adresse pontificale aux pèlerins de Vicenza, 30 novembre 1933, L'Osservatore Romano, 1er décembre 1933
  13. Pie XII, Émission à la radio aux pèlerins à Fatima, 13 mai 1946, AAS 38, 1946, p. 266, cité par Miravalle, op. cit., p. 18
  14. a b c d e et f Bernard Sesboüé, s.j., Peut-on encore parler de Marie?, dans Christus, no 183, janvier 1999, p. 264-273 Texte en ligne.
  15. Lumen Gentium, VIII, 62.
  16. Voici quel est notre Dieu, Plon/Mame, 2001, pp. 215-216.
  17. La réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi consiste à dire que ce qui est visé ici est déjà mieux exprimé par d'autres titres de Marie, et que le concept de "corédemptrice" s'écarte aussi bien de l'Écriture que des écrits patristiques, ce qui suscite des malentendus.
    Ce qui est juste dans cette appellation, c'est que le Christ ne reste pas extérieur et forme une nouvelle et profonde communauté avec nous. Tout ce qui est à lui sera nôtre et tout ce qui est nôtre, il l'a fait sien. Ce grand échange est le contenu spécifique de la rédemption, notre libération et notre accès à la communion avec Dieu. Parce que Marie anticipe l'Église comme telle, qu'elle est l'Église en personne, cet "être-avec" est réalisé en elle de façon exemplaire.
    Mais cet "avec" ne doit pas faire oublier le "d'abord" du Christ. Tout vient de lui, comme le soulignent les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Marie aussi est tout ce qu'elle est par lui. Le terme de "corédemptrice" obscurcirait cette donnée originelle. Une bonne intention s'exprime dans un mauvais vocable. Dans le domaine de la foi, la continuité avec la langue de l'Écriture et des Pères est essentielle. La langue n'est pas manipulable à volonté.
  18. Nicolas Seneze, « Lipa, la 17e apparition mariale reconnue dans l’Église catholique », La Croix,‎ (lire en ligne).
  19. a et b Céline Hoyeau, « Le Vatican clôt le dossier des apparitions présumées de Lipa, aux Philippines », La Croix,‎ (lire en ligne).
  20. « Les apparitions présumées de Lipa déclarées « inauthentiques » », Église d'Asie,‎ (lire en ligne).
  21. Howard Kainz, Yves Avril (trad.), « Dans les coulisses de Vatican II », sur France catholique.fr, (consulté le 4 juin 2015).
  22. (en) « Cardinal Toppo on a Proposed Marian Dogma », Zenit,‎ (lire en ligne, consulté le 14 juillet 2019).

AnnexesModifier