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Marcel Degliame ( à La Cassine (Ardennes) - à Loches (Indre-et-Loire) est un ouvrier, un syndicaliste, un résistant français, un historien de la Résistance, un administrateur de théâtre, un producteur de film et un ami de Boris Vian.

Sommaire

BiographieModifier

Premières années et syndicalismeModifier

Il est né deux jours avant Noël, le 23 décembre 1912, à La Cassine (Ardennes), d'un père bûcheron et d'une mère couturière[1], septième enfant du couple. En août 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, son père est mobilisé. Son épouse et ses enfants s'enfuient devant l'invasion du département par les troupes allemandes, et s'installent dans l'Aube. La famille reste installée dans l'Aube après la guerre, à Vendeuvre-sur-Barse. Marcel Degliame, certificat d'études en poche est apprenti ébénisterie dans la commune puis, à 17 ans, ouvrier bonnetier à Troyes. Puis il monte à Paris, en 1934, ouvrier textile toujours, et se lance dans le syndicalisme. Il prend des responsabilités à la fédération CGTU des textiles, et adhère au Parti communiste français (PCF) dès 1928[2]. Il se marie une première fois avec Berthe Goutverg le 10 juin 1937 à Paris. Il est condamné et emprisonné en octobre-novembre 1938 pour son rôle dans des grèves[3].

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé en 1939 dans l'infanterie. Il est fait prisonnier par les Allemands. Transféré dans un stalag en Europe centrale, à Teplice, il réussit à s'en extraire, à sa deuxième tentative d'évasion, en mars 1941 pour gagner, avec sept de ses compagnons d'évasion, la Syrie, après avoir traversé, malgré la neige, les montagnes des Carpates, puis la Roumanie, et la Turquie[4]. Là, il refuse d'être enrôlé dans les forces françaises fidèles au régime de Vichy, commandées par le général Dentz. Mettant en avant son état de faiblesse, il se fait hospitaliser à Beyrouth puis rapatrier en France par le bateau-hôpital Canada. Il débarque à Marseille le 17 août 1941, mais il s'est procuré une lettre d'introduction auprès de Claude Bourdet[4],[5],[2]

La RésistanceModifier

Sa rencontre avec Claude Bourdet le décide à rejoindre le mouvement de résistance Combat[6]. Il est chargé de la diffusion du journal du mouvement de résistance dans la zone Marseille-Nice[5] et il en devient rapidement l'un des plus importants responsables, notamment chargé de l'organisation, du recrutement et de la propagande. En décembre 1941, il échappe à la police une première fois. Arrêté à nouveau quelques mois plus tard par la police française, il réussit à s'échapper[5]. À Lyon, il travaille à l'édition de journaux et de tracts avec André Bollier. En novembre 1942, il fonde des groupes de sabotage dans les entreprises travaillant pour les Allemands[4], puis de groupes de sabotages ferroviaires. Il est un des cadres des Mouvements Unis de Résistance (MUR), nés de la fusion entre les trois grands mouvements de Résistance de zone Sud : Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud. Ainsi en contact avec les autres mouvements de la Résistance, et utilisant ses liens avec le mouvement communiste, il participe à la constitution des Forces françaises de l'intérieur (FFI). Il représente Combat au sein du Conseil national de la Résistance (CNR)[4], y remplaçant Claude Bourdet arrêté par la Gestapo[6]. En mars 1944, le général Koenig l'élève, depuis Londres mais en accord avec le délégué militaire pour la zone sud, Maurice Bourgès-Maunoury, au grade de lieutenant-colonel. Sous les surnoms de Fouché et parfois de Dormoy, il parcourt le territoire français en tous sens jusqu'au débarquement allié[7], puis participe à la libération de Lyon où il prend une part déterminante[4].

Après-guerreModifier

Il est fait compagnon de la Libération en juin 1945. Il est délégué à l'Assemblée consultative provisoire et secrétaire de la commission de la défense. À ce titre, il s'occupe de l'intégration des FFI dans la 1re armée commandée par le général de Lattre de Tassigny. Puis, jusqu'en 1948, il est gouverneur militaire du district de Constance, dans le cadre de la mission d'occupation de cette région de l'Allemagne confiée aux troupes françaises[4].

Après la guerre, il fait carrière aux usines d'aviation de la SNECMA. En août 1950, il se remarie avec Jeanne Marie Eugénie Andrieu. En 1952, Marcel Degliame quitte sans éclat le Parti communiste français. De 1951 à 1956, il devient administrateur et codirecteur du Théâtre de Babylone. Il y fréquente de jeunes artistes, dont Jean-Marie Serreau, Michel Piccoli et Éléonore Hirt, et y fait la connaissance en janvier 1952 de Boris Vian. Ils deviennent très proches, Boris Vian ayant une affection et une estime particulière pour celui qu'il surnomme «Frère Marcel»[8], malgré leur différence de parcours : « Boris ne possédait que de vagues notions politiques. Il n'avait fait aucune lecture dans ce domaine » témoignera ainsi Marcel Degliame[9].

Il crée ensuite une société de production de films, Les Films d'Aujourd'hui, assurant notamment la production de films de Pierre Kast : Le Bel Âge[10].... Il entre à l'ORTF et y travaille au service des coproductions[11]. Il y suit notamment la réalisation du film Le Chagrin et la Pitié, dans lequel il témoigne, même si la télévision française refuse en définitive d'acheter les droits du film. Il se remarie une troisième fois le 9 septembre 1972, au milieu des vignobles bourguignons, à Pernand-Vergelesses, avec Jeannine Manuel[12]. À partir de la fin des années 1960, il rédige en collaboration avec Henri Noguères et, pour les deux premiers volumes, Jean-Louis Vigier, une histoire de la Résistance qui fait référence, plusieurs décennies après les faits, mais alors que les principaux intervenants sont encore vivants[13],[14],[15].

Il prend sa retraite dans une maison de campagne située à Sennevières, accompagnée de sa femme Jeannine. Il y partage son temps entre l'écriture et des travaux de menuiserie et de jardinage[6]. Marcel Degliame décède en septembre 1989 à Loches. Il est incinéré à Esvres-sur-Indre[4].

PublicationsModifier

RécompensesModifier

RéférencesModifier

  1. Barbe 2013, p. 55.
  2. a et b Le Monde 1989.
  3. Barbe 2013, p. 56-60.
  4. a b c d e f et g Site de l'Ordre de la Libération
  5. a b et c Barbe 2013, p. 57.
  6. a b et c Bourdet 1989.
  7. Barbe 2013, p. 58.
  8. Marchand 2009.
  9. Boggio 1993, p. 145.
  10. « Marcel Degliame », sur Unifrance Films International
  11. Barbe 2013, p. 59.
  12. Barbe 2013, p. 60.
  13. a et b Duhamel 1967.
  14. a et b Théolleyre 1976.
  15. a et b Roussel 1982.
  16. Gillet 1973.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Marie-France Barbe, « Une figure originaire de La Cassine, Marcel Degliame », Le Petit Cassinois, no 38,‎ , p. 56-64.
  • Michel Fratissier, Jean Moulin ou la fabrique d'un héros, Éditions L'Harmattan, , 755 p., p. 165, 516, 705.
  • Valère-Marie Marchand, Boris Vian, le sourire créateur, Éditions Écriture, , 500 p. (lire en ligne).
  • Maurice Kriegel-Valrimont, Mémoires rebelles, Éditions Odile Jacob, , 264 p., p. 39, 42, 51-53, 87-89, 214.
  • Marc Lapprand, Boris Vian, la vie contre, Presses de l'Université d'Ottawa, , 138, 145, 224 p..
  • Bruno Permezel, Résistants à Lyon, Éditions BGA Permezel, , 556 p., p. 151.
  • Philippe Boggio, Boris Vian, Flammarion,

Articles de journauxModifier

Sources sur le webModifier