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Georges Condominas

anthropologue français

Georges Condominas (abrégé en « Condo » pour ses intimes et ses étudiants), né le à Haïphong et mort le dans le 13e arrondissement de Paris, est un ethnologue français considéré comme le spécialiste incontesté de l'Asie du Sud-Est et en particulier des sociétés traditionnelles de cette aire, ainsi que de Madagascar. Il est surtout connu pour ses travaux sur les Mnong notamment via son ouvrage Nous avons mangé la forêt qui fut considéré dès sa sortie, en 1957, comme un chef-d'œuvre, renouvelant totalement le genre de la littérature ethnographique par cette chronique attachante, absolument nouvelle à son époque, au point que Claude Lévi-Strauss le décrivit comme le « Proust de l'ethnologie ».

Sommaire

BiographieModifier

Georges Condominas est né le à Haïphong (Tonkin, Indochine française, actuel Viêt Nam) d’un père français et d’une mère métisse portugo-sino-vietnamienne. Il meurt à l'hôpital Broca à Paris le alors qu'il avait été hospitalisé depuis quelque temps[1].

Après la guerre, Condominas suit les cours d'André Leroi-Gourhan, Denise Paulme et Marcel Griaule au musée de l'Homme, avec Georges Balandier, Jean Guiart et Paul Mercier. Il suit aussi le séminaire de Maurice Leenhardt à l'École pratique des hautes études (Ephe).

Un terrain fondateur : Sar Luk (Viêt Nam)Modifier

Il s'embarque pour un premier terrain à vingt-sept ans, en 1948, pour le compte de l'Office de la recherche scientifique coloniale (ORSC), futur Orstom. Il se retrouve à Sar Luk, village de population mnong gar, sur le plateau du Darlac (aujourd’hui province du Đắk Lắk), au centre du Viêt Nam. Il rend compte le plus fidèlement possible de la vie sociale de ce village.

Il résulte du terrain de Sar Luk une œuvre scientifique abondante d'où se dégagent deux livres au fort retentissement :Nous avons mangé la forêt de la pierre-génie Gôo (1957) et L'exotique est quotidien (1965).

Le CeDRASEMIModifier

Condominas poursuit sa carrière d'ethnographe à travers plusieurs séjours de recherche entre 1957 et 1960. Il est successivement :

Il est nommé en 1960 directeur d’études à l'École des hautes études en sciences sociales où il crée en 1962, avec André-Georges Haudricourt et Lucien Bernot, le Centre de documentation et de recherche sur l'Asie du Sud-Est et le monde insulindien (CeDRASEMI). Le CeDRASEMI est un lieu d'accueil pour de nombreux chercheurs français et internationaux travaillant sur cette aire géographique.

Un engagement totalModifier

Pour Georges Condominas l'ethnologie est un genre de vie à part entière qui justifie ses engagements :

L'ensemble de ces prises de position font de Condominas un ethnologue respecté et reconnu dans le monde.

L'enseignement de Georges Condominas (et du CeDRASEMI), dans la lignée de celle de André Leroi-Gourhan et Lucien Bernot, a largement fait école. Il y insiste sur la nécessité de la longue durée dans l'observation de terrain ; celle de la pratique des langues locales, sans interprète, pour la collecte des données ; et sur l'importance de la prise en compte de ce qu'il appelait lui-même la « théorie des trois niveaux » : tout observateur doit prendre en compte simultanément la théorie scientifique (vision occidentale), l'ethnoscience (ou ensemble des conceptions indigènes) et les faits bruts, souvent en décalage avec tous les discours. Par ailleurs, il est le créateur du concept d'« ethnocide »[4]. Georges Condominas l'a défini comme une volonté de détruire ou au moins d'amoindrir la culture d'un peuple minoritaire en vue d'assimilation au peuplement principal ; il est également l'inventeur du concept d'« espace social » défini comme « espace déterminé par l'ensemble des systèmes de relations, caractéristique du groupe considéré » en lieu et place du mot « ethnie », trop vague et inopérant à refléter la complexité de la réalité ethnographique dans de nombreuses sociétés d'Asie du Sud-Est (et ailleurs), sans doute son apport conceptuel le plus important ; il est enfin l'auteur de celui de « technologie rituelle » exprimant la réelle symbiose entre technologie, croyances et rites dans la plupart des sociétés traditionnelles (sur l'apport méthodologique de Georges Condominas à l'ethnologie et l'anthropologie sociale[5].

Une œuvre reconnue à travers le mondeModifier

Le rayonnement de l'œuvre de Condominas dépasse l'Hexagone. Ancien vice-président de l'Union internationale des sciences anthropologiques et ethnologiques, il est plusieurs fois visiting professor aux universités Columbia et Yale entre 1963 et 1969 puis Fellow du Center for Advanced Studies in the Behavioral Sciences de Palo Alto en 1971. En 1972, à Toronto, il a eu l'honneur d'être le premier ethnologue étranger invité à prononcer le discours inaugural ou "distinguished lecture" de l'American Anthropological Association (AAA). Au Japon, il est considéré comme un maître de l'ethnologie et il est le premier étranger à prononcer un discours au 50e anniversaire du Nihon Minzoku Gakkai (Association japonaise d’ethnologie) à Tokyo en 1983. Il est également invité à l’Australian National University en 1987 et à l’université japonaise de Sophia en 1992.

Georges Condominas était aussi l'ami des écrivains et des poètes. Georges Pérec lui rendit hommage dans un très beau texte intitulé "Anagrammes de Georges Condominas"[6]. Georges Condominas, qui était un grand admirateur de François-René de Chateaubriand, convainquit un grand éditeur de rééditer "Vie de Rancé", rédigeant une postface pour cet ouvrage qu'il considérait comme le meilleur livre de l'Enchanteur et son « chant du cygne » (F.-R. de Chateaubriand, "Vie de Rancé", postface de Georges Condominas, Paris, Garnier-Flammarion, 278 p., 1991).

Sa consécration auprès du grand public vient avec l'exposition "Nous avons mangé la forêt…" : Georges Condominas au Viêt Nam du 19 juin au 17 décembre 2006 à l'occasion de l'inauguration du musée du quai Branly, reprise l'année suivante à Hanoï avec un catalogue spécifique bilingue. À cette occasion, la médiathèque du musée du quai Branly a acquis un fonds important d'archives, de livres et de photographies de Georges Condominas qui sont désormais à la disposition des chercheurs.

Bibliographie indicativeModifier

Ouvrages, direction d'ouvrages collectifs et numéros de revuesModifier

  • Fokon'olona et collectivités rurales en Imérina, Paris, Berger-Levrault, 235 p., 1960 - rééd. Paris, IRD, 265 p., 1998 pdf en accès libre Horizon plein textes (fdi:22732).
  • Ethnologie de l'Union française (Territoires extérieurs), Tome second, Asie, Océanie, Amérique, Paris, Presses Universitaires de France (coll. "Pays d'Outre-Mer. Colonies, Empires, Pays autonomes. Collection Internationale de Documentation, publiée sous la direction de Ch.-André Julien", Sixième série : "Peuples et civilisations d'Outre-Mer", 2 (ouvrage collectif dirigé par André Leroi-Gourhan, Jean Poirier, André-Georges Haudricourt et Georges Condominas).
  • Nous avons mangé la forêt de la Pierre-Génie Gôo : (Hii Saa Brii Mau-Yaang Gôo) : Chronique de Sar Luk, village Mnong Gar (tribu proto-indochinoise des Hauts-Plateaux du Viêt Nam central), Paris, Mercure de France, 495 p., 1957, rééd. 2003. (ISBN 2-7152-2419-2)
  • L'exotique est quotidien. Sar Luk, Vietnam central : Sar-Luk, Viêt Nam central, Paris, Plon, "Terre humaine", 495 p., 1965 (rééd. 2006) (ISBN 2-266-16146-6).
  • « L’Asie du Sud-Est », p. 283-375 in J. Poirier (sous la dir. de) : Ethnologie régionale II : Asie-Amérique-Mascaraignes, Paris, Gallimard (“Encyclopédie de la Pléiade”, xlii), 2076 p., 1978.
  • L'anthropologie en France : situation actuelle et avenir]], Paris, Ed. du CNRS, 570 p., 1979 (ouvrage collectif dirigé par G. Condominas et Simone Dreyfus-Gamelon)
  • L'espace social : à propos de l’Asie du Sud-Est, Paris, Flammarion, 556 p., 1980.
  • Les réfugiés originaires de l'Asie du Sud-Est, Paris, La Documentation française (“Collection des Rapports officiels”), 2 vol., tome 1 : Arrière-plan historique et culturel. Les motivations de départ. Rapport au président de la République, 227 p., 1982 ; tome 2 : Monographies (Vietnam, Cambodge, Laos), 254 p., 1984 (ouvrage collectif dirigé par Georges Condominas et Richard Pottier).
  • From Lawa to Mon, from Saa’ to Thai. Historical and anthropological aspects of Southeast Asia social spaces, Canberra, Department of Anthropology in association with the Thai-Yunnan Project, Research School of Pacific Studies, the Australian National University, 114 p., 1990.
  • L'espace social, Bangkok, Ed. des Cahiers de France, 65 p. (français-thaï), 1990.
  • Asie du Sud-Est. Fascicule 3, p. 4333-4405 (sous la dir. de G. Condominas) in Jean-François Mattéi (sous la dir. de) : Les Œuvres philosophiques. Dictionnaire, tome 2, Philosophie occidentale : 1889-1990, Pensées asiatiques, Conceptualisation des sociétés traditionnelles, Répertoires, index, tables, in André Jacob (sous la dir. de) : Encyclopédie philosophique universelle, volume iii, Paris, Presses universitaires de France.
  • Georges Condominas et Denise Bernot, Marie Alexandrine Martin, Monique Zaini-Lajoubert (sous la direction de), Disciplines croisées. Hommage à Bernard Philippe Groslier, Paris, éd. de l’EHESS (“Ateliers ASEMI”), 377 p., 1992.
  • Le bouddhisme au village, ouvrage bilingue lao/français, Bangkok, Ed. des Cahiers de France, 1998. 230 p.
  • dir., Formes extrêmes de dépendance. Contribution à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-Est, Éd. École des hautes études en sciences sociales, 1998, 582 p. (ISBN 2-7132-1271-5)[7]
  • La Plaine de Vientiane : étude socio-économique]], Laos, 1959 (textes réunis par Pierre Le Roux), Paris, SevenOrients et Librairie orientaliste Paul Geuthner, 310 p., 1 carte h.-t., 2000 (avec Claude Gaudillot).
  • Esquisse d’une étude sur la navigation et la pêche aux Nouvelles-Hébrides, publié par le centre IRD de Nouméa (Nouvelle-Calédonie), 2001.

Entretiens et articlesModifier

  • Georges Condominas, « Ethics and comfort : An ethnographer’s view of his profession », Annual Report of the American Anthropological Association (Distinguished Lecture 1972 of the AAA), April, p. 1-17, 1973.
  • Georges Condominas, « Pour une définition anthropologique du concept d’espace social », p. 5-54 in « Espace social et analyse des sociétés en Asie du Sud-Est », ASEMI, viii (2), 1977.
  • Georges Condominas, « Propos sur la complexité des problèmes de l’Asie du Sud-Est », Hérodote, 21, p. 14-30, 1981.
  • Georges Condominas, « Aînés, anciens et ancêtres en Asie du Sud-Est : entretiens de Nicole Benoît-Lapierre avec Georges Condominas », Communications, 37, p. 55-67, 1983.
  • Georges Condominas, Hugues Tertrais. « Georges Condominas. L'ethnologie comme mode de vie. » La lettre de l'AFRASE, mars 1996, 1996, no. no 38.
  • Georges Condominas et Yves Goudineau. « La contestation ethnologique. » Cahiers des Sciences humaines (Paris) : Trente Ans, 1993, vol. 1993, p. 37-49. ISSN 0768-9829.
  • Georges Condominas, The primitive life of Vietnam's mountain people. in Natural history, juin-juillet 1966, 1966, p. 13-20. ISSN 0028-0712.
  • Georges Condominas, « L'espace social, à l'articulation du social et du biologique », in « Lettre scientifique de l'Institut français pour la nutrition », no 89 (« Pour une socio-anthropologie de l’alimentation »), janvier 2003, p. 2-4 en ligne
  • Georges Condominas, « Entretien avec Yves Goudineau Recherche et sauvegarde du patrimoine immatériel », 2003, Udaya (Phnom Penh, APSARA), 4, p. 69-81.
  • Georges Condominas, Researching and Safeguarding the Intangible Heritage, (transcription and annotation), Museum International, 56:1-2 p. 21-31, 2004.
  • Georges Condominas, « La guérilla viêt. Trait culturel majeur et pérenne de l’espace social vietnamien », L’Homme, 164, n.s. « Histoire, littérature et ethnologie », p. 17-36, 2002.

Publications et film en libre accèsModifier

De nombreuses publications de Georges Condominas sont disponibles en Libre accès, dans le cadre de l' Open Archives Initiative.

DiscographieModifier

  • Georges Condominas ; Musique mnong gar du Vietnam (anthologie de musique proto-indochinoise, vol. 1), Paris, OCORA, 1974, 33 tours, texte de G. Condominas, 10 p. en français et en anglais, notes et bibliog., 12 photos noir et blanc, 1 photo couleur, 1 carte (Musée de l’Homme collection, OCORA OCR 80/ ORTF).[Enregistrement sonore]
  • Georges Condominas, Jacques Dournes et Geneviève Thibault. Viêt Nam : Musiques des Montagnards. Le chant du Monde ; Arles : Harmonia Mundi, 1997.[Enregistrement sonore]

Hommages collectifs à Georges CondominasModifier

  • Chistian Taillard (dir.), Cheminements. Écrits offerts à Georges Condominas, ASEMI (Asie du Sud-Est et monde insulindien), n° spécial vol. 11, no 1-4, 1980, 550 p.
  • Jacques Dournes (dir.), Orients. Pour Georges Condominas, Paris, Sudestasie/Toulouse, Privat, 1981, 342 p. (ISBN 2-85881-001-X)

Sur Georges CondominasModifier

  • Paul Lévy, « Les Mnong Gar du centre Viêt Nam et Georges Condominas. Note critique », in L’Homme, vol. 9, no 1, 1969, p. 78-91 Persée doi : 10.3406/hom.1969.367023 (accès libre)
  • Chistian Taillard, « L'espace social: système de relations. Note sur la contribution de Georges Condominas », in ASEMI (Asie du Sud-Est et monde insulindien), vol. 8, no 2, 1977, p. 179-182.
  • Jean Lallier, L'exotique est quotidien (vidéo), Les Films d'ici (coll. Terre humaine), 52‘, 1996, ISAN|0000-0001-9EBE-0000-40000-0000-P
  • Taos Aït Si Slimane, « Georges Condominas, signataire du Manifeste des 121 », Site Fabrique de sens, 18 septembre 2005
  • Charles Macdonald, « Georges Condominas », in Pierre Bonte et Michel Izard (dir.), Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, Paris, 2002, p. 773-774 (ISBN 978-2-13-050687-4),(article absent dans la 1re éd. 1991)
  • Yves Goudineau et Jérémy Jammes (photographies de Georges Condominas et Hoang Canh Duong), « Nous avons mangé la forêt…» : Georges Condominas au Viêt Nam (Catalogue de l'exposition, 23 juin - 17 décembre 2006, Musée du quai Branly), Musée du quai Branly et Actes Sud, 2006, 128 p. (ISBN 2-915133-16-6) Musée du quai Branly et (ISBN 2-7427-6145-4) Actes Sud
  • Régis-François Stauder, De la bibliothèque du chercheur à la bibliothèque de recherche : le fonds Condominas à la médiathèque du musée du quai Branly, mémoire d'étude de conservateur des bibliothèques (dir. Odile Grandet), enssib, 2008, 111 p.
  • Richard Pottier, « Hommage à Georges Condominas », Réseau Asie, 19-07-2012 au 31-12-2012 [????]
  • Yves Goudineau, Hommage à Georges Condominas, Réseau Asie, 19-07-2012 au 31-12-2012 [????] ; article publié dans Le Monde, 24 juillet 2011
  • Xuân Xuân Pottier (sous la dir. de) : Le fils des quatre vents, recueil d'hommages à Georges Condominas, Paris, L'Harmattan, 2011, 262 p: (ISBN 978-2-296-56105-2)
  • Jean Baffie, « Georges Condominas (1921-2011). La passion de l'ethnologie », Moussons, Recherche en sciences humaines sur l'Asie du Sud-Est, 18 (2), p. 5-10, 2011.
  • Gallenga, G., Graves, J.M. : La méthode condo, Héritages et actualités de l'expérience. Indes savantes, 2017. (ISBN 978-2-84654-418-4)

Notes et référencesModifier

  1. Cf. Yves Goudineau, Hommage à Georges Condominas, Réseau Asie, article publié dans Le Monde, 24 juillet 2011.
  2. Les Lettres nouvelles.
  3. France-Observateur.
  4.  ; le concept par la suite été popularisé en France par Robert Jaulin.
  5. cf. Richard Pottier, « Hommage à Georges Condominas », Réseau Asie.
  6. Publié dans Orients. Pour Georges Condominas, Paris, Sudestasie/Toulouse, Privat, 1981 (livre d'hommages dirigé par Jacques Dournes)
  7. Cet ouvrage réunit les textes des interventions au séminaire EHESS de Georges Condominas (1973 - 1983). Cf. compte rendu de lecture de Jérôme Rousseau, Anthropology Departement McGill University, Montréal (Québec), Canada, http://www.erudit.org/revue/as/2001…).

AnnexesModifier