Tristan Tzara

écrivain, poète et essayiste de langues roumaine et française (1896-1963)

Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock, né le à Moinești dans le royaume de Roumanie, et mort le dans le 7e arrondissement de Paris, est un écrivain, poète et essayiste de langues roumaine et française. Il passe son enfance et son adolescence en Roumanie, où il fait partie de cette communauté juive exclue de la citoyenneté roumaine par des lois discriminatoires. Pendant la Grande Guerre, il s'installe à Zurich où, en 1916, il fait partie des fondateurs du mouvement Dada, dont il peut rapidement être considéré comme le chef de file. Après avoir exporté Dada de Zurich à Paris en 1920, le poète se brouille avec les surréalistes et se tient à l'écart du mouvement à sa création en 1924, avant de le rejoindre en 1929, puis d'annoncer finalement son retrait définitif en 1935. Il est condamné à la clandestinité pendant la Seconde guerre mondiale, et collabore aux périodiques de la Résistance, une expérience qui l'amène à s'exprimer sur la notion de poésie engagée en 1947. C'est à cette date qu'il obtient la nationalité française et qu'il adhère au parti communiste français, auquel il reste fidèle jusqu'à la Révolution hongroise de 1956.

Tristan Tzara
Description de cette image, également commentée ci-après
Tristan Tzara en 1932.
Nom de naissance Samuel Rosenstock
Naissance
Moinești, Roumanie
Décès (à 67 ans)
Paris 7e, France
Auteur
Langue d’écriture roumainfrançais
Mouvement Dada
Surréalisme
Genres

Œuvres principales

Vingt-cinq poèmes
Sept manifestes Dada
l'Homme approximatif

Signature de Tristan Tzara

Bien qu'on se souvienne surtout de l'éclatante activité dadaïste de sa jeunesse, Tristan Tzara a produit une œuvre vaste qui ne saurait être réduite à sa seule contribution à la littérature dada : son recueil L'Homme approximatif est souvent considéré comme une des plus importantes contributions à l'aventure surréaliste et ses poèmes tardifs ne sauraient être assimilés à aucun mouvement d'avant-garde. Le poète a également développé un intérêt certain pour la littérature en langue d'oc, en participant à la fondation de l'Institut d'études occitanes, et pour la poésie de François Villon dont il a élucidé les anagrammes.

Nom et pseudonymes

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Tristan Tzara a été définitivement choisi en 1915 : Tzara correspondant au mot roumain țară /ˈʦa.ɾə/, « terre, pays » dont l'orthographe a été occidentalisée[1].

Dans les années 60, l'écrivain Ion Vinea affirme avoir été l'inventeur du nom « Tzara » en 1915 et que Tzara a choisi Tristan comme prénom sur la base du jeu de mot « Triste Âne ». Ces affirmations sont contestées[2].

L'historien Serge Fauchereau, qui se fonde sur un témoignage de Colomba Voronca, la femme du poète Ilarie Voronca, affirme que Tzara expliquait son pseudonyme sur la base du jeu de mot « trist în țară », ce qui signifie en roumain « triste au pays ». Colomba a également démenti les rumeurs selon lesquelles le prénom Tristan serait un hommage à Tristan Corbière ou à l'opéra de Wagner Tristan und Isolde[3],[a].

Tristan Tzara devient le nom légal en 1925 après des démarches auprès du ministère de l'Intérieur de Roumanie[3].

Biographie

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Enfance à Moinești (1896-1907)

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Samuel Rosenstock naît le 16 avril 1896 à Moinești, dans la province de Bacău[4], de Filip Rosenstock (1867-1936) et Emilia Zibalis (1874-1948)[5], dans une famille bourgeoise enrichie par l'industrie pétrolière. Filip Rosenstock dirige une société pétrolière dont il a d'abord été cadre[6]. Son grand-père gère une exploitation forestière dont il ne peut être propriétaire à cause de lois discriminatoires antijuives[7].

Les Rosenstock font partie de la communauté juive, cible des mouvements nationalistes, et ne pouvant jouir de la citoyenneté roumaine[8]. La famille n'est pas observante : le père indique « athée » à la rubrique « religion » de son passeport[9]. Les parents ont abandonné le yiddish de leur jeunesse pour le roumain, la langue qui est parlée dans la cellule familiale[9].

Samuel a une petite sœur Lucie-Marie appelée « Lucicǎ », née en juin 1902[10], avec qui il entretient des relations conflictuelles empreintes de jalousie[11]. Il vit une enfance bourgeoise, recevant des cours de piano à domicile. Myope, de petite taille, Samuel souffre d'une santé fragile qui le tient souvent alité[12].

Jeunesse à Bucarest (1907-1915)

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Scolarisé à l'école primaire de Moinești, Samuel Rosenstock quitte son village natal à onze ans pour être envoyé au pensionnat Schevitz-Thierrin à Bucarest, enseignant les langues étrangères, les sciences et les arts[9]. Il suit un cours sur la culture française dans un institut privé, s'éveille à la littérature au lycée Saint-Sava et s'inscrit en section scientifique pour le certificat de fin d'études au lycée Mihai-Viteazul. C'est un bon élève et ses professeurs notent son ouverture d'esprit et sa curiosité intellectuelle infatigable[13].

Le jeune homme s'intéresser à la littérature à une époque où la littérature roumaine est fortement influencée par le symbolisme français et belge. L'écrivain Alexandru Macedonski et son cénacle, sont avec leur revue Literatorul au centre de cette activité littéraire. Dès 1892, ils se sont attaqués à la tradition romantique, et se sont attachés à faire connaître Charles Baudelaire, René Ghil, Maurice Maeterlinck, Josephin Péladan et Stéphane Mallarmé[14]. Imitant Macedonski, Samuel, âgé de 16 ans, réunit au lycée son propre cénacle symboliste, dont fait partie son ami Marcel Janco[14]. Avec lui, il crée en 1912 la revue Simbolul, avec la bénédiction de Macedonski. La revue transpose en roumain les acquis du symbolisme, notamment de Maeterlinck, Laforgue et Verhaeren[15]. Samuel y signe ses textes avec le pseudonyme de Samyro. Dans le premier numéro, financé par Janco et distribué sous le préau du lycée, il publie l'un de ses premiers poèmes, Sur la rivière de la vie, très inspiré de Verhaeren, à côté de traductions d'Albert Samain et d'Henri de Régnier. Le poète répudie plus tard ces premiers essais poétiques[16].

En 1913, Samuel commence au même moment à écrire, toujours en roumain, des textes plus audacieux, souvent insolents et potaches, qui ne seront eux jamais reniés. Il se cherche alors un nouveau pseudonyme. Après avoir essayé « Tristan Ruia » dès 1913, il lui préfère définitivement « Tristan Tzara » en 1915[1].

 
Le cercle Chemarea en 1915. De gauche à droite : Tristan Tzara, M. H. Maxy, Ion Vinea et Jacques G. Costin.

Le jeune Tzara est très influencé par Ion Vinea, avec qui il se lie d'amitié dès l'époque de Simbolul. Les deux hommes prennent l'habitude de passer leurs vacances ensemble[17]. En 1913, ils publient des textes dans les revues poétiques Noua Revista Romana et Chemanera[18]. À la même époque, Tzara se passionne pour Hamlet de Shakespeare[19] puis pour l'œuvre d'Arthur Rimbaud[18]. Les Galgenlieder, « Les Chants du gibet », de Christian Morgenstern forgent son goût pour la chanson humoristique et mélancolique[20]. Il est également probable qu'il ait été marqué par la figure de Demetru Demetrescu Buzau dit Urmuz, que les futurs surréalistes roumains choisiront comme chef de file, et dont Eugène Ionesco dira qu'il était « une sorte de Kafka plus mécanique, plus grotesque, précurseur de la révolte littéraire universelle, un des prophètes de la dislocation des formes sociales de pensée et de langage »[21].

Tzara obtient son certificat d'étude en septembre 1914 et s'inscrit alors à l'université de Bucarest en mathématiques et philosophie, tandis que Janco s'inscrit à l'école polytechnique[22]. Le jeune étudiant souffre rapidement d'un ennui profond qui nourrit sa révolte, et le pousse à partir à l'automne 1915 pour Zurich où Janco l'a précédé[23].

Zurich (1915-1919)

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Zurich est alors le refuge de la jeunesse européenne qui refuse la guerre. Tzara s'y inscrit à l'université en classe de philosophie. Mais l'ennui le gagne à nouveau : « les sensations de bien-être devinrent rares et tous les plaisirs étaient catalogués : les excursions, les cafés, les amis…[24] ». Il faut l'enthousiasme contagieux de Janco pour l'empêcher de retourner à Bucarest[25].

Dès son arrivée, Tzara se rapproche des futuristes italiens. Il rencontre Albert Spaïni, correspond avec Marinetti qui lui envoie des « mots en liberté » dès 1915. L'adresse de Tzara est diffusée par Giorgio De Chirico, et le jeune homme reçoit du courrier en abondance depuis toutes les provinces d'Italie. Cette correspondance le déçoit néanmoins. Pour lui, les futuristes ne parviennent pas à surpasser le sentimentalisme romantique. Un projet d'anthologie de poésie nègre avec Alberto Savinio tourne court[26].

Après s'être installé en Suisse, le jeune poète abandonne presque complètement le roumain comme langue d'expression, écrivant la plupart de ses œuvres ultérieures en français[27].

C'est Marcel Janco qui le premier rencontre Hugo Ball, un anarchiste allemand, qui avec sa femme, la danseuse Emmy Hennings souhaite fonder un cabaret ouvert à toutes les dissidences. Janco se propose de décorer les lieux, et parle immédiatement du projet à Tzara. Ils sont vite rejoints par Hans Arp, un jeune alsacien réfractaire, croisé au hasard d'une fête, et tous, annoncent dans un communiqué de presse daté du 2 février 1916, la création d'un « centre de divertissement artistique »[28].

 
Couverture du numéro unique de Cabaret Voltaire (24 mai 1916).

Le Cabaret Voltaire qui ouvre ses portes Spiegelgasse est un succès immédiat, l'ambiance est festive et débridée[b]. Le cabaret propose des expositions d'art nouveau, où le futurisme et l'abstraction se mêlent, des soirées dansantes au rythme de percussions africaines, des spectacles improvisés[29]. Richard Huelsenbeck, militant de l'avant-garde ayant fuit l'Allemagne, rejoint le groupe le 26 février[30].

Naissance du mouvement Dada

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Tzara a participé à la naissance du mot « Dada » à Zurich et a été le plus actif propagandiste du mouvement. La légende veut que Tzara et Huelsenbeck aient glissé un papier au hasard dans un dictionnaire Larousse, qui serait tombé sur le mot Dada, donc choisi comme nom du mouvement. Huelsenbeck, autre fondateur du mouvement dada, prétend en 1922, dans son histoire du dadaïsme, que Tzara n'a jamais été dadaïste (ce qui s'explique par la rivalité qui régulièrement les opposera), tandis que certains poètes contemporains voient en Tzara le chef de file de l'art nouveau.

S'ouvre une galerie Dada, où Tzara prononce des conférences sur l'art nouveau, et notamment l'art abstrait. Il publie également quatre livraisons de la revue DADA, qui obtient rapidement une audience internationale[31].

Il a écrit lui-même les premiers textes « Dada » :

  • La Première Aventure céleste de Mr Antipyrine (1916),
  • Vingt-cinq poèmes (1918),
  • et Sept manifestes Dada (1924), recueil de manifestes lus ou écrits entre 1916 et 1924.

Le phénomène Dada n'est remarqué en Roumanie qu'à partir de 1920 et sa réception est globalement négative[32].

Dada à Paris (1920-1924)

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Tristan Tzara (détail), porteur d'un monocle, en 1920.
 
Tristan Tzara lisant L'Action Française vers 1920, archives Charmet.

André Breton, Philippe Soupault et Louis Aragon sont enchantés par les poèmes de Tzara, qu'ils ont lus à Paris dans les revues SIC et Nord-Sud, mais aussi dans les revues Dada. Ils entrent en correspondance. En 1915, le peintre Francis Picabia vient en Suisse pour soigner une dépression nerveuse : Tzara et lui se lient d'amitié et entrent également en correspondance. Durant ce séjour, il rencontre également Émile Malespine avec lequel il correspond et Tzara participe à la rédaction de la revue lyonnaise Manomètre[33].

Le 17 janvier 1920, Tzara débarque inopinément à Paris dans l'appartement de Germaine Everling, à l'adresse que Picabia lui a laissé[34]. Celle-ci vient d'accoucher et raconte que Tzara a calmé le nouveau-né en lui faisant répéter « Dada, dada, dada »[35]. André Breton et ses deux acolytes ne tardent pas à venir sonner à la maison, et sont surpris de voir, à la place du nouveau Rimbaud qu'ils avaient escompté, un petit bonhomme frêle roulant encore les r, mais ils s'habituent vite à son rire sonore et éclatant[36].

 
Façade de la maison fonctionnaliste de Tristan Tzara, construite pour lui à Montmartre par Adolf Loos en 1926, est conçue selon les exigences spécifiques de Tzara et décoré d'objets d'art africain[37], 15 rue Junot dans le XVIIIe arr. Paris.

Par la suite, ils se lancent tous ensemble dans une grande variété d'activités destinées à choquer le public et à détruire les structures traditionnelles du langage[38]. Tzara ne participera pas aux débuts du surréalisme, restant dans les premières années sur ses acquis dadaïstes, mais rejoindra le groupe plus tard. À partir de 1922, Breton s'oppose à Tzara puis publie le premier Manifeste du surréalisme en 1924.

Les chemins de cœur (1925-1929)

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Tristan Tzara par Lajos Tihanyi, 1927, galerie nationale hongroise.

Tristan Tzara se marie à Stockholm en 1925 avec l'artiste et poétesse suédoise Greta Knutson[39],[40]. Leur fils Christophe, naît en 1927. Le poète amoureux publie en 1928 Indicateurs des chemins de cœur[39]. Ce recueil de poèmes d'amour marque son éloignement des procédés d'écriture dada : comme l'écrit Jean Frémon, « Tristan Tzara a remis sur sa tête le fameux chapeau dont il est dit qu'il tirait au hasard les mots de ses poèmes dadaïstes[41] ».

La période surréaliste (1929-1935)

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À partir de 1929, Tzara se rapproche à nouveau des surréalistes : il se réconcilie avec eux à temps pour participer au dernier numéro de la Révolution surréaliste, publie un « essai sur la situation de la poésie » dans le Surréalisme au service de la Révolution, et signe la brochure collective Paillasse par laquelle le groupe signifie l'exclusion d'Aragon[39].

Le ralliement de Tzara intervient à un moment où le groupe surréaliste affronte une situation difficile. Celui-ci subit la dissidence des jeunes écrivains regroupés autour du Grand Jeu, tournés vers le mysticisme, et surtout, les attaques de la direction du parti communiste, de L'Humanité, et d'Henri Barbusse, qui considèrent que la littérature surréaliste ne correspond plus à la ligne du parti. Au sein du groupe, Pierre Naville et Gérard Rosenthal jugent que les recherches purement surréalistes doivent être abandonnées au profit d'une réaction politique à la repression qui s'abat sur Trostki en URSS. André Breton se retrouve donc isolé dans sa recherche d'une conciliation entre les activités surréalistes et l'engagement révolutionnaire. Face à ceux qui prônent la poursuite pure et simple des recherches surréalistes, et ceux qui prônent son abandon au profit d'un engagement militant, Tzara admet que la position médiane tenue par Breton est la bonne[42]. La publication à la fin de l'année du Second manifeste du surréaliste achève de le convaincre. Tzara se reconnaît dans un surréalisme qui se donne comme credo celui de la « la révolte absolue, de l'insoumission totale et du sabotage du réel ». Il apprécie également l'autocritique que Breton fait de certaines expérimentations surréalistes et de son propre comportement lors de la soirée du Cœur à Barbe[43].

En 1931, paraît l'Homme approximatif, dont Tzara avait donné des extraits aux revues surréalistes, considéré comme un chef d’œuvre du surréalisme, notamment par Jean Cassou et Georges Hugnet[44].

Engagements et clandestinité (1936-1945)

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Durant la Seconde guerre mondiale, dénoncé par le journal antisémite et collaborationniste Je suis partout, il est poursuivi par le régime de Vichy et la Gestapo[45],[46].

Il est « à Marseille fin 1940-début 1941, rejoignant le groupe d'antifascistes et de réfugiés juifs qui, protégés par le diplomate américain Varian Fry, cherchaient à fuir l'Europe occupée par les nazis. Parmi les personnes présentes figuraient le socialiste antitotalitaire Victor Serge , l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, le dramaturge Arthur Adamov, le philosophe et poète René Daumal, et plusieurs éminents surréalistes : Breton, Char et Benjamin Péret, ainsi que les artistes Max Ernst, André Masson, Wifredo Lam, Jacques Hérold, Victor Brauner et Oscar Domínguez. Au cours des mois passés ensemble, et avant que certains d'entre eux ne reçoivent l'autorisation de partir pour l'Amérique, ils inventent un nouveau jeu de cartes, sur lequel l'imagerie traditionnelle des cartes est remplacée par des symboles surréalistes »[47].

Les lois antisémites roumaines le font déchoir de ses droits de citoyen roumain, en 1942. Dans la Roumanie alliée de l'Axe et antisémite (voir Histoire de la Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale), le régime d'Ion Antonescu ordonne aux librairies de ne pas vendre d'œuvres de Tzara et de 44 autres auteurs juifs roumains[48]. Tzara trouve refuge dans différentes villes du Midi de la France.

Il rejoint alors la Résistance dans le maquis[40]. Il collabore aux revues résistantes Confluences, Les étoiles de Quercy et Les lettres françaises et devient délégué du Sud-Ouest du Comité national des écrivains »[45]. Il s'occupe également de l'émission culturelle de la radio clandestine des Forces françaises libres[49]. Il rejoint également la Résistance française. En décembre 1944, cinq mois après la Libération de Paris, il collabore à L'Éternelle Revue, journal pro-communiste dirigé par le philosophe Jean-Paul Sartre, à travers lequel Sartre diffuse l'image héroïque d'une France unie dans la résistance[50].

Tzara vit à Aix-en-Provence puis à Souillac (de décembre 1942 à août 1944) et finalement à Toulouse[40]. Son fils Christophe est alors résistant dans le nord de la France, ayant rejoint les Francs-Tireurs et Partisans[46].

En 1945, sous le gouvernement provisoire de la République française, il devient représentant de la région du Sud-Ouest à l'Assemblée nationale de Paris[51]. Selon Irina Livezeanu, il « a aidé à récupérer dans le Sud des personnalités culturelles qui s'étaient associées à Vichy »[52].  En avril 1946, ses premiers poèmes, aux côtés de pièces similaires de Breton, Éluard, Aragon et Dalí, font l'objet d'une émission de minuit sur Radio-Paris[53].

Écrivain communiste (1945-1956)

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Après la guerre, Tristan Tzara participera aux côtés de Jean Cassou et de Max Rouquette à la fondation de l'Institut d'études occitanes[54].

Après la guerre, Tristan Tzara acquiert la nationalité française le [55].

Dernières années (1956-1963)

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Lors de la Révolution hongroise de 1956, quand les troupes soviétiques marchent sur Budapest, il prend ses distances avec le Parti communiste français, dont il est alors membre depuis 1947. « En 1960, il fait partie des intellectuels qui protestent contre les actions françaises pendant la guerre d'Algérie »[56].

Il se retire de la vie publique, se consacrant à la recherche de l'œuvre du poète du XVe siècle François Villon[57],  et, comme son confrère surréaliste Michel Leiris, à la promotion de l'art primitif et africain, qu'il collectionne depuis des années[46].  

En 1961, en reconnaissance de son travail de poète, Tzara reçoit le prestigieux prix Taormina[49]. Une de ses dernières activités publiques a eu lieu en 1962, lorsqu'il assiste au Congrès international sur la culture africaine, organisé par le conservateur anglais Frank McEwen et tenu à la National Gallery de Salisbury, en Rhodésie du Sud[58].

 
Sépulture de Tristan Tzara à Paris.

Il meurt le à son domicile du 7e arrondissement de Paris[59] et il est inhumé au cimetière du Montparnasse (8e division)[60].

Son fils Christophe fait alors don des collections d'art de son père à différents musées, ainsi que des écrits de ce dernier à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet (BLJD) à Paris, qui constitue le fonds Tzara et réunit également toutes les archives du dadaïsme.

Œuvres

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  •  
    Timbre postal roumain (2004)
    La Première Aventure céleste de Mr Antipyrine, première édition 1916, avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, rééd. 2005, Éditions Dilecta.
  • Vingt-cinq poèmes, 1918. rééd. 2006, Éditions Dilecta.
  • Cinéma calendrier du cœur abstrait maisons, première édition 1920, rééd. 2005, Éditions Dilecta.
  • Le Cœur à gaz, [61].
  • Le Cœur à barbe, 1922.
  • De nos oiseaux : poèmes, 1923.
  • Sept manifestes Dada, première édition 1924, avec des dessins de Francis Picabia, rééd. 2005, Éditions Dilecta.
  • Mouchoir de nuages, 1924.Sélection, Anvers.
  • Sonia Delaunay, 1925.
  • L’Arbre des voyageurs, 1930.
  • Essai sur la situation de la poésie, 1931.
  • L’Homme approximatif, 1931.
  • Où boivent les loups, 1932.
  • L’Antitête, 1933.
  • Grains et Issues, 1935.
  • La Main passe, 1935.
  • Ramures, 1936.
  • Sur le champ, 1937.
  • La Deuxième Aventure céleste de M. Antipyrine, 1938.
  • Midis gagnés, 1939.
  • Ça va, 1944.
  • Signe de vie, 1946.
  • Entre-temps, 1946.
  • Terre sur terre, 1946.
  • La Fuite : poème dramatique en quatre actes et un épilogue, 1947.
  • Le Surréalisme et l’Après-guerre, 1947.
  • Phases, Éditions Seghers, 1949, avec un portrait (lithographie) de Tzara par Alberto Giacometti.
  • Le Poids du monde, 1951.
  • La Face intérieure, 1953.
  • L'Égypte face à face, 1954.
  • À haute flamme, 1955.
  • La Bonne Heure, 1955.
  • Parler seul, 1955.
  • Le Fruit permis : poèmes, 1956.
  • La Rose et le Chien, 1958 ; livre animé, poème perpétuel dont le texte est imprimé sur des volvelles, illustré par Picasso.
  • Juste présent, 1961.
  • Lampisteries, précédé de Sept manifestes Dada, 1963.
  • 40 chansons et déchansons, 1972.
  • Œuvres complètes, Flammarion, 1975-1991, 6 volumes.
  • Cinéma calendrier du cœur abstrait maisons, 2005.
  • Découverte des arts dits primitifs, suivi de Poèmes nègres, Hazan, 2006.

Correspondance avec André Breton et Francis Picabia 1919-1924, présentée et éditée par Henri Béhar, Paris, Gallimard, 2017.

Postérité

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Plaque de la rue Tristan-Tzara à Paris.

Musique

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Exposition

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Du 24 septembre 2015 au 17 janvier 2016, l’exposition « Tristan Tzara, l’homme approximatif, poète, critique d’art, collectionneur » se tient au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg[62], en partenariat avec la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Cette exposition est la première consacrée au poète et organisée dans un musée français. Elle présente plus de 450 œuvres et documents rares sur Tristan Tzara. L’exposition évoque la carrière littéraire de Tzara ainsi que "son compagnonnage avec Arp natif de Strasbourg, mais aussi Matisse, Picasso ou Masson", explique le commissaire de l’exposition Serge Fauchereau[63]. Un catalogue de l'exposition est publié à cette occasion.

Notes et références

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  1. François Buot, dans sa monographie, explique que le prénom Tristan, « non usité en roumain, a du prestige auprès des symbolistes à cause de l'opéra de Wagner », mais sans affirmer explicitement que cela aurait motivé le choix du poète. (Buot 2002, p. 22)
  2. Hugo Ball note dans son journal la tournure des événements. « Une ivresse indéfinissable s'est emparée de tout le monde. Le petit cabaret risque d'éclater et de devenir le terrain de jeu d'émotions folles », note-t-il le 26 février. « Nous sommes tellement pris de vitesse par les attentes du public que toutes nos forces créatives et intellectuelles sont mobilisées », le 2 mars. (Buot 2002, p. 41)

Références

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  1. a et b Buot 2002, p. 22.
  2. Cernat 2007, p. 109.
  3. a et b Cernat 2007, p. 110.
  4. Buot 2002, p. 15.
  5. (ro) Victor Macarie, « Tristan Tzara » (version du sur Internet Archive)
  6. Buot 2002, p. 16.
  7. Buot 2002, p. 17.
  8. Buot 2002, p. 16 et Hentea 2014, p. 7
  9. a b et c Hentea 2014, p. 7.
  10. Hentea 2014, p. 13.
  11. Buot 2002, p. 18.
  12. Hentea 2014, p. 14.
  13. Buot 2002, p. 15, 16, 17, 18.
  14. a et b Buot 2002, p. 20.
  15. Henri Béhar, Introduction au recueil Dada est tatou. Tout est Dada, Flammarion, Paris, 1997, p. 6.
  16. Buot 2002, p. 21.
  17. Buot 2002, p. 25.
  18. a et b Buot 2002, p. 27.
  19. Hentea 2014, p. 12.
  20. Buot 2002, p. 28.
  21. Buot 2002, p. 28-29.
  22. Buot 2002, p. 30.
  23. Buot 2022, p. 33.
  24. Tristan Tzara, « Faites vos jeux », Les Feuilles libres, no 31,‎
  25. Buot 2022, p. 23.
  26. Buot 2002, p. 54-55.
  27. (it) « UniFI - Dipartimento di Lingue e Letterature Neolatine - Cronologia della Letteratura Rumena - Autori - Tzara Tristan », sur web.archive.org, (consulté le )
  28. Buot 2002, p. 37-39.
  29. Buot 2002, p. 41.
  30. Buot 2002, p. 4.
  31. Henri Béhar, Introduction au recueil Dada est tatou. Tout est dada., Flammarion, Paris 1996, p. 7.
  32. Cernat 2007, p. 125.
  33. Xavier REY, Catalogue d'exposition, DADA, centre Pompidou, Paris, , Manomètre, p. 668-669
  34. Sanouillet 2005, p. 119.
  35. Jean-Marie Drot et Charles Chaboud, Les Heures chaudes de Montparnasse, ORTF, 18 mars 1963
  36. Henri Béhar, Introduction au recueil Dada est tatou. Tout est dada, Flammarion, Paris, 1996, p. 8.
  37. « Wayback Machine », sur web.archive.org, (consulté le )
  38. Tristan Tzara, Aragon, Philippe Soupault et Breton, entre autres, participent notamment à la revue SIC créée par Pierre Albert-Birot en 1916.
  39. a b et c Sabatier 1982, p. 206.
  40. a b et c Jean-Yves Conrad - http://melusine.univ-paris3.fr/Association/Conrad.htm « Promenade surréaliste sur la colline de Montmartre », Archivé le 15 septembre 2008 à la Wayback Machine, à l'Université de Paris III : Sorbonne Nouvelle Centre d'étude du surréalisme, Archivé, le 27 mars 2008 à la Wayback Machine ; récupéré le 23 avril 2008
  41. Œuvres complètes, t.2, 1925-1933, quatrième de couverture
  42. Buot 2002, p. 240.
  43. Buot 2002, p. 242.
  44. Sabatier 1982, p. 214.
  45. a et b « Tristan Tzara. D’une avant-garde à l’autre » [PDF] (consulté le ), p. 1
  46. a b et c « Tristan Tzara, radical, mondain et anticonformiste », sur Marianne 2, (version du sur Internet Archive)
  47. Danièle Giraudy, Le Jeu de Marseille : autour d'André Breton et des surréalistes à Marseille en 1940–1941, Marseille, Alors Hors du Temps, p. 79.
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Bibliographie

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Sources primaires

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  • [Œuvres complètes] Tristan Tzara, Œuvres complètes, 6 volumes, texte établi, présenté et annoté par Henri Béhar, Flammarion, 1975-1993

Monographies

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Articles, notices, préfaces

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Ressources relatives à Dada

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  • Laurent Lebon, Dada, catalogue de l'exposition présentée au centre Pompidou du 5 octobre 2005 au 9 janvier 2006, Paris, éditions du Centre Georges Pompidou, .  
  • Irina Livezeanu « 'From Dada to Gaga': The Peripatetic Romanian Avant-Garde Confronts Communism » ()
    « (ibid.) », dans Mihai Dinu Gheorghiu, Lucia Dragomir (eds.), Littératures et pouvoir symbolique. Colloque tenu à Bucarest (Roumanie), 30 et 31 mai 2003, Paris, Maison des Sciences de l'Homme, Editura Paralela 45, (ISBN 2-7351-1084-2)
  • Michel Sanouillet, Dada à Paris, Paris, CNRS Éditions, (1re éd. 1965) (ISBN 2-271-06337-X, DOI 10.4000/books.editionscnrs.8798, lire en ligne)
  • (ro) Paul Cernat, Avangarda românească și complexul periferiei: primul val, Bucarest, Cartea Românească, (ISBN 978-973-23-1911-6)
  • (en) Marius Hentea, TaTa Dada: the real life and celestial adventures of Tristan Tzara, The MIT Press, (ISBN 978-0-262-02754-0, lire en ligne),
  • Petre Răileanu, Les avant-gardes en Roumanie. La charrette et le cheval-vapeur, Paris, éditions Non Lieu, , 220 p.200 illustrations en couleurs.
  • (en) Bernard Gendron, Between Montmartre and the Mudd Club: Popular Music and the Avant-Garde, Chicago, University of Chicago Press, (ISBN 0-226-28735-1)
  • (en) Hans Richter (postface Werner Haftmann), Art and Anti-art, Londres & New York, Thames & Hudson, (ISBN 0-500-20039-4)
  • Henri Béhar, Tristan Tzara, Paris, Oxus, coll. « Les Roumains de Paris », 2005 (isbn 2-84898-048-6)
  • Robert Lafont et Cristian Anatole, Nouvelle histoire de la littérature occitane, Paris, P.U.F., .

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Liens externes

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