Époque d'Edo

subdivision de l'histoire du Japon 1603/1868

L'époque d'Edo (江戸時代, Edo jidai?) ou période Tokugawa (徳川時代, Tokugawa jidai?) est la subdivision traditionnelle de l'histoire du Japon qui commence vers 1600, avec la prise de pouvoir de Tokugawa Ieyasu lors de la bataille de Sekigahara, et se termine vers 1868 avec la restauration Meiji. Elle est dominée par le shogunat Tokugawa dont Edo (ancien nom de Tokyo) est la capitale.

Histoire politique modifier

Unification du pays et prémisse de l'Ere Edo à la fin du XVIe siècle modifier

Au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, trois chefs militaires se succèdent au pouvoir et contribuent à l'unification de tout l'archipel japonais.

Oda Nobunaga commence ce processus d'unification de 1560 à 1582. Il se fait remarquer par ses talents militaires lors de sa victoire à la bataille d'Okehazama en 1560[1]. L'utilisation systématique d'arquebuses, dans des corps d'infanterie dédiés, lui apporte un avantage stratégique[2], et il étend son fief par des conquêtes et des alliances. En 1573, il fait expulser le shogun Ashikaga Yoshiaki de Kyoto, mettant ainsi fin au règne de cette dynastie[1]. Il met aussi au pas les autres puissances politiques de son temps : les seigneurs Asakura et Azai concurrents, les moines bouddhistes combattants de l'Enryaku-ji et les ligues d'Ikkō-ikki à l'Hongan-ji. Il commence à structurer un pouvoir centralisé depuis le Château d'Azuchi qu'il fait construire non loin de Kyoto, et instaure plusieurs mesures allant de la suppression des péages à la lutte contre la fausse monnaie. Sa mort subite en 1582 suspend ces réformes[2].

Toyotomi Hideyoshi, un général d'Oda Nobunaga, poursuit cette œuvre d'unification[3] jusqu'à sa mort en 1598, après avoir obtenu le titre de kanpaku en 1585[4]. Il impose la règle de l'heinō bunri aux samouraïs des terres qu'il conquiert ; dépossédés de leurs terres ces derniers deviennent de simples administrateurs territoriaux au service de l'État[3]. Une opération de cadastrage, ou taikō kenchi, est entreprise dans le cadre d'une réforme agraire qui met fin au système des shōen. La possession de sabres par les paysans est aussi interdite, afin d'éviter les révoltes et de séparer socialement les paysans des guerriers. Hideyoshi soumet les seigneurs de l'île de Kyūshū en 1585, mettant ainsi la main sur la ville de Nagasaki, siège d'une importante communauté chrétienne. Il fait expulser les missionnaires, et exerce une répression de plus en plus féroce contre les chrétiens[4]. Après avoir soumis l'essentiel du pays, il tente par deux fois, à la tête d'une armée aguerrie, de conquérir la Corée en 1592 et en 1596, mais doit finalement renoncer en 1598[5]. À sa mort la même année, le pays est unifié, mais se pose alors la question de sa succession[6].

 
Casque de Samurai. utilisé au milieu du XVe siècle.

Tokugawa Ieyasu, un des généraux de Toyotomi Hideyoshi, prend la tête d'une faction militaire[6]. Il s'assure la maîtrise du pays après la bataille de Sekigahara en 1600, et obtient de l'empereur le titre de shogun en 1603[6]. Le titre est transmis à son fils dès 1605 pour assurer la mise en place d'une dynastie, mais il conserve la réalité du pouvoir jusqu'à sa mort en 1616. Par le contrôle des mines et des ports, il s'assure de la maîtrise du système monétaire. Il force ses vassaux à détruire leurs fortifications[7]. Son petit-fils Tokugawa Iemitsu impose en 1635 le système du sankin-kōtai qui oblige tous les grands seigneurs féodaux à vivre un an dans la ville d'Edo où siège le shogun. Les ressources financières de ces seigneurs, contraints à mener un train de vie luxueux, et les velléités de révolte sont ainsi réduites[8]. Ceux-ci ont par ailleurs interdiction de se rendre à Kyoto et de rencontrer l'empereur[9].

Avènement de la dynastie Tokugawa modifier

L'État mis en place par Tokugawa Ieyasu à partir de 1600 s'efforce de renforcer son contrôle sur les différents courants religieux. Une tentative d'instauration d'un culte à Tokugawa Ieyasu, divinisé, est entreprise par ses successeurs. Un sanctuaire, le Tōshō-gu, est construit à Nikkō en 1617, mais la lignée impériale étant toujours bien présente, l'initiative ne suscite pas le moindre intérêt dans la population[10]. Les tensions grandissantes entre bouddhistes et chrétiens entraînent l'interdiction de cette dernière religion en 1613, et, en un quart de siècle, elle disparaît presque totalement du pays. Les dirigeants japonais redoutent que les divisions religieuses n'entraînent à terme des divisions politiques dans le pays[11].

Dans l'archipel, l'influence japonaise dans les Ryūkyū et à Hokkaidō est réaffirmée. Le royaume qui dirige l'archipel du sud est tributaire de la Chine jusqu'en 1609, date à laquelle des samouraïs venant de Satsuma envahissent les îles. L'année suivante, le roi Shō Nei est contraint de se rendre à Edo pour rendre hommage au shogun. L'administration du royaume est peu à peu adaptée à son état de vassalité. Dans un ouvrage de 1650 retraçant l'histoire des Ryūkyū, le Chūzan Seikan, commandé par le roi Shō Shitsu, la parenté entre populations des Ryūkyū et de Satsuma est affirmée, tout comme la reconnaissance de la suzeraineté du domaine de Satsuma. Cependant, le royaume continue à verser un tribut à la Chine des Ming. Dans l'autre extrémité du pays, au nord, le chef du clan Matsumae accède, en 1634, au rang de daimyo, et étend son contrôle dans la région. La péninsule d'Oshima, au sud de Hokkaidō, est soumise en 1640[12], mais les Aïnous occupent toujours le reste de l'île[13].

La « Pax Tokugawa » au XVIIIe modifier

La victoire des Tokugawa permet au Japon de connaître une longue période de paix intérieure, avec une pacification progressive de la société, ainsi qu'un développement économique important. Ces éléments, favorables au nouveau régime, inscrivirent son action dans la durée[14]. Le pays connaît une phase d'essor démographique et économique allant de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle. Les progrès techniques permettent la mise en culture de nouvelles terres ainsi que la canalisation de plusieurs fleuves, entraînant une hausse des rendements agricoles[14].

Sur le plan de la politique intérieure, le régime Tokugawa connaît son apogée entre 1651 et 1709 sous les shoguns Ietsuna et Tsunayoshi. L'État est basé sur une idéologie néo-confucianiste[15], ce courant de pensée atteignant son âge d'or[16]. À ce titre, Hayashi Razan, maître confucianiste chargé de la formation de trois shoguns successifs, joue un rôle clef dans la diffusion des idées de Confucius et de Zhu Xi dans les sphères du pouvoir, et est à l'origine d'une école de pensée orthodoxe dominante. D'autres courants hétérodoxes coexistent, menés par Kumazawa Banzan (critique de la montée en puissance des marchands), par Yamaga Sokō (prônant l'accès aux études pour tous), ou par Ogyū Sorai (prônant un retour à la pensée chinoise)[17]. Toutes ces écoles ont en commun la paix comme élément moteur de la prospérité, et une vision agraire de la société[18].

Hoshina Masayuki, l'homme fort sous le shogun Ietsuna, insuffle une série de réformes pour « civiliser » le régime, en introduisant des règles concernant les procédures de décision dans les institutions ou pour les nominations, limitant ainsi l'arbitraire qui prévalait sous les pouvoirs précédents. Cette politique rencontre des soutiens dans les grands fiefs du pays, comme à Mito, à Kanazawa, ou à Okayama. Le junshi, suicide rituel, est interdit en 1663, ainsi que les échanges d'otages entre familles en 1665[15]. Les guerriers doivent être avant tout de bons gestionnaires de fiefs, plutôt que de bons combattants. Cette évolution ne se fait pas sans critiques, comme le montre la parution en 1701 du Hagakure, un guide pratique et spirituel destiné aux samouraïs[19]. Tsunayoshi organise la bureaucratie gouvernementale, mise au service non plus d'un clan mais de l'État. Il renforce la discipline en limogeant les administrateurs incompétents et en pénalisant les familles seigneuriales désobéissantes ; ces mesures, parfois prises de façon brutale, peuvent être jugées despotiques par ses contemporains, ce qui ternit le prestige du gouvernement[20]. La fin de son règne est marquée par les difficultés. Une réforme monétaire ratée en 1695 entraîne un phénomène inflationniste. Une série de tremblements de terre et l'éruption du Mont Fuji en 1701 sont vues comme de mauvais présages par la population ; l'affaire des 47 rōnin en 1703 contribue à saper le prestige du shogun[21], et à remettre en cause les évolutions du système[22].

Shogunat en crise modifier

Des aléas climatiques provoquent plusieurs famines de 1833 jusqu'au début des années 1840. En 1836, on dénombre ainsi 20 000 morts dans la province de Tottori, et 100 000 dans le Tōhoku. D'importants mouvements de population désorganisent les cités ; les citadins gagnent la campagne en quête de nourriture, tandis que les habitants des campagnes affluent dans les villes, espérant bénéficier de distributions de vivres. La flambée des prix alimentaires grève le budget des couches moyennes[23]. Sur la période 1831-1836, on recense par ailleurs plus d'un millier de soulèvements, émeutes ou disputes violentes dans la population, prenant pour cible les classes dirigeantes. En 1836, on dénombre près de 10 000 paysans en armes dans la région de Mikawa, et 30 000 autour du mont Fuji[24]. Mizuno Tadakuni, haut fonctionnaire gouvernemental chargé par le shogun de mener des réformes, entreprend, entre autres initiatives, de favoriser le retour à des cultures vivrières et à réduire les déficits budgétaires[25]. Il se heurte aux intérêts des grands daimyos, et, pour la première fois, le régime plie face à ceux-ci en le renvoyant. Certains fiefs, comme Satsuma et Chōshū, mettent en place avec succès leurs propres réformes, et en profitent pour se doter d'une petite armée équipée d'armes à feu et d'artillerie[26].

 
Photographie de Felice Beato montrant des samouraïs du domaine de Satsuma se préparant durant la guerre de Boshin.

En 1858, la décision d'Ii Naosuke, propulsé tairō à la suite du retrait du shogun Tokugawa Iesada, de signer une série de traités inégaux avec les puissances occidentales, provoque la dernière grande crise du régime[27]. Tandis qu'il s'efforce d'éviter une guerre en engageant des négociations, il doit faire face à une opposition qui souhaite expulser les étrangers[28]. Son assassinat en 1860 inaugure une longue série d'assassinats politiques qui laisse une empreinte durable dans le paysage politique japonais. La déliquescence du pouvoir shogunal engendre une agitation dans les différents fiefs[29]. L'opposition se radicalise lorsque l'empereur régnant, pour la première fois depuis plusieurs siècles, intervient publiquement et manifeste sa désapprobation à l'égard de l'action du gouvernement shogunal. En 1863, Sa Majesté impériale Kōmei signe l'ordre d'expulser les barbares[28]. À partir de 1866, des fiefs du sud-ouest se rassemblent et concluent une alliance politique et militaire contre le shogunat[30]. Face au pouvoir paralysé, la figure de l'empereur apparaît comme une force déterminée et capable de s'opposer aux Occidentaux. Fin 1867, le dernier shogun Tokugawa Yoshinobu abdique[31]. La restauration impériale est proclamée le . Les fiefs soutenant le shogunat sont soumis militairement lors de la guerre de Boshin, les derniers se rendant lors de la bataille de Hakodate en [32].

Relations étrangères modifier

Mise en place d'une diplomatie au XVIIe modifier

Dans le domaine commercial, les relations avec l'étranger sont plutôt encouragées par le nouveau régime. Le début du régime des Tokugawa correspond à l'arrivée de nouveaux commerçants européens, qui concurrencent les Portugais dans la région. Le premier navire hollandais, dirigé par un Anglais, arrive en 1600. Des licences sont octroyées à ces bateaux pour pouvoir commercer[33]. Si la Chine de la dynastie Ming refuse d'accorder aux commerçants japonais des autorisations commerciales, des négociations avec les autorités coréennes sont entamées avec plus de succès. Les Tokugawa ont refusé de prendre part à la guerre d'Imjin, ce qui met les Coréens dans de bonnes dispositions. Une délégation coréenne arrive dans le pays en 1607, mais elle est comprise par le pouvoir Tokugawa comme un signe de soumission, et les négociations tournent court. Le shogun ouvre certains ports aux marchands européens, chinois et coréens, mais, devant la concurrence grandissante, des mesures protectionnistes sont prises. Dès 1604, le commerce de la soie est réglementé[34]. Vers 1612-1614, la dynamique s'inverse, et les Tokugawa cherchent à limiter au maximum les échanges avec les commerçants étrangers. Le nombre de ports ouverts au commerce est réduit progressivement, et en 1635 un édit interdit aux Japonais de se rendre à l'étranger. En 1639, l'accès au pays est interdit aux Portugais, laissant aux seuls Hollandais la possibilité de commercer avec le Japon[35]. Pour les autres commerçants asiatiques, seuls quatre ports restent ouverts : Nagasaki (pour la Chine), Tsushima (pour la Corée), Satsuma (pour les Ryūkyū), et Matsumae (pour les Aïnous)[36].

XVIIIe modifier

 
Ambassade coréenne en 1711.

Après la chute de la dynastie des Ming en 1644, le gouvernement japonais se montre peu pressé de mettre en place des relations avec le nouveau pouvoir Qing, et est épargné par les soubresauts qui agitent alors le continent. Les Tokugawa mettent en place un nouveau cérémoniel pour l'accueil des ambassades venant de Corée ou d'Okinawa, ou pour les visites des chefs de comptoirs hollandais de Nagasaki, et l'utilisent pour affirmer la puissance shogunale. Les persécutions de chrétiens qui restent d'une ampleur limitée, en dépit de ce qu'affirme alors la propagande catholique en Europe conduisent la plupart des convertis à renoncer à leur foi[37].

Des Occidentaux de plus en plus proches à la fin du XVIIIe modifier

 
Dessin du navire de Nikolaï Rezanov qui arrive au Japon en 1804.

À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la Russie accentue sa présence au nord du pays. Elle s'engage dans une vague de colonisation de la Sibérie. Au même moment, le nombre de colons japonais augmente dans l'île de Hokkaidō[38]. Des expéditions japonaises se rendent dans les îles Kouriles et à Sakhaline, et la possibilité de commercer avec les Russes est étudiée, mais reste sans suite. Dans la même région, l'économie des Aïnous se dégrade et le gouvernement japonais, craignant que ceux-ci ne s'allient avec les Russes, surveille de plus en plus cette population. Les révoltes d'Aïnous, notamment celle de 1789, ont pour effet d'accélérer le mouvement de colonisation japonaise. Les Russes, n'ayant pas réussi à nouer des relations diplomatiques avec la Chine, se tournent vers le Japon, et essaient d'obtenir l'ouverture de voies commerciales. Dès 1791, une école enseignant le japonais ouvre en Russie[39]. Toutefois, la pression coloniale japonaise dans le Nord ne fait que tendre davantage les relations entre les deux pays[40].

L'incident du Phaeton en 1808 à Nagasaki, lors duquel un navire hollandais est attaqué par des forces britanniques, fait prendre conscience au shogunat de la puissance de feu des Occidentaux ; il fait renforcer les fortifications côtières du pays. L'extension de la pêche à la baleine dans le Pacifique par les Américains[41] a pour conséquence une augmentation du nombre de navires occidentaux cherchant à venir se ravitailler dans l'archipel. La peur que les Occidentaux ne tentent de réintroduire le christianisme dans le pays renforce la posture isolationniste du shogunat[42].

Le Japon sous l'influence de puissances étrangères à la fin de l'ère Edo modifier

 
Estampe montrant l'amiral Perry et le texte de la lettre du président Fillmore adressée à l'empereur du Japon.

Les puissances étrangères accentuent leur présence dans la région lors de la première moitié du XIXe siècle. Les Russes continuent leurs avancées dans le nord[43] et tentent de faire de l'île Tsushima une base portuaire pour leur marine[44]. Les Britanniques renforcent leurs positions après leur victoire contre la Chine lors de la guerre de l'opium en 1842[43]. Le pouvoir shogunal cherche un temps à s'en faire des alliés, ceux-ci s'étant battus contre la Russie lors de la guerre de Crimée de 1853 à 1856[45]. L'arrivée de l'amiral américain Perry en 1853 dans la baie d'Edo signe la fin de la politique d'isolement du pays[43]. La France, alliée aux Britanniques, impressionne les esprits japonais à la suite du sac du palais d'été en 1860, et commence à jouir d'un certain prestige dans l'archipel[44].

De 1864 à 1882[n 1],[46], les puissances occidentales ne sont concernées que par des enjeux européens, ce qui évite au Japon de devenir un de leurs champs d'affrontements. Cependant, la Russie, qui cherche à étendre son influence en Asie centrale et dans les Balkans, provoque une réaction du Royaume-Uni. Paris doit faire face à l'échec de sa diplomatie au Mexique, puis à un affrontement militaire avec la Prusse. De leur côté, les États-Unis sont pris dans la guerre de Sécession[47].


Économie modifier

Essor économique des campagnes et développement urbain aux XVIIe et XVIIIe modifier

Les activités agricoles restent la base économique sous les Tokugawa[18], et s'accroissent de manière importante au cours du siècle. La production nationale de riz passe de 18 millions de kokus en 1600 à 25 millions en 1700, alors que, dans le même temps, les surfaces cultivées sont multipliées par deux, grâce à la hausse des investissements productifs, des défrichements (le recours à des bêtes de trait devient plus fréquent), et aux progrès techniques (les outils en fer se généralisent)[48]. Les seigneurs, touchant sous forme de taxe 40 à 50 % des récoltes[18], soutiennent la hausse de la production[48]. Des lois sont ainsi passées pour interdire le morcellement des parcelles[49], ou pour limiter la culture d'autres espèces que le riz, comme le tabac ou le coton[18]. Une organisation collective du travail se met en place dans les rizières, renforçant le poids de la communauté agricole sur l'individu[50]. Autour des grandes villes se développent des cultures commerciales : du chanvre pour le textile, du colza pour l'huile d'éclairage, ou du mûrier pour le ver à soie. Cela entraîne l'apparition d'économies régionales spécialisées, comme celle du coton dans le Kansai[48], du thé à Uji, ou du tabac à Mito et Kagoshima[51]. La spécialisation des activités est aussi notable dans les régions côtières pour la pêche, dans la production de sel, mais aussi, dans les zones montagneuses, dans l'exploitation des forêts pour faire face à la hausse démographique, induisant une demande accrue en bois de chauffage et de construction. Dans les communautés rurales, les femmes jouent aussi un rôle dans le développement d'un artisanat tourné vers l'exportation[51].

 
Les mines d'or de Sado vues par Hiroshige en 1853.

L'élévation du niveau de vie et la consommation de produits de luxe par les classes dirigeantes favorisent l'essor d'industries, comme les teintureries[51] ou la production de soie ; les premiers revendeurs de tissus en semi-gros apparaissent à Edo. La céramique, la laque, le papier, mais aussi les brasseries de saké, bénéficient de cette dynamique consumériste[52]. L'industrie minière adopte de nouvelles techniques, qui permettent de prolonger l'activité de certaines mines jusqu'au milieu du XVIIe siècle (or à Sado, argent à Iwami ou Ikuno) ou d'en développer d'autres (cuivre). La hausse de la production de fer permet de faire baisser son prix, et donc celui d'outils et d'armes faits à partir de ce métal[52].

L'accroissement et l'intensification des échanges commerciaux favorisent le secteur des transports, qui bénéficie aussi d'un cadre politique unifié et pacifié[52]. Se met alors en place un réseau de routes, ponts et auberges reliant les grands centres urbains en cours de développement[53]. Ceux-ci sont étroitement contrôlés par le pouvoir via des péages et gués. Les produits pondéreux sont principalement convoyés par voies fluviales et maritimes, nécessitant la construction de transporteurs spécialisés, et des liaisons maritimes régulières se mettent en place entre Edo et Osaka. Ce commerce sur de grandes distances rend nécessaire le développement de lettres de change et, avec elles, de familles de banquiers, comme celle des Mitsui, connue à Edo dès la fin du XVIIe siècle[54]. Au début du XVIIIe siècle, Edo compte 2 000 maisons de changeurs, Kyoto 600, et Osaka 2 400[55].

La croissance urbaine est un des phénomènes majeurs du XVIIe siècle. À côté des trois grandes villes que sont Edo (1 million d'habitants au début du XVIIIe siècle), Kyoto (600 000 habitants), et Osaka (500 000 habitants), de nouvelles villes émergent près des châteaux seigneuriaux, des ports, des villes étapes, minières, ou proches des grands temples, mais elles dépassent rarement les 50 000 habitants[55]. Dans ces centres urbains, la culture bourgeoise est à son apogée dans la dernière décennie du XVIIe siècle ; elle est tournée vers le récréatif et fondée sur la production et la circulation de beaux objets, la poésie et le théâtre. Les artisans de Kyoto sont à l'origine de différentes modes et sont actifs dans l'architecture, les aménagements intérieurs et l'art des jardins. C'est à cette époque que la céramique de Bizen se répand[56]. L'enrichissement des marchands fait qu'Osaka commence à détrôner Kyoto en tant que capitale culturelle. Des auteurs comme Ihara Saikaku, Bashō et Chikamatsu Monzaemon sont les principaux représentants des lettres japonaises du XVIIe siècle[57] ; l'existence d'une importante population lettrée et l'essor des techniques de gravure et de lithographie permettent une plus grande diffusion de leurs œuvres. La fermeture du pays aux influences étrangères se fait sentir et entraîne le développement d'un art de vivre à la japonaise. Les maisons de familles aisées adoptent plus massivement le style shoin-zukuri, datant du XVe siècle et destiné à l'origine à quelques grands personnages[58].

Une économie fragile à partir du milieu du XVIIIe modifier

La croissance de la population stagne à partir du milieu du XVIIIe siècle, pour osciller entre 28 et 33 millions d'habitants. La technique ne permet plus la mise en culture de nouvelles terres, et les efforts se tournent vers l'intensification du travail et vers la diversification des cultures. Cette évolution vers des cultures non vivrières rend la population plus exposée économiquement en cas de surproduction ou de baisse des prix. La tension démographique transforme le moindre aléa climatique en crise de subsistance, et ruine les paysans les plus pauvres, les obligeant à avoir recours à des prêts ou à l'usure[59]. Ces paysans ayant perdu leurs terres deviennent un prolétariat agricole ou émigrent en ville. La population des campagnes se polarise entre grands propriétaires et paysans sans terre, favorisant le développement de jacqueries[60] (les principaux pics d'agitations sont atteints dans les années 1780, 1830 et 1860[61]). Les taxes dont les paysans doivent s'acquitter, théoriquement fixées à 50 %, s'établissent dans les faits entre 60 et 80 % des récoltes. Les mauvaises récoltes sont à l'origine de phénomènes d'inflation[62].

 
Exemple de Hansatsu, type de monnaie fiduciaire utilisée au XVIIe siècle.

La situation dans les villes est comparable à celle des campagnes. L'expansion de l'économie marchande a enrichi une population d'artisans et de négociants, qui spéculent en achetant des terrains en ville. Ils les louent à des populations plus pauvres, anciens paysans émigrés en ville, exposés aux hausses de prix de l'alimentaire, aux incendies et aux épidémies. Cette hausse des dépenses de consommation touche aussi les samouraïs, dont le niveau de vie baisse, et pousse dans la misère les couches économiquement les plus fragiles[60] ; certains samouraïs « revendent » leurs titres à des marchands, en adoptant la famille de ces derniers, leur faisant acquérir ainsi un rang social plus élevé[63]. Dans les premières décennies du XIXe siècle, une proto-industrialisation se met en place au cœur de ce tissu urbain. Des ton'ya, ou industries domestiques, se développent et réunissent dans des fabriques des employés salariés. Ce système est inauguré dans les années 1820-1830 dans des brasseries de saké de la région d'Osaka, puis dans celle de Kyoto dans des soieries, ensuite dans celle de Nagoya, dans des ateliers de tissage du coton[64]. Les femmes, puis les paysans expulsés de leurs terres constituent le gros de ces employés d'une économie pré-industrielle[65].

Trois réformes sont engagées pour faire face à ces difficultés économiques[63]. La première, en 1720, par le shogun Yoshimune[63], vise à relancer de grands travaux, comme le défrichement de nouvelles rizières, et à réduire le train de vie de l'État. Malgré une stabilisation des finances du shogun, portée par des hausses d'impôts, la situation des couches rurales populaires continue à se dégrader[66]. La seconde réforme, portée par le ministre Tanuma Okitsugu[63], intervient en 1770. Il renforce le monopole de certains grands marchands et permet le développement de sociétés par actions, tout en continuant la politique de grands travaux de son prédécesseur. Malgré des progrès dans le domaine commercial, il rencontre l'opposition des conservateurs, mais aussi celle des classes les plus populaires, victimes d'une inflation non maîtrisée. En 1783, l'explosion du volcan Asama provoque des crises de subsistance, et, en 1787, une trentaine de provinces sont proches de l'insurrection[67]. La troisième réforme est lancée en 1790 par le daimyo Matsudaira Sadanobu[63], en réaction à la réforme précédente : Sadanobu en revient à une vision agrarienne de la société et voit dans la croissance de l'économie marchande l'origine des troubles que connaît le pays. Il fait renvoyer dans les campagnes les paysans émigrés en ville, fait interdire les dépenses de luxe, ainsi que les productions artistiques jugées contraires aux bonnes mœurs[68]. Bien qu'il ne reste au pouvoir que jusqu'en 1794, ses réformes marquent profondément la fin du règne des Tokugawa[62].

Crises de la fin du régime modifier

 
Image allégorique de l'inflation, les cerfs-volants montrant la hausse des prix.

L'arrivée de marchands étrangers engendre des résultats contrastés. Le port de Yokohama, créé en 1879, détrône rapidement celui de Nagasaki, et capte les deux tiers du commerce extérieur. Le pays exporte du thé, des produits de la pêche, ainsi que de la soie. La très forte demande pour ce dernier produit entraîne une augmentation des prix. Le prix du riz augmente de 50 % par an entre 1858 et 1867. Les échanges commerciaux avec l'Occident provoquent aussi une fuite des monnaies d'or en dehors de l'archipel, à l'origine, là aussi, d'un phénomène d'inflation. La très forte demande en soie pour l'exportation permet de soutenir la croissance dans ce domaine. A contrario, le coton importé d'Occident, meilleur marché que celui produit localement, provoque la ruine des producteurs japonais[27].

Société modifier

Stratification de la société modifier

Une structuration de la société en trois groupes est mise en place sous les Tokugawa, divisant celle-ci entre les guerriers, les roturiers vivant dans les villages et dont l'activité est tournée vers l'agriculture, et les roturiers vivant en ville. Inspirée du taoïsme[n 2], cette division sociale est liée à la naissance, et fixe les professions et lieux d'habitation accessibles à chacun. Une souplesse d'application du modèle théorique existe à l'époque[69]. À ces différents groupes sociaux s'ajoutent les nobles de la cour, les moines et les parias qui ne rentrent pas dans le schéma théorique. Les guerriers forment une classe dirigeante qui compte environ 2 millions de personnes en 1700, soit 6 à 7 % de la population nationale, et sont au cœur d'un réseau d'obligations vassaliques envers leurs seigneurs[70]. Les roturiers de campagne représentent entre 70 et 80 % de la population[71], la plupart agriculteurs, les roturiers de ville représentant entre 10 et 15 % de la population. Dans ces deux dernières classes existe un rang de riches notables propriétaires de leurs terres ou de leurs habitations, qui représentent une minorité de la population[72]. Les hinins (artistes de foire, comédiens, prostituées) et les etas (« souillés ») représentent entre 1 et 2 % de la population, auxquels s'ajoutent les mendiants et les Aïnous[73]. Ces différents statuts sociaux peuvent se manifester dans les costumes, les coiffures, ou la forme des toits des habitations[74].

La famille obéit au même mouvement hiérarchique et joue un rôle de fabrication et de diffusion de ce modèle confucéen dans la société. Une forme de paternalisme issue de ce noyau familial se retrouve ainsi dans les relations entre un vassal et son seigneur, ou entre un ouvrier agricole et le fermier qui l'emploie[75]. Dans les familles guerrières est entretenu un système patriarcal rigide, dans lequel le fils aîné gère et hérite de la totalité des biens familiaux, imposant ses ordres aux frères et aux oncles, les épouses et filles étant reléguées dans un rôle inférieur. La multiplication des quartiers de plaisir entraîne la dégradation de la condition féminine[76]. Ce système patriarcal demeure plus souple dans la paysannerie, l'importance du travail des femmes leur garantissant un meilleur statut, et l'augmentation des défrichements au XVIIe siècle entraînant des divisions successorales plus fréquentes. Ces dernières sont encore plus répandues en ville, notamment chez les marchands[77].

Démographie modifier

 
Plusieurs famines frappent le Japon au XVIIIe siècle comme la grande famine Tenmei (en) de 1782-1788.

La population du Japon se situe vers 1600 entre 12 millions d'habitants (pour les estimations les plus récentes[78],[79]) et 20 millions d'habitants (pour les estimations les plus anciennes). La croissance de la population au XVIIe siècle est importante, et portée par la mise en valeur de nouvelles terres agricoles. Localement les daimyō adoptent des mesures incitatives pour accompagner cette croissance, comme l'octrois de titres ou d'exemption de taxes[78].

La croissance de la population marque le pas au XVIIIe siècle, et les dynamiques démographiques deviennent beaucoup plus régionales[80]. Une première enquête démographique est réalisée par le pouvoir en 1721, et estime à l'époque la population du pays à un peu plus de 26 millions de japonais[81]. Dans la région d'Edo, dans les grands centres urbains, et dans la région du Tōhoku un certain déclin est à noter lors de ce siècle. Les régions plus rurales et plus reculées présentent elle une croissance plus lente mais plus constante[80].

Plusieurs catastrophes climatiques frappent aussi la population lors du XVIIIe siècle, comme les famines Kyōhō (en) de 1732-1733 ou l'éruption Tenmei (en) de 1783 qui ravagent les récoltes et cause la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes[80]. Quatre grandes famines touchent ainsi le pays en 1732 (causant près d'un million de morts), 1775 (200 000), en 1783-1787 (plusieurs centaines de milliers), et en 1833-1839[62]. Les effets de ces aléas climatiques sont autant plus important que la stratification du pouvoir au profit des daimyō locaux rend le pouvoir central du shōgun moins capable d'y répondre. La diversification de l'agriculture vers des cultures non vivrières comme le coton expose aussi d'avantage la population aux famines. Les dynamiques sociales influent aussi à la baisse sur l'indice de fertilité : les femmes ont leurs premiers enfant assez tard, et les jeunes hommes sont souvent absents du foyer pour aller chercher du travail saisonnier en ville. La situation du Japon est en décalage avec celles de ses voisins lors de ce siècle ; la Chine des Qing voit sa population doubler lors de la même période[82].

L'hygiène de la population a au contraire des effets positifs sur la démographie en limitant la mortalité. L'eau est souvent consommée sous forme de thé, et le fait de bouillir cette eau limite la circulation des microbes[83]. La rareté du fumier d'origine animal incite les paysan à ce tourner vers le fumier d'origine humaine en provenance des villes. Une gestion des boues de vidange se met ainsi en place dans les grandes villes, les déjections humaines sont alors collectées et expédiées à la campagne, évitant qu'elles ne s'accumulent en ville, polluant les puits et causant des épidémies. Le choléra est rare jusqu'au milieu du XIXe siècle, tout comme d'autres maladies comme la typhoïde ou la dysenterie. La situation sanitaire des grandes villes du pays est souvent meilleur que ce qui est enregistré à la même époque en Europe[84].

La croissance de la population est de nouveau enregistrée au XIXe siècle dans la plupart des régions du pays, malgré les répercutions de la grande famine Tenpō de 1833-1837[82]. La population atteint environ 30 millions d'habitants à la fin de la période[78].

Éducation modifier

L'éducation devient lors de cette époque un enjeu politique important pour plusieurs groupes sociaux. Le pouvoir shogunal pousse les samurai à adopter un éthique tirée du bouddhisme et du confucianisme, les poussant ainsi à être capable de lire des textes en japonais et en chinois[85]. La complexification du travail des marchants font de la maitrise de la lecture et de l'écriture un prérequis pour pouvoir exercer[86], et le même phénomène est observable dans les villages, où les responsabilités échues aux chefs de village impose une certaine maitrise de l'écrit[87].

Une éducation élémentaire se généralise ainsi lors de cette époque, et diverses structures sont mises en place pour assurer un enseignement plus ou moins poussée en fonction des besoins locaux. Les écoles Han sont mise en place à l'initiative des grands domaines pour assurer la formation des fils de samurai, mais aussi de roturiers. Chaque grand fief met en place au cours du XVIIIe siècle une école de ce type accueillant les fils de samouraïs, mais aussi de roturiers. La première d'entre elles ouvre en 1641 dans le domaine d'Okayama ; on en compte une cinquantaine au milieu du XVIIIe siècle, puis 300 un siècle plus tard[88]. L'enseignement est assurée en grande partie par des lettrés néo confucéens, et une soixantaine de ces écoles ont même un temple confucianiste associé à l'école. L'accent y est mis sur l'étude de textes classiques prônant la morale néo-confucéenne, mais aussi sur l'art d'administrer les fiefs. Des écoles privées, ou Gi-juku (義塾?) voient aussi le jour. Elles dispensent des types d'enseignements techniques très variés. Leurs pérennités dépends très largement de la notoriété de leurs fondateurs[89]. Un millier sont ouverte lors de l'époque d'Edo, dont près de 800 entre 1830 et 1867[90]. Dans les campagnes, Les enseignements à destinations du peuple sont dispensés dans des écoles de temple ou terakoya, tissant un réseau d'enseignement primaire. Le pays compte environ 350 de ces écoles en 1780, et 200 nouveaux établissements ouvrent entre 1789 et 1804, puis 3 000 entre 1804 et 1844[91]. Des écoles de villages, ou gōkō existent aussi à côté de ces terakoya et occupent le même rôle. L'accent y est mis sur l'acquisition de compétences pratiques, et sur un socle d'enseignement moral[87]. À la fin de l'époque d'Edo, environ 40 % des garçons et 10 % des filles bénéficient d'une éducation élémentaire, l'un des taux les plus élevé au monde à cette époque[90].

L'essor de l'imprimerie à l'époque permet la publication de nombreux ouvrages scolaires. Des manuels, ou ōrai (往来?) sont édités et couvrent de nombreux domaines de connaissances, de l'agriculture à la charpenterie et jusqu'à la couture[92]. Les plus populaires sont le Teikin ōrai (ja), qui bénéficie ainsi de près de 170 publications lors de la période, mais aussi le Jitsugo kyō (ja) et le Dōji kyō (ja) d'inspiration confucianiste[93]. Au total près de 7000 titres d'ōrai différents sont édités lors de l'époque d'Edo. Si tous ne pas pas destiné à un usage en classe, ils permettent à tous de s'éduquer dans différents domaines[92]. L'éducation professionnelle passe elle par une forme d'apprentissage auprès d'un maitre ; pendant une dizaine d'année, les jeunes apprennent ainsi différentes formes d'artisanat[94]. À cette époque Kyōto consolide sa place de grand pôle de formation intellectuelle, et concentre de nombreux maitres. Un relevé de l'administration de 1717 en dénombre ainsi 440, dont 288 sont actifs dans le domaine des arts. Les plus influents à l'époque sont les confucéens, dont les élèves deviennent ensuite des formations dans les différentes écoles Han du pays[95].

Religion modifier

Bouddhisme modifier

Le début de l'époque d'Edo correspond à une phase d'ancrage plus profond du Bouddhisme dans la population japonaise. Jusqu'autour de l'an 1500, le bouddhisme est surtout ancré dans la partie la plus aisée de la population. Lors d'une période qui s'étend grossièrement de l'an 1500 à 1700, les principales sectes bouddhistes vont développer leurs réseaux de temples pour couvrir la plupart du pays, y compris dans les campagnes. Le bouddhisme Jōdo dispose ainsi à la fin du XVIIe siècle de 4 435 temples (sur 6 008) dont la date de fondation est connue, et à 65 % ceux-ci sont fondés entre 1573 et 1643, et à 90 % entre 1501 et 1696. Cette phase de diffusion du bouddhisme des XVIe et XVIIe siècles détermine assez largement la couverture ultérieure de cette religion dans la pays, 6 008 des 6 974 temples du bouddhisme Jōdo actifs en 1941 sont fondé avant la fin du XVIIe siècle. Cette dynamique de diffusion du bouddhisme est similaires dans les autres grands courant de l'époque comme le Shingon[96].

La construction des temples de cette époque peut être à l'initiative de grands seigneurs locaux (et souvent construits dans l'enceinte de leurs propriété pour honorer des ancêtres), ou au contraire émaner de communautés plus locales (pour servir de lieux de culte à cette communauté). Cet essor de la construction de temples a pour effet de sédentariser les moines errant, qui sont alors recrutés pour servir dans ces temples. Les temples bouddhistes se démarques des sanctuaires shintō en assurant les funérailles, et certains, les Bodaiji, deviennent même les temples attitrés pour les funérailles de certaines familles[n 3],[97]. Il arrive ainsi que deux sépultures co-existent, l'une dédié aux restes du défunt, et l'autre symbolique dédié au culte de l'esprit du défunt[98]. L'essor progressif du bouddhisme Shinshū lors de la période diffuse la pratique de la crémation, et en parallèle celle d'une sépulture unique, contrairement aux autres écoles bouddhiques. Avec cette prises en charge des cérémonies de funérailles et d'affiliations de familles à des temples se met en place le système danka, forme de registres familiaux gérés par les temples. En période d'interdiction et de persécutions des chrétiens, ces registres familiaux permettent une certaine forme de contrôle religieux de la population[99].

D'un point de vue doctrinaire, la spécialisation du bouddhisme dans le traitement des funérailles a pour effet de faire évoluer ses pratiques et ses enseignements vers un « bouddhisme funéraire ». L'esprit du défunt devient couramment désigné comme Hotoke, mot aussi utilisé pour désigner Bouddha en personne. Les esprits des défunts sont alors régulièrement honorés, notamment lors du festival O bon, et ces esprits sont supposés revenir pendant ces cérémonies pour visiter leurs descendants. Ces cérémonies religieuses régulières dédiées au âmes des défunts pendant l'année deviennent un des éléments caractéristique du bouddhisme japonais, sans doute dans une forme de syncrétisme avec un culte des ancêtres déjà présent dans le pays. Ceci n'est pas sans contradiction avec la tradition bouddhisme qui affirme qu'à leurs morts les âmes des défunts sont libérées du monde des vivants. Les autels familiaux dédiés aux ancêtres, les Butsudan, commencent à apparaitre au XVIIe siècle, mêlant imageries bouddhistes et tablettes mortuaires des défunts de la famille[100].

Du culte des Kami au Shintō modifier

Un début d'uniformisation du shintō s'amorce lors de cette époque. La vénération de divers Kami est fréquente dans tout le pays, mais présente de nombreuses spécificité locales avant l'époque d'Edo. Des Ujigami, ou « divinité de village », se développe depuis le Moyen-âge japonais, Kami qui peuvent être commun à un grand nombre de villages[101]. Les premiers sanctuaires dédiés à ces Ujigami sont probablement érigés au cours du XVIe siècle dans les villages, et peut-être un peu plus tôt dans certains bourgs plus urbanisés[102]. Les rituels sont assurés par les villageois eux-mêmes, même si un clergé de Kannushi commence à voir le jour pour gérer les sanctuaires les plus importants[103]. La famille Yoshida, qui gère le Yoshida-jinja à Kyoto, parvient progressivement à faire reconnaitre son modèle de rituels, de hiérarchisation, et de certifications des sanctuaires au cours des XVIe siècle et XVIIe siècle, et étend par ce biais son influence dans la plupart des sanctuaires du pays[104]. Cependant, et bien que le nombre temple bouddhistes et de sanctuaires Shintō soit proche à la fin de la période (respectivement 87 558 et 74 642 en 1868), dans les faits la plupart des sanctuaires Shintō n'ont pas de prêtre attitré et dépendent sur le clergé bouddhiste pour fonctionner. Les rares prêtres Shintō sont de plus soumis aux règlementations qui encadre le bouddhisme, et considéré comme bouddhistes[105].

Un système d'affiliation avec les grands sanctuaires que sont Hachiman, Inari, Tenjin, ou Ise apparait lors du XVIIIe siècle. Les sanctuaires locaux apparaissent alors comme des branches de ces sanctuaires plus important, mais sans réelle changement sur le fonctionnement de ceux-ci, en dehors de ceux liées au sanctuaire d'Ise[104]. Un double système de vénération se met alors un place, une dédiée au kami du grand sanctuaire tutélaire, et une dédié au Ujigami local. Au XVIIIe siècle se met aussi en place dans les habitations de kamidana, sorte de petit autel de vénération domestique dans lesquels sont disposés offrandes et outils divers outils de cérémonies[106]. De grands pèlerinages et festivals Shintō sont aussi actifs dans le pays (comme à Kumano, au mont Fuji, à Iwashimizu, ou dans le sanctuaire d'Ise)[105], et peuvent parfois drainer jusqu'à un demi-million de personnes dans l'année[107].

Des personnalités politiques majeures commencent à être vénérées comme des kami dès après leurs morts lors de cette période[n 4]. Le bouddhisme présente avec le Ryōbu shintō une forme de syncrétisme qui présente les Kami et les Hotoke comme similaires, mais l'élévation au rang de kami est présentée comme nécessitant un délais de plusieurs décennies[108]. Toyotomi Hideyoshi donne par exemple des directives dès son vivant pour faire l'objet de rituels comme un kami, et dès 1599 le Toyokuni-jinja est érigé à cet effet[106]. Tokugawa Ieyasu est lui vénéré comme le kami Tōshō Daigongen au Tōshō-gū dès 1616, un an après sa mort. La pratique commence à concerner à partir du XVIIe siècle aussi les daimyō, ou même des personnalités de rang moins important, mais dont les actions les auraient rendues digne d'être reconnues comme kami[109].

En marge du shintō existe aussi le shugendō, forme de pèlerinage ascétique dans les montagnes sacrées du pays. Souvent assimilée rites ésotériques du bouddhisme Shingon, il compte comme principaux pôles Yoshino et Kumano[107]. Le shugendō se structure à partir de 1613 sur ordre du gouvernement, ce qui a pour effet de faire délaisser à ses prêtes, les yamabushi, leurs pratiques d'ascèse. Ce clergé devient plus intégrés et plus influents au sein des villages les accueillant. Cette plus grande influence dans la population permet d'organiser des pèlerinages de masse dans les montagnes, les pratiquants de ces pèlerinages atteignant le nombre de 170 000 personnes lors du XIXe siècle. Les yamabushi sont souvent assistés dans leurs rites par des femmes, les miko, et sont actifs dans des thématiques comme les guérisons, les grossesses, les accouchements[110].

Christianisme modifier

Les premières mesures répressives prises contre les japonais convertis au christianisme commencent en 1587 lors du pouvoir de Toyotomi Hideyoshi. Une petite communauté catholique s'est développée dans le sud du pays à partir de Kyūshū, initiée lors de l'arrivée du missionnaire François Xavier en 1549 à Kagoshima. Si ces mesures de répressions ne touchent initialement que les japonais, le prosélytisme ce certains missionnaires les exposent aussi à ces mesures. Lors de la crucifixion des « vingt-six martyrs du Japon » en 1597 à Nagasaki, plusieurs exécutés sont des responsables franciscains étrangers[111].

Lorsque Tokugawa Ieyasu sécurise son pouvoir en 1600, il me montre dans un premier temps conciliant sur la question[112]. Le pouvoir tire un certain profit du commerce avec les occidentaux, mais plusieurs incidents éclatent avec les chrétiens. La situation évolue défavorablement pour les chrétiens avec son successeur Tokugawa Hidetada, notamment à partir de 1614[113]. Cette religion est déclarée incompatible avec les lois japonaises. 52 chrétiens sont executé à Nagasaki en 1622, ce qui n'arrête pas les missionnaires Jésuites qui continuent malgré tout leurs actions de conversions[114]. La rébellion de Shimabara de 1637-1638 qui est réprimée dans la région de Kyūshū prend une très forte coloration religieuse, et le pouvoir shoggunal accentue sa repression. En 1639 la plupart des convertis japonais ont abjurés leurs foi, et les portugais sont expulsés du pays[115]. Une chasse aux chrétiens continue jusqu'aux années 1660, et environ 3 000 sont découverts lors de cette période. Malgré tout, quelques groupes isolés perdurent, les Kakure kirishitan, dont la pratique évolue lors des siècles suivant vers une forme de syncrétisme avec le bouddhisme, ou utilisant de divers stratagèmes pour dissimuler leurs foi[116].

Habitat modifier

L'habitat de cette époque se caractérise par une concentration des habitations, mais aussi par un certain étalement de celles-ci. À la campagne les habitations tendent à se regrouper en hameaux le long des axes de communication. Les matériaux utilisés sont principalement le bois, le chaume, et le bambou, ce qui limite la hauteur des bâtiments. En ville comme à la campagne, les habitants se composent rarement de plus d'un rez-de-chaussée et d'un étage. La densité de population est ainsi plus limitée qu'en Europe où l'habitat prend déjà de la hauteur. La fréquence des séisme pousse à l'usage de ces matériaux souples au détriment de bâtiments de pierres, bien que celles-ci soient utiliser pour les fondations sur lesquelles sont posées les maison. L'habitât est cependant plus exposé aux incendies, et la capitale Edo est régulièrement ravagée par le feu[117].

La composition de l'habitat dépend assez largement de la classe social de son propriétaire. Dès le début de la période, les maison des samurai et des personnes aisées comportent des planchers de bois qui séparent les pièces de vie du sol. Le sol des habitats de personnes moins aisées est alors souvent fait en terre battu, mais la présence de planchers tend à s'y développer aussi lors de cette période. Une séparation est observable entre pièce de vie (dédiée au sommeil ou au repas) et pièce de travail (dédié à la cuisine ou aux occupations professionnelles). Chez les personnes les plus aisées des Shōji (cloisons coulissantes en bambous et papier) permettent de facilement aérer l'habitat tout en laissant passer la lumière le reste du temps[118]. L'usage de tatami, déjà présents dans les habitats des personnes aisées lors des époques antérieures, se généralise dans le reste de la population. Ils adoptent rapidement une taille standard à l'échelle de plusieurs régions, ce qui à son tour à un effet de standardisation sur la taille et la proportion des habitats[119].

Malgré ces points communs dans les matériaux, les habitations se distinguent par les pièces liés aux travaux de leurs résidants : pièces dédiées aux réceptions ou à l'étude pour les samurai (Genkan et Shoin), pièces dédiées au stockage de marchandises pour les marchants, pièces dédiées aux travaux de la ferme pour les paysans[119]. La Villa impériale de Katsura construite dès le début la période comporte la plupart des éléments qui se retrouvent par la suite dans les habitats des samurai aisés, et typique du style d'architecture Sukiya-zukuri[120]. Le reste de la population, même aisée, n'a pas le droit de construire des maisons du même style, mais certains éléments constitutifs comme les Tokonoma, sorte d'alcôves surélevés, se retrouvent aussi progressivement dans des habitats moins riches. Ces habitats de samurai sont le plus souvent construites isolées au sein d'un domaine, et entourés de jardins. En ville, les maison de marchants et d'artisans sont au contraire regroupée en quartiers, et alignés le long d'une route. La pièce qui concentre les activités professionnelles donne sur l'extérieur, alors que les pièces de vie sont situées à l'arrière. Les plus pauvres habitent souvent dans des Nagaya (ou « longue demeure ») collectives[121]. Dans les campagnes, où est concentré près de 80 % de l'habitat de l'époque, des spécificité régionales sont importantes. Les activités sont souvent réparties dans plusieurs bâtiments. Plusieurs techniques de constructions issues des maisons de samurai sont progressivement adoptées. Au XVIIe siècle les fondations posées sur des pierres se généralisent, aux XVIIIe et XIXe siècles la présence d'Engawa (terrace de bois entourant la maison) progresse. Plus largement, la taille de ces habitations à la campagne tend à s'agrandir progressivement lors de cette époque[122].

Alimentation modifier

Le riz occupe une place importante dans l'alimentation des japonais de l'époque d'Edo, mais est souvent considérée comme une denrée de valeur supérieure, au point de servir d'étalon pour mesurer les revenus générés ou les taxes dues. Le peuple doit souvent lui préférer des légumes, du millet, ou d'autres céréales plus rustiques. La production de sake, alcool à base de riz, est aussi souvent restreinte par le pouvoir. La consommation de riz varie en fonction des régions, et il est localement préparé sous forme de gruaux[123]. Sa consommation croit régulièrement lors de la période. À partir du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle un part croissante de paysans paient leurs taxes en riz, ce qui laisse à penser qu'ils disposent d'un plus grand excédent de cette denrée[124]. En 1874 le riz représente 63 % de la valeur totale en produits agricole produite dans le pays. D'autres céréales sont aussi consommées pour varier l'alimentation, comme l'orge, le blé, et le sarrasin (appelé soba)[123], ou des tubercules comme la pomme de terre ou la patate douce, toute deux introduites au début de la période en provenance d'Amérique. Les protéines consommées proviennent essentiellement des plantes et des produits de la mer (le plus souvent consommés salés ou séchés), le bouddhisme condamnant la consommation de viande provenant d'animaux à quatre pattes[125].

Les méthodes de préparation des plats et de cuisson évoluent. Le riz est de mieux en mieux nettoyé et devient qualifiable de riz blanc. Ceci se fait au détriment de l'apport en vitamine B1, et les cas de béribéri, maladie causée par une carence de cette vitamine devient plus fréquent et est qualifié de « mal d'Edo »[124]. La cuisson des aliments est faite en utilisant deux principales techniques. Un foyer ouvert, ou irori est souvent préféré à la campagne ou dans le nord, où il présente l'avantage de chauffer en même temps le reste de l'habitation. Le Kamado (en), hybride de poêle et de four est lui favorisé en ville, et permet de consommer moins de combustible pour la cuisson tout en permettant de cuisiner une plus grande variété de plats. La cuisson du riz à la vapeur progresse aussi lors de cette période[126].

L'essor des villes et l'enrichissement de la population permet l'essor des restaurants. Des chefs vont porter un soin grandissant aux plats préparés, et expérimenter d'avantage. De nombreux livres de recettes sont publiés lors de la période. L'assaisonnement des plats se complexifie ; si le miso reste le principal ingrédient pour relever les plats, des épices nouvelles comme la cannelle font leur apparition chez les plus fortunés au début du XIXe siècle. Les meilleurs sake gagnent en réputation et des régions comme Nada-Gogō (en) près de Kōbe jouissent d'une notoriété nationale[127].

Modes vestimentaires modifier

L'introduction du coton comme fibre textile à la fin de l'époque précédente modifie progressivement la mode vestimentaire lors de l'époque d'Edo. Initialement importé de Corée et utilisé pour la fabrication de voiles et de mèches pour armes à feu, le cotin est aussi utilisé pour la fabrication de certains vêtements comme les uniformes. Sa culture est maitrisée au cours du XVIIe siècle par le Japon, ce qui permet à d'autres utilisations d'être envisagées. Il remplace le chanvre pour les habits du peuple, étant plus agréable au touché, et plus durable. Le coton gagne vite en popularité, et en 1736 le commerce du coton à Ōsaka dépasse en valeur le commerce du riz. La soie est toujours utilisée, mais de manière exceptionnelle et essentiellement pour les vêtements des plus aisés[128].

Le vêtement le plus commun, le Kosode, est composé d'étoffes rectangulaires, y compris pour les manches, les femmes portant aussi des robe, et l'ensemble étant tenu par une écharpe et/ou une ceinture[129]. La fabrication et les tailles sont très largement standardisées, dans le but d'éviter de gaspiller du tissu, et ainsi faire baisser les coûts[130]. La forme des vêtements portés varient assez peu entre les différentes classes sociales, le Kosode étant assez largement porté, la distinction s'opérant par le type de tissu utilisé[131]. Aux pieds sont portés des waraji (sandales en toiles de riz), des geta (sandales de bois), ou des zōri (sandales en toile de riz, plus travaillées que les waraji)[130]. Les habits des plus aisés sont souvent moins pratiques à porter (longues manches et vêtements tombant sur le sol) et le tissu est rehaussé avec des impressions ou des brocarts pour l'enjoliver, et agrémenté de quelques rares bijoux comme des Kanzashi dans les cheveux, ou des netsuke à la ceinture[129].

Le soin du corps déprend lui aussi largement de la classe sociale. La coiffure peut être très élaborée chez les femmes, et chez les hommes la cope en chonmage est fréquente chez les samurai. Le maquillage est courant chez les femmes et passe par l'usage de fard, alors que la pratique de noircissement des dents, ou ohaguro, est aussi remarquable dans les classes aisées[131].

Sexualité modifier

Le rapport à la sexualité lors de cette époque varie en fonction du rang social, mais se caractérise par une grande permissivité. La vie en concubinage est largement répandue sans qu'une cérémonie religieuse ou civile ne viennent reconnaitre l'union. Les sanctuaires shintō célèbrent localement des festivals dédiés à la fertilité et à certains aspects de la sexualités. Certains pans de la société sont soumis à des dynamiques particulières. Dans les sanctuaires bouddhistes une forme de pédérastie, ou Shudō, se banalise, tout comme dans la société des samurai dont les injonctions morales empruntent beaucoup au monde du bouddhisme[132]. Dans les sphères les plus élevées de la société, une forme de contrôle plus stricte de la sexualité féminine s'opère, la réputation de l'épouse imposant une plus grand discrétion de la sexualité[133].

Les autorités ne cherchent pas à réprimer - ou à tirer profit - de cette sexualité, mais à l'encadrer strictement. Des Shunga, forme de gravures érotiques aux thématiques très diverses sont populaires lors de cette période et vendues sous forme de livrets[133], et des auteurs comme Ihara Saikaku s'illustrent dans le domaine de la littérature érotique[134]. Les pratiques décrites sont diverses, de l'hétérosexualité à l'homosexualité au Shudō[135]. La prostitution fait l'objet de décrets par le pouvoir dès 1617 qui cherche à la restreindre dans les grandes agglomérations à des quartiers des plaisirs, ou Yūkaku (en). Situées en périphérie des villes, et entourée de hautes palissades, ces établissements sont soumis à un système de licence qui impose une règlementation stricte, et les tenanciers de ces établissements peuvent perdre le droit d'exercer en cas de manquements[136]. Le Yūkaku (en) d'Edo ouvre dans le quartier de Yoshiwara en 1617, celui d'Ōsaka ouvre en 1623 dans le quartier de Shinmachi, et celui de Kyōto ouvre en 1640 à Shimabara[137] ; 25 lieux de ce type existent dans le pays au XVIIe siècle[138]. Mêlant à l'origine activités de prostitution et de divertissements, ces deux activités sont séparées au cours du XVIIIe siècle et les geisha sont réunies dans d'autres quartiers dit Hanamachi[137]. Ces Yūkaku (en) sont des lieux de grandes mixité sociale, et le terme d'Ukiyo, ou « monde flottant », et alors souvent utilisé pour désigner cet espace ou les frontières morales et sociales se brouillent[139].

Culture modifier

L'émergence d'une culture nationale modifier

 
Carte du Japon datant de 1783 : l'île de Hokkaidō, absente, ne sera intégrée qu'après la Restauration Meiji.

Le centre politique, culturel et intellectuel du pays bascule pour la première fois de l'est à l'ouest du pays[140] et la société féodale subit une série de crises[59].

La rencontre de nouvelles puissances étrangères, ainsi que la réalisation de cartes géographiques représentant le pays au début du XVIIIe siècle, fait naître parmi les élites un questionnement identitaire. Les voyages individuels sont de plus en plus nombreux, qu'ils soient motivés par des raisons religieuses ou intellectuelles[42], et sont à l'origine de l'édition de guides de voyage présentant la géographie et les coutumes des différentes régions du pays. Ils permettent d'ancrer peu à peu dans les consciences l'idée d'une unité nationale, les différents terroirs régionaux s'intégrant dans un ensemble plus large, l'archipel[141].

Certains produits comme le thé, cultivés en plus grande quantité et donc meilleur marché, font leur entrée dans les classes moyennes, et, par la même occasion, la culture qui leur est associée pénètre aussi cette couche sociale[141]. Le théâtre exerce une influence considérable sur la culture ; jusqu'en 1765, le théâtre de poupées d'Osaka jouit d'une grande popularité, avant que le Kabuki ne prenne le relais. Ses acteurs sont adulés, et les grands du pays cherchent à s'attacher leur amitié. De grands matsuri religieux, comme celui de Gion à Kyoto, de Kanda à Edo et le Sannō matsuri d'Edo, deviennent des événements populaires, drainant dans les temples de grandes foules. Le tourisme populaire prospère ; les stations thermales sont bondées et des cohortes de pèlerins visitent les temples et les sanctuaires[142]. Plusieurs centaines de milliers de personnes se rendent ainsi dans le sanctuaire d'Ise en 1770 et en 1830[143].

Dans les élites, des mouvements de pensée nouveaux commencent à s'ériger contre l'orthodoxie confucianiste portée par le pouvoir en place. Le mouvement nativiste fondé par l'érudit Motoori Norinaga[144] repousse la culture d'origine chinoise et prône un retour à la pureté d'une culture strictement japonaise. Le lettré Hirata Atsutane affirme la centralité du shintō[145]. Les études hollandaises, ou rangaku, profitent de l'introduction légale de livres occidentaux à Nagasaki dès la première moitié du XVIIIe siècle, à condition que ceux-ci ne traitent pas de la foi chrétienne. Des livres consacrés à la dissection en 1774 et aux maladies internes en 1793 sont traduits du hollandais vers le japonais. En 1764, le médecin Hiraga Gennai met au point une tenue ignifugée en amiante pour pompiers[146].

Production artistique modifier

Littérature modifier

 
Femme lisant un Kibyōshi, littéralement « [livre à] couverture jaune », Ukiyo-e de Utamaro Kitagawa, seconde moitié du XVIIIe siècle.

La littérature japonaise de l'époque d'Edo est marqué par un élargissement considérable du lectorat, rendu possible à la fois par le progrès de l'alphabétisation dans le pays, mais aussi par le développement de l'imprimerie (dont la technique d'impression sur bois)[147]. Dès les années 1660 des trois grandes villes du pays des éditeurs publient de nombreux classiques des périodes précédentes, parfois en version abrégée et adaptée. Cette modernisation de l'édition va de pair avec le développement de circuits de commercialisation de ces livres, mais aussi avec la professionnalisation des auteurs contemporains qui commencent alors à toucher une avance sur leurs ventes[148]. Le nombre de titres publiés est tel qu'en 1659 les libraires de Kyōto commencent à éditer des catalogues, le premier listant 1 600 titres, et en 1696 un catalogue publié à Edo liste plus de 7 800 titres et fait 674 pages. Les éditeurs commencent à se regrouper en associations professionnelles ; en 1720 200 éditeurs sont ainsi regroupés à Kyōto, 47 à Edo, et 24 à Ōsaka. Au total plus de 3753 éditeurs ont été actifs lors de la période[149].

La littérature de cette époque connait trois phases de grand dynamisme, principalement lors de l'ère Genroku (de 1688 à 1704), lors de la période de s'écoule de l'ère Hōreki à l'ère Tenmei (de 1751 à 1789), puis enfin lors des ères Bunka-Bunsei (de 1804 à 1829), les plus souvent lorsque la puissance du shogun reflux et que les auteurs disposent de moins de contraintes politiques[150]. Des auteurs comme Ihara Saikaku, Bashō, et Chikamatsu Monzaemon sont les grandes figures cette culture de l'ère Genroku. Hiraga Gennai, Buson, et Ueda Akinari sont populaires lors de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Enfin lors des ères Bunka-Bunsei, Kyokutei Bakin (auteur de Nansō satomi hakkenden), Shikitei Sanba, et Jippensha Ikku (auteur de Tōkaidōchū hizakurige) font partie des grands noms de cette littérature[151].

De nombreux auteurs de cette période sont issus de familles de samurai. D'autres classes sociales commencent à être représentées parmi les auteurs, bien que très minoritaires, comme celle des marchants (dont sont issus Ihara Saikaku, Santō Kyōden, ou encore Shikitei Sanba), ou même celle de la paysannerie (comme Isa ou Yosa Buson)[152]. Les femmes sont très peu représentées, et celles dont le nom nous est connu comme Arakida Reijo (ja) reste une exception pour son époque ; nombre d'entre elles écrivent des poésies, waka et Haïku, mais aussi des journaux intimes et des notes de voyages, mais reste alors anonymes[153].

Les thématiques les plus représentées lors de cette époque sont issues du monde des samurai, et relèvent du confucianisme, et des milieux plus populaires, et s'inscrivant dans les activités liées aux quartiers des plaisirs des grandes villes de l'époque. Là où la littérature issue du monde des samurai valorise l'ordre social, la stabilité politique, mais aussi un sens aigu du sacrifice de soi et de l'éthique, la littérature issue des sphères urbaines plus populaires prône la mobilité sociale, l'enrichissement, le divertissement, et exalte les passions humaines. Là où la première évoque des sujets liés à la culture de cour (l'amour, la nature, le cycle des saisons), la seconde traite de sujet liées à une culture plus urbaine (et peut être à l'occasion violente, érotique, ou comique). Cette dichotomie entre culture raffinée (-ga) et culture populaire (-zoku) se retrouvent et se mêlent parfois dans les principales formes liées à la littérature qui émergent à l'époque[154]. Le domaine du théâtre voit apparaitre des formes comme le Bunraku (spectacle de marionnette), et le Kabuki (théâtre). La poésie voit elle se développer le Senryū (poésie courte et irnoque), le Kyōka (poésie courte et comique), et le Kyōshi (poésie courte utilisant uniquement les caractères chinois). La littérature en prose donne naissance à cette époque aux Ukiyo-zōshi (forme de roman populaire), aux Yomihon (littérature distillant des notes d'éthique), aux Kibyōshi (livres illustrés souvent satyriques), aux Sharebon (littérature frivolle), ou encore aux Kokkeibon (littérature comique)[155]. Cette production se partage aussi entre thématiques relevant de l'histoire, dans les Jidai mono, et relevant du contemporain des lecteurs, dans les Sewa mono[154].

Arts de la scène : Kabuki, jōruri, bunraku, nō modifier

La création du kabuki est attribuée à Okuni en 1603, qui donne aux abords d'un temple à Kyōto une représentation burlesque qui rencontre un grand succès. Elle suscite rapidement des copies, dans des troupes de théâtre de la région, mais aussi chez les propriétaires de maisons de prostitution de Kyōto qui y voient un moyen de mettre en valeur leurs résidentes[156]. Aussi tôt que 1612-1615 des troupes de kabuki font des tournées dans le pays, et assure des représentation pour des daimyō, et dès 1617 un premier théâtre dédié au kabuki est créé à Kyōto[157]. Pour éviter les troubles à l'ordre public, les femmes sont interdite de scène en 1629, et ne subsiste plus que des troupes composées de jeunes hommes, souvent prostitués[158]. Une première interdiction a même lieu en 1652, rapidement levée, mais qui pousse les acteurs à revoir leurs registre de pièces jouées, et à revoir leurs costumes. Le lien avec la prostitution n'est pas complètement coupé, les premiers livrets présentant et hiérarchisant des acteurs publiés vers 1660 emprunte beaucoup au style de livret présentant les prostituées[159].

La notoriété de grands acteurs de kabuki de l'ère Genroku (1688-1704) comme Sakata Tōjūrō et Ichikawa Danjūrō porte la popularité d'un kabuki renouvelé[159], et les rôle de personnages féminins assurés par des hommes, ou Onnagata, sont redéfinis par des acteurs comme Yoshizawa Ayame. Les acteurs les plus connus accèdent à une grande reconnaissance sociale, et leurs frasques souvent publiques peuvent faire l'objet d'importants scandales[160]. Les pièces tirent leur répertoire du bunraku, théâtre de poupées, puis de pièces spécialement composées pour le kabuki. Des auteurs comme Takemoto Gidayū et Chikamatsu Monzaemon sont les grands noms de l'ère Genroku, et exercent souvent à la fois pour le kabuki et le bunraku. Le répertoire d'étoffe de Sewa mono, ou « pièces contemporaines » comme Suicides d'amour à Amijima ou Le Pin déraciné, dont les thèmes s'inspire de la vie citadine de cette époque[161]. Le style des Jidai mono, ou « pièces historiques » comme Yoshitsune senbon-zakura ou Kanadehon chūshingura, s'inspire lui de faits guerriers historiques (ou plus contemporains comme l'affaire des 47 rōnin). Ces répertoires sont souvent communs au kabuki et au bunraku[162]. Le kabuki va au long du XVIIIe siècle permettre de diffuser une étiquette sociale et d'éduquer aux arts les habitants des villes, tout en servant de vecteurs de diffusion des modes vestimentaires[163]. Les ères Bunka-Bunsei (1804-1829) voient des auteurs comme Sakurada Jisuke[164] et Tsuruya Nanboku IV s'imposer, puis par la suite Kawatake Mokuami émerger plus tard au XIXe siècle. Le dernier siècle l'époque d'Edo est cependant marqué par de nombreuses difficultés financières pour les théâtres de kabuki, et d'autres formes artistiques lui font concurrence[165].

Le jōruri devient une forme populaire de divertissement au début de l'époque d'Edo. Il réunit initialement un conteur accompagné d'un joueur de shamisen, auquel se rajoute un marionnettiste, ce qui fait évoluer ce genre en ningyō-jōruri (appelé à partir du milieu du XIXe siècle le bunraku)[167]. Son répertoire est initialement composée d'adapatations de récits classiques japonais comme le Heike monogatari ou le Soga Monogatari (en). Chikamatsu Monzaemon modernise le répertoire du jōruri à partir de 1685 comme il l'a fait pour le kabuki, en composant des pièces inspirées de thèmes contemporains[168]. Au total il en compose à lui seul une centaine en une quarantaine d'année[169], dont les thèmes vont des drames amoureux (shinjū-mono) aux sujets plus politiques (souvent transposés dans un lieux fictif pour éviter la censure des autorités)[170]. Les premières années du XVIIIe siècle voient une modernisation des marionnettes utilisées lors de ces spectacles, la concurrence entre deux théâtres d'Ōsaka (Toyotake-za et Takemoto-za) poussant à une émulation artistique. L'auteur Ki no Kaion apparait alors comme le principal rival de Chikamatsu Monzaemon, et compose une petite cinquantaine de pièces[171].

La période qui s'étend de 1715 à 1751 voit cet art atteindre un pic de popularité. Plusieurs interdictions frappent d'autres formes artistiques[n 5], ce qui permet au jōruri de capter ce public[172]. Un auteur comme Namiki Sōsuke signe trois pièces qui deviennent des classiques de cet art : Sugawara denju tenarai kagami (1746), Yoshitsune senbon-zakura (1747), et Kanadehon chūshingura (1748). Les marionnettes continuent de se complexifier. Plusieurs tailles sont utilisée dès 1715 pour signifier une distance en personnages. Plusieurs parties du visage commencent à être animées individuellement à partir de 1727, comme la bouche, les paupières, puis les yeux. Vers 1748-1751 le recours à trois marionnettistes pour animer une seule marionnette devient la norme[173]. Après 1751, la mort de nombreux grands noms de cet art fait perdre son dynamisme au jōruri, et profite au kabuki qui devient à partir des années 1760 de genre dominant, tout en réutilisant une partie de son répertoire[174].

Le perd en vivacité lors de cette période, en partie causée par son institutionnalisation. Dès le pouvoir de Toyotomi Hideyoshi les principales troupes de commencent à être recrutées pour être mises au service exclusive du shogun ou de daimyō importants, et une hiérarchisation s'opèrent entre elles en fonction du statu de leur maitres. Cette forme continue cependant de rencontrer une certaine popularité dans les couches moins élevées de la population. Certains de ses chants restent très populaires, et des livres reprenant compliants des textes de nō sont régulièrement publiés, et utilisés pour l'apprentissage de la lecture dans les terakoya[175]. Pendant toute la période, en parallèle des troupes propres aux daimyō, des troupes itinérantes parcourant le pays ou exerçant dans des quartiers des plaisirs rendent cet art accessible au plus grand nombre, bien qu'il soit éclipsé en popularité par le kabuki[176].

Peinture modifier

La peinture de lettrés chinoise inspire un courant similaire au Japon, la Bunjin-ga. La chute de la dynastie Ming en 1644 entraine l'exode de plusieurs maitres chinois à Nagasaki, où ils inspirent des peintres japonais comme Gion Nankai ou encore Hattori Nankaku, encore très marqués par les modèles chinois. Par la suite des peintres japonais comme Ike no Taiga et Yosa Buson s'affranchissent de ces modèles pour faire émerger un style plus propre au Japon. Ce style reste vivace jusqu'au début du XVIIIe siècle au travers de l'œuvre de peintres comme Tani Bunchō, Uragami Gyokudō, Tanomura Chikuden, ou encore Watanabe Kazan[177].

Ukiyo-e modifier

Le perfectionnement de la xylographie permet au début de l'époque d'Edo d'améliorer les illustrations imprimées par ce biais. Moronobu, souvent crédité comme le créateur des Ukiyo-e, commence dans les années 1670 à rajouter de la couleur dans ses impressions de Sumizuri-e (en), jusqu'à là monochromes. D'autres auteurs contemporains emploient eux aussi ce style pour le décliner dans des domaines spécifiques, comme Kiyonobu et Kiyomasu pour traiter du monde du théâtre, ou Kaigetsudō Ando et Miyagawa Chōshun pour traiter du thème des Bijin, ou « belles femmes »[178].

La technique évolue à partir du milieu du XVIIIe siècle. Okumura Masanobu fait évoluer la gamme chromatique dans les Benizuri-e qui peuvent compter jusqu'à 6 couleurs, mais aussi fait varier le format des images, en créant des formats très longilignes. Suzuki Harunobu perfectionne les techniques liées aux couleurs, ce qui abouti aux Nishiki-e dès 1761[178]. Les grands noms de cette époque classique de l'Ukiyo-e, qui s'étend du début de l'Ère Tenmei (1781) à la fin de l'Ère Kansei (1801), compte Kiyonaga (dont les sujets comptent de nombreux acteurs et courtisanes de son temps), Utamaro (qui opte pour de nombreux portraits en buste), Sharaku, et Utagawa Toyokuni (dont les productions se spécialisent dans les acteurs de kabuki)[178].

La première moitié du XIXe siècle voit un renouvellement stylistique important s'opéré, sous l'influence de Hokusai puis de Hiroshige. Les paysages sont privilégiées au détriment du monde des hanamachi. La série des Trente-six vues du mont Fuji réalisée entre 1831 et 1833 par Hokusai, et celle des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō réalisée entre 1834 et 1836 par Hiroshige sont les dernières œuvres majeures de ce style[178].

Musique modifier

La culture qui se développe dans des quartiers de plaisirs comme les Yūkaku (en) et les Hanamachi, combiné à la popularité d'une forme théâtrale comme le kabuki (dont le volet musical est important), tend à créer pour la première fois dans l'histoire du pays une musique nationale dont le répertoire et la technique est commune à plusieurs classes sociales. Les stratifications sociales sont toujours bien présentes, et les différents styles musicaux continuent d'agir comme des marqueurs sociaux, mais le cloisonnement tend à s'amoindrir. Les campagnes connaissent les chants qui sont populaires en ville. Les chants du qui sont à l'origine à destinations des plus aisés sont aussi connus par le peuple, les samurai connaissent le kabuki qui est plutôt destiné au peuple. Le Gidayū est aussi connu geisha[179].

Le shamisen, adapté du Sanxian arrivé de Chine via les Ryūkyū, s'impose au XVIIe siècle comme l'un des instruments les plus populaires de cette époque, tant dans sur scène que dans la musique de rue. L'essor de sa popularité est portée par la publication de méthodes d'apprentissage et de carnets de chants. Le répertoire musical distingue deux principaux courants, le Ko'uta (en) composé d'airs courts, et le Naga'uta composé d'airs plus longs et le plus souvent associé à des paroles servant à accompagner un récit[180].

La musique occupe une place majeure dans la culture urbaine de l'époque. Elle est à la fois utiliser sur scène pour accompagner le kabuki et le , mais aussi dans la rue pour attirer le chaland ou propager les dernières nouvelles. Des scènes dédiée à la musique, des yose émergent aussi au début des années 1800[181];



Architecture modifier

L'architecture des lieux liés au pouvoir est réglementé par une série de lois qui encadre et limite ce que les daimyō sont autorisé à construire en fonction de leurs rangs. L'architecture liée à la figure du shōgun est supérieur dans ses formes, mais sert souvent d'exemple qui est décliné avec moins de complexité par les seigneurs de rangs inférieurs. Ce phénomène est d'autant plus marqué à Edo, siège du pouvoir shogunal des Tokugawa, mais aussi sa vitrine politique où les différents daimyō ont obligation de résider une partie du temps[182]. La plan de la nouvelle capitale suivent ceux du Heian-kyō, ancienne capitale du pays, et obéissent à des principes géomantiques[183]. Le château d'Edo construit au début de la période, et détruit par le grand incendie en 1657, reprend les codes de l'architecture militaire de la période précédante, en les dépassant en taille. La Tour principale mesure environ 60 mètres, soit 30 % de plus que celle du château de Himeji, le plus grand jusqu'alors. Son donjon fait près du double du château d'Ōsaka, la précédente référence en terme de taille[184].

Les portails d'entrée, ou mon (?), déjà élément permettant d'afficher la puissance de son propriétaire, continue d'être utilisé avec cette fonction sociale lors de l'époque d'Edo[185]. La Kara-mon du Nikkō Tōshō-gū, mausolée de Tokugawa Ieyasu, est ainsi construite en 1616 dans le but d'affiché la puissance du fondateur de la dynastie. Les matériaux utilisés et la profusion de gravures et de statue véhicule de manière très ostentatoire le poids politique de son commanditaire[186]. La Kamiyashiki de Matsudaira Tadamasa, résidence de ce daimyō à Edo, arbore à son entrée un portail opulent inspiré du même style, mais est détruite dans le grand incendie en 1657[187]. Après 1657 une loi est passée pour imposer des styles moins ostentatoires lors de la reconstruction d'Edo[188], et d'autres lois sont passées lors de la période pour encadrer la construction des mon (?) qui forme l'entrée des résidences des daimyō à Edo. Peu ont survécu ; la Kuro-mon conservée au musée national de Tokyo était l'entrée de la résidence du Clan Ikeda, clan de rang important[189], et l'Aka-mon, présente à l'entrée du campus de Hongo de l'Université de Tokyo, est construite en 1827 et recouverte d'une laque rouge pour signifier le mariage de ce daimyō du clan Maeda avec l'une des filles du shōgun[190].

Quelques Sazaedō (ja) ou « temples-coquillage » sont aussi propres à cette époque. Ils permettent de reproduire des pèlerinages sous forme réduite en regroupant dans une même structure à plusieurs étages plusieurs stations que le pèlerin emprunte lors de sa visite[191]

Sources modifier

Références modifier

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Notes modifier

  1. De la fin de la guerre des Taiping en 1864, jusqu'à 1882, date à laquelle les Français prennent Hanoï, et les Anglais l'Égypte.
  2. Ce courant de pensée divise non en trois, mais en quatre ordres la population.
  3. Ces Bodaiji peuvent être attitrés à une famille quel que soit son rang social. Le Bodaiji de la famille impériale lors de cette période est le temple Shingon Sennyū-ji à Kyōto, celui de la famille shogunale est le temple Jōdo Zōjō-ji à Edo
  4. Le phénomène est très exceptionnel avant cette date, comme l'empereur Ōjin vénéré comme le kami Hachiman, ou Sugawara no Michizane vénéré comme le kami Tenjin
  5. La littérature érotique est interdite en 1722 et toutes les pièces de théâtre qui représentant des shinjū-mono le sont en 1723.

Bibliographie modifier

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