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Kanō Masanobu (XVe siècle). Encre et couleurs sur papier, 69 x 38 cm. Rouleau suspendu gauche, d'une paire. Musée national de Kyūshū

L'école Kanō (狩野派, Kanō-ha?) est l'une des école de peinture japonaise les plus célèbres. Il s'agit de peintres professionnels, laïques. Cette école fut créée par Kanō Masanobu vers le milieu du XVe siècle et se perpétua jusqu'au début du XXe siècle.

Ces artistes se sont constitués en ateliers familial et en intégrant dans leur famille certains de leurs élèves. Ils dirigeaient aussi des ateliers satellites, ce qui leur permettait d'intervenir sur tout le territoire[1]. La famille Kanō elle-même a produit plusieurs artistes majeurs sur plusieurs générations, auxquels on peut ajouter un grand nombre d'artistes indépendants formés dans les ateliers de l'école. Certains artistes de l'atelier qui se sont mariés dans la famille ont changé de nom, d'autres ont été adoptés.

En s’enracinant fermement dans la structure féodale centralisée de la période, l’école Kanō a été en mesure d’établir des ateliers familiaux et des antennes satellites jusque sur les domaines des daimyo, à travers tout le pays, devenant ainsi étroitement associée à la classe militaire dirigeante prise dans son ensemble[2].

Ils produisirent une grande variété de peintures pour fusuma (écran coulissant ), byōbu (paravents), emakimono (rouleaux narratifs peints), éventails… et cela dans des genres de peinture très variés.

L’école a commencé par se distinguer des peintres qui tentent, au XVe siècle, d'assimiler la peinture chinoise, au lavis et au trait à l'encre monochrome, une tendance nouvelle à cette époque au Japon. Mais elle a aussi développé un style coloré et aux tracés fermes pour les grands panneaux, sur fond d'or, décorant les châteaux de la noblesse militaire.

Sommaire

HistoireModifier

 
Kanō Eitoku. Paravent aux lions, fin XVIe début XVIIe siècle. 2,23 x 4,50 m. Musée des collections impériales
 
Kanō Naizen (1570 - 1616). Détail de l' Arrivée de vaisseaux étrangers venus du Sud . Paravents. Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne
 
Kanō Sansetsu, 1646. Le vieux prunier. 4 panneaux coulissants, fusuma. Encre, couleur, or et feuilles d'or sur papier. 1,74 x 485,5 cm. Metropolitan Museum of Art

Le fondateur de l'école, Kanō Masanobu (1434–1530), est contemporain de Sesshū, et élève de Shūbun. Sesshū (1420-1506), promoteur d'une renaissance de l’influence chinoise dans le domaine de la peinture, s’était rendu en Chine vers le milieu de sa carrière, vers 1467. Sesshū était peut-être, d'ailleurs, un élève de Shūbun, peintre dans ce style « lettré », chinois.

Masanobu devient peintre officiel à la cour du shogun (il dirige l'atelier de peinture, ou edokoro, du bakufu), et c'est cette haute position qui donne à l'école Kanō influence et prestige. Il remplace ainsi les moines peintres des milieux Zen qui vivaient de l'exclusivité de la peinture à l'encre, d'inspiration chinoise, auprès du shogun. En tant que peintre laïque il répond peut-être plus justement aux représentations de la classe des guerriers. Les artistes qui le suivent améliorent son style et ses méthodes, et, en moins d'une génération, l'école se développe.

Masanobu forme ses fils Kanō Motonobu (1476-1559) et le plus jeune Yukinobu (ou Utanosuke). On attribue généralement à Motonobu la technique et le style distinctifs de l'école, ou plutôt des styles différents, qui apportent une ligne plus ferme et des contours plus forts aux peintures utilisant les conventions chinoises. Il s'intéresse moins aux effets subtils de la gradation atmosphérique que ses modèles chinois, et tous les éléments de la composition ont tendance à être placés au premier plan, produisant souvent des effets décoratifs dans une manière typiquement japonaise. Motonobu épouse la fille de Tosa Mitsunobu, le chef de l'école Tosa, qui conservait le style classique japonais yamato-e, principalement composé de sujets à la fois narratifs et religieux, et, en conséquence, les peintures kanō ont traité également les sujets japonais traditionnels, typiques de cette école Tosa.

La tradition de l'école Kanō s'est perpétué jusqu'à l'ère Meiji avec Hashimoto Gahō et Kanō Hōgai, à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle. L'atelier basé sur la famille pour l'enseignement de la peinture utilisé par l'école Kanō n'était plus tenable au vingtième siècle. Les artistes devaient s'entrainer, dorénavant, en passant par des écoles d'art, comme celles qui furent mises en place grâce au mouvement nihonga. L'impulsion en est donnée par Okakura Kakuzō et Ernest Fenollosa, passionnés par les anciennes pratiques artistiques japonaises et avec l'amitié de ces deux peintres de Kanō Hōgai et Hashimoto Gahō. Ce dernier est l'un des premiers enseignants à l'École des Beaux-Arts de Tôkyô, qu'ils ont créé, et qui est ouverte aux étudiants en 1889[3].

L'école Kanō : une école, deux stylesModifier

 
Kanō Tan'yū. Paysage des quatre saisons. 1630s. Double paravent à 6 feuilles. Chacun: 153,4 × 352,7 cm. Encre sur papier. Metropolitan Museum of Art

Le travail de cette école constitue le sommet de la période artistique Momoyama, et, alors que bien des écoles se spécialisent dans un seul style, un seul support ou une seule forme, l'école Kanō, elle, excelle dans deux domaines différents.

Les peintres Kanō travaillent souvent dans leurs projets décoratifs sur de grandes surfaces, pour des scènes de nature avec oiseaux et fleurs, arbres et plantes, eaux et rochers, ou entités symboliques comme les tigres et les dragons, sur des portes coulissantes ou des paravents, couvrant l'arrière-plan de feuilles d'or. L'un des plus fameux exemples se trouve au yonnoma de la salle d'audiences, au château de Nijō à Kyōto, dont la décoration a été confiée à Kanō Tan'yū, alors en charge de l'atelier de Hidetada[4]. La monumentalité du décor repose en grande partie sur de très vieux pins, noueux, dont les formes très trapues indiquent qu'ils ont toujours été battus par des vents violents. Des aigles vigilants sont postés dans leurs branches colossales. Ils peuvent ainsi symboliser la puissance de résistance du shogoun à tous les aléas. De tels travaux étaient pris en charge par tout un groupe de peintres professionnels, bien rémunérés. Dans un projet similaire, mais détruit, Kanō Eitoku a eu la responsabilité du chantier pour le château d'Osaka de Toyotomi Hideyoshi. Il a alors à coordonner le travail de toute sa famille et de nombreux élèves[5].

Cependant, l'école était tout autant renommée pour ses paysages monochromes à l'encre sur soie ou sur papier. Les peintres Kanō qui utilisaient l'encre composent des tableaux dans des styles inspirés des peintures de paysage chinois. Ils articulent leurs compositions entre les premiers plans détaillant des descriptions réalistes avec des espaces habités, parcourus par les hommes, ou seulement leurs demeures, des bateaux et des animaux, et l'arrière-plan souvent formé de nuages et de monts éloignés, évoqués par des nuances de lavis se fondant avec le blanc du support, papier ou soie, dans l'esprit de l'école du Sud, en Chine. Mais le même peintre, Tan'yu, qui avait réalisé une série de ce type dans les années 1660, sur le thème des Huit vues des rivières Xiao et Xiang, pouvait tout aussi bien s'inspirer, sur le même sujet, d'une manière plus graphique, jouant uniquement du trait de pinceau alternant avec les poèmes calligraphiés[6].

Liste partielle des peintres de l'écoleModifier

Article détaillé : Généalogie des peintres Kanō.
 
Paire de paravents aux tigres effrayés par des dragons-tempêtes. Kanō Sanraku, XVIIe siècle, ch. 1,78 × 3,57 m.[7]. Myoshin-ji (temple Zen)

Ordre généalogique de peintres célèbres, jusqu'au XVIIe siècle:

Voir aussiModifier

 
Kanō Hōgai. Niō se saisit d'un oni (ou yokai). 1886. Rouleau suspendu. Encre et couleurs sur papier, 123,6 × 63,3 cm. MNAM, Tokyo

Notes et référencesModifier

  1. Felice Fischer and Kyoko Kinoshita, 2015, p. 1
  2. Felice Fischer and Kyoko Kinoshita, 2015, p. 1
  3. Michael Lucken, L'art du Japon au vingtième siècle, Hermann, , 270 p., 26 cm. (ISBN 2-7056-6426-2), p. 37, note 54. et Isabelle Charrier, La peinture japonaise contemporaine : de 1750 à nos jours, La Manufacture, , 197 p., 30,5 cm (ISBN 2-7377-0293-3), p. 95
  4. Akiyama Terukazu, 1977, p. 135 et Iwao Seiichi, 2002, p. 105
  5. Iwao Seiichi, 2002, p. 104
  6. Felice Fischer and Kyoko Kinoshita, 2015, p. 152-155
  7. Analyse chez Watson, p. 44; suivant le convention chinoise, la tigresse plus petite a des taches sur son pelage.

BibliographieModifier

  • Akiyama, Terukazu, La peinture japonaise, Skira, Flammarion, (1re éd. 1961), 216 p.
  • (en) Felice Fischer and Kyoko Kinoshita (éditeurs scientifique) et al. ([exhibition, Philadelphia, Philadelphia Museum of Art, February 16-May 10, 2015]), Ink and gold : art of the Kano, Philadelphia Museum of Art et Yale University Press, , XV + 305 p., 27 x 30 cm (ISBN 978-0-87633-263-4, 0-87633-263-7, 978-0-300-21049-1 et 0-300-21049-3), p. 61-66 (The Meiji Revival of the Kano school: The Final Chapter)
  • Miyeko Murase, L'Art du Japon, Éditions LGF - Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », , 414 p. (ISBN 2-253-13054-0)
  • Christine Schimizu, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Vieux Fonds Art », , 495 p., 28 x 24 x 3 cm env. (ISBN 2-08-012251-7), et Schimizu, Christine, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Tout l'art, Histoire », , 448 p., 21 x 18 x 2 cm env. (ISBN 2-08-013701-8)
  • (en) Watson, William, The Great Japan Exhibition: Art of the Edo Period 1600–1868, 1981, Royal Academy of Arts/Weidenfeld & Nicolson
  • Iwao Seiichi (dir.) et al., Dictionnaire historique du Japon, t. 11 (K), Maisonneuve et Larose, (1re éd. 1985) (ISBN 2-7068-1633-3, lire en ligne), p. 103-105: article « Kanō-ha » (école Kanō).

Articles connexesModifier

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