État national-légionnaire

État national-légionnaire

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L’État national-légionnaire (en roumain Statul național-legionar) est le premier régime totalitaire de la Roumanie. Il met fin au régime carliste instauré en février 1938, après que celui-ci a profondément déçu l’opinion roumaine en ne réussissant pas à éradiquer la corruption mais surtout en acceptant le démembrement du pays par l’occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord suite au pacte germano-soviétique et par la cession de la Transylvanie du Nord à la Hongrie suite au deuxième arbitrage de Vienne[1]. L’« État national-légionnaire » est un régime de type fasciste clérical qui a gouverné ce qui restait du pays (201 422 km2) pendant 5 mois, du à sa dissolution par décret le . Il contrôla une population d’environ 13 millions de personnes[2].

Le régime était dirigé par le maréchal Ion Antonescu (le « Pétain roumain », comme il se proclamait lui-même) en partenariat avec la « Garde de fer », milice paramilitaire dont les membres s’appelaient « légionnaires ». Le nom officiel de la « Garde de Fer » était : « Légion de l’Archange Michel » (en roumain : Legiunea Arhanghelului Mihail), formant un parti de type fasciste-chrétien, ultra-nationaliste, antisémite, anti-tsigane, anticommuniste, anticapitaliste et orthodoxe intégriste, appelé « Tout pour le pays » (en roumain : Totul pentru Țară). La Garde de Fer, que le régime carliste avait réprimée par les armes, réussit à entrer au gouvernement le , mais ne conquit réellement le pouvoir que le 14 septembre, proclamant de l’« État national-légionnaire ».

Le , l’« État national-légionnaire » retira la Roumanie du Pacte balkanique ; le , il fit adhérer la Roumanie à l’Axe. Le , 64 anciens dignitaires ou responsables des régimes antérieurs (démocratie parlementaire des années 1923-38 et régime carliste des années 1938-40) furent assassinés par la Garde de fer dans la prison de Jilava où ils étaient détenus. La législation antisémite déjà mise en place par le gouvernement d’Octavian Goga en 1938 (exclusion des Juifs hors des administrations, des services publics et des forces de l’ordre, numerus clausus dans le domaine médical, l’enseignement et les universités) fut rendue plus sévère : elle comprenait l’expropriation des domaines fonciers appartenant aux Juifs, le pour les domaines agricoles et le pour les domaines forestiers, puis des compagnies de transport fluvial et maritime le [3].

Le , la Garde de Fer tenta un coup d’État combiné à un pogrom contre les Juifs de Bucarest qui fit 130 victimes. Au bout de quatre jours, Antonescu réussit à réprimer le coup d'État et exclut la Garde de Fer du gouvernement. Horia Sima et de nombreux autres « légionnaires » fuirent la Roumanie, tandis que d’autres furent emprisonnés. Antonescu abolit l’« État national-légionnaire » le .

En gris, l’« État national-légionnaire » sur une carte allemande de 1940.

PrécurseursModifier

La Garde de fer avait d’abord formé une coalition avec le gouvernement roumain le , lorsque le Premier ministre de l’époque, Octavian Goga, avait, pour mettre un terme aux assassinats et attentats ciblés de la Garde de Fer, conclu un accord avec son chef et fondateur Corneliu Codreanu pour une coopération limitée. Cependant, cet arrangement politique déplut au roi Carol II, qui limogea Goga le et le remplaça par le patriarche Miron Cristea[4],[5].

Entre le et le , Horia Sima, chef de fait de la Garde de fer après l’exécution de Codreanu par le régime carliste, occupa le poste de sous-secrétaire d'État auprès du ministère de l’Éducation. La Garde de fer entra dans le gouvernement d’Ion Gigurtu, qui prit le pouvoir le , après l’occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Trois « gardiens » (membres de la Garde de fer) furent nommés au nouveau gouvernement : Vasile Noveanu comme ministre de la Richesse publique, Horia Sima comme ministre des Religions et des Arts et Augustin Bideanu comme sous-secrétaire d'État auprès du ministère des Finances. Cependant, Sima démissionna le , car il se voyait refuser un gouvernement purement « gardien », alors que ses deux collègues restèrent en poste. Nichifor Crainic, partisan et idéologue de la Garde de fer, devint ministre de la Propagande[6],[7]. Après la démission de Sima le 7 juillet, il fut remplacé par un autre « gardien », Radu Budișteanu[8].

HistoireModifier

Le roi Carol II fut contraint d’abdiquer le 6 septembre 1940 et fut remplacé par son fils Michel, alors âgé de 19 ans : ce fut la fin du régime carliste, dictatorial mais pro-Allié[9]. Le premier acte du jeune nouveau roi fut d’octroyer un pouvoir illimité au général Ion Antonescu en tant que Conducător (« guide ») de la Roumanie, le roi Michel se cantonnant à un rôle cérémonial. Un décret du 8 septembre définit plus avant les pouvoirs d’Antonescu[10]. Pour maintenir son emprise sur le pays tout en concédant le rôle principal à la Garde de fer, Antonescu fit proclamer la Roumanie « État national-légionnaire » le 14 septembre par le roi Michel. Le « Mouvement légionnaire / Garde de fer » devint le « seul mouvement reconnu dans le nouvel État », faisant de la Roumanie, pour la première fois de son histoire, un pays totalitaire.

Antonescu devint le « chef d'honneur » de la légion, tandis que Sima devint vice-Premier ministre. Cinq autres gardiens devinrent ministres, parmi lesquels le prince Mihai Sturza (ministre des Affaires étrangères) et le général Constantin Petrovicescu (ministre de l’Intérieur). Des préfets légionnaires ont été nommés dans chacun des 45 județe[11],[12]. La Garde de Fer reçut quatre portefeuilles : Intérieur, Éducation, Affaires étrangères et Cultes. En outre, la plupart des secrétaires permanents et des directeurs des ministères étaient également des « gardiens ». En tant que parti unique, la Garde de fer contrôlait également la presse et les services de propagande[13].

 
Funérailles, le 31 novembre 1940, de Corneliu Codreanu et d'autres « légionnaires » victimes du régime carliste précédent et exhumés pour l'occasion. Les uniformes sont ceux de la Garde de fer. Le salut, est le salut fasciste.
 
Ion Antonescu et Horia Sima, leaders de l'État national-légionnaire, en uniformes de la Garde de fer sous le portrait de Codreanu le 6 octobre 1940.

Le 6 octobre 1940, Antonescu assista à un rassemblement de la Garde de fer vêtu d’un uniforme de légionnaire. Le , à son invitation, la Wehrmacht occupa la Roumanie et atteint rapidement plus de 500 000 soldats : Adolf Hitler préparait déjà l’opération Barbarossa même si Joseph Staline refusait d’en croire les avertissements des responsables communistes roumains, et par ailleurs Antonescu craignait à la fois les visées de ses alliés « légionnaires » et le sentiment anti-allemand, resté très vif en Roumanie, tant chez les civils que les militaires, suite à la dureté de l’occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, sans compter que sous le régime d’Antonescu, c’était en fait l’ambassadeur allemand Manfred von Killinger qui gouvernait le pays[14]. Le 27 novembre, 64 anciens dignitaires ou responsables roumains furent assassinés par la Garde de Fer dans la prison de Jilava. Plus tard dans la journée, l’historien et ancien Premier ministre Nicolae Iorga et l’économiste Virgil Madgearu, ancien ministre, furent à leur tour assassinés par les « légionnaires ».

Le 1er décembre, un autre rassemblement de la Garde de fer eut lieu à Alba Iulia pour célébrer les 22 ans de l’union de la Transylvanie à la Roumanie. Antonescu y assista également et y prononça un discours[15].

Après la proclamation de l’« État national-légionnaire » le 14 septembre, la Légion devint le parti unique au pouvoir, mais elle dut partager le pouvoir exécutif avec l’armée. Le nouveau régime légionnaire avait une idéologie basée sur le culte du chef Corneliu Codreanu et celui des autres « martyrs légionnaires » persécutés par le régime carliste. L’exhumation, l’enterrement public et la réhabilitation des « martyrs » ont été rétrospectivement considérés par Sima comme « la tâche la plus importante justifiant l’accession de la Légion au pouvoir ». L’exhumation des restes de Codreanu et la réinhumation ultérieure (21-23 novembre) ont réaffirmé le charisme de ce « capitaine » héroïsé, en tant que fondement de l'idéologie légionnaire.

Le jour de la réinhumation de Codreanu, le principal journal légionnaire, Cuvântul (Le Mot), écrivait : « C’est le jour de la résurrection du capitaine. Il est ressuscité, comme il l’avait promis, selon l’Évangile. Il est ressuscité, sortant de la tombe pour nous présenter la Roumanie elle-même, ensevelie par cet âge de péché ». La réinhumation du corps de Codreanu eut lieu le 30 novembre. Antonescu, Sima, Von Schirach, Bohle et 5 000 « gardiens » furent présents (les « légionnaires » comptaient environ 35 000 miliciens)[16]. Peu de temps après la réinhumation de Codreanu la Garde de Fer commit le massacre de Jilava, tuant plus de 60 anciens dignitaires. La Légion avait atteint ses objectifs : l’ordre ancien s'était effondré sous ses coups et tous les ennemis de la Légion avaient été punis[17].

Le décret qui a établi le régime « national-légionnaire » le 14 septembre a placé Ion Antonescu et Horia Sima sur un pied d’égalité. Le 28 octobre, Sima accusa Antonescu d’avoir violé ce décret en refusant d’emprisonner les membres des anciens partis démocratiques et les franc-maçons. Il affirma qu’une telle diversité politique était contraire aux principes d’un État totalitaire. Sima voulait également appliquer les principes nazis à l’économie en plaçant tout sous un contrôle centralisé, position anti-libérale et anticapitaliste qui explique, après la guerre, l’adhésion d’anciens légionnaires au parti communiste roumain. Le 16 octobre, Sima adressa une lettre à Antonescu en ce sens, mais ce dernier rejeta l’idée. Les relations entre Antonescu et la Garde atteignirent un point de rupture après le massacre de Jilava. Malgré la tension croissante, les deux parties conclurent une trêve pour le moment, permettant à un légionnaire de conserver le poste de chef de la police de Bucarest tout en prévoyant la condamnation publique des meurtres commis à Jilava[18].

Plusieurs décrets antisémites furent promulgués par l’« État national-légionnaire », qui restèrent en vigueur après l’exclusion de la Garde de Fer du pouvoir, et jusqu’au [3].

Le , l’« État national-légionnaire » fut confronté à un séisme majeur qui détruisit 65 000 immeubles, faisant des dizaines de milliers de morts.

Développements extérieursModifier

En juin 1940, alors que la Roumanie carliste est neutre, et que la France bascule dans la collaboration, les relations entre les deux pays se poursuivent, et ne sont pas affectées par la mise en place de l’« État national-légionnaire ». Ni les Français expatriés en Roumanie, ni les Roumains de France (parmi lesquels Emil Cioran et Eugène Ionesco, attaché de presse à l’ambassade de Roumanie en France, à Vichy[19]) ne sont inquiétés.

Début octobre 1940, 65 000 soldats allemands furent déployés autour des raffineries de pétrole de Ploiești, indispensables à l’économie du Troisième Reich. Cette action germano-roumaine menée sans consulter Benito Mussolini (allié d'Adolf Hitler au sein de l’Axe et leader de l’Italie fasciste) a incité le « Duce » italien à envahir la Grèce pour ne pas être en reste. La guerre italo-grecque qui s’ensuivit fut pour le dictateur italien un désastre, les Grecs contre-attaquant et libérant pendant six mois l’Épire du Nord, partie de l’Albanie sous domination italienne depuis 1938[20]. L’entrée des troupes allemandes en Roumanie était une occupation (la Wehrmacht vivant de réquisitions aux dépens de la Roumanie et se substituant aux autorités roumaines dans de nombreuses zones), mais pas une invasion (elle s’est produite avec l’approbation d’Antonescu)[21]. Les premières troupes allemandes arrivèrent en Roumanie le 10 octobre, en partie pour répondre à la demande d’assistance militaire d’Antonescu, en plus de leur objectif principal de défense des champs pétrolifères roumains contre « les saboteurs »[22]. La Roumanie a ensuite adhéré au pacte tripartite et au pacte anti-Komintern les 23 et 25 novembre respectivement[23] devenant ainsi officiellement une alliée du Troisième Reich.

Un effet de cette accentuation de la domination de l’Allemagne nazie sur la Roumanie fut que la minorité allemande en Roumanie (320 000 personnes après les pertes territoriales de la Roumanie) échappa en grande partie au rapatriement forcé dans le Reich, contrairement à ses homologues de Bessarabie et de Bucovine du Nord, territoires devenus soviétiques. Seuls 76 500 Allemands du sud de la Bucovine et de la Dobroudja furent « rapatriés » et installés dans le Warthegau dans des fermes confisquées aux Polonais. La convention germano-roumaine du qui a réglementé ces rapatriements, obligeait l’État national-légionnaire à racheter au Reich les biens immobiliers abandonnés par les Allemands « rapatriés ». L’État roumain utilisa ces biens pour accueillir des réfugiés aroumains de Bulgarie, chassés de la Dobroudja du Sud à la suite des accords de Craiova[24].

Des escarmouches à la nouvelle frontière avec l’URSS ont eu lieu pendant toute la durée de l’État national-légionnaire. Le , les Soviétiques avaient occupé la ville et le canton roumain de Herța en plus de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord, et en octobre 1940, la marine soviétique occupa encore plusieurs îles roumaines dans le delta du Danube, hors du traité de cession conforme au pacte germano-soviétique. C’est lors de l’annexion de Herța que l’armée roumaine compta ses deux premiers morts de la seconde Guerre mondiale. L’un de ces deux premiers morts était un soldat juif du nom de Salomon Iancou. Leur mort est due au fait que le pacte Hitler-Staline ne prévoyait pas l’annexion du canton de Herța par les Soviétiques, qui ne le revendiquaient pas. Si l’Armée rouge entra dans Herța le , c’est parce que sur la carte de l’état-major soviétique, l’épaisseur du trait rouge marquant la nouvelle frontière couvrait par erreur Herța. Ne le sachant pas, la garnison roumaine tenta de défendre la ville[25]. Des troupes soviétiques furent concentrées à la frontière roumaine, des avions soviétiques firent de fréquentes incursions dans l’espace aérien roumain et, en janvier 1941, des navires de guerre soviétiques entrèrent dans les eaux roumaines : l’ambassadeur allemand Manfred von Killinger « conseilla » très fermement à Antonescu (mit Nachdruck beraten) de ne pas réagir militairement, tandis que les « légionnaires », pour leur part, exigeaient une contre-offensive massive et rapide[26].

 
Cadavres de victimes du pogrom de Bucarest du jetés dans la forêt de Jilava.

Les tensions atteignirent leur paroxysme en janvier 1941 lorsque les Soviétiques présentèrent un ultimatum demandant à la Roumanie de leur céder le delta du Danube. Ils tentèrent de s’emparer du port de Galați (județ de Covurlui) qu’un mouilleur de mines soviétique bloqua, mais cette fois la marine fluviale roumaine répliqua, tuant 26 soviétiques et perdant elle-même 85 marins. Sur un rappel à l’ordre de leur allié allemand, les soviétiques retirèrent leur ultimatum et s’en tinrent au pacte germano-soviétique[27].

Fin de l'« État national-légionnaire »Modifier

Le , la Garde de fer tenta d’évincer Antonescu par un coup d’État combiné à un pogrom contre les Juifs de Bucarest qui fit cent trente morts le . Les « légionnaires » s’emparèrent de l’abattoir de Bucarest, en expulsèrent les animaux et le personnel, y menèrent leurs victimes et procédèrent à leur assassinat avant de les accrocher aux crocs de boucher, tout en chantant des hymnes chrétiens pour « purifier la nation » (en roumain : pentru curățirea neamului) : pour eux, leur crime était un « rituel de sacrifice ». Lorsque la ville de Bucarest leur demanda d’évacuer l’abattoir pour le désinfecter, les « légionnaires » refusèrent aux familles des victimes le droit d’offrir à leurs proches des sépultures dans les cimetières juifs de la ville, et réquisitionnèrent des Roms fossoyeurs (eux aussi considérés comme « impurs » - en roumain : spurcați) pour transporter et jeter les cadavres dénudés dans la forêt de Jilava, au sud de la ville[28]. « Un acte de férocité peut-être unique dans l’histoire de la Shoah », selon Norman Manea[29].

Il fallut à Antonescu et à l’armée quatre jours pour réussir à déjouer le coup d’État de la Garde de fer, qui fut exclue du gouvernement. La répression de la rébellion légionnaire a également fourni des données sur l’équipement militaire utilisé par la Garde de fer, soit 5 000 armes à feu (revolvers, fusils et mitraillettes) et de nombreuses grenades uniquement à Bucarest[30]. La Légion possédait également une petite force blindée composée de deux voitures de police blindées et de deux porte-blindés chenillés Malaxa[31]. Pour le transport, rien qu’à Bucarest, la Légion possédait également près de 200 camions[32].

Le , l’« État national-légionnaire » fut officiellement aboli et Antonescu déclara que la Roumanie serait désormais un « État national et social ». Environ 30 000 « légionnaires » fuirent vers l’Allemagne nazie ou la France pétainiste, tandis que 9 000 d’entre eux, rattrapés au pays, furent arrêtés et internés dans des camps de travail forcé notamment à Târgu Jiu et dans la steppe du Bărăgan. Parmi les premiers, la plupart se réfugièrent dans l’Espagne franquiste ou en Amérique latine lorsque l’Axe commença à subir des défaites, tandis que 1 842 parmi les derniers furent jugés et condamnés à diverses peines allant de quelques mois de prison à la prison à vie[33],[34],[35].

Production militaireModifier

Sous l’« État national-légionnaire », les usines d’armement roumaines produisirent en 3 mois, entre octobre et décembre 1940 :

  • Armes légères. Entre 1938 et juin 1941, la Roumanie produisit plus de 5 000 mitrailleuses légères ZB vz. 30[36]. Cela représente une production mensuelle moyenne de plus de 120 mitrailleuses, ce qui signifie qu'environ 500 ont été produites sous la gouvernance de l’« État légionnaire ».
  • Pièces d'artillerie. Entre 1938 et mai 1941, la Roumanie fabriqua 102 canons anti-aériens de 37 mm Rheinmetall[37]. Cela représente une production mensuelle moyenne de 2,5 pièces, ce qui signifie qu'une dizaine a été produites sous la gouvernance de l’« État légionnaire ». Entre 1936 et juillet 1941, la Roumanie produisit 100 canons anti-aériens Vickers de 75 mm[37]. Cela représente une production mensuelle moyenne de 1,5 pièce, ce qui signifie qu'environ six ont été produites sous la gouvernance de l’« État légionnaire ».
  • Véhicules blindés. Entre la deuxième moitié de 1939 et mars 1941, la Roumanie produisit 126 tracteurs blindés Malaxa[38]. Cela représente une production mensuelle moyenne d'un peu plus de 6 tracteurs, ce qui signifie qu'environ 25 véhicules ont été fabriqués sous la gouvernance de l’« État légionnaire ».

Héritage de l’État national-légionnaireModifier

Changements d’alliancesModifier

  • Le , l’État national-légionnaire quitta le Pacte balkanique mais signa un accord commercial avec l’un des membres du pacte, la Turquie.
  • Le , un autre accord commercial fut signé entre l’État national-légionnaire et la Yougoslavie, un autre membre du Pacte balkanique.
  • Le , la Roumanie s’allia officiellement à l’Allemagne nazie en rejoignant l'Axe par la signature des pactes tripartite et anti-Komintern.
  • Le , l’« État national-légionnaire » ouvre le territoire roumain aux forces armées de l'Allemagne nazie (Luftwaffe et Wehrmacht).
  • Le , un accord commercial de dix ans fut signé entre l’État national-légionnaire et l’Allemagne nazie, prévoyant en théorie la « reconstruction économique » de la Roumanie et en pratique le pillage du pays à crédit (dont on ne reparla plus après la guerre) au profit de l’effort de guerre du Reich : les piliers stratégiques de ce dispositif étaient l’important gisement pétrolier des alentoirs de Ploiești et l’ensemble des mines de charbon de Petroșani[40].

Dégradation de l'image internationale de la RoumanieModifier

Qualifié par Traian Popovici de tâche indélébile sur le visage de la nation, l’« État national-légionnaire » a inauguré l’adhésion de la Roumanie à l’Axe, d’abord de facto en accueillant l’armée allemande dans le pays et, peu de temps après, de jure . Il a également commis des crimes comme le massacre de Jilava du et des crimes contre l’humanité comme le pogrom de Bucarest du . Réprimé en janvier 1941, puis officiellement aboli en février, l’« État national-légionnaire » n'a duré que quelques mois, mais il a légué au devoir de mémoire le discours conjoint d’Antonescu et Sima[41], les funérailles empreintes de fanatisme du fondateur de la Garde de Fer Corneliu Codreanu[42], la passivité de la maison royale[43] et l’exacerbation d’un antisémitisme devenu obsessionnel qui a rendu possible la Shoah en Roumanie.

Les 10 et , le Royaume-Uni et la Belgique rompirent leurs relations avec la Roumanie en raison de son adhésion à l’Axe sous la gouvernance de l’État national-légionnaire, mais sans lui déclarer la guerre, le royaume étant alors officiellement neutre[44]. Dès lors, les Juifs roumains fuyant la Shoah en Roumanie grâce aux filières mises en place par l’association Aliya d’Eugen Meissner et Samuel Leibovici, furent considérés par les Alliés comme les « citoyens d’un pays sous contrôle ennemi »[45] et les visas britanniques pour la Palestine leur furent refusés, ce qui engendra plusieurs tragédies comme celles du Struma ou du Mefküre[46].

Sous la gouvernance de l’« État national-légionnaire », la communauté juive fut déjà fortement traumatisée en voyant des grands noms de la classe intellectuelle abandonner si facilement leurs valeurs antérieures pour se rallier à la rhétorique haineuse des « légionnaires »[47], à l’image d’un Nae Ionescu, d’un Mircea Eliade qualifiant la renaissance culturelle roumaine d’« apologie abstraite de l’humanité » et d’« imitation simiesque de l’Europe occidentale » en accusant la démocratie d’« avoir pour effet d’écraser toute tentative de renaissance nationale »[48] et adhérant au parti légionnaire « Tout pour le pays », ou encore d’un Emil Cioran alors dans la vingtaine, écrivant : « à l’exception de Jésus, aucun autre être mort n’a été aussi présent que Codreanu parmi les vivants - […] - cet homme mort répand un parfum d’éternité sur nos excréments humains et ramène le ciel sur la Roumanie ». De là à occulter les ennemis des « légionnaires » comme Tudor Arghezi ou Mihail Sadoveanu, pour affirmer que tous les Roumains sont des « légionnaires » et des bourreaux en puissance, il n’y a qu’un pas, que certains commentateurs ont franchi, développant l’image d’une Roumanie haineuse et violente[49].

De leur côté, les « légionnaires » survivant en exil, ainsi dépeints en représentants les plus typiques du peuple roumain, ont tiré parti de ces amalgames et certains n’ont pas hésité, durant la guerre froide, à vendre leurs services aux Occidentaux[50]. Réfugié en Espagne franquiste, Horia Sima inaugura le à Majadahonda un monument grandiose à Ion Moța et Vasile Marin, deux « légionnaires » tués le à cet endroit par les Républicains espagnols durant la guerre civile espagnole (où 1200 roumains combattirent du côté Républicain, mais ceux-là, n’ayant pas la même « aura sulfureuse » que les « légionaires », ne sont plus guère évoqués[51]).

Timbres de l’« État national-légionnaire »Modifier

ÉxegèseModifier

L'exégèse de l'État national-légionnaire peut exprimer l'un ou plusieurs de ces quatre points de vue :

  • l'approche communiste en fait un avatar du « régime bourgeois-aristocratique de la monarchie roumaine, en son ultime exacerbation fasciste » sans référence à l'idéologie officielle de l'État national-légionnaire, ce qui revient à occulter le caractère spécifiquement antisémite de ce régime[52] ;
  • l'approche nationaliste oppose « juifs » et « roumains » sur le mode « nation contre nation », qui présuppose qu'on ne peut pas être l'un et l'autre à la fois. Ce point de vie oppose juifs et chrétiens : c'est celui de la Garde de Fer et d'une partie de l'église orthodoxe roumaine, qui affirment qu'on ne peut être roumain que si l'on est chrétien. Les roumanophobes, pour leur part, attribuent les idées de l'État national-légionnaire à tous les roumains et parlent de « peuple profondément antisémite »[53], ce qui revient à considérer ce régime comme le plus représentatif qui ait existé dans l'histoire de la Roumanie, et à tenir l'ensemble des non-juifs de Roumanie pour des criminels ou des complices des criminels[54] ;
  • l'approche négationniste et complotiste met en doute les témoignages pour tenter de minimiser la portée des évènements, en occultant le rôle du régime, son idéologie, les rumeurs qu'il a sciemment répandues, et le nombre de participants aux pillages, viols et meurtres, imputés uniquement à la pègre et aux Roms ; cete approche prétend que les faits ont été grossis par des « complotistes anti-roumains », ce qui revient à recycler les mythes du complot judéo-maçonnique et judéo-communiste[55] ;
  • l'approche historique universitaire qui se base sur les archives roumaines et le rapport de la Commission Wiesel, ne privilégie aucun des points de vue précédents et s'en tient aux sources, ce qui revient à faire la part des causes et à les décrire dans toute leur complexité, sans exonérer les criminels et les décideurs de leurs responsabilités et sans instrumentaliser la mémoire des victimes au profit des militantismes politiques postérieurs à la tragédie[56].

Articles connexesModifier

RéférencesModifier

  1. Marina Cattaruzza, Stefan Dyroff, Dieter Langewiesche, Berghahn Books, 2012, Territorial Revisionism and the Allies of Germany in the Second World War: Goals, Expectations, Practices, p. 98
  2. Le recensement roumain de 1941 eût lieu le , près de deux mois après la dissolution de l’« État national-légionnaire » : il enregistra une population de 13 535 757 personnes : Enciclopedia de istorie a României, article Recensămintele României 1899-1992, Editura Meronia 2002, p. 358.
  3. a et b Keith Hitchins, Clarendon Press, 1994, Romania 1866-1947, p. 484
  4. Hans Rogger, Eugen Weber, University of California Press, 1966, The European Right: A Historical Profile, p. 551
  5. Jean W. Sedlar, BookLocker.com, 2007, The Axis Empire in Southeast Europe, 1939-1945, p. 20
  6. D. Deletant, Springer, 2006, Hitler's Forgotten Ally: Ion Antonescu and his Regime, Romania 1940-1944, p. 51
  7. R. Haynes, Springer, 2016, Romanian Policy Towards Germany, 1936-40, p. 147
  8. Institute for Historical Review, 1986, The Journal of Historical Review, Volume 7, Issues 1-2, p. 213
  9. Le régime carliste avait emprisonné des partisans de la Garde de Fer comme Nae Ionescu (qui en mourra), fait tuer Corneliu Codreanu chef des « légionnaires », fait tirer sans sommation sur les rassemblements de la Garde de Fer (qui assassinait ministres, universitaires et franc-maçons) et, malgré la « trahison de Munich » qui provoque l'effondrement de la Petite Entente, avait choisi de rester fidèle à la politique étrangère de la Roumanie, alliée de la France et de la Grande-Bretagne qui garantissent ses frontières le . Même si Carol II chercha l'apaisement avec l'Allemagne et l'URSS (Lilly Marcou, Le roi trahi. Carol II de Roumanie, Paris, Pygmalion, ) et n'abolit pas les décrets discriminatoires du gouvernement Goga, il respecta ses engagements économiques envers les Alliés (Jean Lopez, article Les Alliés, maîtres du jeu pétrolier dans « Guerres & Histoire » no 9, octobre 2012, pages 38 à 43) ainsi que les traités liant Bucarest et Varsovie, en ouvrant ses frontières au gouvernement polonais et aux rescapés de son armée après l'invasion germano-soviétique de septembre 1939, et en utilisant le Service maritime roumain pour transporter les troupes polonaises à Alexandrie où elles intégrèrent les forces britanniques (Matthieu Boisdron, La Roumanie des années trente. De l'avènement de Carol II au démembrement du royaume (1930-1940), Anovi, , 224 p. (ISBN 978-2-914818-04-9)).
  10. D. Deletant, Springer, 2006, Hitler's Forgotten Ally: Ion Antonescu and his Regime, Romania 1940-1944, p. 53
  11. D. Deletant, Springer, 2006, Hitler's Forgotten Ally: Ion Antonescu and his Regime, Romania 1940-1944, pp. 57-58
  12. Stanley Payne, A History of Fascism, 1914-1945, University of Wisconsin Press, (ISBN 0203501322)
  13. Keith Hitchins, Cambridge University Press, 2014, A Concise History of Romania, p. 204
  14. Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21 août 1939) aux hostilités de Russie (22 juin 1941). Egloff, Fribourg/Suisse, 1944.
  15. Gh. Buzatu, A History of Romanian Oil Vol II, Editura Mica Valahie, pp. 366-367
  16. Gh. Buzatu, A History of Romanian Oil Vol II, Editura Mica Valahie, p. 367
  17. John Lampe, Mark Mazower, Central European University Press, 2004, Ideologies and National Identities: The Case of Twentieth-Century Southeastern Europe, p. 40
  18. Keith Hitchins, Clarendon Press, 1994, Rumania 1866-1947, pp. 464-465
  19. Michel Winock, magazine l'Histoire no 276, p. 19, mai 2003
  20. Richard Z. Freemann, Jr., Lulu.com, 2016, A Concise History of the Second World War: Its Origin, Battles and Consequences, p. 100
  21. Raphael Shen, Greenwood Publishing Group, 1997, The Restructuring of Romania's Economy : a Paradigm of Flexibility and Adaptability, p. 5
  22. Keith Hitchins, Cambridge University Press, 2014, A Concise History of Romania, p. 205
  23. David Nicholls, ABC-CLIO, 2000, Adolf Hitler: A Biographical Companion, p. 225
  24. S. Ionescu, Springer, 2015, Jewish Resistance to ‘Romanianization’, 1940-44, p. 110
  25. Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l'Est, Éditions Egloff et L.U.F. (Librairie de l'Université de Fribourg), Fribourg - Paris, 1944.
  26. D. Deletant, Springer, 2006, Hitler's Forgotten Ally: Ion Antonescu and his Regime, Romania 1940-1944, p. 280
  27. Douglas M. Gibler, Rowman & Littlefield, 2018, International Conflicts, 1816-2010: Militarized Interstate Dispute Narratives, pp. 378-379
  28. Moses Rosen (dir.), (ro) Evreii din România între anii 1940-1944, Bucarest 1993
  29. Norman Manea, On Clowns: The Dictator and the Artist : Essays, Grove Press 1993, p. 92
  30. Henry Robinson Luce, Time Inc., 1941, Time, Volume 37, p. 29
  31. Auswärtiges Amt, H.M. Stationery Office, 1961, Documents on German Foreign Policy, 1918-1945: The aftermath of Munich, Oct. 1938-March 1939, p. 1179
  32. Roland Clark, Cornell University Press, 2015, Holy Legionary Youth: Fascist Activism in Interwar Romania, p. 232
  33. Keith Hitchins, Clarendon Press, 1994, Romania 1866-1947, p. 469
  34. L. Leustean, Springer, 2008, Orthodoxy and the Cold War: Religion and Political Power in Romania, 1947-65, p. 54
  35. Rebecca Haynes, Martyn Rady, I.B.Tauris, 2013, In the Shadow of Hitler: Personalities of the Right in Central and Eastern Europe, p. 283
  36. (en) Mark Axworthy, Third Axis, Fourth Ally: Romanian Armed Forces in the European War, 1941–1945, Londres, , 368 p. (ISBN 978-1854092670), p. 29.
  37. a et b (en) Mark Axworthy, Third Axis, Fourth Ally: Romanian Armed Forces in the European War, 1941–1945, Londres, , 368 p. (ISBN 978-1854092670), p. 30.
  38. (en) Mark Axworthy, Third Axis, Fourth Ally: Romanian Armed Forces in the European War, 1941–1945, Londres, , 368 p. (ISBN 978-1854092670), p. 33.
  39. (en) Mark Axworthy, Third Axis, Fourth Ally: Romanian Armed Forces in the European War, 1941–1945, Londres, , 368 p. (ISBN 978-1854092670), p. 245.
  40. Gh. Buzatu, Editura Mica Valahie, A History of Romanian Oil Vol II, p. 367.
  41. Horia Sima and Ion Antonescu speech (YouTube)
  42. Codreanu funeral (YouTube)
  43. Léon Volovici (trad. Florence Heymann), « « Jean Ancel, In memoriam » », Revue d'histoire de la Shoah, no 194,‎ , p. 619-627 (lire en ligne) : le roi Michel présenta les excuses de la maison royale lors de son discours pour la commémoration en 2006 des victimes de la Shoah, où il déclara : « Nous, tous les Roumains et ma famille incluse, devons continuer à chercher dans notre conscience la condamnation des immenses crimes commis en notre nom ou au nom de notre pays (…) et dont nous étions coupables (…). Nous avions l'une des plus grandes communautés juives d'Europe, un vaste groupe de personnes entreprenantes, hommes et femmes de culture, peuple serviable et qui aurait aidé la Roumanie d'aujourd'hui. À la fin, tous les Roumains, comme toutes les nations européennes, sont les perdants de la Shoah. Aujourd'hui, nous partageons la douleur tous ensemble, et cette douleur nous liera pour des siècles » ((en) Corina Dobos et Marius Stan, History of Communism in Europe vol. 1 / 2010: Politics of Memory in Post-communist Europe, Zeta Books, (ISBN 9789731997858, lire en ligne), p. 287-288)
  44. Gh. Buzatu, A History of Romanian Oil Vol II, Editura Mica Valahie, pp. 366-368
  45. Expression de Harold MacMichael, Haut-Commissaire britannique en Palestine : Gilbert Achcar, The Arabs and the Holocaust: The Arab-Israeli War of Narratives, Chastleton Travel 2010, page 148.
  46. Charles Enderlin, Par le feu et par le sang, le combat clandestin pour l'indépendance d'Israël, Albin Michel 2008, p. 98-100.
  47. Alexandra Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco : l'oubli du fascisme, PUF coll. « Perspectives critiques », Paris 2002, (ISBN 2-13-051783-8).
  48. Zigu Ornea, (ro) Anii treizeci : extrema dreaptă românească, Bucarest 1995, p. 32.
  49. Marc Semo, L’horreur est roumaine dans Libération du 26 février 2009 commentant la sortie de la traduction française du récit de Matatias Carp sur la Shoah en Roumanie sur [1] ou Leon Volovici, Nationalist Ideology and Antisemitism : the case of Romanian Intellectuals in the 1930s, éd. Pergamon Press, Oxford 1991, (ISBN 0-08-041024-3).
  50. Ce fut le cas, par exemple, d'Ion Golea, d'Ion Samoilă, d'Ică Tănase et d'Ion Tolan, qui se firent parachuter en Roumanie communiste en 1953 par la CIA avec la mission de collecter des renseignements sur la résistance anticommuniste roumaine : la mission fut un échec car ils furent pris, torturés et exécutés (source : CNSAS - Consiliul Naţional pentru Studierea Arhivelor Securităţii - « Conseil national pour l'étude des archives de la Securitate », Bucarest).
  51. Valter Roman, Sub cerul Spaniei (« Sous le ciel d'Espagne »), éd. Tineretului, Bucarest 1950.
  52. Mihai Manea, Bogdan Teodorescu, Istoria Românilor. Epoca modernă și contemporană, Bucarest 1983
  53. Zvi Yavetz, „An Eyewitness Note: Reflections on the Rumanian Iron Guard”, Journal of Contemporary History, Vol. 26, No. 3/4, republié dans The Impact of Western Nationalisms : Essays Dedicated to Walter Z. Laqueur on the Occasion of His 70th Birthday (Sep., 1991), pp. 597-610, Sage Publications, Ltd.
  54. Ce point de vue, exprimé à travers des adjectifs polémiques, sous-tend le commentaire critique d'Alexandra Laignel-Lavastine du livre de Matatias Carp Cartea neagră, le livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie, 1940-1944, Denoël, 2009 et le compte rendu par Marc Semo L'horreur est roumaine dans Libération du 26 février 2009.
  55. Paul Goma, La semaine rouge 28 juin - 3 juillet 1940 ou la Bessarabie et les Juifs, ed. Vremea, Bucarest 2004.
  56. Elie Wiesel (coord.), Comisia Internațională pentru Studierea Holocaustului în România : raport final, (« Rapport final de la commission internationale pour l'étude de l'holocauste en Roumanie ») ed. Polirom, Iași 2005, (ISBN 973-681-990-6), [2].