Traites négrières

commerces d'esclaves provenant d'Afrique
(Redirigé depuis Traite des Noirs)

Le terme « traites négrières », ou « traite des nègres » ou « traite des noirs », désigne le commerce d'esclaves venus d'Afrique[1] durant près de treize siècles, phénomène historique en raison des dizaines de millions de victimes déportées d'un continent à l'autre.

Captifs sur le marché aux esclaves de Zanzibar, deuxième tiers du XIXe siècle.

Trois types de traite négrière auraient abouti à la déportation d'environ 42 millions de personnes[2], selon des estimations parfois contestées, et concernaient des périodes de longueur très différentes. La traite orientale (17 millions de déportés, sur 13 siècles[2]), dont la traite dite arabe était la composante principale, la traite intra-africaine (14 millions de déportés, sur plusieurs siècles, majoritairement au XIXe siècle[2],[3]), et la traite atlantique (11 millions de déportés, dont 90 % sur 110 ans[2]). L'apogée de la traite atlantique a eu lieu au XVIIIe siècle[4], celles de la traite orientale, et de la traite intra-africaine, au XIXe siècle[4].

Le Portugal sera le premier pays du monde moderne à abolir l'esclavage, tant sur ses frontières naturelles que dans ses colonies, en 1761. L'abolition de la traite atlantique est réclamée par une pétition au Parlement anglais en 1783[5],[6], soutenue par Charles Middleton, chef suprême de la Royal Navy, puis d'autres, au nombre de 519, totalisent 390 000 signatures en 1792[7]. La Révolution française abolit l'esclavage et la traite, le 4 février 1794, mais Napoléon les rétablit en 1802-1803. Cependant, quelques années plus tard, Napoléon abolira officiellement la traite des Noirs en 1815. La Deuxième République abolira l'esclavage sur tous les territoires français, par le décret du 27 avril 1848. En 1807, le Parlement britannique vote l'abolition de la traite atlantique, dont les flux chutent après le droit de visite des navires étrangers, imposé par les Anglais à partir de 1815, grâce à la domination des mers de la Royal Navy.

La traite orientale, principalement arabe, ainsi que la traite intra-africaine, ininterrompues depuis de nombreux siècles, vont cependant perdurer. Ces dernières traites seront abolies par les européens au XIXe siècle, et au XXe siècle.

L'expression de « traite négrière » appliquée par l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau à la traite orientale, qui a parfois succédé à celle des Romains avec des victimes de toutes origines, est contestée car ne visant pas une race en particulier[8].

DéfinitionsModifier

ÉtymologieModifier

Le mot « traite » vient de « tradere » un verbe latin signifiant échanger[9]. L’historien Joseph Miller a donc appelé les années 1500-1800 la période « en extraction » de l’histoire de la traite des Noirs[10] et a observé que la relation était loin d’être égale[11].

Selon le statut de Rome de la cour pénale internationale, « par « réduction en esclavage », on entend le fait d'exercer sur une personne l'un quelconque ou l'ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété, y compris dans le cadre de la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants »[12].

Les historiens anglophones parlent de slave trade (« commerce d'esclaves ») mais Serge Daget rappelle que bon nombre d'entre elles étaient nées libres[13]. Pour d'autres historiens, la captivité imposée pendant le voyage en fait des esclaves.

Selon l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, la formule « traite négrière » semble plus adaptée[14] que celle de Commerce triangulaire car faisant référence aux « négriers », les « commerçants » de cette traite. Le Commerce triangulaire n'est cependant qu'une forme de traite, qui se faisait aussi "en droiture".

Les deux traites occidentales, en droiture et triangulaireModifier

La majorité des navires commerçant avec les colonies ne pratiquent pas la traite négrière, mais le commerce en droiture[15], qui domine aux deux tiers le commerce triangulaire, plus tardif[16]: le navire achemine les aliments, tissus et outils nécessaires au fonctionnement des colonies et revient chargé de denrées coloniales (coton, sucre, cacao, café, indigo). Cet aller-retour direct entre la métropole et la colonie est moins risqué car évitant le détour par l'Afrique.

 
Pacotille : Cauris des îles Marquises et perles de Murano notamment échangés contre des esclaves en Afrique. Musée d'Aquitaine, Bordeaux.

Dans le commerce triangulaire, les navires négriers partent de l'Europe les cales pleines de « pacotille » (verroterie, miroirs, objets de parure, coquillages) mais aussi des marchandises de traite de qualité (tissus, alcools, armes à feu, barres de fer, lingots de plomb) troquées sur les côtes africaines contre des captifs. Le capitaine doit négocier auprès de fournisseurs africains qui peuvent parfois faire jouer la concurrence[16]. Les navires mettaient ensuite le cap sur l'Amérique du Sud, les Caraïbes ou l'Amérique du Nord, où les esclaves étaient vendus contre des lettres de change ou des matières premières : sucre, puis coton et café pour approvisionner l'Europe. Les investissements sucriers anglais des années 1660 puis français des années 1680, abaissent son prix, mais font monter celui des esclaves en Afrique, relançant les guerres tribales.

L'Espagne ignorait le commerce triangulaire. Le traité de Tordesillas lui interdisant les comptoirs en Afrique, elle importait via l'Asiento.

Les premiers esclaves africains arrivent à Cuba dès 1513. Mais deux siècles et demi plus tard, en 1763, Cuba ne compte que 32 000 esclaves, 10 fois moins que la Jamaïque anglaise et 20 fois moins que Saint-Domingue. En revanche, de 1792 à 1860, 720 000 Noirs sont introduits par les réfugiés français de Saint-Domingue à Cuba[17], alors que l'esclavage disparaît à Saint-Domingue et à la Jamaïque.

La création dans les années 1670 de la Compagnie du Sénégal et de la Royal African Company dope le commerce triangulaire. La Martinique n'avait que 2 600 esclaves en 1674, ils sont 90 000 un siècle plus tard. D'immenses fortunes émergent[18], sans se réinvestir dans l'industrie : malgré l'enrichissement des Irlandais de Nantes, l'arrière-pays reste sous-développé. Nantes, Bordeaux, Le Havre et La Rochelle[19] deviennent à la fin du XVIIIe siècle les principaux ports français pratiquant le commerce triangulaire français. La Compagnie française des Indes orientales développe un trafic de traite à partir du Sénégal (Île de Gorée) et du port de Ouidah, à destination des Antilles françaises, notamment de Saint-Domingue.Les bateaux sont plus grands, Saint-Domingue reçoit 20 000 captifs par an, le prix des esclaves monte encore, générant des guerres en Afrique.

L'île de Gorée, lieu de départ d'esclaves vers l'Amérique

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Critères selon GrenouilleauModifier

Pour qu'il y ait traite négrière, selon l’historien controversé Olivier Pétré Grenouilleau, il faut que les six éléments suivants soient combinés[20].

  • les victimes sont des Noirs ;
  • les réseaux d’approvisionnement sont organisés et intégrés ;
  • les populations esclaves ne peuvent se maintenir de manière naturelle (natalité/décès) ;
  • le lieu de la capture et celui de la servitude sont éloignés l’un de l’autre ;
  • la traite[21] correspond à un échange commercial entre producteurs et acheteurs et l’esclave est donc considéré comme une marchandise;
  • des entités politiques approuvent ce commerce et en retirent un bénéfice financier.

HistoriographieModifier

Les récits de marins et trafiquantsModifier

Les récits des marins portugais Azurara, Cadamosto et Pacheco Pereira, arrivés en Afrique avant le commerce des esclaves ne comportent aucune trace de racisme[22]. C'est aussi le cas, quand la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle voient émerger un grand nombre d'ouvrages écrits par Barbot, Snelgrave, Bosman et Phillips ou d'autres trafiquants d'esclaves et employés travaillant dans les « compagnies commerciales africaines »[22].

Le différend de 1969, Curtin contre DunbarModifier

Jusqu'au milieu du XXe siècle, les historiens ont pris en compte les chiffres sur le commerce des esclaves estimés dans son livre de 1860, de 278 pages, publié sous le titre « The Mexican papers », dont une partie a été traduite le 5 mai 1860 dans la « Revue des deux mondes »[23] puis republiée en 1863[24], par Edward Ely Dunbar (1812-1871)[25] abolitionniste américain et se basant sur des connaissances encore partielles sur la répression de la traite au XIXe siècle[26]. Ces chiffres avaient été retravaillés en 1936 par l'économiste allemand Robert René Kuczynski, qui les a lui-même hérités de l'écrivain américain W. E. B. Du Bois, les publiant dans « The Negro ». Ces chiffres sont ensuite contestés par de nouveaux ouvrages, comme le livre de Philip Curtin (en) en 1969[27] proposant de « nouveaux » chiffres[22], mais lui-même contesté pour ne se référer à aucune source nouvelle[22]. Dans « The Atlantic Slave Trade: A Census », il critique le fait que le chiffre de 20 millions de déportés soit une extrapolation à partir de dossiers désormais perdus concernant la Jamaïque[28]. Dans une démarche historiographique, il montre aussi le lien entre les chiffres d'Edward Ely Dunbar et ceux de W. E. B. Du Bois et Robert René Kuczynski[29].

Le chiffre de 11 millions d'esclaves estimé par Curtin, est souvent considéré comme le strict minimum pour ce qui est du trafic atlantique et n'inclut pas celui passant par l'océan Indien, autre traite marquée par la participation de l'Europe, dont l'ordre de grandeur est jugé encore plus difficile à estimer[22].

Les travaux de l'historien Patrick Manning dès 1969Modifier

Dans les années 1960, l'universitaire Patrick Manning (en) observe que l’Afrique du Nord et l’Arabie furent au cours du premier millénaire les principales destinations des migrants subsahariens[30] et lance des recherches audacieuses, estimant qu'elle fut sous-évaluée.

En 1969, il soutient sa thèse sur l’histoire économique du Dahomey entre 1880 et 1914, sous la direction de Philip Curtin[30], qui publie cette année-là The Atlantic Slave Trade[30]. Au cours des années 1970, Manning se tourne vers des analyses démographiques de la traite à partir des terrains qu’il connaît, le golfe du Bénin, pour tenter d’affiner les données disponibles sur le nombre de personnes qui y ont été asservies ou déportées[30]. Il constate que les débats sur la diaspora africaine ont régulièrement grandi en importance depuis les années 1960[30]. Grâce à des programmes de simulation développés avec un collègue mathématicien, il estime en 1981 que la mortalité due à l’esclavage a entraîné un déclin démographique[30]. Deux ouvrages synthétisent ces recherches : Francophone Sub-Saharan Africa (1988) et Slavery and African Life (1990)[30]. Mais l'étude de la traite n'est rapidement pour lui qu'un palier vers l’histoire migratoire[30], plus large, qui peut la faciliter, car il constate, à partir du XVIIe siècle, des « identités raciales renforcées par l’asservissement »[30] et un « nombre phénoménal d’études sur la traite des esclaves »[30].

Obliquant vers l'histoire migratoire en 1983, Patrick Manning élabore à Bryn Mawr College un projet de cours « Histoire de trois mondes (Afrique, Europe, Amérique) »[30], puis un an plus tard déménage à Northeastern University[30], où il le reprend. Au même moment, le Zimbabwéen Robin Cohen publie en 1995 une grande synthèse sur la migration mondiale[30], puis en 1997 un livre sur les diasporas mondiales[30], remarqué par Patrick Manning, qui s'aperçoit que les études sur chaque diaspora ont eu tendance à « progresser de manière séparée »[30], offrant un potentiel de connexion.

En 2005, Patrick Manning publie Migration in World History, reprenant ses travaux sur l'histoire mondiale[30], dont deux chapitres entiers traitent de la dispersion de l’humanité à partir de l’Afrique sur très longue durée[30]. Puis en 2009 c'est une étude de la « diaspora africaine », cette fois resserrée à une période qui ne débute qu’en 1400[30], qu'il décrit comme un ensemble de communautés en provenance d’Afrique subsaharienne, sur le continent comme ailleurs sur la planète[30], et qu'il segmente en plusieurs « régions »[30], en développant le concept de « maillage africain », réseau d’intercommunications locales permettant l’échange culturel[30].

Une comparaison contestée entre les traites négrièresModifier

L'historien français Olivier Grenouilleau fut le premier à publier en 2004 une comparaison chiffrée des trois types de traite négrière en 2004[31], la traite orientale, la traite atlantique et la traite intra-africaine ou interne[32], en publiant une compilation bibliographique d'autres auteurs, récompensée par un prix du Sénat. Cette comparaison est reprise quelques mois plus tard dans des articles de presse critiquant la Loi Taubira, classant les traites négrières dans les crimes contre l'humanité, suivie par la loi du 23 février 2005, exigeant une place dans les programmes scolaires pour « le rôle positif de la colonisation », elle-même contestée par un Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire.

Une « Affaire Olivier Grenouilleau » démarre ainsi lors d'un entretien d'Olivier Grenouilleau accordé au Journal du dimanche du , accusant la Loi Taubira d'être responsable des déclarations antisémites de Dieudonné et les descendants d'esclaves d'être peut-être des descendants de négriers.

Dès les années 1960, l'universitaire Patrick Manning (en) avait étudié l'importance de la traite orientale en soulignant ses débuts dès le premier millénaire[30]. Selon Patrick Manning, Olivier Grenouilleau a puisé dans son livre de 1990, Slavery and African Life, des estimations statistiques sur les populations en Afrique et sur la mise en esclavage afin d'affirmer en 2004 « que le commerce transatlantique des esclaves organisé par les Français était négligeable par rapport à l’ampleur de l’esclavage sur le continent africain ».

Patrick Manning a ensuite dénoncé chez Olivier Grenouilleau« des tentatives visant à dissocier l’esclavage transatlantique de l’esclavage africain » et conteste son affirmation d'avoir écrit la première histoire globale de ce phénomène. Selon Patrick Manning, son propre livre et celui de François Renault et Serge Daget, Les traites négrières en Afrique, datant de 1985, l'avaient précédé de deux décennies[30], en soulignant l'importance de la traite orientale et de la traite inter-africaine.

Olivier Pétré-Grenouilleau estime aussi avoir révélé que la traite orientale aurait été la plus importante en nombre avec 17 millions de Noirs, du VIIe siècle à 1920[33], chiffre cependant considéré comme « hypothétique » par Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, spécialiste de l'Afrique[34]. Selon Olivier Grenouilleau, elle aurait été moins visible car se déroulant principalement sur terre et parce que les esclaves n'étaient pas incités à se reproduire entre eux[4], mais d'autres historiens observent que c'était le cas aussi pour la traite atlantique.

Plus généralement, la comparaison est par ailleurs critiquée pour trois raisons:

  • la traite orientale s'est étendue sur 13 siècles alors que la traite atlantique s'est concentrée à 90% sur 110 ans[35];
  • dans le cas de la traite atlantique il s'agit de totalisations agrégant les comptabilités précises des armateurs et de leurs actionnaires, mais volontairement restrictives, pour se protéger du fisc et du mouvement abolitioniste. Dans le cas de la traite orientale et de la traite inter-africaine, il s'agit de projections mathématiques en forme de pure estimation, faites dans des travaux de recherche pour "balayer" la démographie des 11 siècles et être sûr de ne pas manquer un phénomène migratoire ou un autre
  • elle compare la fourchette basse de l'estimation dans un cas (la traite Atlantique) et la fourchette haute dans les cas de la traite orientale et de la traite inter-africaine. Lors d'une interview de janvier 2005 dans Le Monde Olivier Grenouilleau[36], reconnu que l'estimation de Ralph Austen sur laquelle il s'est basé, 17 millions d'esclaves pour la traite orientale, sur onze siècles, est sujette à une marge d'erreur exceptionnellement élevée, de plus ou moins 25 %[36], précision qu'il ne fournit plus dans les articles de presse suivants. Cette estimation est par ailleurs considérée comme « hypothétique » par Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, spécialiste de l'Afrique[37].

La traite orientaleModifier

 
« Maniere dont les Maures prennent les Esclaves », v. 1797.

La traite orientale ou arabe-musulmane utilisait les voies commerciales des empires arabe puis ottoman : traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire, de la mer Rouge. Elle approvisionnait leurs principaux marchés aux esclaves, dans les grandes villes d'Afrique du Nord et de la péninsule arabique, puis de Turquie[4].

Les régions d'importation des captifs sont le Kanem (actuel Tchad), la Nubie, l'Éthiopie, la Somalie et l'hinterland mozambicain et tanzanien[4].

Contrairement à une idée reçue, la traite orientale ne touchait pas davantage les femmes que les hommes et n'était pas particulièrement à finalité sexuelle[38]. En revanche, elle était orientée plus vers la satisfaction des besoins domestiques que vers le travail productif[4]. Elle fournissait une main-d'œuvre servile employée à des travaux domestiques et de services (employés de maison, tâches d'entretien des palais et des infrastructures et activités sexuelles : harem, concubines, prostitution, eunuques). Les travaux des historiens Raymond Mauny, William G. L. Randies et Pierre Kalck ont établi qu'il fallait en moyenne compter trois à cinq morts, pour un esclave déporté[39].

Au Moyen Âge, une partie des esclaves terminaient leurs périples en Espagne et au Portugal, en partie sous contrôle musulman[40] avec l'Al-Andalus jusqu'au XVe siècle, ou en Sicile jusqu'au XIe siècle et dans les Balkans à compter du milieu du XIVe siècle avec les Ottomans.

La traite d'esclaves noirs se poursuivit après la Reconquista espagnole, surtout vers la Sicile et les royaumes de la couronne d'Aragon. Après le Moyen Âge, quelques esclaves noirs arrivèrent jusqu'en Russie via l'Empire ottoman qui contrôlait la quasi-totalité du pourtour de la mer Noire[41].

Le chiffre de 10 millions retenu en 1978Modifier

Lors du colloque de cinq jours organisé par l'UNESCO 1978 à Haïti[39],[22], consacré à la traite négrière, les participants ont estimé le nombre des esclaves partis d'Afrique à 15,4 millions pour la traite atlantique 4 millions pour la traite dans l'océan Indien et 10 millions pour la traite transsaharienne et la traite par la mer Rouge[39], dont moins 6 millions pour la période de 1451 à 1870[22]. Le chiffre de dix millions s'étend sur la période comprise entre 850 et 1910, mais certains historiens le trouvent ce excessif[22], hypothèse jugée plausible par l'historien nigérian Joseph E. Inikori, qui rédige le compte-rendu du colloque, mais pouvant selon lui « compenser peut-être dans une certaine mesure le chiffre trop modeste avancé pour la traite transatlantique »[22], signe que les experts ne conçoivent pas alors les traites comme se dissociant mais se complétant[22]. Le colloque est suivi par le lancement en 1994 par l'UNESCO d'un programme consacré à la traite transatlantique et il est décidé d'accentuer les recherches sur les traites de l'océan Indien, jugées moins bien étudiées que celles de l'océan Atlantique[22].

Le chiffre de 17 millions contesté en 2004Modifier

La traite orientale aurait été la plus importante en nombre d'individus asservis : 17 millions de Noirs, du VIIe siècle à 1920, selon l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau [42], qui publie en 2004 un livre comparant pour la première fois les différentes traites, sur la base d'une compilation d'autres auteurs.

Olivier Grenouilleau a lui-même reconnu dans un interview de janvier 2005, juste après la sortie de son livre, que l'estimation de Ralph Austen dont il s'est servie, 17 millions d'esclaves sur onze siècles, est sujette à une marge d'erreur exceptionnellement élevée, de plus ou moins 25 %[36].

Cette estimation est par ailleurs considérée comme « hypothétique » par Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, spécialiste de l'Afrique[43].

Selon Olivier Grenouilleau, la traite orientale se déroulant principalement sur terre, elle aurait été moins visible et l'importance des mariages mixtes aurait masqué l'importance de cette traite, ainsi que le fait que les esclaves ne soient pas incités à se reproduire entre eux[4], mais d'autres historiens observent que c'était le cas aussi pour la traite atlantique. La comparaison est par ailleurs critiquée, car la traite orientale s'est étendue sur 13 siècles alors que la traite atlantique a été effectuée en 110 ans, tandis que les deux mouvements ne comportent pas du tout le même type de sources, la seconde étant documentée par les comptabilités des armateurs, confrontés à l'abolitionnisme. Au total, 90 % des esclaves africains déportés vers les colonies européennes l’ont été sur 110 ans, entre 1740 et 1850[35].

La traite orientale à son apogée en 1860Modifier

À des époques plus tardives, on a pu en trouver également dans l'agriculture[44], l'artisanat et l'extraction minière ou le métier des armes[45]. La traite orientale connut ainsi son apogée au XIXe siècle[4], notamment à travers une réorientation vers le travail productif avec l'essor de la culture du clou de girofle à Zanzibar : 100 000 esclaves, soit deux tiers de la population en 1834[4], puis 200 000 esclaves en 1860, pour une population totale de 300 000 habitants environ[22]. La plupart appartenaient à des Omanais, qui étaient moins de 5 000[22]. Seyyid Said possédait 45 plantations, dont une regroupant 6 000 à 7 000 esclaves[22]. Cette époque de récoltes abondantes clous de girofle a « coïncidé avec une période d'exportation plus intense que jamais » d'esclaves razziés à l'intérieur de l'Afrique de l'Est[22]. D'après l'historien Cooper, de 15 000 à 20 000 transitaient par Zanzibar chaque année[22] vers 1860.

Les prélèvements en Asie centrale, Empire byzantin et EuropeModifier

La traite orientale ne se limitait pas aux populations noires. D'autres groupes ethniques en étaient aussi victimes, notamment des Européens, mais dans des proportions moindres. Elle prélevait des populations venant des steppes turques d'Asie centrale et de l'Europe slave et suscita des razzias dans le monde chrétien (Sud de l'Europe, Empire byzantin).

La présence d'esclaves en AsieModifier

Par ailleurs, des inscriptions javanaises et des textes arabes montrent qu'aux IXe et Xe siècles, l'Indonésie entretenait des échanges commerciaux avec l'océan Indien et la côte est de l'Afrique. Les inscriptions parlent d'esclaves jenggi, c'est-à-dire « zengi », employés à Java ou offerts à la cour de Chine. En arabe, Zeng ou Zanj désigne à l'époque les habitants de la côte de l'Afrique de l'Est[46].

La traite atlantiqueModifier

Les 5% d'esclaves déportés avant 1640 par les portugaisModifier

Sur les 34 850 expéditions négrières atlantiques, l'immense majorité a eu lieu après 1640[47]. Auparavant, de 1500 à 1640, environ 800 000 esclaves arrivèrent au Nouveau Monde[47], soit seulement 5% du total, contre plus de sept millions au XVIIIe siècle[47].

Cette période pré-1640 est elle-même divisée entre un début très lent, le XVIème siècle et ses 200 000 esclaves importés en Amérique, et une accélération, avec 600 000 déportations dans les quatre première décennies du suivant. Ainsi, la toute première partie, de 1500 à 1600, voit trois fois moins de déportations vers l'Amérique que la seconde, celle qui va de 1600 à 1640[47].

L'essor de la traite atlantique n'est cependant significatif qu'à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle quand le Portugal se voit concurrencer par quatre nouveaux pays esclavagistes d'Europe (France, Angleterre, Pays-Bas et Danemark), pour atteindre un sommet au XVIIIe siècle dans un commerce devenu proprement triangulaire[47].

Les explorations portugaises sans esclavesModifier

L'exploration des côtes africaines lancée par le prince Henri le Navigateur en 1422 recherche des métaux précieux. En 1441, des Africains sont ramenés dans la péninsule ibérique[48]. La première vente a lieu en 1444, dans la ville portugaise de Lagos[49]. En 1453, la chute de Constantinople prive l'Europe du commerce transméditerranéen.

Le Vénitien Alvise Cadamosto organise aussi deux expéditions pour les côtes de l'Afrique subsaharienne, en 1455 et 1456, mais sans ramener d'esclaves[50]. Par la bulle Romanus Pontifex, en 1454, le Pape Nicolas V se pose en arbitre des empires espagnols et portugais, y compris dans la christianisation des peuples indigènes et musulmans. L'historien Norman Cantor l'a opposé à Eugène IV, auteur de l'encyclique Sicut dudum qui interdisait clairement la possession d'hommes et accusé d'avoir légalisé la colonisation de l'Afrique et l'esclavage. Cependant, les différentes sources explicatives, la précision du texte une année plus tard, ainsi que la non-utilisation de cette bulle pour justifier l'esclavage, montrent que ces accusations ne sont pas prouvées.[51],[52].

La remontée des grands fleuvesModifier

Les Portugais ont aussi exploré les Royaume du Kongo, de Loango, de Kakongo et de Ngoyo, par les grands fleuves reléguant les voies terrestres au second plan.

De 1485 à 1877, les Européens ont tenté de remonter le fleuve Congo avec les caravelles portugaises. Diogo Cão et ses hommes ont atteint les rapides de Yellala en 1485 avant de rebrousser chemin sans doute à cause de la malaria[53]. À cet endroit, il laisse un padrão témoignant de sa visite, qui ne sera redécouvert qu'en 1911[54].

Des obstacles géographiques ont freiné la navigation et le flux des esclaves[55], en particulier les rapides de Yellala, les chutes d'Inga et les chutes Linvingstone, amenant les Portugais à ne pas trop s'éloigner des régions côtières.

Les fleuves permettent d'accéder jusqu'à des territoires éloignés comme l'Oubangui-Chari, déjà sous la pression de la traite orientale, où les Européens procurent des armes à feu à des courtiers locaux, africains, qui acheminent les esclaves par pirogue à partir de 1750.

Les cours d'eau Sangha, Oubangui, et Congo, constituaient également des voies d'acheminement. Les Bobangis qui contrôlaient le territoire situé entre le confluent Congo-Oubangui et l'actuel site de Bangui, la capitale centrafricaine, deviendront ainsi un maillon essentiel d'une chaîne négrière en tant que peuple courtier[56].

L'étude du rôle important de la côte de Loango, zone côtière de 600 km allant du cap Lopez au Gabon, jusqu'à Luanda en Angola n'a pas suscité beaucoup d'intérêt de la part des chercheurs[57], et la littérature nouvelle des années 1980 s'est focalisée sur la partie sud de l'embouchure du fleuve Congo, l'Angola, dominée par les Portugais, négligeant la côte de Loango, sorte de « zone franche » où les marchands locaux, Britanniques, Français et Hollandais, ont joué un rôle clé[58]. Les Britanniques, plus présents dans la navigation vont aussi mieux contrôler ces espaces. Selon l'historien Pierre Kalck, le port anglais de Liverpool a lancé, entre 1783 et 1793, plus de 4000 expéditions négrières, déportant 196 784 esclaves[39].


Rang Zone d'embarquement Nombre de captifs Pourcentage de captifs
1 Côte de Loango & Côte d'Angola 5 694 574 45,48
2 Golfe du Bénin 1 999 060 15,97
3 Golfe du Biafra (et îles avoisinantes du golfe de Guinée) 1 594 560 12,73
4 Côte de l'Or 1 209 321 9,66
5 Sénégambie et îles avoisinantes 755 713 6,04
6 Côte orientale et îles de l'océan Indien 542 668 4,33
7 Sierra Leone 388 771 3,10
8 Côte sous le vent (actuelle Côte d'Ivoire) 336 868 2,69
- Total 12 521 300 100,00

Des forts d'abord bâtis par les Portugais en manque d'orModifier

Les forts bâtis par les Européens sur des îles ou presqu'îles ont d'abord servi à défendre les marchandises de traite, puis à emprisonner des captifs, en attendant qu'il y en ait assez pour justifier un voyage vers l'Amérique. Les navires longent la côte d'un fort à l'autre, perdant du temps et des marins, qui succombent aux maladies en raison de l'allongement du séjour.

Mais l'archéologie montre qu'ils ont d'abord été bâtis pour d'autres commerces que les esclaves, à une époque où la traite négrière atlantique est encore inexistante. C'est l'or qui est d'abord recherché. En 1471, les Mandingues s’inquiétèrent quand la quantité d’or que le royaume de Bono fournissait aux Dioula se réduit après l'arrivée de nouveaux acquéreurs sur la côte[59], les Portugais, qui identifient les royaumes africains contrôlant dess gisements d'or.

En 1482, ils construisent le château d'Elmina, « la mine » en portugais, sur la Côte de l'Or. L'or est recherché pour à payer les mercenaires de la guerre de reconquête de la péninsule ibérique, terminée en janvier 1492, quand tombe le dernier bastion musulman à Grenade.

Peu après, au début du XVIe siècle, d'autres sources européennes mentionnent l'existence d'États riches en or dans la haute vallée de l'Ofin (Ghana). C'est sur le littoral correspondant que les autres Européens s'implantent d'abord, rivalisant pour s'approvisionner en or. Sur les 200 kilomètres de la côte de l'or du Ghana furent construits près de quarante forts et loges[60]. Les Portugais croyaient avoir trouvé l’Eldorado dont rêvait l’Europe entière, en manque d'or et d'argent[60]. Les mines du nord de l’actuel Ghana connaissaient alors une pleine exploitation dont les musulmans exportaient la presque totalité par les pistes transsahariennes.

L'arrivée des Portugais inversa les flux, suscitant la jalousie de concurrents[60].

Les débuts : les Portugais s'arriment à la traite orientaleModifier

La traite atlantique concerne d'abord des esclaves nés en captivité au Portugal ou en Espagne[47].

Au début, ces esclaves partent vers Lisbonne, au départ de l'île d'Arguin, sur la côte Mauritanienne, au débouché des caravanes provenant de Tombouctou[47], empruntées par la traite orientale. Ils sont moins de 200 par an entre 1500 et 1514[47], puis ce chiffre approche du millier les années suivantes[47]. Ils partent aussi de l’entrepôt de Santiago du Cap-Vert[47], vers Séville et Valence[47].

Ces esclaves deviennent domestiques, concubines, ou travailleurs pour les mines et les sucreries des Canaries, São Tomé-et-Principe ou Madère[47].

Les esclaves noirs sont introduits à Hispaniola dans le sillage des voyages de Christophe Colomb, après la découverte de mines d’or à Cibao avec entre 1505 et 1525.

Le Brésil, découvert en 1500, n'adoptera lui la culture du sucre qu'en 1548 ou 1550[47], malgré la volonté du Roi du Portugal manifestée dès 1516.

Les déportations ne deviendront significatives qu'à partir des années 1580, en Angola, secteur d'où viendront trois-quarts du total des captifs déportés par les Portugais, quand ils entreprennent la conquête du cours du fleuve Kwenza.

Les protestations au pape du roi Alphonse Ier du KongoModifier

Le Roi du Portugal répondit par la négative aux lettres de protestation au milieu du XVIe siècle du roi Alphonse Ier du Kongo, pourtant converti, comme son père, au christianisme, dont un successeur fut assassiné.

Le roi Alphonse Ier du Kongo écrivit aussi au Pape pour protester contre la détention d'esclaves par les Portugais.

D'autres rois africains ont refusé de vendre des captifs aux négriers européens au XVIe siècle, comme le roi du Rio Sanguin[61].

Ces refus seront constatés aussi au siècle suivant, au royaume du Kongo en 1641, où le roi Garcia II, continue à commercer avec les Portugais, mais refuse la vente d'esclaves, car ce sont, dit-il, « ni de l'or, ni du drap, mais des créatures »[62].

L'offensive portugaise de 1583Modifier

L'expédition du XVIe siècle en Angola n'est pas dirié par un portugais métropolitain mais par Salvador de Sá gouverneur et héritier de la colonie naissante de Rio de Janeiro.

Il veut obtenir des Noirs pour les exporter à Buenos Aires, afin de relancer la contrebande entre Rio de Janeiro les rives la Plata, officiellement pour approvisionner les planteurs de sucre de la baie de Guanabara. Mais leur besoins sont cependant encore modestes et couverts par l’asservissement des Indiens[63]. En réalité, selon l'historien Luiz Felipe de Alencastro, il souhaitait surtout atteindre Buenos Aires, pour contrôler l'accès et l'approvisionnement des riches mines d'argent du Potosi[63]. Mais la traite entre La Plata et Rio de Janeiro, ainsi lancée dans les deux dernières décennies du XVIe siècle, ne se maintiendra par la suite de manière intermittente jusqu’au début du XIXe siècle[63].

Entre-temps, en 1575[64], la Couronne portugaise accorde à Paulo Dias de Novais une charte pour bâtir trois forts en Afrique entre le Bengo et le Kwenza, fleuve au sud du Congo, navigable jusqu'à 200 km dans l'intérieur[64]. Pendant trois ans, accompagné de 350 à 700 portugais, selon les sources[64], il vit en paix avec le roi d'Angola[64], puis il reçoit, de 1578 à 1587, cinq renforts successifs en hommes et matériel[64]. Quand le roi d'Angola fait tuer trente Portugais en 1680 et saisit leurs marchandises, ces derniers renoncent à s'emparer des mines pacifiquement et décident de « les passer tous au fil de l'épée »[64].

Les Portugais n'acceptent plus alors qu'on ne leur livre plus que les condamnés à mort. Un missionnaire écrit ainsi en 1583 : que « cette année, les Portugais ont conquis la moitié du royaume d'Angola et battu quatre armées du roi. Des milliers de [ses] vassaux ont été tués et on s'est emparé des mines de sel, ce qui est le plus grave pour eux, car le sel leur sert de monnaie. D'innombrables esclaves ont été capturés »[65],[64]. Entre 1583 et 1618, les Portugais bâtissent un réseau de forteresses, structuré sur l'axe fluvial majeur de la région, le fleuve Kwanza[66]. Les quatre principales forteresses sont Massangano, édifiée en 1583, Muxima, en 1599, Cambambe, en 1603, et Ambaca, en 1618[66]. Une autre est érigée dans la région de Kissama, au sud du fleuve, pour contrôler les mines de sel[66], mais abandonnée ensuite car son coût de maintenance est trop élevé[66]. Celle d'Ango, fondée au début des années 1610, bien que difficile à ravitailler car éloignée des fleuves, permet de maintenir une pression militaire sur le roi du Ndongo[66], puis est déplacée de quelques lieues, à Ambaca[66].

Pour l'Afrique, c'est le début de ce que la géographe et historienne Marie-Louise Maes a appelé « une guerre de Cent Ans qui a duré trois siècles, avec les armes de la guerre de Trente Ans »[39], causant une chute démographique du même impact que ce qu'avait connu la France pendant la guerre de Cent Ans[67].

Les raids portugais du début du XVIIème siècleModifier

Jusqu'au milieu du XVIIème siècle, les portugais seront les seuls européens à pratiquer la traite négrière, vers le Brésil et l'empire espagnol. Ils profitent au tournant du XVIIème siècle de l'envol des productions d'argent-métal et de sucre, qui sert aussi de monnaie, leur permettant d'acheter beaucoup plus d'esclaves. La mine d'argent espagnole du Potosí, plus importante du Monde, a atteint son niveau historique de production en 1580-1620[68]. Dès 1585, elle a décuplé par rapport 1570[68] et la ville a plus d'habitants que Madrid, Séville ou Rome[68]. Sa production d'argent-métal reste proche des sommets au début du siècle suivant.

Dans les décennies qui suivent, ce métal du Potosi sert aux sucreries portugaises du Brésil à acheter des esclaves noirs raflés le long des fleuves africains[68].

Cet afflux d'argent-métal espagnol[69] a aussi dopé la frappe monétaire en Europe dans les années 1610, les mines du Mexique prenant ensuite le relais[70]. Il provoque un essor de la demande de tabac, puis de sucre, en Europe, mais aussi une « montée vertigineuse des prix du grain », renchéri par les pénuries de la Guerre de Trente ans. Dès le milieu des années 1610, le prix du tabac produit en Viginie a augmenté[71].

Jusque-là, au cours de la période 1560-1620, environ 74 % du sucre venait d'Hispaniola. Dans l'île espagnole, jusqu'aux années 1570[72], la main d'oeuvre était essentiellement amérindienne, avant d'être remplacée par des Africains de Madère et Sao Taomé, choisis pour leur expérience[72]. Les années 1610 ont vu le Brésil prendre le relais : le nombre de moulins y passe de 130 en 1585 à 230 en 1610 et 346 en 1629[72]. Il a triplé en un demi-siècle. Une invention importante, autour de 1610[72], permet de remplacer les deux cylindres horizontaux broyant la canne par trois cyclindres verticaux, « permettant de faire passer deux fois la canne et donc d'extraire plus de jus ce qui doubla la productivité »[72], avec des chaudières plus petites pour « diminuer la formation de caramel »[72].

Luis Mendes de Vasconcelos, nouveau gouverneur portugais de l'Angola, depuis 1617, a alors amplifié la politique de raids dans l'intérieur des terres, capturant des milliers de prisonniers, parmi lesquels un nombre disproportionné de femmes et d'enfants[73]. Il opère notamment deux grands raids successifs contre la population de langue Kimbundu. Le premier captura de quoi remplir six grands navires négriers entre le 18 juin 1619 et le 21 juin 1620[74], soit près de 2000 esclaves livrés ensuite à Veracruz, au Mexique[73]. Parmi les six, le San Juan Bautista, parti de de San Lucar, près de Séville le 12 ou le 13 octobre 1616[73]. Chargé d'embarquer 200 esclaves sur la côte angolaise[73], le négrier espagnol en a pris 150 de plus[73], en grande partie des femmes et des enfants[73].

Les archives montrent que 36 négriers espagnols firent le trajet entre 1618 et 1621[71], avant la défaite portugaise de décembre 1622 à la Bataille de Mbumbi. Le San Juan Bautista fut le seul attaqué par des corsaires[71]. Il faudra attendre 1629 pour qu'un amiral hollandais s'attaque à une escadre espagnole de la Flotte des Indes, gagnant la Bataille de la baie de Matanzas.

Un raid a lieu contre la ville d'Angoleme, décrite en 1564 comme habitée par 30000 personnes dans près de 5000 maisons[74], où les habitants avaient leur propre religion[74], mais beaucoup avaient eu des contacts avec les missionaires jésuites arrivés avec les Portugais en 1575[74]. Des estimations chiffrent à 50000 le nombres d'Africains capturés lors des raids de cette période[71] et l'évêque Manuel Bautista Soares du Kongo a parlé d'approximativement 4000 esclaves chrétiens capturés[71].


La colonisation portugaise de l'intérieur des terresModifier

Les Portugais s’employaient surtout à acquérir l’or africain expédié en métropole[63], mais intensifie la recherche d'esclaves dans la seconde partie des années 1620, compte tenu de la demande au Brésil.

Dans le diocèse du Congo et d’Angola, les évêques résidèrent entre 1596 et 1621 au siège épiscopal de Mbanza Congo, à 200 km du littoral puis s'installeront plus tard à Luanda[63], au moment de l'intensification de la traite et de sa militarisation.

Desservie par des voies fluviales et des chemins, la région hébergeait entre 1 000 et 1 500 habitants portugais et lusobrésiliens au XVIIe siècle, dont une part de soldats[63], sans compter leurs alliés, les guerriers « jagas » et Mubiré[63], ce qui en fait le peuplement européen le plus massif en Afrique pour deux siècles[63].

Dans l'Angola de la seconde partie des années 1620, selon le gouverneur Fernão de Sousa (1625-1630), les sobas, devenus vassaux de la couronne portugaise, s’étaient engagés à fournir une certaine quantité d’esclaves adultes et robustes. Ce gouverneur rappelle que les « négriers » n’ont pas le droit de négocier directement dans les terres des sobas, mais que les femmes et enfants de ces derbiers sont envoyés aux Amériques en cas de non-livraison du quota d'esclaves[75].

Les Portugais destabilisés par la Guerre de Trente ansModifier

La marine hollandaise affaiblit le Portugal par ses coloniesModifier

La défaite subie par les soldats portugais en décembre 1622 à la Bataille de Mbumbi, malgré le soutien de leurs supplétifs, les mercenaires Imbangala, décrit par des sources européennes et locales comme des cannibales originaires du sud de la rivière Kwanza, modidie la donne de la Guerre de Trente ans. La marine hollandaise décide alors qu'elle va affaiblir les Portugais par leurs colonies.

C'est la mission confiée à Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, fondée en 1621, qui n'a pas les ambitions commerciales de la prestigieuse la Compagnie néerlandaise des Indes orientales car la piraterie constitue l'un des objectifs avoués de sa charte. Dans un rapport de l'époque, un des dirigeants de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales écrit : « sans esclaves, il n'y pas de Pernambouc, et sans Angola, il n'y pas de Portugal »[66].

Dès 1624, les Néerlandais tentent de s'emparer de Luanda deux fois[66], après la prise de Salvador de Bahia, au Brésil[66], via deux expéditions, menée par Philip van Zuylen puis Piet Heyn[66]. Ce dernier s'empare d'une flotte espagnole remplie d'argent du Pérou, au large de Cuba[66].

Johan Maurits de Nassau tente une expédition contre Elmina, en 1637 puis en 1641[66]. Puis, profitant du flottement politique provoqué par la restauration de l'indépendance du Portugal vis-à-vis de l'Espagne, il s'attaque à Luanda et São Tomé[66].

L'Angola ne sera repris aux Holandais qu'en 1648, grâce au soutien des colons sud-américains du Brésil[63]. Le Brésilien Salvador de Sá devint alors lui-même gouverneur angolais[63].

Les conséquences de l'attaque du Brésil par les hollandaisModifier

La Guerre de Trente ans (1618-1648), menée par des armées de mercenaires, renforce encore la demande de monnaie et elle se déplace au Nouveau, où sont produit les monnaies de l'époque, or, argent-métal et sucre: des batailles opposent les Hollandais aux Espagnols et Portugais sur les 4 continents.

En janvier 1630, une flotte de 67 navires hollandais cingle sur le Brésil et s'en empare partiellement. Une pénurie mondiale de sucre est causée, de 1630 à 1636, par la destruction d'une grande partie des moulins à sucre du Pernambouc par les Hollandais[76].

Les cours du sucre flambent. Dans la petite île de la Barbade, la plus peuplée de la Caraïbe, quelques planteurs un peu plus riches déplorent la surpopulation et la surproduction de tabac, dont les prix sont au contraire déprimés pendant les années 1630. Ils font édicter le Décret de 1636 sur l'esclavage à vie à La Barbade, qui vise alors les planteurs de tabac blancs, la seule culture de l'île, provoquant en 1639 la seconde révolte des engagés blancs de la Barbade [réf. incomplète][77], les Irois, après celle de 1634[77], sur fond de

Dès 1637, le Hollandais Peter Blower amène le sucre pour le tester à la Barbade. Il est suivi par nombre de ses compatriotes venant du Brésil après la destitution de Jean-Maurice de Nassau-Siegen à Pernambuco en 1640.

A partir de 1640, la Guinea Company dirigée depuis 1628 par Nicholas Crisp, est accusée de participer à la traite négrière, alors aux mains des Portugais, par le parlement britannique, qui lui ordonne de céder son monopole sur les forts d'Afrique pris par les Anglais aux Portugais pour tenter d'y collecter de l'or. La découverte en 1999, sur un site ayant appartenu à Nicholas Crisp, des vestiges d'une manufacture d'objets en verre probablement destinés à l'Afrique a renforcé les tenants de la thèse selon laquelle la compagnie aurait participé à la traite négrière[78]. Ces objets sont les mêmes que ceux retrouvés en Amérique et au Ghana, sur la Côte-de-l'Or, et n'ont pas d'autres équivalents auparavant en Angleterre[79].

Cette situation provoque dans la seconde partie des années 1640 l'importation d'Africains pour remplacer les engagés irlandais dont les planteurs se méfient, sur fond de Première révolution anglaise. Les traces écrites montrent cependant une résistance, aux Pays-Bas et en Angleterre, aux idées esclavagistes jusqu'aux années 1640, période où ces nations basculent vers l'esclavagisme.

En 1641, le Roi Garcia II du Congo dit non aux HollandaisModifier

En 1641, les Hollandais s’emparent cette fois de l’Angola et de São Tomé, mais en 1648, une expédition navale, majoritairement financée par les Portugais du Brésil les en expulse.

Entre-temps, en 1641, le roi Garcia II du Congo, après la conquête de plusieurs possessions portugaises, proches de son royaume, par les Hollandais, se déclare disposé à continuer à commercer comme avec les Portugais, mais refuse toujours la vente de Noirs, car ce sont, répète-t-il, « ni de l'or, ni du drap, mais des créatures »[80].

Années 1660 : concurrence entre nouveaux pays négriersModifier

Avec la prolongation de la très meurtrière Guerre de Trente ans (1618-1648), de nombreuses nations européennes recherchent de l'or pour assurer son financement. Elles offrent de plus en plus d'armes et de marchandises aux Africains pour en obtenir.

Alors émerge au XVIIe siècle sur la côte le royaume Denkyira et surtout, plus au nord, dans l'intérieur des terres, le royaume Ashanti et son premier souverain Obiri Yebora, dont le successeur Osei Toutou remporta une série de victoires contre les voisins, à l'aide des armes à feu fournies par les Européens. Il reçoit le trône d’or, sur lequel était répandu le sang des prisonniers sacrifiés[59].

Le fort de « Carolusborg » (Fort de Cape Coast (en), érigé depuis 1555 par les marchands portugais, est reconstruit en 1649 par Hendrik Carloff (en), avec un autre un peu plus loin, pour le compte de la Compagnie suédoise d'Afrique (en) alors à la recherche pressante d'or pour faire face aux contraintes des guerres en Scandinavie. Sa rivale, la Compagnie danoise des Indes occidentales et orientales, s'en empare pour constituer la Côte-de-l'Or danoise.

Mais les forts sont récupérés par les Britanniques en 1664 puis en 1685, contre compensation financière. Les années 1660 voit l'Angleterre relancer sa politique coloniale, par le recours à la traire négrière, et la création de la Compagnie des aventuriers d'Afrique. Il leur faut faire face à la concurrence des nouveaux pays négriers, avec les Français et les Scandinaves? qui seront les premiers éliminés.

Affaiblis par la première guerre anglo-néerlandaise gagnée par Oliver Cromwell (1652-1654), les Hollandais renoncent au Brésil en 1654[60],[81]. D'autres pays récupèrent une partie de leurs comptoirs africains.

La levée des obstacles à la traiteModifier

Les plantations de sucre de la Barbade furent les premièrEs à concurrencer celles du Brésil, en important des esclaves noirs. Les autres îles de la Caraïbe n'ont suivi que plus tard, après la levée des obstacles à la traite. La Barbade a elle-même la première été menacée par une flotte envoyée d'Angleterre par Oliver Cromwell au milieu des années 1655, qui s'empare de la Jamaïque espagnole mais n'y développe pas l'esclavage. Ces sont des pirates et boucaniers qui s'y installent pendant une vingtaine d'année. Pour lever cet obstacle, la Couronne d'Angleterre leur fait des dons des terres importants dans la Jamaïque des année 1670 en particulier à leur chef Henry Morgan. Dans les îles françaises, Guadeloupe et Martinique, l'implantation de la culture du sucre se développe à la même époque après que les colons aient considéré que la présence d'Amérindiens dans une partie de chacune des deux îles était un obstacle et décidé des les exterminer au cours de la Guerre de 1658 contre les Indiens caraïbes, pour obtenir une île sans aucune présence amérindienne, comme l'était la Barbade dès sa première colonisation. La guerre est motivée par le fait que de nombreux esclaves fugitifs se sont réfugiés dans la partie de l'île contrôlée par les indiens caraïbes[82]. Les militaires qui y ont participé reçurent ensuite des terres, comme Pierre Dubuc de Rivery qui fonda une dynastie de planteurs de sucre.

La très forte croissance de la traite atlantique au XVIIIe siècleModifier

Explosion la production de sucre, émergence du café, coton et rizModifier

Au siècle suivant, la traite devient plus massive, car les plantations coloniales se multiplient. La production de sucre est multipliée par six dans la Caraïbe et de nouveaux produits émergent, le café et l'indigo de Saint-Domingue, le riz de Caroline. Les marchandises de traite (fer, armes) sont plus nombreuses et prix des esclaves grimpe en Afrique, provoquant des guerres dont le seul but est de faire des prisonniers.

En 1756, un ex-fort sur la côte du Ghana est transformée en « Brew Castle », vaste demeure richement meublée par le négrier anglais Richard Brew. Il épouse la fille du chef africain John Corrantee[83], qui en 1747 avait envoyé ses fils à Paris et Londres pour mettre en concurrence les deux puissances européennes du commerce d'esclave d'Annamaboe[84].

Les Hollandais, les Suèdois, les Danois et les Lettoniens sont aussi présents pendant toute la première moitié du siècle puis vont peu à peu s'effacer devant les deux puissances puissances militaires et maritimes du moment, la France et Angleterre, qui se répartissent l'Amérique Nord lors de leurs guerres mais aussi l'accès aux fleuves de l'Angola et du Congo, autrefois territoires portugais.

Entre 1700 et 1787, les exportations de sucre depuis l'Amérique quadruplent[72]. La production sucrière du Brésil stagnen mais sa part des exportations fond, passant de 35% à 7%. Il est remplacé par la France, dont la part monte au cours de cette période de 17% à 44% tandis que l'Angleterre se stabilise à 37% contre de 39% au début du siècle. La part de tous les autres pays restE proche d'un dixième[85].

Répartition de la production mondiale de sucre[85] entre 1700 et 1787:

Année 1700 1787
Brésil 35% 7%
Antilles françaises 17% 44%
Antilles anglaises 39% 37%
Reste du Monde 9% 12%

La fiscalité anglaise profite aux concurrents françaisModifier

La Marine anglaise va accroître son pouvoir sur l'océan Atlantique tout au long du siècle, mais les plantations françaises de Saint-Domingue n'en vont pas moins prospérer malgré des perturbations causées les guerres, notamment en s'approvisionnant auprès de négriers anglais opérant discrètement sous pavillon portugais. Les cycles qui permettent aux négriers de Nantes, Bordeaux ou La Rochelle de s'enrichir très vite sont caractérisés par une très forte croissance, entre ces guerres.

La fiscalité des produits coloniaux est en effet très favorable en France alors qu'elle est confiscatoire dans l'Empire anglais, où la métropole veut étouffer les jacobites, très présents aux colonies et chez les négriers. Antoine Walsh, plus gros négociant du port de Nantes, fait partie des jacobites exilés en France et en Espagne. Il finance une grande expédition jacobite contre l'Angleterre en 1745, la dernière des guerres écossaises, dont les clans sont défaits à la Bataille de Culloden.

 
La traite des Noirs pratiquée par la Compagnie des Indes orientales depuis Ouidah : rapport d'un inspecteur de la Compagnie datant de 1728 (Musée de la Compagnie des Indes).

Dès 1705, le sucre roux est ansi taxé à 342 % en Angleterre, niveau jugé prohibitif, faisant stagner les importations anglaises de sucre entre 1699 et 1713, à 44 milliers de tonnes, contre 438,3 milliers de tonnes[86], au détriment de la Barbade[86], alors qu'elles explosent en France[86] où le commerce triangulaire est exonéré de toute taxe sur le sucre embarqué après avoir débarqué des esclaves[87]

Après la guerre de Succession d'Espagne qui s'achève en 1712, la législation française se durcit en 1713 et la contrebande passe ensuite par Newport qui devient dans les années 1730, la plaque tournante américaine du trafic de mélasse venue des Antilles françaises.

Les années 1712 à 1722 sont celles d'un essor de la traite[88], temporairement stoppé en 1723-1725 par une crise brève mais brutale[88] et suivi de 1726 à 1731 par un nouvel essor[88] puis en 1732-1735 un léger tassement[88]. Assez rapidement, dès 1720 selon les historiens, la production de sucre de Saint-Domingue dépasse celle Jamaïque, puis l'écart se creuse.

En 1733, le parlement anglais vote le Sugar and Molasses Act imposant une taxe de six cents sur chaque gallon de mélasse entrant aux treize colonies américaines pour profiter du décollage de la traite[88], qui s'accélère en 1736-1743. Celle-ci se déplace massivement vers la grande colonie française de Saint-Domingue de 1739 à 1744 amenant Antoine Walsh à entrer en campagne contre projet de taxe de dix livres par esclave importé à Saint-Domingue.

Puis les Années 1740 voient la conquête des terres du sud de Saint-Domingue, pour de nouvelles culture, café et coton, notamment lors des difficultés des Anglais avec les Nègres marrons en Jamaïque, où le relief favorise le phénomène endémique des Nègres marrons de Jamaïque. En 1739-40, ceux-ci obligent le gouverneur britannique Edward Trelawny a signr un traité avec eux, promettant des terres et l'autonomie, en échange de leur engagement à ne plus aider les esclaves en fuite. Les Anglais se signalent alors par des attaques de corsaires. Sur les 36 expéditions négrières françaises de 1743, 11 sont victimes des corsaires britanniques.

Le port de Nantes s'enrichit très vite : la moyenne d'apport dans des mariages entre époux jacobites passe ainsi de 28 000 à 54 000 livres entre le premier et le deuxième quart de siècle dans cette ville et les années 1750 voient l'apogée de la traite nantaise, jusqu'en 1756.

Après 1763 : des négriers anglais pour les plantations françaisesModifier

La guerre de Sept Ans (1756-1763) paralyse ensuite le trafic négrier[88] temporairement. Mais le Traité qui la conclut voit la France renoncer au Canada pour conserver ses îles à sucre, apportant une perspective de stabilité aux négriers et aux planteurs français de Saint-Domingue .

Ils profitent aussi du Sugar Act anglais de 1763, fiscalité alourdie sur les îles à sucre britanniques, pour les marginaliser. Mais si les Français dominent de plus en plus la rente sucrière, les Anglais comptent toujours dans le trafic négrier :au moins un cinquième des esclaves importés à Saint-Domingue, dans les années 1760 et les années 1770 transite sur des navires non français, selon les estimations les plus prudentes. La maison « Mason and Bourne », de Liverpool, recourt à des pavillons français[87], tout comme les armateurs du Rhode Island. La Nouvelle-Angleterre livre les plantations françaises en poisson séché et en importe discrètement de la mélasse pour ses fabriques de rhum.

En 1767, un article de La Gazette du commerce, journal d'information économique, relate la création d'une association « pour la traite des nègres, le commerce d'Amérique et la pêche », qui dénonce la concurrence des navires étrangers le long de la côte africaine[89]. « Si l'association qui se forme peut avoir allez de crédit pour faire fermer les ports de ces mêmes colonies aux étrangers, elle rendra un grand service à la Nation, ranimera son émulation, et procurera en conséquence un grand avantage à l'État », affirme l'article[89]. L'objectif n'est pas atteint: en 1769, La Gazette du commerce publie cette fois des statistiques par pays du nombre d'esclaves achetés en Afrique, qui montre 104000 achats au cours de l'année, dont la moitié par les Anglais [89]

La destination « Amérique du Nord », elle, reste modeste ne dépassant jamais 15% du trafic négrier malgré une petite progression au XVIIIe siècle[87] : les plantations de riz de Caroline du Sud ont un taux de mortalité moins fort que celle de sucre et la majorité des esclaves y sont nés sur le sol américain.

Nouveaux bouleversements dans les années 1780Modifier

En 1776-1784, la guerre d'indépendance des États-Unis paralyse à nouveau[88] le trafic négrier, qui subit sept ans après, en 1791, le choc de la Révolution haïtienne puis 1793-1802 les guerres de la Révolution française et les guerres napoléoniennes jusqu'en 1815.

Entre-temps, l'abolition de la traite atlantique a été obtenue dès 1780 en Pennsylvanie, puis d'autres nouveaux Etats du Nord des USA. Les législateurs prennent acte d'une réalité, les dizaines de milliers de libération d'esclaves par les Anglais dès les débuts la guerre d'indépendance des Etats-Unis[90], pour en armer une partie, ce qui qui fait basculer la plupart des planteurs du Sud contre l'Angleterre. Les nouveaux Etats du Sud des USA refusent de suivre dans l'abolition et exigent au contraire une indemnisation massivent par l'Angleterre, accusée de vol d'esclaves.

En Angleterre, ces événements ont fait évoluer les mentalirés. Une pétition au Parlement réclame l'abolotion en 1783[5], soutenue par Charles Middleton, chef suprême de la Royal Navy, puis d'autres, au nombre de 519, totalisent 390 000 signatures en 1792[7],[91]ref>.

La France tente alors d'en profiter. À partir de 1784, les « acquis de Guinée » exonérant le commerce triangulaire sont remplacés par une subvention directe, majorée pour les voyages vers le sud de Saint-Domingue, Tobago, Sainte-Lucie, Martinique et la Guadeloupe[87].

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Conditions matérielles de la traite atlantiqueModifier

Des taux de rentabilité difficiles à calculerModifier

Les statistiques sur le trafic négrier donnent des taux de rentabilité très variables selon les périodes. La guerre de Sept Ans (1756-1763), la guerre d'indépendance des États-Unis (1776-1784) et les guerres de la Révolution française (1792-1802) ont relancé la piraterie et parfois stoppé la navigation. Leur durée représente près de la moitié de la seconde moitié du XVIIIe siècle, période reine de la traite atlantique.

Le calcul d'une rentabilité moyenne, ou d'un nombre moyen d'esclaves déporté par an est ainsi biaisé, variant de 76000 à 100000 entre 1780 et les années 1820[35]. Les chiffres font l’objet de vives controverses [35], y compris pour le XVIIIe siècle (60 % des expéditions[35]) et le XIXe siècle (33 %), alors que les XVIe et XVIIe siècles assurèrent à peine 7 % du total[35].

La forte mortalité des équipagesModifier

 
Plan d'un navire négrier de la Compagnie des Indes ayant chargé sa « cargaison » en 1769.
 
La traite des Noirs pratiquée par la Compagnie des Indes depuis Ouidah : rapport d'un inspecteur de la Compagnie datant de 1728.

La mortalité des équipages des navires négriers est tout juste inférieure à celle des captifs[16] car spécifiquement aggravée par 4 raisons[92].

La première est l'exposition à des maladies tropicales virulentes contre lesquelles ces marins n'ont aucune immunité[92], alors que les Africains approchés ont eux survécu à la mortalité infantile causée par ces maladies[92].

 
Dutertre : Traversée. Danse des Nègres (vers 1850).

La deuxième raison est la longueur des séjours effectués le long du littoral africain[92] bien supérieure à celle de la traversée pour ensuite gagner les îles de la Caraïbe ou le Brésil[92]: carences et maladies augmentent avec le temps à bord.

Les navires mouillent plusieurs mois, pour rechercher puis stocker les petits groupes de captifs qui y convergent par pirogues[93], et sont marchandés contre des textiles, armes à feu, et poudres aux souverains locaux, « premiers maillons de la traite »[93].

La troisième raison est la dureté du travail à bord: il faut nettoyer les esclaves pour éviter qu'ils ne tombent malades, les faire monter sur le pont pour les travaux ou des exercices permettant de faire circuler le sang[92], comme celui de la danse forcée[93], ce qui expose aux tentatives de mutinerie.

La quatrième est le fait qu'un nombre important de marins, une fois arrivés aux Antilles, préfèrent disparaître et que les capitaines préfèrent masquer ce phénomène en les comptabilisant comme décédés[92].

Risques, comptabilité et craintes des dénonciations abolitionnistesModifier

Les armateurs, face aux risques de piraterie, naufrages et maladies, ont multiplié les expéditions partagées entre un grand nombre d'investisseurs, qui achetaient des « parts » dans les navires et exigeaient en retour d'avoir des informations sur les dangers encourus et les pertes humaines[92], d'où les rapports rédigés par les capitaines des navires négriers[92]. La traite atlantique faisait l'objet d'une comptabilité très détaillée.

Ces informations risquaient de tomber entre les mains des abolitionnistes anglais, qui à la recherche d'informations pour dénoncer les abus des capitaines à leurs associés.

Au Royaume-Uni, c'est dans le sillage du renouveau religieux impulsé par le fondateur du méthodisme, le prédicateur John Wesley que le mouvement antiesclavagiste prit une ampleur déterminante : dès 1774, la publication par Wesley de ses Thoughts on Slavery, encouragea les pasteurs méthodistes à réclamer avec force dans leurs sermons la disparition de la traite[94].

Les capitaines cherchaient donc à dissimuler les causes réelles des décès, l'entassement des esclaves sur les navires, la durée réelle des traversées, ou les révoltes d'esclaves, dont de nombreuses traces ont cependant survécu[92].

Par ailleurs, la lourde fiscalité anglaise sur le sucre et le trafic négrier incitait à minorer les chiffres globaux.

La sous-estimation des révoltes et aléas climatiquesModifier

Amistad, film historique américain réalisé par Steven Spielberg en 1997 a montré les difficultés pour les esclaves, même en cas de révolte victorieuse sur le navire, à revenir en Afrique ou trouver une destination en Amérique sans être repris, à partir du XVIIIe siècle. Les supplices des meneurs (pendaison, décapitation, dépeçage, noyade à vif)[93], visaient aussi à les décourager.

Sur le navire bordé de filets pour les suicidaires[93] règnent nudité[93], marquage au fer rouge, entassement à demi courbé 16 heures par jour[93], enchaînement en duo, au milieu des rats et de la vermine[95], travaux de nettoyage forcés, qui s'ajoutent au gavage des grévistes de la faim à l’ouvre-bouche métallique[93].

La construction d’un faux-pont, entre l’entrepont et le pont supérieur, servait à augmenter la surface de stockage des captifs. Il était démontable. Les trop grands ne pouvaient se tenir assis[92]. C'est l’aménagement le plus significatif des navires de traite lorsque ce phénomène prend son essor à Nantes dans la première moitié du XVIIIe siècle[92],[96].

De 1713 à 1743, les archives nantaises comportent 33 exemples de révoltes pour 475 expéditions, soit une sur 14, la plupart en mer et parfois lors des escales dans les îles portugaises[92].

Les mutins utilisent des armes saisies sur les sentinelles et le matériel de travail ou de navigation, notamment les couteaux en cuisine[92]. L'équipage a pour consigne de limiter les pertes[92]: les rapports des capitaines insistent sur le recours à des armes qui assomment et sur les décès par noyades et suicides. Plusieurs rébellions ont causé la mort d’une cinquantaine de noirs[92] mais la majorité moins de 20 morts[92]. En 1721, la réédition du Parfait Négociant de Jacques Savary[92] témoigne du nombre important de révoltes d'esclaves et tente de définir des précautions[92]. L'auteur explique « qu’il en meure plus avant de partir du port que pendant le voyage ». Il en est fait mention par son fils Jacques Savary des Bruslons dans son « Dictionnaire universel de commerce », publié en 1723[92].

Tous les témoignages émanent des gardiens[92], en général passés au filtre des rapports de capitaine devant justifier devant leur armateur la perte d’une partie de la cargaison[92] et qui privilégient souvent une explication de type psychologique[92].

Les constats alarmants ne relèvent pas tous des abolitionnistes. La La Gazette du commerce publie en 1771 une lettre d'un certain Laffon de Ladebat, qui n'a rien d'un abolitionniste, à propos de « la nourriture des nègres dans les vaisseaux »[89]. Le texte décrit « des malheureux, entassés dans des entreponts peu aérés, n'y respirent qu'un air brûlant et corrompu : sans exercice, livrés à la mélancolie et à l'ennui »[89], tout en assurant que « la raison peut excuser ce commerce » et que « la politique le rend essentiel »[89].

Aléas climatiques et entassement s'aggravent mutuellementModifier

Le taux d'entassement est variable d'un navire à l'autre, difficile à certifier, et ne suit aucune courbe logique au fil des décennies. Les premières expéditions négrières du XVIIIe siècle ont lieu sur de gros bâtiments, en période de guerre.

Ensuite, la période 1713-1743 voit les taux d'entassement en constante augmentation, allant de 2 à 2,5 captifs par tonneau. Une baisse temporaire a cependant lieu en 1740 et 1743, grâce à l'augmentation du tonnage.

Le principal facteur de mortalité est l'allongement de la durée du voyage, causé par un aléa climatique ou le risque d'être arraisonné par un autre navire. Il est aggravé en cas d'entassement.

S'ensuit en général une pénurie, les vivres et eau s'abîment et s'épuisent. Elle est d'autant plus grave que le capitaine a pris ou non un risque qui vient l'aggraver, celui d'entasser un nombre d'esclaves plus important que prévu dans les cales du navire. Au XVIIIème siècle, les cycles de la traité négrière sont courts, coupés par les guerres, avec une très forte croissance qui incite les armateurs à en profiter le plus vite possible. La « recherche de remplissage aboutissait à créer une geôle obscure, avec de réels problèmes d’aération » selon l'historien Guy Saupin. Si le voyage dure, les captifs incubent des maladies européennes.

Pendant les tempêtes, les périodes sans aucun vent ou les canicules, l'impossibilité de ventiler le navire augmente le nombre de victimes et la probabilité de révoltes. « des filins étaient accrochés temporairement afin de permettre aux malheureux ballottés de s’accrocher », selon Guy Saupin.

Après 1712, entre 14 et 20 % des effectifs embarqués décèdent. Ce taux revient dans les années 1720 à 13,9 %, mais cette diminution n'est pas confirmée de 1731 à 1743, malgré la fin d'une phase d’expérimentation longue.

Les armateurs qui fixent les consignes cherchaient d'abord à limiter les décès en raccourcissant le plus possible le temps passé à bord, mais sans forcément y parvenir.

Un commerce d'hommes influentsModifier

La traite négrière occidentale, en raison de ces importants risques militaires, sociaux, médiaux et politiques, nécessite une surface financière conséquente. On n'y trouve guère d'artisans ou petits marchands, mais surtout des officiers supérieurs, la plupart du temps très proches de la royauté, parfois habitués aux expéditions lointaines ou des financiers confirmés.

Un homme d'origine plus modeste, comme Henry Morgan, s'y fait une place grâce à son statut de chef des pirates de la Caraïbe au début des années 1670. La majorité de ces armateurs (il existe quelques exceptions comme la famille de Montaudoüin) ne consacre qu'une partie de leur activité à la traite négrière afin de diversifier les risques. Ainsi à Nantes, premier port négrier en France (43 % des expéditions négrières françaises, représentant un peu plus d’un dixième de l'activité maritime nantaise), l'armement négrier n'a jamais excédé 22 % de l'armement total[16].

Le développement très rapide de la traite entre 1665 et 1750 contribue à des fortunes considérables, à une époque où l'argent est rare et circule encore relativement peu, l'absence d'industrie limitant les possibilités de s'enrichir vite. Leur influence amène l'Angleterre puis la France à approvisionner en esclaves l'Espagne à qui le traité de Tordesillas interdit l'accès aux côtes d'Afrique.

Quelques personnages influents dans la traite négrière occidentale :

Les négociants juifs n'ont joué qu'un rôle très marginal dans la traite atlantique. Dans Le Monde du 5 mars 2005, l'historien Gilles Manceron[99] a rappelé les quatre déclarations en un an de l'humoriste Dieudonné accusant les Juifs d'être responsables des traites négrières[100], en démontrant qu'elles n'ont aucun fondement. Il rejette les appels aux tribunaux, interdictions et agressions visant ses spectacles, pour ne pas lui permettre « d'apparaître comme une victime », alors qu'il « revient aux historiens de dire que ses délires sont des élucubrations dangereuses »[101], le terme « élucubrations » étant aussi utilisé à ce sujet par l'historien Olivier Grenouilleau. Aucun juif ne figurait parmi les capitaines de navires négriers[101] ; ils étaient absents du négoce négrier à Nantes[101] et très marginaux à Bordeaux[101]. L'écrivaine noire Calixthe Beyala, présidente du Collectif Égalité, a au même moment rappelé dans Le Monde qu'au moment « où commençait le commerce triangulaire, les Juifs étaient persécutés, Isabelle la Catholique venant de les chasser d'Espagne ». Elle dénonce aussi les médias qui font de Dieudonné le « porte-parole des Noirs de France, par ignorance ou par recherche de sensationnalisme », contribuant « à transformer un épiphénomène en tragédie sociale »[102].

La traite intra-africaine ou interneModifier

C'est la moins étayée des trois traites pour sa partie ancienne, faute de sources écrites. Selon le philosophe et théologien canadien Melchior Mbonimpa, elle remonterait au moins au XIe siècle[103], mais sa partie la plus importante, la plus récente, principalement au XIXe siècle est documentée depuis longtemps.

La majorité des personnes mises en esclavage sont des prisonniers de guerre[104] ou des personnes reconnues coupables de crimes ou parentes d'une personne exécutée pour crime[104],[105]. Si les guerres ont pû constituer une offre de prisonniers à utiliser, l'ampleur d'une demande spécifique à l'Afrique et les principaux travaux auxquels ces esclaves « internes à l'Afrique » ont été affectés sont rarement identifiés clairement. La traite intra-africaine a été stimulée par les deux autres, mais n'est devenue dominante qu'au XIXe siècle.

Au XVe siècle, deux expéditions brésiliennes ont dû rentrer à l'intérieur des terres, en Angola, pour s'approvisionner[106]. Les captifs ont assez rapidement été échangés contre des marchandises venues d'Europe, dont les armes à feu, munitions et barres de métal étaient prédominantes. Puis au milieu du XVIIe siècle es Européens ont construit des « forts de traite » sur le littoral, pour emprisonner les captifs qui leur étaient vendus au fil de l'eau, en attendant qu'ils soient assez nombreux pour qu'un navire vienne les chercher.

C'est beaucouo plus tard que quatre grands royaumes côtiers vont construire, aux XVIIIe et XIXe siècles, leur bonne fortune sur le dos des esclaves: Bénin, Dahomey, Ashanti et l'Oyo. Parmi les monarques dahoméens, le pire fournisseur d’esclaves fut Béhanzin et Tegbessou parmi ceux qui s'enrichissent le plus : en 1750, il vend 9 000 personnes par an et encaisse un revenu de 250 000 livres sterling, dépassant celui des plus riches trafiquants de Liverpool et de Nantes[62]. Ce fut le cas aussi des princes des États voisins de celui du sultan du Bornou (Kanem, Wadaï, Baguirmi et Sokoto), sur les terres du futur Nigeria. Au pays des Fellatas, les raeeas étaient menées par Ahmadou, fils et digne héritier de El Hadji Omar Seydou Tall[107].

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Les problèmes de sources et d'époqueModifier

 
Esclaves enchaînés en Afrique de l'Est.

Selon l'historien Olivier Grenouilleau, « le prix des esclaves n’a pas cessé de monter jusqu’au début du XIXe siècle »[106], avec l'l'expansion de la culture sucrière, tout comme les effectifs de la traite intérieure africaine[106]. À la fin du XIXe siècle, la proportion d'esclaves en Afrique était cinq fois plus élevée que trois siècles plus tôt[106].

La part de la traite intra-africaine dans l'ensemble de la traite a fortement progressé au XIXe siècle[108], selon l'historien Patrick Manning. À partir des années 1800, les sources écrites deviennent bien plus nombreuses, d'autant que l'abolition de la traite atlantique en 1807 puis sa répression par la Royal Navy entraînent des recherches sur l'offre de prisonniers. Entre 1806 et 1863, la politique anglaise de répression de cette traite a représenté l'équivalent, en moyenne, de 1,8 % du revenu national[36], alors que dans le même pays, au XVIIIe siècle, l'apport du capital négrier dans la formation de ce revenu national s'est située seulement autour de 0,11 %[36], dépassant rarement la barre des 1 %, selon Olivier Grenouilleau, historien, professeur à l'université de Lorient[36]. Avant 1850, seulement un tiers des captifs africains restaient sur place. Puis entre 1850 et 1880, leur nombre devint supérieur à ceux exportés par la traite orientale et la traite occidentale, abolie à l'échelle internationale depuis 1809, et combattue par la Royal Navy à une échelle intensive à partir de 1814-1815. Après 1880, la quasi-totalité des captifs resta sur place[109].

Malgré les sources écrites beaucoup plus significatives du XIXe siècle, les auteurs les plus engagés dans la mise en avant de la traite intérieure africaine, comme Olivier Grenouilleau[36], reconnaissent que le débat sur l'impact des différentes traites pour l'Afrique noire, ne recevra sans doute jamais de réponses claires[36].

Les recherches des années 1970 et 1980Modifier

La traite interafricaine est ainsi connue et analysée de longue date par les historiens français, sans retard réel sur l'historiographie des autres pays[110],[111],[112]. Dès 1972, l'historien Hubert Deschamps lui accordait déjà une « place marquée » dans son livre[113], même s'il observait qu'il est difficile de l'évaluer[114]. L'historien Hubert Deschamps, professeur à la Sorbonne à partir de 1962, en parle, sans la classer parmi les autres traites moins connues, dès la courte préface du livre publié par l'historien Jean-Michel Filliot, aux Éditions de l'Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, en 1974[115] et qui fait l'objet de compte-rendu dans des revues scientifiques prestigieuses les deux années suivantes, sans mentionner cette traite interafricaine comme une révélation[116], [117].

Dès les années 1980, la communauté des historiens tente de pallier les lacunes de la recherche pour mieux connaître cette traite interafricaine, malgré la difficulté d'interpréter les sources orales, et déplorent plus généralement « l'énorme prédominance des études concernant la traite atlantique par rapport à la traite transsaharienne et orientale », qui finit par faire croire que la traite « se caractérisait essentiellement par l'exportation hors d'Afrique » des personnes déportées[118].

Le chercheur canadien Martin A. Klein estime lui que, bien avant 1850, plus de la moitié des captifs restaient en Afrique de l'Ouest[119]. Selon lui, même les années où l'exportation d'esclaves atteignait son intensité maximale, les captifs restant sur place — principalement des femmes et des enfants — étaient plus nombreux[109].

Le lien avec les autres traites puis avec l'abolition de la traite atlantiqueModifier

Les historiens ont plus travaillé sur les liens avec les autres traites et les conséquences de l'abolition de la traite occidentale que sur la comparaison chiffrée entre les différentes traites, en raison des problèmes de disparité entre les époques et de sources écrites lacunaires. La comparaison entre traites est surtout venue lors de la couverture médiatique du livre d'Olivier Grenouilleau en 2004, qui reprend des projections de Patrick Manning, estimant à 14 millions le nombre de victimes de la traite intra-africaine[120], soit la moitié des captifs exportés par les traites occidentales et orientales[109]. Mais l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch estime quant à elle que « quatorze millions d'esclaves qui auraient, en sus, été « traités » et utilisés à l'intérieur du continent noir par les Africains eux-mêmes » est « un chiffre sans fondement sérieux »[121].

Les historiens ont apporté des contrepoids aux thèses légitimant la traite occidentale par l'existence d'un esclavage africain[122]. Ils ne sont pas unanimes sur la question de savoir si les traites atlantique et orientale sont à l'origine de la traite intra-africaine, mais d'accord pour constater qu'elles l'augmentent très fortement à partir des XVIIIe et XIXe siècles[122], période où l'abondance des sources écrites fait foi. Les esclaves sont échangés contre des armes à feu, ce qui permet à certains peuples de former des nations guerrières, comme les Ashanti du pays de l'or, au Guana, et les migrations se multiplient, désorganisant les agricultures. D'autres peuples acquièrent des armes pour se défendre et se mettent à vendre à leur tour des prisonniers afin de pouvoir se procurer ces armes.

À partir de 1750, la traite intra-africaine concerne des territoires éloignés comme l'Oubangui-Chari, déjà sous la pression de la traite orientale, où les Européens procurent des armes à feu à des courtiers locaux, africains, qui acheminent les esclaves par pirogue, sur des fleuves que les navires européens ont du mal à remonter. L'existence de la traite intra-africaine, son développement au XIXe siècle, quand les débouchés vers l'Amérique sont interdits, une époque où les différentes traites avaient déjà plongé l'Afrique dans un chaos militaire, démographique et économique, ont servi souvent de prétexte à la constitution des empires coloniaux français, belges, allemand, italien et anglais. En raison des risques militaires, des maladies et des difficultés de navigation, les Européens avaient jusque-là, dans la majorité des cas, évité de pénétrer l’intérieur des terres avant le XIXe siècle, même si les Portugais ont fait des razzias à l'intérieur de l'Angola dès 1583. Malgré le boom sucrier du XVIIIe siècle, les besoins des économies européennes en matières premières et leurs moyens militaires n'étaient pas encore aussi importants que lors de la Révolution industrielle, dans la seconde moitié du XIXe siècle, principale période de colonisation.

La traite intérieure vue du Nigeria ou en Côte d'IvoireModifier

En juin 2009 au Nigeria, après avoir relevé que le Sénat américain a présenté des excuses pour « l'inhumanité, la cruauté, l'injustice fondamentale de l'esclavage », le Congrès des droits civiques (CRC), un collectif rassemblant des dizaines d'organisations de défense des droits de l'homme a demandé aux « chefs traditionnels africains nigérians de s'excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves »[123]. Le CRC a proposé à cette occasion qu'en échange de ces excuses ces chefs traditionnels obtiennent une reconnaissance constitutionnelle[123], une démarche parfois jugée liée à des arrière-pensées politiques, dans un pays où le poids de ces chefs traditionnels dans une partie des villages est considéré par les élites urbaines comme un frein à la modernité[123].

L'indignation apparaît parfois comme trop sélective et les Ivoiriens n'ont par exemple jamais organisé de manifestations pour protester contre l’esclavage toujours pratiqué au XXIe siècle en Mauritanie, remarquait en 2016 le journaliste Venance Konan, directeur du journal Fraternité Matin, à Abidjan[124].

La répression et l'abolition des traites négrièresModifier

Dès le XVIIIe siècle, les traites négrières rencontrent une opposition en Angleterre. Ralph Davis a raconté les mutineries de Liverpool en août 1775, dans le port, où des marins de navires baleiniers se révoltèrent contre des armateurs désireux de réduire les salaires et furent rejoints par l'équipage d'un navire négrier, avant d'occuper la Bourse de Commerce, où les soldats furent envoyés pour déloger plusieurs milliers de mutins[125].

Des interdictions qui s'échelonnent entre 1786 et 1814-1815Modifier

La plupart des pays impliqués dans les traites négrières les ont abolies au XIXe siècle, plusieurs décennies avant de le faire pour l'esclavage, d'abord pour des motifs humanistes. Pour sa part, l'historien marxiste Eric Williams y voit un calcul économique pour favoriser le libre-échange au détriment d'un mercantilisme daté[126].

La traite des Noirs est abolie par le Royaume-Uni en 1807, les États-Unis en 1808, et en France, par le décret du 29 mars 1815[127], quand Napoléon revient au pouvoir lors des Cent-Jours, confirmé par la suite par l'ordonnance royale du et la loi du . Ces trois pays n'aboliront respectivement l'esclavage qu'en 1833, 1865 et 1848[128].

 
« Vive l'égalité, vive la liberté », caricature de Napoléon, Bodleian Library.

La France et le Royaume-Uni ont signé une première convention pour la suppression du trafic des esclaves et un traité contre la traite des Noirs le et une convention supplémentaire le [129]. Cette convention prévoit que d'autres puissances maritimes sont invitées à se joindre à ces conventions. Les villes hanséatiques le font le [130], le Grand-duc de Toscane le [131], la république d'Haïti le 29 août 1840[132].

Le Brésil abolit officiellement la traite en 1850[133] mais l'esclavage seulement le [134], ce qui cause le renversement de l'empereur Pedro II[135]. Le dernier navire négrier arrive à Cuba en 1867[136].

Si la traite atlantique disparaît, une traite persiste entre l'île de Zanzibar et le monde arabe. Alexandrie est de nouveau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'un des principaux marchés à esclaves. On estime à 1,65 million de personnes le nombre des victimes de la traite transsaharienne entre 1800 et 1880[136]. Une nouvelle forme de traite apparaît : l'engagisme ou coolie trade.

L'abolitionnisme avait cependant tenté d'interdire l'esclavage bien plus tôt. Dès la fin du XVe siècle, la papauté condamne l'esclavage : c'est le cas de Pie II, de Paul III, de Pie V, d'Urbain VIII ou encore de Benoît XIV[137]. Mais ne pouvant le supprimer, elle cherche ensuite à améliorer les conditions par une action auprès des esclaves (Sœur Javouhey, Pierre Claver, Montalembert).

La Révolution française abolit l'esclavage le 4 février 1794[138], mais Napoléon Bonaparte le rétablit par le décret du 30 Floréal An X () après la restitution de la Martinique à la France par la paix d'Amiens ()[139] et plus encore lors du soulèvement de Saint-Domingue qu'il tente vainement de combattre par une expédition désastreuse qui ne peut empêcher l'indépendance d'Haïti[140]. L'abolition de l'esclavage ne sera définitive pour les autres colonies françaises qu'avec le décret du 27 avril 1848[141].

En Louisiane, le gouverneur espagnol, Francisco Luis Hector de Carondelet, avait interdit toute importation d'esclaves en 1796. Son prédécesseur Esteban Rodríguez Miró, avait banni en 1786 l'importation d'esclaves nés dans la Caraïbe, la limitant à ceux qui venaient d'Afrique.

La Révolution haïtienne de son côté, combattit la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe, liée à la traite négrière illégale, pour rendre la traite plus dangereuse et plus difficile.

Les effets de l'abolition aux États-UnisModifier

Le Brésil achète ses esclaves avec l'or du Minas Gerais, en expansion dès 1740, recyclé pour acheter des tissus indiens dans les années 1780[87]. Avec les Portugais et Espagnols, ils sont les seuls à avoir un accès régulier à l'Afrique à partir de 1810[87]. Les importations d'esclaves aux États-Unis chutent de 8 % dans les années 1790 et 20 % dans les années 1800[87], tombant aux deux tiers de leur niveau des années 1780[87] dès les années 1820. Sans les restrictions aux traites négrières, ce volume aurait au contraire doublé en trente ans, selon l'historien David Eltis, professeur à l'Université Emory, vu le boom des surfaces plantées en coton aux États-Unis. L'allongement de la durée de vie des esclaves, le bond de leur natalité et la hausse de la productivité ont compensé[87] et pris le relais des achats à prix fort aux anciennes colonies de la côte atlantique qui ne pèseront plus que 10 % du coton américain en 1865.

Entre 1817 et 1820, neuf négriers du Rhode Island sont condamnés par les tribunaux américains[87]. La plupart vont chercher des esclaves à Cuba pour les revendre en Georgie, d'où un prix plus élevé de 50 % à Cuba, soumis à la demande des États-Unis, qu'au Brésil[87]. Puis le quasi-monopole mondial des États-Unis dans le coton les place en position de force face aux marchands d'esclaves[87].

Les historiens estiment que le professeur Philip Curtin a sous-estimé le nombre d'esclaves importés aux États-Unis, plus que pour les autres territoires et constatent une chute des prix des esclaves en 1823, quand les abolitionnistes en Angleterre obtiennent une répression plus dure de la traite, dans le sillage du Scandale de l'île d'Amelia de l'automne 1817, qui voit l'armée de négriers de Louis-Michel Aury investir une île espagnole. Une forte hausse des prix des esclaves va au contraire anticiper, dans les années 1850, l'abolition de l'esclavage aux États-Unis[87], à une époque où il est difficile de s'en procurer, le Brésil monopolisant le commerce illégal, et où leur accès aux soins s'améliore, aidé par le fait que la proportion de mulâtres parmi les esclaves des États-Unis d'Amérique va atteindre 10,4% en 1860. Une fois la traite atlantique disparue, la croissance démographique en Afrique atteignit l'un des taux les plus élevés du monde entre 1900 et 1950.

Le traité de 1817 avec le roi de MadagascarModifier

En 1817, les Britanniques signent un traité avec Radama Ier, roi de Madagascar, lui allouant 10 000 dollars annuels pendant trois ans contre son engagement à renoncer à la traite tandis que le roi négrier Docemo du golfe de Guinée sera déposé par des interventions militaires.[réf. nécessaire]

Les nouveaux circuits de la traiteModifier

Les Antilles britanniques ne représentent plus qu'un tiers des esclaves transportés par les négriers britanniques après 1800, selon l'historien David Eltis, professeur à l'Université Emory[142]. Les négriers anglais et américains sont nombreux à changer de localisation, pour éviter la répression de la traite. Ils évitent les ports anglais à partir de 1811 et s'installent à l'étranger, recourant au pavillon portugais, pays allié de l'Angleterre[143]. De plus, les négriers refusent de faire crédit à Cuba et dans les Antilles françaises, réduisant les flux vers cette destination.

Entre 1783 et 1807, la moitié des esclaves transportés par le Rhode Island allaient à Cuba. Mais après 1807, les navires danois et anglais, qui régnaient sur le commerce interantillais, ont cessé la traite négrière, ce qui fait chuter les prix sur ce marché. Cuba est alors approvisionné directement en Afrique et devient la plaque tournante du trafic mondial, dirigé en grande partie par les Réfugiés français de Saint-Domingue à Cuba, qui importe entre 1792 et 1807 autant d'esclaves qu'en deux siècles, et qui avaient animé la Piraterie des années 1800 dans la Caraïbe. Sur 444 voyages négriers recensés entre 1808 et 1815, la totalité sauf douze passe par Cuba ou le Brésil.

L'action spécifique des Britanniques contre les traites négrièresModifier

Le Royaume-Uni a eu les moyens de réprimer la traite de la plupart des pays, grâce à la puissance de la Royal Navy, sortie gagnante du XVIIIe siècle, sous la pression d'une partie des milieux économiques, menés par William Wilberforce, qui l'avaient jugée contre-productive dès la fin du XVIIIe siècle, pour des raisons d'équilibre économique, puis sous l'influence de l'Anti-Slavery Society. Au XVIIIe siècle, la culture du sucre est plus grande consommatrice d'esclaves, qui meurent d'épuisement sur les plantations en quelques années, et les « îles à sucre » françaises ont profité d'une fiscalité plus favorable pour supplanter leurs rivales britanniques.

La Société pour l’abolition de la traite négrière (Society for the Extinction of the Slave Trade), influencée par les initiatives des quakers anglais et nord-américains, provoqua en 1788 une enquête du Conseil privé de la Couronne[144], qui amena le Parlement à voter en 1807 l’interdiction de la traite négrière. Les abolitionnistes britanniques intensifièrent alors leurs campagnes[144], recourant aux moyens les plus divers pour sensibiliser l’opinion publique mondiale : conférences, signatures de pétitions, campagnes de boycott des marchandises en provenance de pays à esclaves, diffusion de livrets et feuilles imprimés et illustrés. L’Angleterre prit ainsi la tête des courants abolitionnistes mondiaux après avoir maîtrisé le trafic négrier pendant plus de deux siècles[144].

Au congrès de Vienne (1815), Talleyrand promit à Castlereagh de soutenir la position britannique sur l'interdiction de la traite. Malgré l’abolition par plusieurs pays, celle-ci continua de perdurer. En France, elle devint illégale mais se poursuivit : jusqu'au milieu des années 1820, des négriers français sont armés à Nantes ou Bordeaux, à la vue de tous. Ils bafouent ouvertement la loi. Entre 1815 et 1833, on recense 353 bateaux de traite à Nantes[18].

La traite négrière disparaît grâce à des accords entre la France et le Royaume-Uni et d'autres pays, incluant un « Droit de visite des navires étrangers », prévu explicitement par une série de traités internationaux : la Royal Navy croise sur les côtes occidentales africaines. La mission de ses vaisseaux est de visiter les lieux de la traite et les navires marchands. L'État français coopère, mais une large partie des milieux d'affaires français accuse l'Angleterre de vouloir simplement ruiner la France et juge que la traite est un acte patriotique, contribuant à la richesse de la France. Après 1835, on ne dénombre plus que 20 navires français à s'être livrés à la traite.

Les marchés nationaux d'esclaves se substituent aux traites négrièresModifier

 
Vente aux enchères d'esclaves noirs, Atlanta, Georgie, États-Unis, 1864.

Aux États-Unis, il faut attendre 1805 pour que Washington interdise l'importation d'esclaves, ce qui enrichit leurs propriétaires : sur le marché aux esclaves de La Nouvelle-Orléans, le prix d'un esclave monte à 500 dollars en 1805 contre 200 en 1776 et 100 en 1766. Trois nouveaux états esclavagistes sont fondés dans les années 1810 : Alabama, Mississippi et Louisiane. Ils cultiveront 78 % du coton américain en 1859, si on leur ajoute la Géorgie. Les esclaves des anciennes colonies de la côte atlantique sont déplacés depuis le port de Norfolk jusqu'à La Nouvelle-Orléans, puis vendus aux propriétaires de l'Ouest. La Louisiane importe 18 000 esclaves entre 1790 et 1810[145]. La plupart doivent ensuite emprunter des « routes de la migration » établies le long d'un réseau d'entrepôts.

Les États-Unis ne comptaient que 350 000 esclaves en 1750, sur 1,5 million d'habitants. En 4 générations, leurs descendants sont 11 fois plus nombreux : 4 millions en 1865. Une question centrale abordée par les historiens des États-Unis a été de savoir comment le commerce interrégional des esclaves du Vieux Sud côtier vers le Nouveau Sud intérieur a affecté les familles d'esclaves. La réponse, selon des études récentes, est que les familles et les communautés d'esclaves ont été dévastées: même si une partie des propriétaires cherchant des occasions de s'installer dans des régions de frontière se déplaçait avec leurs esclaves et leurs familles, il est probable que plus de 50 pour cent des esclaves exportés l'ont été sans leur famille.

Au Brésil, la délocalisation du pouvoir politique et financier vers le sud facilita le développement de la production de café dans le sud-est. L'Angleterre, qui craignait la concurrence « déloyale » d'une production par des esclaves exigea une chasse aux trafiquants[146]. Du coup, le prix des esclaves flamba et un marché interne se développa pour déplacer cette main d´œuvre du Nordeste[146].

Les abolitions tardivesModifier

L'Arabie saoudite a aboli l'esclavage en 1962, la Mauritanie en 1981.

Le nombre de victimes des traites négrièresModifier

 
« Les esclavagistes se vengent de leurs pertes », Journal de D. Livingstone, 1874.

Le nombre de victimes des traites négrières est très variable d'un auteur à l'autre et n'a cessé de varier dans les années 2000 et 2010 à la hausse comme à la baisse.

L'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch a souligné en 2009 que les « chiffres globaux n'ont pas grand sens puisqu'ils recouvrent des durées très inégales : la traite musulmane, qui a commencé au IXe siècle s'est prolongée jusqu'au début du XXe. En outre, ils sont aussi contestables que contestés : un historien britannique vient-il de proposer de faire tomber la traite transsaharienne à six ou sept millions d'individus au plus (au lieu de douze), sur 1 250 ans »[147].

Traite atlantiqueModifier

En 2001, David Eltis avait estimé la traite atlantique à un total de 11 062 000 déportés pour 9 599 000 esclaves débarqués aux Amériques, entre 1519 et 1867, chiffres repris dans Les Traites négrières, Essai d'histoire globale de Petré-Grenouilleau. Mais en décembre 2008, David Eltis a lancé la plus large base de données consacrée à la traite atlantique : The Trans-Atlantic Slave Trade Database, elle fait état de 12 521 336 déportés entre 1501 et 1866[148], soit 15% de plus qu'estimé en 2001 par le même auteur.

En 1969, l'historien américain Philip Curtin proposait 9 566 100 déportés par la traite atlantique[149]. Nombre d'estimations ultérieures se sont appuyées sur les travaux de Curtin, en affinant certains aspects (notamment la traite illégale) pour parvenir à des chiffres, ou bien supérieurs (Inikori), ou bien inférieurs (Lovejoy).

En 1971, Jacques Houdaille a ainsi rendu compte des travaux de Curtin, qui recense 9,5 millions d'esclaves importés d'Afrique et vendus dans les Amériques, sans tenir compte de la mortalité importante lors du trajet en bateau, qui pouvait atteindre de 8 à 22 % de l'effectif[150] puis en 1997, Hugh Thomas avait estimé au total à 13 millions le nombre d'esclaves « ayant quitté l'Afrique » lors de la traite atlantique, dont 11,32 millions arrivés à destination au moyen de 54 200 traversées. Il affecte au Portugal et sa colonie du Brésil 30 000 de ces traversées[151].

Dans les siennes, le Danemark est censé avoir déporté 50 000 esclaves avec 250 traversées. Plus tard, l'historien danois Per Hernaes[152] a évalué à environ 85 000 le nombre total d'esclaves transportés sur des navires danois entre 1660 et 1806, soit 60% de plus.

L'écart entre auteurs à la même époque a parfois été important. En 1982, Joseph Inikori[153] estimait à 15 400 000 le nombre de déportés par la traite atlantique, tandis que Paul Lovejoy (en) proposait 11 698 000[154] déportés (pour 9 778 500 débarqués) ; chiffre qu'il portera à 11 863 000 en 1989[155], soit 3,5 millions de moins que Joseph Inikori.

Serge Daget donnait comme estimations en 1990 :

  • traite atlantique : 11,7 millions ;
  • traite transsaharienne : 7,4 millions ;
  • traite orientale : 4,28 millions.

Il distinguait la traite transsaharienne de traite orientale, qui inclue les voyages dans l'Océan indien. Concernant la traite intra-africaine, les historiens signalent une générale un effet de doublon car elle est en grande partie revendue à des Européens ou des Arabes, les travaux agricoles confiés à esclaves en Afrique n'ayant pas donné à lieux à des plantations à grande échelle de sucre, café, coton ou cacao.

Olivier Pétré-Grenouilleau a lui estimé, en 2004 la traite orientale, à destination du monde arabo-musulman : 17 millions de personnes ;

  • la traite intra-africaine : 14 millions de personnes et la traite occidentale (ou atlantique) à 11 millions de personnes, dont l'essentiel à partir de la fin du XVIIe siècle.

Traite orientaleModifier

SaharaModifier

En 1979, Ralph Austen présentait des estimations affirmant que la moitié de la traite arabe aurait eu lieu sur ses huit premiers siècles, qui ont ensuite été fortement révisées, car la partie concernant le XIXe siècle, la plus documentée, avait été fortement sous-évaluée[156], notamment sur la traite orientale :

  • Total départ : 9 387 000 y compris les captifs n’ayant pas atteint la zone méditerranéenne (372 000), car restés en bordure désertique.
  • Total arrivée : 7 450 000
  • Écart : 1 937 000

Mer Rouge et océan IndienModifier

  • Répartition entre grandes périodes, en pourcentage
    • 800-1450 : 40,0
    • 1450-1890 : 60,0
  • en individus
    • Total départ : 5 000 000
    • Total arrivée : 4 900 000
    • Pertes : 100 000

Soit au total 14 387 000 individus au départ et 12 350 000 à l'arrivée et pour l'ensemble des traites arabes.

Toutefois, en 1987[157], Austen porte à 8 millions le nombre de déportés de la « traite orientale » entre 650 à 1920 (au lieu des 5 millions reportés ci-dessus pour la période 800-1890) ; ce qui donnait globalement 17 387 000 déportés pour les traites arabes. C'est cette dernière estimation que Petré-Grenouilleau a reprise en 2004, mais qu'il n'avait pas retenue en 1997. Depuis, Ralph Austen estime à « environ 12 millions » le nombre de déportés par les « traites arabes ».

Des archives encore inexploitéesModifier

Archives nationales du DanemarkModifier

D'après Eric Goebel des archives nationales du Danemark, « on estime que les archives des compagnies commerciales danoises possèdent approximativement quelque 4 500 pièces. Ces nombreux registres et liasses de documents occupent l'équivalent de 400 mètres linéaires sur des étagères »[158].

Archives de la traite en AngolaModifier

Selon Dra Rosa Cruz e Silva[159], les fonds documentaires du seul Angola sur la traite négrière comportent 3 448 manuscrits occupant six kilomètres d'étagères. Et cela ne représente qu'une petite partie des archives angolaises, car « […] la plus grande partie de la documentation, la plus ancienne sur notre pays, la documentation sur les XVe, XVIe et XVIIe siècles […] est encore aujourd'hui au Portugal, la puissance coloniale ». Quand on songe à l'importance de la région d'Angola, démembrement de l'ancien royaume du Kongo, comme lieu de départ d'une forte proportion des déportés par la traite atlantique, on voit à quel point les estimations actuelles sont parcellaires ; et susceptibles de corrections substantielles dans les années à venir.

Les conséquencesModifier

Les différentes traites ont eu une influence profonde sur les sociétés africaines.

La ponction démographique directe et indirecteModifier

 
Figurine africaine, Venise (?) (XVIIe siècle), Budapest, musée hongrois des arts décoratifs.

Avec 110 millions d'habitants, l'Afrique représentait 20 % de la population mondiale en 1600. Trois siècles plus tard, en 1900, avec 140 millions d’habitants, elle n’en représente plus que 8,4 %[160], affaiblissement aggravé pour l'économie, car des hommes et des femmes jeunes ont été soustraits aux systèmes de production locaux[160].

Lors d'un colloque sur La tradition orale et la traite négrière[161], il a été présenté que la traite négrière a été dévastatrice pour l'Afrique, à la fois socialement et économiquement.

Selon le professeur Gueye Mbaye[réf. souhaitée] :

« dans certains secteurs, les populations avaient renoncé à vivre dans de gros villages pour se contenter de petits hameaux éparpillés à l’intérieur de la forêt et auxquels on n’accédait que par des sentiers le long desquels on avait établi des ruches d’abeilles guerrières qui en interdisaient l’accès à toute cavalerie. C'est compte tenu de tout ceci que les vieillards interrogés sur les stagnations voire la régression de l’agriculture africaine sont unanimes à incriminer "la période des chevauchées permanentes". »

Selon Eduardo Galeano, la situation globale de l'Afrique au temps de la traite négrière est à mettre en parallèle avec celle de l'Amérique et des Amérindiens[162]. Il existe selon lui une indéniable corrélation entre l'extermination de ces derniers et la déportation de millions d'Africains dans les mines et plantations américaines ; entre l'effondrement des cultures (matérielles et spirituelles) amérindiennes au contact des Européens et l'agonie des sociétés traditionnelles africaines au sortir de la conjoncture négrière atlantique.

Nathan Nunn écrit quant à lui qu'au

« royaume du Congo en Afrique centrale et de l’ouest (...) dès 1514, les enlèvements de citoyens du royaume pour être vendus aux Portugais suivaient un rythme effréné, menaçant l’ordre social et l’autorité du roi. En 1526, Affonso, roi du Congo, écrit au Portugal pour se plaindre du fait qu'« il y a beaucoup de commerçants dans tous les coins du royaume. Ils amènent la ruine du pays. Tous les jours des gens sont réduits en esclavage et raptés, même des nobles, même des membres de la famille royale[163]». Cette rupture de l’ordre et de la loi fut en partie responsable de l’affaiblissement et finalement, de la chute de cet état anciennement puissant. Pour beaucoup des autres ethnies bantouphones, des états stables ont existé auparavant mais le temps que la traite soit abolie, peu des anciens états existaient encore[164],[165] »

Les déplacements de populationModifier

Dans de nombreuses régions, les populations se sont réfugiées dans des zones montagneuses[160] comme le Burundi et le Rwanda, qui ont les plus fortes densités de population[160] car le relief abritait des expéditions des royaumes esclavagistes de l’Afrique orientale qui fournissaient le « marché » de Zanzibar[160]. Au Mali, les Dogons se sont retranchés sur la falaise de Bandiagara, difficilement accessible par des guerriers à cheval[160]. Parallèlement, de vastes espaces se sont dépeuplés, comme la partie orientale de la Centrafrique, dévastée par les razzias du chef de guerre africain Rabah, tué par des soldats français en 1900[160].

Ces déséquilibres démographiques ont été des freins au développement[160]. La traite a aussi préfiguré les économies de rente de l’Afrique subsaharienne[160] car ses bénéfices ne furent jamais utilisés à l’investissement productif, tout comme les profits du pétrole ou des diamants seront gaspillés dans les poches des dirigeants au XXe et XXIe siècles[160].

Les tensions locales à dimension mémorielleModifier

Un article de janvier 2007 dans Jeune Afrique[160] a rappelé que bon nombre de tensions locales à dimension mémorielle qui ont perduré jusqu'à l'Afrique du XXIe siècle, notamment les images de la guerre qui dévaste à partir de février 2003 le Darfour, avec des villages encerclés par des cavaliers en armes, des cases brûlées, des femmes et enfants enlevés, comme dans les razzias qui subies par cette partie de l’Afrique à l'époque des négriers[160]. Ce secteur fut un réservoir d’esclaves dès l’Égypte pharaonique[160], puis lors des périodes fatimide puis ottomane[160]. Maures, Touaregs, Peuls et Arabes ayant joué un rôle actif dans les razzias, les mémoires des habitants des régions soudano-sahéliennes se réveillent parfois, comme lors des affrontements entre Sénégalais et Mauritaniens en avril 1989[166].

Au Tchad et au Soudan, les affrontements du XXIe siècle mettent aux prises des « communautés arabes » et « non arabes », « même si la distinction entre les unes et les autres n’est pas toujours facile »[160], tandis que la guerre qui a décimé le Sud-Soudan de 1964 à 2005 fut marqué par la détermination, face au pouvoir de Karthoum des populations noires christianisées, qui ont payé un lourd tribut à la traite négrière[160]. Une autre guerre civile rappelant les antagonismes du passé a vu s’affronter entre 1975 et 2002 le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), dominée par les habitants de la capitale Luand sur les secteurs côtiers, et l'Unita de Jonas Savimbi, implantée dans le centre de l'Angola[160]. Les relations difficiles, au Bénin, entre les Yoroubas du nord et les Fons du sud, ont pour partie des racines dans les tensions créées par les négriers des royaumes ashanti (Ghana et Côte d’Ivoire actuels), d'Oyo (Nigeria) et du Dahomey, opérant dans le passé le marché négrier d’Ouidah[160].

L'impact économiqueModifier

Rentabilité et investissementModifier

Dans sa contribution à l'ouvrage collectif The Oxford History of the British Empire, l'historien David Richardson estime[167] que les profits de la traite négrière n'ont représenté environ qu'un pour cent (1 %) des investissements réalisés dans les premières années de la révolution industrielle britannique.

De grands ports négriers comme Bristol, ou encore Nantes en France, n'ont pas connu de décollage industriel, leur arrière-pays restant rural, car les profits de la traite négrière ont dans leur quasi-totalité été investis dans des placements fonciers, en particulier la construction de châteaux somptueux.

Du côté africain, la traite a représenté un moyen important d'enrichissement pour les élites en place[168] mais n'ont pas donné lieu non plus à un réinvestissement.

Croissance économiqueModifier

Pays d'AfriqueModifier

Les travaux de Nathan Nunn, un économiste canadien, professeur à l'Université Harvard, ont montré l'importance du préjudice économique lié à l'esclavage et la traite sur le développement économique des pays d'Afrique[169].

Pays d'Europe et d'AmériqueModifier

Parmi les pays d'Europe qui ont eu une trajectoire différente entre 1763 et 1789, la France s'est investie massivement dans la traite négriere alors que l'Angleterre y perdait du terrain. Les exportations françaises sont alors dopées par le sucre, l'indigo et le café. Mais la croissance économique est forte qu'en Angleterre, où elles portée par la révolution industrielle britannique.

MémoriauxModifier

 
Clara Sörnäs, Mémorial de l'esclavage à Zanzibar.

Notes et référencesModifier

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  5. a et b John Pinfold, « Introduction », dans Bodleian Library (Ed.), The Slave Trade Debate: Contemporary Writings For and Against, Bodleian Library, University of Oxford, (ISBN 978-1-85124-316-7)
  6. Ackerson 2005, p. 9
  7. a et b <nowiki>{{Ouvrage Cependant, la traite orientale, principalement arabe, ainsi que la traite intra-africaine, vont perdurer. L'esclavage sera aboli par les européens dans ces régions, avec l'interdiction de ces dernières traites, lors des différentes colonisations au XIXe siècle, et au XXe siècle. Les trois types de traite négrière recensées par les historiens ont porté sur des périodes de longueur très différentes. La plus ancienne et la plus longue a duré 12 à 13 siècles : la traite orientale et sa composante principale la traite dite arabe. La traite atlantique s'est au contraire effectuée à 90 % sur seulement 110 ans, avec une apogée au XVIIIe siècle<ref name=":2">Marie Poussart-Vanier, Georges Courade et Sylvain Guyot, L'Afrique des idées reçues, Paris, Belin, , 400 p. (ISBN 2-7011-4321-7), p. 122-129.
  8. .Odile Tobner, « Une négrophobie académique ?, Olivier Pétré-Grenouilleau, ou la banalisation de la Traite »
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  10. Christopher L. Miller, « The French Atlantic Triangle: Literature and Culture of the Slave Trade » (Durham : Duke University Press, 2008), Miller, 11.
  11. Miller, 12.
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  20. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 20-21, https://books.google.fr/books/about/Les_traites_négrières_Essai_d_histoire.html?id=9OtYBAAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y.
  21. On dit traite des esclaves, de la gomme ou du sucre, lorsqu'on échange des marchandises de traite contre des produits connus, à des prix à peu près stables et lorsqu'on engage des capitaux importants en vue de bénéfices prévisibles dans la mesure où les risques appréciables — tempêtes, maladies, révoltes d'esclaves, piraterie — ne les réduisent pas, Henri Brunschwig, « La troque et la traite », Cahiers d’Études africaines, année 1962, vol. 2, no 7, p.  340.
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  40. Significativement, avant de voir le commerce triangulaire se mettre en place, la traite atlantique débuta par une période qui vit se poursuivre la déportation de captifs africains vers la péninsule ibérique (cette fois sous contrôle européen chrétien) et ce, pendant plusieurs décennies ; v. Gomes Eanes de Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN, Dakar, 1960.
  41. La Chaîne et le lien, Doudou Diène, (éd.), Paris, Éditions Unesco, 1998 [12]
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  48. Gomes Eanes De Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN, Dakar, 1960.
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  69. Mesuré par l’étude menée grâce au cyclotron a porté sur 16 monnaies du Pérou de 1556 à 1784, 12 monnaies du Mexique de 1516 à 1598, 29 monnaies espagnoles de 1512 à 1686 et 65 monnaies françaises de 1531 à 1652 provenant des collections du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale (Paris), du musée Puig (Perpignan) et de la collection Bourgey (Paris). [19]
  70. "L’argent du Potosi (Pérou) et les émissions monétaires françaises" parBruno Collin, dans la revue Histoire et mesure en 2002 [20]
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  79. http://www.molas.org.uk/projects/annualReviews.asp?aryear=2005&category=11&section=1
  80. Tidiane Diakité, La traite des Noirs et ses acteurs africains du XVe au XIXe siècle, Paris, Editions Berg international, , 240 p. (ISBN 978-2917191156 et 2917191155, présentation en ligne), page 162.
  81. "Laurent Wirth, inspecteur général de l’Éducation nationale , conclusion du Séminaire national "La traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions : mémoire et histoire", organisé le 10 mai 2006 par l'Éducation nationale, au Carré des sciences, à Paris [27]
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  84. Selon Randy J. Sparks
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  93. a b c d e f g h et i " Le négrier ou l’enfer sur mer" critique du livre de l’historien Marcus Rediker, par Michel Porret, professeur d’histoire moderne à l’Université de Genève Le Temps du 13 février 2014 [38]
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  95. Gaugue 1997, p. 50.
  96. " A bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite" par Marcus Rediker, Editions du Seuil, 2014 [39]
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  98. Jean-François Delmas, « Jean-Joseph de Laborde et le domaine de Méréville », État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles... op. cit., p. 182.
  99. Rédacteur en chef de revue de la Ligue des droits de l'homme.
  100. Dans Le Journal du dimanche du 8 février 2004, à propos de ceux qui avaient agressé le public de son spectacle, il affirmait : "Ceux qui m'attaquent ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des Noirs et l'esclavage", puis en juillet 2004, il récidivait : "Les juifs ont profité de cette colonisation et de la traite négrière." et évoquait le 29 décembre 2004 "la haine des juifs à l'égard des Noirs" et affirmait le 16 février 2005 que les "autorités sionistes" l'empêchaient de faire "un film sur la traite négrière"
  101. a b c et d "L'exploitation raciste d'un crime contre l'humanité", par Gilles Manceron, dans Le Monde du 5 mars 2005 [40]
  102. "Les convoyeurs de la haine", par l'écrivain Calixthe Beyala présidente du" Collectif Égalité", dans Le Monde [41]
  103. Melchior Mbonimpa, Idéologies de l'indépendance africaine, Paris, L'Harmattan, , 247 p. (ISBN 2-7384-0430-8, lire en ligne), p. 33.
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  105. Grenouilleau Olivier, Quand les Européens découvraient l'Afrique intérieure : Afrique occidentale, vers 1795-1830, Paris, Tallandier, , 349 p. (ISBN 979-10-210-0335-4).
  106. a b c et d "Les traites négrières, ou les limites d'une lecture européocentrique" par Olivier Pétré-Grenouilleau, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine en mai 2005 [42]
  107. Interview de l'économiste sénégalais Tidiane N'Diaye, auteur de « Le génocide voilé » éditions Gallimard, 2008, par Philippe Triay le 7 mai 2015, pour le portail "Outremers".
  108. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 185-186.
  109. a b et c Pétré-Grenouilleau 2003, p. 7.
  110. "La Traite des noirs par l'Atlantique" pa Piet C. Emmer, Jean Mettas, Jean-Claude Nardin. Société Franc̦aise d'Histoire d'Outre-Mer, 1975
  111. "L'Esclavage en Afrique précoloniale" par Claude Meillassoux et Maurice Godelier, aux Editions Maspero en 1975, compte-rendu de lecture par Éliane Journal des Africanistes en 1976 [43]
  112. "Traites et esclavages en Afrique orientale et dans l'océan Indien" par Henri Médard, KARTHALA Editions, 2013 [44]
  113. Histoire de la traite des Noirs, de l'Antiquité à nos jours" par Hubert Deschamps, Editions Fayard, 1972
  114. "Histoire de la traite des Noirs, de l'Antiquité à nos jours" par Hubert Deschamps, compte-rendu de l'historien Charles Laroche dans la revue Outre-Mers en 1972 [45]
  115. "La traite des esclaves vers les Mascareignes au XVIIIe siècle" par Jean-Michel Filliot, Editions de l'Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, en 1974
  116. "La traite des esclaves vers les Mascareignes au XVIIIe siècle" par Jean-Michel Filliot, compte-rendu de lecture par Jacques Houdaille, dans la revue Population en 1976 [46]
  117. "La Traite des esclaves vers les Mascareignes au XVIIIe siècle", par Jean-Michel Filliot, compte-rendu de lecture par Jean Valette, dans la. Revue d'histoire Outre-Mers en 1975 [47]
  118. "De la traite à l'esclavage: actes du Colloque international sur la traite des noirs, Nantes, 1985, Volume 1" par Serge Daget - Centre de recherche sur l'histoire du monde atlantique, 1988
  119. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 186.
  120. « La colonisation est-elle responsable des malheurs de l'Afrique », Ambroise Tournyol du Clos, Conflits, hors série no 3, printemps 2016, p. 18-22.
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  123. a b et c "Des Africains ont eu leur part dans la traite des Noirs" dans La Croix le 12/11/2009 [49]
  124. "Traite négrière occidentale et arabe : l’indignation sélective de l’Afrique" par Venance Konan, journaliste et écrivain ivoirien, est le directeur du journal Fraternité Matin, à Abidjan. dans Le Monde du 26 août 2016 [50]
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  130. Georg Friedrich von Martens, Nouveau recueil de traités d'alliance, de paix, de trêve, de neutralité, de commerce, de limites, d'échange... des puissances et États de l'Europe depuis 1808, Librairie de Dieterich, Gottingue, 1840, tome XV, 1830-1838, p. 191-194
  131. Annales maritimes et coloniales, 1841, p. 292-295.
  132. Annales maritimes et coloniales, 1841, p. 893-898
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  150. Jacques Houdaille, « Le nombre d'esclaves africains importés en Europe et en Amérique », Population,‎ (lire en ligne).
  151. Cf. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, 1440-1870, éd. R. Laffont pour la traduction française, Paris 2006, p. 870-871 : « Statistiques approximatives ». Voir aussi la note consacrée à ces statistiques, p. 933-935, où l'auteur retrace la succession d'estimations depuis les années 1950.
  152. Cf. Traditions orales et archives de la traite négrière, sous la direction de Djibril Tamsir Niane, éd. UNESCO, 2001. Précisément, l'article intitulé « Les forts danois de la Côte de l'Or et leurs habitants à l'époque de la traite des esclaves », p. 114.
  153. Cf. « Forced Migration », Londres, 1982.
  154. « The volume of the atlantic slave trade : a synthesis »
  155. « The impact of the slave trade in Africa ».
  156. Cf. Ralph Austen, « The Trans-Saharan Slave Trade : A Tentative Census » dans H.A. Gemery & J.S. Hogendorn eds, The Uncommon Market. Essays in the Economic History of the Atlantic Slave Trade, New York, Academic Press, en 1979, pages 66 et 68.
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AnnexesModifier

BibliographieModifier

Ouvrages historiquesModifier

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  • Frédéric Régent, La France et ses esclaves : De la colonisation aux abolitions (1620-1848), Arthème Fayard, Pluriel, 2010, (ISBN 978-2-8185-0279-2) (première édition : Grasset & Fasquelle, 2007.
  • Jean Sévillia, Historiquement correct : pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, , 453 p. (ISBN 2-262-01772-7)
  • Pluchon Pierre (sous la direction de), La Route des esclaves. Négriers et bois d'ébène au XVIIIe siècle, Chapitre IV : La cueillette de l’or noir, Hachette Education, (lire en ligne), p. 113-178

ArticlesModifier

  • J. Baumès, L'immigration africaine et la traite des noirs, dans Revue contemporaine et Athenæum français, 1857, tome 34, p. 790-808 (lire en ligne)
  • Joseph Inikori, L'Afrique dans l'histoire du monde : la traite des esclaves et l'émergence d'un ordre économique dans l'Atlantique, HGA, tome V, Chap. 4, éd. Présence africaine/UNESCO, 1998.
  • Joseph Inikori, « The volume of the British slave trade, 1655-1807 », Cahiers d'études africaines, vol. 128,‎ .
  • Olivier Pétré-Grenouilleau, « Les Traites négrières », Documentation photographique, no 8032,‎ .
  • Marc-Antoine Pérouse de Montclos, « Les esclaves invisibles de l'Islam : à quand l'heure de vérité ? », Études, vol. tome 396, no 6,‎ , pp. 751-759 (lire en ligne, consulté le 31 mai 2018).
  • Serge Daget, « L'abolition de la traite des Noirs en France de 1814 à 1831 », Cahiers d'études africaines, vol. 11, no 1,‎ , p. 14-58 (lire en ligne, consulté le 2 août 2018).
  • António de Almeida Mendes, « Les réseaux de la traite ibérique dans l'Atlantique nord (1440-1640) », Annales. Histoire, Sciences Sociales,‎ , pages 739 à 768 (lire en ligne, consulté le 13 avril 2021).  .

Témoignages d'époque sur l'esclavageModifier

Récits de fictionModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier