Eugène IV

pape de l’Église catholique romaine

Eugène IV
Image illustrative de l’article Eugène IV
Biographie
Nom de naissance Gabriele Condulmer
Naissance
Venise, Drapeau de la République de Venise République de Venise
Ordre religieux Ordre de Saint-Benoît
Décès
Rome, Flag of the Papal States (pre 1808).svg États pontificaux
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat
Intronisation
Fin du pontificat
(15 ans, 11 mois et 20 jours)
Autre(s) antipape(s) Félix V à partir de 1439

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Eugène IV (né Gabriele Condulmer à Venise en 1383 - mort le ) était un moine augustin italien, avant de devenir le 207e pape de l'Église catholique de 1431 à 1447. Son pontificat fut marqué par le concile de Bâle qui affirma explicitement l'autorité des conciles sur le pape. Ce concile, transféré à Ferrare puis à Florence, fut également une ultime tentative de rapprochement des Églises d'Orient et d'Occident.

BiographieModifier

CarrièreModifier

Gabriele est né dans la famille Condulmer, riche famille de marchands de Venise originaire de Pavie et est le fils d'Angelo Condulmer. Il est le neveu par sa mère de Grégoire XII, un des trois papes simultanés lors du grand schisme d'Occident.

Il entre dans l'ordre des Augustins au monastère Saint-George de Venise. Âgé de 24 ans, il est nommé évêque de Sienne par son oncle le pape Grégoire XII. Devant l'opposition de la classe politique locale à la nomination d'un jeune et étranger, il renonce à cette charge. Il est nommé trésorier, protonotaire et cardinal-prêtre de Saint-Clément en 1408. Il ne participe pas au concile de Pise en 1409 mais participe au concile de Constance à partir de 1414.

En 1415, Grégoire XII renonce à la tiare pontificale afin de permettre la fin du grand schisme d'Occident. Le 3 janvier 1420, le nouveau pape nomme Gabriele légat (administrateur), avec un traitement annuel de 4 000 florins, de la marche d'Ancône, alors dans les États pontificaux mais occupée par des condottieres. Il quitte Florence le 7 février pour s'installer à Ancône. Il y reste trois ans jusqu'à sa nomination comme légat à Bologne[1]. Cependant, devenu pape, il n'oublie pas la cité et y finance la restauration de diverses églises et des murs du port[2].

Le pape Martin V lui donne le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Marie-du-Trastevere en 1426.

PontificatModifier

Gabriele Condulmer est élu pape le , devenant le 207e pape de l’Église catholique, sous le nom d’Eugène IV.

Le concile de BâleModifier

Invoquant la maladie, le nouveau pape italien Eugène IV n’ose pas se présenter au concile de Bâle qu’il voulait œcuménique, mais en l’absence de l’Église d’Orient, il le nomme « concile général ». Profitant de son absence, les évêques réaffirment la supériorité d’un concile d’évêques par rapport à la voix d’un pape.

Eugène ayant dissous le concile, les évêques refusent d’obéir. Quelques semaines plus tard une émeute populaire dans Rome oblige le pape Eugène IV à venir s’installer à Florence pour neuf ans.

Le concile de Bâle poursuit ses travaux malgré la dissolution ordonnée par le pape. En 1438, il envoie Nicolas de Cues auprès de l'empereur byzantin Jean VIII Paléologue qui cherche du soutien pour faire face à la menace turque. Eugène IV donne son accord pour que l’Église d’Orient puisse participer à un concile œcuménique, sous réserve qu’il soit organisé sur les bords de la mer Adriatique, afin qu’en cas d’attaque turque les Orientaux puissent retourner rapidement dans leur pays. Eugène IV transfère donc le concile de Bâle à Ferrare.

La majorité des prélats comprennent le but de ce transfert et l’acceptèrent, mais quelques évêques et 300 ecclésiastiques considèrent ce geste comme un abus d’autorité de la part du pape et s’y opposent en élisant le un antipape, Félix V (le duc Amédée VIII de Savoie), qui n’était même pas cardinal, et ne fut reconnu que par la Lituanie et la Pologne.

Le , Eugène IV rencontre à Ferrare le patriarche Joseph II de Constantinople. Cette même année, au concile transféré à Ferrare le 16 janvier, il essaye de réaliser enfin l’union de Rome et des Églises d’Orient. Un moment interrompu par une épidémie de peste, le concile s’enlise seize mois sur la version byzantine du Credo de Nicée. Eugène IV parvient bien à signer un concordat avec les Arméniens le 22 novembre 1439, ainsi qu'avec une partie des Jacobites de Syrie (1443), et reçoit en 1445 une délégation de Nestoriens et de Maronites[3],[4] ; mais en 1440, une invasion turque et la mort du patriarche Joseph II de Constantinople le 10 juin 1439 accélèrent une rapide proclamation d’union (alliance) entre les deux Églises qui n’entra jamais en vigueur. En effet le 5 juillet 1439 est signée la bulle Lætentur cœli, puis le 6 juillet 1439, Basilius Bessarion, métropolite de Nicée, lit la version grecque du Décret d'Union des Églises à Santa Maria del Fiore, la version latine est lue par le cardinal Giuliano Cesarini.

Eugène IV s'efforce de contrer l'invasion ottomane, offrant de verser un cinquième des revenus de l'Eglise pour financer une croisade, lancée en 1443 ; mais la défaite de Varna, où le Cardinal légat Cesarini trouve la mort, met un terme à cette campagne[4].

Autres actionsModifier

Eugène peut retourner à Rome, mais à Byzance, ni le monde orthodoxe grec, ni l’Église slave n’acceptent cette union sacrée. À part quelques centaines de soldats vénitiens et génois venus défendre leurs intérêts, Constantinople, la vieille Byzance assiégée par les Turcs en 1453, est abandonnée par l’Occident à son sort.

Eugène IV instaure une taxe sur le vin pour recueillir des fonds pour l’université de Rome « La Sapienza » mais cet argent sert à construire un palais près de Saint-Eustache, que l’on baptise à son tour « la Sapienza » (la sagesse).

Enfin, en 1435, alors que les Espagnols envahissent les Canaries et exploitaient sa population, Eugène IV, informé de l'entreprise, lance la bulle Sicut dudum, interdisant catégoriquement l'esclavage. Ceci sous peine d'excommunication. Mais l'autorité papale est alors peu reconnue, et singulièrement par l'Espagne : cet appel a peu d'échos sur l'évènement en question.

BullesModifier

(liste non exhaustive)

  • 1431 : portant commission adressée au prieur de l'abbaye de Saint-Symphorien d'Autun, pour rétablir l'abbaye de Saint-Martin d'Autun et les prieurés de sa dépendance dans les biens meubles et immeubles dont ils avaient joui ou dû jouir[5].
  • 1433 : confirmant l'élection de Jean Petitjean, comme abbé de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, successeur de Guillaume du Bois[6].
  • 1435 : Sicut dudum. Interdisant l'esclavage, sous peine d'excommunication.
  • 1438 : transférant le concile à Ferrare.
  • 1438 : accordant aux Portugais, le monopole du commerce sur les côtes d'Afrique.

Notes et référencesModifier

  1. Colin 1981, p. 29-30.
  2. Colin 1981, p. 32.
  3. Léon van der Essen, Catholic Encyclopedia, vol. 6, (lire en ligne), « The Council of Florence »
  4. a et b (en) « Eugène IV », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne] [  (en) Lire en ligne sur Wikisource]
  5. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, Charte CXLVII.
  6. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, Charte CXLVIII.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Jean-Paul Condeyrette, Eugène IV, Compilhistoire nov 2010.
  • Encyclopédie catholique de 1913.
  • (fr) Jean Colin, Cyriaque d'Ancône : le voyageur, le marchand, l'humaniste, Paris, Maloine, , 610 p. (ISBN 2-224-00683-7).
  • Claudio Rendina, I Capitani de Ventura, Rome, Newton Compton, 1994, p. 355.
  • Andrew Colin Gow, Gordon Griffiths, « Pape Eugénius IV et l'argent, prêt juif à Florence », dans Renaissance trimestrielle vol. 47 no 2, 1994, p. 282-329.

Liens externesModifier

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