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La piastre est le nom commun de différentes monnaies.

C'était initialement, au XVIe siècle, une monnaie de la république de Venise. Elle s'est diffusée dans les Échelles que la France, entre autres, s'est fait concéder au Levant et a finalement été adoptée par la Turquie ottomane. Plus tard, elle désigna en français les pièces d'argent d'Espagne et d'Amérique[1]. La piastre fut enfin la pièce de monnaie utilisée en Indochine française.

Sommaire

ÉtymologieModifier

Le terme dérive de l'italien piastra, aphérèse du latin emplastrum au sens de plaque, en l'occurrence de métal[2]. Le mot passe en France aux XVIe siècle et XVIIe siècle, ce qui illustre le prestige de l'Italie en France (dynamisme culturel et marchand de l'Italie de la Renaissance ; l'alliance franco-vénitienne de 1515 ; deux reines de France sont italiennes, Catherine puis Marie de Médicis ; beaucoup de termes italiens connotant la richesse, le luxe, le raffinement de la civilisation, passent alors dans la langue française, francisés ou non (Italianisme).

La piastre était dite « forte », pour la distinguer de sa « Demi-piastre » sa fraction[3].

Les piastres espagnolesModifier

Article détaillé : Pièce de huit.

Les conquêtes espagnoles d'Amérique, et plus particulièrement les mines du Mexique, ont permis au royaume d'Espagne de fournir des pièces d'argent en quantité et d'une valeur sûre. Elles ont eu cours dans toutes les Amériques, au Moyen-Orient, en Europe et même dans certains comptoirs africains jusqu'au XIXe siècle.

La pièce de huit réaux de l'empire espagnol est introduite en 1497 et calquée sur le taler (thaler) du Saint-Empire romain germanique, car l'Espagne est intimement liée à l'Empire depuis le mariage en 1496 de l'infante héritière Jeanne et de Philippe le Beau de Habsbourg fils de l'empereur germanique Maximilien). Elle est couramment appelée piastre espagnole en France, au XVIIIe siècle, et aussi en Amérique du Nord où la France a alors d'immenses possessions (Québec, Louisiane) : Savary nous dit qu'aux Indes et en Espagne, lorsqu'on parle d'espèces d'Argent, on dit « Real », « Reales » au pluriel ; en français : «un réal » ou « une réale » au singulier et « réaux ou réales » au pluriel. La réale (ou le réal) y vaut une pièce de huit réaux de Plate (« Plata » désigne l'argent). La pièce de huit réaux de plate, donc aussi appelée piastre par le truchement des Français, est égale à un écu de soixante sols monnaie de France de manière que la réale (le real ou réal, la pièce de huit, la piastre) ainsi que l'écu blanc (l'écu d'argent) de France de trois livres, quoique de différents noms et empreintes, ne font néanmoins qu'une même chose pour le titre et pour le poids[4].

Dans la francophonie d'Amérique du NordModifier

 
Billet privé libellé en piastres de la Banque du peuple, 1839.
 
Billet privé de 1853 (Banque Molson), où une piastre vaut bien 5 shillings.

Dès la colonisation française, des monnaies espagnoles sont couramment utilisées, en parallèle à celle de France qui avait cours légal. Le terme « piastre », en tant que synonyme de piastre espagnole est au moins retrouvé dès 1680, dans la correspondance de l'intendant Talon[5].

En Nouvelle-France, celle-ci vaut environ 4 livres françaises. Après la conquête britannique et quelques années de fluctuation, sa valeur passe à 5 shillings ou 6 livres françaises [6]. À la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle au Bas-Canada, la piastre espagnole a sensiblement la même valeur que le dollar américain[7]. Au début du 19e siècle elle est en demande dans toute l'Amérique du nord car les américains s'en serve pour commercer avec la Chine, d'autant qu'elle est partout facile à écouler et sa valeur stable. Il semble même que sur le marché des changes à New York et Boston elle s'achetait avec une prime de 2 %[8].

Au fil du temps, la piastre en est venu chez les francophones du Canada à désigner de manière générique la monnaie ayant cours. Par exemple, au moins en 1766 le journal bilingue La Gazette de Québec l'utilise pour traduire le terme « dollar »[5]. En 1858, le gouvernement canadien enchâsse le mot « dollar » dans un texte de loi comme désignant sa monnaie nationale, d'autant que l'Académie française a reconnu ce terme dès 1853. La piasse (tel que familièrement prononcé) a toutefois perduré dans le langage courant[5].

On retrouve d'ailleurs l'utilisation du terme « piastre » au paragraphe 3 de l'article 23 de la Loi constitutionnelle de 1867 du Canada, faisant partie de la Constitution canadienne: « [Un sénateur] devra posséder [...] de terres ou tenements tenus en franc-alleu ou en roture dans la province pour laquelle il est nommé, de la valeur de quatre mille piastres [...]. »[9].

Au Québec, il n'est pas rare que l'expression « trente sous » désigne le quart de dollar (pièce de 25 ¢). Cet usage remonte à l'époque où le dollar canadien entre en fonction en 1858 et que l'État fixe sa valeur, entre autres, à 6 livres française. Puisque celle-ci, encore fraîche dans la mémoire, se divisait en 20 sous, le dollar canadien valait en donc 120. Le quart de dollar équivalait ainsi à 30 anciens sous francais[a], d'où l'expression « changer 4 trente sous pour une piastre », qui exprime une action sans effet, sans gain ni perte[10].

Colonies françaisesModifier

 
Piastre de l'Indochine française, 1885.

Durant l'existence de l'Indochine française, la monnaie qui y était en circulation entre 1885 et 1952 s'appelait la piastre indochinoise (voir Affaire des piastres). La piastre de commerce est établie à l'aune des pièces en circulation dans l'empire chinois : la pièce de huit espagnole ou des pièces inspirées de celle-ci comme le yen d'argent.

Moyen-OrientModifier

La piastre est la sous-division de nombreuses monnaies actuelles comme la livre égyptienne, la livre libanaise, la livre soudanaise, la livre sud-soudanaise, la livre syrienne ou la livre turque.

Notes et référencesModifier

  1. Le dollar canadien est quant à lui divisé en 100 sous, aussi appelés « cents » (prononcé cennes) et son quart vaut donc 25 sous.
  1. Dictionnaire de l'Académie française en 1978
  2. Définitions lexicographiques et étymologiques de « piastre » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  3. dictionnaire de l'Académique Français en 1835
  4. Jacques Savary des Brûlons, Louis-Philémon Savary. Dictionnaire universel de commerce. Chez la Veuve Estienne et fils, 1748. Consulter en ligne
  5. a b et c Suzelle Biais, « Trésor de la langue française du Québec (XVIII) », Québec français, no 63,‎ , p. 18 (lire en ligne)
  6. « Fiche -piastre », sur Base de données lexicographiques panfrancophone   (consulté le 1er avril 2019)
  7. Jean-Pierre Wallot et Gilles Paquet, « Le système financier bas-canadien au tournant du XIXe siècle », L'Actualité économique, vol. 59, no 3,‎ , p. 474 (lire en ligne)
  8. Jean-Pierre Wallot et Gilles Paquet, « Le système financier bas-canadien au tournant du XIXe siècle », L'Actualité économique, vol. 59, no 3,‎ , p. 471 (lire en ligne)
  9. « Loi constitutionnelle de 1867, 30 & 31 Victoria, c 3, », sur CanLII
  10. Pascal Sabourin, « Trente sous et piastre », Le langagier, Université Laurentienne, no 64,‎ (lire en ligne)

BibliographieModifier

  • « La France et les banques face au trafic des piastres (1945-1954) : l’exemple de l’instruction OIC n°184 du 12 février 1953 » (Daniel Leplat), dans Gérard Béaur (dir.), Hubert Bonin (dir.) et Claire Lemercier (dir.), Fraude, contrefaçon, contrebande de l'Antiquité à nos jours, Droz, coll. « Publications d'histoire économique et sociale internationale », , 4e éd., 832 p., 160 x 240 cm (ISBN 978-2-600-01730-5, ISSN 1422-7630)

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier