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Baleinier

navire utilisé pour la chasse à la baleine
Le Charles W. Morgan baleinier du XIXe siècle
Petit baleinier équipé d'un canon à harpon à Sept-Îles (Québec), autour de 1900

Un baleinier est un navire utilisé pour la chasse à la baleine, équipé pour la capture (en utilisant des harpons) et le traitement de la chair en huile notamment. Le mot désigne aussi un membre de l'équipage d'un tel navire.

HistoriqueModifier

 
Harpon utilisé sur un baleinier

Autrefois le baleinier disposait d'une ou plusieurs baleinières manœuvrées par les membres de l'équipage, elles embarquaient le harponneur qui était chargé de harponner la baleine en s'approchant au plus près de celle-ci. Aujourd'hui, la plupart des baleiniers sont des navires-usines entourés de navires plus petits, les chasseurs, disposant d'un canon pour lancer le harpon.

Un premier pas vers l'industrialisation fut franchi au XVIII° siècle avec l'invention (par le basque François de Sopite) [1] d'un four de briques permettant de fondre le lard à bord d'un navire (obligatoirement d'un certain tonnage et entouré d'embarcations de chasse annexes, les baleinières) . C'était une innovation audacieuse, permettant de travailler loin des côtes, mais aussi dangereuse, car aux temps de la marine à voile en bois (et même ensuite) le risque d'incendie à bord était, et est encore, une des pires craintes des marins.

Une fois la baleine repérée (les baleiniers avaient un observateur (la vigie) à poste dans la mâture, parfois abritée de façon rudimentaire par un vieux tonneau , dit nid-de-pie ) , les baleinières étaient mises à l'eau.

Une fois en portée, le harponneur (un spécialiste mieux payé que les matelots du rang) plantait son arme dans l'animal et la partie la plus dangereuse de la chasse commençait : La baleine sondait (plongeait) en remorquant l'embarcation. La ligne reliant le harpon à la baleinière était lovée avec un soin maniaque dans une baille (pour éviter les noeuds et accrochages intempestifs) et se déroulait si vite qu'il fallait parfois l'arroser pour l'empêcher de prendre feu. Les accidents à ce stade de la chasse n'étaient pas rares (embarcations chavirées ,ou écrasées par la nageoire caudale de l'animal). L'équipage de la baleinière s'efforçait de "fatiguer" l'animal qui une fois revenu en surface était achevé par le harponneur avec une lance spéciale, puis remorqué le long du baleinier où elle était amarrée "à couple". Le lard était incisé à l'aide de tranchets montés sur de long manches et la baleine était littéralement pelée de sa couche de lard à l'aide de palans crochés dans les bas mâts et les vergues, les morceaux de lard passant dans la chaudière pour en tirer l'huile qui était mise en tonneau.

Puanteur, risques d'incendie, maniement d'instruments tranchants sur des surfaces glissantes, navigation en dehors des routes commerciales fréquentées et parfois dans des zônes tempêtueuses ou des régions glaciales infestées d'icebergs, longues campagnes (parfois plus de deux ans)... tout dans ce métier concourait à faire des équipages de baleiniers une race d'hommes à part au sein de la communauté maritime et les ports d'armement pour la pêche à la baleine étaient aussi des communautés bien particulières comme Nantucket sur la côte est des Etats Unis, un des ports baleiniers les plus actifs au XIX° siècle.

Accident plus rare, une baleine ou un cachalot rendu fou par la douleur pouvait s'en prendre directement au navire baleinier, l' éperonnant défonçant le bordage avec sa tête, comme un bélier médiéval. On cite le cas du Baleinier Essex ainsi coulé en 1820 . Les survivants réfugiés sur les baleinières étaient (métier oblige) loin de toute île habitable ou route maritime régulière. Il moururent les uns après les autres de faim et d'épuisement, sauf le capitaine et un une poignée de matelots qui durent en partie leur survie à des actes de cannibalisme.

La triste odyssée de l'Essex a été l'inspiration directe du roman d'Herman Melville , Moby Dick qui a eu une longue postérié cinématographique.

Un témoignage plus récent sur la vie à bord d'un baleinier (et navire de chasse aux phoques) écossais se situe en 1880 , à la charnière de l'ère de la voile et de celle de la navigation à vapeur, qui sera aussi celle de la chasse industrielle avec des navires-usine. Son auteur n'est autre que le tout jeune Conan Doyle, embarqué comme "médecin" (il s'en faut encore de plusieurs années pour qu'il obtienne son diplôme) pour une campagne de chasse au phoque et à la baleine vers le Groënland et le Spitzberg. le père littéraire de Sherlock Holmes, de tempérament aventureux et sportif, apprécia cette expérience formatrice et son récit-livre de bord, très factuel, mais aussi très empreint d'humour, est fort justement intitulé Dangerous Work-Travail dangereux.

Avec l'avènement de la vapeur, mais aussi du harpon explosif inventé par le norvégien Svend Foyn le métier et les navires changèrent radicalement d'aspect: Le baleinier devint un véritable navire usine équipé de réservoirs intégrés à la coque et d'une rampe arrière équipée d'un puissant treuil pour hisser les baleines à bord, le tranchage fut en partie mécanisé et le navire était équipé de chaudières multiples pour la fonte du lard. les sous-produits de la baleine (farines animales protéinées, poudre d'os...etc) furent également mieux exploités (au temps de la voile la carcasse épluchée de la baleine était abandonnée aux requins et aux oiseaux de mer). Les baleinières à avirons étaient remplacés par de petits vapeurs très manoeuvrants (Cf illustration) , équipés d'un canon lance harpon et d'une installation d'air comprimé.

Durant la Seconde Guerre Mondiale et la Bataille de l' Atlantique, les vapeurs baleiniers eurent une postérité inattendue: Les corvettes de chasse sous marine de la série "Flower" étaient directement dérivées d'un vapeur de chasse baleinier, le Southern Pride. Les qualités d'endurance et de maniabilité requises étaient les mêmes, seul le type d'armes changeait.

L'avancée des sciences et des techniques, océanographie, sonar, radar..etc permirent dans un premier temps de maximiser les prises, avant d'épuiser dangereusement la ressource , d'où la création en 1946 d'une commission internationale de protection (CBI ou IWC en anglais). Les terrains de chasse s'étaient déplacés vers l'Antarctique et l'Atlantique sud.

Les proies étaient maintenant les immenses baleines bleues qu'il fallait gonfler d'air comprimé car leur corps coule sitôt tué.

Un des armateurs les plus notoires de l'époque des navires-usine fut Aristote Onassis. Il avait racheté au prix de la ferraille diverses corvettes "Flower" ex-Royal Navy (Cf Supra) démobilisées et un pétrolier T2 ravitailleur d'escadre, qu'il fit reconvertir en vapeurs de chasse et en navire usine. Sa flottille baleinière n'opéra cependant que quelques années , le plus souvent en totale illégalité et mépris des quotas de chasse de la CBI. Témoignage de cette activité, le très intime bar privé de son immense Yacht, le Christina O avait ses tabourets recouverts de cuir de prépuce de cachalot.[2]

La plupart des armements industriels à la baleine étaient anglo norvégiens et avaient installé des bases antarctiques très largement équipées, Chantiers navals, slipways , ateliers, machines outils, base de vie avec bars ,chapelle et cinéma sur l'ile britannique de la Géorgie du sud , notamment à Grytviken ,[3] afin d'assurer une large autonomie technique à leurs navires dans ces régions éloignées de toute facilité de réparation navale.

Le matériel fut laissé sur place après 1963 et la faillite de ces entreprises pour cause de raréfaction de la ressource et de concurrence de la chimie de synthèse.Ces îles ne furent plus visitées que par quelques "plaisanciers de l'extrême" comme Gérard Janichon et Jérôme Poncet, ou le couple britannique Tim et Pauline Carr sur leur petit voilier Curlew [4], qui traduisirent dans leurs livres la puissante impression de vanité et de désolation dégagée par cette ville-fantôme qu'était devenue Grytviken.[5]

C'est l'irruption de ferrailleurs argentins venus sur la Géorgie du Sud récupérer ces "trésors abandonnés" qui fut le détonateur de la Guerre des Malouines .

Rôle dans l'exploration océanique et arctiqueModifier

 
Vigie d'un baleinier, 1903

Au cours des siècles passés, la chasse à la baleine a du s'adapter à la migration et à la disparition de la "ressource" .

Ainsi au Moyen-âge et à la Renaissance, les baleines abondaient dans le Golfe de Gascogne et les marins basques chassaient la baleine franche (lente et dont le corps flotte naturellement après harponnage) directement depuis la côte avec des petites embarcations non pontées propulsées par des avirons. En témoignent les armoiries des villes de Guethary, Hendaye et Biarritz [6]

Aux XVIIe et XVIIIe siècles la ressource s'épuisant, il fallut se tourner vers d'autres espèces de cétacés et des territoires de chasse bien plus lointains en utilisant des navires de haute mer bien plus importants : Atlantique lointain, puis Pacifique , Arctique et finalement Antarctique au début du XXe siècle lorsque la chasse à la baleine passa à l'ère industrielle avec l'apparition des navires usines, de la propulsion mécanique et de l'invention du canon lance-harpon par le norvégien Svend Foyn.

En Antarctique , le gibier privilégié était la gigantesque baleine bleue trop puissante pour les baleinières traditionnelles à avirons qu'on chassait avec de petits vapeurs semblables à l'illustration ci-contre : La baleine une fois tuée (la tête du harpon de Svend Foyn était explosive) l'animal était maintenu à flot en y injectant de l'air comprimé grâce à une lance creuse reliée à un compresseur puis ramenée à bord du navire usine par un petit remorqueur dit bateau-bouée.

Au cours des trois siècles écoulés, les navires baleiniers ont donc « briqué » tous les océans et mers du globe au cours de très longues campagnes (parfois plus de deux ans) et apporté une contribution au moins égale à celle des explorateurs officiels commandités par les amirautés de leurs nations respectives (Cook , La Pérouse, Dumont D'Urville...etc) à la cartographie et à l'océanographie du globe terrestre.

Un cas emblématique est celui de William Scoresby, un baleinier écossais passé par les écoles d'hydrographie de son époque et qui fut le précurseur de l'exploration arctique. Ce sont les navires baleiniers et phoquiers qui les premiers ont commencé à explorer le nord du Groënland , le Spitzberg et à s'aventurer de plus en plus loin dans les redoutables passages du Nord - Est et passage du Nord Ouest. Bien avant Scoersby (né en 1789), l'explorateur et aventurier William Baffin (1584-1622) avait lui aussi participé à des expéditions balenières commerciales tout en défrichant l'exploration maritime du Grand Nord.

LittératureModifier

Dans le roman Moby Dick de Herman Melville, le narrateur embarque sur le Péquod, baleinier du XIXe siècle.

Notes et référencesModifier

  1. Dominique Robin, « La pêche à la baleine à Saint-Jean-de-Luz au XVIIIe siècle. À propos de deux textes trouvés à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 102, no 1,‎ , p. 47–65 (DOI 10.3406/abpo.1995.3805, lire en ligne, consulté le 3 décembre 2019)
  2. « Christina O, le luxueux superyacht des stars hollywoodiennes », sur Bateaux.com (consulté le 3 décembre 2019)
  3. « Grytviken Whaling Station in South Georgia Grytviken is open to... », sur Getty Images (consulté le 3 décembre 2019)
  4. (en) « Falmouth Quay punt "Curlew" – BC09 | National Maritime Museum Cornwall », sur NMMC, (consulté le 3 décembre 2019)
  5. (en) « Nature Picture Library - The half-sunk wreck of an old whaling ship 'Petrel', with the wooden varnished mast of the engineless 'Curlew&... », sur Nature Picture Library (consulté le 3 décembre 2019)
  6. Euskal Herria Lehen / Pays Basque D'antan, « EUSKAL HERRIA LEHEN - PAYS BASQUE D'ANTAN: PÊCHE À LA BALEINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS », sur EUSKAL HERRIA LEHEN - PAYS BASQUE D'ANTAN, (consulté le 21 novembre 2019)

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier