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Les risques d'effondrements environnementaux et sociétaux sont des risques relatifs au déclin imminent du monde industriel contemporain qui incluent l'extinction de nombreuses espèces vivantes, dont éventuellement l'espèce humaine, et qui s'inscrivent dans un processus d'effondrement global envisageable. Ces conceptions décrivent un risque systémique de catastrophes planétaires provoqué directement par le mode de fonctionnement anthropique contemporain. Ces théories de l'effondrement s'appuient sur des indices mesurables et des études documentées.

À la différence des effondrements de civilisations du passé (qui ont été régionaux, îliens, ou n'ont concerné qu'une partie d'un continent), ces théories envisagent un effondrement qui pourrait être global. Les théories actuelles n'envisagent pas nécessairement la fin de l'humanité mais plutôt celle de la société industrielle. Elles s'appuient sur des faits scientifiques dont la réalité est reconnue par des rapports et expertises scientifiques et institutionnels.

Définitions et causes d'un risque d'effondrement de la civilisation industrielleModifier

DéfinitionsModifier

Il y a plusieurs définitions de l'effondrement.

Les archéologues voient l'effondrement comme une réduction rapide de la population mondiale et/ou de la complexité politique/économique/sociale/institutionnelle, sur une zone significativement étendue et pour une durée importante.

L'anthropologue américain Joseph Tainter, dans son ouvrage L’Effondrement des sociétés complexes (The Collapse of Complex Societies), complète cette définition principalement par trois points :

  1. Plus une société est complexe, plus elle requiert de l'énergie (obtenue autrefois à partir de la biomasse) ;
  2. Après avoir épuisé l'énergie bon marché et la dette abordable, elle perd sa capacité à résoudre ses problèmes (économiques et autres) ;
  3. L'effondrement est la simplification rapide d'une société[1],[2].

Une autre définition, plus sociale, relative à la conjoncture actuelle, est celle du mathématicien et homme politique Yves Cochet :

« un processus à l'issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi[3]. »

CausesModifier

Selon Dennis Meadows, professeur émérite américain de l'université du New Hampshire en gestion des systèmes, l'effondrement est « un processus qui implique ce que l'on appelle une « boucle de rétroaction positive », c'est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque ». Par exemple : si la population perd sa confiance en la monnaie, elle retire ses fonds des banques, ce qui les fragilise, inquiète les clients qui retirent encore plus leur argent des banques, et ainsi de suite. « Ce genre de processus mène à l'effondrement[4]. ».

Pour les collapsologues et autres défenseurs de ces théories, les facteurs qui contribuent à l'effondrement de la civilisation industrielle ont la particularité d'être interdépendants et globaux, d'où un risque de perturbations systémiques mondialisées et en cascade. Ces facteurs sont étudiés dans les champs environnementaux, économiques, sociaux et culturels, en se basant sur :

  1. La disponibilité des ressources : par exemple, l'épuisement des ressources énergétiques[5] ou minérales, comme le pic pétrolier, le pic de production de phosphate[6] ou d'autres surexploitations de matières premières critiques.
  2. Le risque d'une transformation radicale de l'écosystème mondial dans l'Anthropocène. Ainsi, Anthony D. Barnosky, spécialiste américain de biologie évolutive de l'université de Berkeley[7] analyse, dans la revue Nature, la possibilité du changement brusque et irréversible de l'écosystème mondial[8]. Johan Rockström (sv), professeur suédois en gestion des ressources naturelles au Centre de Résilience de Stockholm (en) établit en préambule de son article sur les limites planétaires que « les pressions anthropiques sur le système terrestre ont atteint une échelle où le changement environnemental mondial brusque ne peut plus être exclu[9]. » Will Steffen (en), chimiste américain de l'université nationale australienne, conclut, dans la revue Sciences, que « La transgression des limites planétaires crée […] le risque substantiel de déstabiliser l'état Holocène du système Terre. »[10] ; la destruction des écosystèmes et de la biodiversité ayant elle-même plusieurs origines : besoin d'espace pour l'industrie agroalimentaire de masse, l'élevage intensif, les mines et l'industrie qui induisent des déforestation massive, surpêche et pollution marine, déclin des pollinisateurs, fragmentation et dégradation des habitats naturelsetc. Ceci conduirait – en un temps très rapide mais difficile à évaluer (entre 5 et 75 ans) – à un effondrement global dont la forme exacte reste à déterminer.
  3. La croissance démographique exponentielle entraînant la surpopulation. Cette surpopulation était déjà redoutée par Thomas Malthus au XVIIIe siècle, qui la théorisa notamment en prônant la restriction démographique[11].
  4. Le dérèglement climatique et ses nombreuses conséquences[12] : la fonte des calottes glaciaires[13],[14], la disparition accélérée du permafrost qui, en libérant de très grandes quantités de méthane et de CO2 participe, par boucle de rétroaction, au réchauffement en cours[15], la montée des eaux qui menace d'inondation de nombreuses villes et mégalopoles côtières[16], de multiples îles et îlots (certaines îles du Pacifique sont déjà englouties)[17], des régions entières et de grands bassins de vie[18]. Ces inondations entraineront des déplacements massifs de population qui s'ajouteront aux millions de migrants contraints de quitter des terres devenues infertiles à cause de ce même réchauffement climatique[19]. Le dérèglement climatique est également à l'origine de manifestations naturelles de plus en plus fréquentes et intenses, comme la multiplication de tornades et typhons, de tempêtes et orages, d'incendies et de pluies torrentielles, de canicules, de sècheresses et également d'épisodes extrêmement froids[20],[21].

Tous ces paramètres convergent et sont autant de causes d'un possible effondrement[22]. Ces facteurs ne provoquent pas les mêmes effets : la fin du pétrole affectera d'abord le monde industriel et les transports alors que le changement climatique affecte potentiellement toutes les espèces vivantes. C'est l'interconnexion de tous ces facteurs qui accrédite la théorie d’un possible effondrement systémique global.

Les causes considérées sont d'origine anthropique[23],[24]. Les phénomènes sous-jacents, qui selon ces théories pourraient conduire à un effondrement civilisationnel, s’appuient sur diverses études scientifiques[8],[10],[9],[25] et dont la réalité et la gravité est prise en considération par de nombreux organismes publics, parmi lesquels le Club de Rome, le GIEC[26],[27], des autorités militaires internationales[28],[29], la Banque mondiale[30] et le Forum de Davos[31].

HistoriqueModifier

Origines de la notion d'effondrementModifier

L'effondrement a mis fin à de nombreuses sociétés et civilisations. Dès le XIXe siècle des scientifiques ont douté de la pérennité de la civilisation industrielle (Jean-Baptiste de Lamarck par exemple[32]).

Cependant les premières études rigoureuses et vérifiables n'apparaissent qu'après les années 1970. La notion d'effondrement a été appliquée à la civilisation industrielle par le Club de Rome[33] (— composé entre autres de scientifiques, d'économistes, ainsi que d'industriels de 52 nations —), qui a commandé au professeur Dennis Meadows du MIT une étude sur l'état des ressources naturelles dans le monde[34]. Le « rapport Meadows » publié par le Club de Rome en 1972 sous le titre : The Limits To Growth, traduit en français par Les Limites à la croissance[35] est basé sur la « méthode de la dynamique des systèmes » et sur des modèles de simulation informatiques[36]. Le modèle World3 montrait que, sans inversion de tendance, un effondrement aurait lieu durant la première moitié du XXIe siècle. Les révisions du rapport, en 1993 et en 2004, confirment ce pronostic[37]. En 2012, le chercheur australien Graham Turner du CSIRO, en compilant 40 ans de données de l'ONU, a montré que le modèle s'était avéré précis et robuste, confirmant ainsi l'imminence d'un effondrement, ainsi que l'apparition des premiers signes[38].

En mars 2014, une étude parrainée par le Goddard Space Flight Center (NASA) a montré que les fortes inégalités économiques et une forte prédation des ressources naturelles étaient deux causes-clés de l'effondrement d'une civilisation[39],[40].

1970-2000Modifier

Dès 1973, l'agronome français René Dumont développe les conséquences du rapport au Club de Rome[41]. Dans son ouvrage L'Utopie ou la mort !, évoquant selon ses propres termes une « fin de la civilisation » pour le début du XXIe siècle. Afin d'y échapper il propose comme pistes : le contrôle démographique ; les économies d'énergie ; la coopération internationale avec les pays en voie de développement ; la protection et la remédiation des sols. Il défend ses idées et les fait découvrir aux Français en se présentant à l'élection présidentielle française de 1974[42] ; il est le premier candidat écologiste à se présenter à cette élection.

En 1979 le philosophe allemand Hans Jonas, dans son œuvre majeure Le Principe responsabilité, met en garde contre les dérives technologiques et leurs conséquences fatales probables sur la nature et l'humanité, développant le principe d'obligation qui nous incombe de protéger les générations futures[43],[44].

En 1986, Ulrich Beck (sociologue allemand) publie un essai qui a fait date[45], La société du risque. En 2008, il publie une tribune dans laquelle il critique toujours « les acteurs qui sont censés garantir la sécurité et la rationalité – l'État, la science et l'industrie – » estimant qu'« ils exhortent la population à monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite à ce jour. »[46].

2001-2010Modifier

En 2003 Hubert Reeves (astrophysicien franco-canadien) publie Mal de terre[47], sur les multiples menaces pesant sur la planète et ses habitants. « Son diagnostic est alarmant : si la vie sur Terre est robuste, c'est l'avenir de l'espèce humaine qui est en cause. Le sort de l'aventure humaine, entamée il y a des millions d'années, va-t-il se jouer en l'espace de quelques décennies ? »[48]

En 2005 le biologiste évolutionniste américain Jared Diamond popularise le mot « effondrement » par son essai Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie[49]. Il insiste sur le fait que les déclins de civilisations naissent de la rencontre de plusieurs paramètres dont les plus importants, selon lui, sont « des dommages environnementaux, un changement climatique, des voisins hostiles, des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux, et les réponses apportées par une société »[50], auxquels s'ajoutent la surpopulation et l'épuisement des ressources naturelles.

Dès 2005, Yves Cochet (ancien ministre français de l'environnement, président de l'Institut Momentum) est l'un des fers de lance en France de cette nouvelle vague d'alertes sur le risque d'effondrement[51],[52], en particulier dans son livre Pétrole apocalypse (2005). Il reste aujourd'hui particulièrement vigilant et alarmiste comme le souligne sa tribune dans le journal Libération d'août 2017[53]. Il estime dans un ouvrage publié en 2017 que l'effondrement aura lieu avant 2030[54]. Il réaffirme une position voisine dans le livre Devant l'effondrement : Essai de collapsologie (2019), estimant que la civilisation va disparaitre entre 2020 et 2035[55].

En 2007 James Lovelock, scientifique britannique et auteur de l'hypothèse Gaïa, déclarait devant la Royal Society que le changement climatique est plus rapide que prévu, et que ses conséquences pourraient être tragiques pour la survie de la civilisation au XXIe siècle du fait du probable chaos qu'il va causer sous forme de famines, sécheresses et migrations de masse :

« Nous sommes dans l'étrange situation de vivre sur une planète où le climat et l'évolution de la composition (de l'atmosphère) est maintenant si rapide qu'il s'avère trop rapide pour que nous puissions réagir[56]. »

Il a par la suite (en 2012) reconnu avoir été trop alarmiste lorsqu'il prévoyait la mort de milliards d'humains[57]. En 2015, bien que plus prudent sur la date de la catastrophe climatique, il reste convaincu que les conséquences du réchauffement climatique finiront par nous rattraper, car pense-t-il les humains sont incapables d'inverser la tendance : l'essentiel n'est pas même la survie de l'humanité, mais la continuation de la vie elle-même ; si la population et sa consommation dépassent les capacités de la planète, la Terre trouvera, par elle-même, un moyen de se débarrasser, d'une façon ou d'une autre, de l'excédent et de poursuivre sa perpétuation :

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d'évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse[58]. »

Jean-Marc Jancovici, ingénieur polytechnicien français, ancien collaborateur de l'ADEME concernant notamment la mise au point du bilan carbone et participant en 2007 au Grenelle de l'environnement, alerte régulièrement depuis 2001[59] sur les menaces directes pour l'humanité que pose la conjonction de l'effondrement des ressources énergétiques et des effets du réchauffement accéléré du climat[60],[61].

Cette crise est présentée comme un scénario de plus en plus crédible à moyen terme, voire à relativement court terme, par de nombreux lanceurs d'alerte dont John Beddington, scientifique britannique, spécialiste de la gestion durable des ressources naturelles et conseiller scientifique en chef du gouvernement du Royaume-Uni. En mars 2009[62] il estimait prospectivement que le monde – sans profonds et rapides changements de comportements individuels et collectifs – va vers un effondrement écologique et économique global qu'il compare à un ouragan parfait (économique, social et environnemental), qui se concrétisera selon lui vers 2030. Ce scénario associe conjointement une crise alimentaire, sanitaire et sociale, une crise énergétique et une crise écologique majeure caractérisées par un effondrement brutal des écosystèmes, à l'échelle de la biosphère, (c'est-à-dire de la planète tout entière), et dépassant ses capacités de résilience écologique (à court, moyen ou long terme). Dans ce scénario, dans le pire des cas, la capacité de la biosphère à s'auto-entretenir est détruite pour un temps plus ou moins long, voire définitivement[63].

Selon Jonathon Porritt (conseiller du gouvernement britannique et du monde économique) la prospective de John Beddington est encore trop optimiste. Il partage son analyse des causes, mais juge que la situation est plus grave encore et que la date du collapsus planétaire redouté des écologues est plus proche de 2020 que de 2030.

En 2008, Theodore Kaczynski parvient à faire publier, depuis sa prison, l'essai L'Effondrement du système technologique, dans lequel il développe l'idée que l'effondrement de la civilisation industrielle est nécessaire pour éviter un désastre écologique.

En 2008, Denis Dupré et Michel Griffon, publient La Planète, ses crises et nous, montrant les liens entre crises financières, climatiques, alimentaires et de l'énergie. Ils détaillent les changements possibles pour assurer un monde durable pour 2050. Dix ans plus tard (en 2018) Denis Dupré estime qu'il est maintenant trop tard pour éviter l'effondrement : selon lui, « la planète Titanic va couler et les riches sont en train de se ruer sur les canots de sauvetage[64]. »

Clive Hamilton (philosophe australien) publie en 2010 Requiem for a Species[65], ouvrage qui prend acte des menaces qui pèsent sur nos civilisations[66]. Selon lui,

« Le monde est en train de basculer dans un avenir hostile. Notre obstination à tirer profit de la planète au-delà des limites supportables par son écosystème a déclenché des effets indirects si dramatiques que la crise climatique menace désormais notre existence[67]. »

Depuis 2011Modifier

2012Modifier

Pour Dennis Meadows le développement durable n'est plus possible ; le scénario de croissance rapide avec dépassement des limites naturelles est en cours, il sera suivi d'une baisse rapide de l'activité à une date encore indéterminée[68],[69].

2013Modifier

  • Les biologistes américains Paul R. Ehrlich et Anne Ehrlich, de l'université Stanford, dans un article (comptes-rendus de la Royal Society) montrent qu'un effondrement de notre civilisation est difficilement évitable[70].
  • Un livre Du risque à la menace est co-écrit par un groupe de « spécialistes de la question des risques dans les domaines de l'histoire, de l'économie, de la sociologie, du droit, de l'environnement et de la médecine, [qui] montre comment les sociétés technologiquement avancées progressent, inexorablement semble-t-il, vers un horizon obscurci par la menace[71],[72]. »
  • Dmitry Orlov publie The Five Stages of Collapse (Les Cinq Stades de l'effondrement), en y détaillant surtout les trois premiers (effondrements financier, commercial et politique) et abordant les deux suivants (social et culturel) dans les derniers chapitres[73].

2015Modifier

  • Le livre Comment tout peut s'effondrer[74] de Pablo Servigne et Raphaël Stevens[75] synthétise les principaux paramètres pouvant conduire notre civilisation à l'effondrement[76]. Les auteurs créent le néologisme « collapsologie »[77] qu'ils définissent comme « l'exercice transdisciplinaire d'étude de l'effondrement de notre civilisation industrielle […] ». Selon les auteurs, les principaux facteurs d'effondrement sont l'approche des limites physiques (manque de ressources et énergie), le dépassement de seuils de basculement irréversibles (des systèmes climatiques et écosystémiques), l'inertie de notre société (phénomène de verrouillage socio-technique) et la vulnérabilité des réseaux (financiers, d'approvisionnement, d'information, etc.).
  • À la suite du nouveau rapport du Club de Rome, The Limits To growth Revisited, Ugo Bardi (chimiste universitaire italien) écrit : Le Grand Pillage – Comment nous épuisons les ressources de la planète[78], insistant sur la surexploitation des métaux et minerais (cuivre, zinc, or, uranium…) devenue telle que le risque de pénurie approche, par raréfaction ou en raison du coût prohibitif de leur exploitation[79],[80].
  • En novembre, avant la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques (COP21), le Collège de France s'empare du sujet du climat, de l'énergie et de la société, dans trois colloques soulignant la gravité alarmante des enjeux[81],[82].
  • Le pape François s'émeut de l'avenir de la planète et de l'humanité. Il publie le 18 juin 2015 une encyclique (Laudato si') dont le sous-titre est Sur la sauvegarde de la maison commune consacrée aux questions environnementales et à l'écologie humaine[83], ce qui est une première dans l'histoire de la papauté[84]. Le pape y « critique le consumérisme et le développement irresponsable tout en dénonçant la dégradation environnementale et le réchauffement climatique »[85]. Selon lui, « il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l'environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l'effondrement[86]. »
  • François Morin (professeur émérite de sciences économiques à l'université Toulouse-I-Capitole) publie L'Hydre mondiale : L'Oligopole bancaire, montrant que le total des bilans des 28 banques de l'oligopole (plus de 50 000 milliards de dollars) est supérieur en 2012 à la dette publique mondiale (près de 49 000 milliards de dollars)[87]. Ces 28 banques, dites « systémiques », ont une puissance telle que la défaillance d'une seule entraînerait tout le système monétaire et financier mondial dans un gouffre[88]. 14 banques constituent à elles seules un oligopole détenant des produits dérivés d'une valeur assurée de 710 000 milliards de dollars, (plus de dix fois le PIB mondial)[89].

2016Modifier

  • Renaud Duterme (agrégé belge en sciences du développement à l'université libre de Bruxelles) publie De quoi l'effondrement est-il le nom ?, retenant le côté politique de la notion d'effondrement en pointant « l'écrasante responsabilité des classes dirigeantes[90] ». Cette possibilité est aussi clairement évoquée par l'économiste en chef de l'Agence française de développement, Gaël Giraud[91].
  • Paul Jorion (anthropologue, sociologue et économiste belge, docteur de l'université libre de Bruxelles) publie Le dernier qui s'en va éteint la lumière : Essai sur l'extinction de l'humanité (mars 2016), montrant que « notre monde est sous l'impact de trois pertes de contrôle majeures » : 1) environnementale, (en utilisant 1,6 planète pour notre activité économique avec les conséquences qui en découlent : réchauffement climatique, épuisement des ressourcesetc.), 2) économique et 3) financier ; avec une trop grande complexité, et l'émergence de l'intelligence artificielle[92]. Il évoque la fin probable de l'humanité dans trois générations[93].

2017Modifier

  • 15 364 scientifiques de 184 pays signent et publient un manifeste (le 13 novembre dans la revue BioScience et le journal Le Monde) : constatant que depuis l'appel « World Scientists' Warning to Humanity » lancé en 1992 par l'Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, « non seulement l'humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d'entre eux se sont considérablement aggravés ». Ils concluent : « Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l'humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. Bien que cette recommandation ait été déjà clairement formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du monde, nous n'avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en garde. Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l'échec, car le temps presse »[94].

2018Modifier

  • Le Premier ministre français Édouard Philippe évoque à plusieurs reprises en 2017 et 2018 l'importance qu'il accorde au livre Effondrement de Jared Diamond. Le 2 juillet 2018 il déclare : « Si on ne prend pas les bonnes décisions, c'est une société entière qui s'effondre (…) qui disparaît »[95].
  • Le secrétaire général des Nations unies António Guterres, dans un discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, évoque un « risque existentiel direct » et précise « Si nous ne changeons pas de trajectoire d’ici 2020, nous risquons de rater le moment où nous pouvons encore éviter un changement climatique incontrôlable, avec des conséquences désastreuses pour les individus et tous les systèmes naturels qui nous soutiennent. »[96],[97].
  • En septembre 2018, l'astrophysicien Aurélien Barrau, recueille 200 signatures de personnalités du monde des sciences, du cinéma, de tous arts et des médias pour interpeller le pouvoir politique face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité : agir vite afin d'éviter la fin imminente du vivant[98],[99].
  • En octobre 2018, le nouveau rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) annonce un réchauffement global de +1,5 °C dès 2030 par rapport à l'ère pré-industrielle (vers 1790)[100] et sonne « l'ultime alerte avant un monde en crise permanente »[101]. Ce réchauffement entraînera de multiples conséquences comme des vagues de chaleur, des pluies torrentielles, une forte réduction de la biodiversité, des récifs coralliens, des populations de poissons et des rendements céréaliers, une hausse du niveau des océans et la fonte totale de la banquise arctique l'été[102].
  • À la suite de la parution du rapport du GIEC, les élèves des grandes écoles d'ingénieur et de commerce plaident pour un réveil écologique dans un manifeste[103] recueillant plus de 30 000 signatures d'étudiants[104].
  • Un film sur l'effondrement est en cours de production en 2018 mais sortira en 2019 : Once You Know (Quand on sait), d'Emmanuel Cappellin[105].
  • Un documentaire est publié en décembre sur C8, qui révèle au grand public la proximité d'un effondrement[106]. Cette vidéo de David Mutaner diffusée le 12 décembre 2018 a été suivie d'un débat animé par Carole Rousseau avec Yann Arthus-Bertrand, Corinne Lepage, Aurélien Barrau et Aline Aurias.

2019Modifier

« Ce que souligne surtout ce dernier rapport du Giec est que les terres se réchauffent deux fois plus vite que le globe. Sur la période de référence, les continents ont vu leur température de surface croître de 1,53 °C en moyenne. Les 1,5 °C stipulés dans l’accord de Paris sont donc déjà dépassés dans ce que ressentent les humains et les écosystèmes terrestres[112]. »

  • En septembre 2019, Le GIEC publie un rapport sur les océans et la cryosphère[115],[116] dans lequel il est signalé notamment que les eaux vont monter jusqu'à 1 mètre en 2100, que les évènements climatiques extrêmes vont croitre en intensité et en fréquence, que les glaciers en fondant vont priver de larges bassins de population d'eau potable et de possibilités d'irrigation, que le réchauffement, l'acidification et les pertes en oxygène des océans « perturbent les espèces et l'ensemble de la chaine alimentaire »[117].
  • Les 17 et 18 septembre 2019, des experts se réunissent à l’OCDE afin de tenter de prévenir l’effondrement systémique[118] qui affecteront la santé et la sécurité de milliards d'individus[119].

Réactions aux risques d’effondrement de la civilisation industrielleModifier

La première réaction, fréquente face à cette perspective, est le déni[120] (selon les tenants des théories de l'effondrement)[121],[122] auquel succéderait, pour ceux dépassant ce stade, la colère, le marchandage, la dépression puis l'acceptation et la recherche de solutions ou d'adaptation (la résilience) selon les « cinq phases du deuil » d'après Elisabeth Kübler-Ross[123].

En France, des personnes réfléchissent et échangent autour de ce sujet, notamment à l'Institut Momentum, fondé par Agnès Sinaï et présidé par Yves Cochet[124], et à l'association « Comité Adrastia »[125] et dans le groupe Facebook « Transition 2030 »[126], créé par Vincent Mignerot et Joëlle Leconte, deux des fondateurs d' Adrastia.

En Belgique francophone, le groupe de réflexion « Construire un déclin » propose depuis 2015 une docuthèque sur les notions de collapsologie, d'effondrement et de résilience[127].

Le mouvement Deep Green Resistance né aux États-Unis postule que l'effondrement de la civilisation industrielle est souhaitable et doit même être provoqué, pour laisser la possibilité à une société humaine plus respectueuse de l'environnement de (re)naître[128].

Dans le monde, un nombre indéterminé d'individus se préparent à l'éventualité d'un collapsus, dans un mouvement très diversifié dit « survivalisme », qui envisage des solutions individuelles (création pour ses proches et soi d'une base autonome durable, contenant notamment un stock de marchandises alimentaires, d'articles de premiers soins, d'armement défensif) ou collaboratives (jardins potager collectifs, développement du troc, échange de biens et de services)[129].

En réponse au changement climatique, la géo-ingénierie envisage des solutions qui font polémique[130][À développer].

Les modèles politiques et économiques du développement durable et de la croissance verte[131] postulent que déployer des technologies et comportements plus sobres permettraient d'éviter l'effondrement de la civilisation et de stabiliser ou maintenir une croissance économique globale (ce qui implique un découplage entre consommation de ressources et production de richesses).

Certains pensent que la fusion nucléaire pourrait apporter d'ici quelques décennies une solution aux problèmes d'énergie[132],[133].

D'autres prônent une décroissance de la consommation[134] afin de garantir la durabilité de la société humaine[135], via une simplicité volontaire ou sobriété heureuse[136]. Ces trois comportements impliquent une consommation modérée, raisonnée et responsable, qui inclut une perte de confort, respectueuse de la planète et en accord avec nos propres besoins réels[137].

Le film documentaire Demain réalisé en 2015 par Cyril Dion et Mélanie Laurent[138] est basé sur la possibilité d'un effondrement imminent et montre des propositions alternatives[139] grâce notamment à la permaculture, l'agroécologie, la monnaie locale, la démocratie participative, le recyclage et la récupérationetc.

En 2013 une initiative citoyenne européenne (End Ecocide in Europe) vise à faire reconnaître le crime d'écocide en droit européen[140] pour freiner la destruction des écosystèmes et la mise en péril des conditions de vie des générations présentes et futures. L'initiative devient mondiale en 2014 (alors renommée End Ecocide on Earth)[141]. Elle plaide pour que la Cour pénale internationale reconnaisse l'écocide comme un crime contre la paix et la sécurité humaine[142],[143].

En 2014 Philippe Bihouix (ingénieur centralien), « face aux signaux alarmants de la crise globale », préconise les low-tech (contraire des high-tech), moins énergivores et moins polluantes qui permettraient, selon lui, de « conserver un niveau de confort tout en évitant les chocs des pénuries à venir »[144]. la pénurie de métaux stratégiques condamnera une civilisation technologique dépendante des métaux rares[145],[146],[147]. Selon lui les énergies fossiles polluantes et destructrices des écosystèmes seront, de toute façon, bientôt inexploitables. Il faut donc utiliser les énergies et ressources naturelles sans danger et durables, ne nécessitant pas ou peu de matériaux rares pour fonctionner : l'air, l'eau, le sol et le compost[148],[149],[150].

En 2018, l'« Appel des coquelicots » organise chaque premier vendredi du mois des rassemblements contre l'usage de produits chimiques dans l'agriculture en France[151].

La même année, un mouvement citoyen « il est encore temps » organise des évènements dans toute la France : marches citoyennes, concerts et pétition en ligne et plainte déposée, baptisée « L'Affaire du siècle », contre l'État français, accusé de ne pas tenir ses engagements pour lutter contre le réchauffement climatique[152]. La pétition recueille plus de 2 millions de signatures[153].

En août 2018, une jeune suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, entame en solitaire une grève des cours et s'installe chaque vendredi devant le Parlement de Stockholm pour réclamer du gouvernement suédois des actions fortes contre le réchauffement climatique. Elle est à l'origine d'un mouvement planétaire sans précédent. Inspirés par son action, quelques 20 000 étudiants dans le monde participent en décembre 2018 à la grève étudiante pour le climat. Une mobilisation générale nommée « Grève mondiale des jeunes pour le climat » connait le 15 mars 2019 un succès inédit[154] : elle est suivie par 50 000 personnes en Belgique, 66 000 en Suisse, 150 000 en Australie, 195 000 en France et 300 000 en Allemagne. Devenue incontournable, Greta Thunberg s'exprime à la Cop24[155], au sommet de Davos[156], est reçue par le président Emmanuel Macron[157], par le pape François[158]. En mars 2019, elle est proposée pour le prix Nobel de la paix[159]. Le 23 juillet 2019, à la demande des députés français, elle fait un discours remarqué à l'Assemblée nationale[160]. En août 2019, elle traverse l'océan Atlantique en voilier pour assister au sommet « Action Climat » de l'Organisation des Nations unies à New York, où elle tient un discours particulièrement remarqué et commenté[161].

En septembre 2019 la grève étudiante pour le climat réunit dans les rues, selon le site militant 350.org, lors de diverses marches pour le climat du 20 au 27 septembre 2019, 7,6 millions de personnes dans le monde, dont plus de 600 000 au Québec le 27 septembre 2019 et 195 000 en France[162].

En octobre 2018, un mouvement de résistance s'organise au Royaume-Uni sous le nom d'Extinction Rebellion[163]. Ce mouvement exige, sous toute forme à l'exclusion de la violence[164], de la part des dirigeants, la reconnaissance explicite de la gravité et de l'urgence des crises écologiques en cours et l'accès facilité au plus grand nombre à cette information, une mise en place immédiate d'actions contraignantes ayant pour effet la neutralité carbone en 2025, l'arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes, et l'instauration rapide d'une assemblée citoyenne chargée de mettre en place des mesures opérationnelles et sans délais, ayant pour objectif de garantir l'accès équitable aux ressources de base et la préservation des écosystèmes. Ce mouvement de désobéissance civile prends au Royaume-Uni une ampleur inattendue[165]. Ce mouvement déborde maintenant les frontières britanniques pour se répandre en Europe et dans le monde[166].

Certains, comme les membres du « Comité Adrastia », considèrent que l'effondrement n'est plus évitable et qu'il ne reste désormais qu'à préparer et aménager le déclin, pour qu'il soit moins massif et moins douloureux[167].

La vague récente d'élargissement de la diffusion des théories de l'effondrement a été encore peu étudiée en sciences sociales. Le politiste Luc Semal insiste sur la continuité avec les mouvements de la décroissance et des Villes en Transition, datant de la décennie précédente. Les sociabilités électroniques des « effondrés » commencent à être décrites[168], et attirent l'attention de prospectivistes[169].

Opposition aux théories prédisant un possible effondrement de la civilisationModifier

Théories en faveur d'une croissance continueModifier

Plusieurs auteurs s'opposent à l'idée que la civilisation industrielle pourrait s'effondrer, et considèrent que la croissance peut se prolonger indéfiniment.

Au rapport Les Limites à la croissance (de 1972 par le Club de Rome) le président Ronald Reagan a répondu lors d'un discours à l'université de Caroline du Sud en 1983 : « Il n'y a pas de limite à la croissance, car il n'y a pas de limite à l'intelligence humaine, à son imagination et à ses prodiges »[170]. Au Sommet de la Terre en 1992, Georges Bush père déclare que « Le mode de vie des Américains n'est pas négociable ». Le « prix Nobel » d'économie Friedrich Hayek « représentant de l'école autrichienne d'économie à tendance libérale »[171] ; le docteur en économie et professeur au Balliol College, à Oxford, Wilfred Beckerman dans son ouvrage In Defence of Economic Growth et enfin l'économiste proche de l'école autrichienne d'économie, professeur d'université à Vienne puis Harvard, Gottfried Haberler dans son livre Economic Growth and Stability[171] ont tous trois contesté la méthode de calcul du rapport Meadows (dit rapport du club de Rome)[36]. Pour l'anglais David Deutsch (physicien) « il n'existe pas de barrière fondamentale, aucune loi de la nature ou décret surnaturel, empêchant le progrès » à partir du moment où celui-ci ne s'oppose pas aux lois de la physique[172],[173].

Le transhumanisme[174] propose également, en s'appuyant sur la notion d'extropie[175], de penser un progrès perpétuel, par le développement illimité des sciences et des techniques[176].

Risques liés au réchauffement climatiqueModifier

Certains acteurs de la controverse sur le réchauffement climatique dont le représentant le plus célèbre en France est le géochimiste et politicien Claude Allègre[177], estiment enfin que, si l'humanité modifie bien le climat, cela pourrait ne pas avoir d'impact négatif sur les sociétés humaines, et pourrait même avoir certains aspects positifs pour leur développement[178],[179]. Selon le géologue américain Don Easterbrook, professeur à l'université Western Washington, le réchauffement est passager ; il prévoit un refroidissement « dû au passage de l'oscillation décennale du Pacifique (ODP) » pour bientôt et jusqu'en 2035, suivi d'une période de faible réchauffement pour arriver à +0,3 °C en 2100[180].

Le philosophe et ancien ministre de l'éducation Luc Ferry, pour sa part, ne conçoit pas de risque spécial à moyen terme lié au réchauffement climatique mais reste beaucoup plus pessimiste quant à l'épuisement des matières premières non renouvelables et prêche non pas pour une décroissance, mais pour une croissance non polluante[181].

Plus généralement, si les experts du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) expriment de graves préoccupations quant à l'intensité du réchauffement climatique et à ses effets, ils n'évoquent pas explicitement, sans l'exclure pour autant, un risque d'effondrement de la civilisation dans leurs rapports[182],[183].

BibliographieModifier

Par ordre chronologique de parution

Bibliographie contradictoireModifier

Par ordre chronologique de parution

Notes et référencesModifier

SourceModifier

RéférencesModifier

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Voir aussiModifier