Comment tout peut s'effondrer

Comment tout peut s’effondrer :
petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes
Auteur Pablo Servigne et Raphaël Stevens
Éditeur Seuil
Collection Anthropocène
Date de parution 2015
Nombre de pages 301
ISBN 9782021223316
Éditeur Points
Date de parution 2021
Nombre de pages 288
ISBN 9782757868201

Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes est une étude co-écrite par Pablo Servigne ingénieur agronome, docteur en biologie et Raphaël Stevens expert en résilience des systèmes socioécologiques, éditée en avril 2015[1], réédité en 2021[2]. Les auteurs analysent, sans concession, les ressorts d’un possible effondrement de notre civilisation thermo-industrielle. Les auteurs s'attachent à montrer les interconnexions complexes entre l’évolution climatique et environnementale de notre monde, notre système industriel, et les régimes politiques qui nous gouvernent[3].

C'est dans cet ouvrage que les auteurs créent le néologisme collapsologie qui entrera cinq ans plus tard dans le dictionnaire[4].

RésuméModifier

Les auteurs, outre de dresser un état des lieux de la situation économique et biophysique de la planète, s'attachent à montrer une vue d'ensemble de ce à quoi pourrait ressembler un effondrement, de comment il pourrait se déclencher et de ce qu'il impliquerait(...) pour les générations présentes[5]. En s’appuyant sur des exemples de sociétés aujourd’hui disparues, ils nous montrent comment un système bio-socio-économique qui semblait voué à une extension éternelle peut, très rapidement, par une conjonction de phénomènes simultanés et dépendants, se retourner vers une décroissance extrêmement brutale qui peut aller jusqu’à sa disparition.

Les auteurs s’attachent à montrer la différence entre des frontières et les limites. « Les limites sont physiques et ne peuvent pas être dépassées. Les frontières peuvent être franchies, à nos risques et périls ». Afin de faciliter la compréhension, ils utilisent la métaphore de la voiture. La voiture, c’est la civilisation thermo-industrielle actuelle. Celle-ci accélère de manière exponentielle, c’est la croissance. Or, la voiture est limitée par la taille de son réservoir : le pic pétrolier, le pic des métaux et des ressources en général. Et selon eux, désormais on roule sur la réserve. On ne peut pas aller au-delà des limites de notre monde physique. Par ailleurs, la voiture roule dans un monde réel, le système terre, qui dépend du climat, de la biodiversité, des écosystèmes... « Neuf frontières vitales ont été identifiées : le climat, la biodiversité, l’affectation des terres, l’acidification des océans, la consommation d’eau douce, la pollution chimique, l’ozone stratosphérique, le cycle de l’azote et du phosphore et la charge en aérosols de l’atmosphère. Sur ces neuf seuils, quatre ont déjà été dépassés, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité, la déforestation et les perturbations du cycle de l’azote et du phosphore » et ils évoquent les zones mortes des océans, la déforestation qui se poursuit un peu partout dans le monde à un rythme insoutenable[6]. Et de poursuivre la métaphore de la voiture, pour eux, c’est clair, nous sommes sorti de la route, nous avons transgressé les frontières. Mais alors que notre survie nous exhorte de freiner et de changer de cap, nous continuons d’accélérer, nous nous engouffrons dans une descente chaotique à l’aveugle. Et ils concluent par le fait que le crash semble alors inévitable. Mais pourquoi alors ne pas tourner le volant ? Parce que la direction est bloquée. Nous sommes victimes de la structure même de notre système d'innovation qui de façon complexe installe le verrouillage sociotechnique[7].

ContexteModifier

Face aux diverses crises auxquelles la civilisation industrielle est confrontée (crises financières, énergétiques, minérales, climatiques, de la biodiversité…), il y avait beaucoup de livres spécialisés dans tel ou tel sujet mais pas d’approche interdisciplinaire, ce livre prétend combler ce manque[6]. C’est en découvrant l’inextricable relation de tous nos biens, dont notre nourriture, avec le pétrole, et l’interdépendance de tous les phénomènes tels que réchauffement du climat avec l’économie, pouvant réagir de manière abrupte et imprévisible lorsque des seuils sont dépassés, que l'idée de l'effondrement s'est imposée aux auteurs. À force de lire toutes ces données, l'idée que des catastrophes puissent survenir, s'installe. Toutes ces crises sont interconnectées, s'influencent et se nourrissent[8].

Des experts avaient déjà perçu, vers 1970, une forte probabilité d’effondrement de notre société entre 2010 et 2030. Les auteurs montrent que le déroulement des événements, sur les quatre décennies qui ont suivi, tendent à leur donner raison.

ChapitresModifier

L'ouvrage se présente en 3 parties précédées d'une introduction et suivi d'une postface de l'ancien ministre de l'écologie Yves Cochet.

Introduction : Il faudra bien aborder le sujet un jour

1re partie : Prémices d'un effondrementModifier

  • 1 - l'accélération du véhicule
  • 2 - l'extinction du moteur (les limites infranchissables)
  • 3 - la sortie de route (les frontières franchissables)
  • 4 - la direction est-elle bloquée ?
  • 5 - coincés dans un véhicule de plus en plus fragile

+ bilan de la 1re partie

2e partie : Alors c'est pour quand ?Modifier

  • 6 - des difficultés d'être futurologue
  • 7 - peut-on détecter des signaux avant-coureurs ?
  • 8 - que disent les modèles

3e partie : CollapsologieModifier

  • 9 - une mosaïque à explorer
  • 10 - et l'humain dans tout ça ?

Conclusion: la faim n'est que le début

Seconde éditionModifier

La seconde édition parait aux Éditions Points, au format poche, le 20 mai 2021 avec un bandeau où est mentionné : "Le livre d'une génération"[9].

Les auteurs ont complété la première édition d'une préface et d'une seconde postface. Cette préface revient sur la réception de la première édition et décrit la naissance du mouvement « collapso ». La postface est une mise à jour de l'état des lieux « six ans après. »

Six ans aprèsModifier

Si les auteurs recensent quelques avancées (notamment l'émergence d'une prise de conscience populaire ; l'amélioration du TRE des énergies renouvelables[10] et la décroissance de celui des énergies fossiles[11]), le bilan est globalement très sombre.

Depuis l’écriture de ce livre, l’actualité récente (accélération du réchauffement climatique, Brexit, polarisation politique aux États-Unis (en), montée de régimes autoritaires et/ou de partis extrémistes en Europe, fanatismes religieux, sans parler des tout récents mouvements de contestation de la démocratie représentative en France, pandémie de Covid-19), sont autant de faits annonciateurs d’une mutation cataclysmique de notre monde à une échéance non datable, mais suffisamment proche pour que les générations actuelles la vivent. Selon les auteurs, l’effondrement semble non seulement inéluctable, mais il a même débuté. En prendre conscience et agir en conséquence, c’est déjà préparer le monde d’après.

RéceptionModifier

Après un démarrage en douceur de la 1re édition, le livre est devenu un véritable phénomène de librairie qui dépasse les 100 000 exemplaires vendus. Il est un best-seller dans le domaine de la collapsologie et des risques d'effondrement[12].

De la collapsologie au mouvement « collapso »Modifier

Dans la préface de la seconde édition (mai 2021) « La collapsologie, un phénomène non linéaire », les auteurs commentent la réception de la première édition (2015).

« Dès les premiers jours de sa publication, et pendant trois ans, le livre a reçu un écho constant et très favorable des lecteurs et des scientifiques, ainsi qu'une bonne presse, discrète, mais intéressée, curieuse et rigoureuse (L'Écho, Les Échos, Le Soir, La Vie, Le Canard enchaîné, Mediapart, Libé, Bastamag, Reporter, France Culture, RTS, RTBF, etc.). En trois ans, il est lentement mais sûrement devenu un petit best-seller remarqué dans les milieux écolos et intellos. »[13]

À partir de l'été 2018, une série d'évènements (démission de Nicolas Hulot, risque de « planète étuve  », nouveau rapport spécial du GIEC, …) mettait l'effondrement sur le devant de la scène.

« À partir de là, Le Monde en a fait un sujet, et, effet de seuil oblige, la pression médiatique n'est plus redescendue, charriant un flot de critiques aussi bien positives que négatives, mais surtout de plus en plus irrationnelles. Beaucoup d'influenceurs et d'éditorialistes ne prenaient plus vraiment la peine de décortiquer les discours, il fallait juste donner son avis sur la fin du monde (qui a « existé de tout temps », c'est bien connu), multipliant ainsi les caricatures et les malentendus, occultant les discours plus complexes et plus sérieux, précisément ceux que nous avions voulu favoriser avec Comment tout peut s'effondrer. »[14]

« On peut dire qu'à partir de la fin de 2018 un mouvement « collapso » naissait sous nos yeux, un mouvement pluriel qui nous avait échappé, comme le monstre de Frankenstein (et c'est très bien comme ça !). »[14]

CritiquesModifier

Hormis le manque circonspection scientifique, cet argumentaire ne soulève pas d'objection de fond, parce qu'il est essentiellement factuel. Pablo Servigne regrette d'ailleurs avec un certain désarroi[15] l'absence de contre arguments au-delà du déni du réchauffement climatique.

Il y a cependant des flottements qui peuvent être relevés, tous concentrés dans le titre :

  • Comment : La réponse est éludée
  • tout : plus que vague
  • peut : Il y a un flottement constant qui apparaît dès la quatrième de couverture entre possibilité (« Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressort d'un possible effondrement[2] ») et certitude (« L'effondrement est l'horizon de notre génération[2] »)
  • s'effondrer : La cause de ce flottement se trouve dans “la” définition de l'effondrement. Les auteurs reprennent la définition de Yves Cochet : « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi[2] ». Cette définition politico-économique est bien trop précise et limitée pour qu'il y est certitude. Or le message du livre est bien que notre proche avenir sera un effondrement ; c'est inéluctable[16]. L'effondrement est un « predicament »[17].

C'est la définition même de la collapsologie qui souffre de ce hiatus définitionnel. Mais on comprendra qu'il faut prendre le mot effondrement dans le sens le plus usuel, et qu'il appartient à la collapsologie de caractériser l'effondrement et d'en fournir un plan d’atténuation (transition).

RéférencesModifier

  1. notice bibliographique au catalogue Général de la Bnf
  2. a b c et d Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s'effondrer, Paris, éditions du Seuil, coll. « point », , 279 p. (ISBN 978-2-7578-6820-1) (Préface et postface inédites).
  3. https://www.lalibrairie.com/livres/comment-tout-peut-s-effondrer--petit-manuel-de-collapsologie-a-l-usage-des-generations-presentes_0-2568900_9782021223316.html
  4. https://www.leparisien.fr/societe/petit-robert-sexto-et-mytho-font-leur-entree-dans-le-dico-27-05-2020-8324784.php
  5. page 19 de la première édition.
  6. a et b Ivan du Roy, « « Nous sommes en train de vivre une mosaïque d’effondrements » : la fin annoncée de la civilisation industrielle », basta!,
  7. page 94 de la première édition.
  8. page 14 de la première édition.
  9. collections Points
  10. (en) M. Diesendorfa, T. Wiedmann, « Implications of trends in energy return on energy invested (EROI) for transitioning to renewable electricity » [PDF], Ecological Economics,
  11. (en) Paul E. Brockway, Anne Owen, Lina Brand-Correa, Lukas Hardt, « Estimation of global final stage energy-return-on-investment for fossil fuels with comparison to renewable energy sources » [PDF], nature,
  12. La collapsologie : en 2019, le monde d’après la fin du monde
  13. page 15 dans la seconde édition
  14. a et b page 16 dans la seconde édition
  15. Pablo Servigne: penser l’effondrement de notre monde.
  16. « On ne peut pas éviter l'effondrement. » (Pablo Servigne: penser l’effondrement de notre monde)
  17. Pablo Servigne: penser l’effondrement de notre monde

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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