Perte de la biodiversité

La perte de la biodiversité, appelée aussi déclin de la biodiversité ou érosion de la biodiversité, est une crise écologique qui implique l'extinction d'espèces (végétales ou animales) dans le monde entier, ainsi que la réduction ou la perte locale d'espèces dans un habitat donné, et la disparition d'écosystèmes. Selon plusieurs études, cette perte pose la question d'une sixième crise d'extinction majeure en cours sur Terre.

Selon le Rapport planète vivante 2016 de WWF, l'indice planète vivante affiche un déclin de 58 % des populations mondiales de vertébrés entre 1970 et 2012.
Impacts environnementaux de la cynégétique : vers 1875, pile de crânes de bisons destinés à la fabrication d'engrais. Parfois les cadavres étaient abandonnés dans la prairie, simplement dépouillés de leur fourrure.

ÉtudesModifier

Selon Ceballos et al., les disparitions d’espèces de vertébrés ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures[1]. Les mêmes chercheurs publient une étude en 2017, portant sur l'évolution des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres. Elle relève que 32 % de ces vertébrés sont en déclin, qu'entre 1900 et 2015 tous les groupes de mammifères ont perdu 30 % de leur étendue géographique, et que 40 % d'entre eux ont connu un déclin sévère[2].

Selon un rapport de l’IPBES rendu public en 2018 et réalisé par plus de 550 experts bénévoles de 100 pays, à partir de plus de 10 000 publications scientifiques[3] :

  • En Afrique, près de 500 000 km2 de terres sont déjà dégradées du fait de la déforestation, de l’agriculture non durable, du surpâturage, des activités minières, des espèces invasives ou du réchauffement climatique. En raison du changement climatique, d'ici 2100, plus de 50 % de la population de certaines espèces d'oiseaux sont menacés de disparition, et la productivité des lacs (en poissons) pourrait avoir baissé de 20 % à 30 %.
  • En Asie-Pacifique, 60 % des prairies sont dégradées, près de 25 % des espèces endémiques sont menacées et 80 % des rivières les plus polluées par les déchets plastiques dans le monde se trouvent dans cette zone. Si la surpêche se poursuit au même rythme, les stocks de poissons seront épuisés en 2048. 90 % des coraux connaîtront une grave dégradation avant 2050.
  • Dans les Amériques, 31 % des populations d’espèces indigènes ont décru de 31 % depuis la colonisation européenne. Plus de 95 % des prairies d’herbes hautes d’Amérique du Nord, 50 % de la savane tropicale et 17 % de la forêt amazonienne en Amérique du Sud ont été transformés en des paysages dominés par l’homme par rapport à leur état originel.
  • En Europe et Asie centrale, 42 % des animaux terrestres et des plantes, 71 % des poissons et 60 % des amphibiens ont enregistré un déclin de leurs populations au cours de la dernière décennie.

En Allemagne, en seulement 11 ans, la biomasse d'arthropodes aurait diminué de 67 % et le nombre d'espèces de 34 % dans les prairies. Dans les forêts, cette biomasse aurait diminué de 41 % et le nombre d’espèce de 36 %[4].

Principales causesModifier

 
Les 5 grandes causes de régression de la biodiversité selon l'ONU et la Convention mondiale sur la biodiversité[5].
Les flèches à double sens évoquent les relations d'exacerbations qui peuvent exister entre chacune de ses causes et les autres.

Les principales causes évoquées sont les pertes et fragmentation d'habitats qui contribuent à l'homogénéisation biotique (en) de la biodiversité[6],[7] (déforestation, agriculture et dégradation des terres, routes, urbanisation[8], exploitations minières et pétrolières…), la surexploitation de la biodiversité (chasse, braconnage, surpêche), la pollution (des eaux, des sols, de l'air), les ravages par des espèces envahissantes, le changement climatique[2]. Les causes de la crise de la biodiversité peuvent elles-mêmes se décliner en causes globales (explosion démographique humaine et forte croissance économique depuis la révolution industrielle), d'où tous ces effets des croissances démographique et économique sur l'environnement[9],[2].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich, Anthony D. Barnosky, Andrés García, Robert M. Pringle Todd M. Palmer, « Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction », Science Advances, vol. 1, no 5,‎ (DOI 10.1126/sciadv.1400253).
  2. a b et c (en) Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich & Rodolfo Dirzo, « Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines », PNAS, vol. 114, no 30,‎ , p. 6089-6096 (DOI 10.1073/pnas.1704949114).
  3. Pierre Le Hir et Audrey Garric, « Le déclin massif de la biodiversité menace l’humanité », sur lemonde.fr, .
  4. (en) Sebastian Seibold, « Arthropod decline in grasslands and forests is associated with landscape-level drivers », Nature, Magdalena Skipper, vol. 574,‎ , p. 671–674 (ISSN 0028-0836, e-ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/s41586-019-1684-3)
  5. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (2010) 3e édition des Perspectives mondiales de la diversité biologique. Montréal, 94 pages.
  6. Processus qui contribuent à la disparition d’espèces rares, spécialisées voire endémiques, et introduction d'espèces bien répandues, généralistes et/ou exotiques voire envahissantes. Cf (en) Michael L. McKinney, « Urbanization as a major cause of biotic homogenization », Biological Conservation, vol. 127, no 3,‎ , p. 247-260 (DOI 10.1016/j.biocon.2005.09.005).
  7. (en) Julian D. Olden, Thomas P. Rooney, « On defining and quantifying biotic homogenization », Global Ecology and Biogeography, vol. 15, no 2,‎ , p. 113-120 (DOI 10.1111/j.1466-822X.2006.00214.x).
  8. La fragmentation des habitats due à l'urbanisation laisse ces derniers subsister sous la forme de taches d'habitats qui constituent des « îlots de nature » dont l'isolement croissant en raison de la bétonisation, induit une diminution de la connectivité et de la dispersion des espèces, ce qui a d'importantes conséquences sur la biodiversité à travers ses effets sur la démographie et la génétique des populations (diminution de la diversité alpha et augmentation de l'abondance des espèces synurbiques). cf. (en) Michael L. Mckinney, « Effects of urbanization on species richness: A review of plants and animals », Urban Ecosystems, vol. 11, no 2,‎ , p. 161‑176 (DOI 10.1007/s11252-007-0045-4).
  9. François Ramade, Éléments d'écologie, Dunod, , p. 523-524.

Voir aussiModifier