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Résilience (psychologie)

Résilience
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La résilience permet à un individu affecté par un traumatisme de se reconstruire.
Arbre qui pourrait être perçu comme un symbole de résilience : sa cime a été coupée, et néanmoins il vit et se déploie.

La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus, ou ne pas, avoir à vivre dans la dépression et se reconstruire. La résilience serait rendue possible grâce à la structuration précoce de la personnalité, par des expériences constructives de l'enfance (avant la confrontation avec des faits potentiellement traumatisants) et parfois par la réflexion, ou la parole, plus rarement par l'encadrement médical d'une thérapie.

Sommaire

ÉtymologieModifier

De l'anglais resilience[1] qui vient du verbe latin resilio, ire, littéralement « sauter en arrière », d'où « rebondir, résister » (au choc, à la déformation).

Origines du conceptModifier

La résilience est, à l'origine, un terme utilisé en physique qui caractérise l'énergie absorbée par un corps lors d'une déformation (« Test Charpy »).

Les premières publications dans le domaine de la psychologie datent de 1939-1945. Werner et Smith, deux psychologues scolaires américaines à Hawaï, travaillent avec des enfants à risque psychopathologique, condamnés à présenter des troubles. À l'occasion d'un suivi effectué pendant trente ans, elles notent qu'un certain nombre d'entre eux « s'en sortent » grâce à des qualités individuelles ou des opportunités de l’environnement[réf. nécessaire].

La notion de résilience s'oppose parfois à la notion de « coping » (Paulhan & al., 1995) (en anglais to cope = se débrouiller, s'en sortir). La résilience permet de dépasser son état actuel.

Après John Bowlby, qui a introduit le terme dans ses écrits sur l'attachement, en France, c'est Boris Cyrulnik qui médiatise le concept de résilience en psychologie, à partir de l'observation des survivants des camps de concentration[réf. nécessaire], puis de divers groupes d'individus, dont les enfants des orphelinats roumains et les enfants boliviens de la rue[réf. nécessaire]. Auparavant, on parlait d'« invulnérabilité ». Actuellement, des groupes de travail étendent le concept à d'autres situations difficiles comme celles que vivent les aidants des malades d'Alzheimer[2]. Dans la maladie d'Alzheimer, les applications passent par le paradigme que la communication (théâtralisation par les aidants) est source de résilience des aidants, et le concept est développé en France depuis le début des années 2000 (Jean-Pierre Polydor)[2].

Dans le domaine de l'assistance aux collectivités en cas de catastrophe (naturelle ou causée par l'homme), on parle également de communautés résilientes. La démarche d'assistance post-immédiate aux personnes touchées par un évènement critique a généralement une dimension psychosociale.

La résilience serait le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives et contrer la vulnérabilité psychologique liée à l'histoire traumatique de l'individu[3],[4].

Les huit processusModifier

La résilience est dynamique, et, parmi les processus qui contribuent à la résilience, on a pu en repérer huit :

  1. La défense-protection ;
  2. l'équilibre face aux tensions ;
  3. l'engagement-défi ;
  4. la relance ;
  5. l'évaluation ;
  6. la signification-évaluation ;
  7. la positivité de soi ;
  8. la création.

La résilience dans le cadre du coupleModifier

Dans son ouvrage Parler d'Amour au bord du gouffre[5] Boris Cyrulnik affirme que le « couple peut panser les blessures de l'enfance. ».

La conjugaison affectiveModifier

À condition de trouver la « conjugaison affective » adéquate, l'amour peut agir comme moyen de gommer des représentations négatives de soi et constituer une thérapie reconstructrice.
Dans cette conjugaison, le hasard aurait moins de place qu'il n'y parait : le fondement du couple se construisant dans la réponse à la question : « Qui suis-je pour me faire aimer ? ».
Ainsi « Monsieur Peurdeperdre aime Madame Jaimelavie : la présence de Madame sécurise Monsieur qui dynamise Madame »[6].
Est-ce l'amour qui permet la résilience ou la résilience qui permet l'amour ? Boris Cyrulnik explique que finalement les deux se renforcent mutuellement: « L'humain ne peut vivre et se développer que si un autre met son empreinte sur lui ».

Le tuteur de résilienceModifier

Le premier amour est important lorsqu'il survient à l'adolescence, lorsque le jeune éprouve sa capacité de sensibilité à de nouvelles informations : ce premier amour peut être pour certains adolescents l'occasion de réparer une représentation négative de soi. Les schémas initiaux ne sont plus répétés comme une malédiction implacable. Cette première expérience de l'amour pourra constituer une thérapie réparatrice. Plus tard d'autres (la famille, les enfants, les amis) pourront relayer et compléter cette fonction tutorale.
Pour Boris Cyrulnik, l'adulte -qui a cette capacité de rebond après le choc- est celui qui aura appris « à aimer dans la gaieté et le respect de l'autre dans un système à poly-attachement : papa, maman, mais aussi les grands-parents, les cousins, les amis des parents. »

La symbolique de la résilienceModifier

L'art du kintsugi, l'art traditionnel japonais qui consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses cicatrices avec de l'or au lieu de les cacher, est souvent utilisé comme métaphore de la résilience en psychologie et en développement personnel[7],[8],[9].

Dans la littérature d'enfance et de jeunesseModifier

Peu d'ouvrages destinés à la jeunesse évoquent ce thème de résilience. En 2018, le Prix Sorcières, décerné par l'Association des librairies spécialisées jeunesse (ALSJ), en partenariat avec l'Association des bibliothécaires de France (ABF) récompense, dans la catégorie Carrément sorcières - Fiction[10], l'album de fiction Cœur de bois (éd. Notari, 2016), écrit par Henri Meunier, et illustré par Régis Lejonc. Cet album est leur cinquième collaboration en quinze ans[11]. Pour Régis Lejonc : « Le sujet profond de ce livre est celui de la résilience : comment se construit-on après avoir subi des atrocités. Il ne s'agit surtout pas de pardon, et évidemment pas d'oubli[11]. » L'ouvrage est également « coup de cœur » 2017 du Centre national de la littérature pour la jeunesse - La Joie par les livres, qui écrit dans son avis critique : « Dans un langage subtil à décoder, justement parce qu'ils se jouent des codes, les auteurs nous entraînent sur les terres de l'intime. L'illustration est puissante, sombre[12] ». Selon l'avis critique du site de référence Ricochet, « Malgré les maltraitances subies, [l'héroïne] a réussi à pardonner l'impardonnable et à construire sa vie. Un magnifique récit, à l'écriture soignée et aux illustrations hyperréalistes, sur la résilience, l'amour et le pardon[13]. »

BibliographieModifier

  • Céline Santini, Kintsugi, l'art de la résilience, Éditions First, 2018 (ISBN 978-2-412-03620-4).
  • Juanito Le Strat (1995). Se reconstruire dans le désamour, Joseph Delafond, 1996.
  • Marie Anaut :
    • (2015). Psychologie de la résilience. Paris : Armand Colin. Collection Cursus.
    • (2014). L'humour entre le rire et les larmes: Traumatisme et Résilience. Paris : Odile Jacob.
    • (2008). La résilience: surmonter les traumatismes. Paris : Armand Colin. Collection 128-Psychologie.
  • Hélène Lefebvre, Bernard Michallet. (Sous la direction de). (2010) Résilience et Deuil. Revue Frontières, vol. 22, numéros 1-2, 142 pages, (ISSN 1180-3479)
  • Hélène Lefebvre, Bernard Michallet, (Sous la direction de). (2009-2010) Résilience : pour voir autrement l’intervention de réadaptation. Revue Développement Humain, handicap et changement social, vol. 19 no 1. 2011. 214 pages (ISSN 1499-5549)
  • Evelyne Bouteyre, La Résilience scolaire : de la maternelle à l'université, Paris : Belin. 2008.
  • ouvrage collectif, Résilience, vieillissement et maladie d'Alzheimer, Solal, 2007 (ISBN 978-2-35327-022-4)
  • Michel Hanus, La Résilience, à quel prix ?, éd. Maloine, 2001 (ISBN 222402729X)
  • Boris Cyrulnik :
  • Boris Cyrulnik et Claude Seron (dir.), La résilience ou comment renaître de sa souffrance, Fabert, coll. Penser le monde de l'enfant, 2004 (ISBN 2907164805)
  • Bruno Humbeeck. Ed. Mols, coll " Être et conscience / Les outils de la résilience " (livres illustrés par Maxime Berger) :
  • Jacques Lecomte, Guérir de son enfance, Odile Jacob, 2004.
  • Jacques Lecomte et Stefan Vaninstensdael, Le bonheur est toujours possible. Construire la résilience, Bayard, coll. « Psychologie » (ISBN 2227137932)
  • Michael Rutter, L'Enfant et la résilience, « Le Journal des psychologues », 162 (1998).
  • Denis Peschanski, « Résistance, résilience et opinion dans la France des années noires », Psychiatrie française, vol. XXXVI, 2/05 (Résister, Annie Gutmann dir.) (2006) 194-210. Preprint auteur en Archives ouvertes CSD (communication scientifique directe - Accès ouvert) oai:hal.archives-ouvertes.fr:hal-00325928_v1 sur HAL
  • Pierre-Yves Brissiaud, La Face cachée de la résilience, Éditions Jouvence 2008 (ISBN 978-2-88353-710-1)
  • Pierre Lemarquis, Sérénade pour un cerveau musicien, Odile Jacob (sur la résilience par la musique, présenté par Boris Cyrulnik)
  • Robert Brooks - Sam Goldstein Le pouvoir de la résilience, Les éditions de l'homme 2006 (2-7619-2022-8)
  • Jean-Pierre Polydor, Alzheimer, mode d'emploi, le livre des aidants (préfacé par Madeleine Chapsal, prix Femina), L'esprit du temps Édition, 2009 (ISBN 2847951717)
  • Kunthear Laut, Quand se tait le silence, une vie de femme cambodgienne (postface par René Soulayrol, préface Pierre Gazin), Grandvaux, 2013 (ISBN 9 782909 550855)
  • Gabriel Gonnet :
    • Cicatrices, long-métrage documentaire, 2008
    • Maurice et Marianne : Tricotages, documentaire TV avec Boris Cyrulnik, 2008

Littérature jeunesseModifier

Album de fiction

Notes et référencesModifier

  1. http://www.cnrtl.fr/definition/résilience
  2. a et b Polydor J-P, Alzheimer, mode d'emploi, le livre des aidants, préfacé par Madeleine Chapsal, prix Femina, L'esprit du temps Édition, 2009 (ISBN 2847951717).
  3. « Survie urbaine, résilience et adaptabilité au changement : les enjeux de la préparation », Résilience Urbaine - site survivaliste français,‎ (lire en ligne).
  4. « Vigilance, comportement et sécurité : la survie au quotidien », Résilience Urbaine - site survivaliste français,‎ (lire en ligne).
  5. Éd. Odile Jacob, Paris, 2004.
  6. « Le ressort de la Résilience », La Croix, 30 novembre 2012, p. 23.
  7. Céline Santini, Kintsugi, l'art de la résilience, Paris, Editions First, , 248 p. (ISBN 9782412036204, présentation en ligne), p. 9,10, 241 :

    « « Le Kintsugi, ou l’art de sublimer les blessures… La Voie du Kintsugi peut être vue comme une forme d’art-thérapie, vous invitant à transcender vos épreuves et transformer votre propre plomb en or. Il vous rappelle que vos cicatrices, qu’elles soient visibles ou invisibles, sont la preuve que vous avez surmonté vos difficultés. En matérialisant votre histoire, elles disent : « tu as survécu ! » et vous apportent un supplément d’âme. » »

  8. « Kintsugi », sur Psycho Actif, le blog de Christophe André, Psychiatre, (consulté le 21 avril 2018) : « J‘aime bien cette pratique [l'art du Kintsugi], qui a bien sûr quelque chose d’étonnant, à une époque où on jette volontiers ce qui est usé ou brisé. Je l’aime d’autant plus que j’ai parfois l’impression de rencontrer des humains kintsugi ! Des humains que la vie a cabossés, mais qui ont réussi à s’en remettre, et qui n’en ont pas gardé d’amertume ou de ressentiment. Au contraire, qui ont progressé, qui se sont à la fois reconstruits et agrandis, améliorés, bonifiés… »
  9. « "Kintsugi, l'art de la résilience" : ce que nous avons pensé du livre de Céline Santini », sur Europe 1.fr, (consulté le 21 avril 2018) : « Cet art (de "kin" qui signifie l'or et "tsugi", les jointures) est pratiqué au Japon depuis le XVe siècle. Il consiste à réparer les objets brisés avec une laque (issue du laquier) recouverte de poudre d'or pour que les cicatrices restent apparentes. Une philosophie de l'acceptation de l'imperfection qui incite à aborder les échecs, blessures et autres maux de la vie d'une nouvelle manière, comme le détaille Céline Santini dans son ouvrage Kintsugi, l'art de la résilience. »
  10. a et b Lauréats 2018 du Prix Sorcières, site officiel abf.asso.fr.
  11. a, b et c «  Régis Lejonc et Henri Meunier : «Nous avons une confiance totale l'un envers l'autre.» », article du site des Librairies Sorcières, du 29 août 2017.
  12. a et b Notice de l'ouvrage Cœur de bois, et avis critique (« coup de cœur ») du Centre National de Littérature pour la Jeunesse (CNLJ), sur le site de la BnF.
  13. a et b Emmanuelle Pelot, avis critique de l'ouvrage Coeur de bois, site ricochet.jeunes.org.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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