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Jean-Marc Jancovici

ingénieur français, spécialiste de la thématique énergie climat

Jean-Marc Jancovici (né en 1962) est un ingénieur français, chef d'entreprise et consultant. Il est également enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est essentiellement connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes de l'énergie et du climat.

Sommaire

BiographieModifier

Né le [1] d'un pere physicien, Jean-Marc Jancovici est ancien élève de l'École polytechnique[2],[3] (promotion 1981) et ingénieur civil diplômé de l'École nationale supérieure des télécommunications (promotion 1986). Il devient consultant et collabore de 2001 à 2010 avec l'Ademe pour la mise au point du bilan carbone dont il est le principal développeur. En 2002, il participe au programme Young Leaders organisé par la French-American Foundation[4].

En 2001, il entre au comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot[5], puis en 2005 au comité stratégique de cette même fondation. Il y est coauteur du Pacte écologique, signé par les différents candidats à la présidentielle de 2007. Il ne fait plus partie en 2019 du comité scientifique de la fondation Nicolas-Hulot, dont le président est Alain Grandjean, associé du cabinet de conseil Carbone 4 de Jean-Marc Jancovici[6]. En 2007, il participe en tant que « personne morale associée » au groupe 1 du Grenelle Environnement : « Lutter contre les changements climatiques et maîtriser l’énergie »[7]. En 2007 il fonde également le cabinet Carbone 4[8] avec Alain Grandjean.

Il est enseignant-vacataire à l’École nationale supérieure des mines de Paris depuis 2008. L'ensemble des cours sur la contrainte énergie/climat (environ seize heures) sont gratuitement consultables à partir de son site[9]. Il est président du conseil d'administration du think tank The Shift Project[10]. Il anime le groupe « X-Environnement »[11] qui organise des conférences de vulgarisation scientifique et technique sur les questions d'environnement, et qui alimente chaque année (depuis 1994) un numéro du mensuel de l'association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique, La Jaune et la Rouge, sur un thème de l'environnement. Il est membre de l'association ASPO France[12], qui a pour thème l'étude du pic pétrolier et de ses conséquences. Il est membre du conseil scientifique du Service de l'observation et des statistiques (SOeS) du ministère de la Transition écologique et solidaire . Il est membre du haut conseil pour le Climat, créé en 2018 et placé auprès du Premier Ministre[13].

Prises de positions et controversesModifier

Positions défenduesModifier

En résumé, sa vision des choses est la suivante : l'économie tout entière des pays occidentaux est fondée sur une énergie abondante et à bas prix. Il s'agit pour majeure partie d'énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) qui représentent à elles seules 80 % de la consommation mondiale. Pétrole et gaz viennent, ou sont en voie, d'atteindre leur pic de production et vont donc inexorablement décroître pour des raisons physiques. Le PIB étant lié à la quantité d'énergie disponible[14] et non l'inverse, la croissance, pour l'Union européenne entre autres, ne repartira pas comme annoncé si l'on ne fait rien, au mieux stagnera voire enchaînera des récessions, prémices de crises sociales à venir. D'autre part, la combustion de ces énergies entraînant le début de changements climatiques majeurs et irréversibles pour des décennies (qui ne s’arrêteront pas en 2100) impliquent que de grandes surprises sont à venir en France et dans le monde (événements extrêmes, stress hydrique, pénuries, rationnements, déplacements de population…). Il préconise à la France de se lancer de manière résolue, massive et ordonnée dans la reconstruction de son économie vieillissante (transition énergétique, transports efficaces et sobres, décarbonisation de l'industrie lourde, rénovations du parc résidentiel/tertiaire, travail sur formes des villes…), « une conquête de la Lune », afin d'embarquer l'Europe et le reste du monde dans cette lutte par effet de mimétisme ; l'Europe étant « le dos au mur » et ayant les atouts pour réussir la première dans cette nouvelle voie. Il considère, par exemple, comme indispensable le recours à une taxation de la consommation d'énergies carbonées (ou fiscalité carbone) pour une politique de décarbonisation efficace d'une économie (étatique, fédérale ou mondiale). Il suggère également de ne pas avoir recours aux réserves mondiales de charbon restant, sans au minimum une obligation de captage ou séquestration du CO2 induit.

À travers ses livres, ses conférences, et son site Internet, Jean-Marc Jancovici défend les positions suivantes :

  • l'énergie n'est pas qu'un secteur économique ou un produit parmi d'autres, mais la base de l'ensemble de l'économie. La totalité de la production économique est une fonction de l'énergie disponible, en volume et non pas en prix, autant ou plus que des facteurs de production traditionnellement admis, le travail et le capital ;
  • la disponibilité de l'énergie fossile, très bon marché même de nos jours, a augmenté la capacité humaine de modification de l'environnement, tout en modifiant profondément la société et en améliorant son train de vie de manière très significative. À ce titre, il illustre souvent la sous-évaluation du coût actuel de l'énergie en la rapprochant du coût du travail humain via la notion d'« équivalent esclave » qui est le maximum d'énergie qui peut être fournie par un seul être humain en une seule année, soit de l'ordre de 100 kWh maximum maximorum[15]. Chaque Français posséderait ainsi l'équivalent de 600 esclaves énergétiques 24 h sur 24 alors que même une centaine par personne ne serait pas soutenable pour la planète. (La notion d'esclaves énergétiques a été sous-entendue par Oscar Wilde dans The Soul of Man under Socialism, créée par le Prof. Hans-Peter Dürr et évoquée chez Ivan Illich) ;
  • les indicateurs économiques traditionnels tels que le PIB sont inadaptés car ils mesurent la production sans prendre en compte la destruction de ressources non renouvelables — ce qui, dans l’analogie avec une entreprise, reviendrait à mesurer son chiffre d'affaires sans tenir compte du fait qu'elle liquide ses actifs ;
  • la consommation d’énergie fossile, via les émissions de CO2 provoquées, détériore irrémédiablement le climat. La conséquence pourrait être un véritable changement d'ère climatique au cours du XXIe siècle, avec des conséquences économiques et sociales incommensurables et inattendues. L'addition pouvant être particulièrement désastreuse si les systèmes économiques touchés sont en récession structurelle, donc avec des caisses vides et une faible capacité de rebond ;
  • les énergies renouvelables (notamment photovoltaïque diffus et éolien) auront beaucoup de mal quantitativement[16] à pallier une baisse de la consommation (voulue ou forcée) des énergies fossiles afin de garantir le niveau de vie actuel. Elles sont gérées en France par des méthodes sentimentales et engendrent un effet d'éviction, en univers sans croissance, sur des solutions plus porteuses de résultats mais tout autant capitalistiques (rénovations massives, développement filière bois-énergie et pompes à chaleur, révolution dans les transports, séquestration du CO2 dans centrales à charbon…) ;
  • la taxe carbone doit s'appliquer à tous mais ne passera pas sans une pédagogie forte : « Tout le monde, même les Français modestes, va devoir faire des efforts parce que même les Français modestes consomment trop d'énergie »[17].

Position sur la voiture électriqueModifier

En septembre 2017 lors du salon automobile de Francfort, il affirme avec conviction que la voiture électrique n’est propre que si l’électricité l’est aussi[18].

Position sur le nucléaire civilModifier

Jean-Marc Jancovici est un partisan affirmé de l'énergie nucléaire civile, comme étant une des rares alternatives techniquement crédibles et mûres permettant de se défaire de la « contrainte carbone ». Il utilise ce terme pour regrouper les risques de crise économique et sociale majeure liés à notre trop forte dépendance aux hydrocarbures alors que le plafonnement de la production mondiale approche ou est en cours[19], ainsi que le péril d'un changement climatique de grande ampleur qui découlera de l'usage massif des énergies fossiles encore disponibles (gaz, charbon, schistes bitumineux, gaz de schistesetc.). Pour lui, le nucléaire « évite plus d'inconvénients qu'il n'en crée ». Il constitue une énergie acceptable et même souhaitable car, l'économie étant liée à l'énergie, il éviterait une crise économique et sociale trop brutale, due à un scénario mêlant les seules économies d'énergie au développement des énergies renouvelables. Cela constituerait un « Facteur 2,5 » au lieu d'un Facteur 4, avec le même effet sur les émissions de gaz à effet de serre françaises[20],[21]. Sa position lui vaut des critiques de la part des antinucléaires. Pour lui, on peut garantir un approvisionnement énergétique identique en volume et en prix à ce que fournissent actuellement les combustibles fossiles en se reportant sur l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables, mais cela ne sera possible que pendant quelques décennies. Il conclut en expliquant que l'essentiel du problème énergétique devra se résoudre d'ici à 2050 par des économies d'énergie très importantes, incitées par des hausses de prix acceptées et planifiées, via la taxe carbone engendrant une redistribution de la fiscalité, et non subies sous l'effet de crises extérieures engendrant une fuite de capitaux vers les pays producteurs.

Sur la problématique des risques induits, Jean-Marc Jancovici livre une analyse sur les conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et de son traitement par les médias sur son site Internet[20] :

« En ce qui concerne l'accident de Tchernobyl, la majorité des informations qui circulent sont de 3e main, quand ce n'est pas plus : « quelqu'un » m'a dit qu'on lui a dit que, etc. La quasi-totalité des choses que l'on peut lire ou entendre dans les médias n'émanent pas de médecins ou de biologistes en direct, mais de militants antinucléaires, qui ne publient pas dans des revues scientifiques à comité de lecture. Ce mode de fonctionnement des médias autorise toutes les manipulations [...] »[20] »

En , il dit dans un entretien à l'occasion de la publication de Changer le monde : tout un programme[22] :

« Le nucléaire civil peut concourir au maintien de la paix dans le monde. Sans même parler de CO2, le nucléaire est beaucoup moins dangereux que le charbon. Depuis la catastrophe de Fukushima, qui n'a pas fait un mort du fait du surplus de radiations, le charbon a déjà tué 1 000 personnes dans les mines[22]. »

A noter néanmoins le décès d'un employé, attribué aux radiations ionisantes émises par la centrale afin de permettre un dédommagement, sans pour autant valider statistiquement l'origine de son cancer[23].

Ademe, bilan carbone et bilan carbone personnelModifier

De 2000 à 2010, Jean-Marc Jancovici a été l'auteur principal des versions 1 à 6 du bilan carbone de l'Ademe[18],[24]. Ce travail a été utilisé par l'article 75 de la loi Grenelle II, qui impose à chaque entreprise de plus de 500 personnes, et chaque collectivité territoriale de plus de 50 000 habitants, de réaliser un inventaire d'émissions de gaz à effet de serre[25]. Il est également l'initiateur, en 2007, du bilan carbone personnel, un calculateur en ligne permettant à tout particulier français de calculer avec une relative précision les émissions de gaz à effet de serre induites par ses faits et gestes, et donc sa participation au réchauffement climatique, dans chaque domaine de sa vie[26]. C'est le premier outil qui permet de calculer avec précision les émissions de gaz à effet de serre provoquées par un particulier. « Le premier calculateur de bilan carbone personnel qui prend tout en compte, des achats de chaussures aux vacances au ski, en passant par le chauffage et les biftecks » explique Jean-Marc Jancovici[27].[source insuffisante]

Site internetModifier

Son site internet anciennement manicore.com est, selon le journal Libération, « un modèle de vulgarisation qui draine 3 000 à 5 000 visiteurs par jour (en 2009) »[1].

Mode de vieModifier

Jean-Marc Jancovici met en avant ses choix de vie : il prend le RER ; les jours de grève, il lui est arrivé d'enfourcher un vélo pour couvrir la distance ; il se rend impérativement en train dans les villes (450 à ce jour en mars 2009) où il prodigue des conférences. Pour lui, le geste écologique prioritaire est le renoncement à l'avion[1],[28],[29].

En réponse à la question « Que faire à notre niveau individuel ? », il propose deux catégories de réponses[29],[26] :

  • Ce qui fait sens (besoin de cohérence) : (1) manger le moins de viande de bœuf possible, (2) ne pas prendre l'avion et (3) dépenser moins d'argent (consommer moins et investir dans des projets de décarbonisation).
  • Ce qui est utile (effet de levier) : (1) écrire à des journalistes avec des sources factuelles pour corriger leurs articles, (2) organiser une formation sur la prise en compte des enjeux dans son travail et (3) écrire à des fonctionnaires ou des élus locaux.

PolémiqueModifier

Jean-Marc Jancovici, qui se présente comme un décroissant pronucléaire, fait l'objet depuis 2012 de critiques de la part des anti-nucléaires qui l'accusent de « greenwashing » et lui reprochent de vouloir promouvoir une reprise en main autoritaire de la société sous le couvert du changement climatique[30],[31],[32]. Les divergences de point de vue naissent avec Nicolas Hulot alors que celui-ci propose de fermer 17 réacteurs lors de sa nomination comme ministre d'état[33]. Jean-Marc Jancovici reste sceptique sur les éoliennes et le solaire du fait de leur intermittence et de l'ampleur des surfaces occupées[33]. Il qualifie en 2018 Nicolas Hulot de ministre à contre-emploi et affirme sa position pro-nucléaire en expliquant que « diminuer la part du nucléaire , ce n'est pas agir pour le climat »[34].

BibliographieModifier

ConférencesModifier

Jean-Marc Jancovici anime de nombreuses conférences, soit pour le monde de l'entreprise ou de la recherche, soit publiques. Parmi les thèmes abordés le réchauffement climatique, risques et dépendances des combustibles fossiles. Plusieurs de ses conférences sont disponibles en téléchargement sur Internet[35].

PublicationsModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Laure Noualhat, Il chauffe sur le climat, Libération, 30 mars 2009.
  2. De la promotion X1981, cf. « Fiche de Jean-Marc Jancovici », sur polytechniciens.com, Paris, Association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique (l’AX) (consulté le 12 octobre 2018).
  3. Ouvrir la « Page d’accueil », sur polytechnique.edu, Palaiseau, bibliothèque de l’École polytechnique (consulté le 12 octobre 2018), sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Jean-Marc Jancovici », résultat obtenu : « Jancovici Jean-Marc (X 1981) ».
  4. EARLIER CLASSES, frenchamerican.org
  5. http://www.fondation-nicolas-hulot.org/fondation/comite-de-veille-ecologique
  6. Le conseil scientifique, Fondation Nicolas-Hulot, consulté le 4 mars 2019.
  7. « Membres du groupe 1 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur le site du Grenelle Environnement, le 10 septembre 2007.
  8. http://carbone4.com
  9. à partir de son site
  10. « Climat : un Haut Conseil pour orienter le gouvernement », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2019)
  11. Site de X-environnement depuis 2001. Il s'agit d'un groupe thématique de l'amicale des anciens élèves de l'École polytechnique
  12. « Biographie et actualités de Jean-Marc Jancovici France Inter », sur France Inter (consulté le 30 décembre 2017).
  13. Pierre Le Hir, Audrey Garric et Cédric Pietralunga, « Climat : un haut conseil pour orienter le gouvernement », sur Le Monde.fr, (consulté le 28 novembre 2018).
  14. (en) Gaël Giraud, Zeynep Kahraman, « How Dependent is Growth from Primary Energy ? Output Energy Elasticity in 50 Countries (1970-2011) » [PDF], CNRS, .
  15. « Combien suis-je un esclavagiste ? », mai 2005.
  16. (de) Photovoltaïque en Allemagne (données actuelles).
  17. Jean-Marc Jancovici : pour la taxe carbone «tout le monde, même les Français modestes, va devoir faire des efforts», Le Moniteur, 7 septembre 2009.
  18. a et b Jean-Marc Jancovici : "La voiture électrique n’est qu’un rêve high-tech parmi d’autres", Sud-Ouest, 25 septembre 2017.
  19. A quand le pic de production mondial de pétrole ?, juillet 2014
  20. a b et c « À propos de quelques objections fréquentes sur le nucléaire civil »
  21. « Lettre ouverte aux journalistes qui vont évoquer Tchernobyl, et surtout à ceux qui les écoutent, les lisent ou les regardent »
  22. a et b Jean-Marc Jancovici, « Le nucléaire civil peut contribuer au maintien de la paix »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), lexpansion.lexpress.fr, juin 2011.
  23. http://time.com/5388178/japan-first-fukushima-radiation-death/
  24. Bilan carbone®, Geo, 21/04/2009.
  25. Bilan carbone, Novethic.
  26. a et b Jean-Marc Jancovici, site « Acteurs du Paris durable » de la Mairie de Paris, octobre 2012.
  27. Nouveautés du site www.manicore.com
  28. Se passer de voiture au quotidien : est-ce possible ?, jancovici.com, 1er juin 2000.
  29. a et b [vidéo] #2 Jancovici a répondu à vos questions - 06/12/2018 sur YouTube, 6 décembre 2018 (séquence entre 1:33:37 et 1:45:03).
  30. « Jean-Marc Jancovici, l’écolocrate nucléariste », sur Et vous n'avez encore rien vu..., (consulté le 27 février 2019)
  31. Dominique Méda, Pour en finir avec ce vieux monde: Les chemins de la transition, Les Éditions Utopia, (ISBN 9782919160785, lire en ligne)
  32. « Jancovici, l'expert médiatique qui dit n'importe quoi », sur Réseau Sortir du nucléaire (consulté le 28 février 2019)
  33. a et b « Transition énergétique : pourquoi Nicolas Hulot ne pourra pas tenir son objectif », sur Capital.fr, (consulté le 3 mars 2019)
  34. « Comme ministre, Nicolas Hulot était à contre-emploi », sur lesechos.fr, (consulté le 3 mars 2019)
  35. http://www.manicore.com/documentation/articles/conferences.html

AnnexesModifier