Ouvrir le menu principal

Histoire des Juifs en Ukraine

histoire de la diaspora juive

L’histoire des Juifs en Ukraine est la succession des manifestations du judaisme dans le paysage religieux ukrainien, et la partie de l’histoire du peuple juif qui se déroule dans les territoires de l’actuelle Ukraine, d’abord dans le Sud-Est où une implantation précoce est attestée dès l’Antiquité (Royaume du Bosphore, Crimée, royaume Khazar, Tmutarakan, Boudjak, Odessa) et où les populations juives sont très diverses (Romaniotes, Karaïtes, Séfarades, Mizrahites, Ashkénazes), puis dans le Nord-Ouest où leur histoire commence au Xe siècle avec une apogée au XVIe siècle (Union polono-lituanienne, Galicie, Bucovine) et où la population juive est quasi-entièrement ashkénaze, et enfin dans toute l’actuelle Ukraine (incluse dans la « zone de Résidence ») où se développent les dynasties hassidiques et où des pogroms se déroulent sous la domination russe, notamment à partir de l’assassinat du tzar Alexandre II qui sert de prétexte à un déchaînement d’antisémitisme (1881-1916).

Les débuts de la communauté juiveModifier

L’histoire des Juifs en Ukraine remonte au Royaume du Bosphore, dans l’antiquité. Des témoignages archéologiques des commerces grecs, puis romains et byzantins sur le littoral de la mer Noire, attestent la présence de communautés romaniotes de langue yévanique depuis les derniers siècles avant l’ère commune jusqu’au moyen-âge. En Crimée, ils sont attestés dans le thème byzantin de Cherson et dans la principauté de Théodoros. Les parties méridionales et orientales de l’actuelle Ukraine, font, au VIIe siècle, partie de l’Empire bulgare puis, au VIIIe siècle, du royaume Khazar, et passent ensuite sous les dominations des Pétchénègues et des Polovtses. Cependant, la population juive n’est plus signalée dans ces territoires après la grande invasion mongole et tatare du XIIIe siècle. En revanche, la population juive laisse une empreinte importante à Kiev, ville qui avait à la fois un quartier juif et une porte juive dès le XIe siècle et où un talmudiste, Moshe de Kiev, est mentionné au XIIe siècle. Les Juifs de ces régions suivaient encore le Talmud de Jérusalem et commerçaient avec l’Empire byzantin.

L’expulsion de KievModifier

La migration des Juifs d’Europe occidentale, en particulier de la région de Rhénanie, appelés ashkénazes (« allemands ») et suivant le Talmud de Babylone, commence au XIIIe siècle et a un grand impact sur la communauté juive ruthène (comme on appelait alors les Ukrainiens) qui atteint son apogée d’abord avec le renforcement de la principauté de Galicie-Volhynie puis avec le rattachement de cet état ukrainien à la couronne polonaise et ainsi à l’Union polono-lituanienne. Les Juifs de Kiev, expulsés à la fin du XVe siècle, viennent alors rejoindre la communauté ouest-ukrainienne, qui regroupe à ce moment la majorité du peuple juif.

Après 1569, les Juifs sont fréquemment utilisés par l’aristocratie polonaise pour gérer le système d’affermage des propriétés nobiliaires nommé arenda, en vertu duquel ils administrent les grandes propriétés foncières appelées latifundia. Dans de tels cas, les Juifs obtiennent le droit exclusif de collecter les taxes, les péages, et autres impôts de la paysannerie ukrainienne. Beaucoup plus souvent, le contrat porte sur le droit local de propinatsiia, le privilège exclusif de la distillation et de la vente d’alcool, commerce qui s’intègre naturellement avec l’activité d’aubergiste et de prêt avec intérêt.

Au XIXe siècleModifier

L’attentat contre Alexandre IIModifier

Un tournant majeur dans l’histoire juive d'Ukraine se produit en mars 1881, quand Alexandre II fut assassiné par une grenade lancée par un membre d'un petit cercle socialiste. Des rumeurs circulent dans tout l'empire tsariste affirmant que le nouveau tsar, Alexandre III, a donné au peuple le droit de « battre les Juifs » en guise de représailles[1]. La première vague de massacres désignés comme pogroms commence et dure jusqu’en 1884, les plus nombreux survenant dans la zone de Résidence, correspondant à l'Actuelle Ukraine, où les Juifs étaient les plus nombreux et où, cent ans plus tôt, ils affermaient les grandes propriétés foncières de l'aristocratie polonaise catholique, où travaillaient les serfs ukrainiens orthodoxes, que les popes excitaient contre les « tueurs du Christ ». Au cours de ces deux ans, on rapporte des actes de violence contre les Juifs dans plus de 200 localités juives[2]. L'ambiance d'anarchie, l'apparente incapacité ou la réelle réticence des autorités russes à contrôler la violence des cosaques ou des civils, ont un impact majeur sur le psychisme du Juif ukrainien moyen. C'est dans cette situation que surviennent les premiers frémissements du sionisme moderne en Ukraine, articulé par le mouvement Bilou qui envoie, en 1882, ses premiers colons fonder des communautés en Palestine[3]. Plus tard, la Jewish Colonization Association prendra le relais, pas seulement vers la Palestine mais vers beaucoup d'autres destinations. D’autres, pas partisans de l’émigration, sont attirés soit par le hassidisme, soit par les mouvements révolutionnaires, notamment le Bund (Union générale des travailleurs juifs)[4].

Au XXe siècleModifier

Article détaillé : Pogroms antisémites en Russie.

La République populaire ukrainienne n'affiche pas de politique contre les Juifs, cela n'empêche pas la tenue de pogroms extrêmement sanglants : selon Nicolas Werth, on estime à 125 000 le nombre de victimes juives de pogromes en Ukraine, entre 1918 et 1922. La pire année fut sans conteste 1919. Les pogromes furent commis par les unités armées les plus diverses: par les Armées blanches, par les troupes de la République populaire ukrainienne, par les détachements des différents « atamans », par les détachements de « Verts » (paysans insurgés), et par certaines unités de l’Armée rouge[5].

Après son annexion par l'URSS, l'Ukraine héberge la moitié de la population juive soviétique[6].

La Seconde Guerre mondiale est particulièrement sanguinaire en Ukraine. Les Juifs sont spécialement ciblés : le nombre de Juifs tués par les Einsatzgruppen durant la « shoah par balles » en Ukraine est estimé à 1,5 million[7].

Article détaillé : Massacre de Babi Yar.

La commémoration de ces événements est particulièrement difficile, car les nazis ont bénéficié du soutien de milices ukrainiennes, alliées à eux par rejet de l'Union soviétique (par désir d'indépendance ou par rejet du communisme). Début XXIe siècle, une partie de l'Ukraine voit ces nationalistes comme des héros à cause de leur opposition à Staline, et ne mentionne pas les massacres auxquels ils ont participé[8].

ExodeModifier

Les persécutions provoquent la fuite des Juifs d'Ukraine vers les pays d'Europe de l'Ouest et les États-Unis. De nombreux Juifs d'origine ukrainienne s'installent en Palestine sous mandat britannique, puis en Israël

Influencés par Léon Trotsky, le fondateur de l'armée rouge, Grigori Zinoviev, président du soviet de Leningrad, et Zeev Jabotinsky, de nombreux dignitaires israéliens d'origine ukrainienne apparaissent. C'est le cas d'Yitzhak Ben-Zvi, second président d'Israël, Moshe Dayan, vainqueur de la guerre des Six Jours et Golda Meir, premier ministre israélienne. Le rabbi du mouvement Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson se voit lui comme un héritier spirituel d'Yisroel ben Eliezer (Le Baal Shem Tov).

L'actrice Mila Kunis est née en Ukraine.

Après la chute de l'URSS, environ 250000 Juifs profitent de leur nouvelle liberté de circulation pour s'installer en Israël[9].

Au XXIe siècleModifier

En 2015, la population juive ukrainienne est estimée à environ 65 000 personnes[10].

En 2014, l'Ukraine tente de se dégager de l'emprise russe avec le renversement du président Viktor Ianoukovytch. Les médias israéliens ou juifs ont constaté l'implication dans ces actions de quelques juifs ukrainiens, parfois anciens de Tsahal[11],[12]. La Russie réagit en soulevant les russophones d'Ukraine : c'est la guerre du Donbass. Pendant ce conflit, il n'y a pas d'exactions contre les Juifs, mais de nombreux Juifs fuient les zones de combats et envisagent de s'installer en Israël[13],[14]. Le 1er novembre 2016, ce sont environ 250 Juifs ukrainiens qui émigrent en Israël[15].

Le , après la démission d'Arseni Iatseniouk, Volodymyr Hroisman est désigné Premier ministre par le président Petro Porochenko[16]. Le , sa nomination est approuvée par la Rada[17]. Volodymyr Boryssovytch Hroïsman est la première personne ouvertement juive à être Premier ministre ukrainien. Il est aussi le plus jeune Premier ministre ukrainien de l'histoire[18].

Le 22 avril 2019, Volodymyr Zelensky, autre juif russophone, est élu président de l'Ukraine[19], ce qui inquiète certains membres de la communauté juive ukrainienne : « il ne devrait pas se présenter car nous aurons à nouveau des pogroms ici si les choses tournent mal »[20].

Notes et référencesModifier

  1. PotichnyjAster 1988, p. 76
  2. PotichnyjAster 1988, p. 77
  3. PotichnyjAster 1988, p. 103
  4. Baron 1969, p. 169-170
  5. Nicolas Werth, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/crimes-et-violences-de-masse-des-guerres-civiles-russes-1918-1921
  6. Les Juifs en Ukraine
  7. La Shoah par balles, fusillades en Ukraine - Mémorial de la Shoah
  8. Les traces enfouies de la Shoah par balles
  9. lefigaro.fr Conflit ukrainien : Israël affirme sa neutralité
  10. (en) Sergio DellaPergola, « World Jewish Population, 2016 », North American Jewish Data Bank, (consulté le 24 juin 2016)
  11. L’ex-soldat de Tsahal devenu révolutionnaire ukrainien
  12. Ukraine : le combat des « juifs de Maïdan »
  13. Reporter's Notebook: Still homeless in Ukraine
  14. Le « nouvel exode » des Juifs, une réalité ?
  15. Gavin rabinowitz, « 250 nouveaux immigrants ukrainiens arrivés en Israël », sur The Times of Israel,
  16. Le Point, magazine, « Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk annonce sa démission », sur Le Point (consulté le 10 avril 2016).
  17. « Ukraine : le président du Parlement, Volodymyr Groïsman, nommé premier ministre », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  18. « Pour la première fois, le Premier ministre ukrainien est Juif », sur The times of Israel, .
  19. « Ukraine : Volodymyr Zelensky remporte la présidentielle, le pays fait un saut dans l’inconnu », sur Le Monde,
  20. (en) Andrew Higgins. Ukraine’s Newly Elected President Is Jewish. So Is Its Prime Minister. Not All Jews There Are Pleased. The New York Times, April 24, 2019. La version imprimée dans The New York Times est datée Thursday, April 25, 2019, p. A4.

Articles connexesModifier

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Peter J. Potichnyj et Howard Aster, Ukrainian-Jewish Relations in Historical Perspective, Ontario, Canadian Inst.of Ukrainian Studs., , 2e éd., 531 p. (ISBN 978-0920862537)

Lien externeModifier