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Bataille de Fougères

bataille de la guerre de Vendée
Bataille de Fougères
Description de cette image, également commentée ci-après
Le tambour Darruder vengeant son père abattu par les Vendéens, eau-forte de Swebach-Desfontaine, 1794.
Informations générales
Date
Lieu Fougères
Issue Victoire vendéenne
Belligérants
France RépublicainsDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
• Simon-Pierre Brière
• Alexandre d'Obenheim White flag icon.svg
Henri de La Rochejaquelein
Jean-Nicolas Stofflet
Prince de Talmont
Forces en présence
6 500 hommes[1]30 000 hommes[2]
30 à 50 canons[3],[2]
Pertes
200 à 600 morts[7],[8]
400 à 800 prisonniers[9],[10]
inconnues
Civils : 15 à 60 morts[4],[5],[6]

Guerre de Vendée

Coordonnées 48° 21′ 09″ nord, 1° 11′ 55″ ouest

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Bataille de Fougères

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Bataille de Fougères

La bataille de Fougères se déroule pendant la Virée de Galerne lors de la guerre de Vendée le .

Sommaire

PréludeModifier

 
Le Château de Fougères, vu depuis l'église Saint-Léonard.

Les Vendéens et les Chouans venaient de prendre Mayenne et se décidaient à marcher sur Saint-Malo pour prendre contact avec les Britanniques. Les Vendéens, récemment rejoints par des Chouans, marchèrent donc sur Fougères, situé sur la route de Saint-Malo.

Article détaillé : Virée de Galerne.

Les Républicains, conscients du danger, mirent la ville en état de défense, l'adjudant général Brière rassembla 6 000 gardes nationaux et soldats de ligne, le chateau fut mis en défense, les murailles de la ville furent inspectées. Bon nombre d’administrateurs choisirent de quitter la ville et de fuir vers Rennes, à l’exception de quelques-uns, dont le maire Lesueur, qui choisit de rester.


Forces en présenceModifier

Armée républicaineModifier

Lorsque l'armée vendéenne franchit la Loire le , la ville de Fougères ne dispose pour garnison que de sa garde nationale et d'un bataillon de chasseurs[11]. Fougères, comme les autres villes de la région, redoute une attaque et demande des renforts[11]. À Rennes, le représentant Pierre-Pomponne-Amédée Pocholle, en mission en Ille-et-Vilaine, ordonne de ravitailler cette ville en grain afin qu'elle puisse accueillir une importante garnison[11]. Quelques jours après, le directoire d'Avranches annonce à Fougères l'envoi de 800 à 900 hommes du 8e bataillon du Calvados et de la garde nationale avec quatre canons[12]. Le 24 octobre, le district de Mortain annonce également le départ de 300 hommes[12]. Le 25 octobre, les administrateurs de Fougères apprennent la prise de Laval par les Vendéens[13]. Les Républicains s'attendent alors à ce que les Vendéens marchent sur Fougères ou Vitré en vue d'attaquer Rennes[14]. Le 30 octobre à Avranches, le représentant en mission Garnier de Saintes écrit au général Vergnes, à Rennes, qu'il veut protéger Fougères et que 3 000 hommes et huit pièces de canons seront présents dans ce poste le lendemain[15]. Les soldats sont logés à la Retraite, aux Urbanistes, ou chez l'habitant[16].

La garnison est placée sous le commandement de l'adjudant-général Simon-Pierre Brière, qui arrive à Fougères le 26 octobre[1],[17]. Il est suivi le 1er novembre par un officier du génie, Alexandre Magnus d'Obenheim, envoyé depuis Cherbourg pour disposer les moyens de défense à Fougères[1],[18]. Au moment de l'attaque des Vendéens, la garnison de la ville comprend un bataillon de chasseurs de la Charente[17], le 19e bataillon d'infanterie légère[17], les chasseurs d'Imbert[19], le 6e bataillon de volontaires de la Côte-d'Or[20],[18], le 3e bataillon de volontaires du Calvados[20], le 8e bataillon de volontaires du Calvados[12],[18], un bataillon de Seine-et-Oise[21], une compagnie détachée de canonniers du Contrat social[20],[18] et 3 000 à 4 000 hommes pris parmi les gardes nationales de Mortain, Vire, Coutances, Granville, Saint-James et Sourdeval en Normandie, et parmi celles de Fougères, Saint-Georges-de-Reintembault, Louvigné-du-Désert, Antrain, La Bazouge-du-Désert et Saint-Marc-le-Blanc dans le district de Fougères[1],[17],[18]. Cependant d'après le journal de d'Obenheim, la moitié des gardes nationaux ne sont armés que de piques[17]. Au total, l'ensemble de ces forces rassemble environ 6 500 hommes[1].

Armée vendéenneModifier

L'Armée catholique et royale est alors sous les ordres du jeune Henri de La Rochejaquelein[22]. Le major-général de l'armée est Jean-Nicolas Stofflet[3]. Elle dispose également également d'un conseil militaire, présidé par Guy Joseph de Donnissan[22]. De nombreuses personnes y assistent, y compris des femmes d'officiers, mais il manque d'autorité réelle et les débats y sont souvent l'objet de disputes[22].

La cavalerie vendéenne est forte 200 à 900 hommes d'après les différents témoignages des contemporains[23]. Elle est sous les ordres d'Antoine-Philippe de La Trémoille, prince de Talmont, qui a pour adjoints Forestier, Bérard, Cacqueray, Bernes et Sarrazin[23]. L'artillerie est dirigée par Gaspard de Bernard de Marigny et Philippe Joseph de Perreau[23]. L'infanterie est répartie en cinq divisions, commandées par Fleuriot, des Essarts, Piron de La Varenne ou Villeneuve du Cazeau, Lyrot et Royrand[22]. Depuis la prise de Laval, l'armée vendéenne est également renforcée par environ 6 000 à 10 000 Bretons et Mayennais, désignés sous le nom de « Petite Vendée »[24]

Concernant les effectifs, la plupart des témoignages de l'époque s'accorde sur le nombre d'environ 30 000 combattants à pied et 40 à 50 pièces d'artillerie[2]. Dans son journal, Alexandre d'Obenheim chiffre également les forces vendéennes à 30 000 hommes[25], dont 400 cavaliers, et indique que leur artillerie est constitué de 30 à 40 canons, dont une pièces de 12 livres, trois ou quatre pièces de 8 livres et 30 à 40 pièces de 4 livres[3],[26].

L'armée vendéenne est également accompagnée d'un grand de blessés, de malades, de femmes, d'enfants, de vieillards et d'ecclésiastiques, qui ont fuis les exactions républicaines au sud de la Loire[27]. Le nombre des non-combattants donné par les témoins de l'époque fait l'objet de forte divergences, allant de 10 000 à 120 000[27].

DéroulementModifier

 
Porte Notre-Dame à l'ouest de la ville

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, dans l'attente de l'attaque, les habitants de Fougères et les soldats placent des canons aux portes de la ville et achèvent l'édification sommaire de retranchements à la Chaudronnerais, près de Beaucé, à 2 kilomètres au sud-est de Fougères, sur la route de Laval[20],[28]. Le 3 novembre, à 10 heures du matin, les Vendéens quittent Ernée, menés par Stofflet[29]. L'adjudant-général Brière décide alors de porter une partie de ses forces à la rencontre des Vendéens, malgré l'avis contraire de d'Obenheim favorable à ce que toutes les troupes disponibles prennent position derrière les retranchements[20],[28]. Le 19e bataillon d'infanterie légère se met alors en mouvement et se porte en direction d'Ernée[20]. Il a alors l'ordre d'entrer en contact avec les Vendéens, pour ensuite se replier afin d'attirer l'ennemi sur les retranchements[20]. Ces derniers sont alors tenus au centre par les canonniers du Contrat social et sur les côtés par les différents bataillons de volontaires et les gardes nationaux[20]. Des tirailleurs sont également dissimulés derrière les abatis[29]. L'armée vendéenne se met quant à elle en ordre de bataille quelques kilomètres après Ernée et marche sur Fougères divisée en trois colonnes : celle du centre sur la grande route et les deux autres sur les côtés à travers champs[29],[30].

La rencontre a lieu vers 3 heures de l'après-midi, près du village de l'Angevinière, entre Fleurigné et La Pellerine[31],[30],[28],[32]. À la vue des Républicains, les Vendéens utilisent leur tactique habituelle : la colonne du centre bat en retraite, mais les deux autres colonnes poursuivent leur avancée sur les flancs, dissimulées derrière les haies et les remblais[31],[30]. L'avant-garde républicaine se lance à la poursuite de la colonne du centre et tombe dans le piège[31],[30],[28]. Le 19e bataillon d'infanterie légère se retrouve assailli sur trois côtés, perd les deux tiers de ses hommes et est mis en déroute[31],[30],[28]. Les survivants s'enfuient en direction de Fougères, talonnés par les Vendéens[31],[30],[28].

Les fuyards n'ont pas le temps de se reformer derrière les retranchements de la Chaudronnerais, qui sont rapidement pris d'assaut par les Vendéens[30],[28],[32]. Les Républicains se replient alors à l'intérieur de la ville en passant par la porte Saint-Léonard, au Sud, située près de l'église Saint-Léonard, jetant la confusion parmi les défenseurs des murs[31],[30],[28]. D'Obenheim parvient à rallier une partie les fuyards pour défendre la porte[30].

L'artillerie républicaine ouvre le feu depuis le haut du Roquet, rue de Paris[33]. L'artillerie vendéenne déploie quant à elle ses pièces à la Haute-Bourgère et ouvre le feu sur la porte Saint-Léonard[33]. L'infanterie royaliste mène également l'assaut contre cette porte depuis la rue de Vitré et le Nid-aux-Crocs[33]. D'autres fantassins placent des échelles sur les remparts est, dans la rue de Verdun[33]. Pendant ce temps, la cavalerie vendéenne contourne la ville par le sud, menée par le prince de Talmont, et probablement guidée par Aimé Picquet du Boisguy[33]. Elle passe par Iné, la Haute-Bourgère, Gibary et Savigny et entre dans la ville par l'Ouest, à proximité du château, en franchissant la porte Saint-Sulpice qui n'est pas défendue[9],[30],[33],[32].

 
Église Saint-Léonard, vue depuis le château

À la porte Saint-Léonard, les défenses républicaines résistent un quart d'heures[30]. Des combats acharnés ont notamment lieu place aux Arbres[30]. Mais du haut de cette position, les patriotes constatent la prise de la porte Saint-Sulpice, située en contrebat[30],[34]. Les soldats républicains cèdent alors la panique et la déroute devient générale[9],[30],[34]. À cinq heures de l'après-midi, l'armée vendéenne est à l'intérieur de la ville[30].

Les Républicaines sont alors complètement désorganisés[10]. Plusieurs centaines d'hommes s'enferment à l'intérieur du château, d'autres tentent de fuir vers Rennes, mais leur retraite est coupée rue de la Pinterie par les hommes de Talmont[10],[9],[35]. La lutte devient alors particulièrement acharnées dans cette rue, certains soldats tentent de se réfugier dans les maisons, mais plusieurs en sont délogés et exécutés sommairement[10],[9].

Le capitaine d'Obenheim est découvert dans une maison et fait prisonnier[36]. À la mairie, le maire Lesueur est arrêté, ainsi que plusieurs notables patriotes[9]. Le Vendéens brûlent de nombreuses archives et papiers de l'administration, en particulier des listes de suspects, des listes de recrutement et des listes de contributions}[6]. Les derniers défenseurs, retranchés à l'intérieur du château, se rendent[10],[9],[37]. La bataille s'achève après avoir durée entre trois et quatre heures.

La plupart des soldats républicains qui parviennent à fuir se portent en direction de Rennes et de Vitré[9]. Certains sont signalés au Ferré ou à Antrain avant même la fin de la bataille[38]. Le bataillon de Seine-et-Oise arrive à Vitré à 11 heures du soir[21].


La marquise de Donnissan, épouse de Guy Joseph de Donnissan, écrit dans ses mémoires :

« On ne pouvoit rester à Laval malgré la victoire remportée parce que sept routes y conduisoient et que l'on pouvait être attaqué sur toutes. Il fut décidé dans le Conseil d'aller à Rennes ; mais des espions ou des gens intéressés firent changer la marche. L'armée prit la route de Mayenne. A Fougères la résistance dura quatre heures. Il y avoit de retranchements, un château qui pouvoit se déffendre plus longtemps. Je me rappelle avec effroi que j'entrois pelle melle avec les soldats. On tuoit auprès de moi ; on fracassoit les portes pour entrer dans les maisons. J'étois entrainée par mon cheval ; je n'avois plus la force de le tenir. Dans une grande rue plusieurs mourans demandoient des prêtres, une chaise couvroit la tête du blessé et le prêtre à terre l'écoutoit. Jamais, jamais ce tableau ne s'effacera de sa mémoire[39]. »

— Marie Françoise, marquise de Donnissan

Après la batailleModifier

Après leur victoire, les Vendéens pillèrent des habitations de patriotes pendant la nuit : des maisons furent incendiées, des vivres furent réquisitionnées.

La marquise de Donnissan, épouse de Guy Joseph de Donnissan, poursuit dans ses mémoires :

« L'armée se reposa trois jours à Fougères. On fit grâce à 800 hommes, qui étoient dans le château. Le pauvre M. de Lescure ne put survivre à ses douleurs que jusqu'à Ernée. Il mourut le mettant dans sa voiture. La malheureuse femme en fut très malade à Fougères. Une saignée faite à propos la rétablit ; l'instint de sa conservation lui rendit ses forces. Elle étoit alors grosse de quatre mois[40]. »

— Marie Françoise, marquise de Donnissan

Le général vendéen Lescure était mort le 3 novembre à la Pelerine des suites de ses blessures, ses hommes, craignant que les républicains n’exhument son corps comme ils l’avaient fait de Bonchamps, l’enterrèrent en cachette. Après quatre jours de repos l’armée vendéenne sortit de la ville et au lieu de marcher sur Saint-Malo comme le plan le prévoyait initialement, elle changea sa route et se dirigea vers Granville.

 
Cour du château de Fougères. La tour Raoul et la tour Surienne vues depuis la tour Mélusine.

La marquise de Bonchamps, veuve du général Charles de Bonchamps rapporte dans ses mémoires :

« A la prise de Fougères les généraux s'étant laissé entraîner par leur ardeur à la poursuite des bleus, l'officier chargé de la garde des prisonniers, ayant à se plaindre de la cruauté de quelques-uns, voulut user de représailles, et dans un moment de fureur il ordonna de fusiller ces malheureux républicains. On vint sur le champ m'en avertir, je courus aussitôt au lieu ou devait se faire l'exécution ; il me semblait que le nom que je portais me donnait le droit et le pouvoir de prévenir cette barbarie ; je rappelai les dernière paroles de M. de Bonchamp sur son lit de mort ; je menaçais l'officier de le faire justement fusiller lui-même par les Vendéens qui m'avaient suivie, s'il commettait une action si lâche, si cruelle et si contraire aux lois de la guerre. Les prisonniers, en apprenant que j'étais la veuve du héros que pleurait l'armée, m'entourèrent et se jetèrent à mes pieds : j'obtins pour eux ce que je demandais[41]. »

— Marquise de Bonchamps

Un volontaire républicain, Sinion, écrit le 9 novembre dans une déclaration du Comité de surveillance de Saint-Lô :

« Je viens de Fougères, où j'ai été fait prisonnier dimanche dernier. Les brigands m'ont enlevé mon fusil, mon habit et m'ont coupé les cheveux. Ils m'ont arraché mon casque et ont marché dessus. Ils m'ont proposé de servir avec eux. Sur mon refus de marcher contre les nôtres, ils m'ont fait mettre au château, où je suis resté jusqu'à mercredi soir, ils m'ont donné un billet, dont suit copie, après m'avoir fait promettre que je ne servirais plus contre eux et m'avoir fait crier : « Vive le Roy ! », ce que je n'ai fait que pour sauver ma vie car ils allaient me fusiller.
La ville de Fougères était pleine ; ils venaient dans les campagnes, comme des chasseurs. Il y avait beaucoup de paysans, ils étaient pour la plupart armés de fusils de chasse. Les sentinelles qui nous gardaient m'ont dit qu'ils avaient plus de 1 500 prêtres dans leur armée, qu'ils avaient 18 pièces de canon. Ils faisaient un feu d'artifice et de mousqueterie soutenu dans la ville. Les bourgeois de Fougères tiraient sur nous par les fenêtres ; ils disaient aux brigands : « Mes amis, il y a longtemps que nous vous attendions. » Les brigands ont fusillé tous ceux qu'ils ont pu reconnaître comme anciennement servi. Ils en prirent une vingtaine dans la chambre où nous étions et les fusillèrent dans la cour. Je ne dois la vie qu'à une femme que les républicains avaient incarcérée et qui demanda grâce pour moi et pour mes camarades.
Les brigands disaient qu'ils allaient à Rennes et de là à Saint-Malo, qu'il fallait que sous peu ils eussent un port de mer et qu'ils auraient ensuite la France entière. Au surplus ils ont prodigieusement perdu du monde, sans que je puisse en fixer le nombre[42]. »

— Volontaire Sinion

Le billet remis à Sinion est le suivant :

« De par le Roy et les chefs de l'armée catholique et royale, permettons au sieur Sinion de s'en retourner et prions tous les bons Français de lui être utiles[43]. »

— Donnissan, commandant en chef.

D'Obenheim, officier du génie, passa dans les rangs vendéens (il changea toutefois de nouveau de camp à la fin de la guerre).


PertesModifier

Les pertes de la bataille ne son pas connues avec exactitudes. En mars 1794, le registre des délibérations de Fougères indique que les corps de 200 volontaires ont été inhumés par le fossoyeur Genetel après la bataille du 3 novembre[7],[32],[37]. La marquise de La Rochejaquelein affirme pour sa part dans ses mémoires que 600 Républicains ont été tués lors de la prise de la ville[8],[44]. Quinze civils au moins ont également trouvé la mort d'après des actes de décès dressés quelques semaines après la bataille[4],[45]. Un agent du Comité de Salut public affirme pour sa part dans un rapport qu'une soixantaine de citoyens ont été tués par les Vendéens lors de la prise de la ville[5],[6].

Dans un courrier adressé à Saint-Hilaire-du-Harcouët et daté du 12 novembre, la commune de Louvigné-du-Désert affirme que sur les 100 hommes de son détachement assignés à la défense de Fougères, cinq ont trouvé la mort — le commandant et le capitaine « massacrés dans le château » et trois fusiliers tués au combat — et que « la plupart des autres sont revenus la tête rasée »[46]. La garde nationale de Mellé compte trois morts et celle de La Bazouge-du-Désert en compte quatre[45], dont un lieutenant fusillé le 4 novembre[47].

Le nombre des soldats républicains faits prisonniers par les Vendéens est de 400 selon d'Obenheim[10],[9]. Un bilan de 800 prisonniers est cependant donné dans les mémoires du chef vendéen Poirier de Beauvais[48], dans celle de la marquise de Donnissan, Marie-Françoise de Durfort-Civrac[49], et dans un manuscrit rédigé par un témoin oculaire et cité par l'historien royaliste Jacques Crétineau-Joly[10]. Le chef chouan Pontbriand parle quant à lui de 1 500 prisonniers[10], mais ce nombre est probablement exagéré[50].

La grande majorité des soldats républicains sont épargnés[9],[10]. Comme à leur habitude, les Vendéens coupent les cheveux de leurs prisonniers afin de pouvoir les reconnaître s'ils devaient ensuite être repris[9],[10]. Ils sont ensuite libérés contre le serment de ne désormais plus combattre l'Armée catholique et royale et avec menace d'être fusillés s'ils devaient à l'avenir trahir leur promesse[9],[10].

Certains soldats capturés sont cependant reconnus pour avoir violé leur serment ne plus porter les armes et sont fusillés[51]. Leur nombre est cependant inconnu. Dans un témoignage au Comité de surveillance de Saint-Lô, un rescapé du 6e bataillon de la Côte d'Or nommé Sinion évoque l'exécution d'au moins vingt soldats[52]. Le maire de Fougères, François Lesueur, est également fusillé le 5 novembre dans l'enceinte de château[53],[5],[47].

Massacre des blessésModifier

Le 18 novembre, les généraux républicains Christian Joseph Hammel, François Pierre Amey et Simon Canuel, à la tête des « Mayençais », entrèrent dans Fougères. Ils trouvèrent dans les hôpitaux les malades et blessés vendéens. Des groupes de soldats mayençais les massacrèrent tous, femmes et hommes ; ils épargnèrent toutefois les religieuses qui les soignaient. La Mère Sainte-Catherine fit le récit suivant :

« Ils ôtèrent à ces malheureux quelques reste de vie de la manière la plus barbare. Notre R.Mère et l'hospitalière firent des efforts les plus généreux, allant au-devant de ces hommes altérés de sang pour apaiser leur fureur. Les raisons les plus touchantes, les plus capables d'émouvoir des cœurs sensibles à l'humanité, à l'honneur, ne firent qu'augmenter leur férocité. Ils menacèrent de les tuer elles-mêmes si elles ne se retiraient pas promptement. Elles n'avaient pas d'autre parti à prendre. Leur vie n'eut pas protégé celle de ces malheureuses victimes. Aussitôt ces cruels bourreaux se jetèrent sur leur proie avec la plus violente impétuosité. Avec la pointe de leur sabre, ils rouvraient leurs blessures avant de leur donner la mort ; ils faisaient même enter des cuillers dont les infortunés se servaient ; ils leur arrachèrent les yeux et commirent des horreurs si atroces qu'une domestique de l'hôpital, qu'ils forcèrent d'assister à cet affreux spectacle, ne voulut pas nous en faire le détail. Cette pauvre fille en fut tellement effrayée, qu'aussitôt elle fut frappée de maladie dont elle mourut peu de jours après. Pendant cette inhumaine expédition, nous étions dans la plus vive consternation ; nous ignorions même si nous allions être l'objet de leur barbarie. Dieu nous réservait encore les maux les plus amers et les plus sensibles. Ils se bornèrent à ces infortunés ; ils passèrent le reste de leur rage à dévaster l'hôpital. Les dommages qu'ils firent furent évalués à 10 000 livres. »

Le médecin Gainou écrivit à un de ses confrères à Rennes :

« Il faut te dire que des soldats indisciplinés, pas susceptibles de la moindre réflexion, se sont portés dans les hôpitaux de Fougères, y ont égorgé les blessés des brigands dans leurs lits. Plusieurs femmes des brigands y étaient malades, ils leur ont arraché les poils et les ont égorgées après, sans qu'ils eussent reçu aucun ordre, ni des représentants, ni des généraux. J'ai vu parmi ces horreurs un beau trait : une de ces femmes, elle pouvait avoir vingt ans et assez jolie, pria un capitaine de canonniers de vouloir la tuer. Lui, plein de générosité et d'humanité, défit sa redingote et la lui mit sur le corps, car on lui avait pris ses jupes. Ils l'ont sortie de l'hôpital le sabre à la main et lui ont sauvé la vie. »

Les victimes étaient au nombre de 2 000 selon certains rapports républicains, nombre certainement exagéré. Le nombre total des victimes fut plus probablement de 200[54].

Le 24 novembre les Vendéens revinrent à Fougères. L’abbé Étienne-Alexandre Bernier célébra un Te Deum à l’église Saint-Léonard pour célébrer la victoire de Dol-de-Bretagne, mais, cette fois, les Vendéens, ne restèrent pas longtemps à Fougères, leur état devenait désastreux, la victoire ne leur avait assuré qu'un sursis.

Plus tard, les autorités civiles qui avaient fui retournèrent à Fougères, mais de nouveaux problèmes apparurent. Conformément à un décret voté par l’assemblée nationale, le gouvernement parisien ordonna que Fougères soit incendiée. Le décret indiquait que toute ville qui tomberait aux mains des Vendéens sans avoir employé le maximum de ses ressources serait détruite. En réaction, les élus fougerais firent circuler une pétition pour tenter de convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision. On ne sait comment se déroulèrent la suite des négociations, mais, finalement, Fougères ne fut pas brûlée. h

RépressionModifier

Le , la commission militaire révolutionnaire Brutus Magnier est créée à Antrain par les représentants en mission Prieur de la Marne, Louis Turreau et Bourbotte[55]. Elle arrive à Fougères le et tient ses séances dans la mairie[56],[57]. Le 13 décembre, elle condamne à mort deux hommes, Vary et Giffard, coupables d'avoir accepté les fonctions de commissaires à la levée des hommes de l'Armée catholique et royale[58]. Ils sont fusillés le lendemain sur la place aux Arbres[59],[58]. Mais le 15 décembre, la commission retourne à Rennes lorsqu'elle apprend que les Vendéens ont réoccupé Laval[56].

Le Comité révolutionnaire et la Société populaire de Fougères continuent cependant de procéder à des perquisitions et à des arrestations et plusieurs suspects sont envoyés à Rennes pour y être jugés[60]. De décembre 1793 à début avril 1794, la commission Brutus Magnier fait exécuter 48 personnes de Fougères et de ses environs[61]. Le comité révolutionnaire de Fougères demande cependant à la commission militaire de faire procéder à des exécutions dans sa ville, ce qu'elle finit par accepter[62],[63]. Defiennes, l'accusateur militaire de la commission, est délégué à Fougères pour présider aux exécutions[64],[65].

Le 9 avril, le Comité révolutionnaire fait conduire 32 accusés à Rennes[63]. Le 14 avril, 17 d'entre-eux y sont condamnés à mort[63]. Le 15 avril au matin, Defiennes se rend à Fougères avec les condamnés, la guillotine et une escorte du 12e bataillon d'Orléans[63]. L'échafaud est dressé place du Brûli[63] ou place d'Armes[66]. Les 17 condamnés sont exécutés dans la journée[63],[66]. La tête d'un noble, Paul-Jérôme du Pontavice, accusé d'émigration, est promenée sur une pique dans les rues de la ville et présentée à la fenêtre d'une de ses parentes[67]. Celle d'un nommé Pierre Vaucelle, condamné pour avoir frappé du pied le cadavre d'un soldat républicain, est placée sur une pique sur la porte Saint-Léonard[63],[67]. Elle y reste jusqu'au 20 juin[67].

Quatre personnes sont encore guillotinées le 21 avril[68]. Le 24 avril, 21 personnes sont jugées, deux sont acquittées et 19 sont condamnées à mort, dont trois femmes, et exécutées le jour même[63],[69]. La tête de Joseph Thomas, ancien maire de Landéan, exécuté pour avoir favorisé les chouans, est placée sur le clocher de sa commune et celle d'un nommé Pierre Dourdain, condamné pour avoir forcé un patriote sous peine de mort de crier « Vive le Roi », est placé en haut du clocher de Dompierre-du-Chemin[63],[69].

Le 3 mai, Defiennes retourne à Rennes avec la guillotine[64]. Au total, 44 personnes ont été exécutées à Fougères[70]. Entre le 25 avril et 5 mai, 18 habitants du district de Fougères sont encore guillotinés ou fusillés à Rennes[71]. Le , la commission Brutus Magnier est dissoute par le représentant Laignelot[72].

Au total, 222 personnes du district de Fougères sont passées devant la commission Brutus Magnier entre novembre 1793 et juin 1794 et parmi celles-ci 114 ont été condamnées à mort et exécutées, 9 ont été condamnées à la prison ou à la déportation et 99 ont été acquittées[71]. La grande majorité des condamnés sont désignés comme « brigands » ou « chouans »[71]. D'autres personnes furent victimes d'exécutions sommaires dans les campagnes ou moururent en prison[71]. D'autres encore, capturés hors du département d'Ille-et-Vilaine, furent jugés et condamnés par d'autres commissions militaires mais leur nombre n'est pas connu[71].

RéférencesModifier

  1. a b c d et e Pautrel 1927, p. 140.
  2. a b et c Coutau-Bégarie et Doré-Graslin 2010, p. 362-363.
  3. a b et c Lemas 1994, p. 66.
  4. a et b Aubrée 1936, p. 167.
  5. a b et c Lemas 1994, p. 62.
  6. a b et c Le Bouteiller 1988, p. 224.
  7. a et b Le Bouteiller 1988, p. 225.
  8. a et b Aubrée 1936, p. 82.
  9. a b c d e f g h i j k et l Lemas 1994, p. 60.
  10. a b c d e f g h i j et k Le Bouteiller 1988, p. 222-223.
  11. a b et c Lemas 1994, p. 40-41.
  12. a b et c Lemas 1994, p. 41-42.
  13. Lemas 1994, p. 43.
  14. Lemas 1994, p. 46.
  15. Le Bouteiller 1988, p. 215.
  16. Le Bouteiller 1988, p. 214.
  17. a b c d et e Lemas 1994, p. 53.
  18. a b c d et e Le Bouteiller 1988, p. 216.
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  20. a b c d e f g et h Lemas 1994, p. 57.
  21. a et b Le Bouteiller 1988, p. 806.
  22. a b c et d Coutau-Bégarie et Doré-Graslin 2010, p. 283-285.
  23. a b et c Coutau-Bégarie et Doré-Graslin 2010, p. 286.
  24. Coutau-Bégarie et Doré-Graslin 2010, p. 365-367.
  25. Coutau-Bégarie et Doré-Graslin 2010, p. 278.
  26. Le Bouteiller 1988, p. 219-220.
  27. a et b Coutau-Bégarie et Doré-Graslin 2010, p. 292-295.
  28. a b c d e f g et h Aubrée 1936, p. 151-152.
  29. a b et c Lemas 1994, p. 58.
  30. a b c d e f g h i j k l m n et o Le Bouteiller 1988, p. 220-221.
  31. a b c d e et f Lemas 1994, p. 59.
  32. a b c et d Pautrel 1927, p. 146.
  33. a b c d e et f Aubrée 1936, p. 153.
  34. a et b Aubrée 1936, p. 153-154.
  35. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées AubréeLescure154
  36. Lemas 1994, p. 64.
  37. a et b Aubrée 1936, p. 155.
  38. Pautrel 1927, p. 148.
  39. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 155-156.
  40. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 156.
  41. Étienne Aubrée, Les prisonniers de Malagra, p. 63.
  42. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 160-161.
  43. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 161.
  44. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Rochejaquelein
  45. a et b Le Bouteiller 1988, p. 806-807.
  46. Aubrée 1936, p. 163.
  47. a et b Le Bouteiller 1988, p. 229.
  48. Le Bouteiller 1988, p. 237.
  49. Aubrée 1936, p. 156.
  50. Aubrée 1936, p. 169.
  51. Aubrée 1936, p. 162.
  52. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées AubréeLescure160-161
  53. Aubrée 1936, p. 164.
  54. *Félix Jourdan, La chouannerie dans l'Avranchin, 1re partie, , p.82. [1], p.45.
  55. Le Bouteiller 1988, p. 273.
  56. a et b Le Bouteiller 1988, p. 274-278.
  57. Pautrel 1927, p. 146.
  58. a et b Lemas 1994, p. 78.
  59. Le Bouteiller 1988, p. 277-278.
  60. Lemas 1994, p. 106-107.
  61. Le Bouteiller 1988, p. 281.
  62. Le Bouteiller 1988, p. 281-282.
  63. a b c d e f g h et i Lemas 1994, p. 108-109.
  64. a et b Le Bouteiller 1988, p. 287.
  65. Lemas 1994, p. 89.
  66. a et b Le Bouteiller 1988, p. 282.
  67. a b et c Le Bouteiller 1988, p. 282-283.
  68. Le Bouteiller 1988, p. 283.
  69. a et b Le Bouteiller 1988, p. 283-285.
  70. Le Bouteiller 1988, p. 294.
  71. a b c d et e Le Bouteiller 1988, p. 288-294.
  72. Le Bouteiller 1988, p. 288.

BibliographieModifier

  • Étienne Aubrée, Le général de Lescure, Librairie académique Perrin, , 252 p.  .
  • Étienne Aubrée, Les prisonniers de Malagra : Épisode de l'Armée Catholique et Royale (décembre 1793 - janvier 1794), Librairie académique Perrin, , 175 p.  .
  • Robert Julien Billard de Veaux, Bréviaire du Vendéen à l'usage des habitants de l'Ouest, biographie des hommes marquants de la Vendée et de la chouannerie, la Restauration, ses notabilités, sa politique et ses conséquences, depuis 1792 inclusivement jusqu'à et compris 1830, Imprimerie de Vrayet de Surcy et compagnie. Rue de Sèvres, , 435 p.   (google livres).
  • Hervé Coutau-Bégarie et Charles Doré-Graslin (dir.), Histoire militaire des guerres de Vendée, Economica, , 656 p.  
  • Roger Dupuy, La Bretagne sous la Révolution et l’Empire, 1789-1815, éditions Ouest-France université, Rennes, , 350 p.  .
  • Théodore Lemas, Le district de Fougères pendant les Guerres de l'Ouest et de la Chouannerie 1793-1800, Rue des Scribes Éditions, , 371 p.  .
  • Christian Le Bouteiller, La Révolution dans le Pays de Fougères, Société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères, , 839 p.  .
  • Émile Pautrel, Notions d'Histoire et d'Archéologie pour la région de Fougères, Imprimerie typographique et lithographique H. Riou-Reuzé, , 803 p.  .
  • Toussaint du Breil de Pontbriand, Mémoire du colonel de Pontbriand sur les guerres de la Chouannerie, édition Plon, Paris, (réimpr. Y. Salmon, 1988), 324 p.  .
  • Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires publiés d'après son manuscrit autographe, Éditions du bocage, , 506 p.  .