Âne en France

Âne en France
Âne gris vu de profil avec matériel en bois sur le dos.
Ânesse du Cotentin bâtée à Rennes en 2019.

Espèce Âne
Statut introduit
Taille 78 000 (2010)
Races élevées Âne normand, Âne du Poitou, Âne grand noir du Berry...
Objectifs d'élevage Tourisme, compagnie

En France, l'âne est surtout destiné, depuis les années 1980, à la compagnie et au secteur du tourisme. Auparavant, c'était essentiellement un animal de bât au service des agriculteurs et, jusqu'au milieu du xxe siècle, dans tous les métiers nécessitant le transport de charges.

La Normandie, en particulier dans la Manche, héberge le plus grand cheptel français d'ânes. Avec sept races officiellement reconnue, la France a une population d'ânes diversifiée, bien que fortement émiettée sur son territoire.

HistoireModifier

 
Charrette à âne à Tinchebray en 1925.

L'âne n'est pas autochtone en France, puisque son origine se situe dans la corne de l'Afrique. Il est importé sporadiquement et de façon limitée à l'époque gallo-romaine, puis plus largement introduit dans le Nord du territoire français à la fin de l'époque mérovingienne[1].

Certaines régions françaises entretiennent une tradition d'élevage asinien, en particulier la Normandie, le Poitou, le Berry, le Bourbonnais, les Pyrénées et la Provence ; les pratiques agricoles dans les régions de plaine ont probablement favorisé la raréfaction de l'âne[2].

L'animal est historiquement élevé en appoint par des agriculteurs plutôt pauvres, afin d'aider à leur subsistance, en particulier en portant des charges lourdes telles que les bidons de lait en Normandie, et les jeunes agneaux en Provence[3]. La motorisation progressive de ces activités de transport au XXe siècle entraîne un déclin généralisé de l'usage et de l'élevage des ânes, notable durant les années 1950[3], où les effectifs s'effondrent drastiquement[4]. Les savoir-faire et la culture agricole qui y étaient associés disparaissent également[3].

Alors que le cheval suscite de nombreux travaux scientifiques, l'âne a été peu étudié depuis les années 1980[5]. Face au risque d'extinction des races d'ânes, des acteurs associatifs et institutionnels se mobilisent à partir des années 1990 pour préserver ce patrimoine vivant[4]. Le pionnier est Audiot, qui réalise en 1977 une étude sur l'âne du Poitou, dont ne subsitent plus que 44 individus à l'époque[4]. Des stud-books sont créés afin de gérer les races d'ânes françaises en luttant contre la consanguinité[4]. Les Haras nationaux, devenus l'Institut français du cheval et de l'équitation, soutiennnent cet effort de préservation en reconnaissant officiellement les races d'ânes françaises[4]. Les critères de caractérisation raciale des ânes français sont cependant définis tardivement[4]. La race la plus récemment caractérisée est l'âne corse, non-encore reconnu officiellement[6].

La crise financière de 2008 a des répercussions négatives sur l'élevage des ânes, avec une diminution constante des effectifs et des nouvelles naisances entre 2006 et 2015[6].

Pratiques et utilisationsModifier

Les propriétaires d'ânes représentent une population très diverse et fortement émiettée sur le territoire français[7]. Alors que l'âne était jadis essentiellement employé dans des actvités agricoles, cet usage se raréfie et devient secondaire[8]. La majorité des propriétaires d'ânes les acquièrent en tant qu'animaux de compagnie et d'agrément, ou bien dans un objectif de conservation de races menacées[8]. Depuis les années 1980, une offre touristique de randonnée avec un âne s'est développée dans certaines régions, notamment en lien avec les chemin de Compostelle : bien qu'elle demande un long dressage des animaux et une certaine capacité d'organisation, celle activité se révèle lucrative pour les acteurs du domaine[9]. Certains ânes français peuvent être envoyés à l'abattoir, mais la consommation de leur viande fait l'objet d'un interdit fortement ancré[10]. Il existe une filière laitière bien développée, avec production dérivée et vente directe des produits tels que le savon d'ânesse, et divers produits cormétiques, voire médicaux[11].

L'élevage des ânes revêt peu d'enjeux économiques, car il s'agit essentiellement d'élevage conservatoire en préservation[10]. L'âne a l'avantage d'être frugal, et de pouvoir pâturer sur de petites parcelles, peu accessibles[10]. L'une des questions soulevées est la sélection d'une race laitière, en raison de l'usage du lait d'ânesse : en effet, aucune race d'âne française n'est spécialisée à cette fin[10]. La question de sélections sur l'aptitude à porter des charges, pour le tourisme, s'est également posée[10]. La sélection, en 2019, porte essentiellement sur le respect du standard des races et l'aptitude au travail, notamment pour le tourisme avec les enfants[11].

Les sept associations de races d'ânes reconnues en France sont fédérées au sein de la Fédération France ânes et mulets, domiciliée à Paris, qui représente et défend les éleveurs et les utilisateurs d’ânes et de mulets français inscrits dans un registre généalogique[12]. La Société française des équidés de travail (SFET) a également parmi ses missions la défense de l'usage des ânes et sa représentation auprès du ministère français de l'agriculture[13].

ÉlevageModifier

La population d'ânes française est en diminution constante, l'Institut national ânes et mulets (INAM) dénombrant 78 000 ânes en France en 2010, et le recensement agricole 31 583 équidés asiniens (incluant les bardots et mulets)[5]. Les ânes ne sont pas précisément comptabilisés par les outils statistiques français et européens, étant fréquemment mélangés aux chevaux dans ces sources de données[7], de plus, les animaux détenus par des particuliers et amateurs ne sont pas toujours comptabilisés[14], la majorité des animaux ne se trouvant pas dans des fermes professionnelles[15].

L'étude de Michel Lompech et al. (2018), utilisant le croisement des sources de données, déduit que l'âne est fortement présent dans le département français de la Manche, qui détient le plus gros cheptel avec 1 100 têtes, suivi par la Seine-Maritime (800) et le Calvados (600), ce qui fait de la Normandie la première région française d'élevage de l'âne[16]. Les autres régions à forte présence asine sont le Massif central et ses régions de bocages plus au nord, les Alpes, la Provence, les Pyrénées, et la Corse[16]. Les ânes sont notablement rares dans les régions de plaines céréalières, la Bretagne, le Nord[16], le Centre, et toutes les régions à l'Est du bassin parisien[15]. Le Berry et le Bourbonnais entretiennent une longue tradition dans cet élevage, de même que les Pyrénées[15].

La France présente un cheptel diversifié, avec sept races officiellement reconnues[17],[18], disposant chacune d'une association dédiée à sa sauvegarde et sa promotion[19].

CultureModifier

 
Logo de l'association « Sur le chemin de Robert Louis Stevenson »

L'âne est très fortement représenté dans les proverbes des régions françaises, lesquels insistent généralement sur sa bêtise. Charles-Alexandre Perron liste parmi les proverbes de la Franche-Comté (en 1876) « Quand le foin manque au râtelier, les ânes se battent »[20], et « Un âne court au chardon et laisse la bonne herbe »[21]. L'âne est l'animal le plus souvent mentionné dans les proverbes d'Ardèche, devant le loup[22].

L'animal est popularisé par le romancier écossais Robert Louis Stevenson, qui voyage avec une ânesse nommée Modestine dans les Cévennes, et en tire le récit Voyage avec un âne dans les Cévennes[23]. Cela a suscité le développement d'une économie du tourisme le long du chemin emprunté par Stevenson, notamment des installations de loueurs d'ânes[24].

Notes et référencesModifier

  1. Benoît Clavel et J. H. Yvinec, « L’archéozoologie du Moyen Âge au début de la période moderne dans la moitié nord de la France », dans Trente ans d’archéologie médiévale en France: Un bilan pour un avenir, Caen, CRAHM, , p. 71-89.
  2. Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 4.
  3. a b et c Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 9.
  4. a b c d e et f Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 10.
  5. a et b Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 1.
  6. a et b Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 11.
  7. a et b Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 2.
  8. a et b Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 7.
  9. Lompech et Ricard 2019, p. 5 ; 6.
  10. a b c d et e Lompech et Ricard 2019, p. 6.
  11. a et b Lompech et Ricard 2019, p. 5.
  12. Clémentine Bonnin, « France Ânes et Mulets », sur Institut français du cheval et de l'équitation, (consulté le 6 avril 2020).
  13. SFET, « SFET - Société Française des équidés de travail », sur Institut français du cheval et de l'équitation, (consulté le 6 avril 2020).
  14. Lompech et Ricard 2019, p. 4.
  15. a b et c Lompech et Ricard 2019, p. 3.
  16. a b et c Lompech, Ricard et Rieutort 2018, p. 3.
  17. « Combien existe-t-il de races d'ânes en France ? », sur Le Mag des Animaux (consulté le 6 avril 2020)
  18. « Races de France optimise l'élevage des ânes », sur www.racesdefrance.fr (consulté le 6 avril 2020)
  19. Frédérique Grison et Anne-Claire Grosbois, « Ânes », sur Institut français du cheval et de l'équitation, (consulté le 6 avril 2020)
  20. Perron 2017, p. 86.
  21. Perron 2017, p. 81.
  22. Georges Massot, Proverbes & dictons d'Ardèche et savoir populaire, vol. 1, Éditions de Candide, , 350 p. (ISBN 2904877029 et 9782904877025), p. 306.
  23. Robert Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes, Flammarion, (1re éd. 1879) (ISBN 978-2-08-141206-4 et 2-08-141206-3, OCLC 1010340287, lire en ligne).
  24. « Location d'ânes », sur www.chemin-stevenson.org (consulté le 6 avril 2020)

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

Lien externeModifier

BibliographieModifier

  • [Audiot et Garnier 1995] Annick Audiot et Jean-Claude Garnier, « De l'ân(e)onyme à l'hymne à l'âne ou le renversement de perspectives des usages sociaux de l'âne », Ethnozootechnie, no 56,‎ , p. 65-78 (ISSN 0397-6572)
  • [Lompech, Ricard et Rieutort 2018] Michel Lompech, Daniel Ricard et Laurent Rieutort, « L’âne en France, ses usages et ses territoires », Géocarrefour, vol. 92, nos 92/3,‎ (ISSN 1627-4873, DOI 10.4000/geocarrefour.11698, lire en ligne, consulté le 6 avril 2020)
  • [Lompech et Ricard 2019] Michel Lompech et Daniel Ricard, Quelles formes de présence asine en France ?, Institut français du cheval et de l'équitation, (lire en ligne)
  • [Perron 2017] Charles-Alexandre Perron, Proverbes de la Franche-Comté : études historiques et critiques, Éditions des Régionalismes, (1re éd. 1876), 174 p. (ISBN 2824052414 et 9782824052410)