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Pitié

sentiment qui rend sensible aux souffrances, au malheur d'autrui

DéfinitionModifier

Selon le dictionnaire Larousse, le terme pitié est défini comme un « sentiment qui porte à compatir aux souffrances ou à la faiblesse d'autrui, à le considérer avec commisération, à le traiter avec une indulgence particulière », mais aussi comme une indulgence, voire une simple tolérance à l'égard des autres pour leurs actes[1].

Le site du CNTRL présente plusieurs définitions et aspect de la pitié, notamment[2]:

  1. un « sentiment d'affliction » ressenti en raison des maux et des souffrances d'autrui;
  2. une notion religieuse, synonyme de « miséricorde »;
  3. un état ou une condition qui suscite la pitié (dans le sens de l'expression : « quelle pitié ǃ »);
  4. une grâce totale ou partielle accordée à une personne reconnue coupable (dans le sens de l'expression : « accorder sa pitié »);
  5. un mépris apitoyé (dans le sens de l'expression : « faire pitié »).

ÉtymologieModifier

Ce mot est issu du latin pietas (piété : dévotion, attachement respectueux et fervent à Dieu et à la religion)

Aspect philosophiqueModifier

 
Aristote

Aristote remarque qu'on ne ressent de la pitié que pour des gens situés à une certaine distance (pas sa famille), et dont on pense qu'ils ne méritent pas leur malheur. Ce philosophe grec décrit la pitié comme une sorte de douleur car elle est définie comme une émotion [3].

Le philosophe britannique David Hume observe que la pitié, qui est composée d'une grande partie de bonne volonté, est une proche alliée du mépris, qui est une forme de dégoût, augmenté de fierté.

Selon homme politique français et révolutionnaire Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau, la pitié serait un sentiment purement humain et il le justifie dans une de ses lettres[4] :

«  L'homme serait un loup pour l'homme, si cet instinct involontaire de pitié ne le distinguait pas des animaux stupides et féroces ; et cette inestimable faculté de s'attendrir nous rend seuls capables de commercer avec nos semblables, en nous inspirant, presque à notre insu, cette bienveillance mutuelle qui nous avertit d'avoir recours à nos semblables, et d'être toujours prêts à les secourir. »

Différences entre pitié et compassionModifier

La pitié peut reposer sur une sorte de condescendance, qui ne se retrouve pas dans la compassion, laquelle implique un sentiment d'humanité partagée, au-delà de toute considération sociale, et lui est donc moralement supérieure[5]. Selon la philosophe française Agata Zielinski[6], la compassion repose sur la reconnaissance de la vulnérabilité inhérente à la condition humaine permettant de « rencontrer autrui sans se tenir dans une position de surplomb, d’établir une certaine égalité dans l’asymétrie de la relation ». La compassion est « intersubjective, là où la pitié est unilatérale. Dans son mouvement, je considère l’autre comme un égal – comme un sujet, et non comme un objet de compassion[6]. »

Le philosophe français Paul Ricœur différencie la compassion de la « simple pitié, où le soi jouit secrètement de se savoir épargné[7] ». Ainsi, développe Zielinski, « le sentiment de pitié aurait pour caractéristique le retour sur soi ou la projection de soi en l’autre, guidés par la crainte de souffrir. Effet de miroir : j’ai pitié dans la mesure où j’ai l’intuition que cette souffrance pourrait me toucher aussi – et c’est alors sur ma possible souffrance que je m’apitoie. [...] Or, dans la compassion, ce n’est pas le versant de crainte qui domine ou nous anime, mais la bienveillance qui tourne vers autrui[6]. »

Alors que la pitié peut être brève et ne pas mener à agir, la compassion se distingue par sa durée et son intensité, laquelle pousse à l'action pour remédier à la souffrance d'autrui[5].

La clémence est un terme utilisé pour décrire la pitié et la compassion montrée par une personne vis-à-vis d'une autre, ou une requête d'une personne à l'autre pour exercer les sanctions d'une manière moins rigoureuse que la simple application des règlements. Elle s'applique généralement en matière de justice et présente souvent comme une vertu.

Aspect religieuxModifier

La pitié est au centre du christianisme, dont le Dieu est un dieu de pitié pour le genre humain. Dans la Bible, la piété signifie honorer Dieu, « de tout cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée ».

Dans le Nouveau Testament (et selon le site officiel de l'église catholique), il indique « un sentiment profond qui prend aux entrailles pour se traduire par un geste de miséricorde, un geste de salut »[8].

Article connexe : Piété.

La pitié dans les artsModifier

Dans la peintureModifier

 
Gravure La Pitié de William Blake.
cette estampe existe en trois versions finales en plus d'une préparatoire, produite sur une matrice différente des trois autres. La plus élaborée est conservée à la Tate Gallery de Londres.
Article connexe : La Pitié (William Blake).

Dans la sculptureModifier

Un Christ de pitié, dénommé également sous le vocable de « Christ aux liens » ou de « Christ assis » est une représentation artistique de Jésus, attendant son supplice[9],[10], lors d'un épisode de la Passion, s'intercalant entre les tableaux (ou « stations ») 10 et 11 du Chemin de Croix.

Dans la littératureModifier

 
Victor Hugo
Poésies
Romans et nouvelles
Essais
  • La Grande pitié des églises de France est un essai politique de écrivain et homme politique français Maurice Barrès, édité chez Émile-Paul en 1914
  • Télé, un monde sans pitié est un essai sur le monde de la télévision écrit par Rémy Pernelet, publié en 2014, aux éditions Flammarion [12].

Au cinéma et à la télévisionModifier

 
Joseph Losey
Films

De nombreux films sont sortis avec le mot pitié utilisé dans leurs titres, dont notamment :

Ce film dénonce la peine de mort, particulièrement lorsqu'elle est appliquée dans le cadre d'une erreur judiciaire.
Ce film narre le désarroi d'un officier américain qui se retrouve tiraillé entre la culpabilité de détruire la crédibilité d'une pauvre fille victime d'un viol collectif, et la nécessité de sauver la vie des quatre soldats accusés de ce crime et qui risquent la peine de mort.
Ce film destiné à l'origine, à être diffusé par la télévision présente la ville de Clermont-Ferrand pendant la Seconde Guerre mondiale. Refusé par l'audiovisuel public, le film est finalement diffusé en salles.
Téléfilms

Dans la bande dessinéeModifier

Dans la chansonModifier

Évocation de la pitiéModifier

Établissement public

L'hôpital de la Pitié est un ancien hôpital fondé à Paris vers 1612 dans le quartier Saint-Victor. En 1911, il fut déplacé sur un site jouxtant l'hôpital de la Salpêtrière, avec lequel il fusionne en 1964 pour former le Groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière.

Établissement religieux

Notes et référencesModifier

  1. Site Larousse.fr, page sur la définition du mot pitié, consultée le 24 décembre 2018
  2. Site du CNTRL, page sur le mot Pitié, consulté le 24 décembre 2018
  3. Site Persée, article de David Konstan "La pitié comme émotion chez Aristote", consulté le 24 décembre 2018
  4. Site ^mon poème, citation de Mirabeau sur la pitié, consulté le 28 décembre 2018
  5. a et b (en) Lawrence A. Blum, Moral Perception and Particularity, Cambridge University Press, (ISBN 9780521436199, lire en ligne), p. 178
  6. a b et c Agata Zielinski, « La compassion, de l'affection à l'action », Études, 2009/1 (Tome 410), p. 55-65. [lire en ligne]
  7. Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Seuil, 1999, p. 223-224.
  8. Site officiel de l'église catholique, page sur la pitié, consulté le 24 décembre 2018
  9. Jacques Baudoin, La sculpture flamboyante en Champagne et Lorraine, consultable en ligne
  10. Jacques Baudoin, La sculpture flamboyante en Normandie et Ile-de-France, consultable en ligne
  11. Catalogue BNF
  12. Google livre "Télé : un monde sans pitié" de Rémy Pernelet, consulté le 24 décembre 2018

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Article connexeModifier