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Michel Debré

politicien français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille Debré.

Michel Debré
Illustration.
Michel Debré en 1960.
Fonctions
Député français

(15 ans, 1 mois et 12 jours)
Élection
Circonscription 1re de La Réunion (1973-1986)
La Réunion (1986-1988)
Législature Ve, VIe, VIIe, VIIIe (Cinquième République)
Prédécesseur Henry Sers
Successeur Auguste Legros

(1 mois et 1 jour)
Élection
Circonscription 1re de La Réunion
Législature IVe (Cinquième République)
Prédécesseur Henry Sers
Successeur Henry Sers

(1 mois et 4 jours)
Élection
Circonscription 1re de La Réunion
Législature IIIe (Cinquième République)
Prédécesseur Henry Sers
Successeur Henry Sers

(2 ans, 9 mois et 3 jours)
Élection
Circonscription 1re de La Réunion
Législature IIe (Cinquième République)
Prédécesseur Frédéric Champierre de Villeneuve
Successeur Henry Sers
Ministre d'État chargé de la
Défense nationale

(3 ans, 9 mois et 6 jours)
Président Georges Pompidou
Gouvernement Jacques Chaban-Delmas
Pierre Messmer I
Prédécesseur Pierre Messmer
Successeur Robert Galley
Ministre des Affaires étrangères

(1 an et 20 jours)
Président Charles de Gaulle
Alain Poher (intérim)
Gouvernement Georges Pompidou IV
Maurice Couve de Murville
Prédécesseur Maurice Couve de Murville
Successeur Maurice Schumann
Ministre de l'Économie et des Finances

(2 ans, 4 mois et 23 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Georges Pompidou III et IV
Prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing
Successeur Maurice Couve de Murville
Maire d'Amboise

(22 ans, 8 mois et 22 jours)
Élection 21 mars 1965
Prédécesseur Maurice Mercier
Successeur André Chollet
Premier ministre français

(3 ans, 3 mois et 6 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Coalition Majorité présidentielle
UNR - UDT - CNIP - MRP - FAEAS puis RNUR
Gaullistes - Droite - Centre
Prédécesseur Charles de Gaulle (président du Conseil)
Successeur Georges Pompidou
Ministre de l'Éducation nationale
(intérim)

(23 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Prédécesseur André Boulloche
Successeur Louis Joxe
Garde des Sceaux, ministre de la Justice

(7 mois et 7 jours)
Président René Coty
Gouvernement Charles de Gaulle III
Prédécesseur Robert Lecourt
Successeur Edmond Michelet
Conseiller général d'Indre-et-Loire

(16 ans et 20 jours)
Élection 14 mars 1976
Circonscription Canton d'Amboise
Prédécesseur André Chollet
Successeur Bernard Debré

(18 ans, 5 mois et 1 jour)
Élection 14 octobre 1951
Circonscription Canton d'Amboise
Prédécesseur Émile Gounin
Successeur André Chollet
Sénateur français

(9 ans, 6 mois et 25 jours)
Élection 7 novembre 1948
Circonscription Indre-et-Loire
Successeur Jacques Vassor
Biographie
Nom de naissance Michel Jean Pierre Debré
Date de naissance
Lieu de naissance Paris 7e (France)
Date de décès (à 84 ans)
Lieu de décès Montlouis-sur-Loire (France)
Nature du décès Maladie de Parkinson
Nationalité Française
Parti politique Radical (1934–1947)
RPF (1947–1955)
RS (1955–1958)
UNR (1958–1968)
UDR (1968–1976)
RPR (1976–1988)
Père Robert Debré
Mère Jeanne Debat-Ponsan
Fratrie Olivier Debré
Conjoint Anne-Marie « Linette » Lemaresquier (1912-2001)
Enfants Vincent Debré
François Debré
Bernard Debré
Jean-Louis Debré
Diplômé de Faculté de droit de l'université de Paris
Sciences Po
Profession Haut fonctionnaire

Signature de Michel Debré

Michel Debré
Premiers ministres français

Michel Debré, né le dans le 7e arrondissement de Paris et mort le à Montlouis-sur-Loire, est un homme d'État français. Il est notamment le premier Premier ministre de la Ve République, de 1959 à 1962.

Résistant et gaulliste, il est sénateur de 1948 à 1958, puis est nommé garde des Sceaux dans le gouvernement de Gaulle III, à partir de 1958. Il dirige le groupe de travail chargé de la rédaction de la Constitution de la Ve République. Premier ministre à partir de janvier 1959, il démissionne en avril 1962, à la suite d'un désaccord avec le président Charles de Gaulle concernant une révision constitutionnelle : celle de l'élection du président de la République au suffrage universel direct.

Il occupe par la suite les fonctions de ministre de l'Économie et des Finances de 1966 à 1968, puis des Affaires étrangères de 1968 à 1969, et enfin de la Défense nationale de 1969 à 1973. En 1981, il réalise le plus mauvais score d’un Premier ministre à un scrutin présidentiel avec 1,66 % des voix.

Député de La Réunion jusqu’en 1988 et maire d’Amboise jusqu’en 1989, il est ensuite membre de l'Académie française. Il est considéré comme l’un des « barons du gaullisme ».

Sommaire

BiographieModifier

Jeunesse, formation et débuts en politiqueModifier

FamilleModifier

Article détaillé : Famille Debré.

Michel Debré est le fils du professeur Robert Debré (1882-1978), considéré comme le fondateur de la pédiatrie moderne en France et de Jeanne Debat-Ponsan, agrégée de médecine. Petit-fils du rabbin Simon Debré (1854-1939) et du peintre Édouard Debat-Ponsan, il est sans doute le membre le plus éminent de la famille Debré, une famille qui a donné à son pays plusieurs grands hommes, notamment des médecins, ainsi que le peintre Olivier Debré, frère de Michel.

Il épouse Anne-Marie Lemaresquier, fille de l'architecte Charles Lemaresquier (1870-1972) et sœur de Noël Le Maresquier (1903-1982) également architecte, avec laquelle il a eu quatre fils :

ÉtudesModifier

Michel Debré étudie à Paris, au lycée Montaigne, puis au lycée Louis-le-Grand. Diplômé de l'École libre des sciences politiques, il devient docteur en droit à la faculté de droit de Paris, et intègre également l'École des officiers de réserve de la cavalerie à Saumur. Il est reçu, à 22 ans, au concours de l'auditorat au Conseil d'État.

Seconde Guerre mondiale et débuts en politiqueModifier

Mobilisé en 1939 comme officier de cavalerie, il est fait prisonnier à Artenay en juin 1940, mais parvient à s'évader en septembre suivant. Il rentre alors au Conseil d'État et se montre favorable au général Maxime Weygand. D'avril à octobre 1941, il est directeur de cabinet d'Emmanuel Monick, secrétaire général du Protectorat français du Maroc, qui prépare déjà l'opération Torch. Michel Debré retourne de nouveau au Conseil, prête serment au maréchal Philippe Pétain, et est nommé maître des requêtes au Conseil d'État par Joseph Barthélemy en 1942[1].

En février 1943, quatre mois après l'invasion de la zone libre, il s'engage dans la Résistance sous le nom de Fontevrault puis de François Jacquier, adhérant au réseau Ceux de la Résistance (CDLR). Pendant l'été 1943, il est chargé par le général de Gaulle d'établir la liste des préfets qui remplaceront ceux du régime de Vichy pour le jour de la Libération. Il devient lui-même commissaire de la République à Angers en août 1944.

GPRF et IVe RépubliqueModifier

L'année suivante, de Gaulle le charge auprès du Gouvernement provisoire d'une mission de réforme de la fonction publique, dans le cadre de laquelle il crée et rédige les statuts de l'École nationale d'administration, dont l'idée avait été formulée par Jean Zay avant-guerre.

Sous la IVe République, Michel Debré adhère tout d'abord à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), puis au Parti radical-socialiste sur les conseils du général de Gaulle (« Allez au Parti radical, Debré. Vous y trouverez les derniers vestiges du sens de l'État »). Battu aux élections législatives de 1946 en Indre-et-Loire, il rejoint ensuite le Rassemblement du peuple français (RPF). Sénateur d’Indre-et-Loire de 1948 à 1958, il dénonce à la haute assemblée les méfaits du système politique instauré par la Constitution du 27 octobre 1946. Il s'oppose également à la Communauté européenne de défense (CED), accusant le gouvernement de trahison.

Premier ministre de la Ve RépubliqueModifier

Article détaillé : Gouvernement Michel Debré.
 
En 1960 à Bonn, Michel Debré avec le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer.

Il devient Garde des Sceaux, ministre de la Justice en 1958, dans le gouvernement Charles de Gaulle III. Il y joue un rôle important dans la rédaction de la Constitution de la Cinquième République. Celle-ci ayant été largement adoptée par référendum et les gaullistes ayant remporté les élections législatives, il inaugure la nouvelle fonction de Premier ministre le . Il forme alors un nouveau gouvernement composé de 27 membres, majoritairement issus de l'UNR.

Quelques jours après le référendum du approuvant les accords d'Évian, le général de Gaulle le remplace par Georges Pompidou. Lors de son passage à Matignon, l'investissement a augmenté d'environ 10 % par an, la production industrielle de 6 % et la dette intérieure et extérieure a diminué.

Député de La RéunionModifier

En novembre 1962, à l'occasion des élections législatives qui suivent la dissolution de l'Assemblée nationale, il tente de se faire élire député en Indre-et-Loire. Battu, il décide en mars 1963, à la suite de l'invalidation de l'élection de Gabriel Macé, de se présenter à La Réunion, une île qu'il a découverte avec le président de la République lors d'un voyage le . Ce choix s'explique par sa crainte de voir ce qui reste de l'empire colonial français suivre la voie empruntée par l'Algérie, une indépendance pour laquelle il n'était pas favorable à titre personnel. Ainsi, Michel Debré prend acte de la fondation par Paul Vergès quelques années auparavant du Parti communiste réunionnais, un mouvement qui réclame activement l'autonomie de l'île et la suppression du statut de DOM[2].

Arrivé dans l'île en avril, Michel Debré est élu député dans la première circonscription de La Réunion le avec 80,75 % des suffrages, malgré l'opposition que suscite localement la mesure frappant les fonctionnaires d'outre-mer qu'il a prise en 1960 : l'ordonnance Debré. Cette victoire très nette ouvre la « double vie » électorale de Michel Debré, qui cumule mandats locaux à Amboise et mandat parlementaire obtenu à La Réunion. Soutenu par les socialistes que l'autonomie rebute, il devient immédiatement le leader de la droite réunionnaise. Cet état de fait ne sera contesté par Pierre Lagourgue que durant la décennie suivante, bien que Michel Debré soit élu au conseil régional de La Réunion pendant cette période[3].

Développement socio-économique de l’îleModifier

Pour justifier la départementalisation de l'île survenue en 1946 et préserver ses habitants de la tentation indépendantiste, il met en œuvre une politique de développement axée sur la gestion de l'urgence démographique et de la misère qu'elle engendre dans laquelle les observateurs ont reconnu l'attention accordée par son père Robert aux questions sociales. Il fait ouvrir dans l'île le premier centre d'orientation familiale[4]. Il procède par ailleurs à la création de nombreuses cantines scolaires où il fait distribuer gratuitement du lait en poudre aux enfants, le « lait Debré »[5]. Il lutte personnellement pour obtenir de Paris la création d'un second lycée dans le sud de l'île, au Tampon : il n'y en alors qu'un seul à Saint-Denis pour plusieurs centaines de milliers d'habitants, le lycée Leconte-de-Lisle. Il développe également le service militaire adapté créé par Pierre Messmer[4].

Enfants réunionnais placés en métropoleModifier

Article détaillé : Enfants de la Creuse.

Considérant que la démographie de l'île est une menace pour son développement, Michel Debré organise durant les années 1960 le déplacement de Réunionnais vers la métropole. Il crée pour ce faire le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer) et le CNARM (Comité national d'accueil et d'actions pour les Réunionnais en mobilité). Dans le même état d'esprit, il fait procéder à partir de 1963 au déplacement, vers la Métropole de plus de 1 600 enfants réunionnais (ces déplacements cesseront en 1982) en vue de repeupler certains départements métropolitains en cours de désertification, notamment la Creuse[6]. Au professeur Denoix qui s'insurgeait contre ces pratiques, il répond dans une lettre : « L'entreprise doit être poursuivie avec d'autant plus de constance qu'elle peut être combinée avec un admirable mouvement d'adoption que nous n'arrivons pas toujours à satisfaire ».

Le dossier des « Réunionnais de la Creuse » est médiatisé tardivement, plus de cinq ans après la mort de Michel Debré, lorsque Jean-Jacques Martial, un Réunionnais transféré à l'âge de sept ans en 1966, maltraité et abusé sexuellement par sa famille d'accueil, dépose plainte en 2002 pour « enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation »[7],[8].

Le , l'Assemblée nationale vote une résolution[9] mémorielle[10] qui reconnaît la « responsabilité morale » de l'État français[8],[11].

Retour sur la scène nationaleModifier

En parallèle de son engagement réunionnais, Michel Debré demeure actif sur le plan national. En , il fait voter une loi qui vise à éradiquer les bidonvilles en France.

Élu maire d’Amboise en 1966, il accepte plusieurs portefeuilles ministériels, à commencer par celui de l'Économie et des Finances en janvier 1966. N'ayant pas participé aux négociations des accords de Grenelle car n'étant pas jugé fin négociateur, il prend la tête de l'importante manifestation gaulliste des Champs-Élysées qui marque la fin des événements de Mai 68[12]. Michel Debré est ensuite ministre des Affaires étrangères de 1968 à 1969, puis ministre d'État, chargé de la Défense nationale de 1969 à 1973. Il rédige un livre blanc sur la défense, restructure les chantiers navals et entretient des relations ambiguës avec le président Pompidou, dont il dénonce la « mollesse »[12].

Ayant retrouvé son siège de député, Michel Debré attaque le projet porté par la ministre de la Santé Simone Veil lors des débats sur la loi Veil de 1975, y voyant « une monstrueuse erreur historique »[13].

En 1979, il est élu député européen, en deuxième position sur la liste conduite par Jacques Chirac[14]. Il siège avec les députés RPR français au sein du groupe des démocrates européens de progrès.

Candidature à l’élection présidentielle de 1981Modifier

Michel Debré annonce le sa candidature à l'élection présidentielle de 1981[15], mais celle-ci ne suscite pas beaucoup d’enthousiasme.

Il développe une ardente campagne solitaire en faveur de la natalité, et tente de s’imposer comme l’unique candidat gaulliste face au président du RPR Jacques Chirac et à Marie-France Garaud, appuyé par 21 députés et quatre sénateurs du RPR. Soutenu par les « barons » Jacques Chaban-Delmas, Maurice Druon, Jean Foyer, Olivier Guichard et Yves Guéna, il affirme que la France a besoin d’un « gouvernement de salut public dépassant les combinaisons partisanes », suggérant qu’il pourrait s’étendre de certains giscardiens à certains socialistes comme Michel Rocard et Jean-Pierre Chevènement.

Sa candidature, qui gêne celle de Jacques Chirac, n’est pas pour déplaire à Valéry Giscard d'Estaing[16]. N’étant pas rompu aux techniques de communication, il voit les intentions de vote en sa faveur s'effondrer[12] et ne recueille que 1,66 % des voix au premier tour, soit le plus petit score lors d'une élection présidentielle parmi les Premiers ministres qui se sont portés candidats à ce scrutin[17]. Il appelle à voter en faveur de Valéry Giscard d'Estaing le [18].

Fin de carrière politiqueModifier

Après sa défaite et l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, Michel Debré choisit de poursuivre ses activités politiques en sollicitant le renouvellement de son mandat de député dans la première circonscription de La Réunion aux élections législatives de 1981, qu’il remporte avec 59,2 % des suffrages exprimés[14]. Il s’oppose à l’abolition de la peine de mort et à l’instauration du scrutin proportionnel plurinominal pour les élections législatives[14].

Il conduit la liste commune RPR-UDF à La Réunion aux élections législatives de 1986. Contestée par le divers droite André Thien Ah Koon, cette liste obtient 36,9 % des voix et deux des cinq sièges disponibles, pour Michel Debré et Jean-Paul Virapoullé[14]. La VIIIe législature voit un phénomène familial inédit se produire au Palais Bourbon : pour la première fois depuis 1958, un père et ses deux fils siègent à l’Assemblée nationale. Deux des fils de Michel Debré sont en effet élus députés en 1986 : Bernard en Indre-et-Loire et Jean-Louis dans l’Eure.

Après la réélection de François Mitterrand, il ne se représente pas aux élections législatives de 1988. Battu à Amboise lors des élections municipales de 1989, Michel Debré se retire de la vie politique en 1992, laissant le siège de conseiller général qu’il occupait depuis 1976 à son fils Bernard.

Dernières années, mort et hommagesModifier

Michel Debré consacre les dernières années de sa vie à l'écriture. Le , il est élu au premier fauteuil de l'Académie française, succédant au prince Louis de Broglie. Il est reçu le par Jean Bernard[19].

Atteint de la maladie de Parkinson, il meurt le dans sa villa de Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire. Il est enterré au cimetière d'Amboise, commune dont il a été maire de 1966 à 1989. Un dernier hommage solennel lui est rendu à Amboise le 5 août, au cours d'une cérémonie religieuse, en présence du président de la République Jacques Chirac, qui s'est achevée sur le parvis de la collégiale Saint-Denis avec les honneurs militaires et s'est conclue au son du « Chant des partisans ». Le Premier ministre, Alain Juppé, et une quinzaine de membres de son gouvernement, les anciens Premiers ministres Pierre Messmer et Édouard Balladur, de nombreuses personnalités du gaullisme étaient présents.

Il est remplacé à l’Académie française par François Furet, mort avant d'avoir pu siéger sous la Coupole, puis par René Rémond le .

On trouve sur une place du chef-lieu de La Réunion surplombant la Rivière Saint-Denis une arche encadrant un portail ouvert sur laquelle est inscrite en son honneur une définition que Michel Debré avait faite de lui-même : « Créole un jour, créole toujours. »

Une place à son nom a été inaugurée le dans le 6e arrondissement de Paris[20].

DécorationsModifier

Décorations françaisesModifier

Décorations étrangèresModifier

Détail des mandats et fonctionsModifier

Mandats électifsModifier

Fonctions gouvernementalesModifier

  • Garde des Sceaux, ministre de la Justice de 1958 à 1959 ;
  • Premier ministre de 1959 à 1962 ;
  • Ministre de l'Éducation nationale par intérim de 1959 à 1960 ;
  • Ministre de l'Économie et des Finances de 1966 à 1968 ;
  • Ministre des Affaires étrangères de 1968 à 1969 ;
  • Ministre d'État, ministre de la Défense nationale de 1969 à 1973.

Identité politiqueModifier

Patriote et souverainisteModifier

Michel Debré est patriote au sens où il place au-dessus de tout son attachement à la « France éternelle », la Patrie, la Nation (il emploie les majuscules), dans une perspective très proche de celle de de Gaulle. Sa réflexion constitutionnelle vise à trouver le meilleur régime pour le peuple français, jusqu'à envisager, fût-ce rhétoriquement, l'hypothèse d'une restauration monarchique.

Mais ce patriotisme s'accompagne d'un républicanisme également fervent : produit de l'enseignement républicain, Debré met sur le même plan aux fondements de sa pensée la nation et la république, celle-ci étant l'aboutissement et la réalisation de toutes les potentialités de celle-là. La différence avec de Gaulle est ici notamment générationnelle : vingt-deux ans les séparent, et Debré n'a jamais vécu une phase d'imprégnation nationaliste comme de Gaulle dans les années 1930.

Généralement considéré, non sans quelque raison, comme « jacobin », il montre une grande méfiance vis-à-vis des collectivités locales et de la décentralisation, dans laquelle il voit la renaissance des anciennes provinces et la mise en péril de l'unité de l'État. À la Libération, voulant supprimer les régions créées par le régime de Vichy tout en modernisant la vieille organisation départementale, il propose une refonte de l'administration territoriale de la France en quarante-sept départements issus de fusions ou de réarrangements. En 1969, il sera très critique vis-à-vis du projet de régionalisation, bien qu'il appelât à voter « Oui » par fidélité à de Gaulle. Il refuse en 1982 les lois de décentralisation.

Qualifier Michel Debré de « souverainiste » serait un anachronisme, mais le terme permet de montrer dans quelle famille politique se situeraient aujourd'hui ses idées. Il consacre dans ses mémoires de longs passages à la construction européenne, appelée la « supranationalité », qu'il rejette absolument dès lors qu'elle met en cause la souveraineté de la nation française. Il condamne en ces termes un amendement du Comité consultatif constitutionnel établissant la supériorité automatique des traités internationaux sur le droit interne[21] :

« À la ruse des supranationaux s'ajoute l'irréalisme de certains professeurs qui, avec leur théorie sur la hiérarchie des sources de droit, outre qu'ils se placent hors la tradition des légistes de France et qu'ils négligent le problème essentiel de la légitimité du pouvoir, manifestent une incompréhension totale du monde tel qu'il est. [...] Ma colère éclate contre ces notables si peu au fait de l'histoire, des réalités du présent, des exigences de demain – bref, si peu conscients de la France éternelle. »

Debré est ainsi dans les années 1950 un adversaire farouche du projet de Communauté européenne de défense, qu'il contribue par ses discours au Conseil de la République à faire échouer. Il se réjouit également de la prise de distance de de Gaulle avec la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom) au profit de la bombe nucléaire française. Il s'opposera encore clairement, encore qu'avec un moindre écho et sans succès, à l'élection au suffrage universel du Parlement européen, au motif qu'il ne reçoit et ne devrait recevoir aucune délégation de souveraineté. Il condamne à plusieurs reprises la primauté du droit communautaire comme une absurdité, voire comme une manifestation de « l'esprit vichyssois qui accepte que la France soit commandée par l'étranger »[22]

GaullisteModifier

Toute la carrière politique de Michel Debré est placée sous le signe de la fidélité au général de Gaulle, qu'il rejoint à Londres en 1943 ; il est véritablement un « compagnon », pour reprendre le terme utilisé jusqu'aux années 1990 pour désigner les membres du parti gaulliste. Il participe à la création du Rassemblement du peuple français (RPF), fait entendre la voix des gaullistes au Conseil de la République entre 1948 et 1958 en tant que président du groupe des Républicains sociaux, et passe l'essentiel de la Quatrième République à demander le rappel du Général aux affaires.

Pour la rédaction de la constitution de 1958, il s'inspire directement du discours de Bayeux, dans lequel de Gaulle a « magnifiquement décrit la Constitution telle qu'il l'estimait nécessaire au bien de la France »[23] : parlement bicaméral avec une chambre basse représentant les électeurs et une chambre haute la tempérant et représentant la « vie locale » et les « grandes activités du pays » ; prééminence du Gouvernement dans l'élaboration de la loi ; renforcement des pouvoirs du président de la République, « arbitre » « placé au-dessus des partis », qui choisit les membres du gouvernement et dirige leur travail, peut prendre les pleins pouvoirs ou faire appel au peuple[24].

Malgré son admiration pour de Gaulle, Debré prend cependant soin de distinguer l'homme et le régime, et réfute, parfois avec indignation — et trente ans après —, les accusations des antigaullistes selon laquelle la constitution de 1958 avait été taillée pour de Gaulle et ne lui survivrait pas. Il considère même que la cohabitation était envisagée dès la fondation du régime[25] :

« Lorsque la majorité de l'Assemblée nationale n'est pas issue du même mouvement électoral que celui qui a élu le Président de la République, les pouvoirs du Premier Ministre, en fait, augmentent considérablement car il est l'expression de la majorité du Parlement, en face de laquelle le Président de la République ne peut que s'incliner ou dissoudre. »

Premier ministre, il a été soupçonné d'avoir constitué un « cabinet noir » à Matignon chargé de fournir au gouvernement gaulliste des armes contre ses opposants.

Cependant, lorsque le ministre de l'Intérieur Roger Frey présenta à Charles de Gaulle des photos montrant le jeune François Mitterrand avec Philippe Pétain pendant l'Occupation — dont très probablement celle ayant illustré beaucoup plus tard la jaquette d'Une Jeunesse Française, de Pierre Péan — afin de l'utiliser contre celui-ci lors de la campagne électorale de 1965, il s'attira cette réponse : « Non, car je ne pratiquerai pas la politique des boules puantes. »[26].

Libéral et réformateurModifier

Bien que réputé jacobin, Michel Debré s'est toujours déclaré, avec insistance, « libéral ». Il ne faut cependant pas comprendre cette revendication à l'aune du « libéralisme » au sens de la philosophie politique : Debré accorde peu de confiance au régime parlementaire, et affirme tout au long de sa carrière la nécessité de l'autorité de l'État. Il montre cependant, dès les années 1930, une sensibilité particulière pour les questions économiques, et regrette qu'elles occupent une place trop réduite dans la formation des élites politiques françaises. La nationalisation de l'École libre des sciences politiques et la création des instituts d'études politiques en 1945 est censée corriger cette insuffisance.

Ce « libéralisme » est à comprendre dans un pays où être libéral et jacobin n'est pas contradictoire. Le libéralisme français a historiquement hésité, ainsi que l'a montré par exemple Lucien Jaume[27], entre deux grandes tendances, l'une fondée sur l'individualisme dans la lignée de Benjamin Constant, qui échoue, et l'autre sur le recours à l'État et la primauté de l'intérêt général dans la lignée de François Guizot, un « libéralisme d'État » (Jaume), qui l'emporte. C'est dans cette dernière tendance que s'inscrit Debré.

Michel Debré s'est attaché à moderniser l'État et les institutions lorsque le besoin s'en faisait sentir. Mécontent du système de recrutement de la haute fonction publique, où chaque ministère organisait son propre concours, il élabore ainsi en 1945 le projet d'École nationale d'administration, qu'il crée et dont il contribue à recruter la première promotion. Il réforme également la Justice en 1958.

Défenseur de l’Algérie françaiseModifier

Article détaillé : Affaire du Bazooka.

En 1957, Michel Debré est accusé par René Kovacs dans l'affaire du bazooka où il est cité comme commanditaire direct (avec Alain Griotteray et Pascal Arrighi entre autres) de la tentative d'assassinat sur le général Raoul Salan à Alger le [28],[29]; en dehors du témoignage des accusés aucune preuve n'est apportée et le procès est rapidement classé. Selon le contre-terroriste de l'ORAF, Philippe Castille, exécutant principal de l'attentat, Michel Debré est à la tête du secret « comité des six » comprenant le député Jacques Soustelle (branche parlementaire) et le général René Cogny (branche militaire)[30]. Lors de son procès, le général Salan (arrêté en avril 1962 pour avoir participé au putsch des généraux puis avoir été le chef de l'OAS) met également Michel Debré en cause déclarant: « Aucun témoignage n'a été recueilli, pas même celui de M. Michel Debré. Or il est impossible de comprendre les événements et d'expliquer ma position comme le mobile de mes actes si l'attentat du bazooka n'est pas éclairci. Quand le pouvoir refuse à un inculpé une justice complète, c'est qu'il y a le plus grand intérêt »[31].

La même année 1957, Michel Debré fonde Le Courrier de la colère (plus tard renommé Courrier de la Nation), mensuel défendant l'Algérie française et appelant au retour au pouvoir du général de Gaulle. Dans le numéro du , il écrit : « le combat pour l'Algérie française est le combat légal, l'insurrection pour l'Algérie française est l'insurrection légale »[32] ainsi que la célèbre déclaration : « Que les Algériens sachent surtout que l'abandon de la souveraineté française en Algérie est un acte illégitime ; ceux qui y consentiraient se rendraient complices des hors la loi et ceux qui s'y opposeraient par quelque moyen que ce soit, seraient en état de légitime défense »[33],[34].

OuvragesModifier

GénéalogieModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Michel Debré - chronologie » sur le site de l'Assemblée nationale.
  2. Gilles Gauvin Michel Debré et La Réunion : la force des convictions jacobines Revue française d'histoire d'outremer, tome 86, n°324-325, 2e semestre 1999
  3. « Catalogue », Région Réunion, 2003.
  4. a et b « Visite de Michel Debré à la Réunion en 1966 », sur fresques.ina.fr, (consulté le 4 août 2018).
  5. « [L'édito de Pierrot Dupuy] Après "le lait Debré", bientôt "le lait Macron" ? », Zinfos974,‎ (lire en ligne).
  6. « Livre : Enfants Réunionnais en Exil », RFO, 25 octobre 2007.
  7. « Livre : Enfants Réunionnais en Exil », RFO, 25 octobre 2007
  8. a et b Les Réunionnais de la Creuse, en quête de leur enfance volée, Le Figaro, 1er avril 2016
  9. Résolution relative aux enfants réunionnais placés en métropole dans les années 1960 et 1970
  10. Les enfants réunionnais de la Creuse vont-ils enfin pouvoir tourner la page? L'Express, 18 février 2014
  11. Réunionnais de la Creuse : les dessous d'un scandale d'État , Le Point, 19 février 2014
  12. a b et c Michel Debré, le dernier des gaullistes, documentaire réalisé par Frédéric Leclerc, en 2010.
  13. Stéphane Kovacs, « En 1974, une ministre en première ligne dans le rue combat sur l'avortement », Le Figaro, mardi 1er / dimanche 2 juillet 2017, page 2.
  14. a b c et d « Biographie de Michel Debré », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le 22 décembre 2018).
  15. Michèle Cotta, Cahiers secrets de la Ve République, tome II : 1977-1986, Fayard, 2008, p.  371.
  16. Bonnefous et Duroselle 1982, p. 24, 35.
  17. Romain Herreros, « Les records des premiers ministres de la Ve République », sur Le Huffington Post.fr, (consulté le 9 février 2017).
  18. Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, t. 5 : de 1974 à nos jours, Bruxelles, Complexe, coll. « Questions au XXe siècle » (no 65), , 381 p. (ISBN 978-2-8702-7532-0, OCLC 769894144), p. 90.
  19. « Réponse au discours de réception de Michel Debré | Académie française », sur www.academie-francaise.fr (consulté le 7 juin 2018)
  20. « Inauguration de la Place Michel Debré », sur le site de la présidence de la République française, elysee.fr.
  21. Michel Debré, Trois républiques pour une France, t. 2 : agir : dix ans d'opposition, le retour du Général de Gaulle, une nouvelle Constitution, Paris, A. Michel, , 460 p. (ISBN 978-2-2260-3342-0, OCLC 715542867), p. 384.
  22. Trois républiques pour une France. Mémoires, op. cit., p. 385.
  23. Trois républiques pour une France. Mémoires, op. cit., p. 350.
  24. Citations tirées de Charles de Gaulle, Discours de Bayeux, 16 juin 1946.
  25. Trois républiques pour une France. Mémoires, op. cit., p. 368.
  26. Cité par Alain Peyrefitte dans C'était de Gaulle, éd. de Fallois / Fayard, 1994, 1997 et 2000, et dans un éditorial de Pierre Georges dans un numéro du Monde.
  27. Voir par exemple Lucien Jaume, L'Individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français, Fayard, Paris, 1997 (ISSN 0048-8003).
  28. Patrick smauel, Michel Debré: l'architecte du Général, A. Franel, 1999, page 136
  29. Patrice Hamel, Une famille de Terre-Neuvas, Les Gens d'ici, Éditions Cheminements, 2003, page 211
  30. François Margolin & Georges-Marc Benamou, OAS Une Histoire Interdite, Margo Films-E Siècle-Odyssée, 2003
  31. Raoul Salan, Le procès du général Raoul Salan : Sténographie complète des audiences: réquisitoire, plaidoiries, verdict. Note liminaire des avocats, Droits de l'histoire, Nouvelles Éditions latines, 1962, page 76
  32. Bélaïd Abane, L'Algérie en guerre: Abane Ramdane et les fusils de la rébellion, Collection Histoire et perspectives méditerranéennes, Éditions L'Harmattan, 2008, page 454
  33. Maurice Allais, Les accords d'Évian, L'Esprit nouveau, 1962, page 1964
  34. Michel De Jaeghere et al., Le livre blanc de l'armée française en Algérie, Paris, Contretemps, , 208 p. (ISBN 978-2-9517-8090-3, OCLC 49631059), p. 57
  35. Généastar : Ascendants de Michel DEBRE

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

FilmographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier