Louis Joxe

diplomate et homme politique français

Louis Joxe
Illustration.
Fonctions
Membre du Conseil constitutionnel

(11 ans, 3 mois et 24 jours)
Prédécesseur Henri Rey
Successeur Jacques Robert
Député de la 4e circonscription du Rhône

(10 ans et 7 mois)
Législature IIIe, IVe et Ve
Groupe politique UD-Ve (1967-1968)
UDR (1968-1977)
Prédécesseur Pierre-Bernard Cousté
Successeur Jean Baridon
Garde des Sceaux, ministre de la Justice

(1 an, 1 mois et 24 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Pompidou IV
Prédécesseur Jean Foyer
Successeur René Capitant
Ministre d'État, chargé de la Réforme administrative

(4 ans, 4 mois et 4 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Pompidou II et III
Prédécesseur Pierre Chatenet (indirectement)
Successeur Roger Frey (indirectement)
Ministre des Affaires algériennes

(2 ans et 6 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Debré
Pompidou I
Prédécesseur Nafissa Sid Cara
Successeur Jean de Broglie (secrétaire d'État)
Ministre de l'Éducation nationale

(10 mois et 7 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Debré
Prédécesseur André Boulloche
Michel Debré (par intérim)
Successeur Pierre Guillaumat (par intérim)
Lucien Paye
Secrétaire d'État chargé de la Fonction publique

(5 mois et 22 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Debré
Prédécesseur Pierre Chatenet
Successeur Pierre Guillaumat (ministre délégué)
Secrétaire général du gouvernement

(1 an)
Successeur André Ségalat
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine, France)
Date de décès (à 89 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Française
Parti politique UNR, UDR
Enfants Alain Joxe
Pierre Joxe
Diplômé de ENA
Profession Haut fonctionnaire
Diplomate

Louis Joxe est un homme politique français, né le à Bourg-la-Reine[a] et mort le à Paris.

Résistant gaulliste durant la Seconde Guerre mondiale, après laquelle il a une carrière de diplomate, il est ministre durant près de dix ans sous la présidence de Charles de Gaulle. Lorsqu'il est ministre d’État des Affaires algériennes, il est le principal négociateur pour la France des accords d'Évian, qui aboutissent à l'indépendance de l'Algérie en 1962. Sa gestion après celle-ci du rapatriement en métropole des harkis est vivement critiquée par des historiens.

Il est député UDR du Rhône, de 1967 à 1977, et ensuite membre du Conseil constitutionnel, jusqu'en 1989.

Vie familialeModifier

Louis Joxe est le fils d’Auguste Joxe (1871-1958) — professeur agrégé de sciences naturelles, lui-même fils d’un menuisier de Pontivy — et de Thérèse Bitschiné (1879-1949)[1]. Il épouse le , à Sucy-en-Brie, Françoise-Hélène Halévy (1900-1993), fille de Daniel Halévy (voir descendance de Louis Breguet) ; elle est de confession protestante.

Il est le père du sociologue et chercheur en géopolitique Alain Joxe (né en 1931) et de l’homme politique Pierre Joxe (né en 1934).

CarrièresModifier

Louis Joxe est agrégé d'histoire et de géographie en 1925[2].

Il ne fait qu'un bref passage dans l’enseignement à Metz de 1925 à 1927, puis devient journaliste à la revue de politique française et internationale l'Europe nouvelle. En 1932, il entre au cabinet de Pierre Cot, qui est sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, puis à partir de ministre de l’Air. Il est membre de la délégation officielle accompagnant Cot en URSS du 12 au [3]. En 1935, il est inspecteur des services étrangers de l’agence Havas (future Agence France-Presse). Il fonde la même année, le Centre d'études de politique étrangère, dont il devient le secrétaire général de concert avec Étienne Dennery jusqu'en 1940[4]. Cette structure universitaire servira bien plus tard de base à la création de l'Institut français des relations internationales.

Révoqué par le gouvernement de Vichy en 1940, il enseigne au lycée d’Alger et œuvre au sein de la résistance. Charles de Gaulle le nomme le secrétaire général du Comité français de libération nationale[5], puis secrétaire général du Gouvernement provisoire de la République française (1946), et il organise donc depuis le lycée Fromentin d'Alger qui accueille provisoirement l'exécutif, puis Matignon, la restauration de l'État républicain.

Il reprend ensuite la carrière diplomatique au ministère des Affaires étrangères comme directeur général des relations culturelles. En , il est nommé membre du Conseil supérieur de la Radiodiffusion française, en remplacement d'Armand Salacrou, démissionnaire[6]. En 1951, il est membre de la délégation française à la Conférence générale de l'UNESCO[7]. Il devient ambassadeur (à Moscou en 1952, à Bonn en 1955), puis secrétaire général du Quai d'Orsay (en 1956). Il est élevé à la dignité d’ambassadeur de France en 1959.

Puis il est ministre sans interruption de à dans les gouvernements de Michel Debré et Georges Pompidou. Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé de la fonction publique du au , il est chargé de l'Éducation nationale du au et des Affaires algériennes du au . Alors que vient d'être déclenchée à Alger la tentative de putsch des généraux, parmi les mesures prises par le pouvoir légal à Paris pour la contrecarrer, le décret n°61-395 du porte déclaration de l’État d'urgence et, le complétant, le n°61-398 de la même date donne à Louis Joxe : « délégation pour prendre en Algérie au nom du gouvernement toutes les décisions qu'imposent les circonstances »[8]. Joxe mène la négociation avec le FLN (voir accords d'Évian), qui conduit à l'indépendance le . Il est à nouveau ministre de l'Éducation nationale, par intérim, du au après la démission de Pierre Sudreau, ministre de la Réforme administrative du au et ministre de la Justice du au .

Il est député UDR du Rhône de 1967 à 1977. Le président de l'Assemblée Nationale Edgar Faure le nomme[9], le , membre du Conseil constitutionnel pour y remplacer Henri Rey qui vient de décéder, puis Jacques Chaban-Delmas le confirme[10] le à ce poste pour un mandat complet, qui s'achève en .

Il meurt le . Après des obsèques en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris, il est inhumé au cimetière de Jouy-en-Josas.

Gestion critiquée du rapatriement en métropole des harkisModifier

Ministre d’État des Affaires algériennes durant les mois qui suivirent l'indépendance, sa gestion très restrictive du rapatriement en métropole des harkis lui sera vivement reprochée après sa mort par certains historiens. Il est l'auteur notamment de la directive ministérielle du stipulant : « Je vous renvoie, au fur et à mesure, à la documentation que je reçois au sujet des supplétifs. Vous voudrez bien faire rechercher, tant dans l'armée que dans l'administration, les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement, et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole, en dehors du plan général, seront renvoyés en Algérie, où ils devront rejoindre, avant qu'il ne soit statué sur leur destination définitive, le personnel déjà regroupé suivant les directives des 7 et 11 avril. Je n'ignore pas que ce renvoi peut-être interprété par les propagandistes de la sédition, comme un refus d'assurer l'avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d'éviter de donner la moindre publicité à cette mesure »[11],[12],[13],[14][source insuffisante]. Cette décision aura pour grave conséquence de laisser des harkis au sein d'une population largement hostile, et aux mains du nouveau pouvoir algérien qui ne respectera pas les promesses d'amnisties et de respect des droits de l'homme contenues dans les accords d'Évian. Beaucoup des harkis qui se sont vu interdire la possibilité d'aller en métropole n'échappent pas à la répression et aux massacres qui suivent immédiatement en Algérie l'indépendance.

L'historien Pierre Vidal-Naquet concluant à ce propos dans le quotidien Le Monde : « Ce n’est pas par hasard si les harkis sont si peu nombreux à s’être réfugiés en France, des ordres ont été donnés pour éviter un afflux massif […] »[15],[16],[17].

L'abandon des harkis par les pouvoirs publics français et les consignes de n'effectuer aucun rapatriement massif de supplétifs ont été considérés par Maurice Allais comme « une des plus grandes ignominies, une des plus grandes hontes de toute l'Histoire de France »[18]. De même, Dominique Schnapper, fille de l'intellectuel français Raymond Aron, écrira « L'épisode des harkis constitue une des pages honteuses de l'histoire de France, comme l'ont été l'instauration du statut des Juifs ou la rafle du Vel d'Hiv »[19].

ŒuvreModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. « Généalogie de Françoise-Hélène HALÉVY », sur Geneanet (consulté le 12 août 2020).
  2. http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr/?q=agregsecondaire_laureats&nom=Joxe&annee_op=%3D&annee%5Bvalue%5D=&annee%5Bmin%5D=&annee%5Bmax%5D=&periode=All&concours=All&items_per_page=10.
  3. Jean Castex, Louis Laspalles et José Barès, Le général Barès : "créateur et inspirateur de l'aviation", , 220 p. (ISBN 978-2-7233-0485-6, lire en ligne), p. 193.
  4. « Louis Joxe - Thierry de Montbrial », sur Thierry de Montbrial, (consulté le 12 août 2020).
  5. « L’Écho d’Alger 14 octobre 1943 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 12 août 2020).
  6. « L’Aube 7 juillet 1949 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 12 août 2020).
  7. « L’Aube 23 juin 1951 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 12 août 2020).
  8. https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000000338044&pageCourante=03844
  9. Décision du 22 octobre 1977 sur le site du Conseil constitutionnel.
  10. Décision du 12 février 1980 sur le site du Conseil constitutionnel.
  11. Télégramme N° 125/IGAA du 16 mai 1962 - directive ministérielle du 16 juillet 1962.
  12. Qui sont les Harkis ? Difficulté à les nommer et à les identifier, Catherine Wihtol de Wenden, 1990
  13. Histoire de l'Algérie. Des origines à nos jours, Pierre Montagnon, Pygmalion, 1998
  14. Guerre d'Algérie : qui a laissé massacrer les harkis ?, Michel Renard, 2016
  15. « La guerre révolutionnaire et la tragédie des harkis », Pierre Vidal-Naquet, Le Monde, 11-12 novembre 1962.
  16. « La longue plainte des harkis », L'Express, 9 août 2001.
  17. « La plainte des harkis est-elle justifiée ? », L'Express, 30 août 2001.
  18. Maurice Allais, L'Algérie d'Évian (1962), éd. Jeune Pied-Noir, 1999 - « Les harkis, un impérieux devoir de mémoire », dans la 2e édition de 1999, p. 50.
  19. Préface de Dominique Schnapper dans Et ils sont devenus harkis, Mohand Hamoumou, éd. Fayard, 1993, p. 10.

Liens externesModifier