Tartu

deuxième ville d'Estonie

Tartu
Blason de Tartu
Héraldique
Drapeau de Tartu
Drapeau
Tartu
Le centre-ville commercial (haut), le centre-ville historique (milieu) et le siège de l'Université de Tartu (bas)
Administration
Pays Drapeau de l'Estonie Estonie
Comté Tartu (Préfecture)
Statut Municipalité urbaine
Maire
Mandat
Urmas Klaas (ER)
2014-
Démographie
Gentilé Tartlane (singulier), Tartlased (pluriel)
Français : Tarbatois(es)
Population 95 430 hab. (2021[1])
Densité 2 460 hab./km2
Ethnies Estoniens : 80,3 %
Russes : 15,6 %
Autres nationalités : 4,9 %
Géographie
Coordonnées 58° 22′ 44″ nord, 26° 43′ 12″ est
Altitude Min. 57,2 m
Max. 79 m
Superficie 3 880 ha = 38,8 km2
Localisation
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Tartu
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Tartu
Liens
Site web http://tartu.ee/

Tartu (prononcer /taʁ.tu/) (anciennement connue sous les noms de Tarbatu, Youriev, Dorpat et Derpt) est une ville d'Estonie. Avec presque 100 000 habitants, Tartu est la deuxième ville d'Estonie et la principale ville de l'Estonie du Sud.

Fontaine des Amoureux.
Vidéo par drone du Toomemägi et Tartu

À la fois rivale et complémentaire de la capitale Tallinn, Tartu est considérée comme la capitale culturelle et intellectuelle de l'Estonie, voire des Pays baltes, abritant l’université de Tartu (créée en 1632), la plus renommée du pays.

Implantée sur les bords de la rivière Emajõgi, centre d'échange majeurs au Moyen Âge et important à l'époque des Chevaliers Porte-Glaive et de la Ligue hanséatique, la ville comporte de nombreux monuments dont l'hôtel de Ville de Tartu, les restes d'une cathédrale du XIIIe siècle ainsi que la plus importante église sculptée d'Europe du Nord : l'église Saint-Jean[2].

Principale ville de l'arrière-pays estonien occupé par des puissances étrangères à de nombreuses reprises, Tartu fut, en réponse, l'un des principaux lieux de revendications culturelles estoniennes. Depuis le XIXe siècle, son rôle dans la création de la République (drapeau Estonien issu de la Société des étudiants de l'Université de Tartu, siège du premier festival national de chant, du premier théâtre de langue estonienne, Traité de Tartu de 1920, siège du Musée national estonien, du ministère de l’Éducation et de la Cour suprême d'Estonie) lui vaut d’être considéré comme le berceau intellectuel et culturel de l'Estonie contemporaine.

Au XXIe siècle, l'attractivité économique de l'Estonie et de sa capitale Tallinn, rendue possible par le commerce maritime et l'essor des entreprises des technologies de l'information et de la communication, encourage la ville de Tartu à se distinguer par son domaine de spécialité : la science et la recherche, ainsi que les activités culturelles et touristiques.

Membre du Réseau des villes créatives UNESCO en tant que ville littéraire, elle est notamment reconnue pour sa variété et forte densité de musées (20 pour presque 100 0000 habitants, dont 12 dans le centre-ville). La vitalité de sa vie culturelle et étudiante est à l'origine de l'expression populaire Tartu vaim (en Estonien: "l'esprit de Tartu").

Ayant pour objectif de sensibiliser sa population aux enjeux du climat, de sa place en Europe et de la démocratisation de l’artisanat, Tartu est choisie pour être capitale européenne de la culture pour l’année 2024 avec le programme artistique Ellujäämise Kunstid (littéralement « les Arts de la Survie »).

GéographieModifier

Tartu se trouve à 185 km au sud-est de Tallinn, elle est le chef-lieu du comté de Tartu. et la principal ville de l’Estonie du Sud. D'une superficie de 38,8 km2, la ville est traversée par la rivière Emajõgi, qui relie les deux plus grands lacs de l’Estonie et coule sur 10 km à l’intérieur des limites de la ville.

Communes limitrophes de Tartu
Tartu vald Tartu vald Tartu vald
Elva   Luunja
Elva Nõo, Kambja Kastre

ToponymieModifier

Dates Nom Langue d'origine
...-1030 Tarbatu Estonien
1030-1061 Юрьев (Yourieff) Russe
1062-1224 Tarbatu Estonien
1225-1558 Tarbatum Latin
1225-1888 Dorpat Allemand
1704-1888 Дерпт (Derpt) Russe
1889-1916 Юрьев (Yourieff) Russe
1917-présent Tartu Estonien

Au fil des siècles et des dominations, la ville a connu différents noms : du nom original Tarbatu, on la dénomma « Dorpat » sous dominations allemande de 1224 au XVIe siècle et suédoise de 1629 à 1721. Sous domination russe à partir de 1721, elle portait le nom de Юрьев (Youriev ou Jurieff), d'après Iaroslav le Sage et Дерпт (Derpt), une variante de Dorpat.

Depuis 1917 c'est le nom estonien de Tartu qui est utilisé.

Sa devise est « Heade mõtete linn », ce qui signifie en français, « La ville des bonnes idées ».

La ville porte le nom de Tērbata en letton.

On trouve aussi la variante Tartou[3].

HistoireModifier

PréhistoireModifier

 
La rivière Emajogi.

Les premières colonies humaines retrouvées par les archéologues sur le site de l'actuelle colline de Toome, au centre de l'actuelle Tartu, remontent au troisième et deuxième millénaires avant Jésus-Christ, à l'âge de pierre, il s'agit d'installations temporaires de chasseurs et pêcheurs qui vivent dans cet endroit idéalement placé. L'emplacement de ce foyer de peuplement est situé au bord d'une rivière (Emajõgi) qui relie deux grands lacs: les lacs Võrstjärv et Peipsi.

AntiquitéModifier

Au fur et à mesure, les colonies humaines deviennent permanentes. Le Ve siècle marque la création d'un établissement permanent.

Début du Moyen ÂgeModifier

 
Comtés de l'Estonie historique avec l'Ungannie (Ugandi) en orange.

À l'aube du Moyen Âge, les habitants de cet emplacement construisent une fortification en bois à partir du VIIe siècle siècle sur le versan est de la colline de Toome (l'emplacement actuel de l'ancien observatoire de l'université de Tartu).

À cette période, le fort de Tarbatu est l'un des principaux forts du comté historique d'Ungannie (en Estonien Ugandi), l'une des provinces de l'ancienne Estonie, et est habité par des peuples autochtones de Langues fenniques. L'autre principal lieu de peuplement (depuis le VIe siècle) de l'Ungannie est alors Otepää, localité située à 40 kilomètres au Sud de l'actuelle Tartu.

L'emplacement du fort de Tarbatu revêt une importance stratégique car la rivière est empruntée comme route commerciale entre les ports de la baltiques et les villes russes situées à l'est, à l'intérieur des terres.

Le pays voisin de l'Ungannie, la Principauté de Kiev à l'Est, fondée par des seigneurs d’origine scandinave est composée de divers territoires slaves fédérés, notamment les villes de Pskov (à 110 kilomètres de Tarbatu) et Novgorod (à 270 kilomètres).

1030-1185: première mention de la ville et affrontement avec les peuples de l’EstModifier

Après la mort du Prince Vladimir Ier "le grand" en 1015, une lutte fratricide s'opère entre ses fils pour la conquête du pouvoir sur l'ensemble de la Principauté de Kiev. Le Prince de Novgorod Iaroslav 1er "le sage" en sort vainqueur et devient Prince de Kiev en 1019.

En 1030, la Principauté de Kiev connait son apogée et son armée opère de nombreux raids sur les zones de peuplement à l'Ouest de leur territoire. Cette année-là, Iaroslav le Sage pille et brûle le fort de Tartu construit en bois. Sur ces cendres il y construit sa propre forteresse, qu'il baptise Youriev (à partir de "Youri", saint-patron de "Iaroslav"). Les études archéologiques confirment la présence d'artefacts caractéristiques de la culture de Russie occidentale de cette période[4].

L'invasion de l'an 1030, rapporté par les chroniqueurs de la principauté de Kiev et compilé par le moine russe Nestor au sein de la Chronique des temps passés vers 1111, est la première mention de l'existence de la ville et la première mention d'une invasion du site par des peuples non-Estoniens.

31 ans plus tard, en 1061, l'emplacement est reconquis par les peuples estoniens, les chroniques mentionnent alors l'incendie de la forteresse de Youriev par une tribu Estonienne désignée par ces dernières sous le nom de sosols[5],[6], qui désignent en réalité d'autres tribus Estoniennes venus prêter main fortes aux Unganniens.

Le fort, appelé sous son nom originel de Tarbatu, est reconstruit par les autochtones. Ils prennent les devant et tentent eux-mêmes d'attaquer à plusieurs reprises les villes de l'Est au 12e siècle. Les Slaves Kiéviens (également venant de Pskov), tentent eux aussi à plusieurs reprises de récupérer la ville, notamment en 1134. Des raids et pillages ont de nouveaux lieux à l'hiver 1191-1192.

1186-1207: arrivée des croisés allemands par la LettonieModifier

Depuis plusieurs années, les chrétiens d'Europe occidentale tentent de convertir à petite échelle les peuples païens, dont font partie les peuples fenniques (Estoniens et Lives) et Baltes de Lettonie (entre autres Sémigaliens et Latgaliens). Vers 1180, le moine Meinhard de la région du Holstein (Nord de l'actuelle Allemagne, à l'époque Saint-Empire romain germanique) remonte l'embouchure de la rivière (Daugava) et fait construire une chapelle dans une localité appelée Üxküll (l'actuelle Ikšķile en Lettonie)[Note 1] située en plein territoire Live[Note 2],[7].

Le territoire est baptisé en conséquence Livonie (Livland en allemand pays des Lives) par les nouveaux venus, bien que cette population n'en occupe qu'une faible partie. En 1186, Meinhard est nommé premier évêque de Livonie par l'Archevêque de Brême (Principauté voisine du Holstein en Allemagne). L'entreprise de conversion des indigènes, après un succès initial, se heurte bientôt à des résistances. Il est rejoint dans la région par le missionaire Theoderich von Treyden en 1191. Après la mort de Meinhard en 1196, son successeur Berthold Schulte reçoit une bulle de croisade (ordre) du pape Célestin III, mais est tué par les Lives peu après son arrivée dans la région le 24 juillet 1198.

Le pape suivant Innocent III soutien la campagne d'évangélisation qui se transforme en véritable croisade militaire: l'Archevêque de Brême nomme son neveu Albert de Buxhövden pour succéder à Berthold. Albert débarque sur la côte livonienne avec 1500 soldats croisés répartis dans 23 bateaux. En 1201, ces croisés fondent la ville de Riga à l'embouchure de la rivière Daugava. Riga remplace Üxküll comme centre religieux majeur de la région et devient un relais pour des marchands allemands sur la route commerciale qui relie les ports des villes de la Ligue hanséatique au principautés russes (notamment Novgorod). En outre, Riga devient le point de départ de la croisade vers le nord de la Livonie. En 1202, un ordre de moines-soldats, les chevaliers Porte-Glaive est fondé par Albert et Theodorich von Treyden dans son monastère de Dünamünde (aujourd'hui Daugavgrīva en Lettonie) et le pape accorde au nouvel ordre le statut de Templiers.[8].

En 1207, bien que la conquête ne soit pas encore terminée, la région entière de Livonie est intégrée comme état du Saint-Empire romain germanique sous le nom de Terra Mariana.

1208-1214: percée des croisés en Estonie du SudModifier

En 1208, les croisés, qui ont pris le dessus sur le territoire correspondant aujourd'hui à la Lettonie, se sont alliés avec plusieurs tribus locales, et partent désormais dans les territoires voisins du nord occupés par les peuples fenniques qu'ils baptisent Estes en reprenant une appellation utilisée par l'auteur latin Tacite[Note 3],[7]. L'histoire de la conquête de ces territoires est connue grâce à une chronique tenue par un prêtre de l'ordre des Porte-Glaive, Henri le Letton, qui a participé activement à la croisade.

Les premières rencontres entres les missionnaires allemands et les Estoniens du Sud (des régions de l'Ungannie et de Sakala) se passent très mal. En 1208, Alebrand, prêtre de Turaida, est envoyé en Ungannie avec une délégation allemande pour récupérer des marchandises volées par les habitants aux marchands allemands qui passaient sur la route de Pskov. Face aux refus des autochtones, le prêtre repart sans récupérer les biens volés. Sur le chemin du retour, Alebrand persuade les Latgaliens (un peuple autochtone Letton) de se convertir à la religion catholique.

Les chefs lettons Latgaliens Russin, Waridote et Talibald, devenus alliés des allemands, avaient indiqués le chemin de Pskov et Novgorod à ces derniers, et tentent une nouvelle fois de négocier avec les Estoniens/Unganniens, mais les deux parties quittent la rencontre en se menaçant avec leurs lances. En 1209, Alebrand tente une nouvelle fois de récupérer les biens, il n'y parvient pas mais reçoit cette fois une proposition de paix de la part des Estoniens d'Ungannie.

Finalement, la nécessité de sécuriser les convois de marchands allant vers le Nord-Est devient un bon prétexte pour l'ordre des Chevaliers porte-glaive, qui, déçu de la faible portion de territoires accordés par l'évêque en Lettonie, décide de poursuivre la conquête et l'évangélisation vers le Nord.

Le fort Estonien Ungannien d'Otepää tombe à l'automne, mais les croisés aidés par des forces auxiliaires composées de Lives et de Latgaliens convertis au christianisme sont défaits à l'été 1210 par une armée indigène (en estonien malev) sur la rivière Ûmera. Les forces en présence sont de faible importance puisque les chevaliers Porte-Glaive allemands ne sont que 20. En mars 1211, les croisés avancent de nouveau et obtiennent la reddition de Viljandi.

Les croisées finissent par atteindre Tartu en 1212 et réussissent à incendier le fort et à obliger les habitants à se convertir au Christianisme, c'est en effet aux alentours de cette période que l'on retrouve des traces d'une église en bois à l'emplacement de l'église Saint-Jean actuelle. Une épidémie qui ravage la région arrête temporairement les combats.

1215-1222: combats acharnées entre allemands et estoniensModifier

En 1215, le statut politique de ce territoire en cours de conquête change: la Terra Mariana n'est plus considérée comme une région du Saint-Empire, mais est directement gouvernée sous l'autorité du pape. Les évêques et archevêques, en plus du pouvoir religieux, détiennent le pouvoir politique et militaire sur les territoires qu'ils dirigent.

Les combats pour la conquête du territoire reprennent la même année dans un contexte confus où les indigènes tour à tour se rallient ou prennent les armes contre les croisés avec l'appui des principautés russes : l'Ungannie à l'Est et la région de Sakala à l'Ouest sont conquis.

Le chef (en Estonien vanem) de la tribu de Sakala, Lembitu est fait prisonnier puis rallié. Les indigènes finissent par s'organiser en un front uni qui parvient à rassembler une force estimée à 20 000 hommes par Henri le Letton (chiffre sans doute exagéré) qui assiège Otepää et obtient sa reddition. Lembitu, qui a rompu ses liens avec les croisés, prend la tête de la résistance. Le 21 septembre 1217, 6 000 indigènes sont défaits par les 3 000 hommes rassemblés par les croisés, au cours de la bataille de la saint Matthieu près de l'agglomération de Lehola. Lembitu est tué. Les régions de l'Estonie centrale sont désormais aux mains des croisés[9].

En 1219, les Danois rejoignent les allemands dans la croisade, ils sont suivis par les Suédois dans la partie Nord. A l'hiver 1220, l'Estlande (nord de l'Estonie actuelle), la Livonie (sud de l'Estonie et nord de la Lettonie actuelles), incluant Tartu, sont déclarées territoires chrétiens. En 1222, Alebrand est mobilisé pour convertir les paiens du nord de l'Estonie.

1223-1224: le siège de Tarbatu par les croisésModifier

En 1223, une rébellion générale éclate dans toute la partie centrale de l'Estonie: la révolte fait de nombreux morts parmi les chevaliers allemands et danois. Les prêtres allemands sont eux-mêmes sacrifiées en tant qu'offrandes rituelles aux dieux päiens des Estoniens. Après avoir récupéré les forteresses allemandes de la régions, les Estoniens s'assurent du contrôle de celles-ci en enrôlant des mercenaires russes originaires de Pskov et de Novgorod.

Parmi eux, le Prince Vyachko reçoit une armée de 200 hommes et de l'argent de la part des dirigeants de Novgorod pour s'établir dans un endroit qu'il pourrait conquérir par lui-même. Après avoir échoué à dominer le territoire du Koknese (dans l'actuelle Lettonie) contre les chevaliers allemands en 1208, Tartu devient pour lui une opportunité pour s'implanter.

A l'hiver 1223-1224, les allemands reprennent peu-à-peu les principales forteresses de la région. En plus de l'armée des russes de Novgorod et des combattants d'Ungannie, Tartu reçoit la venue des guerriers survivants issues des provinces voisines reconquises par les allemands, ce qui fait du fort un des principaux lieux de résistance des Estoniens päiens. Après Pâques, les croisés allemands tentent un premier siège de 5 jours sans succès.

Les croisés allemands reviennent plus fort et plus nombreux au 15 août 1224 grâce à l'appui des guerriers Lettons et Estoniens convertis au Christianisme. Sachant que les mercenaires novgorodiens sont également chrétiens (bien qu'orthodoxes), les allemands offrent la possibilité à Vyachko et ses guerriers de quitter la forteresse et ainsi rejoindre le camp des croisés. Dans l'attente stratégique d'une armée de renforts venue directement de Novgorod, Vyachko renonce et reste aux côtés des Estoniens durant le siège.

Le siège commence par la fabrication d'instruments de fortune, qui servent à jeter des pierres et du « fer chauffé » ainsi que des objets enflammés à l'intérieur de la forteresse par dessus les murs. Les assaillants allemands construisent également une tourelle et la rapproche progressivement du mur de la place forte, ils mettent le feu à des bouts de bois pour tenter d'incendier la forteresse. Les défenseurs, à l'intérieur, tentent également de tirer à l'arc et arbalète des flèches enflammées sur les assaillants. Pendant plusieurs jours les combats ne s'arrêtent pas: la nuit, les combattants se crient dessus, font du bruit avec leurs épées, jouent du tambour, du fifre et du cor pour fatiguer l'ennemi.

Agacés, les assaillants allemands lancent une attaque éclair sur le fort, et massacrent un à un le millier de guerriers Estoniens (incluant les femmes) présent dans la forteresse. Vyachko et son armée de mercenaires russes, bien que formant un bloc distinct des Estoniens, ne sont pas épargnés. Le seul survivant, un guerrier russe originaire de Souzdal, se voit offrir par les allemands des vêtements neufs et un cheval en bonne santé. Les allemands le laissent repartir vers Novgorod afin de prévenir ses compatriotes de la défaite de leur armée. En chemin, vers Pskov, le guerrier rencontre l'armée de renfort supposée venir soutenir Vyachko, et leur informe de la défaite du Prince sur les croisés allemands. En apprenant la nouvelle, les dirigeants de l'armée de Novgorod renoncent à l'expédition et décident de faire la paix avec les allemands.

1225-1242: Dorpat, une ville aux ordres de l'évêqueModifier

Sortis renforcés de la soumission des Estoniens, les allemandssont désormais mettre des lieux. Ils organisent la ville et la région proche de Tartu en un évêché, ou, en plus de détenir le pouvoir religieux, l'évêque détient également le pouvoir politique et militaire. L'évêché est donc une principauté épiscopale mais n'est pas un état au sens propre étant donné qu'il est partie intégrante de la Confédération de Livonie. La confédération est alors un état germanique au fonctionnement décentralisé, et composé, en plus de l'éveché de Tartu, d'autres territoires tels que ceux de l'ordre ayant contribué à la conquête (les Chevaliers Porte-Glaive), mais aussi les évêchés d'Ösel-Wiek et de Courlande, ainsi que de l'archevêché de Riga et de la ville même de Riga[10].

Le nom Latin de la ville Tarbatum, adaptation du nom originel de la ville en Estonien (Tarbatu), est traduit en allemand par Dorpat, qui devient le nouveau nom de la ville tel que mentionné dans les écrits de l'époque.

Le premier évêque de Dorpat est alors Hermann von Buxhövden, le frère d'Albert von Buxhövden, l'évêque de Riga. Les allemands font construire une forteresse en pierre sur l'emplacement de l'ancienne forteresse en bois. Le château (en Latin Castrum Tarbatae), résidence et lieu de pouvoir de l'évêque, est mentionné pour la première fois dans des sources écrites remontant à 1234.[11]

Le château, ainsi que la colline de Toome qui se voit équipée d'un mur d'enceinte sur son flanc Ouest, sont directement placées sous l'autorité de l'évêque. La bande de terre située en contrebas de la colline, entre cette dernière et la rivière Emajõgi, devient un centre urbain composé de marchands. Une assemblée municipale dédiée détient le pouvoir sur la ville "basse", elle reste cependant sujet à l'autorité de l'évêque.

En 1236, l'ordre des chevaliers porte-glaive, principal auteur de la conquête de la Livonie et ayant contribué à la soumission de Tartu, est dissous après une cuisante défaite à la Bataille du Soleil contre des indigènes païens samogitiens (un peuple Lituanien). Les chevaliers restants sont incorporés dans une branche autonome de l'Ordre des Chevaliers teutoniques appelée "l'Ordre Livonien".

La présence d'une ville fortifiée à proximité d'un territoire ennemi sert de base arrière pour les allemands et les incitent à continuer les croisades, y compris vers l'Est sur des territoires déjà chrétiens (en l'occurence orthodoxes, les allemands étant eux catholiques romains). Aidé de guerriers estoniens convertis, ils prennent possession de Pskov en 1241. En voyant l'avancée des allemands, les Novgorodiens rappellent en urgence le jeune prince Alexandre Nevski, qu'ils avaient chassés et contraint à l'exil plus tôt dans l'année. Le jeune Prince de 20 ans réussi à rassembler une immense armée qui s'oppose aux chevaliers catholiques germaniques (réunissant soldats allemands, danois, estoniens convertis et des chevaliers de l'Ordre livonien) lors de la Bataille sur le lac Peipsi gelé, dite "bataille sur glace" à 40 kilomètres à l'Est de Dorpat. La défaite cuisante essuyée par les catholiques les empêchent de progresser plus à l'Est et consacre la rivière Narva et le lac Peipsi en tant que séparation entre le monde fennique/baltique germanisé catholique à l'Ouest et le monde slave/russe orthodoxe à l'Est.

1243-1509: Dorpat, ville allemande commerçante et prospèreModifier

En plus du château, l'évêque conforte son pouvoir religieux en initiant la création d'une cathédrale dans la deuxième moitié du XIIIème siècle. Située sur la colline de Toome en face du château épiscopal, l'édifice, initialement pensé comme une basilique, est bardée de deux tours à son côté Ouest et dédiée à Saint-Pierre et Saint-Paul.

En 1262, l'armée de Dmitri de Pereslavl tente de s'emparer de Dorpat. Le Prince de Novgorod, second fils d'Alexandre Nevski, parvient à attaquer puis détruire la ville basse commerçante, mais ne réussi pas à s'emparer de la forteresse de l'évêque sur la colline. Cet attaque, consignée aussi bien dans les chroniques allemandes que dans les chroniques en vieux slavon oriental, atteste pour la première fois de l'installation de marchands et d'artisans allemands au pied de la colline.

Devenu ville allemande, à la manière des villes du Saint-Empire romain germanique, et situé sur un axe commercial majeur Riga-Novgorod, Dorpat rejoint dans les années 1280 la Ligue hanséatique, un réseau de villes marchandes créé suite à l'alliance des villes de Hambourg et Lübeck. Dorpat, comme les autres villes hanséatique est dominée par la bourgeoisie allemande et bénéficie des privilèges octroyés aux membres de la ligue. Bien que majoritaires dans la ville, les autochtones Estoniens n'ont aucun pouvoir de décision ni influence dans la vie de la cité, tandis qu'une population russe habite dans un quartier séparé de la ville.

Suite à l'incursion Novgorodienne de 1262, la protection de la ville basse, de ses artisans et marchants devient plus que jamais une nécessité. Le conseil de la ville de Tartu envoie une requête a l'assemblée homologue de Lübeck pour obtenir du soutien dans la construction d'un mur d'enceinte ceinturant la colline, mais aussi le bourg en contrebas, plus vulnérable, qui donne sur la rivière Embach (en EstonienEmajõgi). La requête du conseil de la ville de Dorpat indique: Votre décision, en gardant à l'esprit que nos fortifications une fois réalisées, seront un support pour protéger les terres intérieures, et de ce fait garantir la sureté des habitants, la sécurité des voyageurs de passage et des gens de paix d'ici et d'ailleurs.

Construit à l'époque médiévale à une date inconnue des historiens, bien qu'estimée à la première moitié du XIVème siècle, le mur fortifié de Tartu est long de 2,145 kilomètres et flanqués de 27 tours, dont 9 comportant des entrées. Une partie du mur prolonge les murs existants du château de l'évèque et passe vers l'Ouest de la colline en épousant la forme de cette dernière. La muraille de pierre se prolonge jusque sur la rive éloignée de la rivière ou son tracé prend une forme rectangulaire, car elle inclut en son sein les rues du bourg commerçant, pour finalement revenir sur le flanc sud-Ouest de la colline, ou elle prend une forme arrondie.

1510-1556: un vent de réforme protestanteModifier

À partir des années 1510, la Livonie, comme une partie de l'Europe germanique, voit apparaitre un certain nombre de conflits qui remettent en cause les pratiques de l'église catholique. Certains religieux tentent d'améliorer les conditions d'éducation, la connaissance des dogmes religieux du peuple et la volonté de piété, le tout en restant au sein de l'église catholique.

Au même moment, l'évêque de Tartu et l'archevêque de Riga Johann Blankenfeld ont également eu un conflit avec leurs vassaux pour les mêmes raisons. Ces querelles permettent d'ouvrir la voie au succès de la réforme protestante qui gronde dans le monde germanique sur l'impulsion de Martin Luther. L'un de ses étudiant, Hermann Marsow, arrive à Tartu en 1524. Son talent d'orateur lui vaut d'être apprécié par les foules si bien que le conseil de la ville lui attribue le rôle de prêtre de l'église Sainte-Marie (aujourd'hui disparue), située au pied de la colline. Marsow est contraint de quitter la ville peu après en raison des pressions exercées par l'évêque catholique.

Il est remplacé par le prédicateur laïc et agitateur prophétique Melchior Hoffmann, un fourreur de métier peu éduqué, néanmoins le langage simple utilisé lors de ses prêches permet aux idées de la réforme de se diffuser dans la ville. Ses prêches sur le renouvellement de l'enseignement religieux ainsi que sur le jugement dernier ou encore les épreuves de Dieu, lui attire les foudres de l'évêque.

Ce dernier ordonne l'arrestation de Hoffmann en Janvier 1525, mais les fidèles se précipitent dans l'église Sainte-Marie pour le protéger. La population procède, en signe de protestation, à un iconoclasme massif le 10 janvier: les fidèles enlèvent de l'église Saint-Jean, de l'église Sainte-Marie, des divers monastères de la région et de la Cathédrale de Toome les statues, peintures, icônes et crucifix, considérés dans la doctrine protestante comme des signes d'idolâtrie matérielle presque païenne, et les font brûler sur la place du marché. Hoffmann doit quitter Tartu après cet incident. Pour calmer la situation, le prêcheur réformiste mais plus modéré Sylvester Tegetmeyer est envoyé depuis Riga au printemps 1525. Hoffmann tente de revenir à Tartu mais est définitivement chassé par le conseil de la ville.

Une école de langue allemande est fondé à Tartu et un système de protection sociale approprié est introduit à la suite de la Réforme. Le luthéranisme arrive officiellement dans la ville dans les années 1530, lorsque des représentants de Tartu, Tallinn et Riga s'accordent sur une organisation commune de l'église. En 1554, l'aumônier de l'église Saint-Jean, Franz Witte, publie une traduction estonienne du catéchisme de Martin Luther en dialecte de Tartu. L'église du Dôme et le château épiscopal n'étant pas subordonnés au décisions de l'assemblée de la ville, continuent à célébrer des messes jusqu'au début de la guerre de Livonie en 1558.[12],[13]

Vers le milieu du XVIème siècle, la prospérité de la ville est telle que la population atteint 6000 habitants. Dans la région, seules Riga et Reval (Tallinn), sont plus peuplées. Ces dernières, tout comme Dorpat, avec leurs possessions, jouissent de privilèges qui les rendent quasiment indépendantes, bien que faisant partie de la Confédération de Livonie[10].

1557-1558: une ville convoitée et envahie par les russesModifier

 
La Confédération livonienne et ses membres à la veille du conflit :
  • Ordre livonien
  • Évêché de Courlande
  • Évêché d'Ösel–Wiek
  • Évêché de Dorpat
  • Ville de Riga
  • Archevêché de Riga

La confédération de Livonie est vers le milieu du XVIème siècle, un état prospère économiquement, mais décentralisé à la manière du Saint-Empire romain germanique, et très affaibli politiquement. Les désaccords entre les différents evéchés, la branche livonienne de l'ordre des chevaliers teutoniques ainsi que les villes marchandes dont les privilèges liées à leurs possessions rendent quasiment indépendantes (Dorpat en fait partie), empêche le pays de se renforcer contre les puissances environnantes. De plus la réforme des cultes et le passage au protestantisme créé des divisions, notamment au sein de l'ordre, dont certaines factions souhaitent rester dans le giron catholique.

Cette pente glissante dans laquelle la Livonie descend dans la deuxième moitié du XVIème siècle est le terreau parfait pour les puissantes voisines, qui raisonnent selon une logique expansionniste et qui souhaitent à tout pris obtenir ce territoire. Le Tsarat de Russie, emmené par le tsar Ivan IV "le terrible", est un état nouvellement créé constitué de son noyau, la Grande-principauté de Moscou, ainsi qu'une multitude d'autres états annexés au sein de ce territoire. Parmi eux, on retrouve les partenaires commerciaux historiques de Dorpat que sont les territoires de Novgorod et Pskov.

Frustré de ne pas pouvoir participer au commerce de la mer Baltique, Ivan le terrible commence par des menaces. Il met la pression sur Dorpat dès 1557. Au sud de la Livonie, le Grand-duché de Lituanie, uni au Royaume de Pologne depuis le début du siècle, lorgne également sur le territoire. Le souverain commun de la Pologne et de la Lituanie, Sigismond II Auguste ne veut pas que la Russie prenne le contrôle de la Livonie. Cela se traduirait non seulement par le renforcement d'un rival politique, mais aussi par la perte de routes commerciales fructueuses[14].

En Livonie, des rivalités existantes entre la branche livonienne des chevaliers teutoniques et l'archevèque de Riga, soutenu par Sigismond (qui souhaite que la Livonie devienne vassale de la Pologne-Lituanie). Le roi Sigismond fini par envahir le sud de la Livonie en réponse à des provocations provenant de l'ordre teutonique. Pour lutter contre la Russie, le roi de Pologne doit cependant rétablir la paix entre l'ordre teutonique de Livonie et l'archevêque de Riga. Il force les deux partis à se réconcilier à son camp de Pasvalys en [15]. Ils signent le traité de Pasvalys, qui prévoit la création d'une alliance militaire offensive et défensive, évidemment dirigée contre la Russie et qui est à l'origine de l'éclatement de la guerre de Livonie[16].

Ivan le terrible juge le traité contraire aux accords préalablement signés en 1554 entre la Russie et la Livonie qui interdit cette dernière de faire alliance avec la Pologne-Lituanie. Ivan n'a donc plus aucune raison de ne pas attaquer la Livonie. Il déclenche les hostilité en janvier 1558, en envahissant la Livonie. Les Russes sont au départ considérés par les paysans locaux Estoniens comme des libérateurs vis-à-vis de la domination allemande sur la région[17].

Encerclée par l'armée du général Pyotr Shuiski, Dorpat, qui ne peux compter sur aucune aide extérieure, est prise par les Russes au mois de mai[18]. Le dernier évêque de Dorpat Hermann II Wesel est emprisonné à Moscou, ce qui marque la fin du gouvernement semi-indépendant de Dorpat, mais aussi l'abandon de la Cathédrale de Toome.

1559-1581: Dorpat pendant la guerre de LivonieModifier

En , Le grand maitre de l'Ordre de Livonie, dont le territoire est menacé (et une partie déjà envahie) par les Russes, s'en remet à la Pologne-Lituanie en signant le premier des traités de Vilnius. Devenu le maitre légitime de la Livonie, Sigismond II envoie en Janvier 1560 l'ambassadeur Martin Volodkov à la cour d'Ivan IV à Moscou pour tenter de mettre fin aux pillages menés par la cavalerie russe (essentiellement composée de Tatars) dans les campagnes de Livonie[19]. Bien qu'ils n'aient toujours pas réussi à s'emparer des autres grandes villes que sont Riga, Reval et Pernau[20], les Russes font subir des atrocités aux habitants des territoires déjà conquis, dont Dorpat. Une trêve entre la Livonie et la Russie a finalement lieu en 1561.

La même année, l'Ordre livonien (branche livonienne de l'ordre des chevaliers teutoniques) affaibli est dissous par le second traité de Vilnius. Les terres de l'ordre sont sécularisées et les duchés de Livonie et de Courlande sont rattachés au Grand-Duché de Lituanie. Le traité inclut le Privilegium Sigismundi Augusti par lequel Sigismond II garantit la liberté religieuse dans le respect de la confession d'Augsbourg, les Indygenat et la continuité de l'administration allemande traditionnelle[21]. Les termes concernant la liberté religieuse interdisent toute réglementation de la foi protestante par les autorités religieuses comme séculières[22].

Entre-temps, la Suède et le Danemark entrent dans le conflit et tentent d'occuper le Nord de la livonie. En 1564, la Suède et la Russie signent le traité de Dorpat (en), par lequel la Russie reconnaît les droits suédois sur Reval et d'autres forteresses du Nord de l'Estonie, tandis que la Suède reconnaît la domination russe sur le reste de la Livonie[23]. Les deux pays acceptent une trêve de sept ans en 1565[24], mais la trêve est interrompue suite à un problème d'union, et le conflit reprend également de ce coté de la Livonie.

En 1565, les Russes organisent la déportation massive des habitants allemands (presque 1000 personnes) de Dorpat. En 1566, l'Union de Grodno conforte la Livonie sous domination lituanienne, mais Ivan continue de revendiquer les territoires à l'Est de la Livonie, dont Dorpat. En 1570, des membres de la noblesse russe se voient offrir les terres prises aux allemands et un évêque orthodoxe s'installe à Dorpat.

En 1569, la Pologne-Lituanie devient la République des Deux-Nations et change de souverain. Le prince transylvanien Étienne Báthory devint roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Un pacte provisoire est conclu avec la Suède pour reprendre définitivement la Livonie aux Russes. Ces derniers finissent par céder l'Est de la Livonie et Dorpat à la Pologne-Lituanie en 1582 après avoir déporté près de 10 000 habitants (principalement des paysans Estoniens) en Russie pendant toute la durée de la guerre.

1582-1600: Dorpat, capitale religieuse de la Livonie polonaiseModifier

 
Division de la Livonie en 1600:
  • Pologne–Lituanie
  • Duchés vassaux de la Pologne–Lituanie
  • Russie
  • Suède
  • Danemark-Norvège

Au sortir de la guerre de Livonie, la paix de Jam Zapolski entre la Russie et la République des Deux Nations (Pologne-Lituanie) oblige la Russie à se retirer du Sud-Est de la Livonie. Les russes doivent également quitter le Nord qui est désormais partie de l'empire de Suède. Dorpat est alors une ville du Duché de Livonie, vassal de la Pologne-Lituanie, une monarchie absolue centralisée et profondément catholique.

Le roi Sigismond II s'était engagé à maintenir le gouvernement autonome de la noblesse allemande, ainsi qu'à garantir le culte protestant luthérien et l'emploi de l'allemand comme langue d'administration. En réalité, après sa mort en 1572 et la reprise de tout le territoire Livonien en 1582, ces promesses ne sont pas tenues et la noblesse doit rapidement se plier au modèle Polono-Lituanien. Le successeur de Sigismond II, Etienne Bathory, accorde le 9 mai 1584, son drapeau à la ville, qui reprend les couleurs de la Pologne, et reste le même depuis cette période.[25]

La Livonie est alors divisée en régions appelées "Voïvodies" (comme dans le reste du territoire polono-lituanien) dirigées par des Polonais ou des Lituaniens. À partir de 1598, Dorpat devient le chef-lieu d'un de ces districts. Les nobles allemands sont privés de leur terres, et ces dernières sont divisés en propriétés directement gérés par la couronne et appelées starosts. Seuls les nobles allemands démontrant une allégeance à la couronne ont l'autorisation de reprendre des terres et un manoir. Les assemblées régionales de la noblesse de Livonie (Diètes ou Landtags des voïvodies) et les assemblées des citadins étaient convoquées par le roi. Le Landtag des délégués de Livonie envoyaient 6 représentants — 2 Polonais, 2 Lituaniens, 2 Livoniens (Allemands) au parlement polonais, le Sejm.[26]

Sur le plan religieux, les tensions que créent la contre-réforme sous le règne d'Étienne Bathory font de l'ordre des Jésuites un acteur influent du processus de recatholicisation des territoires protestants. Dorpat devient alors le principal centre de diffusion de la contre-réforme catholique. Dès 1583, une congrégation jésuite, le colegium, fonde un lycée, le Gymnasium Dorpatense. Outre l'enseignement religieux, les jésuites s'occupent également de l'éducation et de l'instruction. Un séminaire spécifique de formation de prêtres traducteurs est créé à Dorpat, avec la nécessité de diffuser les textes religieux parmi les populations autochtones Estoniennes, Lettones mais aussi Russes et Allemandes. La langue d'enseignement est le latin, mais lors de leurs voyages missionnaires, les jésuites utilisent ces interprètes pour aider à expliquer les principes de la foi catholique au public dans leur langue maternelle. Les jésuites, impatients de publier et d'imprimer des livres religieux, publiaient également de la littérature religieuse estonienne.

Grâce aux capacités de traduction et à l'instruction dont ils disposent, les Jésuites connaissent un certains succès auprès de la population autochtone. Les bourgeois allemands, de confession protestante, ne fréquentent pas le lycée jésuite de Dorpat, dont la majorité des étudiants est d'origine polonaise. Une rénovation de la Cathédrale de Toome, alors endommagée par l'iconoclasme et la guerre, est à nouveau envisagée.

1601-1624: guerre entre les Suédois et Polono-lituaniensModifier

Depuis la mort d'Etienne Bathory, son remplaçant en tant que roi de Pologne et Grand duc de Lituanie est élu en 1587: il s'agit de Sigismund Vasa, héritier du trône de Suède. Il est aussi souverain de Pologne-Lituanie sous le nom de Sigismond III, puis devient roi de Suède à la mort de son père en 1592 afin de poursuivre l'alliance polono-suédoise (née lors de la guerre de Livonie). Une rivalité interne pour le trône de Suède éclate entre Sigismond III, catholique et son oncle le Duc Charles, protestant, régent du trône en l'absence de son neveu. Cette rivalité déboule sur une guerre civile qui se termine par l'éviction de Sigismond III du trône de Suède. Etant toujours souverain de Pologne-Lituanie, il souhaite toujours récupérer son trône suédois perdu.

Pour tenter d'étouffer de potentielles représailles, le nouveau Roi du Suède Charles IX n'en reste pas là, et s'en prend aux régions sous le contrôle de son neveu Sigismond III. Alors que les suédois occupent déjà la partie nord de la Livonie (appelée Duché d'Estlande depuis la fin de la guerre de Livonie), ils attaquent le Sud controlé par la Pologne-Lituanie et Dorpat fait partie des premières cibles de l'armée scandinave.

Les activités croissantes, tant du lycée que du séminaire, ainsi que les plans de colonisation et de contre-réforme catholique à grande échelle initiée par les polono-lituaniens à Dorpat subissent un coup d'arrêt brutal lorsque les suédois, majoritairement protestants, envahissent la ville en 1601. Certains prêtres jésuites sont alors déportés en Suède. De plus, les années 1601 à 1603 coïncident avec une grande famine ayant lieu dans toute l'Europe du Nord et impactant la plupart des paysans, et qui réduit également les sources de revenus de la couronne suèdoise[27].

Les polono-lituaniens de Sigismond III reprennent le contrôle de Dorpat en 1603, mais l'ombre du conflit plane sur la ville et les autorités polonaises, qui n'ont plus la possibilité de poursuivre leur entreprise de conversion catholique avec les mêmes moyens. Des conflits intermittents alternants avec de longues périodes de trêves permettent à la Suède emmenée à partir de 1911 par son nouveau roi Gustave II Adolphe, fils de Charles IX, de se réarmer et se renforcer au point de devenir l'une des principales puissances militaires d'Europe. Après avoir pris Riga le 25 septembre 1621 au terme d'un siège long de près d'un mois, les suédois négocient une nouvelle trêve le temps de se réarmer. Ils reviennent sur les côtes livoniennes aves 20 000 soldats en juin 1625, et prennent Dorpat pour de bon le 27 août de la même année.

1625-1655: la paix suédoise et la création de l'UniversitéModifier

Depuis 1625, la ville de Dorpat est totalement sous contrôle suédois. En vertu du Traité d'Altmark du 25 septembre 1629, le territoire anciennement polonais de Livonie devient officiellement la Livonie suédoise, une province composant le tentaculaire Empire suédois, une des plus grandes puissances d'Europe de l'époque, qui grâce à ses positions, domine les principales côtes de la mer Baltique. L'ancien château de l'évêque de Dorpat devient alors la résidence du Vice-régent (représentant de la couronne) de Suède sur le territoire.[28]

Dans cette entreprise de domination sur la Livonie, l'objectif premier des Suédois est d'abord de pérenniser le contrôle du territoire. Un vaste programme de sécurisation et de renforcement des fortifications de la ville à lieu. Avec l'aide de pierres prélevées sur les parties en ruine de l'ancien château épiscopal et de la cathédrale de Toome, les suédois renforcent les murs d'enceinte et entreprennent la construction de bastions ceinturant la colline de Toome ainsi que le centre-bourg en contrebas[29].

L'autre objectif important de la Suède est de faire de tous les habitants des sujets de la couronne à égalité de droits et loyaux envers cette dernière. En arrivant sur place en 1629, le nouveau gouverneur-général de Livonie Johan Skytte, ancien précepteur du Roi Gustave II Adolphe, est affolé par l’état de cette province ravagée par 70 ans de guerres et fonctionnant encore sous un régime féodal, qu'il juge comme étant de la "pure barbarie". Le paganisme est alors encore très présent dans les campagnes chez les paysans Estoniens, réduit au servage par l'aristocratie.

Cette noblesse terrienne d'origine germano-Balte, allemande (continentale) ou même suédoise, défend ses intérêts de classe avec un fort esprit corporatiste auprès de la couronne. Cette dernière lui accorde néanmoins un statut juridique privilégié (Ritterschaft, littéralement "chevalerie" en allemand); les affaires courantes sont désormais gérées par des conseillers territoriaux (Landräte) choisis parmi les barons baltes. Les représentants forment une assemblée régionale qui se réunit tous les trois ans à Riga. Les pouvoirs du gouverneur suédois Johan Skytte sont essentiellement fiscaux et militaires. Les lois suédoises n'ont pas cours au grand dam de la couronne.

Les villes, d’importance capitale pour renforcer le contrôle du gouvernement, sont toujours dominées par les commerçants allemands. Riga, ville prospère de peuplée de 30 000 habitants, est alors une des plus grandes villes du Royaume suédois. A la manière des propriétaires terriens, les bourgeois continuent de défendre les privilèges que leur octroyaient d’anciennes chartes. Reval (Tallinn) est dans une situation similaire.

L'ambition de Skytte est marquée par la volonté de calquer l'administration, ainsi que le système scolaire et judiciaire sur celui de la Suède métropolitaine, ou les paysans sont libres, et de veiller à ce que l’ordre ecclésiastique soit conforme aux principes du protestantisme luthérien. Le régime suédois tente d'organiser cette province sous la forme d'un contre-pouvoir à la noblesse allemande locale.

Plutôt que Riga ou Reval, dominée par une puissante bourgeoisie dont il est difficile de se défaire, Johan Skytte, avec le soutien du Roi, choisit Dorpat comme centre intellectuel et judiciaire de la province.[30] En 1630 est mis en place une cour d’appel (hovrätt). Un lycée luthérien ouvre en 1630 dans les bâtiment de l'ancien lycée jésuite. L'enseignement est alors en latin. Le programme comprend un enseignement des arts, des langues classiques, de théologie, ainsi que de droit et de médecine. En 1631, une imprimerie ouvre dans les locaux du lycée, ce qui fait entrer Dorpat dans l'ère de l'instruction et de la diffusion progressive des savoirs.

La transformation de ce lycée en une Université est évoquée dès 1632, une première réunion de professeurs le 4 avril, puis une première admission d'étudiants les 20 et 21 avril ont lieu cette même année. Le 30 juin 1632, le Roi Gustav II Adolphe, qui se trouve au beau milieu d'un camp militaire en Allemagne, à proximité de Nüremberg, signe le décret de création de l'Université de Tartu, appelée (en Latin) Academia Dorpatensis.

La cérémonie d'ouverture et de rentrée a lieu le 15 octobre de la même année. Le fonctionnement de l'Université est alors modelé sur celui de l'Université d'Uppsala, son enseignement est en Latin et concerne divers domaines: religion, philosophie, médecine et droit. Lors de la cérémonie, Johan Skytte, qui endosse également le rôle de chancelier de l'Université, prononce un discours sur la nécessité de l'accès à l'Université pour les paysans autochtones. Le roi de Suède Gustave II Adolphe meurt le 6 novembre 1632 lors d'une bataille en Allemagne continentale (Saint-Empire), l'université prend le nom d' Academia Gustaviana en son honneur.

1656-1661: Dorpat dans la guerre russo-suédoiseModifier

En 1654, Charles X Gustave, fils de la demi-sœur de Gustave II Adolphe, devient Roi de Suède. Il envahit la Pologne-Lituanie (République des Deux-Nations) et revendique également les territoires russes situées a proximité. Le responsable de la diplomatie du Tsarat de Russie, Afanassi Ordine-Nachtchokine juge opportun d'arrêter un conflit existant qui l'oppose à la Pologne-Lituanie déjà affaiblie, et d'attaquer l'Empire Suédois à la place. Il négocie et conclut une trêve avec la Pologne durant l’été 1656 (voir Traité de Vilnius) et, sous les ordres du Tsar Alexis Ier Mikhaïlovitch, lance une attaque sur le territoires suédois les plus proches, à savoir l'Ingrie et la Livonie.

Alors que le gros des troupes se concentre sur Riga, les forces auxiliaires venues de Pskov emmenées par Alexeï Troubetskoï arrivent pour conquérir Dorpat au début du mois d'août . Officiellement, l'armée de Troubetskoï est composée de 5546 cavaliers (3327 nobles, 832 Reîtres, 622 Cosaques et 102 Tatars) et environ 5000 fantassins (3 régiments du corps Streltsy et 4 régiments des ordres nouveaux). En face, la garnison suédoise de Dorpat, emmenée par le commandant Lars Fleming est composée d'un régiment d'infanterie (448 soldats dans 5 compagnies), de 45 artilleurs et environ 100 cavaliers réguliers. Ils étaient soutenus par plusieurs centaines d'habitants bourgeois armés.[31]

L'armée russe approche la forteresse au début du mois d'août 1656. Au début du siège, la garnison suédoise résiste et tente même des incursions en dehors de la ville, en tentant de franchir le blocus russe autour de la ville pour aller demander des renforts à l'extérieur. Malheureusement pour la garnison, l'artillerie est de plus en plus défaillante et les munitions viennent à manquer, de plus les meilleurs canons de siège avaient alors été envoyés à l'armée principale suédoise pour résister au siège de Riga.

Les russes abandonnent le siège de Riga le 6 octobre. A Dorpat, la situation est différente, la garnison et la ville souffrent des bombardements incessants de l'assaillant russe et des maladies déciment une partie des effectifs. Alors qu'il ne reste plus que 140 soldats et face au manque d'assistance et de nouvelles venues de l'extérieur, la garnison suédoise de Dorpat décide de se rendre le 23 octobre. L'université, ouverte en 1632, est contrainte de déménager à Reval (Tallinn), un territoire encore sous contrôle suédois.

La capture de Dorpat (toujours connu en russe sous le nom de Yourieff) est considéré comme un grand succès par le Tsarat de Russie et arrive à faire oublier l'incapacité des russes à conquérir Riga. Les suèdois tentent de reprendre Dorpat, sans succès, et le Traité de Valiesar signé entre les suédois (représentés notamment par le président de la Cour de Dorpat Gustaf Bielke) et les russes en 1658 donne le droit à la Russie de conserver les territoires conquis en Livonie, dont la ville de Dorpat, pendant les 3 années qui suivent.

1662-1700: retour sous le giron suédoisModifier

A l'expiration du délai de la paix de Valiesar, les russes abandonnent Dorpat qui retrouve la domination suédoise, avec à sa tête un nouveau roi: Charles XI, parvenu au pouvoir en 1660, veut établir un État fort sur le modèle du Royaume de France et se veut monarque absolu. En Livonie, cette nouvelle politique se traduit par le renforcement du pouvoir royal au détriment des nobles allemands et par un allégement de la condition des paysans Estoniens afin d'éviter les révoltes. Localement le Roi Charles XI réalise l'ambition de Johan Skytte, entre-temps mort en 1645. L'université, déplacée à Reval en 1656 et fermée en 1665, est finalement rouverte à Dorpat en 1690 sous le nom Academia Gustavo-Carolina.

A Dorpat, le centre du pouvoir local, le château du vice-régent est détruit dans un incendie en 1667.

À partir de 1680 le pouvoir suédois s'approprie tous les domaines dont les maîtres allemands n'ont pas de titre de propriété en bonne et due forme (Güterreduktion, la "grande réduction"), comme cela a été fait en Suède auparavant. 54 % des domaines (mõisad) de nobles allemands sont rattachés à la couronne suédoise, mais contrairement à la Suède, on laisse aux anciens propriétaires l'usage de leurs terres. Sur les terres confisquées, les pasteurs autrefois nommés par la noblesse sont désormais désignés par les représentants du souverain suédois. Le servage y est aboli par des décrets passés en 1681 et 1687. Les paysans prennent désormais part aux conseils provinciaux et peuvent demander justice devant des tribunaux royaux, dont celui de Dorpat. Ils ont également, en théorie, accès aux carrières militaires et ecclésiastiques. Face à toutes ces mesures, les élites germanophones, qui sentent leur pouvoir menacé pour la première fois dans leur histoire, protestent vigoureusement jusqu'à déclencher la dissolution de la diète de la Livonie par le pouvoir royal en 1694. Charles XII, qui monte sur le trône de Suède en 1697 alors qu'il n'est encore qu'un adolescent, tente en vain d'apaiser la noblesse en revenant sur certaines des mesures prises par son père[32].

Empire russeModifier

Le traité de Nystad en 1721 donna la ville à l'Empire russe et elle fut connue dès lors en russe sous le nom de Derpt, mais toujours en français sous le nom (allemand) de Dorpat. Elle fait alors partie du gouvernement (province) de Livonie. En raison des incendies qui détruisirent une grande partie de l'architecture médiévale au XVIIIe siècle dont le plus important fut le grand incendie de Tartu de 1775, la ville fut reconstruite dans l'esprit du baroque tardif et du néoclassicisme. Ne subsistent que quelques bâtiments de l'époque antérieure, dont la maison d'Upsal.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Tartu fut le centre culturel des Estoniens à l'époque du nationalisme romantique. La ville accueillit le premier festival de chants en Estonie en 1869, ainsi que le Vanemuine, le premier théâtre national, en 1870. Elle vit aussi la fondation de la Société des écrivains estoniens en 1872.

En 1893, la ville reprit officiellement son ancien nom russe de Iouriev. L'université fut ensuite russifiée à partir de 1895 avec l'introduction du russe comme langue obligatoire dans l'enseignement. L'université impériale russe fut transférée à Voronej en 1918, mais l'université estonienne de Tartu ouvrit ses portes dès 1919.

Avec l'indépendance estonienne qui suivit la Première Guerre mondiale, la ville fut désormais officiellement connue sous le nom estonien de Tartu.

Sous le régime soviétiqueModifier

Les traités de Tartu   (1920), entre la Russie soviétique et les républiques nouvellement indépendantes d'Estonie et de Finlande qui faisaient auparavant partie de la Russie impériale, ont été signés dans la ville.

À la fin de la guerre d'indépendance de l’Estonie qui a suivi la Première Guerre mondiale, un traité de paix entre les Bolcheviks et l'Estonie fut signé à Tartu le . Il stipulait que la Russie bolchévique renonçait « à jamais » à toute revendication territoriale sur l'Estonie. Cela n’empêcha pas qu’à la suite du Pacte germano-soviétique de 1939, l'Union soviétique occupât l'Estonie et Tartu en 1940.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de la ville ainsi que le Kivisild (pont de pierre historique construit par Catherine II de Russie en 1776-1778 au-dessus de l’Emajõgi) furent détruits par l'Armée rouge au cours de ses combats, en partie en 1941 et presque complètement en 1944. En 1941 avant l'arrivée des Allemands, les Soviétiques s'empressèrent de fusiller 192 prisonniers politiques et jetèrent leurs corps dans un puits.

Après la guerre, Tartu fut déclarée « ville interdite » aux étrangers, car c’était désormais une base aérienne où l’on construisait des bombardiers sur l'aérodrome de Raadi, dans la banlieue nord-est de la ville. La piste d’envol et d’atterrissage abrite aujourd'hui un grand marché de voitures d'occasion, et on l’utilise quelquefois pour des courses automobiles.

Pendant l'époque soviétique, la population de Tartu a presque doublé, passant de 57 000 à 100 000 personnes, en grande partie en raison d’une immigration massive en provenance d'autres régions de l'Union soviétique.

1988-1990 : Lutte pour la restauration de l'indépendanceModifier

Après la déclaration de souveraineté estonienne, survenue au cours de la Révolution chantante en novembre 1988, la ville de Tartu organise de nouvelles élections municipales. L'avocate et ancienne cavalière Aino-Eevi Lukas est chargée de présider le nouveau Conseil municipal. Elle entame la reprise des jumelages et des partenariats internationaux, et assure la continuité des institutions locales en vue de l'autonomie, puis de la restauration de l'indépendance du pays.

1991-2003 : la réhabilitationModifier

 
Centre d'affaires de l'Emajõgi

L'Estonie récupère son indépendance en 1991 et la ville de Tartu voit le départ de 10 000 de ses citoyens en l'espace de 3 ans. Ces habitants pour la plupart originaires de Russie et ayant émigrés pendant la période soviétique, retournent dans leur pays d'origine.

L'Eglise Saint-Jean, en ruine depuis les bombardements de la seconde guerre mondiale, fait l'objet d'une rénovation avancée, tout comme une grande partie du centre-ville.

L'Université de Tartu ne récupère son indépendance académique pleine et entière qu'à partir de 1992. L'Université bâti une nouvelle organisation en s'inspirant des modèles anglo-saxons et scandinaves.

1998 voit la construction du Centre d'affaires de l'Emajõgi (Emajõe ärikeskus), un bâtiment dédiée à l'hébergement d'entreprises situées dans la partie commerciale du centre-ville. Le bâtiment entièrement vitré d'une hauteur de 52 mètres, dessiné par l'architecte Kalle Rõõmus, devient l'un des nouveaux symboles de Tartu.[33]

En 1999, Tartu est choisi pour devenir le siège du Collège de défense balte, une école militaire internationale dirigée conjointement par les forces armées d'Estonie, de Lettonie et Lituanie.

La population municipale se stabilise au début des années 2000.

2004-2013 : Tartu dans l'Estonie européenneModifier

En 2004, l'Estonie adhère à l'Union Européenne et à l'OTAN. Le collège de défense balte accueille des instructeurs venus d'Europe de l'Ouest ainsi que des Etats-Unis.

En 2006 est créé le Festival du film d'amour de Tartu (Tartu Armastus Filmide Festival ou TartuFF). La même année, l'entreprise ABC Kinnisvarateenuste OÜ rachète une usine désaffectée pour en faire un tier-lieu. À partir de 2014, différents restaurants, boutiques, espaces de co-working, bibliothèques, salle des conférences et d'expositions sont intégrés dans ce complexe appelée Aparaaditehas.

2014-2025 : l'ère Urmas Klaas : Tartu capitale européenne de la cultureModifier

Grâce à son adhésion à l'Union européenne, la ville de Tartu est intégrée au réseau SmartENCity, qui vise à améliorer l'efficacité énergétique des habitations et réduire les émissions de CO2. Avec les crédits accordés par le réseau, le conseil municipal lance un vaste programme de rénovation et de réaménagement des habitations collectives de type Khrouchtchevka. La construction de ces immeubles lancées à l'époque soviétique, rendait la consommation de chauffage particulièrement coûteuse[34],[35]. Lorsque le programme de rénovation se termine en 2020, les immeubles surnommés Smartchevka ("Khrouchtchevka intelligentes") font partie des bâtiments les plus économes en énergies et les mieux isolés de la ville.

En 2017, un département spécial est créé au sein du service culturelle de la municipalité en vue d'une candidature en tant que Capitale européenne de la culture.

En juin 2019, Tartu est préférée à Narva et sélectionnée par un jury international pour être Capitale européenne de la culture pour l'année 2024. L'équipe chargée de l'organisation devient une Fondation à part entière en décembre de la même année.

Touchée comme dans le reste de l'Europe, par la pandémie de Covid-19 en 2020, la ville est contrainte de fermer temporairement nombre de ses établissements culturels et de nombreuses Fêtes en lien avec l'Université sont annulées ou réduites à leur plus simple expression. En 2020, pour pallier l'annulation des festivals et concerts d'été, l'architecte-urbaniste en chef de la ville Tõnis Arjus imagine "l'avenue sans voiture" (Autovabaduse puiestee), une série d'évènements culturels (concerts, jeux, théâtres...) sur des installations temporaires situées sur l'Avenue de la liberté (Vabaduse puiestee), alors fermée à la circulation.

A l'hiver 2021, tandis que la municipalité de Tallinn est contrainte de restreindre l'activité des bars et commerces, la ville de Tartu diminue les horaires d'ouverture de ces derniers. L'harmonisation des restrictions sur l'ensemble du territoire par le gouvernement contraint les musées et établissement culturels à la fermeture temporaire en mars et avril 2021.

En 2021, les premières esquisses d'un plan sont divulguées en vue de la construction d'un Centre culturel de cœur de ville (Südalinna Kultuurikeskus), située sur une partie de l'actuelle Parc central. Sa construction, supposée empiéter sur un ancien espace vert, fait polémique et rencontre de nombreuses oppositions locales.

ClimatModifier

Tartu se situe dans la zone tempérée humide du climat continental. Le climat est plutôt doux si l’on considère sa haute latitude ; c’est dû en grande partie à la proximité de la mer Baltique et aux apports d’air chaud venant de l'Atlantique. L'influence continentale peut néanmoins se faire sentir pendant les jours de chaleur en été et les périodes de froid en hiver, quand la température peut parfois (mais c’est rare) tomber au-dessous de −30 °C. En général, les étés vont du frais au chaud et les hivers sont froids, même s’ils ont été très doux et pluvieux ces dernières années.

AdministrationModifier

 
L'hôtel de ville de Tartu en hiver. Décembre 2016.

Le conseil municipal compte 49 membres, élus tous les quatre ans par les habitants selon le principe de la représentation proportionnelle[36]. Il est dirigé par un maire et cinq adjoints[37]. Le maire actuel est Urmas Klaas. Andrus Ansip, Premier ministre d'Estonie de 2005 à 2014, a été maire de Tartu pendant de longues années. Ansip et Klaas appartiennent tous les deux au Parti de la Réforme, majoritaire à Tartu actuellement.

Le président du conseil municipal est Lemmit Kaplinski, fils de l'écrivain Jaan Kaplinski.

QuartiersModifier

Tartu est officiellement divisé en 17 quartiers qui n'ont pas de fonction administrative.

Quartier Superficie
(ha)
Habitants
2001
Habitants
2006
Habitants
2012
Annelinn 541 30000 28200 27480
Ihaste 424 1000 1800 2322
Jaamamõisa 149 3000 3000 3202
Karlova 230 9500 9000 9073
Kesklinn 180 7500 6700 6575
Maarjamõisa 113 800 500 377
Raadi-Kruusamäe 283 5000 4800 4626
Ropka 146 5500 5300 5120
Ropka ZI 354 2700 2700 2511
Ränilinn 122 2500 1800 1732
Supilinn 48 2100 1800 1790
Tammelinn 311 8000 8100 8195
Tähtvere 250 4500 3500 3023
Vaksali 75 2900 3100 3206
Variku 77 2000 1900 1840
Veeriku 281 5500 5300 5561
Ülejõe 302 8200 7700 7876

DémographieModifier

D'après les données de "Statistics Estonia", la population de Tartu se répartirait historiquement et nationalement comme tel [38],[39]:

Nationalité Effectif Pourcentage
Total 102 414 100 %
Estoniens 82 268 80,3 %
Russes 15 998 15,6 %
Ukrainiens 1 214 1,2 %
Finnois 1 084 1,1 %
Biélorusses 491 0,5 %
Juifs 141 0,1 %
Polonais 140 0,1 %
Allemands 124 0,1 %
Lettons 109 0,1 %
Lituaniens 91 0,1 %
Tatars 81 0,1 %
Autres 673 0,7 %
Année Population
1881 29 974
1897 42 308
1922 50 342
1934 58 876
1959 74 263
1970 90 459
1979 104 381
1989 113 320
1995 104 874
2000 101 241
2005 101 483
2006 101 740
2007 101 965
 
La population de Tartu entre 1990 et 2009.

Relations internationalesModifier

Villes jumellesModifier

Tartu est jumelée avec[40] :

GalerieModifier

 
Dans Kõrgem Kunstikool Pallas (et) à Tartu. Octobre 2016.

PersonnalitésModifier

 
Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Naissance à Tartu.

18e siècleModifier

19e siècleModifier

20e siècleModifier

21e siècleModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Üxküll signifie dans la langue des Lives comme en estonien « village numéro un » de üks:un et küla:village.
  2. Les Lives, qui occupaient une grande partie de la Lettonie, sont tout comme les estoniens des finno-ougriens. Ils ont été progressivement repoussés et assimilés par les protobaltes et ne sont plus aujourd'hui que quelques centaines ; les locuteurs ont pratiquement disparu en 2010.
  3. Tacite dans son ouvrage La Germanie parle des Aestii qui récoltent l'ambre, ce qui désigne plutôt les habitants de la région de Kaliningrad.

RéférencesModifier

  1. https://www.stat.ee/en/find-statistics/statistics-region/tartu-county/tartu-city
  2. « Tartu »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur pays-baltes.com (consulté le ).
  3. Histoire des pédologues et de la science des sols - Jean Boulaine, Geneviève Signeux - Google Livres, (1989), pages 132 et 160
  4. https://www.etis.ee/File/DownloadPublic/715a08d3-3b8c-47d2-a12f-ab1db35af878?name=Fail_estonian%20archaeology%204.pdf&type=application%2Fpdf
  5. « Юрьев уездный город Лифляндской губернии - это... Что такое Юрьев уездный город Лифляндской губернии? », sur Словари и энциклопедии на Академике (Dictionnaire académique russe)
  6. « Tartu orduajal »
  7. a et b J.P. Minaudier, op. cit., p.29
  8. J.P. Minaudier, op. cit., p.58-59
  9. J.P. Minaudier, op. cit., p.59-61
  10. a et b Bülow 2003, p. 73
  11. https://www.kirj.ee/public/Archaeology/2011/issue_1/arch-2011-15-1-56-72.pdf
  12. (en) « Eglise évangélique luthérienne d'Estonie ».
  13. (en) « Reformationsstadt Tartu ».
  14. Cynarski 2007, p. 203–204
  15. Bain 1971, p. 84
  16. Bain 1971, p. 84
  17. Oakley 1993, p. 26 (en ligne)
  18. Frost 2000, p. 24.
  19. Bain 1971, p. 117
  20. Frost 2000, p. 25.
  21. Tuchtenhagen 2005, p. 36.
  22. Kahle et Hauptmann 1984, p. 17.
  23. De Madariaga 2006, p. 192 (en ligne).
  24. De Madariaga 2006, p. 195.
  25. https://tartu.ee/en/flag-and-coat-of-arms-of-tartu
  26. http://www.estonica.org/en/History/1558-1710_Estonia_under_Swedish_rule/Estonia_divided_between_Sweden,_Poland_and_Denmark/
  27. https://www.researchgate.net/publication/297274941_The_Famine_of_1601-1603_in_Estland_I_Chronology_the_Scope_of_the_Crop_Failure_and_the_Decrease_in_Incomes
  28. https://www.muuseum.ut.ee/vvebook/pages/2_3.html
  29. https://www.muuseum.ut.ee/vvebook/pages/2_4.html
  30. https://journals.openedition.org/rgi/291
  31. Fajfrić Željko., Ruski carevi, Sremska Mitrovica, Tabernakl, , 1. izd éd. (ISBN 9788685269172, OCLC 620935678)
  32. J.P. Minaudier, op. cit., p. 112-114
  33. https://www.estiko.ee/ettevotted/emajoe-arikeskus
  34. https://smartencity.eu/
  35. http://tarktartu.ee/
  36. Voir la liste « ici »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  37. Qu’on peut voir « ici »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  38. « "Statistics Estonia" »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Population par genre et par nationalité.
  39. Statistics Estonia Données globales pour les recensements de 1881, 1897, 1922, 1934, 1959, 1970, 1979, 1989.
  40. (et) « Tartu sõpruslinnad », Tartu (consulté le )
  41. construite en 1899 et détruite en 1944
  42. (ee) Leo Gens, « Eesti sünagoogid. », Estonian Jewish Museum
  43. un restaurant de Tartu qui prétend être le pub ayant le plus haut plafond du monde entier. Octobre 2015.

Liens externesModifier