Parti populaire conservateur d'Estonie

Parti politique estonien

Parti populaire conservateur d'Estonie
(et) Eesti Konservatiivne Rahvaerakond
Image illustrative de l’article Parti populaire conservateur d'Estonie
Logotype officiel.
Présentation
Président Martin Helme
Fondation
Fusion de Union populaire estonienne
Mouvement patriotique estonien (en)[1]
Siège Toompuiestee 27, Tallinn
Journal Konservatiivide Vaba Sõna
Organisation de jeunesse Sinine Aratus
Positionnement Droite[2],[3],[4] à extrême droite[5]
Idéologie Nationalisme[2]
National-conservatisme[6]
Conservatisme social[7]
Euroscepticisme[7],[8]
Russophobie[9]
Populisme de droite[10]
Climatoscepticisme[11]
Affiliation européenne MENL/PID
Groupe au Parlement européen ID (depuis 2019)
Adhérents en augmentation 8 932 (2021)[12]
Couleurs Bleu
Site web ekre.ee
Présidents de groupe
Parlement européen Marco Zanni (ID)
Représentation
Députés
19  /  101
Députés européens
1  /  7

Le Parti populaire conservateur d'Estonie (en estonien : Eesti Konservatiivne Rahvaerakond, abrégé en EKRE) est un parti politique estonien national-conservateur, fondé en par fusion de l'Union populaire estonienne et du groupe de pression Mouvement patriotique estonien.

Drapeau du Parti populaire conservateur d'Estonie.

Son leader est Martin Helme.

HistoriqueModifier

Le parti obtient 17,8 % des voix aux législatives de . Il s'allie alors aux centristes et aux conservateurs pour former un gouvernement commun[13].

Trois ministres issus d'EKRE ont ensuite démissionné. Marti Kuusik (commerce et technologies de la communication), accusé de violences conjugales, n'est resté en poste que trente heures. Sa successeure, Kert Kingo, critiquée pour son incompétence et pour ses mensonges, démissionne le . Le , c'est au tour du ministre des affaires rurales, Mart Järvik, en raison d'une affaire de conflit d'intérêts, de quitter le gouvernement[13].

Le chef d'EKRE et ministre de l'intérieur, Mart Helme, est à l'origine de fréquentes polémiques. Il moque en les origines modestes de la nouvelle chef du gouvernement finlandais, Sanna Marin : « On voit désormais une vendeuse de grande surface devenir première ministre ainsi que d'autres activistes de rue et autres personnes sans éducation rejoindre le gouvernement », obligeant le gouvernement estonien à s'excuser auprès du gouvernement finlandais[13].

IdéologieModifier

L'EKRE se décrit comme « un parti estonien fondé sur des principes et courageusement patriote avec une mission inébranlable de protection des valeurs et des intérêts nationaux estoniens »[14].

Le programme du Parti Populaire Conservateur Estonien indique qu'il est fondé sur la continuité de la République d'Estonie et de sa Constitution et qu'il unit des peuples qui se battent pour l'État-nation, la cohésion sociale et les principes démocratiques[15].

L'EKRE affirme que les idées du parti reposent sur trois valeurs fondamentales :

  • La préservation des valeurs estoniennes, basées sur la langue, la culture, l'éducation, la famille, les traditions et l'économie nationale ;
  • Une société participative avec des opportunités égales, où une gouvernance ouverte, honnête et démocratique permet à tous les citoyens de s'épanouir et de s'impliquer dans la politique ;
  • L'équilibre du développement et du bien-être au niveau social et régional, garanti par un État juste et fort, par la mise en œuvre de politiques bienveillantes et fondées sur la connaissance, ainsi que par la mise en place d'un cadre de vie respectueux de l'environnement[15].

Il a également été qualifié d'extrême droite par Kari Käsper (et), le directeur exécutif du Centre Estonien des Droits de l'Homme[16], et dans les médias étrangers par BBC News[17] et le Christian Science Monitor[18]. L'écrivain estonien Rein Raud (et) le qualifie de néo-nazi[19]. Selon Fox News Channel , l'EKRE est un parti d'extrême droite, « considéré par certains comme ayant des sympathies fascistes-néo-nazies similaires à celles de nombreux autres partis nationalistes florissants dans les pays baltes et d'Europe Orientale ». Le Centre Simon-Wiesenthal a qualifié la procession aux flambeaux annuelle de l'organisation de jeunesse EKRE de « marche d'extrême droite »[20].

Martin Helme, membre du conseil d'administration et fils du chef du parti, a déclaré que les accusations d'extrémisme reflétaient simplement le manque de familiarité et l'inconfort de la classe dirigeante et des médias face au nouveau discours politique de l'EKRE : « Le courant dominant est devenu si orthodoxe, si strict, que tout ce qui ne lui ressemble pas d'une manière immaculée, diligente et fervemment plus catholique que le pape est immédiatement qualifié d'extrémiste[21]. »

Le programme d'EKRE stipule que les citoyens doivent activement se prémunir contre « l'ennemi externe » aussi bien « qu'interne » afin de garantir la nation estonienne, la survie de son indépendance et son statut d'ethno-État. Il énonce également comme objectifs la création de l'environnement nécessaire à la survie de la langue et de la culture estoniennes. Le parti appelle à la mise en œuvre de la démocratie directe[22], de l'équilibre budgétaire[23] et à un contrôle strict de l'immigration en Estonie[23]. Selon le parti, la « beauté naturelle intacte » de l'Estonie doit être préservée plus efficacement. Par conséquent, il soutient des sources d'énergie alternatives et respectueuses de l'environnement. EKRE veut intensifier la lutte contre les détritus et déclare que les coupables doivent être punis au moins avec une somme suffisante pour compenser le préjudice causé à la nature[23]. Le programme du parti comprend une interdiction de tous les aliments génétiquement modifiés et de leur importation[23]. Il est également décrit comme climatosceptique[11].

Liste des présidentsModifier

Résultats électorauxModifier

Élections législativesModifier

Année Voix % Rang Sièges Gouvernement
2015 46 772 8,1 6e
7  /  101
Opposition
2019 99 672 17,8 3e
19  /  101
Ratas II

À l'issue des élections législatives de 2019, le Parti populaire conservateur d'Estonie entre au gouvernement au sein d'une coalition.

Élections européennesModifier

Année Voix % Rang Sièges Groupe
2019 42 265 12,7 4e
1  /  7
ID

Au sein du Parlement européen, le parti est membre du Parti Identité et démocratie, auquel appartient également le Rassemblement national français[24].

Relations internationalesModifier

L'EKRE entretient des liens très forts avec d'autres partis de droite nationaliste lituanien et letton. En , l'EKRE signe la Déclaration de Bauska avec l'Alliance nationale et l'Union nationaliste lituanienne. Cette déclaration appelle à un nouvel éveil national des pays baltes et met en garde contre les menaces posées par le mondialisme, le multiculturalisme et la Russie[25]. Cependant, l'EKRE a récemment exprimé son soutien à la normalisation éventuelle des relations avec la Russie, exhortant une politique à l'égard de la Russie similaire à celle vis-à-vis de la Finlande, et à « ne pas transformer tous les incidents mineurs en un drame »[26]. Avant les élections législatives de 2019, le parti avait tenté de faire appel aux électeurs de la minorité russe, Mart Helme décrivant un « chevauchement » entre les attitudes « très conservatrices » du parti envers l'immigration et la « propagande homosexuelle » et celles des Russes en Estonie[26].

En 2014, le congrès du parti à Tallinn a reçu la visite d'une délégation du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni. La délégation était conduite par Roger Helmer qui a prononcé un discours en faveur de l'euroscepticisme en Estonie[27].

Les organisations avec lesquelles EKRE coopère participent régulièrement à la marche annuelle aux flambeaux à Tallinn. Ils incluent tous les signataires de la Déclaration de Bauska ainsi que le mouvement de jeunesse nationaliste scandinave Nordisk Ungdom[28].

Le parti a également des contacts parmi les nationalistes ukrainiens. Pendant l'Euromaïdan, Mart Helme a envoyé un message aux manifestants à Kiev, exhortant les patriotes ukrainiens à ne pas succomber aux demandes russes[29].

En , Mart Helme a rencontré le Premier ministre hongrois et dirigeant du Fidesz Viktor Orbán, et a souligné que « le Fidesz et EKRE sont des partis politiques basés sur les traditions chrétiennes et le désir de créer un alignement politique chrétien sur la base d'une alliance, afin de résister à la vision du monde des libéraux dans toute l'Europe »[30].

En 2019, le Parti populaire conservateur d'Estonie reçoit la visite de Marine Le Pen en tournée en Europe, avant les élections européennes. À cette occasion, un selfie pris avec l'un des militants du parti, suprémaciste blanc, a suscité une polémique[31].

Sinine AratusModifier

La branche jeunesse du parti, Sinine Aratus (Éveil bleu en français), est dirigée par le militant suprémaciste blanc Ruuben Kaalep et est proche de l’alt-right américaine[32] et de la mouvance identitaire pan-européenne.

Sinine Aratus affirme qu'« un nouvel éveil national des Estoniens » constitue son objectif principal[33]. Cela ferait suite au Réveil national estonien du XIXe siècle (en) et à la Révolution chantante, ouvrant la voie à l'établissement d'un « éternel ethno-État estonien »[34].

Sinine Aratus a été fondée le par Ruuben Kaalep et d'autres jeunes du Mouvement patriotique estonien (en)[34]. Les jeunes militants ont été à l'origine de nombreuses marches de protestation du parti. En plus de la politique, les jeunes de Sinine Aratus se concentrent sur l'art, la musique et la philosophie de droite comme l'école traditionaliste de Julius Evola et René Guénon[35]. Le mouvement est discipliné et ses militants ont formé plusieurs escadrons[36]. Kaalep organise également une formation sur les armes à feu avec des pistolets et des fusils d'assaut aux jeunes de Sinine Aratus et de la Feuerkrieg Division[37],[38],[39],[40]. Leurs activités incluent des rituels façonnés d'après le chamanisme finno-ougrien[34], y compris des célébrations du lever du soleil sur d'anciens tumulus[41].

Sinine Aratus est le principal organisateur de la marche annuelle aux flambeaux à Tallinn le , Jour de l'indépendance de l'Estonie (en). La première marche aux flambeaux du jour de l'indépendance a eu lieu en 2014. Selon Sinine Aratus, la marche aux flambeaux vise à honorer ceux qui sont tombés pour la nation estonienne et à signifier que la jeunesse estonienne n'a pas abandonné les principes nationalistes[42],[43],[44],[45],[46]. L'événement a été fortement critiqué par le Centre Simon-Wiesenthal qui l'a qualifié de « Nuremberg-esque » et a comparé l'idéologie des participants à celle des collaborateurs nazis estoniens[47],[48].

Notes et référencesModifier

  1. EKRE: Erakond (et)
  2. a et b (en) « EKRE – from club status to parliament rank », sur news.postimees.ee (consulté le )
  3. (en) « A wave of right-wing populism has swept across Europe », sur www.rawstory.com, (consulté le )
  4. http://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/handle/document/45635/ssoar-proceedingseass-2015-liivik-Right-wing_extremism_and_its_possible.pdf?sequence=1 Right-wing extremism and its possible impact to the internal security of the Republic of Estonia
  5. « Estonie: les libéraux remportent les législatives, nette percée de l'extrême droite », sur Capital.fr (consulté le )
  6. (en) Wolfram Nordsieck, « Estonia », sur Parties and Elections in Europe,
  7. a et b (en) Thomas Hoffmann, Russia and the EU, Routledge,
  8. (en) Anna Tiido, « The Russian minority issue in Estonia: host state policies and the attitudes of the population », Polish Journal of Political Science, no 4,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. https://www.liberation.fr/planete/2019/03/04/l-estonie-touchee-a-son-tour-par-la-percee-de-l-extreme-droite_1712939
  10. (en) « As refugees pour into Europe, far-right populists gain ground », The Times of Israel,‎ (lire en ligne)
  11. a et b Annika Joeres et Susanne Götze, « La menace climatosceptique pèse aussi sur l’Europe », sur Mediapart, (consulté le ).
  12. (et) « Äriregistri teabesüsteem » (consulté le )
  13. a b et c « En Estonie, l’extrême droite défie le gouvernement de l’intérieur », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. (et) « Erakond | EKRE – Eesti Konservatiivne Rahvaerakond » (consulté le )
  15. a et b (et) « Conservative People’s Party of Estonia Faction », sur Riigikogu (consulté le )
  16. (en) « The danger posed by the far right in the Estonian Parliament », sur Kari's journal, (consulté le )
  17. (en) Damien McGuinness, « Black Briton aims to be Estonian MEP », (consulté le )
  18. (en) « A first for Estonia: an elected black politician », Christian Science Monitor,‎ (ISSN 0882-7729, lire en ligne, consulté le )
  19. « Nous sommes marqués par notre passé soviétique », Courrier International, no 1491,‎ , p. 14
  20. (en) « Wiesenthal Center Criticizes Extreme Right March to Mark Estonian Independence Day | Simon Wiesenthal Center », sur www.wiesenthal.com (consulté le )
  21. (en) « EKRE – from club status to parliament rank », sur Estonian news - news.postimees.ee, (consulté le )
  22. (et) « Martin Helme: demokraatia on Euroopas löögi all, Eesti lohiseb kaasa », sur Objektiiv, (consulté le )
  23. a b c et d (et) « Programme de l'EKRE »
  24. (en) « Movement for a Europe of Nations and Freedom » (consulté le )
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  27. (et) Konservatiivne Rahvaerakond peab pühapäeval Tallinnas kongressi
  28. (et) FOTO: EKRE tõrvikumarsil osales ka avalikult natsismiga seostatud Rootsi noorteorganisatsioon
  29. (ru) « Национал-радикал Домбрава отправился на киевский "Евромайдан" (Латвия) », sur ИА REGNUM (consulté le )
  30. « Interior minister on Hungary visit », ERR,‎ (lire en ligne)
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  33. (et) Telegram: Sinine Äratus tahab Eestit uueks rahvuslikuks ärkamiseks ette valmistada
  34. a b et c (et) Uued Uudised: Sinine Äratus tähistas liikumise sünnipäeva « https://web.archive.org/web/20161006101439/http://uueduudised.ee/sinine-aratus-tahistas-liikumise-sunnipaeva/ »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), , 1 December 2015
  35. (et) Eesti Ekspress. "Sinised Äratajad".
  36. (et) Postimees: EKRE noorteorganisatsioon moodustas kolm eriülesannetega salka
  37. « EKRE-noored käivad Ruuben Kaalepiga lasketiirus kõmmutamas ja levitavad endist häirivaid pilte koos relvadega (EKRE youth share disturbing pictures with guns at a shooting range with Ruuben Kaalep) », Õhtuleht,‎ (lire en ligne[archive du ], consulté le )
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  41. (et) Delfi: Sinine Äratus valis uue juhi
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  48. « Nazi Hunter: Nuremberg-esque march no way to celebrate Estonian independence », International Business Times,

Lien externeModifier