Ouvrir le menu principal
Attaques de Soueïda

Informations générales
Date
Lieu Soueïda
Issue Indécise
Belligérants
Drapeau de la Syrie République arabe syrienne Drapeau de l'État islamique État islamique
Forces en présence
inconnues100 à 800 hommes[1],[2]
Pertes
116 morts au moins[3]63 morts au moins[3]
Civils : 142 morts au moins[3]

Guerre civile syrienne

Coordonnées 32° 42′ 00″ nord, 36° 34′ 00″ est

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Attaques de Soueïda

Les attaques de Soueïda ont lieu le lors de la guerre civile syrienne. Elles sont menées par l'État islamique dans la ville de Soueïda et dans des villages environnants.

Sommaire

PréludeModifier

Le gouvernorat de Soueïda est une région du sud de la Syrie, majoritairement peuplée de Druzes[4],[5]. Elle est relativement épargnée lors de la guerre civile syrienne[4]. Bien que le président syrien Bachar el-Assad y soit impopulaire, ses habitants redoutent encore davantage les islamistes[4],[6]. Les Druzes acceptent d'apporter leur soutien au régime syrien, mais à la condition que les combattants de la communauté ne soient pas déployés en dehors de leur région[4],[6]. De fait, le gouvernement contrôle peu la province qui est essentiellement tenue par des milices locales[7]. Les plus importantes sont les Cheikhs de la dignité et Dareh al-Watan[5]. Des milices des Forces de défense nationale, des Brigades du Baas et du PSNS sont également présentes dans la région[1].

Le , la bataille de la Ghouta orientale s'achève et les forces de l'État islamique encerclées à Yarmouk, au sud de Damas, acceptent un accord d'évacuation avec le régime et la Russie[8]. Les djihadistes abandonnent Yarmouk au régime, et en échange ils sont évacués vers les régions désertiques de l'Est avec les membres de leurs familles — soit 1 600 à 1 800 personnes au total, dont 800 combattants — les 20 et 21 mai[8],[2]. Les djihadistes s'installent alors dans une zone désertique au nord-est du gouvernorat de Soueïda[9],[10],[11]. Cette arrivée provoque alors des protestations de la part des habitants de Soueïda[7],[6]. D'après Le Monde, « certaines voix accusent les autorités d’avoir laissé le terrain libre aux djihadistes pour effrayer les druzes et faciliter le retour en force du régime dans la région. Cette thèse est cependant contestée »[6].

Le , pour la première fois depuis l'année 2016, les djihadistes de l'État islamique parviennent à lancer une attaque dans le gouvernorat de Soueïda qui cause la mort d'au moins 27 combattants prorégime, dont 14 soldats de l'armée syrienne et plusieurs miliciens chiites selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH)[12],[13].

DéroulementModifier

Le , l'État islamique lance une série d'attaques dans le gouvernorat de Soueïda[14]. La ville de Soueïda est ciblée, de même que plusieurs villages du nord-est de la province[14].

L'attaque débute à 4 heures du matin et est menée sur trois axes[7]. Les djihadistes infiltrent dans l'obscurité les villes et les villages, guidés pour certains par des bédouins locaux[7].

Dans la ville de Soueïda, quatre kamikazes se font exploser dans la matinée[14],[11],[15]. Le premier se fait exploser dans un marché aux légumes, deux autres dans le centre-ville et le quatrième dans un immeuble après avoir été coincé par des habitants[7]. Ces attentats tuent une trentaine de personnes[7].

Dans plusieurs villages au nord-est de la ville, les djihadistes frappent aux portes des maisons en appelant parfois certains habitants par leurs noms[7]. Des dizaines de civils sont massacrés dans leurs maisons, d'autres habitants sont faits prisonniers et sont emmenés par les hommes de l'EI, d'autres encore sont laissés comme témoins[7],[15],[16]. Des snipers de l'EI se déploient également à l'extérieur des villages, tandis que des fantassins prennent des positions retranchées[7],[17].

Les attaques sont revendiquées le jour même par l'État islamique[9]. L'organisation diffuse notamment une vidéo montrant la décapitation de quatre miliciens loyalistes[9]. Des médias locaux à Soueïda publient également des images de djihadistes tués et affirment que des papiers d'identité retrouvés sur eux indiquent qu'ils s'agissait de combattants évacués de Yarmouk[9].

Les miliciens locaux prennent alors les armes et mènent des contre-attaques pour repousser les djihadistes[7],[14]. Plusieurs frappes aériennes sont effectuées par l'aviation du régime[14]. L'armée syrienne annonce ensuite avoir repris trois villages aux djihadistes[9].

OtagesModifier

Selon l'OSDH et un site d'information local, Soueida24, 20 femmes et 16 enfants de la communauté druze ont également été enlevés par les djihadistes, tandis que 17 hommes sont portés disparus[18],[19]. L'OSDH déclare cependant peu après que quatre femmes ont réussi à prendre la fuite, mais que deux autres sont mortes, l'une tuée par balles, l'autre, probablement d'épuisement[18]. Une des femmes, enceinte de neuf mois, accouche également pendant sa détention selon Soueida24[20]. Des négociations s'ouvrent alors entre l'État islamique et la Russie pour obtenir la libération des otages[20]. Selon l'OSDH, les djihadistes réclament notamment la libération par le régime des combattants de l'EI capturés pendant l'offensive de Deraa[20]. Mais les négociations échouent et le 5 août, la décapitation par l'État islamique d'un jeune étudiant druze de 19 ans est annoncée[21],[19]. Le 9 août, une femme de 65 ans meure à son tour, probablement de maladie[22]. Le 2 octobre, la mort d'une jeune femme de 25 ans, exécutée d'une balle dans la tête, est annoncée à un négociateur[23].

Les pertesModifier

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le bilan des attaques est d'au moins 258 morts, dont 116 soldats et miliciens loyalistes et 142 civils, dont 38 femmes et enfants, tandis que les djihadistes comptent au moins 63 morts, dont sept kamikazes[3],[24],[9].

L'agence Amaq de l'État islamique revendique pour sa part la mort de 435 soldats et miliciens loyalistes[25]. Les médias officiels du régime syrien font quant à eux état de morts et de blessés, mais ne donnent pas de bilan[9].

Pour l'OSDH, il s'agit des tueries les plus meurtrières dans le gouvernorat de Soueïda depuis le début de la guerre civile[10]. Les funérailles des victimes ont lieu à Soueïda le lendemain[14].

Notes et référencesModifier

VidéographieModifier

RéférencesModifier

  1. a et b Matteo Puxton, Syrie: l'État islamique vaincu par l'armée syrienne sur le Golan, France Soir, 7 août 2018.
  2. a et b Madjid Zerrouky, Regain d’activité du groupe État islamique en Syrie, Le Monde, 28 mai 2018.
  3. a, b, c et d Calm returns to the countryside of al-Suwaidaa and its desert with anticipation for revealing the fate of abductees of al-Suwaidaa countryside 8 days after the deadliest and most violent attack, OSDH, 2 août 2018.
  4. a, b, c et d Georges Malbrunot, Syrie : à Sweida, le «royaume autonome» druze vit une paix armée, Le Figaro, 17 juillet 2017.
  5. a et b Les druzes de Syrie : un parcours d'équilibriste dans la guerre, OLJ avec AFP, 30 juillet 2018.
  6. a, b, c et d Laure Stephan, Dans le sud de la Syrie, l’angoisse des Druzes face aux djihadistes, Le Monde, 8 août 2018.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Kareem Shaheen, Sweida province: Isis knocked on doors then slaughtered families, The Guardian, 27 juillet 2018.
  8. a et b Madjid Zerrouky, L’armée syrienne reprend Yarmouk et annonce la fin de la bataille de Damas, Le Monde avec AFP, 21 mai 2018.
  9. a, b, c, d, e, f et g Syrie: Soueida en deuil après sa journée la plus meurtrière depuis 2011, AFP, 26 juillet 2018.
  10. a et b Syrie : des attaques perpétrées par Daech font plus de 220 morts, Le Figaro avec AFP, 25 juillet 2018.
  11. a et b Syrie: série d'attaques meurtrières de l'EI dans le sud, RFI, 26 juillet 2018.
  12. At least 43 members of the regime, its allies, and ISIS have been killed in more than 24 hours of clashes, raising the death toll to about 300 in 18 days of attacks and clashes, OSDH, 8 juin 2018.
  13. Syrie: 22 combattants prorégime tués dans des attaques de l'EI dans le sud, AFP, 8 juin 2018.
  14. a, b, c, d, e et f Des attaques de l'EI font plus de 220 morts en Syrie, AFP, 25 juillet 2018.
  15. a et b Syrie : les attentats revendiqués par l’EI font plus de 200 morts dans le sud du pays, Le Monde avec AFP, 25 juillet 2018.
  16. More human losses raise to 221 at least, the number of people who were killed in the bloodiest attack on Al-Suwaidaa and its countryside, OSDH, 25 juillet 2018.
  17. People and residents of al-Suwaidaa reveal to SOHR details of the death coming from the east, OSDH, 27 juillet 2018.
  18. a et b Syrie : l'EI a enlevé 36 femmes et enfants la semaine dernière à Soueida, Europe 1 avec AFP, 30 juillet 2018.
  19. a et b Syrie : l'EI a exécuté l'un des otages enlevés à Soueida, Europe 1 avec AFP, 5 août 2018.
  20. a, b et c Moscou négocie avec l'EI la libération d'otages druzes enlevés à Soueida, AFP, 3 août 2018.
  21. Syrie: bombardements et combats intensifs contre l'EI dans le désert de Soueida, AFP, 6 août 2018.
  22. Syrie : mort d'un deuxième otage druze détenu par l'EI, Europe 1 avec AFP, 9 août 2018.
  23. Syrie: l'EI a exécuté une femme parmi les otages druzes enlevés à Soueida, AFP, 2 octobre 2018.
  24. More human losses raise to 315, the number of people who were killed in the attacks of the Bloody Wednesday in Al-Suwaidaa province, OSDH, 26 juillet 2018.
  25. 'Amaq Gives Casualty Count of 435 in IS Attacks on Multiple Axes in al-Suwayda, SITE, 25 juillet 2018.