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Attaque chimique de Douma

massacre de la guerre civile syrienne
Attaque chimique de Douma
Date
Lieu Douma
Victimes Civils
Type Attaque chimique
Morts 48 à 150 au moins[1],[2],[3]
Blessés 500 à 1 000 au moins[1],[4]
Auteurs présumés Drapeau de la Syrie Forces armées syriennes[5]
Guerre Guerre civile syrienne
Coordonnées 33° 35′ 00″ nord, 36° 24′ 00″ est

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Attaque chimique de Douma

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Attaque chimique de Douma

L'attaque chimique de Douma du a eu lieu lors de la bataille de la Ghouta orientale, au cours de la guerre civile syrienne.

Sommaire

Prélude

Au cours de la guerre civile syrienne, le régime syrien de Bachar el-Assad fait usage d'armes chimiques à de nombreuses reprises[6],[7]. Le , la ville de Douma, dans la Ghouta orientale, est déjà touchée par l'attaque au sarin la plus meurtrière du conflit[8],[9].

En janvier 2018, l'armée syrienne intensifie ses frappes aériennes contre la poche rebelle de la Ghouta orientale et lance une offensive au sol le 25 février, malgré le vote la veille d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies réclamant l'instauration d'un cessez-le-feu[10],[11],[12]. Pendant les combats, plus de 1 600 civils sont tués par les bombardements du régime en un mois et demi selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH)[1] et plusieurs attaques chimiques au chlore de faible intensité sont signalées par les services[13],[14],[15],[16],[17]. Début mars, l'OSDH évoque 60 cas de suffocations dans la Ghouta[18]. Le ministère russe de la Défense publie alors un communiqué accusant les insurgés de « préparer une provocation, prévoyant un recours à des substances toxiques afin d'accuser les forces gouvernementales d'utiliser des armes chimiques contre la population civile »[16].

Le 21 mars Ahrar al-Cham capitule, suivi par Faylaq al-Rahmane le 23 mars : leurs combattants sont alors évacués avec les membres de leurs familles vers le gouvernorat d'Idleb ou le nord du gouvernorat d'Alep[19],[20]. Début avril 2018, 46 000 personnes, dont un quart de combattants, ont été évacuées[21], et 95 % de la poche de la Ghouta orientale a été reconquise par le régime. C'est une défaite significative des rebelles en Syrie[22]. Seule la ville de Douma, tenue par environ 10 000 hommes de Jaych al-Islam, reste aux mains des rebelles[20],[23]. Jaych al-Islam mène alors des négociations avec la Russie sur les conditions d'une capitulation ou d'un désarmement, mais le groupe annonce qu'il refuse « catégoriquement » de quitter Douma[20],[24]. Un accord est cependant conclu le 1er avril et l'évacuation de combattants et de civils débute le lendemain[25],[26]. Mais elles s'interrompent le 5 avril, alors que 4 000 combattants et civils ont quitté Douma, en raison de divergences au sein de Jaych al-Islam[23]. Une tendance menée par Issam al-Boueidani, le commandant en chef du groupe, refuse toujours d'abandonner Douma, tandis qu'une autre, rassemblée autour de Samir Kaaké, accepte l'accord d'évacuation[27]. Le régime décide alors de faire pression sur les rebelles pour obtenir leur capitulation et 6 avril, pour la première fois depuis une dizaine de jours, les forces aériennes loyalistes reprennent leurs frappes sur Douma et tuent au moins 40 civils[1],[28],[29].

Déroulement

Le 7 avril, l'armée syrienne reprend l'offensive au sol et attaque Douma à l'ouest, à l'est et au sud[30],[31]. Les frappes aériennes se poursuivent au cours de la journée : selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 30 civils sont encore tués par les bombardements et à 16 h 30, une première attaque chimique au chlore est signalée par l'OSDH, les Casques blancs et la Syrian American Medical Society (en) qui affirment que onze personnes souffrent de suffocation[32],[28],[18].

Mais le soir du 7 avril, à 20 h 30, une nouvelle attaque chimique de bien plus grande ampleur a lieu à Douma[32],[33],[1]. De multiples témoignages, dont ceux des observateurs aériens Sentry Syria[34] proche des Casques blancs, rapportent qu'un hélicoptère du régime syrien a décollé de l'aéroport militaire de Dumeir et lâché une bonbonne chimique[35],[5],[36],[37],[38],[39]. Les habitants se sont alors réfugiés dans des sous-sols ou dans des pièces faiblement ventilées, ce qui cause de nombreuses victimes[33]. Des dizaines de personnes sont tuées dans un seul immeuble[36].

Les Casques blancs recueillent les morts et les blessés et publient des vidéos montrant des corps sans vie, avec de la mousse blanche s'échappant de leur bouche[1]. Ils déclarent que « des familles entières ont péri étouffées dans les sous-sols »[40]. Les Casques blancs et la Syrian American Medical Society (en) indiquent que les blessés souffrent de « difficultés respiratoires », de « brûlures de la cornée » et dégagent « une odeur semblable à celle du chlore »[1],[9]. Du sarin pourrait également avoir été employé[9],[41],[42]. Pour le médecin humanitaire spécialiste de la médecine de guerre et de la situation en Syrie, Raphaël Pitti : « Une substance mortelle a été ajoutée au chlore »[43],[44],[42].

Le lendemain de l'attaque chimique, Jaych al-Islam capitule et un nouvel accord d'évacuation est conclu avec le régime syrien[45],[46]. Selon les déclarations à l'AFP du chef du bureau politique de Jaych al-Islam, Yasser Delwane, l'attaque chimique a poussé le groupe à accepter l'accord d'évacuation[47]. En quelques jours, la majorité des combattants de Jaych al-Islam ainsi que des milliers de civils ont été évacués[48].

Bilan humain

Le 8 avril, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme que pendant la journée du 7 avril, les bombardements à Douma ont fait au moins 80 morts, dont 40 par suffocation[33]. L'OSDH affirme cependant alors ne pas être en mesure de « confirmer ou de nier » l'utilisation d'armes chimiques[33].

Le même jour, les Casques blancs et la Syrian American Medical Society (en) affirment que 48 personnes ont été tuées par des « gaz toxiques » et 500 autres, en majorité des femmes et des enfants, présentent « les symptômes d'une exposition à un agent chimique »[1], tandis que Raed al Saleh, chef des Casques Blancs, a affirmé que 70 personnes étaient décédées par suffocation[49].

Mohammed Allouche, haut responsable du bureau politique de Jaych al-Islam, évoque également des dizaines de morts et des centaines de blessés causés par « l'inhalation de gaz toxiques qui ont visé la ville de Douma »[40]. Le groupe Jaych al-Islam annonce peu après que l'attaque a fait une centaine de morts[2].

Tawfik Chamaa, un médecin syrien de l'Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), affirme le 8 avril que l'attaque chimique a fait au moins 150 morts[2]. Le 9 avril, l'UOSSM France donne pour sa part un bilan d'au moins 60 morts et 1 000 blessés[4].

Le 10 avril, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), déclare que 70 personnes ont été tuées alors qu'elles s’abritaient dans des caves et que « 43 de ces décès sont dus à des symptômes liés à une exposition à des agents chimiques à haute toxicité »[50]. L'OMS indique également que 500 personnes ont été blessées et présentent « des signes et symptômes évoquant une exposition à des agents toxiques »

Laure Stephan, journaliste du Monde indique pour sa part que « le comptage des corps sur les vidéos permet de confirmer la présence de 34 cadavres sur le site de l’attaque »[36].

Réactions internationales

Le jour de l'attaque, le groupe Jaych al-Islam d'une part et les ONG Casques blancs et la Syrian American Medical Society (en) d'autre part font état d'un recours au « gaz de chlore toxique » et désignent le régime syrien responsable de cette attaque[51],[52],[53], ces derniers publiant un premier bilan et les premières images des victimes.

Sana, l'agence de presse officielle de la Syrie, nie les accusations d'attaques chimiques et cite une source officielle qui les qualifient de « farce », de « fabrications », et affirme que « l'armée, qui progresse rapidement et avec détermination, n'a pas besoin d'utiliser une quelconque substance chimique »[1],[40]. Du côté de la Russie, le général Iouri Ievtouchenko, chef du Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie, « dément fermement » les accusations d'attaque chimique[2],[1]. Selon lui, aucune arme chimique n'a été utilisée à Douma[54]. Le 9 avril, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov déclare que des « spécialistes militaires se sont déjà rendus sur place » et qu'ils n'ont « découvert aucune trace de chlore ou d’une quelconque substance chimique utilisée contre les civils »[4],[55], et que des médecins militaires russes n'ont pas pu observer de symptômes d'intoxication après examination des patients admis à l’hôpital de la ville[56]. Le ministère iranien des Affaires étrangères déclare pour sa part que « de telles allégations et accusations par les Américains et certains pays occidentaux sont le signe d'un nouveau complot contre le gouvernement et le peuple syriens, et un prétexte pour une action militaire, qui va certainement compliquer davantage la situation dans ce pays et la région. Alors que l'armée syrienne a le dessus sur le terrain face aux terroristes armés, l'utilisation d'armes chimiques ne serait pas rationnelle de sa part »[57].

Heather Nauert (en), la porte-parole du département d'État des États-Unis, déclare pour sa part le 8 avril que « ces informations, si elles sont confirmées, sont effroyables et exigent une réponse immédiate de la communauté internationale. La Russie, avec son soutien sans faille au régime, porte la responsabilité finale de ces attaques brutales »[1],[33]. Le président américain Donald Trump dénonce pour sa part une « attaque chimique insensée » et pointe du doigt la « responsabilité » de la Russie et de l'Iran pour leur soutien à l'« animal Assad »[58],[32].

Le , peu après son arrivée au pouvoir, le président français Emmanuel Macron avait déclaré que l'utilisation d'armes chimiques en Syrie serait une « ligne rouge » qui, si elle était franchie, ferait l'objet d'une « riposte immédiate »[59]. Le 8 avril, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, déclare que la France « assumera toutes ses responsabilités au titre de la lutte contre la prolifération chimique »[32].

De son côté, Boris Johnson, le secrétaire d'État britannique des Affaires étrangères réclament une enquête et une « réponse internationale forte et solide »[60].

Le 9 avril, Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, déplore la « faiblesse » de la réaction des États membres du Conseil de sécurité des Nations unies : « Un certain nombre d'Etats très puissants sont directement impliqués dans le conflit syrien, mais ils ont été totalement incapables d'enrayer cette régression inquiétante vers une arme chimique disponible pour tous. [...] Ce haussement d'épaules collectif pour un possible recours à l'une des armes les plus horribles jamais conçues par l'homme est incroyablement dangereux. [...] La condamnation verbale est manifestement très insuffisante et l'échec patent de toutes les parties à enquêter correctement sur chaque allégation d'attaques chimiques encourage l'utilisation de telles armes ignobles et porte atteinte à la légitimité du droit international »[61]. Il précise que des armes chimiques ont été employées au moins 35 fois en Syrie depuis 2013, alors que la Convention sur leur interdiction a été ratifiée par 192 États[61] : « Et la réponse du monde ? Des mots vides, de faibles condamnations et un Conseil de sécurité paralysé par l'usage du droit de veto »[61].

L'utilisation d'armes chimiques est condamnée le 8 avril par le pape François, qui déclare : « Des nouvelles terribles nous parviennent de la Syrie avec des dizaines de victimes, dont beaucoup de femmes et d'enfants. Tant de personnes sont frappées par les effets des substances chimiques contenues dans les bombes. [...] Il n'y a pas une bonne guerre et une mauvaise, et rien, rien ne peut justifier l'usage de tels instruments d'extermination contre des personnes et des populations sans défense »[1].

Le 9 avril, Human Rights Watch déclare que l'attaque de Douma est un « crime de guerre ». Son directeur, Kenneth Roth, déclare que Bachar el-Assad « a déjà eu recours par le passé à l'arme chimique, pour ce qu'elle a de terrifiant, en plus du grand nombre de personnes qu'elle tue. Elle démoralise l'ennemi. [...] Il n'y a aucun doute sur la responsabilité criminelle du gouvernement Assad [...] et la responsabilité de la Russie peut aussi être établie dans le choix de la stratégie du gouvernement syrien »[62],[5].

D'après The Guardian, « les stratèges [des États-Unis, Royaume-Uni et France] sont anxieux d'éviter de détruire des équipements russes ou du personnel russe stationnés en Syrie, pouvant potentiellement provoquer une réaction de Moscou », le scénario d'«une attaque sur le palais présidentiel d'Assad a été écartée» et il semble que de potentielles ripostes occidentales seraient « focalisées sur les capacités chimiques présumées de la Syrie », comme le Centre d'Études et de Recherche à l'ouest de Damas, que « les États-Unis suspecte d'être impliqué dans la préparation d'armes chimiques », ainsi que «les bases aériennes où les armes chimiques sont présumées avoir été stockées et les avions ayant prétendument été utilisés pour les attaques» et les postes de commandement[63].

Enquêtes

Le 10 avril, la Syrie et la Russie invitent officiellement l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) à venir enquêter sur place à Douma, en assurant être en mesure d'assurer la sécurité des représentants de l'organisation[64],[65],[66]. L'OIAC annonce le même jour qu'elle va envoyer une équipe en Syrie[67]. Cependant, sans mandat de l'ONU, l'OIAC n'est pas autorisé à désigner les responsables d'une attaque chimique[68].

Le même jour, plusieurs projets de résolutions sont soumis au Conseil de sécurité des Nations unies, mais tous sont rejetés[69],[64]. Les États-Unis proposent la mise en place pour une durée d'un an d'un mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies (Unimi) : douze pays votent pour — les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Éthiopie, le Kazakhstan, les Pays-Bas, la Suède, la Côte d'Ivoire, la Guinée équatoriale, le Koweït, le Pérou et la Pologne — mais la Chine s'abstient, la Bolivie vote contre et la Russie place son veto[69],[70],[71],[72]. Moscou propose alors sa propre résolution réclamant la création d'un mécanisme d'enquête sur les armes chimiques en Syrie : la Russie, la Chine, la Bolivie, l'Éthiopie, le Kazakhstan et la Guinée votent pour ; le Koweït et la Côte d'Ivoire s'abstiennent, mais les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, le Pérou et la Pologne votent contre en dénonçant le manque d'indépendance du nouvel organisme envisagé et le fait que le Conseil de sécurité dispose dans ce projet de l'ultime décision d'entériner ou non les conclusions d'une enquête[69],[72]. Un troisième projet visant à soutenir une enquête à Douma de l'OIAC est proposé par la Russie : la Russie, la Chine, la Bolivie, l'Éthiopie et le Kazakhstan votent pour ; les Pays-Bas, la Suède, le Pérou, le Koweït, la Côte d'Ivoire et la Guinée équatoriale s'abstiennent ; les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Pologne votent contre, estimant ce projet inutile car l'OIAC est déjà en partance pour la Syrie et critiquant le fait que ce projet ne permette pas à l'OIAC de désigner les auteurs des attaques à l'arme chimique, laissant ceux-ci impunis[69],[73],[74].

L'équipe de l'OIAC arrivera le 14 avril sur les lieux. Elle soumettra un premier « rapport de situation » dans les 24 heures, puis un « rapport préliminaire » dans les 72 heures suivant le retour au siège à La Haye, et enfin un rapport final sous 30 jours[75].

Le 12 avril, le président Emmanuel Macron déclare que la France « a la preuve » que « des armes chimiques ont été utilisées, au moins du chlore, par le régime de Bachar et-Assad » à Douma, tout en précisant qu'« en aucun cas, la France ne laissera une escalade se faire »[76],[77]. Le 13 avril, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et l'armée russe, par l'intermédiaire de son porte-parole Igor Konachenkov, affirment posséder des preuves d'une « provocation préparée à l'avance » et accusent le Royaume-Uni d'avoir « exercé une forte pression » sur les Casques blancs pour « mettre en place cette provocation »[78],[79], accusations que le Royaume-Uni qualifiera de « grotesque, bizarre et de mensonge flagrant »[63]. Le même jour, les États-Unis annoncent posséder les preuves de la responsabilité du régime syrien dans l'usage de gaz empoisonné à Douma, avec « un haut degré de confiance » d'après les porte-paroles de la Maison Blanche Sarah Sanders et du Département d'État des États-Unis Heather Nauert (en) : « Nous savons qu'il n'y a que certains pays comme la Syrie qui ont les moyens adéquats et ce type d'armes »[63],[80]. Un rapport d'évaluation des États-Unis, publié le 14 avril peu après l'annonce du président Donald Trump de lancer des frappes aériennes, décrit des informations corroborant l'attaque chimique « multi-sourcées » provenant d' « utilisateurs de réseaux sociaux, d'organisations non-gouvernementales et d'autres ressources open-source [...] telles que l'Organisation Mondiale de la Santé», incluant des «vidéos et images des restes de deux bombes cylindriques au chlore », de « nombreuses images fiables de haute résolution des victimes », ainsi que des « témoignages rapportant spécifiquement le décollage d'hélicoptères Mi-8 », notant plusieurs précédents dans l'usage d'armes chimiques par le régime syrien et qu'ils « ne possèdent aucune information suggérant que le groupe Jaych al-Islam n'ait jamais utilisé d'armes chimiques », et qu'« il serait invraissemblable que l'opposition puisse fabriquer un tel volume de rapports médiatiques sur l'usage d'arme chimique par le régime [...] ce qui nécessiterait une campagne hautement organisée et compartimentée pour pouvoir tromper plusieurs médias tout en évitant notre détection »[81]. La France publie également un rapport d'évaluation nationale faisant état de sources et de conclusions similaires[82],[83].

Le 14 avril, un haut responsable américain déclare à l'agence Reuters que les États-Unis estiment que du sarin et chlore ont été utilisés lors de l'attaque de Douma[84].

Bellingcat (en) estime pour sa part que les victimes de l'attaque chimique ont été tuées par une munition constituée « d'un cylindre de gaz rempli par ce qui est très probablement du gaz de chlore » largué par un hélicoptère[36]. Ce cylindre, de couleur jaune, est visible sur l'une des vidéos tournées à Douma[36]. Cependant Bellingcat indique que ce type de cylindre n'est pas compatible avec le sarin[36].

L'équipe de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) arrive à Damas le 14 avril[85]. Mais alors que l'enquête devait débuter le lendemain, l'équipe de l'OIAC n'est pas autorisée à se rendre à Douma[85],[86]. Les États-Unis et le Royaume-Uni critiquent alors la Russie et déclarent redouter que cette dernière ne cherche à altérer le site de l'attaque[85],[87],[88]. La France estime pour sa part « très probable que des preuves et des éléments essentiels disparaissent »[89]. Damas et Moscou affirment alors que la mission de l'OIAC a été retardée pour des raisons de « sécurité » et affirme qu'elle entrera à Douma le 18 avril, après la fin d'opérations de déminage[87],[88].

Analyses

Pour le politologue Ziad Majed, de l'American University of Paris : « À chaque fois que le régime utilise des armes chimiques, on se demande pourquoi… Mais il faut bien comprendre que Bachar al-Assad a fait du meurtre une stratégie délibérée. Il est décidé à exterminer ou déplacer une partie de la société pour créer une Syrie plus homogène. Dans cette même Ghouta, l’armée syrienne a tué 1 500 personnes en 2013 avec du gaz sarin. Quel prix a payé le régime ? Aucun. Il sait qu’il peut continuer. Il envoie un message aux rebelles en disant : "Nous faisons ce que nous voulons, personne ne nous arrêtera, vous n’avez rien à négocier." »[32]. D'un point de vue stratégique, il explique que «le principal groupe de Douma, Jaych al-Islam, disposait encore de plusieurs milliers de combattants» et qu'avec ces frappes, «Bachar al-Assad les pousse au désespoir et leur rappelle qu’ils devront de toute façon se plier à ses conditions» car «en poussant les habitants à quitter leurs abris et à sortir dans les rues, les gaz les exposent aux bombes de l’aviation, leur ôtant leurs ultimes protections».

Pour le géographe Fabrice Balanche, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, il n'y « aucun doute » sur l'implication de l'armée syrienne dans l'attaque chimique de Douma, car «d'un point de vue tactique, les gaz sont utilisés car il y a des tunnels, des caves, des bunkers où sont réfugiés les combattants mais également des civils, et il n'y a guère d'autre moyen pour les en faire sortir. [...] Les gaz sont la méthode la plus facile pour les faire sortir [...] et c'est un instrument de terreur, par conséquent cela a poussé les rebelles à accélérer leur départ de Douma»[90].

De même pour Nicolas Tenzer, président du centre d'études et de réflexions pour l'action politique et chargé d'enseignement à Sciences-Po Paris, il n'y a « absolument aucun doute » sur la responsabilité du régime de Bachar el-Assad, « c'est le seul à posséder de tels stocks aujourd'hui, qui n'ont d'ailleurs pas été éliminés »[91].

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français et chargé du suivi du terrorisme islamiste au Cf2R, considère que le régime n'a « aucun besoin d’"impressionner" les rebelles qui sont aujourd’hui acculés » et estime qu'il faut « privilégier la défense des intérêts des citoyens français et la recherche de la paix par la voie du dialogue et de la diplomatie », mettant en garde contre une réponse militaire du camp occidental qui ne mènerait selon lui qu'à une «guerre totale» et au « déclenchement de la troisième Guerre mondiale », tout en estimant ce scénario peu probable comparé à une frappe limitée à quelques installations militaires « pour marquer le coup mais sans aucune traduction sur les plans stratégique et tactique »[92], rejoignant sur ce point l'analyse de Fabrice Balanche[32]. Néanmoins avant toute riposte, il « conviendrait que l'information de "frappe chimique" sur la Douma soit confirmée », car « encore faut-il le faire pour de bonnes raisons vérifiées et pas sur des "on dit" repris en choeur par les intellectuels prédateurs »[92].

Mezri Haddad, journaliste, écrivain, philosophe et diplomate tunisien, estime que le régime syrien n'avait pas « d'intérêt [...] de bombarder aux armes chimiques une ville, Douma en l'occurrence, quasiment libérée des mains criminelles des islamo-fascistes », et que « plutôt que de céder à l'hybris washingtonien, de s'aliéner [il faut sans doute lire « s'aligner »] aveuglément sur l'hyperpuissance américaine [...] la France doit au contraire répondre à sa vocation de puissance souveraine et modératrice »[93].

Selon Jean-Marc Lafon, cofondateur de l'institut Action résilience : « Il ne reste plus beaucoup de troupes syriennes qui soient, d'un point de vue opérationnel, très efficaces. Donc ces troupes-là, il est important de faire en sorte qu'elles soient déployées le moins longtemps possible à un endroit pour les envoyer à un autre. Et c'est l'un des intérêts opérationnels d'utiliser des armes chimiques, même si la victoire à court terme est assurée : cela limite la durée de la présence de troupes efficaces sur un territoire et cela permet de les déployer très vite ailleurs où on en a grand besoin. Bachar Al-Assad a un intérêt opérationnel à utiliser des armes chimiques et c'est pourquoi il y a un intérêt concret à en dissuader l'utilisation »[94].

Le grand reporter anglais Robert Fisk, considéré comme plutôt favorable au camp loyaliste[95],[96],[97], correspondant du journal The Independant, a pu visiter l'hôpital de Douma et affirme que selon le témoignage d'un médecin local, ce sont des personnes souffrant d'hypoxie (manque d'oxygène), en raison de leur confinement dans des tunnels souterrains lors d'un bombardement, qui se sont retrouvées à l'hôpital. Ce dernier affime que les images diffusées dans les médias ont été tournées par un « Casque Blanc » qui a crié « Gaz ! », provoquant ainsi une scène de panique[98].

Conséquences

Dans la nuit du 8 au 9 avril, l'aéroport militaire T-4, également appelé l'aéroport militaire de Tiyas, situé entre Homs et Palmyre, est la cible d'une frappe aérienne, menée par deux avions de combat F-15 depuis l'espace aérien libanais, qui font au moins 14 morts[99],[100]. Bien qu'ayant menacé d'effectuer une riposte militaire en représailles à l'attaque chimique de Douma, les États-Unis et la France démentent être impliqués[99],[100]. Mais rapidement, la Russie accuse Israël, imité par la Syrie qui se rétracte après avoir dans un premier temps accusé les États-Unis[99],[100]. L'armée israélienne, qui effectue régulièrement des frappes aériennes en Syrie, et qui avait notamment déjà bombardé la base aérienne de Tiyas en février, « décline tout commentaire »[99],[100].

Dans la nuit du 13 au 14 avril, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France[101],[102] lancent une attaque aérienne sur quatre positions du gouvernement syrien, dont un centre de recherche, un complexe militaire stockant des armes chimiques près de Homs et un poste de commandement. Le secrétaire à la défense américaine James Mattis la décrit comme étant une « frappe ponctuelle afin d'envoyer un message clair au président syrien Bachar el-Assad et ses lieutenants meurtriers », sans notification préalable à la partie russe, tout en évitant « au maximum » les positions russes et civiles afin de « ne pas accroître les tensions dans la région »[103],[104]. Toutefois, selon CNN, citant des sources proches du gouvernement américain, Mattis aurait, au cours d'une réunion le 12 avril 2018, conseillé à Trump d'attendre des preuves plus définitives avant de mener une éventuelle attaque, le mettant en garde contre une escalade militaire[105]. Les États-Unis et la France ont publié des rapports d'évaluation détaillant les informations sur lesquelles se sont fondées la décision d'une frappe aérienne[81],[82].

Les États-Unis ont tiré, selon les autorités, deux fois plus de munitions que le raid de 2017 soit plus de 100. Trois navires de l'United States Navy et des bombardiers B-1 ont été utilisés.

La France a tiré des missiles SCALP-EG depuis des Dassault Rafale et employé des missiles de croisière navals depuis la frégate multi-missions Aquitaine[101].

La participation britannique est un tir de 8 missiles Storm Shadow depuis 4 chasseurs Tornado GR4 de la Royal Air Force stationnés sur la base aérienne britannique Akrotiri à Chypre contre un complexe militaire à 24 km à l'ouest de Homs[106].

Le 16 avril 2018, la France engage une procédure de retrait de la Légion d'honneur de Bachar el-Assad[107]

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Syrie: une attaque chimique présumée du régime suscite l'indignation, Le Vif avec AFP, 8 avril 2018.
  2. a, b, c et d Syrie : l'armée soupçonnée d'avoir utilisé des armes chimiques dans la Ghouta orientale, France 24 avec Reuters, 8 avril 2018.
  3. Gilles Paris, Marc Semo et Benjamin Barthe, Carnage chimique dans la Ghouta orientale, Le Monde, 9 avril 2018.
  4. a, b et c Attaque chimique dans la Ghouta: au moins 60 morts et plus de 1.000 blessés, France Soir, 9 avril 2018.
  5. a, b et c Stephanie Nebehay, Syrie-L'attaque à Douma est un crime de guerre-HRW, Reuters, 9 avril 2018.
  6. René Backmann, Comment Bachar al-Assad a gazé son peuple: les plans secrets et les preuves, Mediapart, 1er juin 2017.
  7. Stephanie Nebehay et Jean-Philippe Lefief, L'Onu impute 27 bombardements chimiques aux forces syriennes, Reuters, 6 septembre 2017.
  8. Hélène Sallon, En Syrie, une attaque chimique sans précédent, Le Monde, 22 août 2013.
  9. a, b et c Benjamin Barthe, Syrie : ce que l’on sait sur la nature des bombardements sur Douma, Le Monde, 8 avril 2018.
  10. Benjamin Barthe, En Syrie, l’offensive terrestre contre la Ghouta orientale a commencé, Le Monde, 2 mars 2018.
  11. Ellen Francis et Firouz Sedarat, Syrie et Iran poursuivent l'offensive sur la Ghouta orientale, Reuters, 25 février 2018.
  12. Hala Kodmani, Ghouta orientale : une trêve sitôt actée, sitôt rompue, Libération, 25 février 2018.
  13. Syrie: le régime accusé d'une nouvelle attaque chimique près de Damas, Le Point avec AFP, 22 janvier 2018.
  14. Syrie : du "chlore a été utilisé" contre la population de la Ghouta orientale, Franceinfo, 26 février 2018.
  15. Syrie : des symptômes évoquant une utilisation de chlore dans la Ghouta orientale, Europe 1 avec agences, 26 février 2018.
  16. a et b Syrie: soupçons d'attaque chimique lors des raids sur la Ghouta orientale, L'Express avec AFP, 26 février 2018.
  17. Syrie : la Ghouta orientale victime d'une nouvelle "attaque à l'arme chimique" lundi, affirme une ONG, Franceinfo, 6 mars 2018.
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