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Viktor Orbán

personnalité politique hongroise
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Orban (homonymie).
Dans le nom hongrois Orbán Viktor, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français Viktor Orbán, où le prénom précède le nom.
Viktor Orbán
Viktor Orbán en 2016.
Viktor Orbán en 2016.
Fonctions
Premier ministre de Hongrie
En fonction depuis le
(7 ans, 10 mois et 20 jours)
Président László Sólyom
Pál Schmitt
László Kövér (intérim)
János Áder
Gouvernement Orbán II et III
Législature VIe et VIIe
Coalition Fidesz-MPSZ-KDNP
Prédécesseur Gordon Bajnai

(3 ans, 10 mois et 21 jours)
Président Árpád Göncz
Ferenc Mádl
Gouvernement Orbán I
Législature IIIe
Coalition Fidesz-MPPFKgPMDF
Prédécesseur Gyula Horn
Successeur Péter Medgyessy
Président du Fidesz
En fonction depuis le
(14 ans, 11 mois et 1 jour)
Prédécesseur János Áder

(6 ans, 9 mois et 11 jours)
Prédécesseur Direction collégiale
Successeur László Kövér
Député
En fonction depuis le
(27 ans, 11 mois et 16 jours)
Élection
Réélection
24 mai 1998
21 avril 2002
23 avril 2006
25 avril 2010
6 avril 2014
8 avril 2018
Circonscription Fejér
Législature Ire, IIe, IIIe, IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe
Groupe politique Fidesz
Biographie
Nom de naissance Viktor Mihály Orbán
Date de naissance (54 ans)
Lieu de naissance Székesfehérvár (Hongrie)
Nationalité hongroise
Parti politique Fidesz-MPSZ
Diplômé de Université Loránd Eötvös
Université d'Oxford
Profession Juriste
Religion Calvinisme
Résidence Palais Wellisch, Budapest

Signature de Viktor Orbán

Viktor Orbán
Premiers ministres hongrois

Viktor Orbán ([ˈviktoɾ], [ˈoɾbaːn]), né le à Székesfehérvár, est un juriste et homme d'État hongrois. Membre du Fidesz-Union civique hongroise (Fidesz-MPSZ), il est Premier ministre de Hongrie de 1998 à 2002 et depuis 2010.

Il s'engage en politique à vingt-quatre ans contre le régime communiste, puis participe à la fondation du Fidesz-MPSZ, un parti chrétien-démocrate dont il prend la tête en 1993. Il est député à l'Assemblée nationale depuis 1990.

Après les élections législatives de 1998, remportées par les partis de droite, il devient Premier ministre. Défait de justesse par les socialistes quatre ans plus tard, il dirige ensuite l'opposition de droite pendant huit ans.

Il emporte une large victoire aux élections de 2010. Avec la majorité absolue des voix et les deux tiers des sièges de l'Assemblée nationale, il a mandat pour rédiger une nouvelle Constitution, promulguée en 2012. Il renforce le rôle de l'État dans l'économie, le contrôle des institutions financières, la lustration des anciens communistes. Cette politique lui vaut la réprobation de l'Union européenne, des États-Unis et de la plupart des médias occidentaux.

Reconduit pour un troisième mandat à la suite des élections de 2014, il s'oppose à l'immigration et déclare défendre l'État-nation lors de la crise migratoire en Europe, ce qui lui vaut des accusations de populisme. Il désigne notamment comme adversaire son compatriote George Soros, dont il combat l'influence en Hongrie. Cette crise coïncide avec la renaissance du groupe de Visegrád. Il est reconduit dans ses fonctions en 2018.

Sommaire

BiographieModifier

OriginesModifier

Viktor Mihály Orbán naît le à Székesfehérvár, dans le comitat de Fejér, au sein d'une famille de la classe moyenne rurale. Il est le fils de Győző Orbán, ingénieur agronome et militant de longue date du Parti socialiste ouvrier hongrois, et d'Erzsébet Sípos, éducatrice et orthophoniste, qui sont tous les deux les parents de deux autres garçons, prénommés Győző et Áron, respectivement nés en 1965 et en 1977.

FormationModifier

Après le déménagement de sa famille à Székesfehérvár en 1977, Viktor Orbán termine ses études secondaires, spécialisées en anglais. Il entreprend ensuite des études de droit à l'université Loránd Eötvös (Budapest), qu'il intègre après son service militaire de deux ans. Au cours de ses études, il rédige une thèse sur le mouvement polonais Solidarność.

Après l'obtention de son diplôme universitaire, en 1987, il part vivre à Szolnok, dans l'Est du pays, pour une période de deux ans, tout en se rendant périodiquement à Budapest pour y travailler comme sociologue stagiaire au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

En 1989, Viktor Orbán obtient une bourse de la fondation Soros pour étudier la science politique et l'histoire de la philosophie libérale britannique au Pembroke College de l'université d'Oxford, en Grande-Bretagne ; son tuteur personnel est le philosophe polonais Zbigniew Pełczyński (en). Il interrompt son séjour britannique au mis de afin de se présenter aux premières élections législatives post-communistes.

Vie familialeModifier

En 1986, il épouse la juriste Anikó Lévai, avec laquelle il a cinq enfants prénommés Ráhel, Gáspár, Sára, Róza et Flóra. D'obédience protestante, car appartenant à l'Église réformée de Hongrie, tandis que sa femme est catholique, Orbán est féru de football et de littérature hongroise.

Opposant au régime communisteModifier

Le , âgé de vingt-quatre ans, Viktor Orbán participe à la fondation de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), et prononce l'année suivante un discours appelant à la tenue d'élections libres et au départ des troupes soviétiques déployées dans le pays, à l'occasion de cérémonie de « réenterrement » d'Imre Nagy et des autres martyrs de la révolution hongroise de 1956, célébrée sur la place des Héros de Budapest.

« en fait c'est alors, en 1956, que le Parti socialiste ouvrier hongrois nous a privés de notre avenir nous, les jeunes d'aujourd'hui. Dans le sixième cercueil [vide, qui représente les martyrs inconnus de 1956], il n'y a donc pas seulement un jeune assassiné, mais il y repose aussi vingt, ou qui sait combien, de nos années suivantes. »

— Viktor Orbán devant 250 000 personnes sur la place des Héros, le [1]

Peu après, il participe à la délégation de l'opposition à la table ronde des négociations avec le pouvoir communiste.

Du libéralisme au conservatismeModifier

Élu député à l'Assemblée nationale lors des élections législatives de 1990, le premier scrutin post-communiste hongrois, il devient, en 1992, vice-président de l'Internationale libérale, lors du congrès de Mayence. En 1993, il prend la présidence de l'Alliance des jeunes démocrates (Fiatal Demokraták Szövetsége, acronyme Fidesz), renommée en 1995 Fidesz-MPP (« MPP » pour Magyar Polgári Párt, Parti civique hongrois). Le parti délaisse alors son obédience sociale-libérale pour assumer un programme davantage conservateur.

Viktor Orbán conserve son siège à l'Assemblée à la suite du scrutin de 1994, au cours duquel il parvient à faire de son parti la deuxième force politique du pays, après le Parti socialiste hongrois (MSZP).

Premier mandat de Premier ministreModifier

Nomination à 35 ansModifier

 
Viktor Orbán en 2001.

Lors des élections du , le Fidesz-Union civique hongroise obtient 148 députés sur 386, devenant ainsi le premier parti de Hongrie. Après avoir formé un gouvernement de coalition, comptant 213 élus, avec le Parti civique indépendant des petits propriétaires et des travailleurs agraires (FKgP) et le Forum démocrate hongrois (MDF), Viktor Orbán, âgé de 35 ans, est investi Premier ministre le 6 juillet, sur la proposition du président de la République, Árpád Göncz.

Succès économiquesModifier

Il mène une politique économique consistant à faire baisser la fiscalité, les cotisations sociales, le chômage et l'inflation, tout en poursuivant la réduction du déficit budgétaire entamée par la coalition de centre gauche de Gyula Horn. Sa politique économique fournit de bons résultats[2] : l'inflation passe de 10,3 % (en 1998) à 4,9 % (en 2002)[3],[4], tandis que la croissance économique s'élève à plus de 4 % du produit intérieur brut (PIB)[5] et que le déficit public passe sous la barre des 4 % du PIB.

Il lance en outre une importante réforme de l'administration publique, créant un macroministère de l'Économie, démettant de leurs fonctions les membres des comités directeurs du Fonds de sécurité sociale et de l'Agence centrale de paiements de la sécurité sociale et renvoyant des milliers de fonctionnaires.

Réforme des institutionsModifier

Les institutions sont également réformées, puisqu'il parvient à faire instaurer un système de motion de censure constructive. En revanche, il ne parvient pas à modifier le seuil de la majorité qualifiée, requise notamment pour modifier la Constitution : la volonté du gouvernement était de faire abaisser le minimum des deux tiers des députés à la majorité simple de l'Assemblée, ce qui est déclaré inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle.

Relations avec la diasporaModifier

Il fait adopter une loi accordant d'importants droits aux minorités magyares (trois millions de personnes) disséminées dans les pays voisins, ce qui lui attire des critiques des pays concernés.

Politique internationaleModifier

Au niveau diplomatique, son mandat est marqué par l'adhésion de la Hongrie à l'OTAN, en 1999, sans que le pays ne participe pour autant à la guerre du Kosovo.

Huit années d'oppositionModifier

 
Viktor Orbán avec Hans-Gert Pöttering, en 2006.

Porté par ses bons résultats sur le plan économique, le Fidesz-Union civique hongroise, coalisé avec le Forum démocrate hongrois (MDF), arrive en tête des législatives de 2002 avec 188 députés, soit dix de plus que le MSZP de Péter Medgyessy. Cependant, ce dernier s'allie avec l'Alliance des démocrates libres (SzDsZ), seul autre parti représenté à l'Assemblée nationale, avec 20 élus. Viktor Orbán se voit ainsi contraint de renoncer au pouvoir le 27 mai suivant.

Quatre ans plus tard, en 2006, il conduit à nouveau sa formation aux élections législatives, cette fois-ci en coalition avec le Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP), mais il est devancé par le MSZP du nouveau Premier ministre, en place depuis 2004, Ferenc Gyurcsány. Son avenir à la tête du parti est remis en question, mais le plan de rigueur budgétaire drastique imposé par le gouvernement et la diffusion de propos du chef du gouvernement révélant ses mensonges lors de la campagne de 2006, confirment son statut de chef de l'opposition.

À l'occasion des élections européennes de 2009, son parti remporte 56,3 % des voix et 14 des 22 sièges à pourvoir au Parlement européen.

Premier ministre pour la seconde foisModifier

 
Viktor Orbán en 2010.

Retour au pouvoirModifier

Chef de file du Fidesz-Union civique hongroise, toujours coalisée avec le KNDP, pour la cinquième fois à l'occasion des législatives de 2010, il obtient 52 % des voix et acquiert 263 sièges sur 386, alors que la majorité qualifiée des deux tiers est de 258 élus. Le 29 mai, Viktor Orbán redevient Premier ministre, étant le premier à l'occuper deux fois de façon non-consécutive.

Loi sur les médiasModifier

À la fin de l'année 2010, il fait adopter une loi sur le contrôle des médias, très critiquée au sein de plusieurs pays de l'Union européenne et par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE)[6], juste avant que son pays ne prenne, pour six mois, la présidence du Conseil de l'Union européenne. Finalement, il accepte, au début du mois de février, d'amender la loi afin d'en modifier ou supprimer les éléments les plus controversés[7], un accord jugé insuffisant par le quotidien de centre-gauche Népszabadság[8], qui avait saisi la Cour constitutionnelle le 10 janvier pour faire annuler la loi[9].

Réformes constitutionnellesModifier

Le , à la suite d'une consultation d'un an auprès des citoyens, l'Assemblée nationale adopte une nouvelle Constitution (« Loi fondamentale de la Hongrie »), avec les seules voix du Fidesz, qui détient la majorité requise des deux tiers des sièges. La nouvelle Constitution crée la controverse dans les pays occidentaux, notamment en raison de références aux racines chrétiennes et à « l'histoire millénaire » du pays, de l'affirmation du mariage entre un homme et une femme et de la protection de la vie dès son commencement. Les voisins slovaques et roumains s'inquiètent quant à eux de l'octroi de la nationalité aux Hongrois citoyens des pays voisins[10]. L'article qui prévoyait « un salaire égal pour un travail égal » est supprimé et le droit de grève restreint[11]. La nouvelle Constitution entre en vigueur le 1er janvier 2012[12].

La Constitution rend rétroactivement responsables les dirigeants du Parti socialiste hongrois, issu de l'ancien Parti communiste, des « crimes commis sous le régime communiste jusqu'en 1989 »[13].

 
Hillary Clinton, secrétaire d'État des États-Unis, à la suite d'un entretien avec Viktor Orbán au sujet de la Loi fondamentale de la Hongrie, en 2011.

Le , Viktor Orbán fait adopter une quatrième modification de la Loi fondamentale par 265 voix pour, 11 contre et 33 abstentions[14]. Les socialistes boycottent le vote alors que le parti vert LMP demande aux députés du Fidesz de voter contre[15]. L'amendement modifie le rôle de la Cour constitutionnelle, qui s'était déclarée compétente pour juger de la compatibilité de futurs amendements avec la Loi fondamentale, en la faisant uniquement juge du droit et en lui interdisant la possibilité de se référer à sa jurisprudence d'avant l'entrée en vigueur de la Constitution de 2012[16]. Cet amendement réintroduit par ailleurs plusieurs dispositions annulées par cette Cour, comme la possibilité d'expulser les sans-abris des lieux publics[17]. L'Union européenne et les États-Unis s'opposent à cette modification[17]. En novembre 2013, le gouvernement Orbán fait passer plusieurs lois au Parlement, instaurant notamment la détention provisoire illimitée[18].

D'après ses opposants, le gouvernement agit de façon à accumuler les pouvoirs : de grands commis d’État issus du Fidesz sont nommés pour neuf ou douze ans, des assemblées locales sont remplacées par des administrateurs du gouvernement ou voient leurs pouvoirs sensiblement réduits, et le gouvernement multiplie des nominations à des fonctions stratégiques (cours de justice, agences d’évaluation de l’État, médias, universités, institutions culturelles, etc.)[11].

Mesures économiquesModifier

Le gouvernement Orbán entreprend une politique de nationalisme financier, incarnée par le ministre de l'Économie, György Matolcsy. Les caisses de retraites privées, mises en place en 1997 par les socialistes sur le conseil de la Banque mondiale, sont nationalisées pour un montant de 10 milliards d'euros[19],[20]. La dernière tranche de prêt du FMI est rejetée et la Hongrie s'acquitte de la dette contractée.

Rejetant la politique prônée par le FMI, Viktor Orbán cherche à respecter l'objectif de déficits publics en dessous de 3 % du PIB au moyen de taxes sur les grandes entreprises. Le gouvernement institue ainsi une « taxe de crise », d'abord sur les banques et les produits financiers, puis sur les entreprises de l'agroalimentaire, de la grande distribution, de l'énergie et des télécommunications[21]. Un taux d'imposition unique sur les revenus, fixé à 16 %, est inscrit dans la nouvelle Constitution[22].

Viktor Orbán réduit également les dépenses de fonctionnement de l'État : diminution de 5 % du nombre de fonctionnaires, réduction à huit du nombre de ministères, division par deux du nombre de députés, interdiction faite aux ministres de verser des primes aux hauts fonctionnaires tant que le budget du pays est en déficit.

Il établit des droits d’entrée à l'université et relève les tarifs de santé, notamment pour les diabétiques légers ne suivant pas le régime alimentaire préconisé par leur médecin[23],[24]. Il se montre réservé sur les prestations sociales : d'après le journal de gauche allemand Die Tageszeitung, le gouvernement a proposé de faire appel à des policiers à la retraite pour surveiller les allocataires d'aides sociales ou de chômage effectuant des travaux d'intérêt général, qui sont exigés par la loi à partir de septembre 2011 en contrepartie du versement des aides ; plusieurs observateurs parlent de « camps de travail » visant notamment les Roms[25],[26],[27],[28],[29]. Il est également procédé à des réductions budgétaires dans les domaines des arts et de la recherche[11].

La Banque centrale voit son indépendance se réduire – à rebours des principes de l'Union européenne – et se voit accorder un droit de veto sur le budget de l'État[N 1],[30].

En 2018, Blaise Gauquelin, journaliste au Monde, indique : « Viktor Orban a réussi à corriger les excès du libéralisme observés dans tout l’espace post-soviétique après 1989 et particulièrement en Hongrie, l’économie la plus ouverte avant son retour au pouvoir en 2010. […] Mais des questions importantes sont toujours sans réponses : comment améliorer l’état catastrophique du système hospitalier ? Comment mettre fin à la fuite des cerveaux, à la pénurie de main-d’œuvre ? »[31].

Réélection de 2014Modifier

Les élections législatives de 2014 voient une large victoire du Fidesz, qui obtient 44,9 % des voix au scrutin de liste et 44,1 % au scrutin uninominal. Le parti conserve ainsi sa majorité des deux tiers au Parlement, ce qui est interprété comme un plébiscite pour la politique menée par Viktor Orbán[32],[33].

Crise migratoireModifier

 
Viktor Orbán et Angela Merkel en 2017.

Lors de la crise migratoire en Europe, la Hongrie devient l'un des pays les plus affectés par l'immigration illégale : plus de 100 000 entrées illégales dans ce pays sont rapportées par Frontex de janvier à juillet 2015[34]. Estimant que l'Union européenne ne prend pas les mesures nécessaires pour contenir les importants flux de population entrant illégalement dans l'espace européen par la frontière serbo-hongroise, le gouvernement hongrois décide la construction en juin 2015 d'une barrière entre la Hongrie et la Serbie[35].

Le 21 septembre 2015, à l'initiative du gouvernement Orbán, le parlement hongrois adopte une loi qui renforce les pouvoirs de l'armée et de la police à l'égard des migrants et qui autorise l'armée à utiliser tout moyen de contrainte, notamment balles en caoutchouc et engins pyrotechniques, mais pas en vue de tuer[36],[37],[38],[39]. L'ancien commissaire européen Louis Michel réagit en déclarant que l'Union européenne doit suspendre le droit de vote de la Hongrie au Conseil, estimant que Viktor Orbán « renie nos principes les plus fondamentaux[36] ».

Il fait l'objet de critiques pour sa façon de traiter les migrants : interdiction d'accès pendant plusieurs jours à la gare de Budapest-Keleti, construction d'une barrière entre la Hongrie et la Serbie, introduction d'une peine d'emprisonnement pour franchissement illégal de la frontière et refus de quotas européens pour la répartition des réfugiés. Il est invité par le président de la CSU et ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, pour « chercher une solution » à la crise migratoire alors que les critiques vis-à-vis de la politique d'accueil d'Angela Merkel augmentent[40].

Mais fin 2015, The Financial Times analyse que la transformation soudaine des politiques européennes en matière de contrôle des frontières a semblé donner raison au dirigeant hongrois : « Même les adversaires les plus virulents du leader hongrois ont été contraints d’imposer un contrôle renforcé de l’immigration ». L'Autriche, qui par la voix de son chancelier fédéral, Werner Faymann, avait très sévèrement condamné ces mesures, annonce son intention de mettre en place une clôture. Pendant cette crise, la Hongrie resserre ses liens avec la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque, qui veulent coopérer plus étroitement en vue d'assurer la sécurité de leurs frontières. Un sondage publié en décembre 2015 montre que le soutien des Hongrois à Viktor Orbán est monté à 48 %, contre 32 % avant la crise des migrants, faisant de lui l’un des dirigeants en Europe centrale les plus populaires[41],[42].

En 2016, Viktor Orbán prend l'initiative d'organiser un référendum sur la relocalisation de migrants en Hongrie, dont le résultat en octobre est de 98,3 % des votes exprimés en faveur du choix qu'il défend, le « non »[43]. Mais le participation étant de seulement 40 %, le référendum est invalidé[44]. En mars 2017, il lance à nouveau une consultation nationale au moyen d'un questionnaire « Arrêtons Bruxelles ! », envoyé à chaque foyer hongrois et portant sur des points dont la plupart ne sont en fait pas menacés par des décisions européennes selon l'opposition[45],[46].

En mars 2017, son gouvernement propose d'enfermer les migrants dans des conteneurs le temps d'examiner leur situation. Ces détentions systématiques pourraient être contraires aux directives européennes[47].

Réélection de 2018Modifier

 
Marionnettes de Viktor Orbán et Jarosław Kaczyński dépeints en « dictateurs de droite » au Carnaval de Düsseldorf (Allemagne).

Tout au long de son troisième mandat, le Fidesz maintient sa première position dans les sondages, avec entre 40 et 50 % d'intentions de vote. Alors que la campagne électorale des élections législatives de 2018 mène la presse à douter de l'obtention de la majorité qualifiée des deux-tiers, le Fidesz est reconduit au pouvoir avec 133 sièges sur 199 (49,3 % des suffrages au scrutin de liste et 47,9 % au scrutin uninominal), soit autant que quatre ans plus tôt. Le Jobbik arrive en deuxième position avec 26 sièges (autour de 20 % des voix).

Prises de positionModifier

Relations internationalesModifier

Avant de devenir Premier ministre en 2010, Viktor Orbán est un des principaux opposants à la présence soviétique en Hongrie, puis aux relations privilégiées entretenues avec la Russie par les Premiers ministres socio-démocrates l'ayant précédé entre 2002 à 2010[48]. Dans les années 2010, il se rapproche du président russe, Vladimir Poutine, notamment pour assurer aux Hongrois des tarifs peu élevés en matière d'énergie[48],[49].

Réflexions sur la démocratie libéraleModifier

Article connexe : Illibéralisme.
 
Viktor Orbán avec Vladimir Poutine en 2017.

Viktor Orbán s'est exprimé à plusieurs reprises de manière critique contre l'idée que la démocratie implique le libéralisme politique. Il affirme ainsi « qu'une démocratie n'est pas nécessairement libérale, et que même sans être libéral, on peut être démocrate […] La démocratie libérale n'a pas été capable d'obliger les gouvernements à défendre prioritairement les intérêts nationaux, à protéger la richesse publique et le pays de l'endettement »[50],[51].

En juillet 2014, Viktor Orbán déclare à Băile Tușnad (en hongrois Tusnádfürdő) que la Hongrie veut construire « une société basée sur le travail qui assume […] ne pas être de nature libérale », « un État illibéral (illiberális) et non pas un État libéral ». Il ajoute : « un thème fréquent aujourd'hui dans la réflexion [politique] est de comprendre les systèmes qui ne sont pas occidentaux, pas libéraux, pas des démocraties libérales, peut-être même pas des démocraties, et qui apportent quand même le succès à leurs nations, […] Singapour, la Chine, l'Inde, la Russie, la Turquie »[52],[53].

Pour Orbán, cet État illibéral « ne renie pas les valeurs fondamentales comme la liberté », mais « ne fait pas de l'idéologie libérale un élément central de l'organisation étatique »[52],[50].

Mis à part la question de l'immigration, il reste cependant difficile de mesurer les implications concrètes de l'illibéralisme en Hongrie, dans la mesure où la politique menée par Viktor Orbán est — malgré les tensions récurrentes avec la Commission européenne — strictement encadrée par les traités de l'Union européenne, tant sur un plan institutionnel que géopolitique[54],[55].

ImmigrationModifier

 
Viktor Orbán avec Beata Szydło, lors d'une réunion du groupe de Visegrád à Prague, en 2015.

Dès juin 2014, il fustige la politique « libérale » de l’UE en matière d’immigration[56]. En août 2014, il déclare qu’après avoir gagné les élections législatives, l’un des principaux objectifs de son mandat serait de mener une lutte farouche contre l’immigration : « l’objectif est de mettre fin à l’immigration par tous les moyens […]. Je pense que l’actuelle politique libérale en matière d’immigration, pourtant considérée comme évidente et moralement fondée est en fait hypocrite[56]. »

Le 12 janvier 2015, après les attentats islamistes en France, Orbán réaffirme son opposition à l’immigration[57]. En septembre, il présente les musulmans comme un danger pour la civilisation européenne[58].

Il fait partie des dirigeants européens les plus opposés à la politique des quotas d'Angela Merkel, qu'il accuse d'essayer d'imposer sa vision d'une Union européenne ouverte aux autres pays européens défendant son « droit démocratique » à une approche différente[59]. Il est rejoint par plusieurs dirigeants de pays d'Europe centrale et orientale, qui critiquent également la chancelière allemande pour son obstination à contraindre l'ensemble des pays de l'UE d'adopter sa politique de quotas de migrants[60].

BibliographieModifier

  • Helikon Könyvkiadó, Egy az ország, Budapest, 2007[61].
  • Helikon Könyvkiadó, Rengés-Hullámok, Budapest, 2010[62].
  • Frédéric Pons, « Orban, l'éternel rebelle », Conflits, juillet-août-septembre 2017, p. 13-16.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Dans cette hypothèse, le président obtient le pouvoir de dissoudre l'Assemblée.

Notes et référencesModifier

  1. (hu) Péter Cseri, « Orbán nem temetni ment », Népszabadság,‎ (lire en ligne) [« Orbán n'y était pas allé pour l'enterrement »].
  2. « Viktor Orban, l'infréquentable », sur www.lesechos.fr, (consulté le 18 avril 2018).
  3. « Inflation 2002, taux d’inflation internationaux de 2002 comparés », sur fr.global-rates.com (consulté le 18 avril 2018).
  4. « Inflation Hongrie 2002 – Inflation IPC Hongrie 2002 », sur fr.inflation.eu (consulté le 18 avril 2018).
  5. « Hungary GDP - Gross Domestic Product 2003 », sur countryeconomy.com (consulté le 18 avril 2018).
  6. « Une Hongrie en pleine dérive autoritaire prend la tête de l'Europe », Le Monde, .
  7. « Loi sur les médias : la Hongrie cède à la pression européenne », Le Monde, .
  8. « Médias en Hongrie : l'accord avec Bruxelles jugé insuffisant », Agence France-Presse, .
  9. « Hongrie/médias : le plus important quotidien saisit la Cour constitutionnelle », Le Monde citant l'Agence France-Presse, .
  10. « La Hongrie adopte une Constitution très controversée », Le Figaro, .
  11. a, b et c « Hongrie, laboratoire d’une nouvelle droite », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne).
  12. http://www.france24.com/fr/20120102-hongrie-viktor-orban-derive-autoritaire-constitution-conservatrice-nationaliste-opposition-inquietude-europe.
  13. « Hongrie : Viktor Orban imperator », L'Express, .
  14. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130311.REU9349/la-hongrie-adopte-une-reforme-de-sa-constitution.html.
  15. « Hongrie : les députés votent une modification controversée de la Constitution », sur Franceinfo, (consulté le 18 avril 2018).
  16. http://www.liberation.fr/planete/2013/03/17/hongrie-le-nouveau-coup-d-etat-constitutionnel-de-viktor-orban_889231.
  17. a et b « Hongrie : le Parlement adopte une modification controversée de la Constitution », sur Le Monde.fr, (consulté le 18 avril 2018).
  18. Joëlle Stolz, « Le joug sans fin », dans M, le magazine du Monde, semaine du 30 novembre 2013, page 44.
  19. La Hongrie de Viktor Orbàn, interview de Judit Morva par Cécile Lamarque, CADTM, 14 avril 2012
  20. Ce que Viktor Orban fait subir à la Hongrie, Zsofia Mihancsik, Le Monde, 31 janvier 2012
  21. La Hongrie adopte des lois controversées et s'isole un peu plus en Europe, Le Monde, 30 décembre 2011
  22. « Et l'autoritaire Viktor Orban créa une Hongrie à son image », sur france24.com, (consulté le 18 avril 2018).
  23. « En Hongrie, les diabétiques seront punis pour leurs écarts de régime », Le Monde, .
  24. (hu) « Júliustól rosszabb kezelést kap a 'vétkező' cukorbeteg », Népszabadság, .
  25. (de) Leonhard Von RALF, « Zwangsarbeit in Ungarn, 6 Monate ohne Job? Ab auf den Bau », Die Tageszeitung,‎ (lire en ligne).
  26. J. Antoine et Robin Cornet, « La Hongrie voudrait mettre les Roms dans des camps de travail obligatoire », RTBF,‎ (lire en ligne).
  27. Laurence Estival, « La Hongrie met en place des camps de travail obligatoire », myeurop.info,‎ (lire en ligne).
  28. Laurence Estival, « En Hongrie, des camps de travail obligatoire qui visent les Roms », Rue89,‎ (lire en ligne).
  29. « La Hongrie veut mettre en place des camps de travail obligatoire », Mediapart,‎ (lire en ligne).
  30. « La nouvelle Constitution hongroise en bref », Le Nouvel Observateur, .
  31. « Triomphe d’Orban aux législatives : « Les Hongrois sont en quête de souveraineté » », sur Le Monde.fr, (consulté le 18 avril 2018).
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AnnexesModifier