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Hirak (Algérie)

Mouvement populaire opposé à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat à la présidence de l'Algérie
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Hirak et Harak.
Hirak
Description de cette image, également commentée ci-après
Manifestants le à Alger.
Informations
Date Depuis le
(9 mois et 5 jours)
Localisation Drapeau de l'Algérie Algérie
Diaspora :
Drapeau de la France France[1]
Drapeau du Canada Canada[2]
Drapeau des États-Unis États-Unis[3]
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni[4]
Caractéristiques
Revendications Opposition au maintien au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika et à son régime, départ d'Ahmed Gaïd Salah, opposition à la corruption, dissolution du FLN et mise en place d'une 2e République. Opposition à une présidentielle organisée par l'équipe sortante et avec les candidatures de caciques du régime.
Types de manifestations Manifestations pacifique à caractère politique, grève générale et désobéissance civile.
Bilan humain
Morts 4[a]
Arrestations 83
Procès 2 condamnés, 4 relaxés

Hirak[6] (en arabe : الحراك, Mouvement) désigne une série de manifestations sporadiques qui ont lieu depuis le en Algérie pour protester dans un premier temps contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, puis contre son projet, également contesté par l'armée, de se maintenir au pouvoir à l'issue de son quatrième mandat dans le cadre d'une transition et de la mise en œuvre de réformes. Par la suite, les protestataires réclament la mise en place d'une Deuxième République, et le départ des dignitaires du régime, notamment parce que ceux-ci organisent le prochain scrutin avec les candidatures de caciques du régime.

D'une ampleur inédite depuis des décennies, ces manifestations, qui ont essentiellement lieu les vendredis et mardis (pour les étudiants), conduisent Bouteflika à démissionner le , après la défection de l'Armée nationale populaire, qui s'opposait au projet de Bouteflika de se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat dans le cadre d'une transition et de réformes. Celui-ci est remplacé par intérim par Abdelkader Bensalah.

Les manifestants continuent cependant à se mobiliser afin d’obtenir la mise en place d'une transition et la nomination d'un président et d'un gouvernement de consensus, ce que rejette l'armée, arguant que cette proposition serait inconstitutionnelle et source d'instabilité. L'armée rejette également toute transition, que ce soit en convoquant une assemblée constituante, ou des législatives anticipées, ou tout départ de l'équipe exécutive sortante. Des oligarques et des dignitaires du régime, dont Saïd Bouteflika, et de nombreux ministres, dont les anciens chefs de gouvernement Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, sont arrêtés, de même que la trotskyste Louisa Hanoune. Alors que la répression s'intensifie, le régime menace de représailles les personnes prônant une transition puis à arrêter les manifestants, notamment ceux qui portent le drapeau berbère, ou encore le vétéran de la guerre d'Algérie, Lakhdar Bouregaa, et l'opposant et autre figure du mouvement, Karim Tabbou. Bensalah se maintient finalement au pouvoir après la fin de sa période d'intérim de trois mois, ce que des observateurs jugent comme étant inconstitutionnel. Lui-même prendra des décisions contestées pour inconstitutionnalité.

Pendant l'été 2019, la mobilisation baisse, alors que le régime tente d'organiser une présidentielle d'ici la fin de l'année, après avoir fait appel à un panel de dialogue contesté et mis en place une instance d'organisation des élections. La mobilisation reprend quelque peu à la rentrée, sans toutefois atteindre les sommets de février-avril, les manifestants rejetant ainsi toute présidentielle organisée sous l'égide du pouvoir exécutif sortant, de même que les candidatures de personnalités issues du régime. Au même moment, un raidissement de la répression est constaté, avec l'arrestation de plusieurs opposants, journalistes et activistes, tandis que l'armée tente de bloquer les entrées vers la capitale et à pénaliser le mouvement, pour empêcher les citoyens des autres régions de venir manifester. Par ailleurs, plusieurs médias tout en ligne sont censurés.

TerminologieModifier

Les manifestations sont au départ appelées « révolution du sourire »[7],[8],[9] ou « printemps algérien »[10],[11]. Par la suite, le terme hirak, apparu en 2007 au Yémen, prend le relais. Au départ, c'est la variante harak qui est usitée[12], et qui est d'ailleurs plus correcte en arabe[13].

Le journaliste Chafik Ben Guesmia estime que le terme hirak/harak a été utilisé pour ne pas froisser le régime en invoquant une révolution[14].

ContexteModifier

Les manifestations éclatent alors qu'Abdelaziz Bouteflika est président de la République algérienne démocratique et populaire depuis 1999 et qu'une élection présidentielle doit se tenir dans le pays le .

Après des années d'incertitude, alors que l'Algérie a été peu concernée par le Printemps arabe malgré un mouvement contestataire qui aboutit à la levée de l'état d'urgence en vigueur depuis 1992, et qu’aucune autre personnalité que le président sortant ne fait l'unanimité au sein du pouvoir, la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel est annoncée le , la révision constitutionnelle de 2016, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, lui laissant la possibilité de se présenter une nouvelle fois[15]. Or, depuis 2005, et tout particulièrement après son accident vasculaire cérébral en 2013, la capacité de Bouteflika à gouverner le pays est remise en cause : sa mort est régulièrement annoncée, il ne prononce plus de discours et n’effectue que de très rares sorties publiques[16], la dernière en novembre 2018, où il apparaît très affaibli et ne tient que par la sangle de son fauteuil roulant[17]. Lors de ces dernières années, Bouteflika fait l'objet d'un certain culte de la personnalité par l'intermédiaire de son portrait[18],[19].

Dans ce contexte, sa candidature est jugée humiliante par un grand nombre d’Algériens[20]. La date limite du dépôt des candidatures au scrutin présidentiel est fixée au [21]. Un report du scrutin ou une prolongation de deux ans du quatrième mandat de Bouteflika sont un temps envisagés par le régime, mais le projet est abandonné face à l'opposition de l'armée[22]. Au même moment, l'opinion publique apparaît hostile au « système » qui dirige le pays[17].

Régulièrement hospitalisé pour des « examens médicaux périodiques », Abdelaziz Bouteflika est admis aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en Suisse le . D'une durée plus longue que les précédentes, cette hospitalisation suscite d'intenses rumeurs[23].

Enfin, alors que les manifestations sont interdites de facto depuis 2001 dans la capitale et la signature d'une circulaire par Ali Benflis, qui est alors chef du gouvernement, quelques manifestations réduites à des corps de métier ont eu lieu ces dernières années. Ainsi, les policiers ont manifesté en octobre 2014[24]. En janvier et avril 2018, c'est au tour des médecins résidents de manifester. En grève, ces derniers sont cependant réprimés[25],[26].

DéroulementModifier

ChronologieModifier

PrémicesModifier

En , des appels à manifester dans le quartier populaire de Bab El Oued contre le cinquième mandat ne rencontrent pas d'écho auprès de la population, alors que Alger avait été bouclée[27],[28].

La contestation est d'abord limitée géographiquement au nord de l'Algérie[29]. La première manifestation d'ampleur a lieu le à Kherrata, à l'extrémité est de la wilaya de Béjaïa[30],[31]. À Khenchela, le , un poster géant du président de la République est arraché et piétiné, tout comme d’autres portraits, le à Annaba[32]. Ceux-ci sont saccagés en réaction au culte de la personnalité dont les représentations du chef de l'État faisaient l'objet ces dernières années[33].

Journée du 22 févrierModifier

 
Marche du 22 février à Oran.

Des rassemblements de plus grande ampleur interviennent à partir du dans les principales villes du pays, à la suite d'appels anonymes relayés sur les réseaux sociaux[20]. Alors qu’aucune évaluation indépendante n’est fournie, des militants des droits de l'homme mentionnent jusqu’à 800 000 manifestants[20],[34]. C'est notamment le cas dans la capitale, Alger, où tout rassemblement est interdit depuis 2001 ; précédemment, le , un petit groupe de citoyens avait investi la place de l'Émir-Abdelkader[35],[36]. Ce , le portrait du président est arraché et piétiné au niveau du siège du Rassemblement national démocratique (ancien siège historique du FLN), situé à la Grande Poste d'Alger[37]. Une autre manifestation d'ampleur a lieu le à l'appel du mouvement Mouwatana (« citoyenneté »)[38].

Intensification des manifestations et dépôt de la candidature de BouteflikaModifier

 
Manifestation à Alger le .

Le , les manifestations mobilisent trois millions de personnes[39].

Le , alors que le pouvoir déclare ne pas vouloir reculer face à la rue et que le Premier ministre rappelle la guerre civile algérienne, Abdelaziz Bouteflika remplace son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal, qui occupait cette fonction depuis la campagne présidentielle de 2004, par Abdelghani Zaalane, peu connu du grand public. Considéré comme étant une réponse à la contestation en cours[21], ce limogeage fait suite à la divulgation d'un enregistrement entre Sellal et Ali Haddad dans lequel le premier menace les manifestants[40]. Le 3 mars, la candidature de Bouteflika est déposée par son directeur de campagne, ce qui suscite une polémique puisque la législation prévoit que le candidat soit physiquement présent pour cette démarche[41]. Un message à son nom annonce que s'il est réélu, une conférence nationale sera convoquée afin d’adopter des réformes ainsi qu’une nouvelle Constitution — devant être approuvée par référendum — puis que sera organisée une présidentielle anticipée à laquelle il ne prendra pas part[42].

Après la confirmation de la candidature de Bouteflika, le , et le retrait de plusieurs candidats d'opposition, dont Ali Benflis et Louisa Hanoune[43], un appel anonyme à la grève générale est lancé pour le lendemain, ainsi qu’un appel à manifester le [44]. Avant même l'officialisation de la candidature, des dizaines de milliers de manifestants étaient sortis dans les rues[45]. Lors de la nuit du 3 au 4 mars, des centaines de protestataires marchent pacifiquement[46]. Ceux-ci dénoncent une « provocation », une « insulte » et une « mascarade »[47]. Le lendemain, beaucoup d'étudiants boycottent leurs cours[48]. Pour sa part, l'opposition, réunie au siège du Front de la justice et du développement, appelle les candidats à se retirer du scrutin[49].

Les manifestations et les grèves estudiantines se poursuivent le 5 mars, mobilisant des milliers de manifestants[50], notamment à Alger, Constantine[51], Oran, Annaba, Béjaïa, Tizi Ouzou, Bouira, Blida, Sétif, ou encore Tlemcen[52]. Le 7 mars, un millier d'avocats manifestent à Alger[53]. Les jours suivants, la contestation continue à gagner en ampleur.

Le 8 mars 2019, pour le troisième vendredi de suite, une manifestation rassemble près de cinq millions de personnes[54]. Le jour même, le maire de Constantine[55], Seif-Eddine Rihani démissionne du FLN. Le 10 mars, des milliers sortent dans les rues[56]. Une grève générale est lancée[57]. Le lendemain, des juges et des avocats protestent[58].

Le 9 mars, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique fait avancer les vacances universitaires de printemps au 10 mars 2019 (la date initiale était le 21 mars) et allonge leur durée (quatre semaines au lieu de deux), ce qui est analysé comme une tentative d'affaiblir la contestation[59].

 
Manifestation à Montréal (Canada) le .
 
Manifestation le 10 mars à Blida.

Début mars, Abdelaziz Bouteflika fait face à plusieurs défections : Khaled Tazaghart, député du parti El Moustakbal, Sid Ahmed Ferroukhi, ancien ministre et député du FLN, démissionnent de leur mandat de député et du parti[60]. De son côté, Zahir Kherraz, maire FLN de Oued Amizour, déclare ne pas soutenir le cinquième mandat[61]. Amar Benadouda, doyen des maires du pays, démissionne de la mairie de Guenzet[62]. Abdelkrim Abada démissionne alors de la direction du FLN[63].

Le chef d'état-major, Ahmed Gaïd Salah, prononce le 10 mars 2019 un discours dans lequel il déclare que « l’armée et le peuple algérien partagent les mêmes valeurs et principes, et qu’ils ont une vision commune du futur du pays ». La déclaration est vue comme une façon détournée de montrer le soutien de l'armée aux manifestants[64].

Annonce de prolongation du mandat de Bouteflika et d'une transitionModifier

 
Manifestation à Alger le .

À deux jours de l'annonce de la liste définitive des candidats, Abdelaziz Bouteflika, revenu la veille après une hospitalisation en Suisse, annonce finalement, le 11 mars 2019, qu'il renonce à briguer un cinquième mandat. Il promet la tenue d'une conférence nationale chargée de mener d'ici à la fin de l'année à la promulgation d'une nouvelle Constitution, prolongeant ainsi son quatrième mandat, dont la fin est prévue le 27 avril 2019. La nouvelle déclenche la joie puis des critiques[65] : des centaines de personnes manifestent alors, jugeant cette réponse insuffisante et inconstitutionnelle[66]. Le journal El Watan titre : « Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir : la dernière ruse de Bouteflika »[67]. Plusieurs analystes et opposants jugent la décision anticonstitutionnelle, et appellent à continuer la mobilisation[68]. Le même jour, le sénateur Bachir Chebli avait démissionné du FLN[69].

Dès le lendemain de l'annonce de Bouteflika, de nouvelles manifestations ont lieu à Alger pour s'opposer à son maintien au pouvoir[70],[71]. Le 15 mars, selon une source sécuritaire, quelque quatorze millions de manifestants[72] participent aux marches à travers le pays pour le quatrième vendredi de suite[73].

Le 17 mars, un collectif composé d'associations de défense des droits de l'homme, proposent une feuille de route prévoyant la mise en place d'une transition avec la nomination d'une présidence et d'un gouvernement transitoires, la dissolution des chambres parlementaires, puis l'organisation d'élections[74]. Le 18 mars, les artistes manifestent et organisent des débats[75]. Cette initiative est suivie par celle d'opposants deux jours plus tard[76]. Le jour même, Ali Laskri, député du Front des forces socialistes, démissionne à son tour de son mandat de parlementaire[77].

Le 19 mars, à l'occasion de la commémoration des accords d'Évian, des milliers de manifestants, parmi lesquels des étudiants, des enseignants et des médecins, sortent dans les rues[78].

Le RND et le FLN disent rejoindre le mouvement le 20 mars[79]. Seddik Chihab, porte-parole du RND, affirme que le pays est dirigé par des forces « non-constitutionnelles » depuis cinq à sept ans[80],[81]. Le 24 mars, Hocine Khaldoun, porte-parole du FLN, prend ses distances avec la proposition de tenir une conférence nationale et propose à la place des élections le plus tôt possible[82] ; il se rétracte le lendemain[83].

Déclenchement de l'article 102 de la Constitution et démission de BouteflikaModifier

 
Ahmed Gaïd Salah, chef d'État-Major de l'Armée nationale populaire.

Le 26 mars, le général Gaïd Salah appelle à déclarer l'empêchement de Bouteflika à travers l'article 102 de la constitution[84]. Le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, prendrait le pouvoir par intérim pour une période de 45 jours, selon la constitution[85]. Le Conseil constitutionnel se réunit le soir même[86].

 
Manifestation à Alger le .

Le 27 mars, Ahmed Ouyahia appelle Bouteflika à démissionner[87]. Le jour même, le Parti des travailleurs annonce la démission de ses élus de l'APN[88]. La proposition d'actionner l'article 102 est saluée par de nombreux alliés du régime, mais contestée par l'opposition[89]. Toujours le 27 mars, Saïd Bouteflika, Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Hanoune se réunissent dans une résidence militaire pour décider du renvoi du chef de l'armée et du maintien de Bouteflika en échange de la nomination d'un nouveau Premier ministre chargé de mettre en place la transition promise mi-mars. Après avoir hésité sur le nom du Premier ministre, ils choisissent l'ancien président de la République Liamine Zéroual, qui décline, après avoir accepté, invoquant des raisons de santé et le refus du plan par les manifestants[90].

Des millions de manifestants sortent dans les rues, dont un million à Alger, le 29 mars[91],[92].

Ali Haddad, chef d'entreprise proche du pouvoir, est arrêté le 31 mars alors qu'il tentait de franchir la frontière tunisienne, tandis que les jets privés appartenant à des Algériens sont interdis de décoller et d'atterrir en Algérie[93]. Un nouveau gouvernement, dirigé par Noureddine Bedoui, est désigné, malgré les tensions entre la présidence et le chef d'état major : le président Bouteflika conserve la fonction de ministre de la Défense et le général Gaïd Salah celle de vice-ministre de la Défense nationale[94]. La nouvelle provoque des manifestations hostiles durant la nuit[95].

Le , il est annoncé qu'Abdelaziz Bouteflika démissionnera avant la fin de son quatrième mandat[96]. Le jour même, la justice algérienne avait ouvert une enquête pour corruption et interdit à des oligarques de sortir du territoire[97]. Abdelaziz Bouteflika démissionne finalement le lendemain, le , après une nouvelle réunion de l'état-major exhortant à son départ immédiat[98],[99]. Des responsables de l'armée mettaient en effet en doute la véracité du communiqué de la veille[100].

Le 2 avril, alors qu'une nouvelle manifestation estudiantine réclame le départ du chef de l'État, la démission de celui-ci est annoncée[101]. Environ un millier de manifestants célèbrent l'annonce[102],[103].

Intérim de BensalahModifier

 
Abdelkader Bensalah, nommé chef de l'État par intérim.

Le , après une semaine d'hésitation, l'Assemblée populaire nationale et le Conseil de la nation, réunis en session conjointe, désignent le président de la chambre haute, Abdelkader Bensalah, chef de l'État par intérim[104],[105]. En tant que tel, il dispose de pouvoirs réduits et doit organiser une élection présidentielle anticipée — à laquelle il ne pourra se présenter — dans le délai maximal de 90 jours prévu par la Constitution pour son intérim[106]. Il est à son tour contesté par la rue, ce qui provoque les premières interventions policières depuis le début du mouvement, à l'aide de lances à eau et de grenades fumigènes[107] ; cette intervention est critiquée par Amnesty International[108]. Des personnalités comme le journaliste Meziane Abane[109], de même que l'avocat des droits de l'homme Salah Dabouz, sont également arrêtés puis relâchés[110]. Lors d'une allocution télévisée tenue le même jour, il promet l'organisation d'une présidentielle « transparente et régulière »[111]. Le lendemain, il annonce que le scrutin se tiendra le [112]. Le jour même, Gaïd Salah annonce que la justice va rouvrir des affaires de corruption[113].

 
Tunnel des Facultés, lieu emblématique de la contestation à Alger.

Le 12 avril, lors du huitième vendredi, alors que la mobilisation ne faiblit pas[114] et la répression se poursuit : les forces de l'ordre gazent le tunnel des Facultés à l'aide de lacrymogène[115]. Les forces de l'ordre utilisent aussi des Nimr ISV équipés de canons à son[116] et des balles en caoutchouc à Alger[117], ce que DGSN dément malgré les témoignages[118]. Le 13 avril, des militantes disent avoir été forcées à se dénuder dans un commissariat en présence d'une policière[119].

Le 16 avril 2019, alors que la mobilisation se poursuit, le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, démissionne[120].

Le 17 avril, des milliers de syndicalistes appellent le chef de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, à démissionner[121]. Le jour même, des unités des Brigade de recherche et d'intervention (BRI) entrent dans l'enceinte de la faculté de droit Saïd Hamdine[122].

 
Manifestation le 19 avril à la Grande Poste d'Alger.

La manifestation du 19 avril mobilise autant que la précédente mais des incidents ne sont pas à déplorer[123]. Une autre manifestation de masse a lieu le vendredi suivant, le 26 avril[124]. Le 3 mai, une manifestation rassemble des millions de personnes[125]. Le tunnel des Facultés est bloqué à partir du 19 avril[126].

Le 22 avril 2019, les frères Kouninef, milliardaires et soutiens de Bouteflika, ainsi que l'industriel Issad Rebrab, opposant de Bouteflika, sont arrêtés[127]. Le jour même, se tient une réunion largement boycottée par la majorité des partis sauf ceux proches du pouvoir, au cours de laquelle est envisagé un report du scrutin[128].

Le 4 mai, Saïd Bouteflika est arrêté en même temps que les anciens patrons du renseignement Athmane Tartag et Mohamed Mediène[129]. La secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, est convoquée devant le tribunal militaire le 9 mai. Elle est placée en détention provisoire dans le cadre d'une enquête pour « atteinte à l'autorité de l'armée » et « complot contre l'autorité de l'État », qui vise aussi le frère de l'ancien président Saïd Bouteflika et les deux anciens hauts responsables des services de renseignement Mohamed Mediène et Athmane Tartag[130].

La première manifestation depuis le début du ramadan a lieu le 7 mai. Elle rassemble des étudiants[131]. Elle est suivie par le 10 mai par le premier vendredi depuis le ramadan, qui se caractérise par une forte chaleur[132]. Dans certaines villes, les marches ont alors lieu la nuit[133]. Hamid Melzi, récemment limogé de la direction des résidences d'État, est arrêté le 7 mai pour « espionnage »[134].

Le 12 mai, le général à la retraite et opposant Hocine Benhadid est arrêté pour « atteinte au moral de l'armée et à la sécurité de l'État » pour avoir publié une lettre ouverte au chef de l'armée dans les colonnes d'El Watan[135].

Le 16 mai, Bensalah procède également à de nombreux limogeages de hauts responsables, comme les procureurs d'Alger ou encore des responsables des agences anticorruption[136].

Le 17 mai, les autorités locales d'Alger tentent sans succès d'interdire l'usage des marches de la Grande Poste[137].

Le 18 mai, Ahmed Taleb Ibrahimi appelle, conjointement avec Ali Yahia Abdennour et Rachid Benyelles, à reporter l'élection présidentielle, et à lancer un dialogue entre l'armée et les représentants des manifestants pour mettre en place une transition[138],[139]. Le 22 mai, Taleb Ibrahimi appelle à l'application des articles 7 et 8 de la Constitution, et au respect de la « légalité objective » au détriment de la « légalité formelle »[140].

À l'occasion de la journée de l'Étudiant, qui commémore le 19 mai 1956, une grande manifestation étudiante est organisée[141]. Le 22 mai, une nouvelle manifestation étudiante est organisée. Les étudiants et leurs enseignants, après le blocage de la Grande Poste, dirigèrent leur cortège vers le palais du gouvernement, siège de la primature et du ministère de l'Intérieur[142].

Le 20 mai, le chef de l'armée rejette la demande des manifestants de remplacer les symboles du régime, et appelle à maintenir la présidentielle[143]. Le lendemain, il affirme ne pas avoir d'« ambitions politiques »[144]. Le 24 mai, lors d'une manifestation massive, des dizaines d'arrestations et la confiscation du matériel de journalistes sont effectuées[145].

Le 26 mai, les anciens chef du gouvernement Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, les ex-ministres Abdelghani Zaalane, Amar Tou, Boudjemaa Talai, Amar Ghoul, Amara Benyounès, Abdelkader Bouazghi, Karim Djoudi et Abdeslam Bouchouareb, de même que les anciens walis Abdelkader Zoukh et Mohamed Khanfar Djamel sont renvoyés devant la Cour suprême[146].

Le 29 mai, Gaïd Salah appelle au dialogue et à des « compromis mutuels »[147].

Fin mai, les manifestants rendent hommage au militant Kamel Eddine Fekhar, mort en détention à la suite d'une grève de la faim, et réclament la libération d'autres prisonniers, comme Hadj Ghermoul, arrêté le 29 janvier pour une pancarte anti-cinquième mandat, ou le général Hocine Benhadid[148]. Hadj Ghermoul est libéré le 20 juillet suivant, après avoir purgé sa peine de cinq mois de prison[149].

Alors que l’intérim de Bensalah devait prendre fin le [150], l'élection est de nouveau reportée sine die par le Conseil constitutionnel le , ce qui prolonge de facto la période d’intérim[151],[152]. Une telle situation est considérée comme illégale par des constitutionnalistes[153]. Le 6 juin, affaibli par un cancer[154], il tient une allocution dans laquelle il indique qu'il restera en fonction jusqu'à l'élection d'un nouveau président de la République, et appelle de nouveau au dialogue[155].

 
Manifestation le 9 juin à Béjaïa.

Le , l'homme d'affaires Mahieddine Tahkout et plusieurs membres de son entourage familial sont arrêtés[156]. Le 12 juin, l'ancien Premier ministre Ouyahia est à son tour arrêté, alors que Zaalane est placé sous contrôle judiciaire[157], suivi par Sellal le lendemain[158], de même que Benyounès[159]. Le 13 juin, l'ancien candidat à la présidentielle Ghediri est placé en mandat de dépôt pour ses déclarations au sujet de l'armée et pour des accusations de divulgation de documents à des puissances étrangères[160]. Le 16 juin, les anciens ministres Tou et Djoudi sont placés sous contrôle judiciaire[161].

Le , après l'arrestation des anciens Premiers ministres Ouyahia et Sellal, les manifestants réclament que Bensalah, Bedoui et Abdelaziz Bouteflika soient eux aussi poursuivis[162].

Une « conférence de la société civile » a lieu le 15 juin[163]. Les organisateurs, syndicats et associations[164] proposent la mise en place d'une transition de six mois à un an, la nomination d'un gouvernement consensuel, ainsi que d'un exécutif transitoire, qui pourrait être collégial[165]. Une nouvelle réunion est prévue pour le 6 juillet[166]. Elle débouche sur un appel à la mise en place d'une « période préélectorale » de six mois et d'un dialogue[167]. De leur côté, le FFS, le RCD, le PT, le PST, l'UCP, le MDS, le PLD et la Ligue algérienne des droits de l'homme annoncent une réunion pour le [168]. Les participants appellent à la mise en place d'une période de transition[169]. Une feuille de route sur celle-ci doit être publiée[170]. Elle propose le départ de Bedoui[171].

Le 19 juin, le chef de l'armée exhorte les manifestants à ne pas hisser le drapeau berbère, ajoutant que les forces de sécurités étaient instruits à les en empêcher[172]. Le 23 juin, 19 manifestants sont placés en détention provisoire pour avoir brandi ce drapeau la veille : ils risquent dix ans de prison[173]. La semaine suivante, 16 personnes supplémentaires sont arrêtées[174].

Toujours le 19 juin, l'ancien Premier ministre par intérim Youcef Yousfi est renvoyé devant la Cour suprême[175].

Le 21 juin, des slogans anti-Abdel Fattah al-Sissi et pro-Mohamed Morsi sont scandés, des manifestants accusant le premier d'être responsable de la mort du second[176]. Après l'arrestation le jour même de manifestants ayant arboré des drapeaux berbères, des grèves et des manifestations sont organisées pour réclamer leur libération[177].

Le 26 juin, l'Organe national de prévention et de lutte contre les infractions liées aux technologies de l'information et de la communication est mis sous la tutelle du ministère de la Défense nationale, aux dépens du ministère de la Justice[178].

Un fort dispositif policier est déployé avec des canons à eau et des bulldozers antibarricades le 28 juin[179].

Lakhdar Bouregaa, soldat durant la guerre d’Algérie et commandant de la wilaya IV historique, est arrêté le 29 juin[180].

Le 2 juillet, Mouad Bouchareb démissionne de la présidence de l'Assemblée populaire nationale[181].

Le 3 juillet, Bensalah appelle de nouveau au dialogue, affirmant que ni l'État ni l'armée n'y participeront[182]. Il affirme qu'un tel dialogue déboucherait sur la mise en place d'une instance d'organisation du scrutin, à voter une loi pour l'adopter, à modifier la loi électorale et à fixer la date du scrutin[183].

Toujours le 3 juillet, Abdelaziz Rahabi, Mostefa Bouchachi, Karim Tabbou, Samir Belarbi, Fatiha Benabou, Nacer Djabi et Smail Lalmas appellent à une mobilisation « massive » pour le 5 juillet, vendredi coïncidant avec la fête nationale[184]. Celle-ci rassemble plusieurs millions de personnes[185],[186].

Toujours le 5 juillet, l'ancien directeur général de la police algérienne Abdelghani Hamel est arrêté et inculpé pour « détournement de foncier et enrichissement illicite »[187]. Le 8 juillet, l'ancien ministre et secrétaire général du FLN Djamel Ould Abbes est à son tour arrêté[188], suivi de Saïd Barkat, lui aussi ancien ministre, le lendemain[189]. Ce jour-là, un manifestant est jeté à terre et frappé par la police[190].

Le 9 juillet, la marche des étudiants mobilise peu à cause des examens et du fait que certains étudiants sont en vacances[191]. Le 10 juillet, les avocats manifestent à leur tour, pour dénoncer les manipulations de la justice[192].

Le 10 juillet, l'opposant islamiste Slimane Chenine est élu président de l'Assemblée populaire nationale avec le soutien des partis au pouvoir[193]. Le jour même, le chef de l'armée s'en prend à ceux qui scandent le slogan « État civil et non pas militaire », qu'il accuse d'être des « traîtres »[194]. Par ailleurs, Youcef Yousfi est placé sous contrôle judiciaire[195], puis en détention provisoire le 14 juillet[196]. Le 17 juillet, l'ancien ministre Mahdjoub Bedda est à son tour incarcéré[197], suivi par Ghoul le lendemain[198].

Une nouvelle grande mobilisation a lieu le . Les autorités recouvrent les bancs et le sol des stations de métro, de même que les lampadaires, d'huile de moteur[199], et bloquent les entrées de la capitale[200].

Lors de la nuit du 14 au 15 juillet, tout en fêtant la qualification de l'équipe d'Algérie de football à la finale de la CAN 2019, les manifestants réitèrent leur détermination et affirment que les succès de leur sélection n'auront pas raison de leurs engagements[201].

Le 16 juillet, lors d'une nouvelle manifestation des étudiants ayant rassemblé des centaines de personnes, ceux-ci promettent de continuer leur mobilisation malgré l'été et les vacances[202].

Mise en place de l'Instance nationale de dialogueModifier

Le 18 juillet, le Forum civil pour le changement (qui a organisé la rencontre du 6 juillet) propose un panel de treize personnes (dont Karim Younes, Taleb Ibrahimi, Hamrouche) pour le dialogue. Cependant, parmi eux, Djamila Bouhired rejette sa présence sur la liste, arguant ne pas avoir été mise au courant, et refuse aussi de faire partie d'un groupe composé d’individus « dont certaines ont servi le pouvoir », et dénonce les arrestations (dont celle de Lakhdar Bouregaa) et les intimidations et les menaces. De leur côté, Bouchachi et Smail Lalmas conditionnent leur participation à la libération des détenus, ainsi qu'au départ de Bensalah pour Bouchachi[203]. Le 25 juillet, le régime choisit parmi eux Karim Younes, Fatiha Benabbou, Smail Lalmas, Bouzid Lazhari, Abdelwahab Bendjelloul et Azzedine Benaissa[204]. Tout en demandant au panel de ne discuter que de la question de la présidentielle, le régime accepte des mesures d'apaisement, comme une possible libération des détenus arrêtés en raison des marches ou encore la libération de l'accès à la capitale[205],[206]. Cependant, il exclut d'office de discuter d'une assemblée constituante ou d'un référendum[207]. Le 28 juillet, le panel fait un appel à 23 personnalités, dont certaines ont déjà décliné. Ainsi, Mokrane Aït Larbi, Lyes Merabet, Drifa Ben M’hidi, Drifa, Bouchachi et Mouloud Hamrouche refusent la proposition[208]. Par ailleurs, le panel a prévu d'organiser une conférence nationale et d'émettre des décisions contraignantes pour les pouvoirs publics[209].

La manifestation du se déroule sans arrestation[210].

Le , une marche rassemble des centaines de participants rejetant le dialogue proposé par le pouvoir[211]. Lalmas, présent lors de la marche, est hué[212]. Le 30 juillet, il démissionne du panel[213]. Le jour même, des centaines d'étudiants épaulés par des riverains manifestent pour rejeter le panel et appellent à la libération des prisonniers, qu'ils qualifient d'« otages »[214]. Cependant, ce même 30 juillet, Ahmed Gaïd Salah, allant à l'encontre des propos tenus par Bensalah, estime que toute tentative de dialogue doit se dérouler « loin de la méthode imposant des préalables allant jusqu'aux diktats »[215]. Le 1er août, la démission de Younes est rejetée par le panel[216]. Des membres du panel proposent que le prochain mandat présidentiel soit transitoire[217], tandis que lors des discussions, certains intervenants ont proposé que Bensalah soit maintenu[218].

Fin juillet, le ministère de l'Enseignement supérieur demande aux universités que les documents administratifs soient désormais en anglais plutôt qu'en français, un geste analysé comme une façon de se rallier les milieux conservateurs et islamistes[219].

Le 30 juillet, Gaïd Salah, appelant à ne pas « perdre davantage de temps », rejette les mesures d'apaisement consenties par Bensalah, les qualifiant de « diktats » et d'« idées empoisonnées », de même que l'allégement du dispositif sécuritaire[220]. Comme les fois précédentes, Gaïd Salah suggère que les appels à son départ, à celui de Bensalah et Bedoui, ainsi que la mise en place d'une assemblée constituante et le drapeau berbère sont des idées véhiculées par la « bande » déchue[221].

Le 31 juillet, Bensalah remplace Slimane Brahmi au ministère de la Justice par le procureur d'Alger Belkacem Zeghmati[222]. Cette nomination est jugée inconstitutionnelle, l'article 104 de la Constitution interdisant au chef de l'État par intérim de remanier le gouvernement[223].

Une nouvelle manifestation a lieu le 2 août, alors que des manifestants appellent à la désobéissance civile[224]. Le 6 août, la marche des étudiants rassemble 500 personnes, qui rejettent le panel[225]. Une nouvelle manifestation hebdomadaire a lieu le 9 août, malgré la chaleur, les organisateurs poursuivant avec les mêmes revendications[226], puis de nouveau le 19 août[227].

Azeddine Benaïssa démissionne à son tour du panel le 5 août[228].

Toujours le 5 août, les anciens ministres Zaalane et Mohamed El Ghazi sont placés en détention provisoire[229].

Le tribunal militaire de Blida émet le 6 août des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de l'ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar, de celle de son fils Lotfi et de Farid Benhamdine, homme d'affaires proche du clan Nezzar. Ils sont accusés de complot et d'atteinte à l'ordre public dans le dossier Saïd Bouteflika, Toufik et Tartag[230].

Le 8 août, Gaïd Salah estime que les revendications ont été « entièrement satisfaites »[231].

Le 16 août, l'ancien ministre de la Santé Abdelmalek Boudiaf est placé sous contrôle judiciaire[232]. Le 22 août, l'ancien ministre de la Justice Tayeb Louh est à son tour placé en détention[233].

Ahmed Benchemsi, cadre d'Human Rights Watch, est expulsé par le régime le 19 août[234].

Le 17 août, après un appel à manifester, des étudiants interrompent l'installation du « comité de sages » du panel[235]. Le 20 août, un millier d'étudiants et d'autres citoyens manifestent[236].

Une nouvelle marche hebdomadaire a lieu le 23 août. Au cours de celle-ci, des slogans hostiles au chef de l'armée Gaïd Salah, au chef du panel Karim Younes, et à l'ancien chef du gouvernement Ali Benflis sont scandés[237].

Le 25 août, Kamel Bouchama et Hadda Hazem démissionnent du panel[238]. Dans la foulée, Mokhtar Bensaïd, de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme, a rejoint le panel[239]. Le 7 septembre, l'ancien ministre Aziz Derouaz démissionne à son tour du panel[240].

Le 26 août, Gaïd Salah s'en prend aux partisans d'une transition, et rejette l'idée de convoquer des législatives anticipées pour amender la Constitution[241]. Le lendemain, les autorités refusent d'autoriser une réunion des Forces du pacte de l'Alternative démocratique prévue pour le lendemain[242], de même que l'université d'été du Rassemblement actions jeunesse[243]. Cette réunion est de nouveau interdite le 8 septembre[244].

Une nouvelle marche hebdomadaire a lieu le 30 août[245].

Convocation de la présidentielleModifier

Le 31 août, Karim Younes propose le vote par le Parlement d'une loi portant modification du code électoral et une autre portant création d'une autorité nationale d'organisation des élections[246]. Après avoir renoncé aux mesures d'apaisement, à la charte d'honneur exhortant les candidats à la présidentielle à appliquer les conclusions du panel une fois élus, et à la conférence nationale, la seule exigence du panel reste le départ du gouvernement Bedoui[247]. Par ailleurs, quelques jours plus tard, le panel propose que les candidats aient un diplôme universitaire et que les parrainages d'élus soient supprimés[248].

Le 2 septembre, Gaïd Salah appelle à convoquer le corps électoral le 15 septembre. Il rejette cependant une modification totale de la loi électorale[249]. Il s'en prend également aux opposants de sa proposition, en fustigeant la « conspiration de certains partis contre la patrie et le peuple » et dénonce la « critique et le dénigrement »[250].

Les manifestants étudiants s'opposent le 3 septembre à la tenue de la présidentielle mi-décembre comme réclamé par le chef de l'armée[251].

Le 6 septembre, lors d'une nouvelle marche hebdomadaire, qui mobilise plus de monde que pendant l'été, les protestataires rejettent l’organisation d'une présidentielle tant que le chef de l'armée, de l'État et du gouvernement restent au pouvoir[252]. Cette marche est suivie par la marche estudiantine du 10 septembre[253].

À partir du 7 septembre, ont lieu des marches hebdomadaires les samedis à Kherrata pour appeler à la libération des détenus politiques[254].

Le 8 septembre, le chef de l'État par intérim Abdelkader Bensalah charge Karim Younes de préparer la mise en place de l'instance d'organisation des élections[255]. Les projets de loi sont adoptés le 13 septembre par le Parlement[256]. Le 15 septembre, Mohamed Charfi devient président de l'Autorité nationale indépendante des élections[257]. Le jour même, comme le lui a demandé le chef de l'armée, Bensalah convoque le scrutin, qu'il fixe au 12 décembre[258].

Le 11 septembre, l'opposant et figure du Hirak Karim Tabbou est arrêté[259] pour « atteinte au moral de l'armée »[260]. Plus tôt dans la journée, le chef de l'armée a qualifié les opposants à la convocation de la présidentielle de « hordes »[261]. Le 17 septembre, Samir Belarbi est placé en détention provisoire à la prison d'El-Harrach[262], [263].

Le 13 septembre, lors d'une nouvelle marche, les protestataires — notamment à Alger, Constantine, Oran et Annaba — rejettent de nouveau l’élection et appellent à la libération de l'opposant Karim Tabbou[264].

Le 18 septembre, Gaïd Salah appelle à bloquer les entrées de la capitale aux autres provinces[265]. L'Alternative démocratique dénonce un « état de siège qui ne dit pas son nom »[266]. Le même jour, l'ancien ministre Moussa Benhamadi est arrêté[267]. L'activiste Fodil Boumala[268] et deux étudiants sont arrêtés[269]. Le 19 septembre 2019, le secrétaire général du FLN, Mohamed Djemaï, est à son tour arrêté[270], ainsi que l'ancien ministre Boudjemaa Talai le 23 septembre[271].

 
Manifestation à Alger le .

Le 20 septembre, une manifestation d'ampleur rassemble des centaines de milliers de manifestations à Alger, malgré ces restrictions. D'autres marches ont lieu ailleurs dans le pays[272].

Le 23 septembre, Salima Ghezali démissionne de son mandat de députée[273]. Elle est suivie le 5 juillet par le député RCD Yassine Aissiouane[274].

À l'aube du 25 septembre, Saïd Bouteflika, Tartag, Toufik et Hanoune sont condamnés à 15 ans de prison, et Nezzar à 20 (par contumace)[275]

Le 24 septembre, une nouvelle marche estudiantine rassemble quelques 2 000 personnes[276]. Le 27 septembre, lors d'une nouvelle marche hebdomadaire, la mobilisation semble un peu plus faible que la semaine précédente[277]. Des centaines de milliers de manifestants contestent notamment les candidatures des anciens chefs du gouvernement Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune[278],[279],[280].

Au 28 septembre, la commission des droits de l'homme du Parlement européen fait état de 83 activistes arrêtés[281]. Le 29 septembre, deux militants du Rassemblement actions jeunesse[282] et un étudiant en médecine sont à leur tour incarcérés[283].

Une nouvelle marche étudiante a lieu le 1er octobre pour protester contre la tenue de la présidentielle. Elle se caractérise par la participation d'une majorité de non-étudiants, et par les nombreuses arrestations[284]. Elle mobilise cependant quelques 3000 étudiants[285]. Le jour même, la confédération des syndicats autonomes appelle ses membres à soutenir le Hirak[286].

Une nouvelle manifestation massive a lieu le 4 octobre[287]. Hakim Addad, fondateur du Rassemblement actions jeunesse et figure du Hirak, est arrêté[288]. Un autre rassemblement, commémorant les événements du 5 octobre 1988, est empêché par la police, qui conduit à de nombreuses arrestations[289]. Ainsi, des journalistes sont bousculés, insultés et arrêtés par les forces de l'ordre[290]. 121 arrestations sont relevées[291]. Le même jour a lieu une marche d'avocats à Bouira[292]. Le 6 octobre, un rassemblement en soutien aux personnes déférées devant le tribunal de Sidi M'Hamed est empêché par les forces de sécurité, qui procèdent à de nombreuses arrestations[293]. La Ligue algérienne de défense des droits de l'homme dénonce « l'escalade de la répression » et une « justice à double vitesse »[294].

Le 8 octobre, pour la première fois depuis le début du mouvement, la police empêche la tenue d'une manifestation estudiantine, et procède à près de 13 arrestations[295]. Une nouvelle marche hebdomadaire rassemble des dizaines de milliers[296] de personnes le 11 octobre, avec plus de participants que la semaine précédente[297]. Les manifestants dénoncent le projet de loi finances et celle sur les hydrocarbures, de même que le chef de l'armée, qui n'est plus apparu en public depuis une semaine[298]. Deux nouvelles marches ont lieu le 12 octobre à Kherrata et à Bouira[299],[300]. Une marche opposée au projet de loi sur les hydrocarbures a lieu le 13 octobre et rassemble de même plusieurs dizaines de milliers[296] de personnes[301]. Celui-ci est approuvé le jour même en Conseil des ministres, et envoyé au Parlement pour adoption[302].

Le 15 octobre, plusieurs personnalités, dont l'ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi, l'ancien ministre de la Culture Abdelaziz Rahabi et l'ancien ministre de l'Éducation Ali Benmohamed, de même que les avocats Ali Yahia Abdennour et Abdelghani Badi, et les universitaires Nacer Djabi et Louisa Ait Hamadouche, appellent à « une nouvelle lecture de la réalité », avec des mesures d'apaisement, d'ouverture démocratique, au départ des dignitaires du régime, ainsi qu'à la tenue de la présidentielle après un dialogue[303].

Le jour même, Gaïd Salah accuse les manifestants d'être payés par de l'« argent sale » et menace de poursuites ceux qui tenteraient de perturber la tenue du scrutin ou d'inciter les votants à le boycotter[304]. Il défend également le projet de loi controversé sur les hydrocarbures[305]. Plus tôt dans la journée, des dizaines de milliers[296] de personnes dont des étudiants ont participé à une marche, s'opposant notamment aux élections et à ce projet de loi[306]. Pour ne pas risquer de se faire arrêter, les étudiants, moins nombreux serrent les rangs et ne restent pas seuls entre eux[307].

Le 16 octobre, l'association Nebni propose 50 initiative qu'elle compte détailler plus tard, et qui concernent des réformes politiques et la mise en place d'un dialogue[308].

Une marche des avocats a lieu le 17 octobre[309] à Béjaïa[310]. Une nouvelle marche hebdomadaire a lieu le 18 octobre[311].

 
Abdelkader Bensalah (à gauche) au côté du président russe, Vladimir Poutine, le .

Le 22 octobre, des centaines de personnes participent à la marche des étudiants[312], malgré la pluie[313]. Le 24 octobre, des centaines d'avocats marchent à Alger[314]. Le 25 octobre, galvanisés par des propos controversés tenus la veille par Bensalah à l'adresse du président russe Vladimir Poutine selon lesquels la situation est contrôlée et les manifestations d'une ampleur limitée, les contestataires clament des slogans hostiles au chef de l'État[315]. À partir du 27 octobre, les magistrats, qui entendent protester contre un mouvement de mutations, sont en grève. Cependant, cette situation n'empêche pas les renouvellements des mandats de dépôt à l'égard des activistes du Hirak[316].

Une grève générale est lancée le 28 octobre par les syndicats autonomes[317]. Le 29 octobre, une marche estudiantine rassemble environ 2000 personnes[318]. Le 1er novembre, jour de fête nationale, des centaines de milliers de personnes manifestent dans les grandes villes du pays[319]. La nuit précédente, un rassemblement de plusieurs milliers de personnes a eu lieu dans la capitale. Plusieurs d'entre eux, venus des autres provinces du pays, dorment dans la rue[320].

Le 4 novembre 2019, l'ancienne ministre de la Culture Khalida Toumi est placée en détention provisoire pour corruption[321].

Au soir du 20 novembre, la police procède à une vingtaine d'arrestations à Alger, lors d'une manifestation nocturne[322].

Profil des manifestantsModifier

 
Cortège de manifestants.

Au début de la contestation, les manifestations réunissent principalement des jeunes n'ayant pas connu la guerre civile algérienne (« décennie noire »), qui s'est achevée avec l'arrivée au pouvoir de Bouteflika et dont le souvenir a limité les contestations envers le pouvoir de celui-ci[20]. Des rassemblements ont également lieu chez les Algériens de l'étranger, notamment en France et au Canada[323],[324]. Les stades de football, qui servent depuis des années à véhiculer des idées politiques, sont les précurseurs de la contestation et leurs slogans sont repris pendant les manifestations[325].

Des participants se distinguent par leur nettoyage des lieux publics pendant et à la fin des marches, et donnent à boire et à manger aux autres manifestants[73]. Ce service de nettoyage et d'assistance aux manifestants blessés est parfois assuré par le collectif des Brassards verts[326].

La question de la structuration du mouvement se pose, à la fois du côté du pouvoir, de l'opposition et de représentants autoproclamés[327].

Le mouvement connaît des clivages, avec principalement d'un côté les conservateurs arabisants, parfois islamistes, et de l'autre les progressistes défenseurs de la dimension berbère du pays[328]. Les tenants du slogan « Badissia-Novembria », conservateurs, représentent ainsi une partie de la société. Ils sont cependant soupçonnés d'être manipulés par le régime pour infiltrer les marches[329].

Le profil des manifestants est varié. Certains manifestent seuls, d'autres en famille. Ils appartiennent à différentes classes sociales, qu'ils soient hommes ou femmes, enfants, jeunes, personnes âgées, femmes voilées ou non, ou encore femmes au foyer. Les manifestations ne sont pas la conséquence d'un appel d'une organisation politique[330]. Par ailleurs, des retraités manifestent souvent les mardis avec les étudiants[331].

Dans la capitale, les vendredis, commencent d'abord des marches de personnes issues de la classe moyenne et supérieure, mais aussi ceux issus de l'élite du pays, des hauteurs de la capitale, de Bouzareah, El Biar Hydra. Ils marchent sur la rue Didouche-Mourad. Ils sont ensuite rejoints par des manifestants qui sortent de la mosquée Al-Rahma d'Alger[332], puis par ceux issus de quartiers populaires proches du centre-ville, Bab El Oued et de la Casbah, et enfin de quartiers populaires périphériques, comme Belouizdad et El Harrach[333].

Revendications et slogansModifier

Article détaillé : Yetnahaw Gaâ !.
 
Manifestants le à Batna.

Les manifestants réclament en premier lieu la non-candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat et la démission du Premier ministre, Ahmed Ouyahia.

De façon plus générale, ils appellent à plus de démocratie et à une société moins corrompue. Des slogans dénonçant la corruption sont ainsi scandés à l'adresse des membres du pouvoir : le Premier ministre est notamment traité de « voleur ». Le président sortant est qualifié de « Marocain » du fait de son lieu de naissance[334]. D'autres protestataires crient « pouvoir assassin », et dénoncent une « mafia »[335]. Des cadres vides sont également utilisés lors des rassemblements[336]. Le , des étudiants simulent les funérailles du président à l'aide d'un cercueil[337]. Par ailleurs, ils dénoncent la corruption à l'aide de cachir, un saucisson[338]. D'autres slogans, comme « ramenez les commandos de l'armée et la BRI, il n’y aura pas de cinquième mandat » sont également entonnés[339], ou encore « voleurs, vous avez mangé le pays ! »[340]. Ils s'écrient également : « Ils ont des millions, nous sommes les millions »[341], ou encore « c'est une république pas un royaume »[342]. En avril, les slogans sont dirigés contre le chef de l'armée Ahmed Gaïd Salah et le chef de l'État par intérim, Abdelkader Bensalah[343], tandis que « ce pays est le nôtre et nous imposerons nos choix » devient un des slogans en vogue[344], ainsi que les autres « 3B » : Bouchareb, Bedoui, Belaiz[345].

Par la suite, ils réclament le départ de tous les caciques du régime[346], et clament « Gaid Salah à la poubelle »[347], ou encore « y en a marre de ce pouvoir »[348]. Ils dénoncent aussi une militarisation du régime[349], appellent au départ du chef d'état-major, qu'ils accusent de trahison[132], et rejettent la présidentielle du 4 juillet[350], ou d'« ennemi de Dieu »[351]. En sepetembre 2019, ils scandent « Ali la pointe l’Algérie est en danger, on ne fera pas marche arrière et les autorités iront à la fourrière »[352].

Le slogan « Yetnahaw ga3 » (« ils partiront tous »), lancé par un jeune à une journaliste de Sky News Arabia, devient viral[126].

Après l'interdiction du drapeau amazigh, des slogans appelant à l'unité sont scandés[353]. En août 2019, d'autres appellent à la mise en place d'une période de transition[354].

Le 9 juillet 2019, un supporter algérien ayant brandi une pancarte Yetnahaw ga3 et expulsé d'Égypte lors de la CAN 2019, est condamné à un an de prison ferme[355].

Débordements, arrestations et condamnationsModifier

Si les rassemblements se déroulent globalement dans le calme — se déroulant sans incidents hors de la capitale[356] —, quelques incidents sont relevés à Alger, avec au moins un véhicule incendié et un commerce vandalisé au soir des manifestations[36],[357]. Le , des affrontements ont lieu entre la police et des groupes de jeunes leur lançant des pierres[36].

41 arrestations sont recensées le [358], 45 le [359], 195 le [360], puis 75 le [73]. Ensuite, 108 arrestations sont recensées le 12 avril[361].

Un comité de libération des prisonniers se met en place, les familles s'entraidant. Ensuite s'y substitue des chefs d'entreprises[362].

Le 6 octobre, cinq membres du Rassemblement actions jeunesse, dont Hakim Addad, sont placés en détention provisoire[363]. Le 9 octobre, un jeune activiste est condamné à un an de prison ferme pour port du drapeau berbère à Constantine. Un autre est relaxé[364]. Le jour même, trois personnes sont placées sous mandat de dépôt à El Oued[365]. Abdelouhab Fersaoui, chef du RAJ, est à son tour arrêté le 10 octobre[366].

Le 12 octobre, un activiste est condamné à une amende de 50 000 dinars algériens (environ 250 euros) à Kherrata pour « incitation à attroupement »[367].

Le 10 octobre, Amnesty International dénonce un « climat de répression »[368]. Le 13 octobre, le tribunal de Mostaganem condamne cinq personnes à trois mois de prison ferme pour avoir tenté d'empêcher la visite du ministre des Sports[369]. Le 14 octobre, le journaliste Adel Azeb Cheikh est placé en détention provisoire à El Oued[370].

Pour sa part, le journaliste et activiste Saïd Boudour, arrêté à Oran, est mis en liberté provisoire en attendant son procès pour « chantage », « atteinte au moral de l’armée » et « incitation au boycott des élections »[371]. Il est ensuite placé sous mandat de dépôt le 15 octobre suivant[372].

L'activiste Brahim Lallami est remis en liberté le 6 novembre[373]. Le même jour, trois manifestants sont acquittés pour les chefs de « diffusion d’appels à manifestation pouvant nuire aux intérêts nationaux » ou pour avoir brandi le drapeau amazigh[374]. Le 11 novembre, 21 prévenus sont condamnés à six mois de prison ferme et six mois avec sursis. Le lendemain, six autres prévenus sont condamnés aux mêmes peines, avec en plus une amende de 20 000 dinars algériens (100 euros) pour chacun[375],[376]. Le 13 novembre, cinq personnes arrêtées pour « atteinte à l'union nationale » sont acquittées[376].

Traitement médiatiqueModifier

Jusqu'au , la télévision et la radio publiques font totalement abstraction des manifestations, tandis que les chaînes privées liées au pouvoir en traitent de façon limitée[377]. Une campagne de boycott est alors lancée à leur encontre[378]. Dans le même temps, plusieurs journalistes sont arrêtés et la rédactrice en chef d'Alger Chaîne 3 démissionne le en guise de protestation contre le traitement du mouvement par sa radio[377]. Une centaine de journalistes et l'ONG Reporters sans frontières dénoncent publiquement la censure pratiquée par l'exécutif algérien[379]. Les chaînes d’État évoquent finalement la contestation en se montrant critiques envers les manifestants et en ne faisant pas référence à leurs motivations[36],[379]. Par ailleurs, malgré l'ouverture de l'audiovisuel à la concurrence en 2011, les chaînes sont toujours de droit étranger et non agréées, le régime pouvant à tout moment les fermer[380].

À l'inverse, la presse écrite privée et les sites d'informations font largement état des événements dès leurs débuts[377].

Le , Nadia Madassi, présentatrice du journal sur la chaîne publique depuis 15 ans, démissionne, après avoir été contrainte la veille de lire la lettre attribuée au président[381]. Le lendemain, les quotidiens Echorouk El Yawmi et El Bilad sont sanctionnés par le ministère de la Communication pour avoir couvert les manifestations, et sont ainsi privés de publicité de l'ANEP[382].

La télévision publique organise le 10 mars un débat contradictoire sur la transition post-Bouteflika, lors de l'émission, le président sortant est accusé d'être responsable de la situation en cours[383].

Le , Toufik Khelladi, directeur général de EPTV, est limogé et remplacé par Lotfi Chriet[384]. Le 30 mars, le reporter tunisien Tarek Amara, envoyé spécial de Reuters, est expulsé du pays, les autorités lui reprochant d'avoir relayé de fausses informations selon lesquelles la police avait utilisé la force contre les manifestants et d'avoir propagé un faux décompte du nombre de manifestants présent dans la capitale[385],[386].

La revue militaire El Djeich dénonce, le 8 mai, « des « voix » qui défendent « des agendas douteux » »[387].

Au 11 mai, plusieurs journalistes sont sanctionnés en subissant des mutations, des avertissements et des suspensions d'émissions[388]. Le jour même, El Moudjahid propose de « de mettre hors d'état de nuire tous ceux et toutes celles qui entravent l'aboutissement du processus légal », et affirme que le gouvernement est capable d'organiser le scrutin[389].

Sur les réseaux sociaux, des comptes font de la propagande en faveur du régime et des élections[390].

Plusieurs sites d'informations se voient alors bloqués sur les réseaux des fournisseurs d'accès algériens. Le site TSA est bloqué en juin 2019[391], suivi du média Inter-lignes[392] et de ObservAlgerie[393] en juillet, puis par Algérie patriotique en août[394]. Le 8 août, YouTube et les services Google sont à leur tour bloqués[395] après la diffusion d'un appel adressé par Khaled Nezzar à l'armée algérienne[396]. Par ailleurs, la fermeture de l'entreprise du fils de ce dernier, SLC, provoque une coupure de l'internet au sein de nombreuses entreprises[397].

Même si la liberté de la presse ne progresse pas, les journalistes ont moins peur et n'hésitent pas à protester contre la censure, tandis que la presse électronique, plus libre, jouit d'une bonne réputation auprès de la population[398].

Contrairement aux chaînes publiques et privées proches du pouvoir, Al Magharibia, appartenant à un des fils du chef des islamistes du FIS, couvre les événements sous un jour favorable à la contestation[399]. Les manifestants dénoncent aussi le fait que la presse soit alignée sur le pouvoir[400]. En octobre 2019, elle est suspendue. Elle émet alors sous un nouveau nom, Hirak TV[401].

Au cours de l'été, la parenthèse pluraliste des médias commence à se refermer, ceux-ci se mettent à couvrir de moins en moins les marches, et à diffuser de moins en moins de personnalités de l'opposition[402].

En septembre 2019, Human Rights Watch affirme que le régime « serre la vis » contre les manifestants. Ainsi, une quarantaine d'entre eux ont été arrêtés pour avoir hissé le drapeau berbère ou des tracts, tandis que trois d'entre eux ont été relaxés[403]. Le 15 septembre, 22 autres manifestants sont placés en détention[404]. Parmi eux, se trouve un homme atteint d’un cancer[405]. Sur les réseaux sociaux, des agents pro-régime truquent des photos des pancartes des manifestations pour répondre aux activistes[406].

le journaliste Sofiane Merakchi est placé en détention le 26 septembre pour avoir couvert les manifestations[407].

Le 7 octobre, des journalistes de la radio publique dénoncent la « censure » et réclament le « devoir d’informer ». Ils veulent savoit quel dirigeant de la radio les censure[408].

Pour leur part, les chaînes étrangères, à part France 24, limitent la couverture du mouvement au fil du temps[409].

En novembre 2019, des journalistes du Temps d'Algérie sont suspendus pour avoir critiqué la ligne éditoriale du journal[410].

AnalysesModifier

 
Algériens de France réunis place de la République, à Paris.

Alors que le dernier mouvement contestataire d'ampleur remonte à 2011-2014, dans le contexte du Printemps arabe, les manifestations de 2019 sont décrites comme étant les plus importantes depuis deux décennies[20]. Un parallèle est effectué avec les événements d'octobre 1988[411].

Le , l'économiste Omar Benderra indique : « L'opinion algérienne est depuis longtemps au-delà de l'exaspération et ce n'est que par les traditions de patience et de refus de la violence que la société s'est maintenue par elle-même dans une posture de retrait par rapport au régime et ses parodies. […]. Les Algériens se sont sentis insultés par cette indigne mascarade d’un cinquième mandat qui consiste à imposer un vieillard à l'agonie en tant que candidat de l'espoir et du renouvellement. Cet élément a joué comme un détonateur de mécontentement, la goutte d’eau qui a fait déborder un vase d’indignation et d’amertume. »[411].

Dans Le Figaro du , l'écrivain algérien Boualem Sansal affirme : « De telles manifs dans toutes les villes du pays et jusque dans la capitale, pas loin d'El Mouradia (le quartier du palais présidentiel), des Tagarins (le quartier du ministère de la Défense), d'Alger-Centre (le quartier du palais du gouvernement), est une insupportable humiliation pour le président, ses frères, son armée, sa police, ses députés, ses sénateurs, ses oligarques, ses fonctionnaires, ses milices d'appoint, bref la « famille révolutionnaire » (c'est le nom qu'ils se donnent), à qui jamais personne n'a manqué de respect sans le payer de sa vie. Leur silence a un air de veillée d'armes qui n'augure rien de bon. »[23],[412].

Selon Le Quotidien d'Oran, l'installation de Bensalah est un « prélude à un changement de position des autorités vis-à-vis des manifestants »[413].

Si une majorité d'Algériens sont opposés à la tenue d’une élection présidentielle dans ces conditions, une partie d'entre eux s'y résigne, pour des raisons de stabilité et dans la perspective d'une crise économique à venir[414].

Si au printemps 2019, au début du mouvement, les candidats à l'immigration irrégulière avaient baissé, ces derniers croyant dans un changement, à la rentrée de cette même année, des Algériens quittent le pays pour l'Europe[415].

Luis Martinez, directeur de recherche au centre de recherches internationales, indique : « L'armée en a profité pour démanteler tout le réseau autour de Bouteflika. Certains ont cru à un début de transition démocratique. À présent, il est devenu clair qu’il ne s’agit pas réellement de changer le « système ». L’armée ne veut pas prendre le risque de perdre le contrôle et de mettre en péril ses intérêts. Des deux côtés, il y a une incapacité à dialoguer. D’un côté, l’armée s’obstine à poursuivre une prétendue « transition » que refuse la société civile. De l’autre côté, les manifestants ne veulent négocier avec aucune personnalité liée au « système ». En cela, ils font preuve d’une certaine naïveté. »[416].

RéactionsModifier

En Algérie, l'Organisation nationale des moudjahidine apporte son soutien aux manifestations[417].

Les réactions internationales sont assez prudentes, et la plupart des pays et organisations internationales restent silencieux jusqu’au  :

  •   France ː la porte-parole du ministère des Affaires étrangères indique : « C'est au peuple algérien qu'il appartient de choisir ses dirigeants et de décider de son avenir »[418]. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, déclare : « Il s'agit d'un moment essentiel pour l'histoire de l'Algérie. Il faut que l'Algérie trouve l'impulsion nécessaire pour faire face aux défis qui sont devant elle et l'impulsion nécessaire pour répondre aux aspirations profondes de son peuple » et il a ajouté « Je souhaite vraiment que cet esprit de responsabilité puisse perdurer et que le peuple algérien trouve les voies de sortie de cette crise. C'est pourquoi nous souhaitons que le processus électoral puisse se dérouler dans de bonnes conditions avec toute la transparence et la sérénité nécessaires. »[419].
  •   Union européenne : la Commission européenne appelle au respect de l'État de droit et notamment des libertés d'expression et de réunion[420].
  •   États-Unisː Robert Palladino, porte-parole de la diplomatie américaine, affirme : « Les États-Unis soutiennent le peuple algérien et son droit à manifester pacifiquement »[421].
  •   Russie : Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, déclare que « Moscou refuse toute ingérence dans les affaires internes de l'Algérie » et ajoute que « c'est au peuple algérien de décider de son destin en s'appuyant sur sa constitution et les lois internationales »[422].
  •   Italie : le président du Conseil, Giuseppe Conte, conseille d'écouter « les demandes de changement émanant de la société civile », et estime que « l'Algérie sera en mesure de garantir un processus démocratique et inclusif dans le respect de son peuple et pour son propre bénéfice »[423].

Bilan humainModifier

Le 1er mars, le ministère de la Santé algérien fait état d'un premier mort. Hassan Benkhedda, âgé 56 ans, fils de l'ancien président du gouvernement provisoire Benyoucef Benkhedda, a succombé à une attaque cardiaque[424] à la suite d'une intervention de police contre des casseurs[425]. Le ministre fait aussi état de 183 blessés pour la journée du [426].

Le 19 avril, Ramzi Yettou, âgé de 23 ans, blessé dans les heurts une semaine plus tôt, succombe à ses blessures[427]. Les circonstances de ce décès resteront troubles et la famille du défunt accuse la police, affirmant qu'il aurait reçu un coup de matraque à la tête[428].

Le 24 mai, Nabil Asfirane, âgé de 48 ans, décède d'une crise cardiaque en pleine marche à Alger[429].

Le 5 juillet, Mustapha Guenatri, âgé de 68 ans, a succombé à un malaise cardiaque au milieu de la foule lors des manifestations à Alger[5].

Plusieurs cas de manifestants éborgnés sont relevés[430].

Dans la culture populaireModifier

La chanson, Libérer l'Algérie, écrite par des artistes soutenant le mouvement, fait un carton auprès des manifestants[431], au même titre que celle de la chanteuse algérienne engagée Raja Meziane, Allo, le système, qui interpelle le régime de Bouteflika et lui enjoint d'écouter le peuple[432].

C'est également le cas de Casa del Mouradia, œuvre des supporters de l'USM Alger et qui est régulièrement entonnée par les manifestants[433], en référence à La casa de papel. Ses paroles sont notamment : « C'est bientôt l'aube et je n'ai toujours pas sommeil. Je consomme à petite dose. À qui la faute et qui en est responsable  ? Nous en avons marre de cette vie. Le premier [mandat], on dira qu'il est passé, ils nous ont eus avec la décennie [noire du terrorisme]. Au deuxième, l'histoire est devenue claire, la casa d'El Mouradia. Au troisième, le pays s'est amaigri, la faute aux intérêts personnels. Au quatrième, la poupée est morte et l'affaire suit son cours [...] Le cinquième [mandat] va suivre, entre eux l'affaire se conclut »[434].

La Liberté de Soolking est également entonnée par les manifestants[435].

Les manifestations ont conduit à la création par les Algériens d'un néologisme ; le verbe « vendredire » (parfois orthographié « vendredir »), qui signifie manifester pacifiquement le vendredi, les manifestations se déroulant le vendredi en Algérie[436],[437].

Inspiration d'autres mouvementsModifier

L'année 2019 est marquée par une mondialisation des révoltes populaires, multiplication des conflits sociaux et politiques (au Chili, au Liban, en Irak, en Égypte, à Hong Kong, au Soudan, en Équateur, à Haïti, en Bolivie, au Venezuela, en Guinée, à Barcelone, en France)[438].

Lors de la révolution soudanaise, les manifestants réclament également le départ de leur chef de l'État, Omar el-Bechir, qui démissionne le 11 avril 2019, moins de dix jours après celle d'Abdelaziz Bouteflika. Des similitudes[Lesquelles ?] sont observées entre les deux mouvements de contestation[439].

En octobre 2019, un mouvement se déroule au Liban avec des revendications similaires avec celui de l'Algérie[440]. Les contestataires demandent notamment le départ de la classe politique au pouvoir[441],[442]. Ceux-ci ont également hissé le drapeau algérien[443]. En Irak également, un mouvement de contestation éclate[444] afin d’obtenir un changement de Constitution et de classe politique[445].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Dont 3 par crise cardiaque et un dans des conditions troubles[5].

RéférencesModifier

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