Abdelmadjid Tebboune

homme d'État algérien

Abdelmadjid Tebboune
عبد المجيد تبون
ⵄⴱⴷ ⴰⵍⵎⵊⵉⴷ ⵜⴱⵓⵏ
Illustration.
Abdelmadjid Tebboune en 2019.
Fonctions
Président de la République algérienne démocratique et populaire
En fonction depuis le
(6 mois et 22 jours)
Élection 12 décembre 2019
Premier ministre Sabri Boukadoum (intérim)
Abdelaziz Djerad
Prédécesseur Abdelkader Bensalah (chef de l'État, intérim)
Abdelaziz Bouteflika
Ministre de la Défense nationale
En fonction depuis le
(6 mois et 22 jours)
Président Lui-même
Premier ministre Sabri Boukadoum (intérim)
Abdelaziz Djerad
Gouvernement Bedoui
Djerad I et II
Prédécesseur Ahmed Gaïd Salah (vice-ministre)
Abdelaziz Bouteflika
Premier ministre d'Algérie

(2 mois et 21 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Gouvernement Tebboune
Prédécesseur Abdelmalek Sellal
Successeur Ahmed Ouyahia
Ministre du Commerce
(intérim)

(4 mois et 6 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Premier ministre Abdelmalek Sellal
Gouvernement Sellal IV
Prédécesseur Bakhti Belaïb
Successeur Ahmed Saci
Ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville[N 1]

(4 ans, 8 mois et 22 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Premier ministre Abdelmalek Sellal
Youcef Yousfi (intérim)
Gouvernement Sellal I, II, III et IV
Prédécesseur Noureddine Moussa
Successeur Youcef Cherfa
Ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme

(1 an et 4 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Chef du gouvernement Ali Benflis
Gouvernement Benflis II
Prédécesseur Abdellah Bounekraf
Successeur Mohamed Nadir Hamimid
Ministre délégué aux Collectivités locales

(11 mois et 5 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Chef du gouvernement Ali Benflis
Gouvernement Benflis I
Prédécesseur Noureddine Kasdali (indirectement)
Successeur Dahou Ould Kablia

(8 mois et 4 jours)
Président Chadli Bendjedid
Chef de l'État Mohamed Boudiaf
(président du Haut Comité d'État)
Chef du gouvernement Sid Ahmed Ghozali
Gouvernement Ghozali I et II
Prédécesseur Benali Henni
Successeur Ahmed Noui (secrétaire d'État)
Ministre de la Communication et de la Culture

(6 mois et 3 jours)
Président Abdelaziz Bouteflika
Chef du gouvernement Ahmed Benbitour
Gouvernement Benbitour
Prédécesseur Abdelaziz Rahabi
Successeur Mahieddine Amimour
Wali de Tizi Ouzou

(1 an, 10 mois et 23 jours)
Prédécesseur Ahmed El Ghazi
Successeur Mostefa Benmansour
Wali de Tiaret

(5 ans, 2 mois et 13 jours)
Prédécesseur Mohamed Seghir Hamrouchi
Successeur Rabah Boubertakh
Wali d'Adrar

(1 an, 3 mois et 13 jours)
Prédécesseur Abdelkrim Bouderghouma
Successeur Abdelmalek Sellal
Biographie
Date de naissance (74 ans)
Lieu de naissance Méchria (Algérie)
Nationalité Algérienne
Parti politique FLN (à partir des années 1970)
Diplômé de ENA d'Alger
Résidence Palais d'El Mouradia (Alger)

Abdelmadjid Tebboune
Premiers ministres algériens
Présidents de la République algérienne démocratique et populaire

Abdelmadjid Tebboune (en arabe : عبد المجيد تبون, en berbère : ⵄⴱⴷ ⴰⵍⵎⵊⵉⴷ ⵜⴱⵓⵏ), né le à Méchria (Algérie), est un homme d'État algérien. Il est président de la République algérienne démocratique et populaire depuis le .

Haut fonctionnaire de carrière, membre du Front de libération nationale, il est ministre dans plusieurs gouvernements et il est Premier ministre du au , ce qui fait de lui le chef de gouvernement étant resté le moins longtemps à la tête de son pays.

Candidat indépendant tout en siégeant au comité central du FLN, qui ne le soutient pas officiellement, il remporte au premier tour l'élection présidentielle de 2019. La campagne de ce scrutin puis le début du mandat de Tebboune sont marqués par des manifestations massives (« Hirak ») et par une abstention record.

Situation personnelle

Famille

Abdelmadjid Tebboune naît le à Méchria[1], dans l'actuelle wilaya de Naâma, en Algérie, alors départements français. Issu d'une famille originaire de la commune de Boussemghoun, actuellement dans la wilaya d'El-Bayadh, située dans la région des Haute Plaines steppiques du Sud-Ouest algérien[2]. Son père est un cheikh membre de l'Association des oulémas musulmans algériens[3] et également un militaire. Sa mère est une paysanne[4].

En , s'ouvre le procès de son fils Khaled, en prison depuis le , dans le cadre de l'affaire de la saisie, dans le port d'Oran, de 701 kg de cocaïne[5]. Il est acquitté le 26 février 2020[6].

Formation

Il est diplômé de l'École nationale d'administration en 1969 (2e promotion, « Larbi Ben M'Hidi », section économique et financière)[7].

Carrière professionnelle

Abdelmadjid Tebboune commence sa carrière en 1969 comme administrateur stagiaire[8], puis administrateur en 1972[9] dans la wilaya de la Saoura. À cette époque, il prend sa carte au Front de libération nationale (FLN)[10].

Il est successivement secrétaire général de la wilaya de Djelfa (1975-1976), de la wilaya d'Adrar (1977-1979), de la wilaya de Blida (1979-1982) et de la wilaya de M'Sila (1982-1983)[11],[12].

Par la suite, il est wali d’Adrar (1983-1984)[13], de Tiaret (1984-1989)[14] et de Tizi Ouzou (1989-1991)[15].

Parcours politique

Ministre

En , Abdelmadjid Tebboune devient ministre délégué chargé des Collectivités locales auprès du ministre de l'Intérieur, dans le gouvernement Ghozali I[16]. Il quitte le gouvernement en 1992.

Il est rappelé par le président Abdelaziz Bouteflika en 1999 au poste du ministre de la Communication et de la Culture[17] dans le gouvernement Benbitour, portefeuille qu'il n'occupera que 6 mois, avant qu'il soit rappelé une 2e fois au poste de ministre délégué chargé des Collectivités locales[18] pour le remaniement des walis.

En 2001, le président le nomme au poste de ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme[19] au sein du gouvernement Benflis II, dernier poste occupé jusqu'en 2002.

Il représente le président Abdelaziz Bouteflika dans plusieurs missions à l'étranger (en Iran, en Syrie) après son départ du gouvernement[réf. nécessaire]. À cette époque, il est cité dans l'affaire Khalifa[20].

Le , il est nommé ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme[21] dans le Gouvernement Sellal I. Il est ensuite nommé ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville dans les gouvernements Sellal II, Sellal III, et Sellal IV.

Le , après la maladie puis la mort de Bakhti Belaïb, il est nommé ministre du Commerce à titre intérimaire[22].

Premier ministre

Le , considéré comme un proche du chef d'état-major, Ahmed Gaïd Salah[23], il est nommé Premier ministre, succédant à Abdelmalek Sellal, qui était à la tête du gouvernement depuis 2012[24]. Le gouvernement est formé le [25].

Abdelmadjid Tebboune est remplacé par l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia le [26]. Sa volonté de restreindre les importations, de lutter contre la corruption, en mettant en place une inspection générale au sein de la primature et en chargeant ses ministres de « faire le point au sujet des marchés publics » passés par l'ancien gouvernement[27], et, selon la présidence, son « harcèlement contre les hommes d'affaires » sont évoqués pour expliquer son limogeage[28]. En juillet, le gouvernement avait ainsi adressé une série de mises en demeure à plusieurs grandes entreprises algériennes ou étrangères adjudicataires de gros marchés publics d'infrastructure, menaçant de résilier les contrats pour les chantiers en retard. Parmi ces entreprises figurait notamment ETRHB, une entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments, propriété d'Ali Haddad, chef du Forum des chefs d'entreprises (FCE), organisation patronale, et proche de Saïd Bouteflika, frère du chef de l'État[29]. Il est ensuite assigné à résidence jusqu'en 2019[3].

Ces mesures lui valent néanmoins de bénéficier d'une popularité auprès de l'opinion publique[30]. Il est alors cité comme possible successeur de Bouteflika[31].

Élection présidentielle de 2019

Le , il annonce sa candidature à l'élection présidentielle de décembre, repoussée pour la deuxième fois dans le cadre des manifestants du Hirak, qui a conduit à la démission d'Abdelaziz Bouteflika[32].

Se présentant comme le « candidat du peuple », Abdelmadjid Tebboune affirme que les revendications des protestataires ne peuvent être satisfaites « sans un président élu et légitime ». Il promet une réforme de la Constitution et de la loi électorale, de même que l'instauration de la « démocratie véritable » au niveau local et national[33]. Il souhaite la récupération par l'État des prêts contractés par des entreprises et jamais remboursés aux banques étatiques. Candidat indépendant, il reste cependant membre du comité central du FLN[34].

Contesté par les manifestants[35], il est accusé par ses détracteurs d'être le « candidat de l'armée » et d'être mêlé à l'affaire Khalifa, dans laquelle il est cité ; il se dit favorable à la réouverture du dossier[36]. En novembre 2019, il fait face à la démission de son directeur de campagne et de la révélation par le journal Ennahar, réputé proche du pouvoir, de ses liens avec l'homme d'affaires Omar Aliat, actuellement en prison[37]. À l’approche du scrutin, en l'absence d'enquêtes d'opinion, les médias indiquent qu'il a perdu son statut de favori, Azzedine Mihoubi ayant reçu le soutien de nombreux proches du régime[38].

Le 12 décembre, après une campagne perturbée par des manifestations importantes jusqu'au jour même de l'élection[39], Abdelmadjid Tebboune est élu par 58,1 % des suffrages exprimés au premier tour, avec une abstention record (60,1 % des inscrits)[40]. Les chiffres sont par ailleurs jugés « douteux » par des analystes[41]. Le jour même, conspué par les partisans du Hirak, il est qualifié de « président cocaïne » en référence à l'affaire mêlant son fils[42]. Lors de sa première conférence de presse après son élection, Abdelmadjid Tebboune déclare tendre la main au Hirak et prône le dialogue[43].

Président de la République

Investiture

Abdelmadjid Tebboune devient président de la République algérienne démocratique et populaire et prête serment le [44]. Le professeur Abderrahmane Mebtoul estime qu'il a « une lourde responsabilité de rétablir la confiance brisée entre l'État et les citoyens »[45]. Le sociologue Nacer Djabi indique qu'il démarre « avec un grand handicap de légitimité » et que « même si le scrutin n'est pas falsifié, les Algériens n'ont plus confiance »[3].

Premières mesures

À l'issue de sa prestation de serment, le nouveau président salue le Hirak et déclare que « la grande réussite est le fruit du mouvement populaire initié par notre peuple qui a refusé, grâce à sa conscience, l'effondrement de l’État et de ses institutions », renouvelle son appel au dialogue et promet de réaliser ses revendications « dans le cadre d'un consensus politique et les lois de la République »[44],[46]. Il demande à être dispensé du prédicat « excellence » afin de rompre avec l'usage exacerbé de cette formule durant les mandats d'Abdelaziz Bouteflika, terme devenu impopulaire et motif de contestation[47]. Lors la cérémonie, il décore de la médaille de l'ordre du Mérite national, au rang « Sadr », Abdelkader Bensalah et Ahmed Gaïd Salah[48]. Il est décoré du même rang par Abdelkader Bensalah[49].

Le jour même, Abdelmadjid Tebboune accepte la démission de Noureddine Bedoui et désigne Sabri Boukadoum comme Premier ministre par intérim tout en chargeant le gouvernement en place de gérer les affaires courantes dans l'attente de la nomination d'un nouveau chef du gouvernement. Par ailleurs, le ministre de l'Intérieur Salah Eddine Dahmoune est limogé de ses fonctions alors qu'il avait défrayé la chronique en tenant des propos insultants à l'égard des manifestants du Hirak[50].

Le 20 décembre 2019, il nomme Noureddine Ayadi directeur de cabinet et Mohammed Amine Messaïd secrétaire général de la présidence de la République ; ce dernier avait occupé le poste de directeur de sa campagne électorale. Par ailleurs, Bouakkaz et Amrouche sont respectivement nommés directeur général du protocole et secrétaire particulier du président de la République[51].

Lors de son premier déplacement officiel en Algérie, le 22 décembre, il annonce la création d'un ministère chargé des start-up et de la microentreprise ainsi que d'une banque devant accompagner les porteurs de ces projets. Il ordonne également la réouverture des aérogares inexploitées à travers le pays[52],[53].

Le 26 décembre, il préside une réunion du Haut conseil de sécurité, où « la situation dans la région, notamment au niveau des frontières avec la Libye et le Mali » est examinée. Il décide que le Haut Conseil de sécurité sera réuni de manière périodique, à chaque fois que la situation l'impose[54].

Formation du gouvernement Djerad

Deux jours plus tard, le 28 décembre, il nomme Abdelaziz Djerad à la fonction de Premier ministre et le charge de former un nouveau gouvernement[55]. Le lendemain, le 29 décembre, il nomme Belaïd Mohand Oussaïd ministre conseiller à la Communication, porte-parole de la présidence de la République[56].

Au début de l'année 2020, alors que le Hirak se poursuit, des maires de communes de la wilaya de Béjaïa membres du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) refusent d'accrocher le portrait officiel de Tebboune[57].

Politique institutionnelle

Le 28 décembre 2019, il reçoit Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement, avec qui il s’entretient au sujet des « bases de la nouvelle République »[56]. Le 9 janvier 2020, il reçoit Abdelaziz Rahabi « pour échanger et écouter son appréciation de la situation actuelle et sa vision de l’avenir »[58]. Cette rencontre entre dans le cadre des consultations sur la révision de la constitution[59]. Le 13 janvier, il reçoit l'ancien chef du gouvernement Mouloud Hamrouche et se rend chez l'ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi[60]. Le 14 janvier, il reçoit l'opposant Soufiane Djilali[61] et Karim Younes[62]. Le 15 janvier, il reçoit le moudjahid Youcef Khatib[63] et le président de l'Association des oulémas musulmans algériens, Abderrazak Guessoum[64]. Le , il met en place une commission d'experts de 17 membres — dont une majorité de professeurs de droit constitutionnel[65] — chargés d'émettre des propositions pour une nouvelle Constitution[66]. Il trace sept axes principaux autour desquels la commission doit mener sa réflexion, notamment la conservation du bicamérisme, ou sur le titre du chef du gouvernement. Il propose notamment de ne permettre au président de n'effectuer qu'un maximum de deux mandats et de rendre cette disposition « immuable et intangible »[67]. À l’issue de ces deux mois, la proposition de la commission doit faire l'objet d'un dialogue puis être adoptée par le Parlement et soumise à référendum[68].

Le 7 mai 2020 est publié l'avant-projet de révision de la Constitution. Critiqué pour ne pas remettre en cause le régime hyperprésidentiel[69], il prévoit le remplacement de la fonction de Premier ministre par celle de chef du gouvernement — responsable devant l'Assemblée, qui pourrait le renverser par une motion de censure —, la possibilité pour le président de la République de nommer un vice-président, le remplacement du Conseil constitutionnel par une Cour constitutionnelle, la conservation de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux, consécutifs ou non, ou encore la limitation du mandat de député à une réélection[70]. Par ailleurs, le Hirak serait inscrit en préambule de la Constitution et l'armée explicitement autorisée à participer à des théâtres d'opération à l'étranger. Enfin, l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) devrait être constitutionnalisée, le tiers présidentiel du Conseil de la nation supprimé et la possibilité de légiférer par ordonnance durant les vacances parlementaires abrogée[71]. Dans l'esprit de la Constitution algérienne de 1989, le texte propose également un renforcement des droits et libertés publiques, ainsi que l'abrogation de l'article limitant la participation des binationaux à la vie politique, et qui les exclut des postes de hauts responsables et de diplomates[72].

D'autres propositions d'amendements peuvent être proposés à la commission d'ici au 20 juin. Ensuite, le projet sera examiné au Parlement avant la convocation du référendum, cette dernière option pouvant aussi se faire sans passer par l'examen des parlementaires[73]. Le 15 juin, il reçoit l'ancien président Liamine Zéroual au siège de la présidence[74].

En juin 2020, pour pourvoir les postes laissés vacants, il nomme 15 membres du tiers présidentiel au Conseil de la nation[75],[76],[77]. Le 23 juin, il reconduit le Premier ministre et la plupart des ministres sortants. De nouvelles personnalités sont nommées au gouvernement, notamment aux portefeuilles de l'Énergie et des Finances[78]. Le gouvernement est remanié à la suite de la pandémie de Covid-19 et afin d'endiguer ses conséquences économiques, des titulaires plus techniques sont nommés[79].

Poursuite du Hirak et question des libertés

En février 2020, à l'approche de l’anniversaire du déclenchement des manifestations le 22 février 2019, le président Abdelmadjid Tebboune déclare que « le Hirak est un phénomène salutaire » et qu’il « n'a rien à lui reprocher », ajoutant que « ce mouvement populaire a épargné au pays une catastrophe ». Il décrète que le 22 février sera désormais fêté tous les ans en tant que « Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée pour la démocratie »[80]. Les 21 et 22 février 2020, les manifestations réunissent un très grand nombre de personnes[81],[82].

Dans le cadre de la pandémie de coronavirus, le président de la République annonce, le 17 mars 2020, « l’interdiction des marches et des rassemblements, quels que soient leurs motifs », expliquant qu'il ne s'agit pas d'« une atteinte aux libertés », mais d’« une mesure de protection de la santé publique »[83]. Les organisateurs avaient peu avant décrété la suspension des marches[84]. Le vendredi 20 mars, aucune marche, aucun rassemblement n'est constaté[85]. Amnesty International estime qu’au moment « où tous les regards, au niveau national et international, scrutent la gestion de la pandémie de Covid-19, les autorités algériennes consacrent du temps à accélérer les poursuites et les procès contre des militants, des journalistes et des partisans du mouvement du Hirak ». Le journaliste Akram Belkaïd, du Quotidien d'Oran, indique : « Des journalistes et des militants pour la démocratie sont enfermés sous des motifs aussi divers et variés alors qu'en réalité, c'est juste l'expression d'opinions pacifiques qui leur vaut châtiment. Ces initiatives liberticides relèvent du même objectif qui est de faire taire les Algériens et de leur signifier que les cinquante-six semaines du Hirak n'étaient qu'une parenthèse »[86].

Le 1er mai 2020, Abdelmadjid Tebboune déclare, au sujet de l'emprisonnement de plusieurs journalistes et de la censure des médias Radio-M, Maghreb émergent et Interlignes : « Il y a 8 000 journalistes et, pour trois ou quatre d'entre eux qui ne font pas partie de la presse nationale mais de la presse étrangère, financée par l'étranger, il y a eu tout un boucan autour d'atteintes à la liberté de la presse. Nous parlons de souveraineté nationale. Ils ramènent des financements étrangers pour casser des institutions. Quels sont les pays développés, les pays démocratiques qui acceptent cela […] ? Pourquoi devrions-nous l'accepter ? »[86].

Peu après le début de son mandat, des lois criminalisant la diffusion de « fausses nouvelles » et les « discours de haine » sont adoptés de manière expéditive. L'historienne Karima Direche indique : « La pandémie est du pain bénit pour le pouvoir en place qui bénéficie d'une chance insolente. La période de confinement se prête à l'acharnement policier et judiciaire. Ce qui explique les dizaines d'arrestations de personnes connues et inconnues dans toutes les villes d'Algérie. Les détentions et les jugements prouvent encore une fois que le pouvoir judiciaire est totalement inféodé à l'exécutif ». Akram Belkaïd estime pour sa part que « c'est le retour à l'ordre de fer, le même qui, dans les années 1970, imposait à toutes les Algériennes et tous les Algériens de la boucler et de filer droit »[87]. Un nouveau code pénal, permettant de poursuivre des militants, est ainsi adopté durant le confinement[88]..

Relations internationales

 
Abdelmadjid Tebboune avec Níkos Déndias, ministre grec des Affaires étrangères.

Dans un contexte régional marqué par la guerre en Libye, l'Algérie retrouve une place sur ce dossier[89]. Abdelmadjid Tebboune reçoit plusieurs chef d'États et ministres des Affaires étrangères de pays impliqués dans la crise[90],[91],[92],[93],[94],[95]. Abdelmadjid Tebboune participe à la conférence de Berlin sur la Libye le [96].

Le 27 mai, au lendemain de la diffusion de deux documentaires controversés sur le Hirak sur France 5 et LCP, le gouvernement algérien rappelle son ambassadeur à Paris[97].

Politique mémorielle

Le 7 mai 2020, il décrète le 8 mai « journée de la mémoire » des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata de 1945[98].

Abdelmadjid Tebboune félicite la décision de la France, présidée par Emmanuel Macron, de restituer les crânes de 24 moudjahidine décapités par les forces françaises lors de la colonisation de l'Algérie[99]. Dans un entretien accordé le à France 24, le président algérien voit en cette restitution l'occasion d'aller « loin dans l’apaisement, dans le règlement du problème de la mémoire »[100],

Notes et références

Notes

  1. Portefeuille de la Ville ajouté le .

Références

  1. « Président Abdelmadjid Tebboune », sur election-politique.com
  2. Algérie : Abdelmadjid Tebboune, un président entre les mains de l’armée (La Croix) 15/12/2019
  3. a b et c « Abdelmadjid Tebboune, à peine élu, déjà constesté à la présidence de l’Algérie », sur lefigaro.fr, (ISSN 0182-5852, consulté le 15 décembre 2019).
  4. « Algérie : les défis d’Abdelmadjid Tebboune, nouveau président d’un pays sous tension », sur JeuneAfrique.com, jeuneafrique.com, (consulté le 15 décembre 2019).
  5. « Le procès de Khaled Tebboune, fils du candidat à la présidentielle, s'ouvre cette semaine », sur Al HuffPost Maghreb (consulté le 29 septembre 2019)
  6. Tribunal Sidi M'hamed: Kamel Chikhi dit "El-bouchi" condamné à 8 ans de prison ferme, Agence APS, 27 février 2020.
  7. Journal officiel de la République algérienne du 29 juillet 1969.
  8. Journal officiel de la République algérienne du 24 octobre 1969.
  9. Journal officiel de la République algérienne du 23 janvier 1973.
  10. « Tebboune ne serait-il donc plus un militant du FLN ? », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le 12 juin 2020).
  11. Journal officiel de la République algérienne du 25 avril 1975.
  12. « Le portail du Premier Ministère | Premier Ministre | Archives gouvernementales | Biographie : Abdelmadjid TEBBOUNE », sur Le portail du Premier Ministère (consulté le 13 décembre 2019)
  13. Journal officiel de la République algérienne du 15 février 1983.
  14. Journal officiel de la République algérienne du 19 juin 1984.
  15. Journal officiel de la République algérienne du 30 août 1989.
  16. Journal officiel de la République algérienne du 18 juin 1991.
  17. Journal officiel de la République algérienne du 26 décembre 1999.
  18. Journal officiel de la République algérienne du 4 juillet 2000.
  19. Journal officiel de la République algérienne du 6 juin 2001.
  20. « Ahmed Ouyahia, l’homme du sérail qui ne fait pas d’ombre à Bouteflika - France 24 », sur France 24 (consulté le 16 août 2017).
  21. Journal officiel de la République algérienne du 9 septembre 2012.
  22. « Abdelmadjid Tebboune prend ses fonctions de ministre du Commerce par intérim - Algérie Éco », sur Algérie Eco (consulté le 25 avril 2017).
  23. « Alger, Abdelmajid Tebboune probable candidat aux Présidentielles - Mondafrique », sur Mondafrique (consulté le 24 septembre 2019)
  24. « Le président Bouteflika nomme Abdelmadjid Tebboune Premier ministre », sur www.aps.dz (consulté le 24 mai 2017).
  25. « Le président Bouteflika nomme les membres du gouvernement » (consulté le 25 mai 2017).
  26. « Algérie : le Premier ministre limogé », Le Figaro, 15 août 2017.
  27. Adlène Meddi, « Algérie : l'arrestation de deux ex-Premiers ministres dévoile l'étendue de la corruption », sur Le Point (consulté le 15 juin 2019)
  28. « Algérie : le Premier ministre limogé trois mois à peine après sa nomination - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 16 août 2017).
  29. « Algérie : le Premier ministre déjà limogé au bout de trois mois », lefigaro.fr, 16 août 2017.
  30. Le Point, magazine, « Algérie - Limogeage de Tebboune : « Chronique d'une chute annoncée » », sur Le Point (consulté le 16 août 2017).
  31. « Dans l’antichambre du pouvoir en Algérie (IV) », sur www.lematindz.net (consulté le 15 décembre 2019).
  32. « Présidentielles 2019: vers un tête-à-tête Benflis - Tebboune ? », sur Al HuffPost Maghreb (consulté le 26 septembre 2019)
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  46. « Pour son premier discours en tant que président, Tebboune chante les louanges du Hirak »
  47. « Le nouveau Président demande à être dispensé du prédicat ‘’Excellence’’ »
  48. « Le Président Tebboune décerne la médaille de l'Ordre de mérite national du rang "Sadr" à Bensalah et Gaid Salah »
  49. « Le nouveau président Abdelmadjid Tebboune prête serment »
  50. « Sabri Boukadoum désigné Premier ministre par intérim »
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Voir aussi

Articles connexes

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