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René Guénon
Rene-guenon-1925.jpg

Photographie de 1925 (à 38 ans).

Naissance
Décès
Nationalité
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Unité fondamentale des formes traditionnelles (Tradition primordiale), réalisation métaphysique, signification universelle du symbolisme, unité et unicité de la métaphysique, initiation, science sacrée, critique de la modernité sous l'angle des traditions anciennes ; reconstruction de l'ésotérisme occidental en se basant sur la spiritualité orientale « toujours vivante »
Œuvres principales
Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues
L'homme et son devenir selon le Vêdânta
Le Roi du monde
La Crise du monde moderne
Le Symbolisme de la croix
Les États multiples de l'être
Aperçus sur l'initiation
Influencé par
A influencé
signature de René Guénon

signature

René Guénon, également connu sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, né le à Blois, en France, et mort le au Caire, en Égypte, est un auteur français, « figure inclassable de l’histoire intellectuelle du XXe siècle »[1].

Il a publié dix-sept ouvrages de son vivant, auxquels s'ajoutent dix recueils d'articles publiés à titre posthume, soit au total vingt-sept titres régulièrement réédités. Ces livres ont trait, principalement, à la métaphysique, au symbolisme, à l'ésotérisme et à la critique du monde moderne.

Dans son œuvre, il se propose soit d'« exposer directement certains aspects des doctrines métaphysiques de l'Orient[2] », doctrines métaphysiques que René Guénon définissait comme étant « universelles[3] », soit d'« adapter ces mêmes doctrines [pour des lecteurs occidentaux] en restant toujours strictement fidèle à leur esprit[4] ». Il ne revendiqua que la fonction de « transmetteur » de ces doctrines[5], dont il déclarait qu'elles sont de nature essentiellement « non individuelle[6] », reliées à une connaissance supérieure, « directe et immédiate », qu'il nomme « intuition intellectuelle[7] ». Ses ouvrages, écrits en français (il contribua également en arabe pour la revue El Maarifâ), sont traduits en plus de vingt langues.

Son œuvre oppose les civilisations restées fidèles à l'« esprit traditionnel »[8] qui, selon lui, « n'a plus de représentant authentique qu'en Orient »[9] à l'ensemble de la civilisation moderne, considérée comme déviée. Elle a modifié en profondeur la réception de l'ésotérisme en Occident dans la seconde moitié du XXe siècle[10], et a eu une influence marquante sur des auteurs aussi divers que Mircea Eliade, Raymond Queneau ou encore André Breton.

Sommaire

BiographieModifier

Les années de jeunesseModifier

René Guénon est né le à Blois, en France, dans une famille catholique[11]. Son père était architecte. De santé fragile, c'est un excellent élève, en sciences comme en lettres[PC 1]. Il entre en classe de mathématiques élémentaires en 1904 puis s'installe à Paris pour étudier les mathématiques (il s'inscrit à l'Association des candidats à l'École polytechnique et à l'École normale). Mais, à la suite de difficultés, dues entre autres à sa santé délicate, il ne persévère pas, et abandonne ses études en 1906. Installé rue Saint-Louis-en-l'Île, il pénètre alors les milieux occultistes papusiens sans les prendre au sérieux[12]. Papus lui ouvre également les portes de la revue L'Initiation, dans laquelle le jeune homme publie ses premiers articles début 1909. Il est initié au martinisme par Léon Champrenaud et il devevient supérieur inconnu lors d'une cérémonie présidée par Georges Descormiers, il est nommé délégué général de l'Ordre martiniste pour le Loir-et-Cher[13]. En 1908, Papus organise le IIe Congrès spiritualiste et maçonnique, qui se déroula du 7 au 10 juin, et dont l'un des objectifs affichés était l'édification d'une Maçonnerie dont Teder (Charles Détré) souhaitait arracher la direction au Grand-Orient[14]. Guénon se désolidarise alors immédiatement du Congrès en raison des tendances « réincarnationnistes » affichées par Papus ; de nombreuses années plus tard, il propose une réfutation globale des thèses réincarnationnistes dans son ouvrage L'Erreur spirite. Cet événement, joint à un autre — la constitution de l'Ordre du Temple Rénové (voir infra) — parachèvent la rupture totale de René Guénon avec ce milieu.

Ce passage de René Guénon dans le milieu occultiste a donné lieu à plusieurs commentaires, à commencer par ceux de Guénon lui-même ; ainsi on apprendra beaucoup plus tard qu'il avait un temps nourri le projet d'écrire un ouvrage intitulé L'Erreur occultiste, pour faire pendant à son autre livre L'Erreur spirite, mais qu'il avait finalement renoncé à ce travail après avoir fait la constatation que ce mouvement ne représentait plus rien. Dans un chapitre de son ouvrage Le règne de la quantité et les signes des temps[15], écrit en 1945, René Guénon revient sur le mouvement occultiste français, qu'il met en comparaison avec un autre courant « néo-spiritualiste » (le mouvement théosophiste de H. P. Blavatsky) et il décrit le premier comme réduit à une somme d'individualités ayant fabriqué de toutes pièces une pseudo-théorie faite d'éléments disparates empruntés à diverses doctrines qu'ils n'ont pas comprises, ne reposant sur aucune filiation authentique et finalement infiltré par des individus aux intentions douteuses. D. Gattegno écrit que par quelque bout qu'on prenne les choses, le niveau intellectuel et culturel de cette vague occultiste « s'avère totalement affligeant »[16], et qu'elle fut surtout l'occasion pour René Guénon de pénétrer un milieu afin d'en attirer les individualités les plus remarquables. Par ailleurs, autour de Papus, écrit D. Gattegno, les orientations « néo-spiritualistes » vont emprunter des chemins très divers, notamment avec Émile Gary de Lacroze, Léonce de Larmandie, sans parler d'individualités jugées bien plus intéressantes par Guénon et qui ne feront que traverser l'occultisme papusien sans se confondre avec lui : Stanislas de Guaita, Joséphin Peladan, Paul Vulliaud, Albert de Pouvourville et bien d'autres encore qui défrayèrent la chronique de ce « Paris occultiste » dont l'histoire se confond avec la Belle Époque et la protéiforme effervescence du Symbolisme artistique et littéraire. Pour D. Gattegno cependant l'œuvre de Guénon ne procède à aucun degré de ce mouvement[17]. Paul Chacornac note que la présence de René Guénon dans ce milieu lui permit au moins de pénétrer une organisation d'un caractère à la fois plus sérieux et énigmatique : l'Hermetic Brotherhood of Luxor (H. B. of L.), héritée au moins en partie des multiples organisations de Paschal Beverly Randolph (dont la fraternité d'Eulis). René Guénon dira plus tard qu'il avait effectivement appartenu à la H. B. of L., dépositaire, selon Paul Chacornac, de certaines « connaissances effectives[PC 2]. »

Les biographes de René Guénon soulignent le caractère particulièrement désindividualisé de son œuvre, et s’intéressent très vite à ce qui en constitue les aspects les plus mystérieux : très tôt, dès sa collaboration à la revue La Gnose, c'est-à-dire entre 1909 et 1912, et sous la signature de T. Palingénius (voir infra), il publie un certain nombre d’articles sur le « néospiritualisme contemporain », « Le symbolisme de la Croix », les principes du calcul infinitésimal, « Les conditions de l’existence corporelle », le devenir de l’être humain selon le Vêdânta, les erreurs du spiritisme, qui contiennent, sous une forme résumée mais très reconnaissable, une grande partie de ce qui formera par la suite le cœur de son œuvre : « C’est donc entre 23 et 26 ans qu’on doit placer l’élaboration de plusieurs de ses livres essentiels »[PC 3]. Ce caractère remarquable de l’œuvre guénonienne relativise fortement, selon plusieurs de ses biographes, quelques hypothèses formulées à propos de rencontres qu’il fit au lycée, par exemple avec son professeur de philosophie, Albert Leclère, qui devait l'année suivante être nommé professeur à l'université de Fribourg, en Suisse. Albert Leclère était un spécialiste des philosophies présocratiques et évoquait des idées qui étaient déjà un peu en vogue au XIXe siècle, notamment dans les ouvrages d'auteurs tels Frédéric Portal, Jallabert, ou F. de Rougemont, sur l’existence d’un savoir métaphysique commun à toute l’humanité[18]. Mais d'autres auteurs insistent sur le fait que la doctrine plus tard exposée par René Guénon sur l'unité fondamentale de la Métaphysique est sans commune mesure à l'idée, développée par quelques écrivains du XIXe siècle, d'une transmission historique diffuse de certaines données traditionnelles communes à toute l'humanité, et qu'elle s'inscrit beaucoup plus dans la perspective métaphysique selon laquelle « la doctrine de l'Unité est unique »[19].

Les biographes s'accordent cependant pour voir en l'abbé Ferdinand Gombault (1858-1947), qui était docteur en philosophie, une origine possible de certaines informations que Guénon tenait sur le spiritisme. Guénon entretint d'ailleurs une relation avec lui jusqu'au jour de son départ pour l'Égypte, en 1930. Dès son adolescence, il rencontra le chanoine chez sa tante. L'abbé avait des préventions contre la philosophie allemande (voir ses Dialogues philosophico-théologiques sur la Providence, 1895), condamnait sévèrement le spiritisme (L'Imagination et les phénomènes préternaturels, 1899) et était convaincu de l'existence d'une langue hiéroglyphique originelle (Similitude des écritures figuratives, 1915)[20].

L'Ordre du Temple Rénové et l'Église gnostiqueModifier

Un événement précipite toutefois la rupture avec les groupes papusiens : la participation, centrale pourrait-on dire, de René Guénon à l'Ordre du Temple Rénové (OTR).

L'Hermetic Brotherhood of Luxor, ou H. B. of L., était une organisation possédant un caractère extrêmement secret auquel l'Ordre Martiniste d'alors servait, selon Paul Chacornac, de couverture extérieure. Or depuis le 19 janvier 1908 des séances se déroulaient à l'hôtel du 17 rue des Canettes, séances dont les participants étaient des membres de l'Ordre Martiniste et qui reçurent l'ordre de constituer un « Ordre du Temple Rénové », constitué de 21 membres, et dont René Guénon devait être le « Souverain Grand Commandeur ». Contacté par les martinistes, ce dernier répondit favorablement à l'appel. Les conditions dans lesquelles se déroulèrent ces séances furent diversement interprétées : Jean-Pierre Laurant, ainsi que D. Gattegno parlent d'« écriture automatique[21] » tandis que Michel Vâlsan mentionne des « moyens appropriés » pour la réactualisation d'une forme initiatique proprement occidentale[22]. En tous cas, la constitution de cet ordre entraîna les foudres de Teder et celui-ci rédigea, pour le compte du « Grand Maître Papus », un acte d'accusation comportant des fausses lettres de Guénon, selon une méthode qu'il avait déjà utilisée pour discréditer deux Grands Maîtres des débuts de la franc-maçonnerie française : le chevalier écossais James Hector MacLeane, et Charles Radcliffe, comte de Derwentwater, tous deux jacobites[23]. Teder avait commencé sa carrière avec un livre intitulé Les apologistes du crime, d'inspiration « taxilienne » habituelle dans certains milieux antimaçonniques de cette époque et dirigé contre la Maçonnerie écossaise, les jésuites et les catholiques, puis était passé en Belgique d'où il s'était fait expulser pour une affaire de chantage, avant de se réfugier en Angleterre, pays dans lequel il rencontra John Yarker qui lui conféra ses titres de Maçonnerie « irrégulière »[24],[25]. Dans son « rapport », il engagea Papus à prendre « des mesures énergiques » contre Guénon, qui fut donc radié de l'Ordre Martiniste, ainsi que des loges affiliées. L'OTR fut dissous par René Guénon en 1911.

Un autre événement commenté par les biographes de Guénon concerne l'Église gnostique bien que, selon Charles-André Gilis, il soit d'une moindre importance : en 1893, plus de quinze années avant la formation de l'OTR, dans l'hôtel de la duchesse de Pomar, Lady Caithness, il est décidé de procéder à la restauration de l'Église gnostique, faisant référence à Guilhabert de Castres. Aussitôt, Jules Doinel dit avoir retrouvé toute une documentation à la Bibliothèque départementale à Orléans où il était employé, attestant de la validité de cette restauration. Il est élu patriarche de l'Église gnostique de France et adopte le nom de Valentin II. Il consacre alors trois « évêques » : Tau Vincent (Papus), Tau Synésius (Léonce Fabre des Essarts) et Tau Bardesane (Chamuel) : la lettre grecque tau est une signature épiscopale. Après sa fondation, Rome excommunie l'Église gnostique. Jules Doinel, qui avait reçu une solide éducation religieuse, n'avait rompu aucune de ses amitiés catholiques. Saisi par l'angoisse, il retourne dans le giron de l'Église de Rome, puis revient à l'E. G. et, au terme de toute une suite de « revirements », quitte ce monde « tant et si bien que nul n'a pu établir dans quelles dispositions il put bien, au juste, se trouver à sa mort »[26]. Léonce Fabre des Essarts (1848-1917), ami personnel de Victor Hugo, admirateur de Saint-Yves d'Alveydre, fut un temps militant socialiste républicain et franc-maçon, teinté d'orientalisme par la fréquentation de Tau Simon (Albert de Pouvourville) et Tau Théophane (Léon Champrenaud). Ce fut aussi un acteur du fouriérisme finissant, comme d'autres « gnostiques » - la dernière revue fouriériste, La Rénovation, publiera en 1910 deux lettres de Guénon intervenant dans un conflit entre les Eglises gnostiques concurrentes[27]

René Guénon avait rencontré Léonce Fabre des Essarts au Congrès spiritualiste. Quand Guénon se fit exclure des groupements de Papus à la suite de l'affaire de l'OTR, Synésius éleva aussitôt Guénon au rang d'évêque, sous le nom de Tau Palingénius (Re-né). La collaboration avec Fabre des Essarts et Guénon conduit la la création d'une revue indépendante de Papus, La Gnose, « organe officiel de l'Église gnostique universelle » (nov. 1909- déc. 1911), dirigée par Guénon[PC 4] et dont Tau Marnès (Alexandre Thomas) était le rédacteur en chef et le gérant, et Tau Mercuranus (Patrice Genty) le secrétaire de rédaction[LE 1]. Mais cette revue perdit rapidement ce statut officiel pour se consacrer aux « études ésotériques et métaphysiques ». La Gnose, sous la direction éditoriale de Guénon, prit une tournure beaucoup plus traditionnelle inspirée par les doctrines orientales et se voulait la suite de la revue La Voie, « revue mensuelle de Haute Science » fondée par Matgioi (Albert de Pouvourville) et Léon Champrenaud, rattachés respectivement au taoïsme et à l'islam qui dura d'avril 1904 à mars 1907 et où Matgioï avait publié pour la première fois ses deux ouvrages sur les doctrines extrême-orientales : La Voie métaphysique (1905) et La Voie rationnelle (1907)[PC 4]. C'est Matgioi et Léon Champrenaud, tous deux membres de l'Église gnostique, qui appuyèrent Guénon pour donner à La Gnose cette nouvelle direction éditoriale[PC 5].

L'enseignement de l'Église gnostique, tel qu'il apparaissait par les numéros de cette revue, était, grâce aux contributions de certains de ses membres, loin d'être médiocre et tranchait avec les productions occultistes de l'époque : Matgioi (Albert de Pouvourville) et Léon Champrenaud exerçaient une influence intellectuelle majeure sur les autres membres, et Guénon se servit de cet appui : il comptait davantage sur eux que sur l'Église en elle-même et il écrivit ultérieurement que les « néo-gnostiques » n'avaient reçu aucune transmission réelle.

La Gnose et les contacts orientauxModifier

 
Peinture représentant Adi Shankara en train d'enseigner.

À partir de Novembre 1909, Guénon, alors qu'il n'avait que vingt-trois ans, publia sous son pseudonyme de Palingénius une série d'article intitulée Le Démiurge qui démontrait sa maîtrise de la métaphysique orientale et, en particulier, des textes d'Adi Shankara[PC 5],[LE 2],[PS 1]. Il publia en 1910-1912 sous forme d’articles, toujours dans la Gnose, une grande partie du Symbolisme de la Croix et de L'homme et son devenir selon le Vêdânta[PC 5]. D'autre part, on sait par sa correspondance, que Guénon réalisa une première rédaction (non publiée) des États multiples de l'être en 1915[PC 6],[RC 1]. L'homme et son devenir selon le Vêdânta, Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être sont considérées comme les trois œuvres capitales de Guénon[VM 1] et donc ont été en grande partie rédigées alors qu'il avait moins de trente ans et bien avant leur publication sous la forme de livres. En outre, il publia d'autres articles, dans la Gnose, entre 1910 et 1912 sur le néospiritualisme contemporain, les principes du calcul infinitésimal, les erreurs du spiritisme et des articles sur Dante et la Franc-maçonnerie. C'est donc la plus grande partie de l'œuvre de Guénon qui transparaît alors qu'il est encore extrêmement jeune, sous une forme qui ne va quasiment pas évoluer par la suite[PC 3],[PS 2],[JR 1],[28]. Comme l'a demandé son premier biographe, Paul Charcornac: « Que s'était-il donc passé? »[PC 3].

Guénon n'a rien écrit sur ceux qui l'ont formé. En revanche, il a assuré de façon catégorique à son entourage (par exemple à Paul Chacornac, Jean Reyor, André Préau et Frans Vreede) qu'il n'avait pas étudié les doctrines orientales et les langues orientales de façon livresque[PC 7] et leur affirma qu'il tenait sa connaissance des doctrines de l'Inde, du Soufisme et du Taoïsme directement de l'enseignement oral d'orientaux[PC 8],[PS 2]. La plupart des biographes reconnaissent que la rencontre qui marqua le plus sa vie et son œuvre est celle d'hindous dont l'un, au moins, a joué le rôle de maître spirituel. Cette rencontre eut lieu très tôt durant la période 1905-1909, probablement dès son arrivée dans le monde occultiste[LE 3],[PC 8],[CC 1],[JR 2],[QS 1],[LS 1]. En particulier, André Préau et Paul Chacornac se souvenaient d'avoir vu dans l'appartement de Guénon à Paris rue Saint-Louis-en-l'Île un tableau qualifié de médiocre figurant une femme de brahmane que Guénon leur dit être celle de la femme de son « Guru »[LE 4],[LS 2]. Guénon n'a jamais révélé le nom de ce « Guru » même dans sa correspondance avec son ami Ananda Coomaraswamy qui était pourtant hindou lui-même [AS 1]. Mais il s'agissait forcément d'un maître de l’Advaïta védanta dans la formulation d'Adi Shankara[LE 5]: Guénon considéra toujours l'Hindouisme comme la tradition la plus proche de la Tradition primordiale (identifiée explicitement par Guénon à la notion de Sanâtana Dharma de l'Hindouisme[EH 1]) et la doctrine d'Adi Shankara comme la formulation la plus pure de la métaphysique[IDH 1]. Selon Jean-Pierre Laurant, la présentation qu'il fit de la doctrine de Shankara dans L'homme et son devenir selon le Vêdânta « confirme la qualité du maître qui eut sur lui l'influence déterminante »[LE 6]. De l'importance donnée au Sâmkhya dans la présentation du Vêdânta par Guénon, les spécialistes ont reconnu une reformulation provenant d'une école tardive du Vêdânta de Shankara soit celle de Vallabha soit celle de Vijnanabhikshu[CH 1]. Le maître hindou appartenait donc probablement à l'une de ces branches. Plusieurs auteurs pensent que Guénon a traversé une transformation spirituelle très importante durant la période 1905-1909 sans faire nécessairement référence à l'individualité du maître hindou qui a été volontairement gardée secrète par Guénon[JR 3],[GI 1],[LE 7].

En ce qui concerne le Taoïsme, les informations sont un peu plus précises: Guénon prit connaissance de la métaphysique extrême-orientale grâce à Matgioi avec qui il est en fort contact durant la période de La Gnose (1909-1912)[PC 9],[LS 3]. Guénon débutait son article La religion et les religions (La Gnose septembre-octobre 1910) par une citation de Matgioi qu'il appelait « notre maître et collaborateur »[LE 2]. Matgioi, de son vrai nom Georges-Albert Puyou de Pouvourville, avait été initié au Taoïsme au Tonkin (vers 1887-1891) par un chef de village : le Tong-Song-Luat (le Maître des Sentences). Matgioi avait publié La Voie métaphysique en 1905 et La Voie rationnelle en 1907 où il avait donné une traduction du Tao-të king de Lao Tseu[LE 2]. L'apport intellectuel de Matgioi est décrit par René Guénon en ces termes :

«  Avant [Matgioi], la métaphysique chinoise était entièrement inconnue en Europe, on pourrait même dire tout à fait insoupçonnée. [...] Il faut bien reconnaître que rien de vraiment sérieux n'avait été fait à ce point de vue jusqu'aux travaux de Matgioi[29]. »

Paul Chacornac émit l'hypothèse que Guénon aurait aussi reçu une transmission directe du Taoïsme via le fils cadet du Maître des Sentences, Nguyen Van Cang, qui vint en France avec Matgioi et demeura un moment à Paris (en particulier il collabora à La Voie)[PC 9],[LE 8],[QS 2].

En ce qui concerne le Soufisme, Guénon fut en contact avec de nombreux maîtres orientaux mais probablement pas avant son arrivée au Caire en 1930. Même durant son séjour à Sétif en 1917 où il fut envoyé pour y enseigner, il ne parla pas de contact avec des orientaux[LE 9]. Guénon découvrit probablement des textes soufis par l'intermédiaire de Léon Champrenaud[DB 1] qui, comme Matgioi, s'était détaché des courants occultistes de Papus pour s'intéresser aux doctrines orientales et plus particulièrement, dans son cas, au Soufisme. Il se convertira à l'Islam comme Guénon[PC 10]. Plus important, en 1910, Guénon entra en contact avec le peintre suédois Ivan Aguéli (1869-1917), qualifié d'« aventurier hors du commun » par Jean-Pierre Laurant[LE 10],[PC 11]. Très doué pour apprendre les langues, Aguéli s'est consacré à l'étude des traditions orientales et a beaucoup voyagé jusqu'aux Indes[LE 11],[QS 3]. Au Caire où il passa plusieurs années à étudier à l'Université al-Azhar, le Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir de la tarîqa shâdhilite l'initia au soufisme sous le nom d'Abdul-Hâdi (au plus tard en 1907) et le fit moqqadem (c'est-à-dire habilité à recevoir des disciples et leur transmettre l'initiation). C'est donc très probablement Abdul-Hâdi (il travaillait à la Gnose dès 1910) qui donna l'initiation (« baraka ») soufie à René Guénon sous le nom d'Abdel Wâhed Yahia (« Le serviteur de l'Unique »)[CH 2].

 
Dessin représentant Ibn Arabi.

La date de 1912 qui apparaît dans de nombreux ouvrages depuis Chacornac comme étant l'année du rattachement initiatique de Guénon au soufisme est erronée[AS 2]. L'erreur est due au fait que Guénon a donné son année de naissance musulman dans la dédicace au texte du Symbolisme de la Croix en utilisant le Calendrier hégirien: 1329 H. Mais cette année ne correspond pas à l'année 1912 comme le pensait Chacornac. Les auteurs musulmans comme Michel Vâlsan et Charles-André Gilis ont rectifié l'erreur puisque l'année 1329 H « correspond en effet à une période située toute entière en 1911 » (précisément du 2 Janvier au 21 décembre 1911[MVI 1])[GI 2]. En fait, cette date doit être avancée de plusieurs mois car dans une lettre adressée à Tony Grangler (le médecin personnel de Guénon) publiée par Michel Chazottes, Guénon indique qu'il a été rattaché au soufisme dès 1910 (Guénon a souligné la date)[AS 2]. Guénon a donc été initié en 1910 au Soufisme par Ivan Aguéli, donc l'année même où ils se sont rencontrés. Guénon a d'ailleurs commencé à écrire les premiers articles qui formeront la base du Symbolisme de la Croix peu de temps après (début 1911), cet ouvrage étant en grande partie basée sur des enseignements soufis[MVS 1],[AS 3]. La date 1329 H indiquée dans la dédicace du Symbolisme de la Croix correspond donc à la première année (du calendrier musulman) complète que Guénon a passé en tant que musulman. Guénon était donc relié spirituellement au Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir. C'est d'ailleurs à lui que Guénon dédia en 1931, son Symbolisme de la Croix en ces termes[MVI 1]:

«  À la mémoire vénérée de Esh-Sheikh Abder-Rahmân Elîsh El-Kebir, El-Alim, El-Malki, El-Maghribi à qui est due la première idée de ce livre. Meçr El-Qâhirah 1329-1349 H.  »

René Guénon expliqua à Michel Vâlsan que Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir fut un représentant très important de l'Islam, tant des points de vue ésotérique qu'exotérique[MVI 1]. Il fut le Cheikh d’une branche shâdhilite, une branche de l’organisation initiatique (tarîqa) fondée au XIIIe siècle (VIIe siècle de l'Hégire) par le sheikh Abû-l-Hasan ash-Shâdhilî, une des plus grandes figures spirituelles de l’Islam, qui fut, dans l'ordre ésotérique, le « pôle » (« Qutb ») de son temps, ce terme désignant une fonction initiatique d'un ordre très élevé[MVI 2]. Dans le domaine « exotérique » (« religieux » dans le cadre musulman), il fut le chef du madhhab mâleki à l'Université al-Azhar. Les termes madhhab mâleki indiquent « une des quatre écoles juridiques sur lesquelles reposent l'ordre exotérique de l'Islam [MVI 2]», l'université al-Azhar étant qualifiée de « la plus grande Université de l'ordre islamique[MVI 2] » par Michel Vâlsan.

Ivan Aguéli comme le Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir avait un intérêt majeur pour l'œuvre d'Ibn Arabi[LE 12] considéré comme « le plus grand maître » dans certaines branches du Soufisme et dont l'œuvre allait servir de principal fondement doctrinal (avec celle de Shankara) via une transmission spirituelle directe à celle de Guénon[MVI 1]. Ivan Aguéli fit connaître, par ses traductions, dès 1910, de nombreux textes de l'école d'Ibn Arabi à Guénon[LS 2],[AS 4]. René Guénon envisagea en 1911 avec Léon Champrenaud de se rendre en Égypte pour y trouver et traduire des textes soufis mais le projet n'eut pas de suite[30].

Par sa découverte des doctrines orientales et par les transmissions initiatiques correspondantes qu'il reçut, René Guénon prit conscience de l'abîme qui séparait ces traditions des groupements occultistes et gnostiques. Il en arriva à la certitude que l'esprit traditionnel était conservé essentiellement en Orient[CMM 1]. Le rejet fut « brutal »: d'après Jean-Pierre Laurant, « il ne soufflait mot à ceux qui le fréquentèrent ensuite » de son passage dans les milieux occultistes et gnostiques[LS 4]. Il écrivit, par exemple, plus tard à Nöelle Maurice-Denis Boulet n'être entré dans le mouvement gnostique que pour le détruire[QS 4]. Jean-Pierre Laurant a montré, néanmoins, dans Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, que ce dernier a réutilisé beaucoup d'informations provenant d'auteurs de la tradition occultiste comme Frédéric de Rougemont, Frédéric Portal, Alexandre Saint-Yves d'Alveydre, Sédir, Eugène Aroux, Éliphas Lévi ou Antoine Fabre d'Olivet[LS 5] surtout pour y chercher des éléments de comparaison (en particulier dans le cadre du symbolisme) avec la tradition occidentale[JR 4]. Certaines idées comme l'idée d'une tradition unique se retrouvent chez certains auteurs depuis la Renaissance jusqu'à Alexandre Saint-Yves d'Alveydre[LS 6]. Mais Guénon va les reformuler à partir de traditions authentiques et toujours vivantes: La Tradition primordiale fait référence à la Sanâtana Dharma de l'Hindouisme[EH 1] ou à certains enseignements d'Ibn Arabi[MVI 3]. Plus précisément, de sa connaissance directe de l'Hindouisme, du Taoïsme et du Soufisme, Guénon va en déduire qu'il s'agit, en fait, de la même doctrine et il va y voir la preuve qu'il y a bien un fond identique à toutes les grandes traditions de l'humanité. Il écrivit, en effet, dès son premier ouvrage : « Tout ce que nous venons de dire [sur la métaphysique] est applicable, sans aucune restriction, à n'importe laquelle des doctrines traditionnelles de l'Orient, malgré de grandes différences de forme qui peuvent dissimuler l'identité du fond à un observateur superficiel : cette conception de la métaphysique est vraie à la fois du Taoïsme, de la doctrine hindoue, et aussi de l'aspect profond et extra-religieux de l'Islamisme [le Soufisme] »[IDH 2].

De son expérience des milieux occultistes, il va réaliser que les contrefaçons de la spiritualité sont très nombreuses et qu'il devait les dénoncer pour « que d'autres [...] évitent de s'engager dans des voies sans issues[PC 12] ». Sa dénonciation de toutes formes de néo-spiritualisme, qui n'avaient hérité (d'après lui) d'aucune influence spirituelle authentique[PC 13], avait débuté par certains articles publiés dans La Gnose et allait aboutir à la publication de livres tels que Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion ou L'Erreur spirite. Il avait eu comme projet d'écrire un livre contre l'occultisme lui-même mais jugea l'entreprise inutile constatant le fort déclin de ce mouvement après la première guerre mondiale[LE 13]. La seules institutions traditionnelles occidentales qui allaient encore l'intéresser étaient la Franc-Maçonnerie (avec le Compagnonnage) et l'Église catholique[LS 7]. D'après lui, ce sont les deux seules institutions qui ont encore gardé une base traditionnelle (spirituelle) authentique en Occident bien que sous une forme amoindrie par rapport aux traditions orientales: base exotérique (ou religieuse) pour l'Église catholique[VD 1], base ésotérique (ou initiatique) pour la Franc-Maçonnerie[VD 2].

Les milieux maçonniques et antimaçonniquesModifier

 
René Guénon considérait que la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage étaient les deux dernières organisations authentiquement initiatiques en Occident. Il fut lui-même Maçon. D'après lui, les symboles de l'équerre et du compas prouvent que la Maçonnerie dérivait d'une ancienne corporation[FMII 1]. Le « Maître » maçon est celui qui a atteint l'état entre l'équerre et le compas qui, d'après Guénon, correspond exactement à « l'homme véritable  » dans le Taoïsme situé entre le Ciel et la Terre (parfois symbolisés par l'équerre et le compas en Chine aussi)[GT 1]. Le G est l'initiale de Dieu (God) mais d'après Guénon a probablement remplacé, en Angleterre, la lettre iod hébraïque en vertu d'une association phonétique (qui n’en change rien sur le sens)[SSS 1]. Il s'agit d'un symbole « polaire » comme le swastika auquel il est lié dans les rituels maçonniques opératifs anciens[GT 2] et est l'expression de l'Unité du principielle[GT 3].

Au début du XXe siècle, la Franc-maçonnerie officielle s'affairait en des tâches très étrangères aux buts traditionnels originels de l'Ordre: le Grand Orient de France avait supprimé au XIXe siècle toute référence au Grand Architecte de l'Univers et l'obligation de croire en Dieu. La Franc-maçonnerie faisait et défaisait les gouvernements et combattait l'Église catholique[CC 2]. Seul, Oswald Wirth essayait au sein de cette Franc-maçonnerie officielle de faire revivre la pratique du symbolisme[CC 3]. Papus se présentait alors comme le dirigeant de la Franc-maçonnerie « spiritualise » (souvent irrégulière) en opposition aux positions modernistes de la Franc-maçonnerie officielle[CC 3]. René Guénon avait été admis dans deux de ces loges maçonniques du milieu papusien dont la Loge symbolique Humanidad du Rite National Espagnol qui devait changer d'obédience et devenir une Loge du Rite égyptien de Memphis-Misraïm[LE 14],[PC 2],[CC 3].

Après son exclusion des milieux papusiens en 1909 et donc de la Loge Humanidad, Guénon avait rencontré Oswald Wirth qui essaya de le faire rentrer dans des loges « régulières » en particulier sa Loge « Travail et vrais amis fidèles » de la Grande Loge symbolique écossaise (entre février et juin 1911)[LE 15]. Ce fut un échec. Guénon fut finalement admis, probablement avec le soutien d'Oswald Wirth, à la Loge Thebah de la Grande Loge de France (Rite écossais ancien et accepté)[LE 16],[PC 14],[CC 4]. Les auteurs parlent souvent d'une admission en 1912[LE 16],[PC 14]. Mais des auteurs franc-maçons comme Jean Baylot[CC 4] et Jean Ursin[JU 1] parlent d'une admission dès 1910. Toujours est-il qu'il prit la parole dès le 4 avril 1912 ce « qui suppose un délai puisqu'un apprenti au premier grade n'a pas le droit de parole[LE 16] » (ce qui va peut-être dans le sens d'une admission avant 1912). Les premiers articles de Guénon sur la Franc-maçonnerie dans La Gnose datent de 1910 et s'inscrivent déjà dans le cadre du retour à l'étude du symbolisme d'Oswald Wirth[LE 16]. Une conférence du « Frère  » Guénon dans sa Loge fut publiée dès Janvier 1913 dans le journal Le Symbolisme d'Oswald Wirth et contient « une remarquable mise au point sur la nature du symbole et le rapport entre les formes et l'objet du travail initiatique intérieur [LE 17] ». « Probablement déçu par l'atmosphère des Loges [LS 8]», il ne devait pas y rester longtemps en activité: il aurait été radié en 1914 et peut-être même 1913 par défaut de paiement de sa cotisation[LE 17]. Cependant, la Franc-maçonnerie devait toujours garder une bonne place dans ses préoccupations et il devait conserver des relations avec des membres de différentes obédiences toute sa vie[PC 15],[LE 17]. Alors qu'il avait rejeté les mouvements occultistes et gnostiques, Guénon devait maintenir toute sa vie que la Franc-maçonnerie est la seule organisation initiatique authentique qui demeure en occident (avec le Compagnonnage):

«  si l’on met à part le cas de la survivance possible de quelques rares groupements d’hermétisme chrétien du Moyen Âge, d’ailleurs extrêmement restreints en tout état de cause, c’est un fait que, de toutes les organisations à prétentions initiatiques qui sont répandues actuellement dans le monde occidental, il n’en est que deux qui, si déchues qu’elles soient l’une et l’autre par suite de l’ignorance et de l’incompréhension de l’immense majorité de leurs membres, peuvent revendiquer une origine traditionnelle authentique et une transmission initiatique réelle ; ces deux organisations, qui d’ailleurs, à vrai dire, n’en furent primitivement qu’une seule, bien qu’à branches multiples, sont le Compagnonnage et la Maçonnerie. Tout le reste n’est que fantaisie ou charlatanisme, même quand il ne sert pas à dissimuler quelque chose de pire[AI 1].  »

Il s'agit, en fait, d'après Guénon, des organisations qui ont hérité des formes initiatiques basées essentiellement sur l’exercice d’un métier, formes provenant du Moyen-Âge européen (comme les constructeurs du Moyen-Âge[FMI 1])[AI 2].

Guénon dissout l'Ordre du Temple rénové en 1911 (sous l'ordre « des Maîtres) » [LE 18] et en février 1912, La Gnose cessa de paraître[PC 3]: tous les ponts avec les milieux occultistes étaient coupés. Très proche de sa mère et de sa tante (Mme Duru), Guénon se rendait souvent dans sa famille. En juillet 1912 il se maria avec Berthe Loury, l'assistante de sa tante, institutrice à Montlivault proche de Blois. Un mariage religieux fut célébré, essentiel dans cette famille catholique très pratiquante[LE 19],[PC 16]. Le jeune couple s'installa au 51 rue Saint-Louis-en-L'Île. La tante vint habiter avec eux et une nièce, Françoise Bélile, les rejoignit bientôt. Le couple n'ayant pas d'enfants, ils élevèrent Françoise comme leur propre fille[LE 19]. Toute la période qui va suivre (jusqu'en 1927) va apparaître comme un retour de Guénon au Catholicisme[CC 5], toutes ces femmes étant très pratiquantes. « Ce retour de Guénon au Catholicisme » avait provoqué une rupture avec ses anciens amis Matgioi et Champrenaud très antireligieux[LE 20]. En fait, les rapports de Guénon avec l'église catholique furent très complexes et ont été étudiés en détail par Marie-France James dans Ésotérisme et christianisme autour de René Guénon. Si Guénon avait été très pratiquant durant sa jeunesse, il avait arrêté toute pratique catholique lorsqu’il était dans les milieux occultistes, milieux très anticléricaux[LE 21]. De plus, il était désormais franc-maçon et soufi[31], ce dont il ne dit rien à son entourage (y compris à sa femme)[LE 19]. D'autre part, si Guénon accompagnait bien sa femme régulièrement aux offices religieux, il s'abstenait des sacrements (d'après Marie-France James), ce qui provoqua les inquiétudes de sa tante[LE 19],[CC 5]. Ses lecteurs vont croire que Guénon est un auteur catholique qui est, par ailleurs, un très bon connaisseur des doctrines orientales et de la Franc-Maçonnerie : ce sera probablement le cas d'Abel Clarin de la Rive avec qui Guénon va travailler à la La France antimaçonnique [MFJ 1].

À partir de 1912 et jusqu'en 1927, sa conduite d'après Jean-Pierre Laurant fut « dictée par l'opportunité d'autant plus que ses grands choix spirituels étaient faits [LE 22] ». Persuadé qu'il avait une « mission[LS 9] de « redressement [spirituel] de l'Occident [LS 10]», Guénon se tourna naturellement vers la principale institution (en espérant s'y appuyer) où se trouvent, en Occident, d'après lui, « les restes d'esprit traditionnel qui survivent encore[CMM 2] » : l'Église catholique [LS 10]. Cela explique une situation en apparence contradictoire : « la collaboration effective du Maçon Guénon à La France antimaçonnique de juillet 1913 à juillet 1914 [MFJ 2] ».

Au début de la Troisième République, l'Église catholique était sur la défensive et affrontait la Franc-maçonnerie. C'est dans ce climat que l'une des plus extraordinaires impostures du XIXe siècle prit naissance : l'affaire Léo Taxil. De 1887 à 1895, Léo Taxil avait été le rédacteur en chef de La France chrétienne, organe du Conseil antimaçonnique de France et persuada nombre de catholiques que la Franc-maçonnerie était une secte satanique. Un autre adversaire de la maçonnerie Abel Clarin de La Rive avait tout d'abord cru à l'authenticité de la version de Léo Taxil pour, finalement, confondre Léo Taxil de mystification (Taxil préféra prendre les devants et avoua avoir tout inventer lors d'une conférence publique en avril 1897). Clarin de La Rive prit la direction de La France chrétienne (en 1896 [MFJ 3]) qui changea de nom et devint plus tard La France antimaçonnique. Les catholiques étant très échaudés par le dénouement de l'affaire Léo Taxil, des dissensions au sein du mouvement antimaçonnique étaient apparus [MFJ 4]. Certains, comme Ernest Jouin, qui fonda la Revue internationale des sociétés secrètes, n'admirent jamais véritablement qu'il y ait eu mystification et continuèrent à croire en l'existence d'un complot (judéo-)maçonnique à caractère satanique. D'autres, comme Clarin de La Rive, ne voulaient plus entendre parler de version satanisante[MFJ 5] et considéraient « comme Guénon et dans la ligne de Joseph de Maistre, que la maçonnerie était une forme déviée et corrompue de la tradition éternelle[LE 23] ». Il fallait dénoncer la « déviation » de la maçonnerie avec plus de rigueur, étudier son symbolisme et son évolution, montrer ses incohérences actuelles[LE 24]. D'autre part, Clarin de La Rive s'intéressait aux traditions orientales (les « petites églises[LE 24] ») en particulier à l'Islam. Tout cela explique que Clarin de la Rive accorda un vif intérêt aux écrits de Guénon dans La Gnose. Clarin de la Rive reproduira intégralement dans son journal plusieurs articles de Guénon-Palingénius publiés dans La Gnose en 1910-1911[MFJ 6].

Lorsque La Gnose disparut en 1912, Guénon, sous le pseudonyme: Le Sphinx, devint un collaborateur régulier de La France antimaçonnique sur les questions du symbolisme et de hauts grades maçonniques en 1913 et 1914[LE 23]. Clarin de la Rive voulait utiliser la très grande érudition de Guénon sur la Franc-maçonnerie et son évolution[MFJ 1]. Les deux étaient d'accord pour combattre les franc-maçons politiciens et leurs idées modernistes au nom de l'authentique Franc-maçonnerie présentée comme originellement conforme au catholicisme[MFJ 1]. Pour Guénon, et bien que ce n'était probablement pas l'objectif de Clarin de la Rive, du moins d’après Marie-France James[MFJ 1] (David Bisson écrit, au contraire, que leur objectif commun était de créer un courant catholique favorable à la Franc-Maçonnerie « traditionnelle »[DB 2], cela ouvrait une opportunité de premier plan pour réhabiliter la Franc-maçonnerie au près du public catholique[MFJ 1]. Dans son projet de redressement spirituel de l'Occident, une tradition occidentale complète se devait d'avoir une base « exotérique » pour tous (sous la forme de la religion catholique) et une dimension ésotérique (initiatique) pour son élite spirituelle, qu'elle pouvait retrouver en partie dans une Franc-maçonnerie retournée à sa vocation originelle. C'est ce qu'explique Chacornac pour justifier la collaboration de Guénon à La France antimaçonnique:

«  À cause de son caractère initiatique, il convenait de rendre à la Maçonnerie son vrai visage, défiguré par la mystification taxilienne ; à cause de leur politique et de leur modernisme, il fallait combattre les Maçons contemporains, infidèles à la vocation initiatique, pour que la Maçonnerie puisse redevenir effectivement ce qu'elle n'a jamais cessé d'être virtuellement[PC 17].  »

Guénon publia une série d'articles sur le Rite écossais rectifié, la Stricte observance templière[PC 18], etc... Il entreprit une polémique au sujet des « supérieurs inconnus » de la Franc-Maçonnerie avec Charles Nicoullaud et Gustave Bord, les rédacteurs de la Revue internationale des sociétés secrètes[LE 23]. Guénon devait être tout au long de sa vie un grand polémiste[LE 23]. Les supérieurs inconnus font référence aux chefs des différentes branches maçonniques du XVIIIe siècle qui auraient été à l'origine d'une entente continuelle entre ces différentes branches, l'identité précise de ces chefs étant inconnue[MFJ 7],[JR 5]. Gustave Bord en avait conclu que ces supérieurs inconnus n'existaient pas « en chair et en os » et n'étaient qu'un produit de l'imagination[MFJ 7]. Charles Nicoullaud avait abondé dans son sens mais avança que ces supérieurs inconnus vivaient dans l'«astral», c'est-à-dire qu'ils correspondaient à une force surnaturelle (psychique ou subtile au sens de Guénon)[MFJ 8]. Le Sphinx (Guénon) devait leur rétorquer qu'ils se trompaient et que la question des supérieurs inconnus se posait dans toutes les organisations initiatiques[MFJ 9]. Les rédacteurs de la Revue internationale des sociétés secrètes lui demandant des explications, Le Sphinx expliqua qu'il s'agissait bien d'êtres « en chair et en os » mais ayant transcendé leur individualité les comparant avec certains êtres délivrés que l'on rencontre en Inde et au comte de Saint-Germain[MFJ 10]. Il faisait, en fait, implicitement référence à la doctrines des états multiples de l'être, inspirée de Shankara, qu'il développera plus tard[MFJ 11]. La polémique portait sur des points techniques et était assez violente et, d'après Marie-France James, « le pauvre lecteur de La France antimaçonnique [...] ne savait plus ou donner de la tête [MFJ 12] ». Mais elle portait, en fait, sur un point essentiel: les rédacteurs de la Revue internationale des sociétés secrètes pensaient que la Franc-Maçonnerie du XVIIIe siècle avait été inspirée par une force psychique surnaturelle d'ordre satanique alors que Guénon y voyait, au contraire, un « principe transcendant d'ordre métaphysique  » comme pour toute organisation réellement initiatique[MFJ 13]. Guénon cherchera toujours à convaincre une « certaine élite » à aspirer à atteindre ce « niveau des supérieurs inconnus[MFJ 14] ». La polémique s'arrêta, les deux camps se renvoyant l'accusation d'être des « antimaçons fort étranges [MFJ 15],[32] ».

De l'époque taxilienne, Clarin de la Rive avait réuni une importante documentation qui lui avait permis de démasquer la mystification de Taxil. Il la communiqua à Guénon, et celui-ci s'en servit non seulement pour déterminer qui agissait dans l'entourage de Taxil, mais aussi pour dénoncer les origines « suspectes » des milieux qui prirent position progressivement pour la « défense de l'Occident » et contre « le complot judéo-maçonnique » [PC 17]. Des documents fournis par Clarin de la Rive, Guénon en retira la conviction qu'il existait bien des groupes satanistes, « mais que ce n'était pas dans la Maçonnerie [...] qu'il fallait les chercher »[PC 19]. Cela l'amènera à développer plus tard la notion de « contre-tradition ». Chacornac l'explique en ces termes:

«  Il acquit la certitude qu'il y avait, de par le monde, des groupes qui s'efforçaient consciemment de jeter le discrédit sur tout ce qui subsiste d'organisations traditionnelles qu'elles soient de caractère religieux [comme l'Église catholique ou le Judaisme] ou de caractère initiatique [comme la Franc-Maçonnerie ou la Kabbale juive] ; que ces groupes pouvaient avoir des agents dans la Maçonnerie, comme dans un autre milieu [comme l'église catholique], sans que l'on puisse pour autant assimiler la Maçonnerie à une organisation subversive[PC 17].  »

Guénon pensait que la Revue internationale des sociétés secrètes, avec qui il eut de violentes polémiques, était infiltrée par ces groupes et que Charles Nicoullaud était un « contre-initié »[33],[PC 17],[JR 6].

Amitiés catholiquesModifier

 
Guénon considérait l'Église catholique comme la principale institution traditionnelle en Occident. D'après lui, parmi différentes significations symboliques, la clef d'or représente l'autorité spirituelle et la clef d'argent le pouvoir temporel [ASPT 1]. Saint Pierre reçoit directement les deux pouvoirs et transfert la clef d'argent (symbolisée aussi par le sceptre[ASPT 2]) au roi par le sacre[ASPT 3]. C'est Saint Pierre qui a « le pouvoir des clefs » et peut délier les sujets de leur serment de fidélité envers leur souverain[ASPT 1]. La tiare à trois couronnes représente les « trois fonctions suprêmes  » que l'on retrouve, d'après Guénon, dans de nombreuses traditions : Roi, Prêtre et Prophète (ou Maître spirituel par excellence, détenteur de la connaissance intellectuelle intuitive ce qui le rend infaillible)[RM 1].

À La France antimaçonnique, Guénon rencontra un indien de religion Sikh, Hiran Singh, qui lui transmit une grande part de la documentation sur la Société théosophique qu'il utilisera dans Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion[LE 25]. La confiance entre Guénon et Clarin de la Rive était telle que ce dernier avait envisagé que Guénon soit son successeur à la tête de la revue à la rentrée 1914, mais Clarin de la Rive mourut prématurément et la guerre éclata[LE 23].

À l'automne 1914, en compagnie de Pierre Germain un ami de l’église Gnostique qui avait retrouvé la foi lors d’un pèlerinage à Lourdes, René Guénon, réformé pour ses problèmes de santé en 1906[DB 3], s’inscrivit en troisième année de licence de philosophie en Sorbonne[LE 26]. Sa licence obtenu, il entreprit un diplôme d'études supérieures de philosophie des sciences avec le professeur Gaston Milhaud à qui il présentera (en 1916) comme mémoire un travail qui sera à l'origine de son livre publié en 1946: Les principes du calcul infinitésimal[LE 26],[MFJ 16]. Les travaux pratiques amenèrent Guénon à faire un exposé sur la métaphysique orientale, une première version de sa conférence publique donnée à la Sorbonne en 1925 et publiée en 1939 (La Métaphysique orientale). Une jeune étudiante de la Sorbonne de 19 ans, Noëlle Maurice-Denis, la fille du peintre Maurice Denis. fut grandement impressionnée par l'exposé[LE 26],[QS 5]. Elle fréquentait aussi l'Institut catholique de Paris[MFJ 16]. Noëlle Maurice-Denis et Pierre Germain firent un exposé, à leur tour, basés sur les principes de la cosmologie thomiste. Très rapidement, les trois étudiants devinrent de grands amis, discutant métaphysique. En 1916, Noëlle Maurice-Denis introduisit Guénon auprès de Jacques Maritain et du Père Emile Peillaube, alors doyen de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris et fondateur de la Revue de philosophie d'inspiration thomiste[MFJ 17]. À partir de 1919, René Guénon y donnera quelques « comptes rendus » et articles présentant sa critique du théosophisme[RC 2].

Dans les années qui vont suivre, « la pièce maîtresse de la stratégie guénonienne » pour dialoguer avec l'Église catholique va être son débat avec Jacques Maritain et ses amis néo-thomistes, les « identifiant » à l'Institution romaine[LE 27].

Pierre Germain révèla le passé néognostique et maçon de Guénon à Noëlle Maurice-Denis au cours de l'été 1916 et lui transmit les articles de Palingénius dans la La Gnose[MFJ 17]. En revanche, les deux ignoraient tout de la confirmation de Guénon à la Grande Loge de France (à loge Thebah) ainsi que de son initiation soufie[MFJ 18]. Noëlle Maurice-Denis écrira en 1962 que « pour nous catholiques, c'est naturellement l'aspect maçon qui nous inquiétait le plus » et qu'à l'époque il ne jurait que par la métaphysique hindoue et qu'il était difficile de savoir dans quelle mesure il avait évolué[MFJ 19]. De plus, depuis son mariage, il apparaissait comme « un jeune bourgeois » dégagé de tout anticléricalisme et « réconcilié en partie avec un certain esprit religieux »[MFJ 19],[34].

À partir 1916, Guénon commença de longues correspondances avec Maritain, Noëlle Maurice-Denis et Pierre Germain qui l'aidèrent à préciser ses positions et son vocabulaire[LE 28]. Les questions de vocabulaire étaient très importantes pour lui, il cherchait dans la tradition occidentale des termes équivalents à ceux des langues sacrées orientales comme le sanskrit[LE 27]. Maritain lui proposa de publier son mémoire sur Les principes du calcul infinitésimal dans la revue Revue de philosophie ce qu'il refusa car il voulait le publier en volume[RC 2]. Guénon chercha, en décembre 1916, à faire publier dans cette revue un texte sur la notion d'Infini avec le soutien de Noëlle Maurice-Denis et du Père Emile Peillaube, mais cette fois-ci c'est Maritain qui s'y opposa. Moins d'un an s'était écoulé entre la première rencontre entre Guénon et Maritain et ce dernier s'était déjà forgé une opinion négative sur la pensée de Guénon (sans que ce dernier s'en rende tout de suite pleinement compte)[MFJ 20].

En 1916, Guénon enseigna au collège de Saint-Germain-en-Laye et, à l'automne 1917, il fut muté à Sétif puis à Blois, en 1918, d'où il envoya plusieurs lettres à Noëlle Maurice-Denis, exposant les imperfections inhérentes selon lui à la scholastique et au thomisme, doctrines qui, par leurs limitations à la seule ontologie s'interdisaient les conceptions véritablement illimitées de la pure Métaphysique orientale: c'est durant l'échange qu'il introduisit le concept de non-être (en fait repris du Taoïsme)[MFJ 21]. D'autre part, Guénon commença à expliquer que, selon lui, la mystique chrétienne, depuis la Renaissance, était une réalisation incomplète[MFJ 22], demeurant dans les limites de l'individuel, tandis que la réalisation des Hindoues lui apparaissait « absolue [MFJ 23],[LS 11] ». Il avait envisagé, dans une lettre à Pierre Germain de 1916, l'existence au Moyen Âge, d'« un enseignement plus complet et plus profond, et cela est assez vraisemblable si l'on considère que la Somme n'était dans l'esprit de son auteur qu'un traité à l'usage des étudiants[LE 29]  ». « Rien n'est inconcevable en soi » écrivit-il à Noëlle Maurice-Denis en 1917 s'opposant à toute vision limitée de la connaissance[LS 12]. En Orient, la connaissance est identique à l'infini, toute conception de l'intelligence comme une émanation limitée de l'Infini est une déformation typique des doctrines orientales par les grecs[LS 12].

Premières publications et premières rupturesModifier

L'armistice du 11 novembre 1918 marqua la fin de la « Grande Guerre ». Comme l'a expliqué Xavier Accart,

«  après la première guerre mondiale, Guénon résolut d'entrer sur la scène intellectuelle. On aurait pu imaginer qu'il poursuivît son activité littéraire au sein de milieux occupés par des questions ésotériques et spirituelles [...] En entrant dans la scène intellectuelle parisienne, il chercha à investir les lieux qui étaient, selon sa vision, les résidus de l'intellectualité occidentale. Le modèle « traditionnel » de l'Occident étant selon lui le Moyen Âge, ces résidus étaient à trouver, d'un côté dans l'Université laïcisée, de l'autre dans les institutions qui dispensaient l'enseignement scolastique [Les milieux néo-thomistes alors proches de l’Action française[RC 3]]. Guénon qui les fréquentait depuis l'immédiat avant-guerre, chercha des appuis dans ces deux cadres[RC 4].  »

Cette attitude n'allait pas de soit, pourquoi Guénon décida-t-il de « s'exposer ainsi et à présenter à un large public un point de vue qui n'était, selon lui, accessible qu'à une « élite » [RC 5]»? C'est qu'il pensait probablement que le choc de la « la Grande Guerre » offrait un terrain favorable à la réception de ses idées[RC 5]. La guerre avait remis en doute très gravement les fondements de la civilisation occidentale et la foi dans le Progrès et la Raison[RC 5]. D'autre part, Guénon pensait qu'une des caractéristiques du monde moderne est le fait que les gens ne sont plus à la place correspondant à leur vocation[RC 4],[CMM 3]. Il écrivit : « La difficulté [...] est d'atteindre ceux qui peuvent le comprendre, car il y en a sûrement, et dans les milieux les plus divers[RC 6]  ». Il fallait donc publier des livres en les diffusant le plus possible[RC 4].

En 1919, Guénon échoua à l'oral de l'agrégation de philosophie sur un sujet qui « l'intéressait nullement[MFJ 24] » : une leçon de morale sur le sacrifice[LE 30],[QS 6]. Il se réinstalla sur Paris et, en décembre 1919, il fut mis au courant du projet de la Revue universelle autour de Jacques Bainville et Henri Massis. Jacques Maritain devait assumer la chronique de philosophie. Il s'agissait d'une revue royaliste et catholique dont la ligne éditoriale était proche de celle de l'Action française. Pierre Germain et Noëlle Maurice-Denis souhaitaient y collaborer et Guénon déclara qu'il le ferait aussi « très volontiers[MFJ 25] ». Toujours sur la défensive face à la troisième république, beaucoup de catholiques étaient proches de l'Action française (avant sa condamnation par la Papauté en 1926) sans pour autant adhérer à toutes les thèses de Charles Maurras qui était, à l'époque, agnostique[35],[QS 7]. Guénon ne devait rien publier dans la Revue universelle et le refus d'un de ses articles par Henri Massis en 1921 le mit en colère[LE 31].

Pendant la période 1919-1920, Guénon rédigea son premier ouvrage, Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues qu'il voulut présenter pour une thèse de doctorat. Il chercha d'abord à le faire éditer par Alcan qui publiait les grands universitaires de l'époque. Pour cela, il demanda l'avis à Lévy-Bruhl, l'un des plus éminents universitaires de l'époque et un ami de Jaurès, qui ne l'encouragea pas[RC 7]. Le livre fut accepté par la Librairie Marcel-Rivière qui publiait des livres essentiellement sur le syndicalisme et les sciences sociales, en particulier les œuvres de Georges Sorel. Mais la librairie éditait aussi la Revue de philosophie du Père Peillaube et c'est grâce au soutien de ce dernier et de Jacques Maritain que le livre fut accepté[RC 2]. Il obtint l'accort écrit de l'indologue Sylvain Lévi pour l'enregistrer comme sujet de thèse mais le rapport de Lévi pour la soutenance, bien que se terminant par un accord de pure forme, fut assez dur: « Il entend exclure tous les éléments qui ne correspondent pas à sa conception [...] tout est dans le Védânta [...] il est tout prêt à croire à la transmission mystique d'une vérité première apparue au génie humain dès les premiers âges de l'humanité[LE 30],[MFJ 26] ». L'accord pour la soutenance fut donc refusée par le doyen. D'après Jean-Pierre Laurant, Guénon accepta très mal ce rejet de l'Université qui allait devenir, pour lui, le symbole de tous les travers de l'Occident moderne[LE 20] mais ce lien entre la dénonciation de l'Université par Guénon et la non-acceptation de sa thèse est contesté par d'autres auteurs[QS 8]. Il est à noter que Guénon chercha à se rendre en Inde durant la période où il rédigeait son livre mais son visa d'entrée fut refusé par les autorités britanniques[MFJ 27].

La publication de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues lui valut une reconnaissance rapide dans les milieux parisiens[RC 8],[RC 9]. René Grousset dans son Histoire de la philosophie orientale (1923) se référait déjà à l'œuvre de Guénon comme à un « classique »[RC 10]. L'ouvrage toucha de jeunes écrivains alors inconnus tels que Raymond Queneau, Henry Corbin ou André Malraux[RC 11]. Ce dernier dira beaucoup plus tard que l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues fut, « à sa date, un livre capital[RC 11] ». Son premier biographe Chacornac, écrivit que le titre n'était peut-être pas très heureux car la première partie du livre concernait la Tradition en général et pas seulement les doctrines hindoues: Guénon y précisait tous ses concepts les plus importants: la notion de Tradition, la métaphysique, la réalisation métaphysique, les différences entre religion et tradition, entre ésotérisme et exotérisme[PC 20],[DB 4]. La troisième partie du livre introduisait les six Darshanas présentés comme six points de vues des doctrines hindoues dont la teneur métaphysique augmentait progressivement pour culminer dans la sixième: le Vêdânta dont la formulation la plus élevée était celle de Shankara (au dessus de celle de Ramanuja)[DB 5].

En revanche, Guénon fut très déçu par la réaction de ses amis néo-thomistes[LS 13],[LE 32]. En effet, Noëlle Maurice-Denis publia un compte rendu du livre dans Revue universelle (la nouvelle revue proche de l'Action française où Guénon avait voulu collaborer) le 15 Juillet 1921, dans le cadre de la rubrique philosophique confiée à Jacques Maritain. Le compte rendu de dix pages avec fait l'objet d'une discussion entre Maurice-Denis et Maritain. Ce dernier voulut qu'apparaisse clairement que « la métaphysique de Guénon est radicalement inconciliable avec la foi » et écrivit lui-même la dernière phrase, ce qu'ignora, semble-t-il, toujours Guénon[MFJ 28]: « R. Guénon voudrait que l'Occident dégénéré allât demander à l'Orient des leçons de métaphysique et d'intellectualité. C'est seulement au contraire dans sa propre tradition et dans la religion du Christ, que l'Occident trouvera la force de se réformer lui-même [...] Il faut bien avouer que le remède proposé par M. Guénon, - c'est-à-dire, à parler franc, une rénovation hindouiste de l'antique Gnose, mère des hérésies, - ne serait propre qu'à aggraver le mal[MFJ 28] ». Le compte rendu révéla les divergences de fond qui séparaient Guénon des néo-thomistes. Ces derniers ne pouvaient accepter (i) l'idée d'une tradition primordiale, dans laquelle le Christianisme n'apparaissait que comme l'une des branches traditionnelles parmi d'autres ; (ii) la distinction entre ésotérisme et exotérisme qui faisait de la religion chrétienne que la partie extérieure d'une tradition occidentale dont l'ésotérisme chrétien constituait le cœur, ésotérisme qui semblait avoir complètement disparu ; (iii) le fait que le néo-thomisme ne dépassait pas l'ontologie et n'atteignait pas la métaphysique pure[RC 12]. D'après Guénon, ce compte rendu fit un tord immense à son œuvre. Il fut d'autant plus touché qu'il avait été écrit par son ancienne amie[RC 13]. Il fut particulièrement mécontent de la dernière phrase (en fait de Maritain) qui semblait assimiler la voie de sagesse préconisée par Guénon aux hérésies gnostiques et qui lui sembla être un contresens complet, ce qu'il reprocha vivement à Maurice-Denis et Maritain[LE 33]. Mais ces milieux qui réunissaient les tenants du néothomisme et de l'Action française étaient très divers[RC 14]. Si Henri Massis était encore plus fermé que Maritain (ce qui explique que Guénon ne réussit pas à publier l'article qu'il avait soumis à la Revue universelle la même année)[RC 13], Léon Daudet et Gonzague Truc accueillirent très favorablement ce premier ouvrage[RC 14],[RC 15].

Cependant, Maritain « voyant surtout l'intérêt de publier la critique guénonienne du néo-spiritualisme[RC 12]  » accepta de publier le second livre de Guénon: Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion dans la Nouvelle Librairie nationale la maison d'édition liée à l'Action française dont Maritain était le directeur. À ses amis qui s'étonnèrent qu'il accepta d'éditer un livre de l'auteur de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues (et que certains considéraient comme encore plus dangereux que Mme Blavatsky, la fondatrice de la Société théosophique !), Maritain répliqua qu'il n'avait accepté le livre « non à cause de Guénon, mais à cause de la valeur de son livre » et qu'il avait pris garde qu'aucune idée de Guénon ne filtrât[RC 13],[36]. D'autre part, Maritain considérait avoir clairement condamné Guénon dans la Revue universelle (à travers le compte rendu de Noëlle Maurice-Denis)[RC 13]. Cet ouvrage était susceptible de plaire aux milieux catholiques conservateurs et cultivés : on y dénonçait, notamment, les antécédents révolutionnaires et anti-chrétiens d'Annie Besant[LE 34], présidente en exercice de la société théosophiste[TH 1], ainsi que, plus généralement, la prétention de l'organisation à renverser les religions établies, et notamment le christianisme[TH 2]. Cette fois-ci, après la publication, les « éloges pleuvent de tous les côtés[MFJ 29] » en particulier du côté catholique. Noëlle Maurice-Denis publia un nouveau compte rendu du livre dans Revue universelle très favorable. Guénon avait exigé qu'elle ajoute un rectificatif sur son compte rendu de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues ce qu'elle fit en se défendant d'avoir voulu assimiler la voie intellectuelle de Guénon (assimilable au terme occidental de Gnose, d'après Guénon) aux hérésies gnostiques[MFJ 30].

Dans la foulée, Guénon publia L'erreur spirite chez Marcel-Rivière en 1923 pour dénoncer le spiritisme. Moins contraint qu'à la Nouvelle Librairie nationale, Guénon put développer de nombreux points doctrinaux sur des questions à la fois métaphysique et cosmologique  : comme l'écrivit Cacornac: « les chapitres sur L'explication des phénomènes, Immortalité et survivance, Les représentations et la survie, La communication avec les morts, La réincarnation, La question du satanisme, sont à ranger parmi les pièces maîtresses de l'œuvre guénonienne[PC 21]  », Là encore, les critiques furent très favorables[RC 16], les catholiques prenant cependant des distances avec certains points doctrinaux[MFJ 31].

Les milieux parisiensModifier

La reconnaissance que lui valut ses premiers livres lui permit de publier très facilement son quatrième livre chez Payot: Orient et Occident[RC 17]. Cet ouvrage toucha pour la première fois le grand public car il s'inscrivit dans une nouvelle controverse sur la valeur de la civilisation occidentale opposant les partisans de La défense de l'Occident et le courant des Appels de l'Orient[RC 18],[MFJ 31]. La première guerre mondiale donnait l'impression d'une décadence accélérée de l'Occident. Parmi les témoignages les plus représentatifs de cette inquiétude, on trouve Le stupide XIXe siècle siècle de Léon Daudet (1922) et Notre temps de Gonzague Truc (1925)[PC 22]. Pour redresser intellectuellement l'Occident, un premier courant, associant les néo-thomistes autour de Jacques Maritain, qui se proclama alors Antimoderne (1922), et une grande partie de l'Action française avec des figures comme Jacques Bainville qui publia L'avenir de la civilisation en 1922, prônait un retour au catholicisme via le Néothomisme[MFJ 32]. Un autre courant prônait un appel aux doctrines de l'Orient. Ce courant semble avoir pris naissance dans les milieux néo-spiritualistes français et touchait des figures telles que Maurice Maeterlinck, qui publia Le grand secret en 1921, ou Romain Rolland[MFJ 32],[RC 19]. Un débat public commença en 1924 dans différents journaux comme la revue du groupe Philosophies avec un article de Jean Caves (alias Jean Grenier) sur « Le nihilisme européen et les appels de l'orient » [RC 20] et les Cahiers du mois qui consacrèrent un fort volume aux Appels de l'Orient[PC 22]. René Grousset, qui venait de publier Réveil de l'Asie en 1923, observait dans un article de 21 Juin 1924 dans Les Nouvelles littéraires avec enthousiasme la formation d'une humanité totale[RC 19]. C'est dans ce contexte que fut publié en Juillet 1924 Orient et Occident qui eut tout de suite une réception de premier plan[RC 21],[MFJ 33].

Dans Orient et Occident, Guénon présenta la civilisation occidentale comme une véritable monstruosité ne s'étant développée que dans un sens purement matériel[LS 14]. Elle s'opposait désormais aux civilisations orientales toujours dépositaires de la vraie « intellectualité » (c'est-à-dire de la connaissance spirituelle). Si rien n'était changé, l'Occident se dirigeait vers une catastrophe inévitable[LS 15]. Il n'y avait aucun clivage de nature entre l'Orient et l'Occident, c'était seulement cette dernière qui avait dévié de sa propre tradition (le Christianisme) depuis la Renaissance et s'était séparée des autres civilisations traditionnelles[LS 14]. Guénon présentait les points d'entente possibles entre l'Orient et l'Occident car un rapprochement lui semblait toujours possible et souhaitable[PC 22]. Il fallait que les occidentaux abandonnent leurs nouveaux « idoles »: les illusions du progrès, de la science, de la vie[PC 22]. Il appela à la mise en place d'une élite spirituelle occidentale pour un redressement de l'Occident et qui s'appuierait sur les élites orientales toujours existantes en reconnaissant les principes métaphysiques communs des différentes civilisations traditionnelles[PC 23]. L'élite constituerait une « arche » d'entente entre les peuples[LS 16]. La solution la plus favorable restait que l'Occident retourne à sa forme traditionnelle originelle, le Christianisme latin, plutôt qu'une conversion à des traditions orientales[LS 17],[PC 24].

Les réactions furent très diverses[PC 24]. Jean Grenier, qui avait lancé le débat sur les Appels de l'Orient livra un compte rendu positif[RC 22] et Guénon lui écrivit « qu'ils étaient d'accord sur l'essentiel[RC 23] ». Le livre marqua la rupture définitive de Guénon avec Jacques Maritain et Henri Massis[RC 24]. Ce dernier publia La défense de l'Occident en 1927 où il développa la thèse inverse [RC 25]: la nécessité de défendre l'Occident des influences orientales (associées paradoxalement à l'Allemagne « cette Inde de l'Europe » car le mythe indo-germain battait son plein outre-Rhin). En réponse, Guénon le prit violemment à parti dans le dernier chapitre de La crise de monde moderne qu'il publia peu de temps après[LE 35]. Mais, une nouvelle fois, des dissensions se révélèrent dans le camp conservateur: Léon Daudet publia, au contraire, en page de couverture du journal L'Action française un compte rendu dithyrambique le 14 Juillet 1924[RC 21],[LE 36]: il fit un parallèle avec son stupide XIXe siècle siècle[PC 24], déclarant « il ressort [...] que l'Occident est menacé plus du dedans, je veux dire de sa débilité mentale, que du dehors[PC 25] », concluant « retenez le nom de Guénon [RC 21]». La critique littéraire de Léon Daudet dans L'Action française avait un impact très important dans la vie littéraire de l'époque qui dépassait largement l'audience des milieux conservateurs et était très lue par « beaucoup de jeunes révolutionnaires[RC 21] ». Daudet fur le découvreur de Proust et devait reconnaître plus tard Bernanos et Céline[RC 21]. Gonzague Truc fut de nouveau très enthousiaste et devint son principal « conseiller en matière éditoriale » dans les années suivantes[LE 37].

Orient et Occident toucha des publics très différents, parfois situés très à gauche. Ce furent les grandes tendances de la réception de l'ensemble de l'œuvre de Guénon qui commencèrent à se révéler : ces tendances ont été décrites en détail par Xavier Accart dans René Guénon ou le renversement des clartés. Si les conservateurs comme Léon Daudet retinrent surtout la critique du monde moderne et de la démocratie, la vision de l'Universalité de Guénon présentant les différentes traditions spirituelles comme les formes d'une même vérité intéressa ceux qui cherchaient une entente supranationale entre les peuples (en particulier au niveau européen) et qui voulaient reconsidérer la colonisation sous la forme d'une association et pas seulement sous la forme d'une domination. Entre autres, l'œuvre de Guénon commença à intéresser dans l'entourage de Romain Rolland et de la revue Europe, phénomène qui allait s'accentuer par la suite[RC 26]. Enfin, l'idée d'une connaissance supra-rationnelle, omniprésente chez Guénon, inspira les milieux artistiques d'avant garde qui cherchaient à aller au delà de la pensée rationnelle, en particulier, le mouvement surréaliste: ainsi Antonin Artaud « fut passionné par Orient et Occident[RC 27] ».

Guénon faisait désormais partie des milieux intellectuels parisiens. Bien qu'il n'avait probablement peu de goût pour la vie mondaine (il allait vivre très isolé à partir de 1930)[RC 28], il se rendait souvent dans les divers lieux de la vie intellectuelle de la capitale et recevait régulièrement chez lui[RC 29],[PC 26]. Xavier Accart écrivit que son « action de présence » joua un rôle important dans la réception de son œuvre[RC 28]. Ses interlocuteurs étaient frappés par sa « culture générale, philosophique et métaphysique [RC 28]». Guénon était, en outre, polyglotte: en plus des langues orientales, il parlait le latin, le grec, l'hébreu, l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le russe et le polonais[PC 27]. Il réexpliquait, dans leur propre langue, à de jeunes Chrétiens, Musulmans, Hindous et Israélites la tradition de leurs ancêtres dont ils n'avaient qu'une faible connaissance[PC 28]. Plus important, beaucoup étaient frappés par sa manière d'être. Gonzague Truc déclara: « Il a été, dans l'espèce douée de la parole, un de ces êtres infiniment rares qui ne disent jamais je[RC 28] ». Il semblait toujours calme, d'humeur égale, toujours bienveillant sans jamais un mot blessant avec ceux qui le contredisaient[RC 30]. Pierre Naville décrivit « un ton si paisible, proche et lointain tout ensemble, de cet homme qui vivait dans cet ailleurs [RC 31]  ». Pour ses lecteurs, il semblait déjà incarner cette « élite » qu'il appelait de ses vœux et décrite à la fin d'Orient et Occident: désindividualisée face à la Vérité, détachée des émotions. Ses interlocuteurs virent la différence avec la force de conviction beaucoup plus passionnée des auteurs catholiques et l'exaltation des surréalistes[RC 30]

En 1924 parut aussi en France Bêtes, Hommes et Dieux de Ferdynand Ossendowski. ce dernier y décrivait son périple à travers une grande partie de l'Asie en particulier la Sibérie, la Mongolie et le Tibet. En Mongolie, il avait rencontré le troisième « Bouddha vivant  », le Bogdo Khan (dans l'ordre hiérarchique du Bouddhisme vajrayāna de l'époque, le premier était le dalaï-lama et le deuxième le tashi-lama). Ossendowski parlait dans son livre d'un mystérieux « Roi du monde » qui dirigeait les affaires spirituelles de l'humanité depuis une contrée inaccessible pour les hommes ordinaires: l'Agarttha[PC 29]. Le livre fut un énorme succès et accentua les débats sur les Appels de l'Orient[RC 32]. Le critique littéraire Frédéric Lefèvre organisa une table ronde à ce sujet avec Ossendowski et les trois personnes jugées les plus compétentes pour discuter de ce récit mêlant Asie et spiritualité: Jacques Maritain, René Grousset et René Guénon. La discussion n'apporta rien de nouveau à part que l'on apprit que le Bogdo Khan était un ivrogne ce qui ne choqua pas du tout Guénon qui déclara que « cela n'avait aucune importance [MFJ 34] ». Le débat se résuma en « une passe d'armes » entre Guénon et Maritain. Le premier défendit les doctrines intellectuelles de l'Orient détachées de toute sentimentalité, le deuxième lui opposa la voie chrétienne fondée sur la charité[RC 24]. La discussion fut publiée dans Les Nouvelles littéraires qui avait alors un grand tirage et où, pour la première fois, le grand public put découvrir le visage de Guénon pris en photo[RC 32].

L'homme et son devenir selon le VêdântaModifier

Certains commençaient à reprocher à Guénon d'avoir parlé longuement de la décadence de la civilisation occidentale, de principes métaphysiques conservés intégralement en Orient mais d’avoir omis d’exposer « ces formidables secrets dont il [était] question dans tous ses livres [...] [ces] doctrines traditionnelles de l'Inde qui illumineraient [leur] entendement  » comme l'écrivit Jean Ballard en 1925[RC 33]. Guénon publia donc sa première œuvre capitale la même année: L'homme et son devenir selon le Vêdânta chez Bossard dont le directeur littéraire était son ami Gonzague Truc.


 
Ganêsha: « dans la tradition hindoue [il] représente la Connaissance [HDV 1] ». Il est associé à Buddhi, l'Intellect supérieur, dans certains textes hindous comme les Ganesha Purana et Ganesha Sahasranama. Guénon consacra le chapitre VII de L'homme et son devenir selon le Vêdânta à Buddhi. Ganêsha apparut en couverture de plusieurs livres de Guénon car il symbolise la connaissance supra-rationnelle.

Dans L'homme et son devenir selon le Vêdânta, Guénon partit de la distinction fondamentale entre le « Soi » et le « moi ». Le Soi est l'essence, le Principe transcendant de l'être, l'être humain par exemple[VD 3] :

«  Le « Soi », en tant que tel, n'est jamais individualisé et ne peut pas l’être, car, devant être toujours envisagé sous l’aspect de l’éternité et de l’immutabilité qui sont les attributs nécessaires de l’Être pur, il n’est évidemment susceptible d’aucune particularisation, qui le ferait être « autre que soi-même » [HDV 2] [...] Le « Soi », considéré par rapport à un être comme nous venons de le faire, est proprement la personnalité [...] en sanskrit Âtmâ [HDV 3] [...] Âtmâ pénètre toutes choses, qui sont comme ses modifications accidentelles [...] Le « Soi », même pour un être quelconque, est identique en réalité à Âtmâ, puisqu’il est essentiellement au delà de toute distinction et de toute particularisation [HDV 4] [...] seul Âtmâ est l’être véritable, parce que [lui seul] est [...] permanent et inconditionné, et qu’il n’y a que cela qui puisse être considéré comme absolument réel. Tout le reste, sans doute, est réel aussi, mais seulement d’une façon relative, en raison de sa dépendance à l’égard du principe[HDV 5].  »

Guénon exposa ensuite le but de l'existence humaine comme la réalisation de cette identité avec le Soi comprise comme l'essence véritable de l'être humain[VD 4]: « Le « Soi », comme nous l’avons vu dans ce qui précède, ne doit pas être distingué d’Âtmâ [...] : c’est ce que nous pouvons appeler l’« Identité Suprême », d’une expression empruntée à l’ésotérisme islamique, dont la doctrine, sur ce point comme sur bien d’autres, et malgré de grandes différences dans la forme, est au fond la même que celle de la tradition hindoue. La réalisation de cette identité s’opère par le Yoga, c’est-à-dire l’union intime et essentielle de l’être avec le Principe Divin ou, si l’on préfère, avec l’Universel ; le sens propre de ce mot Yoga, en effet, est « union » et rien d’autre[HDV 6] ». Il ajouta que le « Soi » réside dans le centre vital de l'être humain symbolisé par le cœur. D'après Guénon, selon toutes les traditions spirituelles, le cœur est « le siège de l'Intelligence » comprise comme la connaissance supra-rationnelle, la seule forme de connaissance permettant l’« Identité Suprême »[HDV 7]. Cette connaissance supra-rationnelle (et surtout pas irrationnelle) est liée à Buddhi, l'Intellect supérieur introduit par Guénon au chapitre VII de son livre[HDV 8]. De son côté, le cerveau est l'instrument du mental, en particulier de la pensée rationnelle, connaissance indirecte[HDV 7],[VD 5].

Guénon ne prétendit pas décrire toute la doctrine du Vêdânta se concentrant sur l'être humain: sa constitution, ses états, son avenir posthume[PC 30]. Le livre contenait de nombreuses citations de Shankara et quelques parallèles avec la Kabbale juive et le Christianisme. L'ouvrage répondit aux attentes de ses lecteurs qui en comprirent l'importance. Comme le résuma Paul Chacornac:

«  Pour la première fois en Occident, et depuis le XIVe siècle, était exposé en langage clair, et dégagé de tout symbolisme, la doctrine de l'Identité suprême et son corollaire logique : la possibilité pour l'être qui est actuellement dans l'état humain d'atteindre, dès cette vie, la délivrance, l'état inconditionné où cesse toute séparativité et tout risque de retour à l'existence manifestée[PC 30].  »

La rigueur et qualité de l'exposé renvoyait à la qualité de ses sources hindoues de la période 1905-1909 dont Guénon ne soufflait mot dans son livre : certains supposèrent qu'il avait dû étudier les textes cités directement avec ces hindous[LE 6]. Le livre fut très bien accueilli et fit l'objet de nombreux compte rendus élogieux dans la presse de droite comme de gauche parfois dans des journaux à très grand tirage [RC 34] même si Guénon les jugea parfois « superficiels [RC 34] ». Il fut présenté comme « notre seul métaphysicien indianiste » et le livre comme faisant « date dans notre connaissance de l'Orient [RC 34] ». Paul Claudel s'exprima sur le livre le plaçant à côté ses de ceux de Sylvain Lévi et René Grousset[RC 35] et l'islamologue Louis Massignon souhaita rencontrer Guénon: la rencontre eut lieu cette année là[RC 36].

Paul Chacornac cita une lettre de Roger de Pasquier: « ce n'est qu'en 1949, lor d'un séjour à Bénarès, que j'ai eu connaissance de l'œuvre de René Guénon. Sa lecture m'avait été recommandée par Alain Danielou [qui vivait alors en Inde dans l'entourage du Swami Karpatri, un maître de l'Advaïta Vêdânta], lequel avait soumis les ouvrages de Guénon à des pandits orthodoxes. Le verdict de ceux-ci fut net : de tous les Occidentaux qui se sont occupés des doctrines hindoues, seul Guénon, dirent-ils, en avait vraiment compris le sens [PC 31]  ».

L'oœuvre de Guénon touchait des milieux de plus en plus variés parfois opposés à sa première base éditoriale[RC 37]. Les surréalistes furent très intéressés par L'homme et son devenir selon le Vêdânta surtout pas le Chapitre XIII sur « l'état de rêve »[RC 38]. Guénon avait écrit que les perceptions à l'état de veille avaient un caractère illusoire et que celles de l'état de rêve étaient plus étendues et permettaient de s'affranchir de certaines conditions limitatives de la modalité corporelle ce qui touchait au cœur des préoccupations des surréalistes[RC 38]. Guénon écrivit que le monde n'était que le symbole d'une réalité supérieur: d'après Xavier Accart, les surréalistes se demandèrent si la Tradition dont parlait Guénon ne pouvait pas les conduire « au surréel postulé, espéré, entrevu, mieux que toutes les révolutions tournées vers un avenir encore assez imprévisibles [RC 39] ». André Breton, Antonin Artaud, Michel Leiris et Pierre Naville décidèrent de proposer à Guénon de rejoindre leur mouvement et c'est Naville qui fut envoyé en « émissaire » [RC 40]. Il fut reçu par Guénon dans son appartement. Naville, à l'époque un jeune insurgé provocateur et anticlérical, fut très impressionné[RC 38], « ébranlé », par ce professeur de philosophie décrit pas tous comme vieille France [RC 41]. Naville écrivit bien plus tard : « [il] me fit aussitôt mesurer tout ce qui subsistait de factice et d'artificiel, autant que d'exalté, dans nos aspirations surréalistes ; n'était-il pas déjà, quant à lui, en possession de quelque chose que nous désespérions de pouvoir atteindre ? [RC 38] ». Naville lui parla de leurs expériences d'écriture automatique, de leur travail sur les rêves, et de leur intérêt pour l'inconscient de Freud[RC 41]. Tout cela rappelait à Guénon sa période occultiste (en particulier l'écriture automatique) et le néo-spiritualisme. D'autre part, il devait identifier, plus tard, dans ses livres l'inconscient freudien au subconscient et rejeter toute interprétation psychanalytique des données traditionnelles comme une interprétation du supérieur par l'inférieur[RC 41],[SSS 2]. Il déclina l'offre de participer au mouvement surréaliste tout en laissant la porte entr'ouverte[RC 42]. Les suréalistes furent très déçus et Breton devait écrire bien plus tard que l'évolution du surréalisme aurait été différente si Guénon avait accepté[RC 42]. Beaucoup se tournèrent peu après vers le communisme que Guénon avait déjà condamné dans Orient et Occident[OO 1] mais le rapport à la Tradition allait devenir une ligne de fracture dans les milieux surréalistes ou proches du surréalisme[RC 43],[RC 44]: l'œuvre de Guénon allait avoir un impact durable sur Raymond Queneau, René Daumal et Antonin Artaud[RC 39] ainsi que sur les membres de la revue Le Grand jeu[RC 45]. En Italie, l'œuvre de Guénon allait avoir une influence majeure sur Julius Evola et le détourner de son ancienne période dadaïste et de son intérêt pour le surréalisme[RC 46], même si Evola allait finalement suivre une voie très différente de Guénon[RC 47].

Autour de RegnabitModifier

Guénon avait commencé à exposer la Métaphysique telle qu'il la concevait mais pas encore les moyens pour arriver à la réalisation spirituelle correspondante. Il développa donc progressivement une théorie de l'initiation et du symbolisme. La première étape fut la publication d'un petit livre L'Ésotérisme de Dante en 1925. L'ouvrage eut moins d'impact car publié à un tirage limité chez CH. Bosse[LE 38].

D'après Jean-Pierre Laurant, Dante avait été un enjeu important des les débats sur la légitimité politique au XIXe siècle et au début du XXe siècle [LE 39]. Gabriele Rossetti et Eugène Aroux avaient déjà signalé l'existence d'une dimension ésotérique dans l'œuvre du Florentin[LE 39]. Dans L'Ésotérisme de Dante, Guénon rappela que Dante avait lui-même indiqué l'existence de quatre sens de plus en plus profond dans ses ouvrages, le quatrième, selon Guénon, étant métaphysique et initiatique [ED 1]. Toujours d'après Jean-Pierre Laurant, Guénon reprit beaucoup d'informations, dans ce livre, tirées de l'Histoire des Rose-Croix de Sédir tout en leur donnant une base doctrinale plus solide[LE 38],[LS 18]. En particulier, il rappela qu'une médaille conservée au musée de Vienne désignait Dante comme Kadosch d'un Tiers-Ordre Templier[LS 19],[ED 2]. Le terme de Kadosh correspond aussi à un haut grade de la Maçonnerie écossaise[LS 19]. Plus précisément, le Tiers-Ordre dont Dante était l'un des chefs était la Fede Santa (les « fidèles d'amour »)[ED 2]. Guénon allait développer l'idée, centrale dans toute son œuvre, que l'Ordre du Temple était un ordre monastique et chevaleresque qui était, aussi, la principale organisation initiatique en Occident au Moyen-Âge[LE 40]. Les chevaliers de l’Ordre étaient, en effet, à la fois d'un point de vue littéral et symbolique, les gardiens du Temple et assuraient le lien avec l'Orient[VD 6]. Dante prenait logiquement Saint Bernard de Clairvaux comme guide pour la fin de son voyage céleste car Saint Bernard était le fondateur de l'ordre du Temple[LE 41],[ED 2]. Guénon décrivit de nombreux significations symboliques dans la Divine comédie qui avaient, d'après lui, une signification initiatique[PC 32]: en particulier, la décomposition en trois parties du voyage de Dante renvoyait aux « trois mondes » qui structurent le cosmos et que l'on retrouve, sous des formes différentes, dans toutes les traditions d'après Guénon.[ED 3] Mais ces trois parties représentaient aussi le chemin initiatique: les Enfers, le monde profane et les états inférieurs de l'être; le Purgatoire, les premières étapes initiatiques et la récupération de l'« état édénique »; le Ciel « le séjour des parfaits » et l'accession aux états supérieurs de l'être[ED 4],[ED 3],[LS 20]. D'autre part, Guénon signala de nombreuses similitudes entre la Divine comédie et le Voyage nocturne du Prophète Mahomet dans le Kitâb el-isrâ (Livre du voyage nocturne) et les Futûhât el-Mekkiyah (Révélations de la Mecque) d'Ibn Arabi, certains « détails extrêmement précis[ED 5]  » étant identiques[LE 41],[LS 21]. Il expliqua que ces similitudes ne venaient pas d'emprunts, au sens profane du terme, mais étaient liées aux relations spirituelles entre les ordres initiatiques soufis et les Ordres de chevalerie qui auraient eu lieu en Orient[ED 5],[LS 22]. Certaines de ces similitudes que l'on retrouve, par ailleurs, dans des textes mazdéens, bouddhistes et hindous expriment aussi, d'après Guénon, le fait qu'elles décrivent les mêmes vérités[ED 5],[LS 20]. À propos de cette comparaison avec les textes musulmans, certains allaient reprocher à Guénon de ne pas mentionner que Dante avait placé Mahomet et Ali en enfer, avec plusieurs papes il est vrai[LE 41]. Enfin, il prétendit que la destruction de l'Ordre du Temple, dont il attribua toute la responsabilité à Philippe le Bel dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel[ASPT 4], marqua la fin de l'ésotérisme chrétien à l'intérieur de l'église catholique[ASPT 4]. Au même moment, se constituèrent des organisations initiatiques qui participèrent de la même transmission initiatique mais de façon plus souterraine[LS 23],[ED 6],[RM 2],[VD 7],[PS 3]: les Rose-Croix, La Fede Santa, la Massenie du Saint-Graal, etc... Ces organisations initiatiques allaient disparaître progressivement. Cette disparition est symbolisée par l'affirmation que les derniers vrais Rose-Croix ont quitté l'Europe pour se retirer en Asie après les traités de Westphalie[RM 2],[VD 7]. Ces traités mirent fin, selon Guénon, à ce qui subsistait encore de la Chrétienté médiévale[AI 3]. La Franc-Maçonnerie allait hériter des derniers restes de ces connaissances initiatiques[LS 21],[ED 6],[VD 8].

Guénon s'était vu fermer les portes des deux milieux qui représentaient, pour lui, les résidus de l'intellectualité occidentale du Moyen-Âge : l'Université et les les néo-thomistes qui dispensaient encore l'enseignement scolastique[RC 48]. En ce qui concerne le néo-thomisme, il s'était fait une raison et avait statué que de toute façon le Thomisme n'était qu'un courant, parmi d'autres, dans le Catholicisme[RC 49]. D'autre part, il déclara que le néo-thomisme n'est, en plus, qu'une interprétation limitée de la pensée de Saint Thomas d'Aquin se focalisant sur la somme théologique alors que Saint Thomas l'avait présenté comme un manuel pour débutants[RC 49]. Guénon ne s'était pas privé de l'écrire à Jacques Maritain et Noëlle Maurice-Denis[LE 42]. Il reprit ces arguments dans d'autres publications pour critiquer les néo-thomiste[RC 50],[RC 49]. Mais son œuvre touchait de plus en plus de gens et il disposait d'autres relais y compris au sein de l'Église catholique[RC 51]: cela l'amena à collaborer, par exemple, à un recueil de vies de saints en 1926 où participèrent Étienne Gilson, Jacques Maritain et Georges Bernanos. Guénon fut en charge de l'article sur Saint Bernard de Clairvaux, le fondateur de l'ordre du temple (l'article sera publié sous forme de plaquette indépendante en 1929)[RC 52]. Plus important, les études du symbolisme dans L'Ésotérisme de Dante et les références au symbolisme du cœur dans L'homme et son devenir selon le Vêdânta avaient intéressé le père Felix Anizan qui avait fondé la revue catholique Regnabit organe de la « Société du rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur »[LS 24]. Cette dernière se focalisait sur le sens intellectuel de la dévotion au Sacré-Cœur qui s'était beaucoup développé depuis le XIXe siècle[LE 43],[MFJ 35] et était patronnée par quinze cardinaux, archevêques ou évêques [RC 51]. Malgré ces soutiens, le projet du père Anizan était suspect dans certains milieux ecclésiastiques, y compris dans l'ordre monastique dont il était oblat[LE 44]. Toujours est-il que le père Anizan était représentatif de courants catholiques, très différents du néo-thomisme, qui étaient intéressés par une étude approfondie de la signification des symboles chrétiens, y compris dans leur dimension ésotérique[LE 45]. Il proposa à Guénon de participer à sa Société et d'écrire des articles pour Regnabit ce que Guénon accepta. Il prit l'affaire très au sérieux: non seulement il publia de nombreux articles mais il participa aux journées de la Société des 6 et 7 Mai 1926 où il donna une conférence sur « la Réforme de la mentalité moderne » et cosigna un appel « Aux écrivains et aux artistes »[RC 51] : les signataires appelaient à replacer la religion au centre de l'ordre social[RC 53] (c'était l'époque de la politique anticléricale d'Édouard Herriot[RC 51]).

À partir de 1925, René Guénon, dont les ouvrages déjà publiés lui ont attiré une certaine notoriété[LE 46], publia ses articles dans la revue : Le Voile d'Isis, qui sous son impulsion perd son orientation occultiste, jusqu'à devenir, à partir de 1936, les Études traditionnelles.

Départ pour Le Caire : l'ésotérisme islamiqueModifier

En 1928, à la suite de deux deuils familiaux dont la mort de sa femme, la santé de Guénon se détériore, et il se plaint de souffrir de maux étranges, dont il décèle l'origine dans des « attaques psychiques » dirigées contre lui[LE 47]. Le , il se rend cependant en Égypte, dans le cadre d'un projet initial de traductions de textes de l'ésotérisme islamique, projet qui est brusquement abandonné par son éditeur. Il reste au Caire, subsistant dans des conditions très précaires, et déclinant les propositions de retour en France provenant de ses amis européens, jusqu'à sa rencontre avec le cheik Mohammad Ibrahim, dont il épouse la fille, en 1934[37].

René Guénon vit au Caire sous le nom qui lui avait été donné lors de son initiation en 1912 à l'ésotérisme islamique : Abdel Wahid Yahia, adoptant le costume égyptien traditionnel, parlant arabe et évitant la communauté française d'Égypte. Il est naturalisé Égyptien en 1949. Il passe le plus clair de son temps à écrire dans sa maison[LE 48] du faubourg de Dokki, face aux pyramides : ses articles et ses ouvrages, tout d'abord, mais également une volumineuse correspondance avec ses lecteurs[38], grâce à laquelle il suit l'évolution des idées en Occident, et qui lui permet de recueillir suffisamment d'informations pour soutenir plusieurs controverses, notamment avec le directeur de la revue Atlantis, Paul Le Cour[39], et surtout avec la revue « antijudéomaçonnique » de Monseigneur Jouin : la Revue internationale des sociétés secrètes, dont Guénon fut l'adversaire le plus actif : 1929 à 1933, il écrit plusieurs comptes rendus et articles dénonçant les tentatives de la RISS pour exhumer et tenter de faire passer pour authentique un document dévoilant les prétendus dessous secrets de la Franc-maçonnerie (dans la lignée de l'affaire Léo Taxil)[LE 49].

Ces polémiques n'empêchent pas Guénon de poursuivre la rédaction de ses ouvrages, dont l'intérêt qu'ils éveillent chez Jean Paulhan permet à certains d'entre eux d'être publiés aux éditions Gallimard, dans une collection dont le nom, « Tradition », renvoie directement au lexique guénonien[40].

Les prochesModifier

Au fil des années et des publications, un groupe de proches se constitue autour de René Guénon. Outre l'iconographe chrétien Louis Charbonneau-Lassay et l'éditeur Paul Chacornac, déjà mentionnés, on peut citer le Sri Lankais Ananda K. Coomaraswamy (1877-1947), spécialiste de l'art bouddhique, qui entretient une correspondance régulière avec Guénon entre 1935 et 1947.

On y rencontre également des Européens islamisés vivant au Caire : l'Anglais Martin Lings (1909-2005), qui y enseigne la littérature anglaise à l'Université, et surtout le diplomate roumain Michel Vâlsan (1907-1974), qui devient de 1960 à sa mort le directeur des Études traditionnelles (succédant à un autre fidèle de la première heure : Jean Reyor, qui avait connu Guénon alors que ce dernier vivait encore à Paris).

Frithjof Schuon (1907-1998) a lui aussi vu sa destinée bouleversée par la rencontre avec l'œuvre de Guénon (découverte dès 1924, avec Orient et Occident), qui le pousse à se rendre en Algérie recevoir l'initiation à l'ésotérisme islamique dans la tariqa du cheikh Ahmed Al-Alawi. Il devient par la suite le moqaddem (représentant) du cheikh Ahmed al-Alawi qui l'a initié [41] , et fonde une nouvelle branche de la tariqa (confrérie) en Europe : c'est vers elle que Guénon envoie une centaine de lecteurs (ainsi que Michel Vâlsan) qui entrent ainsi dans l'ésotérisme islamique[42].

Les relations entre Schuon et Guénon se détériorent à la suite d'une controverse d'ordre doctrinal : Schuon estime en effet (et il l'écrit dans les Études traditionnelles) que les sacrements chrétiens peuvent être considérés comme des sacrements initiatiques. Guénon écrit en réponse plusieurs articles sur l'initiation, dont une partie est recueillie en volume en 1946 sous le titre Aperçus sur l'initiation. Un dernier article de Schuon dans les Études traditionnelles, en juillet 1948[43], consomme la rupture entre les deux hommes[44]. Michel Vâlsan restant fidèle à Guénon, la tariqa européenne se divise alors en deux branches.

Il faut enfin citer le penseur italien Julius Evola, avec lequel Guénon entretient une correspondance cordiale et personnelle, malgré les divergences théoriques qui séparent le chantre de l'action[45] et le défenseur de la contemplation[46].

Mort et survivances de René GuénonModifier

René Guénon meurt le , après avoir prononcé le nom d'Allah [LE 50]. Il en est largement rendu compte dans la presse de la communauté francophone du Caire (une cinquantaine d'articles publiés), et dans la presse française : il en est fait mention dans Le Figaro, Combat, Rivarol, etc. La Radio nationale commente également l'événement[47].

Après la mort de Guénon, ses fidèles poursuivent la publication de son œuvre (un peu plus d'une dizaine d'ouvrages posthumes - essentiellement des recueils d'articles et de comptes rendus - voient le jour) et se consacrent à l'exégèse des différentes traditions religieuses et initiatiques, au sein des Études traditionnelles (essentiellement, à partir de 1959 et sous l'impulsion de Michel Vâlsan, à l'étude des doctrines ésotériques de l'islam[48]) et ailleurs. La revue trimestrielle Vers la tradition reprend aujourd'hui la suite de cette lignée, et organise des colloques annuels. On peut également citer la revue Science sacrée, fondée par Muhammad Vâlsan, fils de Michel Vâlsan.

Les principaux ouvrages de René Guénon ont été traduits dans toutes les langues européennes et l'influence de sa pensée n'a, depuis sa disparition, cessé de s'étendre[49].

L'œuvreModifier

Guénon est généralement présenté dans les dictionnaires et encyclopédies comme un « philosophe »[50]. Marie-France James le définit comme un « érudit franc-maçon et ésotériste »[51].

Dès 1911, alors même qu’aucun de ses ouvrages majeurs n’est encore écrit, dans un article publié dans la revue la Gnose[52], René Guénon cherchera à se désolidariser des différentes tendances et des différents mouvements caractérisant son époque. De son point de vue son travail n’est ni celui d'un scientifique, ni d'un philosophe, ni d'un sociologue. Son domaine d’étude ne concernerait pas plus la morale, que la religion. Il réfute les étiquettes d’occultiste, de mystique ou de spiritualiste. En 1921, dans son Introduction générale à l'étude des doctrines Hindoues, il prendra toutes les distances envers les orientalistes, précisant : « pour les comprendre [les doctrines Hindoues], il faut pour ainsi dire les étudier « du dedans », tandis que les orientalistes se sont toujours bornés à les considérer « du dehors »[53].

Ces mises au point sur la nature de son travail qu'il estimait aussi exempt de toute recherche d'originalité[54], seront à maintes reprises réaffirmées dans ses écrits ultérieurs[55], jusqu'à la fin de sa vie quarante ans plus tard[56].

Son proche et premier biographe, Paul Chacornac, reprendra ces affirmations : « On ne peut le définir […]. Il ne fut pas un orientaliste[57], bien que — ou peut-être par ce que — nul ne connaissait mieux que lui l'Orient ; il ne fut pas un historien des religions, bien que nul ne sût mieux que lui mettre en évidence leur fond commun […] ; il ne fut pas un sociologue, bien que nul n'ait analysé plus profondément les causes des maux dont souffre la société moderne […] ; il ne fut pas un poète […] ; il ne fut pas un occultiste […] ; il n'était surtout pas un philosophe[58], […] »[PC 33], et plus récemment Jean Ursin : « Présenter l'œuvre de René Guénon est chose impossible : polémiste, théologien, mystique, philosophe, orientaliste […] Chaque qualificatif paraît correspondre mais aucun n'est suffisant et lui-même les eût tous rejetés en bloc. »[59],.

L'œuvre de René Guénon, telle que la concevait son auteur, ne doit pas être comprise comme l'expression d'une pensée individuelle qui se serait construite au fil des années et des ouvrages, encore moins comme un système philosophique[60], mais comme une exposition des « doctrines traditionnelles[61] ». Sa méthode le démarqua des milieux universitaires et il préféra parler « en oriental », dépourvu de ce qu'il appelait les préjugés occidentaux[62]. Guénon ne revendiquait à cet égard qu'une fonction de transmission de ces doctrines à destination exclusive de ceux qui, selon lui peu nombreux, sont aptes à les comprendre et à en tirer profit[63]. Cette volonté de ne pas se voir attribuer la paternité des idées qu'il exposait allait de pair avec la volonté de conserver la plus grande discrétion sur sa vie privée qui de toute façon, ajoutait-il, ne peut aider en rien à la compréhension de ses ouvrages[64].

L'œuvre de René Guénon peut être divisée en quatre grands axes :

  • Les exposés de principes métaphysiques (L'Introduction Générale à l'Étude des Doctrines Hindoues, L'homme et son Devenir selon le Vêdânta, Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être, Les Principes du Calcul infinitésimal) ;
  • Les études sur le symbolisme (notamment les nombreux articles qu'il écrivit pour les « Études traditionnelles », plus tard compilés par Michel Vâlsan sous le titre Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée ; ou encore La Grande Triade) ;
  • Les études relatives à l'initiation (L'Ésotérisme de Dante, Aperçus sur l'Initiation, Initiation et Réalisation spirituelle, etc.)
  • La critique du monde moderne (Orient et Occident, La Crise du Monde moderne, Autorité spirituelle et Pouvoir temporel, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, etc.).

Le cloisonnement entre ces quatre axes n'est toutefois pas hermétique, Guénon rappelant que « la diversité des sujets que nous traitons dans nos études n'empêche point l'unité de la conception qui y préside et [que] nous tenons aussi à affirmer expressément cette unité qui pourrait ne pas être aperçue de ceux qui envisagent les choses trop superficiellement. »[65]. Cette « unité de la conception » étant garantie par le rattachement des différents points traités avec les « principes métaphysiques », qui en constituent à la fois le cœur et le sommet[66].

La métaphysiqueModifier

Quelques précisions de vocabulaireModifier

C'est dans l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, ouvrage publié en 1921, que René Guénon introduisit les caractères essentiels de la métaphysique, au sens qu'il donnait à ce mot, dont il affirmait n'attacher que peu d'importance à son origine historique[67], origine qui serait purement fortuite selon lui s'il fallait admettre l'opinion, peu vraisemblable à ses yeux, d'après laquelle il aurait servi tout d'abord à désigner ce qui venait « après la physique » dans la collection des œuvres d'Aristote. Pour René Guénon, le sens le plus naturel de ce mot est celui suivant lequel il désigne ce qui est « au-delà de la physique »[68], en entendant par « physique » « comme le faisaient toujours les anciens »[68], l'ensemble de toutes les sciences de la nature, envisagé d'une façon tout à fait générale[69]. C'est avec cette interprétation que René Guénon pose ce terme de métaphysique.

Dans ces conditions, « [...] la métaphysique, ainsi comprise, est essentiellement la connaissance de l'universel, ou si l'on veut, des principes d'ordre universel, auxquels seuls convient d'ailleurs proprement ce nom de principes »[68]. René Guénon précise cependant ne pas vouloir donner une définition précise de la métaphysique « ce qui est rigoureusement impossible », en raison de cette universalité regardée comme le premier de ces caractères. Ne peut être défini que ce qui est limité et la métaphysique est, dans son essence même, « absolument illimitée » ce qui, évidemment, ne permet pas, écrit René Guénon, d'en enfermer la notion dans une formule plus ou moins étroite : « une définition serait [...] d'autant plus inexacte qu'on s'efforcerait de la rendre plus précise. ».

René Guénon utilise, à propos de la métaphysique, le terme de « connaissance », qu'il distingue de celui de « science » : « notre intention, en cela, est de marquer la distinction profonde qu'il faut nécessairement établir entre la métaphysique d'une part et, d'autre part, les diverses sciences au sens propre de ce mot [...] »[70]. Les domaines respectifs de la métaphysique et des sciences sont, écrit-il, profondément séparés, et il en est de même à l'égard de la religion, cette séparation portant surtout sur les points de vue sous lesquels ces choses sont envisagées.

L'Être et le Non-ÊtreModifier

Dans Les États multiples de l'être, René Guénon développe les notions d'Infini (qui est désigné, sous son aspect passif par la Possibilité universelle), de manifestation universelle (l'Existence, dont l'Être est le principe) et de non-manifestation (le Non-Être). Le terme de Non-Être ne doit pas être pris dans un sens privatif, comme l'indice d'un manque ou d'une absence, mais au contraire comme signifiant l'au-delà de l'Être[71]. En effet, la manifestation universelle, c'est-à-dire la « Nature » au sens le plus vaste et le plus universel que l'on puisse donner à ce terme, correspond à l'expression de toutes les possibilités susceptibles d'exister, et notre propre monde n'est que l'une d'entre elles. Mais, à côté des possibilités de manifestation, il faut envisager les possibilités de non-manifestation[72], et « si l'on demandait cependant pourquoi toute possibilité ne doit pas se manifester, c'est-à-dire pourquoi il y a à la fois des possibilités de manifestation et de non-manifestation, il suffirait de répondre que le domaine de la manifestation, étant limité par là même qu'il est un ensemble de mondes ou d'états conditionnés [...], ne saurait épuiser la Possibilité universelle dans sa totalité : il laisse en dehors de lui tout l'inconditionné, c'est-à-dire précisément ce qui, métaphysiquement, importe le plus[73]. »

Le Non-Être représente donc l'ensemble des « possibilités de non-manifestation, avec les possibilités de manifestation elles-mêmes en tant qu'elles sont à l'état non-manifesté ; et l'Être lui-même s'y trouve inclus, car, ne pouvant appartenir à la manifestation, puisqu'il en est le principe, il est lui-même non-manifesté[74]. » Guénon prend comme métaphore les rapports du silence et de la parole pour illustrer son propos :

«  Comme le Non-Être, ou le non-manifesté, comprend ou enveloppe l'Être, ou le principe de la manifestation, le silence comporte en lui-même le principe de la parole ; en d'autres termes, de même que l'Unité (l'Être) n'est que le Zéro métaphysique (le Non-Être) affirmé, la parole n'est que le silence exprimé ; mais, inversement, le Zéro métaphysique, tout en étant l'Unité non-affirmée, est aussi quelque chose de plus (et même infiniment plus), et de même le silence, qui en est un aspect au sens que nous venons de préciser, n'est pas seulement la parole non-exprimée, car il faut y laisser subsister en outre ce qui est inexprimable, c'est-à-dire non susceptible de manifestation... Les États multiples de l'être, p. 29) »

Connaissance et réalisationModifier

Le but ultime de la connaissance métaphysique n'est donc rien de moindre que la réalisation de cet au-delà de l'Être, « l'état absolument inconditionné, affranchi de toute limitation », que les doctrines hindoues appellent la « Délivrance[75] ». Il s'agit bien d'une réalisation effective, et non pas seulement théorique, puisque toute connaissance véritable « implique une identification du sujet avec l'objet, ou, si l'on préfère considérer le rapport en sens inverse, une assimilation de l'objet par le sujet[76]. »

En l'occurrence, cette connaissance ne peut s'acquérir par le biais de la raison, faculté purement humaine et individuelle qui, n'étant qu'une « connaissance par reflet », ne peut servir que de préparation théorique (mais indispensable) à la compréhension des doctrines traditionnelles dont la connaissance effective ne peut être réalisée que par le moyen de « l'intuition intellectuelle pure », que Guénon appelle aussi « l'intellect transcendant » : au contraire des facultés rationnelles de l'homme, « cet au-delà de la raison est véritablement « non-humain » », il n'est plus une « faculté individuelle » mais est véritablement « d'ordre universel[77] ».

Tradition et transmissionModifier

L'InitiationModifier

L'accession à cet « intellect transcendant », qui seul permet la réalisation spirituelle, est conditionnée au rattachement du postulant à une lignée initiatique traditionnelle : celles-ci sont en effet les dépositaires d'une « influence spirituelle » qu'elles transmettent à l'initié (ce qui constitue la transmission initiatique proprement dite[AI 4], qui est comparable à celle qui est mise en œuvre dans certains rites religieux, par exemple celui de l'ordination des prêtres dans la religion catholique[78]). En l'absence d'une telle transmission, il est impossible « d'arriver à s'affanchir jamais des entraves et des limitations du monde profane[AI 5]. » En effet,

«  [...] les aptitudes ou possibilités incluses dans la nature individuelle ne sont tout d'abord, en elles-mêmes, qu'une matiera prima, c'est-à-dire une pure potentialité, où il n'est rien de développé ou de différencié ; c'est alors l'état chaotique et ténébreux, que le symbolisme initiatique fait précisément correspondre au monde profane, et dans lequel se trouve l'être qui n'est pas encore parvenu à la seconde naissance. Pour que ce chaos puisse commencer à prendre forme et à s'organiser, il faut qu'une vibration initiale lui soit communiquée par les puissances spirituelles, que la Genèse hébraïque désigne comme les Elohim ; cette vibration, c'est le Fiat Lux qui illumine le chaos, et qui est le point de départ nécessaire de tous les développements ultérieurs ; et, au point de vue initiatique, cette illumination est précisément constituée par la transmission de l'influence spirituelle [...] (Aperçus sur l'initiation, p. 33–34) »

Il faut donc au postulant être rattaché à une organisation authentiquement initiatique et véritablement détentrice de l'influence spirituelle, « ce qui exclut immédiatement toutes les formations pseudo-initiatiques, si nombreuses à notre époque[AI 6] » (par exemple, la « multitude de groupements, d'origine toute récente, qui s'intitulent « rosicruciens », sans avoir jamais eu le moindre contact avec les Rose-Croix, bien entendu, fût-ce par quelque voie indirecte et détournée[AI 6] ».) Une telle organisation ne peut être constituée par la simple volonté de quelques individus : pour être véritablement « traditionnelle », elle doit en effet, au même titre que les religions, être rattachée à un principe supérieur, « non-humain » et « transcendant[AI 7]. » Qui plus est, à ce rattachement « vertical » s'en superpose un autre, « horizontal » et historique, qui relie l'organisation initiatique aux origines de l'humanité :

«  ce à quoi s'applique le nom de tradition, c'est ce qui est en somme, dans son fond même, sinon forcément dans son expression extérieure, resté tel qu'il était à l'origine ; il s'agit donc bien là de quelque chose qui a été transmis, pourrait-on dire, d'un état antérieur de l'humanité à son état présent. (Aperçus sur l'initiation, p. 63) »

De l'initiation virtuelle à l'initiation effectiveModifier

Si le fait d'être intégré dans une organisation traditionnelle constitue l'initiation proprement dite, celle-ci n'est au départ que virtuelle : c'est le travail intérieur de l'initié qui doit « permettre le développement « en acte » des possibilités auxquelles l'initiation virtuelle donne accès[AI 8]. » Ce travail, « effort constant d'assimilation[AI 9] », (qui fait de la voie initiatique une voie « active », que Guénon oppose au mysticisme, qui serait une voie purement « passive[AI 10]. »), et les résultats qui en découlent pour l'initié constituent « l'initiation effective » : « entrer dans la voie, c'est l'initiation virtuelle ; suivre la voie, c'est l'initiation effective[AI 8]. » Le travail initiatique est essentiellement constitué par la « concentration », qui doit tendre vers « l'unification de tous les éléments de l'être dans le travail intérieur, nécessaire pour que s'opère la « descente » de l'influence spirituelle au centre de cet être[79] ». La méditation sur les symboles et la participation aux rites ont pour fonction de faciliter cette concentration et peuvent être comparés « à un cheval à l'aide duquel un homme parviendra plus vite et plus facilement au terme de son voyage, mais sans lequel il pourrait aussi y parvenir[80]. »

Malheureusement, observe Guénon, « beaucoup restent sur le seuil[80] », et ne parviennent jamais au moindre commencement de réalisation spirituelle. Les obstacles qui l'empêchent peuvent venir de l'organisation initiatique auquel l'individu est rattaché, « surtout dans les conditions actuelles du monde occidental » :

«  par suite de la dégénérescence de certaines organisations qui, devenues uniquement spéculatives [...] ne peuvent par là même les [les initiés qui y sont rattachés] aider en aucune façon pour le travail opératif, fût-ce dans ses stades les plus élémentaires, et ne leur fournissent rien qui puisse même leur permettre de soupçonner l'existence d'une réalisation quelconque. (Aperçus sur l'initiation, p. 198) »

Mais les obstacles peuvent également venir de la personne même de l'initié, qui ne possède pas les qualifications requises pour actualiser son initiation : en effet, de même que dans le domaine des « activités profanes », « ce qui est possible à l'un ne l'est pas à l'autre, et que, par exemple, l'exercice de tel ou tel métier, exige certaines aptitudes spéciales, mentales et corporelles à la fois », il faut posséder « les aptitudes requises » pour accéder à la réalisation initiatique[AI 11]. Celles-ci peuvent être variables suivant les organisations initiatiques : chacune d'elles possédant sa « technique particulière »,

«  [...] elle ne pourra naturellement admettre que ceux qui seront capables de s'y conformer et d'en retirer un bénéfice effectif, ce qui suppose, quant aux qualifications, l'application de tout un ensemble de règles spéciales, valables seulement pour l'organisation considérée, et n'excluant aucunement, pour ceux qui seront écartés par là, la possibilité de trouver ailleurs une initiation équivalente, pourvu qu'ils possèdent les qualifications générales qui sont strictement indispensables dans tous les cas. (Aperçus sur l'initiation, p. 99)[81] »

Parmi ces qualifications générales, « la qualification essentielle, celle qui domine toutes les autres, est une question d'« horizon intellectuel » plus ou moins étendu[AI 12]. » Mais il en existe d'autres, qui ont également leur importance, et Guénon mentionne à ce propos la nécessité de ne pas être atteint par certaines infirmités (par exemple, le bégaiement, ou « les dissymétries notables du visage ou des membres[82] ») qui sont « le signe extérieur de défauts correspondants dans les éléments subtils de l'être[AI 13]. »

Le guru, un exemple de maître spirituel authentique selon René GuénonModifier

Pour René Guénon le guru est essentiellement le maître par qui le disciple, ou Brahmachâri (« étudiant de la Science sacrée »), se rattache à la Tradition. Il représente dans la société hindoue l’autorité spirituelle et intellectuelle des Brâhmanas. Pour cet auteur « l'attachement profond et indéfectible qui unit le maître à l’élève » dans l’Inde et dans tout l’Orient n’a pas d’équivalent dans l’Occident moderne. Aussi utilise-t-il dans son œuvre le mot de « guru » comme synonyme de « maître spirituel » d’une façon générale dépassant parfois le cadre des doctrines orientales. Le guru, connaissant la nature de l’enseignement spirituel qu’il transmet, va l’adapter aux possibilités intellectuelles des disciples auxquels il est transmis et qui devront faire un constant effort personnel pour l’assimiler effectivement.

Nature de la transmissionModifier

Cette fonction d’instructeur serait celle d’une « paternité spirituelle », soulignée par le double sens d’ « instructeur » et d’ « ancêtre » contenu dans le mot de guru. La même fonction est tenue, pour Guénon, par le « sheikh » chez les arabes, mot dont le sens propre est aussi celui de « vieillard ». La paternité spirituelle est notamment exprimée par le rite d’initiation entre le maître et le disciple souvent nommé symboliquement « seconde naissance ». Outre l’initiation, la « filiation spirituelle » nécessite un enseignement direct et oral devant remonter de façon régulière et continue, « par la chaine ininterrompue de ses Sages, de ses Gurus … » jusqu’au premier maitre de la lignée spirituelle. Cette transmission orale est nécessaire car ce qui est transmis est essentiellement quelque chose de « vital » et non un simple enseignement théorique. Cela à tel point que d’après lui dans l’Inde « nul disciple ne peut s’asseoir en face du guru, cela afin d’éviter que l’action du prâna[83] qui est lié au souffle et à la voix, en s’exerçant trop directement, ne produise un choc trop violent et qui, par suite, pourrait n’être pas sans danger, psychiquement et même physiquement »[84]. René Guénon remarque dans son livre L'Homme et son devenir selon le Vêdânta que le guru, par son enseignement, ne transmet pas la « Connaissance » aux disciples car par nature celle-ci est « strictement personnelle et incommunicable », ce qu’il enseigne et transmet c’est la façon de s‘éveiller à cette « Connaissance ».

Guru humain et « véritable guru »Modifier

Pour cette raison René Guénon, distingue avec insistance dans ses livres la notion de « guru extérieur », humain et corporel, de celle de « véritable guru » qui se trouve dans le disciple lui-même. Le guru extérieur, celui qui est connu de tous, n’étant là que pour permettre au disciple de trouver au plus profond de son cœur le maitre intérieur qui seul le mènera à la « connaissance réelle »[85]. Ce guru intérieur est en fait Paramashiva identique au « Soi » (Atman). Dans un article dédié au sujet, Sur le rôle du guru, il précisera : « le guru « humain » n’est en réalité … qu’une représentation extérieure et comme un « substitut » du véritable guru intérieur ». En fait le guru, dans son rôle de maître, ne doit pas être appréhendé comme un individu, mais comme symbolisant la Tradition elle-même « ... ce qui constitue bien exactement ce rôle de « transmetteur ». Si certains êtres exceptionnellement pré-disposés ont pu atteindre une réalisation spirituelle effective sans l'intervention d'un guru extérieur, la nécessité du guru intérieur, elle, ne revêtirait pas d'exception.

Guru et upaguruModifier

Pour René Guénon le mot « upaguru » désigne, dans la tradition hindoue, tout être, toute chose ou même circonstance dont la rencontre, l'avènement, peut être l'occasion pour l'élève d'un certain développement spirituel. L'être, si c'est le cas, qui se trouve dans cette situation d'upaguru n'a pas l'obligation d'être conscient de son rôle d'éveilleur, et les upagurus peuvent être multiples au cours d'un même processus spirituel. Leur action est essentiellement transitoire et occasionnelle, les mêmes faits ne provoquant pas les mêmes résultats selon le disciple et le moment. Cette remarque laissant comprendre que la cause du progrès spirituel n'est pas l'upaguru lui-même mais la prédisposition de l'individu concerné et l'usage que saura en faire son guru s'il est un vrai maître spirituel. Dans cette mesure les upagurus sont donc des auxiliaires involontaires ou des « prolongements »[86] du guru. Savoir profiter de ces circonstances, les amplifier ou même les provoquer, selon la nature et l'aptitude du disciple, est un des rôles de l'instructeur spirituel.

Comme le guru humain et extérieur, mais à un moindre degré, les upagurus expriment d'une façon transitoire la réalité ultime du Soi (Atman) et donc du « guru intérieur ». Ils seraient les moyens utilisés par celui-ci pour communiquer avec le disciple qui n'est pas encore capable de voir en lui-même le guide ultime. René Guénon illustre l'action des upagurus par l'exemple du vieillard, du malade, du cadavre et du moine rencontrés successivement par le futur Bouddha et qui vont permettre son éveil. Les dêvas cachés derrière ces personnages « n’étant ici que des aspects du Guru intérieur ».

Une transmission authentiqueModifier

Un enseignement identique pour tous les disciples, ou encore un enseignement uniquement théorique et livresque, sont des critères invalidant la transmission du guru au disciple. C’est là une des critiques récurrentes que fait René Guénon aux enseignements occidentaux modernes. Précisant par exemple dans son ouvrage « Aperçus sur l’initiation » au chapitre « De la transmission initiatique » : « dans la tradition hindoue le mantra qui a été appris autrement que de la bouche d’un guru autorisé est sans aucun effet ».

Remarquant qu'à notre époque le simple rattachement initiatique est beaucoup plus fréquent que la rencontre d'un authentique guru permettant d´accéder à une réalisation spirituelle effective, René Guénon précise les critères permettant de distinguer un véritable instructeur. Ce travail étant rendu nécessaire, d'après lui, car l'époque moderne plus que toute autre voit fleurir un nombre toujours plus grand de faux gurus. Auto-illusionnés, manipulés ou charlatans plus ou moins malveillants, les individus sans qualification usurpant ce titre seraient généralement efficaces car possédant des « facultés psychiques très puissantes et plus ou moins anormales, ce qui évidemment ne prouve rien au point de vue du développement spirituel et est même d’ordinaire un indice plutôt défavorable à cet égard ».

  • « Quiconque se présente comme un instructeur spirituel sans se rattacher à une forme traditionnelle déterminée ou sans se conformer aux règles établies par celles-ci ne peut pas avoir véritablement la qualité qu’il s’attribue ». Valable pour le guru cette obligation l'est aussi pour le disciple : un maître spirituel prétendant enseigner à un profane non engagé dans la forme traditionnelle qu'il représente se disqualifierait par le fait. Par exemple un guru hindou ne peut être efficace dans ses résultats que s'il respecte sans réserve les obligations et les rites de sa « religion » et s'il enseigne à un disciple lui-même intimement engagé de la même façon. Un guru sans son cadre religieux strict ne pourrait ainsi être qu'un imposteur et un disciple qui ne vénérerait pas avec rigueur le(s) dieu(x) de la forme traditionnelle considérée serait dupé. René Guénon relève que cette caractéristique permet de reconnaitre facilement la plupart des faux gurus, éliminant aussi ceux se rattachant à des « pseudo-initiations » récentes, ou à des formes traditionnelles aujourd'hui éteintes. Les « guides spirituels » qui fuyant le caractère pompeux de certaines cérémonies dénigrent aussi toute forme de rituel, pourtant nécessaire à la transmission des influences spirituelles, sont dénoncés dans un article intitulé « Rites et cérémonies ».
  • Les faux gurus « ont généralement, en commun ... l’habitude de manifester leurs « pouvoirs » psychiques à tout propos et sans aucune raison valable ». Ils ont aussi la prétention de vouloir développer, pour quelques raisons que ce soit, ces pouvoirs psychiques chez leurs disciples[87]. Il en serait de même pour les prétendus « pouvoirs » magiques[88].

Petits mystères et grands mystèresModifier

La voie initiatique telle que la décrit Guénon peut se diviser en deux étapes, qui sont parfois considérées, selon lui à tort, comme deux types d'initiation différents : « l'initiation royale » et « l'initiation sacerdotale », encore appelés, par référence aux doctrines antiques, les « Petits mystères » et les « Grands mystères[AI 14] ».

Les Petits mystères ont pour but de rétablir l'individu dans « l'état primordial », l'état qui était celui de l'humanité aux origines et que Guénon, s'appuyant sur l'œuvre de Dante, rapproche du « Paradis terrestre[AI 15] ». Celui qui a atteint ce stade atteint ainsi « la plénitude de l'état humain[89] », qui est en même temps le « centre » de cet état[90] et le départ de l'initiation aux grands mystères. Les « sciences traditionnelles » comme l'alchimie ou l'astrologie sont rattachées aux petits mystères.

Ce n'est qu'une fois parvenu à ce centre qu'il peut « communiquer directement avec les états supérieurs de l'être[91] » et accéder ainsi aux états supra-individuels qui, seuls, « ont pour domaine la connaissance métaphysique pure[92] » et peuvent être véritablement qualifiés de « spirituels ». L'initié libéré de toutes les contingences, réalise ce que l'ésotérisme islamique nomme « l'Identité Suprême », qui pour Dante est « le Paradis céleste », et qu'il devient ainsi « l'Homme Universel[AI 16] » le cheminement initiatique est alors interrompu.

Ésotérisme et exotérismeModifier

L'Écorce et le noyauModifier

Reprenant la distinction « qui existait, dans certaines écoles philosophiques de la Grèce antique, sinon dans toutes [...] entre deux aspects d'une même doctrine, l'un plus extérieur et l'autre plus intérieur[93] », Guénon définit les domaines respectifs de l'exotérisme et de l'ésotérisme : le premier, accessible au plus grand nombre, constitue, d'après une métaphore utilisée par Ibn Arabi, l'« écorce » de la doctrine, tandis que le second en est le « noyau » et est réservé à une « élite », seule apte à en tirer véritablement profit[94].

Cette distinction entre ésotérisme et exotérisme, si elle se rencontre dans la plupart des traditions orthodoxes, n'est pas pour autant universelle : les doctrines hindoues, par exemple les Upanishads, ne connaissent pas cette distinction, celles-ci étant purement métaphysiques (et donc ésotériques) sans que l'on puisse y déceler quoi que ce soit qui tiendrait lieu d'exotérisme[95]. En revanche, la tradition islamique est « peut-être celle où est marquée le plus nettement la distinction de [...] l'exotérisme et de l'ésotérisme[96] », la voie exotérique, « commune à tous », étant figurée par la shariyah, tandis que la « vérité » intérieure, réservée à l'élite (les mutaçawwuf, que l'on désigne généralement, à tort selon Guénon, sous le nom de « soufis »[97]), est appelée haqîqah. Cet ésotérisme « n'est point quelque chose de « surajouté » à la doctrine islamique, quelque chose qui serait venu s'y adjoindre après coup et du dehors », mais « en est au contraire une partie essentielle puisque, sans lui, elle serait manifestement incomplète, et même incomplète par en haut, c'est-à-dire quant à son principe même[98] ».

Ce cœur de la doctrine est en même temps ce qui est commun à toutes les traditions spirituelles authentiques, « le fond qui demeure toujours rigoureusement identique à lui-même[99] », alors que l'exotérisme, qui constitue la forme « dans [laquelle] cette doctrine est en quelque sorte incorporée[99] », est susceptible d'adaptations diverses suivant les lieux et les époques, donnant à ceux qui se tiennent à la surface des choses l'impression de se trouver face à des traditions différentes, voire antagonistes[100]

L'ésotérisme, en tant qu'il constitue le fond de vérité commun à toutes les traditions spirituelles authentiques de l'humanité, est donc hiérarchiquement supérieur à l'exotérisme. Il ne s'ensuit pourtant pas que l'initié, qui a accès au domaine ésotérique d'une tradition donnée, puisse se dispenser de la pratique de l'exotérisme correspondant, ne serait-ce que parce que « le « plus » doit forcément comprendre le « moins »[101] » et que c'est par l'exotérisme que l'on accède à l'ésotérisme :

«  [...] là où l'exotérisme et l'ésotérisme sont liés directement dans la constitution d'une forme traditionnelle, de façon à n'être en quelque sorte que comme les deux faces extérieure et intérieure d'une seule et même chose, il est immédiatement compréhensible pour chacun qu'il faut d'abord adhérer à l'extérieur pour pouvoir ensuite pénétrer à l'intérieur, et qu'il ne saurait y avoir d'autre voie que celle-là. (Initiation et réalisation spirituelle, p. 73) »

Catholicisme et franc-maçonnerieModifier

En Occident, l'exotérisme a revêtu une forme religieuse : celle du christianisme, et plus précisément du catholicisme, qui d'après Guénon est la seule organisation exotérique authentiquement traditionnelle, à l'exclusion donc du protestantisme[102]. Néanmoins, les représentants de la tradition catholique lui semblent avoir perdu de vue sa signification profonde :

«  il est assez douteux que le sens profond en soit encore compris effectivement, même par une élite peu nombreuse, dont l'existence se manifesterait sans doute par une action ou plutôt par une influence que, en fait, nous ne constatons nulle part. (La Crise du monde moderne, p. 115) »

Qui plus est, l'Occident a depuis longtemps rompu avec l'organisation sociale traditionnelle dont la religion catholique était la clé de voûte :

«  La date précise de cette rupture est marquée dans l'histoire extérieure de l'Europe, par la conclusion des traités de Westphalie, qui mirent fin à ce qui subsistait encore de la « Chrétienté » médiévale pour y substituer une organisation purement « politique », au sens moderne et profane de ce mot. (Aperçus sur l'initiation, p. 243, note 3) »

À cet affaiblissement de « l'esprit traditionnel » dans le catholicisme, où il n'est plus conservé qu'à « l'état latent[103] » correspond la disparition quasi totale des organisations authentiquement initiatiques en Occident, avec d'une part, la destruction de l'Ordre du Temple, et d'autre part le départ pour l'Orient des véritables Rose-Croix[104]. Ceux-ci étaient en réalité les initiés à l'ésotérisme chrétien qui, « d'accord avec les initiés à l'ésotérisme islamique [s'étaient réorganisés] pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été rompu par cette destruction[AI 17]. » Si l'on excepte quelques groupes très restreints et très fermés qui peuvent subsister encore, l'occidental moderne qui voudrait accéder à l'initiation, si toutefois il ne se tourne pas vers les traditions orientales, n'a pas d'autre choix que d'accéder à la seule organisation initiatique encore en activité en Occident : la franc-maçonnerie.

 
L'équerre et le compas, symboles maçonniques étudiés par René Guénon dans La Grande Triade

Celle-ci est néanmoins considérée par Guénon comme étant une « dégénérescence[AI 18] » de la Franc-maçonnerie originelle, qui n'était pas seulement « spéculative », mais également « opérative. » Guénon conteste en effet l'opinion selon laquelle « les Maçons « opératifs » étaient exclusivement des hommes de métier », qui peu à peu « « acceptèrent » parmi eux, à titre honorifique en quelque sorte, des personnes étrangères à l'art de bâtir[AI 19]», ce qui aurait marqué le passage d'une Maçonnerie opérative à une Maçonnerie spéculative. Loin d'être un progrès, explique-t-il, il s'agit d'un amoindrissement qui « consiste dans la négligence et l'oubli de tout ce qui est « réalisation », car c'est là ce qui est véritablement « opératif », pour ne plus laisser subsister qu'une vue purement théorique de l'initiation[AI 20]. »

Les conséquences de cet amoindrissement sont l'impossibilité pour l'initié de passer de l'initiation virtuelle à l'initiation effective :

«  [...] la transmission initiatique subsiste bien toujours, puisque la « chaîne » traditionnelle n'a pas été interrompue ; mais, au lieu de la possibilité d'une initiation effective toutes les fois que quelque défaut individuel ne vient pas y faire obstacle, on n'a plus qu'une initiation virtuelle, et condamnée à demeurer telle par la force même des choses, puisque la limitation « spéculative » signifie proprement que ce stade ne peut plus être dépassé, tout ce qui va plus loin étant de l'ordre « opératif »« » par définition même. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que les rites n'aient plus d'effet en pareil cas, car ils demeurent toujours, et même si ceux qui les accomplissent n'en sont plus conscients, le véhicule de l'influence spirituelle ; mais cet effet est pour ainsi dire « différé » quant à son développement « en acte », et il n'est que comme un germe auquel manquent les conditions nécessaires à son éclosion, ces conditions résidant dans le travail « opératif » par lequel seul l'initiation peut être rendue effective. (Aperçus sur l'initiation, p. 95–196) »

Cette dégénérescence n'est toutefois pas inéluctable, puisque la « nature essentielle » de l'organisation reste la même tant que la « continuité de la transmission » initiatique est assurée : une restauration est toujours possible, « cette restauration devant alors nécessairement être conçue comme un retour à l'état « opératif »[AI 21]. »

Le Pseudo-ésotérisme contemporainModifier

Quoi qu'il en soit de l'état actuel de la franc-maçonnerie, Guénon refuse de la mettre sur le même plan que les organisations « pseudo-initiatiques » qui, n'étant rattachées à aucune « chaîne » authentique, ne sont pas même aptes à transmettre une initiation virtuelle[AI 21] : il en est ainsi des divers courants occultistes, de la « théosophie » anglo-saxonne contemporaine ou encore de tous les mouvements qui prétendent se rattacher au courant rosicrucien : le point commun entre toutes ces organisations est qu'elles ne bénéficient d'aucun rattachement réel à une tradition spirituelle régulière[105] et qu'elles ont une tendance marquée au « syncrétisme », c'est-à-dire à juxtaposer de l'extérieur « des notions fragmentaires empruntées à différentes formes traditionnelles, et généralement mal comprises et plus ou moins déformées[106] [...] mêlées à des conceptions appartenant à la philosophie et à la science profane[AI 22] ».

René Guénon, qui utilise aussi dans ses exposés des exemples tirés de différentes traditions (Hindouisme, Islam et Taoïsme principalement) tenait à bien marquer la différence fondamentale qui existe entre la « synthèse » à laquelle il se livrait, et le « syncrétisme » qu'il attribuait aux organisations « pseudo-initiatiques » :

«  Tout ce qui est réellement inspiré de la connaissance traditionnelle procède toujours « de l'intérieur » et non « de l'extérieur » ; quiconque a conscience de l'unité essentielle de toutes les traditions peut, pour exposer et interpréter la doctrine, faire appel, suivant les cas, à des moyens d'expression provenant de formes traditionnelles diverses, s'il estime qu'il y a là avantage ; mais il n'y aura jamais là rien qui puisse être assimilé de près ou de loin à un syncrétisme quelconque... (Aperçus sur l'initiation, p. 47) »

Qui plus est, selon Guénon, ces organisations se proposent généralement de développer des « pouvoirs psychiques » latents chez l'homme ordinaire. Or, ces pouvoirs (dont la réalité n'est pas niée), en tant qu'ils appartiennent au domaine « psychique », restent par là-même individuels, et n'ont rien à voir avec la véritable spiritualité, qui dans son essence est supra-individuelle. Qui plus est, la recherche de ces pouvoirs n'est pas sans présenter des dangers de toutes sortes :

«  [...] soit quant aux troubles psychiques et même physiologiques qui sont l'accompagnement habituel de ces sortes de choses, soit quant aux conséquences plus éloignées, encore plus graves, d'un développement désordonné de possibilités inférieures qui [...] va directement au rebours de la spiritualité. (Aperçus sur l'initiation, p. 149) »

Guénon est revenu à plusieurs reprises sur « l'expansion de ces théories diverses qui ont vu le jour depuis moins d'un siècle, et que l'on peut désigner, d'une façon générale, sous le nom de « néo-spiritualisme »[107] », en lesquelles il voyait un symptôme inquiétant de la « crise du monde moderne ».

Le symbolismeModifier

S'il est aujourd'hui admis en Occident que le symbole est bien plus qu'un simple code, un sens artificiellement donné, et qu'« il détient un essentiel et spontané pouvoir de retentissement »[108], pour René Guénon ce « retentissement » dépasse immensément le domaine psychique : le symbolisme est « la langue Métaphysique par excellence »[109], capable de mettre en relation tous les degrés de la manifestation universelle, ainsi que toutes les composantes de l'Être, et le symbolisme est le moyen dont dispose l'homme pour « assentir » à des ordres de réalité qui échappent, par leur nature même, à toute description par le langage ordinaire. Cette compréhension de la nature profonde du symbolisme, René Guénon dit que l'Orient, par son élite intellectuelle, ne l'a jamais perdue[110], qu'elle est inhérente à la transmission initiatique qui, selon lui, donne les véritables clés à l'homme pour lui permettre de pénétrer le sens profond des symboles : de ce point de vue, la méditation sur des symboles (visuels ou sonores, yantras, mantras ou dhikr, répétition des Noms Divins) fait partie intégrante de l'initiation et du processus de réalisation spirituelle[111].

Symbolisme et analogieModifier

 
Le Labarum, un symbole fondé sur la figure du chrisme

Pour René Guénon l'art est avant toute chose connaissance et compréhension, plutôt qu'affaire de sensibilité[112]. De même, le symbolisme possède une indéfinité conceptuelle qui n'est « point exclusive d'une rigueur toute mathématique »[113] : le symbolisme est avant tout une science, et il est fondé, de la façon la plus générale sur « les correspondances qui existent entre les différents ordres de réalité »[114]. Et, en particulier, l'analogie elle-même, entendue suivant la formule hermétique du « rapport de ce qui est en bas avec ce qui est en haut », est susceptible d'être symbolisée : il existe des symboles de l'analogie (mais tout symbole n'est pas nécessairement l'expression d'une analogie, car il y a des correspondances qui ne sont pas analogiques). Le rapport analogique implique essentiellement la considération du « sens inverse de ses deux termes », et les symboles de l'analogie, qui sont généralement construits sur la considération primitive de la roue à six rayons, appelée chrisme dans l'iconographie chrétienne, inscrivent clairement, selon René Guénon, la considération de ce « sens inverse » : dans le symbole du « sceau de Salomon » les deux triangles opposés représentent deux ternaires dont l'un est « comme le reflet ou l'image inversée de l'autre »[115] et « c'est en cela que ce symbole est une figuration exacte de l'analogie »[116]. Cette considération du « sens inverse » permet à René Guénon de proposer une explication à certaines figurations artistiques, telle celle rapportée par Ananda Coomaraswamy dans son étude The inverted tree : certaines images de l'« Arbre du Monde », un symbole de la Manifestation universelle, le représentent avec les racines en haut et les branches en bas : les positions correspondantes de l'arbre correspondent à deux points de vue complémentaires suivant lesquels on peut se placer : celui de la manifestation ou celui du Principe. Cette considération du « sens inverse » est l'un des éléments de cette « science du symbolisme » à laquelle se réfère René Guénon, et elle est utilisée par lui en de nombreuses occasions. Ainsi, dans son ouvrage La Grande Triade, consacré principalement à l'explication de certains symboles de la tradition extrême-orientale, les symboles généraux du « Ciel » et de la « Terre » sont mis en relation, du point de vue du développement cyclique, avec la sphère et le cube, avec pour point de rencontre la « ligne d'horizon », car c'est « à leur périphérie, ou à leurs confins les plus éloignés, c'est-à-dire l'horizon, que le Ciel et la Terre se joignent suivant les apparences sensibles »[117] ; la considération du « sens inverse » apparaît ici dans la réalité symbolisée par ces apparences car, « suivant cette réalité, ils s'unissent au contraire par le centre »[118]. De là vient, selon René Guénon, l'explication du symbolisme de la « face ventrale » que le Ciel présente au « Cosmos », et la Terre présente une face « dorsale ». Ce symbolisme explique ainsi la forme des monnaies chinoises, qui sont percées en leur centre par un carré. De même, parmi les symboles de l'Anima Mundi, l'un des plus usuels est le serpent, qui est souvent figuré sous la forme circulaire de l'Ouroboros : « cette forme convient en effet au principe animique en tant qu'il est du côté de l'essence par rapport au monde corporel ; mais [...] il est au contraire du côté de la substance par rapport au monde spirituel, de sorte que, suivant le point de vue où on l'envisage, il peut prendre les attributs de l'essence ou ceux de la substance, ce qui lui donne pour ainsi dire l'apparence d'une double nature »[119].

 
Le serpent circulaire de l'Ouroboros est un symbole de l'Anima Mundi. On remarquera les deux couleurs associées aux faces dorsale et ventrale du serpent. Dessin signé Theodoros Pelecanos, daté de 1478, en provenance d'un traité d'alchimie intitulé Synosius.

Symbolisme et unité des formes traditionnellesModifier

L'importance du symbolisme dans les ouvrages de René Guénon provient de ce que le symbolisme étant, selon ses propres mots, la « langue métaphysique par excellence », il est peut être utilisé pour mettre en relation des concepts ayant des formulations distinctes dans des traditions différentes. Le symbolisme est ainsi utilisé par René Guénon dans « La Grande Triade » pour relier l'« opération du Saint-Esprit », dans la génération du Christ, à l'activité « non-agissante » de Purusha ou du « Ciel », et Prakriti à la Substance Universelle et à la Vierge, le Christ devenant ainsi identique, selon ce symbolisme à l'« Homme Universel ». Son livre Le Symbolisme de la Croix met également en relation le symbole de la Croix avec les données de l'ésotérisme islamique.

Symbolisme et tradition primordialeModifier

En Orient, écrivait René Guénon, le symbolisme est avant tout une connaissance. Il consacre donc un nombre important d'articles à une exposition traditionnelle des symboles. La plupart de ces articles ont été réunis par Michel Vâlsan dans l'ouvrage posthume « Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée », qui propose, en une synthèse remarquable, des clés permettant d'interpréter un nombre considérable de symboles, en particulier préhistoriques : les symboles du Centre du Monde, les bétyles, les symboles axiaux, du cœur, de la manifestation cyclique etc. Pour René Guénon, l'existence de symboles identiques à différentes formes traditionnelles, éloignées dans le temps ou l'espace, serait un indice sur une origine historique remontant à la « tradition primordiale ».

Symboles, mythes et ritesModifier

Dans les Aperçus sur l'initiation, René Guénon propose d'autre part des relations entre le rite et le symbole « qui sont, l'un et l'autre, des éléments essentiels de toute initiation »[120].

La distinction qu'on a voulu parfois établir entre « mythes » et « symboles » serait infondée en réalité. Les deux sont essentiellement fondés sur les rapports, analogiques ou autres, entre une idée qu'il s'agit d'exprimer et sa représentation, qu'elle soit graphique, sonore ou autre : « une réalité d'un certain ordre peut être représentée par une réalité d'un autre ordre, et celle-ci est alors un symbole de celle-là »[121]. Cela le conduit à préciser la signification du mot « mythes » : en grec ancien, muthos, « mythe » vient de la racine mu et celle-ci représente la bouche fermée, et donc le silence ; muein veut dire fermer la bouche, se taire, et, par extension, fermer les yeux. De l'infinitif muein dérive muô, puis muaô, mueô et mullô, murmurer ; or mueô signifiait également initier aux « mystères », et ce dernier mot provenait aussi également de la même racine. Selon René Guénon, cette idée de « silence » doit être rapportée aux choses qui, en raison de leur nature même, sont inexprimables en langage ordinaire ; et c'est là, toujours selon lui, que se retrouve cette idée essentielle du symbolisme : faire assentir ce qui est inexprimable, ce qui serait « précisément la destination première des mythes »[122].

Les tentatives de subversion de la tradition dans le monde moderneModifier

Lois générales du développement cycliqueModifier

René Guénon expose, dans plusieurs de ses ouvrages et articles, ce qu'il appelle la « dégénérescence spirituelle de l'Occident », et il en propose une explication d'une part en la situant dans un processus cyclique général et naturel « d'éloignement des principes » propre au déroulement du manvantara, lequel s'applique à l'ensemble du monde humain sans distinction, et d'autre part à l'intervention spécifique d'influences, dont il précise la nature, destinées à favoriser une « action de dissolution » dans ce même milieu humain et qui, pour des raisons historiques circonstancielles se manifestèrent d'abord en Occident durant les deux derniers cycles du présent manvantara. (La crise du monde moderne, Orient et Occident, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Le règne de la quantité et les signes des temps, Initiation et contre-initiation, Les contrefaçons de l'idée traditionnelle, Le Sanglier et L'Ourse etc.).

C'est dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel qu'il introduit les « fonctions du sacerdoce et de la royauté », et les pouvoirs respectifs que ces deux fonctions impliquent, reliés par lui d'une façon générale respectivement à « la connaissance » et à « l'action ». Ces deux pouvoirs apparaissent parfois en opposition « à peu près chez tous les peuples » car cette opposition « correspond à une loi générale de l'histoire humaine, se rattachant d'ailleurs à tout l'ensemble de ces « lois cycliques » auxquelles [...] nous avons fait de fréquentes allusions »[123]. En particulier, cette opposition n'est pas propre à l'Occident, et elle se serait manifestée par exemple en Inde, notamment dans les cycles antérieurs au présent Kali-Yuga, sous la forme de la révolte des kshatriyas contre les brahmanes et « à laquelle mit fin Parashu-Rama »[124], c'est-à-dire le sixième avatara de Vishnu, donc à une époque antérieure au début du présent Kali-Yuga selon la chronologie hindoue, telle qu'elle est exprimée, entre autres, dans les puranas.

Mais, dans le chapitre « La révolte des Kshatriyas » de son livre « Autorité spirituelle et pouvoir temporel », René Guénon écrit :

«  Chez presque tous les peuples, à des époques diverses, et de plus en plus fréquemment à mesure qu'on s'approche de notre temps, les détenteurs du pouvoir temporel tentèrent (..) de se rendre indépendants de toute autorité supérieure, prétendant ne tenir leur propre pouvoir que d'eux-mêmes (...) »

Cette révolte, écrit René Guénon, se manifeste par une impossibilité de connaître toutes les implications de la pure transcendance, connaissance propre à l'autorité spirituelle, et marque en particulier la naissance de tendances naturalistes à des degrés divers, par l'impossibilité de reconnaître des principes supérieurs aux lois naturelles de la manifestation[125]. Cela donne naissance à une doctrine déviée et à une attitude « qui, bien que condamnable au regard de la vérité, n'est pas dépourvue encore d'une certaine grandeur »[126] et[127] :

«  qui pourrait être caractérisée assez exactement par la désignation de « luciférianisme », qui ne doit pas être confondu avec le « satanisme », bien qu'il y ait sans doute entre l'un et l'autre une certaine connexion : le « luciférianisme » est le refus de reconnaissance d'une autorité supérieure ; le « satanisme » est le renversement des rapports normaux et de l'ordre hiérarchique ; et celui-ci est souvent une conséquence de celui-là, comme Lucifer est devenu Satan après sa chute. »

En Occident, la naissance à proprement parler de ce que René Guénon appelle « la déviation moderne » se manifeste précisément par l'évènement historique de la « destruction de l'Ordre du Temple »[127] en 1314, « point de départ de l'époque moderne », qui entrainera, en raison de l'importance de l'Ordre dans la géographie initiatique de l'Occident, une réorganisation complète et plus « cachée » des organisations initiatiques occidentales, en relation étroite avec les organisations initiatiques islamiques[128], et « les vrais Rose-croix furent proprement les inspirateurs de cette réorganisation »[129]. Mais il arriva un moment « où, par suite d'autres évènements historiques, le lien traditionnel (...) fut définitivement rompu pour le monde occidental, ce qui se produisit au cours du XVIIe siècle. »[127].

Le « néospiritualisme » contemporainModifier

René Guénon étudie plus particulièrement certains aspects de ce qu'il désigne sous le terme d'« action anti-traditionnelle » aux XIXe siècle et XXe siècle, dans ses ouvrages : Le théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, L'erreur spirite, Le règne de la quantité et les signes des temps, dans ses articles ainsi que dans ses comptes rendus d'ouvrages. Il examine en particulier le « théosophisme », mot qu'il introduisit pour le différencier de certains courants ésotériques chrétiens désignés habituellement par le nom de « théosophie ».

Dans « Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion », René Guénon propose une histoire du mouvement créé par H. P. Blavatsky, et en particulier il s'intéressa au rôle et à l'intervention que jouèrent dans celui-ci, des organisations qui sont décrites plus précisément, dans « Le règne de la quantité et les signes des temps », comme relevant de ce qu'il appellera la « pseudo-initiation » ; en particulier, des organisations « pseudo-rosicruciennes » et ne détenant, selon René Guénon, aucune filiation authentique avec les vrais Rose-croix : la Societas Rosicruciana in Anglia fondée en 1867 par Robert Wentworth Little, l'« Ordre de la Rose-Croix ésotérique » du Dr Franz Hartmann, etc. Il étudia également le rôle joué par « la question des « Mahâtmas », qui tient une place considérable dans l'histoire de la Société Théosophique [...] En effet, cette question est plus complexe qu'on ne le pense d'ordinaire ». Il dénonce le caractère syncrétique du théosophisme, sa connexion avec la théorie de l'évolution dans « La doctrine secrète » (le principal ouvrage de Madame Blavastky), le rôle et les relations qu'entretint la Société théosophique avec une multitude d'organisations « pseudo-initiatiques » : entre autres, l'O.T.O. fondé en 1895 par Carl Kellner et propagé à partir de 1905 par Theodor Reuss, la Golden Dawn, à laquelle appartiendra un nombre important de figures du « néo-spiritualisme » anglo-saxon du début du XXe siècle etc. ; quelques fois il y aura, écrit René Guénon, une connivence avec une action politique liée à « l'impérialisme britannique » et au missionarisme protestant anglo-saxon. En Inde en particulier, il dénonce les connexions marquées avec le théosophisme d'organisations créées au XIXe siècle telles l'Arya Samaj. Il étudie également le rôle d'Annie Besant, qui succéda à H. P. Blavatsky à la tête de l'organisation après la mort de celle-ci, dans l'affaire Krishnamurti. René Guénon conclut que le théosophisme ne peut se revendiquer d'aucune organisation spirituelle orientale authentique, contrairement à ses prétentions, et qu'en particulier ce que celui-ci appelle « La Grande Loge Blanche » n'est « qu'une grossière parodie d'un centre initiatique », et qu'il ne s'agit que d'une production du néo-spiritualisme moderne d'origine purement occidentale. Dans l'article « F.-Ch. Barlet et les sociétés initiatiques » (F.-Ch. Barlet était une figure connue du milieu occultiste parisien de la fin du XIXe siècle), article paru initialement en 1925 dans le Voile d'Isis, René Guénon reproduit le sentiment qu'avait Peter Davidson à l'égard de la Société théosophique, et qu'il met en relation avec le départ de F.-Ch. Barlet de cette même société pour rejoindre une autre organisation d'un caractère plus secret, et dont René Guénon parlera également : la H.B. of L. ou Hermetic Brotherhood of Luxor.

Ce sont précisément certains membres du « cercle intérieur » de la H.B. of L., auquel appartenait Emma Hardinge-Britten, qui auraient produit les phénomènes ayant donné naissance au spiritisme[130] c'est-à-dire un autre courant « anti-traditionnel » né en 1848. René Guénon part pour appuyer cette affirmation de déclarations d'Emma Hardinge-Britten elle-même et qui seront confirmées bien plus tard, en 1985, par la publication aux éditions Archè des documents de la H.B. of L.. Cette dernière organisation aurait reçu en partie, selon René Guénon, l'héritage d'autres sociétés secrètes, dont la « Fraternité d'Eulis » à laquelle appartenait Paschal Beverly Randolph, personnage désigné par René Guénon comme « fort énigmatique »[127] et qui se suicidera en 1875.

René Guénon s'attache à démonter tous les aspects du spiritisme, notamment la théorie de la réincarnation, dont les fondements sont faux parce que, dit-il, impliquant « une limitation de la possibilité universelle »[131] comparable à la théorie nietzschéenne de l'« éternel retour ». Autrement dit, il n'y a jamais de répétition dans la manifestation universelle, et un être ne repasse jamais deux fois par le même état. René Guénon distingue la théorie de la réincarnation de la « métempsycose » des Anciens, il s'oppose à la possibilité de « communiquer avec les morts », propose une explication des phénomènes totalement indépendante du spiritisme, étudie les liens de celui-ci avec l'occultisme français (mot introduit par Alphonse-Louis Constant alias Éliphas Lévi), et dénonce les dangers du spiritisme.

René Guénon décrivit également la « confusion du psychique et du spirituel »[132], et en particulier l'interprétation psychanalytique des symboles, notamment dans la branche jungienne de celle-ci, qu'il condamna avec la plus grande fermeté en y voyant les prémisses d'une interprétation inversée - ou en tous cas déformée - des symboles[133]. Cet aspect de la question est repris dans certaines études[134] et en particulier dans un livre de Richard Noll paru en 1999[135] qui parle incidemment (p. 280) du rôle joué par la Société théosophique chez Carl Gustav Jung[136].

Contre-initiation et subversionModifier

Enfin, René Guénon décrit succinctement dans quel sens on peut identifier une « source » aux influences de dissolution qui devront s'exercer au maximum dans le milieu humain avant l'apparition d'un nouveau cycle. Cette « source », qu'il décrit comme « la plus redoutable de toutes les possibilités incluses dans la manifestation cyclique » et qu'il relie à la nomenclature coranique des « awliyâ esh-Shaytân » (litt. « saints de Satan »), expliquée notamment par Mohyddin Ibn Arabi, réfère à l'existence d'une contre-hiérarchie « opposée apparemment » à la véritable hiérarchie spirituelle. Cette question est abordée à la fin du « Règne de la quantité et des signes des temps » ainsi que dans d'autres articles et comptes rendus ; René Guénon introduit le terme de « contre-initiation » pour la décrire. Cette « fausse spiritualité » devra s'exprimer, selon René Guénon, jusque dans le domaine social par la constitution d'un « contre-ordre » opposé à ce que la haute maçonnerie écossaise désigne sous le nom de « Sanctum Regnum » et dont la devise est « Ordo ab Chao ». Il identifia, dans certains courants souterrains manifestés à partir du XVIIe siècle et poursuivis tout au long des XIXe siècle et XXe siècle, les prémices de cette phase ultime de dissolution.

Réception de l'œuvre de René GuénonModifier

Continuateurs et exégètesModifier

La « boussole infaillible » et la « cuirasse impénétrable »Modifier

René Guénon avait écrit dans Orient et Occident, que la doctrine traditionnelle pouvait être qualifiée de « boussole infaillible » et de « cuirasse impénétrable ». Ces qualificatifs seront repris, à propos de son œuvre, par Michel Vâlsan, dans le numéro spécial des Études traditionnelles paru en novembre 1951 à l'occasion de la mort de Guénon ; dans son article intitulé « La fonction de René Guénon et le sort de l'Occident. », il indiquait que, selon lui, ces qualitatifs pouvaient s'appliquer à l'œuvre de Guénon elle-même dans la mesure où celle-ci représentait fidèlement la doctrine traditionnelle.

Devenu à partir de 1960 directeur des Études traditionnelles, Michel Vâlsan contribuera à développer le thème d'une fonction providentielle de l'œuvre guénonienne, parallèlement à la publication d'articles consacrés essentiellement à l'approfondissement des doctrines du tasawwuf telles qu'elles sont présentées dans l'œuvre d'Ibn Arabî. Il invitera les chercheurs à travailler à partir de l'œuvre plutôt que sur l'œuvre[137].

Cette direction sera poursuivie par Charles-André Gilis qui, dans le premier chapitre de son ouvrage Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon précise :

«  L'enseignement de René Guénon est l'expression particulière, révélée à l'Occident contemporain, d'une doctrine métaphysique et initiatique qui est celle de la Vérité unique et universelle. Il est inséparable d'une fonction sacrée, d'origine supra-individuelle, que Michel Vâlsan a définie comme un « rappel suprême » des vérités détenues, de nos jours encore, par l'Orient immuable, et comme une « convocation » ultime comportant, pour le monde occidental, un avertissement et une promesse ainsi que l'annonce de son « jugement ». »

Pour Charles-André Gilis, cette façon de comprendre l'œuvre guénonnienne est « généralement méconnue ou négligée dans les présentations qui en sont données »[138], en particulier par celles de Robert Amadou ou Jean-Pierre Laurant. René Guénon avait par ailleurs écrit : « Nous n'avons point à informer le public de nos « sources » et [...] d'ailleurs celles-ci ne comportent point de « références » » (réponse à un article qui lui était consacré dans la revue Les Études de juillet 1932 et reprise dans le recueil « Comptes Rendus », p. 130), ce qui conduit certains exégètes, dont Luc Benoist, à mettre en doute l'utilisation de méthodes de critique historique appliquées à l'œuvre de René Guénon[139].

Jean-Pierre Laurant, dans son approche critique des écrits de René Guénon, utilisera cependant ces méthodes qui font usage des sources historiques pour expliquer l'œuvre.

Les catholiques guénoniensModifier

Mircea Eliade pensait que la plupart des continuateurs de l'œuvre de Guénon sont des convertis à l'Islam ou se livrent à l'étude de la tradition indo-tibétaine[140]. Ils ont été moins nombreux en revanche à tenter de concilier l'étude de l'œuvre guénonienne et la pratique du Christianisme, notamment en raison des réserves importantes exprimées par les milieux catholiques sur cette œuvre, déjà du vivant de Guénon (Jacques Maritain qui écrivit que « l'hyperintellectualisation ésotérique [de la Connaissance] n'est qu'un spécieux mirage [qui] mène la raison à l'absurde, l'âme à la seconde mort[141] »), mais également après sa mort, qu'il s'agisse des catholiques « intégristes » ou progressistes[142].

Quelques tentatives ont été faites pourtant, à l'intérieur même de l'Église catholique, pour concilier le Christianisme et la « doctrine traditionnelle » : on peut citer notamment un ouvrage intitulé Doctrine de la non-dualité (Advaita-vada) et Christianisme[143] et publié en 1982 « avec la permission des supérieurs » par un « moine d'Occident » anonyme, qui représente une tentative de conciliation entre le Vêdânta (en reprenant les analyses de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, publié par Guénon en 1925) et la théologie chrétienne.

Mais l'on retiendra surtout les travaux de l'abbé Henri Stéphane qui, ayant découvert les ouvrages de Guénon semble-t-il en 1942[144], écrivit de nombreux textes recueillis en deux volumes publiés sous le titre très guénonien de : Aperçus sur l'ésotérisme chrétien[145].

Le cas de l'abbé Stéphane reste néanmoins isolé, comme le fut celui-ci, qui n'exerça officiellement aucun ministère, si ce n'est, après le Concile Vatican II, mais « de façon presque clandestine », à destination d'un « groupe de chrétiens soucieux de conserver la tradition latine dans l'Église [qui] avait demandé à l'abbé de dire chaque semaine une messe du rite ancien et de prononcer l'homélie[146] ».

Un continuateur critique : Frithjof SchuonModifier

Le même numéro spécial des Études traditionnelles dans lequel Michel Vâlsan analysait la fonction providentielle de l'œuvre de René Guénon accueillait une autre contribution, beaucoup plus nuancée dans l'éloge : celle de Frithjof Schuon. Cet article, intitulé « L'Esprit d'une œuvre », commençait par rappeler le caractère « universel » et surtout « traditionnel » de cette œuvre « en ce sens que les données fondamentales qu’elle transmet sont strictement conformes à l'enseignement des grandes traditions, ou de l'une d’elles quand il s'agit d'une forme particulière[147]. » Néanmoins, il tenait à marquer ses distances avec la position défendue par Michel Vâlsan : « l'unicité » de l'œuvre guénonienne ne saurait être tenue pour « prophétique[148]. » De plus,

«  c'est dans l'énonciation des principes que son génie intellectuel s'exerce avec une maîtrise incontestable ; mais qu’on admette sans réserve tous les exemples et toutes les déductions que l'auteur nous propose au cours de ses nombreux écrits, cela nous paraît être une question d’opinion, voire de foi, d'autant plus que la connaissance des faits dépend de contingences qui ne sauraient intervenir dans la connaissance principielle (Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256) »

De fait, Frithjof Schuon relèvera par la suite dans l'œuvre de Guénon plusieurs points de détails qui lui semblent erronés, qu'il s'agisse de l'affirmation selon laquelle l'Hindouisme n'est pas une religion, de la définition guénonienne des modalités de l'existence corporelle, ou encore de sa présentation de la doctrine hindoue des « cycles cosmiques[149]. » Plus fondamentalement, sur plusieurs points doctrinaux importants, Frithjof Schuon s'est écarté de Guénon, affirmant notamment que le baptême chrétien pouvait conférer l'initiation[150]. Pour Jean-Pierre Laurant, cette interprétation « ruin[e] l'édifice guénonien bâti sur la séparation stricte de l'ésotérisme et de l'exotérisme[LE 51] ».

Enfin, une « Note » consacrée à René Guénon, parue dans le « Cahier de l'Herne », précise la position de Schuon vis-à-vis de l'individualité de l'auteur des États multiples de l'Être : Guénon aurait selon lui été un « « pneumatique » du type « gnostique » », autrement dit qu'il serait né « avec un état de connaissance qui, pour d'autres, serait précisément le but et non le point de départ[151] ». C'est ainsi que Guénon, « personnification, non de la spiritualité tout court, mais de la seule certitude intellectuelle », aurait été conduit, « en partie [en raison de] traumatismes, renforcés par l'absence de facteurs compensatoires dans l'âme et dans l'ambiance », à sous-estimer « et les valeurs esthétiques et les valeurs morales, surtout sous le rapport de leurs fonctions spirituelles[152]. »

René Guénon est considéré comme une figure fondamentale du pérennialisme au XXe siècle[153] ; d'autres chercheurs ont cependant mis en question la validité de cette désignation de « pérennialisme », et les multiples sens qu'elle recouvre : « perennialist school » (le terme introduit par M. Sedgewick, « Philosophia perennis », terme qui provient de la Renaissance), « Religio perennis » (terme provenant de Schuon et désignant la « religion du cœur »), « traditionalisme » (une réaction décrite comme purement moderne par R. Guénon[154]) et « political perennialism »[155].

UniversitairesModifier

À plusieurs reprises dans ses ouvrages, René Guénon a raillé les prétentions de l'Occident moderne à posséder un ensemble de sciences qui le mettrait à l'avant-garde de la connaissance du monde : ces sciences « profanes », affirme l'auteur de La Crise du monde moderne, ne sont que les « résidus » des sciences sacrées dont le sens s'est perdu[156], résidus incapables de faire accéder celui qui les étudie à quelque certitude que ce soit concernant le monde qui l'entoure[157]. La totalité du savoir enseigné dans les universités, depuis la philosophie jusqu'à la sociologie, en passant par l'histoire, la géographie, l'ethnologie ou encore la psychologie est ainsi disqualifiée au profit des « savoirs traditionnels », seuls aptes à transmettre la connaissance véritable[158].

Ces critiques radicales n'empêcheront pas les universitaires de s'occuper de l'œuvre et de la démarche de Guénon, de manière plus ou moins critique.

Umberto EcoModifier

Selon le philosophe Umberto Eco, Guénon est un des principaux représentants de la pensée hermétique contemporaine, dont il critique la méthode argumentative fondée sur l'analogie et la ressemblance plutôt que sur le discernement de la rationalité occidentale (avec les principes de non-contradiction et de tiers exclu). Il explique son propos dans Les Limites de l'interprétation :

«  Presque toutes les caractéristiques de la pensée hermétique sont réunies dans les procédés d'argumentation d'un de ses épigones contemporains : René Guénon[159] »

Eco appuie son propos par une étude critique de Le Roi du monde, un ouvrage de Guénon qu'il étudie selon l'approche de la sémiotique et dans lequel il relève en particulier l'usage très fréquent, et selon lui abusif, d'affirmations sans sources, de « on dit », d'étymologies présumées souvent fondées sur de simples proximités phonétiques et d'analogies vagues qui forment finalement un discours visant davantage à conforter le lecteur dans ses convictions qu'à démontrer rationnellement ses affirmations :

«  En somme, Guénon suggère un système, mais un système qui n'autorise aucune exclusion [...] à travers un entrelacs d'associations, certaines fondées sur la similitude phonétique, d'autres sur une étymologie présumée, en un relais incessant entre synonymies, homonymies et polysémies, en un continuel glissement de sens où toute nouvelle association délaisse ce qui l'a provoquée pour pointer vers de nouveaux rivages, et où la pensée coupe en permanence les ponts derrière elle[160]. »

Par ailleurs, selon Eco, René Guénon fait preuve d'« un mépris souverain pour tout critère historique et philologique »[161]. Ces analyses d'Umberto Eco ont été contestées par l'auteur guénonien Patrick Geay qui, dans sa thèse de doctorat publiée sous le titre de Hermès trahi (1996), reproche au sémioticien italien d'avoir « manqué de rigueur dans sa démarche et de prudence dans ses conclusions »[162].

Mircea EliadeModifier

En revanche, l'historien des religions Mircea Eliade s'est montré plutôt réceptif aux thèses guénoniennes, considérant « que cette doctrine est considérablement plus rigoureuse et valable que celle des occultistes et hermétiques des XIXe siècle et XXe siècle[163]. » Il remarque par ailleurs l'antithèse radicale et paradoxale à laquelle l'historien des religions est confronté, entre, d'un côté :

« une explosion d'occultisme, sorte de religion « pop » caractéristique surtout de la contre-culture de la jeunesse américaine, qui proclame le grand renouveau consécutif à l'âge du Verseau  »

et de l'autre :

« la découverte et [l']acceptation de l'ésotérisme traditionnel, tel que l'a reformulé René Guénon par exemple, un ésotérisme qui rejette l'espoir optimiste d'un renouveau cosmique et historique sans la préalable désagrégation catastrophique du monde moderne (Mircea Eliade, Occultisme, Sorcellerie et Modes culturelles, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240) »

Cette dernière tendance étant encore modeste mais « progressivement croissante[164] ».

Il est à noter que Mircea Eliade a été en contact avec Guénon, à qui il envoya un exemplaire de son ouvrage Techniques du yoga. Guénon écrivit à cette occasion qu'Eliade était « en réalité beaucoup plus près des idées traditionnelles que ses écrits n'en donnent parfois l'impression », mais que son « grand défaut » était « de ne pas oser se mettre trop nettement en opposition avec les idées officiellement admises »[165].

Artistes et écrivainsModifier

L'œuvre atypique de René Guénon, développement polysémique d'une pensée critique du monde moderne, a marqué plusieurs artistes et écrivains[166], qu'ils aient été en guerre contre leur époque et les valeurs de l'Occident, ou bien attirés par une exposition de la spiritualité distincte de la morale chrétienne en même temps qu'opposée à toutes les formes d'occultisme en vogue au début du XXe siècle : on ne s'étonnera pas d'y retrouver plusieurs auteurs qui ont participé, ou ont été des « compagnons de route », du mouvement surréaliste.

Albert GleizesModifier

René Guénon fréquenta dans les années 1920 le salon parisien qu'Albert Gleizes tenait avec sa femme, et suivit avec sympathie les tentatives du peintre cubiste de retrouver la « tradition dans le métier[LE 52] » et commenta avec bienveillance les essais théoriques de ce dernier, qui tentaient de concilier les approches artistiques de l'avant-garde avec l'art sacré en se libérant des contraintes perspectivistes et mimétiques héritées de la Renaissance[167].

Il se montra toutefois plus réservé dans sa correspondance privée, estimant que les travaux de Gleizes, s'ils étaient plein de bonnes idées, restaient désordonnés[LE 53]. Il semble en effet que Gleizes, au moment où il rencontre Guénon, a déjà achevé sa formation intellectuelle (il a quarante-six ans en 1927) et que si ses théories concernant l'art et l'artisanat rejoignent souvent celles défendues par René Guénon, il n'en reste pas moins que cet accord s'est fait en suivant « des voies radicalement différentes[168] », bien que dans une certaine mesure parallèles.

André BretonModifier

André Breton a manifesté à plusieurs reprises l'intérêt que lui inspirait l'œuvre de René Guénon, en particulier Les États multiples de l'Être, dont un long passage est cité à la fin du texte Du Surréalisme en ses œuvres vives, daté de 1953[169]. La même année, dans un article intitulé « René Guénon jugé par le surréalisme[170] », l'auteur d'Arcane 17 précisait la position du mouvement à l'égard de l'auteur de La Crise du monde moderne :

«  Sollicitant toujours l'esprit, jamais le cœur, René Guénon emporte notre très grande déférence et rien d'autre. Le surréalisme, tout en s'associant à ce qu'il y a d'essentiel dans sa critique du monde moderne, en faisant fond comme lui sur l'intuition supra-rationnelle (retrouvée par d'autres voies), voire en subissant fortement l'attrait de cette pensée dite traditionnelle que, de main de maître, il a débarrassée de ses parasites, s'écarte autant du réactionnaire qu'il fut sur le plan social que de l'aveugle contempteur de Freud, par exemple, qu'il se montra. Il n'en honore pas moins le grand aventurier solitaire qui repoussa la foi par la connaissance, opposa la délivrance au SALUT et dégagea la métaphysique des ruines de la religion qui la recouvraient. »

En revanche, dans les quelques occasions où il s'exprima sur le sujet, Guénon devait fermement condamner l'entreprise surréaliste fondée sur une forme d'intuition qui, faisant largement appel aux théories alors récentes de la psychanalyse, ne pouvait que s'appuyer sur « le domaine psychique inférieur », c'est-à-dire sur « ce qu'il y a de plus éloigné de toute spiritualité[171]. »

Aussi Guénon jugea-t-il que les surréalistes étaient partie-prenante du plan général de subversion de l'authentique spiritualité traditionnelle, autrement dit qu'ils étaient « des agents d'exécution du plan luciférien. » Même si, à ses yeux, ils constituaient avant tout un « petit groupe de jeunes gens qui s'amusent à des facéties d'un goût douteux[172] ».

Antonin ArtaudModifier

Guénon se montra toutefois plus réceptif aux thèses exposées par Antonin Artaud sur le théâtre oriental et sur la distance qui le sépare du théâtre occidental. Rendant compte d'un article publié dans la NRF sous le titre « La mise en scène et la métaphysique[173] », dans lequel il était d'ailleurs cité[174] Guénon, bien que déplorant que les propos d'Artaud soient parfois confus, y voit « en quelque sorte comme une illustration de ce [que lui-même disait] sur la dégénérescence qui a fait du théâtre occidental quelque chose de purement « profane », tandis que le théâtre oriental a toujours conservé sa valeur spirituelle[175]. »

S'il faisait « grand cas des ouvrages de René Guénon », « Orient et Occident et Les États multiples de l'Être [ayant] plus particulièrement attiré son attention[176] », il est difficile de savoir précisément quel impact a eu cette œuvre dans le cheminement d'Antonin Artaud, qui expliquera quelques années plus tard avoir voulu « fuir la civilisation européenne, issue de sept à huit siècles de culture bourgeoise[177] » afin de se rendre au Mexique, « le seul endroit de la terre qui nous propose une vie occulte, et la propose à la surface de la vie »[178].

René DaumalModifier

Le poète René Daumal, que sa quête spirituelle amena à apprendre le Sanskrit et à traduire des textes sacrés hindous, ne pouvait passer à côté de l'œuvre de René Guénon : non seulement ils partagent un même intérêt pour la métaphysique orientale, mais on trouve dans les essais de Daumal un vocabulaire proche de celui utilisé par Guénon (l'adjectif « traditionnel » est ainsi utilisé dans un sens proche, sinon identique, par l'un et l'autre[179]. On s'étonne même de ne pas trouver chez le premier des références plus nombreuses aux travaux du second.

Le poète du Grand Jeu écrivit tout de même un article en forme d'hommage en 1928 (« Encore sur les livres de René Guénon »[180]), dans lequel sont précisés les points de convergence et les limites de son adhésion. Après avoir constaté que « les mains occidentales changent l'or en plomb », et qu'entre ces mains la métaphysique hindoue « s'émiette [...] en curiosités de mythologie et d'exotisme, en recherches bien consolantes de paradis précis, en conseils salutaires que ne désavouerait pas un clergyman[181]... », Daumal loue en Guénon celui qui « ne trahit jamais la pensée hindoue au profit de besoins particuliers de la philosophie occidentale » :

«  S'il parle du Véda, il pense le Véda, il est le Véda[182]. »

Cette justice rendue à la « pensée hindoue » a toutefois selon Daumal comme corollaire l'incompréhension de la philosophie occidentale :

«  Ce qu'il y a de plus profond dans des penseurs d'Europe comme Spinoza, Hegel ou les post-kantiens allemands, lui échappe tout à fait[182]. »

Cette incompréhension, néanmoins, est dans le fond de peu d'importance, Daumal avouant préférer voir Guénon « garder cette dure loi, palpable dans le ton de ses phrases, qui le défend de tout compromis[182] ». Là où en revanche l'auteur du Mont Analogue se détache du métaphysicien, c'est dans le refus de ce dernier de se mêler aux luttes de son époque contre l'ordre établi et dans son choix de se placer exclusivement sur le plan des principes doctrinaux :

« René Guénon, je ne sais rien de votre vie proprement humaine ; je sais seulement que vous espérez peu convaincre des multitudes. Mais je crains que le bonheur de penser ne vous détourne de cette loi - historique au sens le plus large - qui pousse nécessairement ce qu'il y a d'homme en nous vers la révolte ; révolte que nous considérons non comme une tâche que nous sommes chargés d'exécuter, mais comme une œuvre que nous laissons s'accomplir par le moyen des enveloppes humaines qu'abusivement nous nommons « nôtres »[LE 54]. »

Raymond QueneauModifier

Raymond Queneau fut un lecteur attentif et assidu de l'œuvre de René Guénon, qu'il découvre avec étonnement[183] dès la parution de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, en 1921. À partir de cette date et jusqu'à la fin des années 1920, Queneau se procure les ouvrages de Guénon dès leur parution[184], et n'omet pas de lire les articles publiés dans la revue Le Voile d'Isis, se disant qu'il devrait chercher à faire la connaissance de leur auteur[185], et échangera même une brève correspondance avec lui en 1936[186].

Cette influence de la pensée « traditionnelle », telle que l'expose Guénon, sur l'œuvre de Raymond Queneau, est nettement perceptible dans un curieux essai inachevé écrit vers 1936-1937, et qui ne sera publié qu'à titre posthume en 1993 : Le Traité des vertus démocratiques, dans lequel est proposé « un autre monde, une autre civilisation », dont la fin dernière est « la Paix sur terre - et ailleurs - pour tous les Hommes de bonne Volonté et tout homme sera de bonne volonté[187]. » Cette société, qui aurait pris acte de la « trahison » de la social-démocratie, qui se défierait du fascisme comme du communisme, sans pour autant verser dans l'anarchisme, devra aller voir du côté de l'Orient ou de l'Occident médiéval, dont il décrit ainsi la « démocratie » : « égalité de tous les hommes devant Dieu, liberté de la Grâce ; fraternité : société fondée sur l'amour. Discipline, hiérarchie, rigueur[188]. »

L'évolution personnelle et intellectuelle de Raymond Queneau lui fera abandonner ce projet de traité, qui restera à l'état de brouillon, et il relativise également la portée de l'œuvre de Guénon[189], continuant toutefois à s'intéresser aux conceptions mathématiques de l'auteur des Principes du calcul infinitésimal[190]

Queneau retournera à la lecture des ouvrages de Guénon à partir de 1969 et ce jusqu'à la fin de sa vie, reprenant dans Morale Élémentaire (1975) des développements issus de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta[191]. Il aurait vers cette époque confié à son fils Jean-Marie : « J'ai trop lu René Guénon[192]. »

Paul AckermanModifier

Le peintre Paul Ackerman relie sa suite de tableaux classée sous le thème de l'Agartha (1966-1970), évocation de l'invisible monde souterrain, à sa lecture du livre Le Roi du Monde de René Guénon[193].

Steve BannonModifier

Steve Bannon, le directeur du site d'information d'extrême droite américain Breitbart News et ancien conseiller du Président Donald Trump et dernier directeur de sa campagne en 2016 évoque Guénon comme étant la personne qui a le plus influencé sa réflexion et nourri son idéologie, c'est ce qu'il a confié à Joshua Green qui le rapporte dans son livre "Devil’s Bargain" publié en juillet 2017.

ŒuvresModifier

Livres de René GuénonModifier

  • René Guénon, Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, Paris, Marcel Rivière, , 326 p. (ISBN 978-2857078838)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1952 (Éditions Véga)[HR 1]: en particulier, suppression du chap.  II de la quatrième partie (L'influence allemande) et refonte complète du chap.  IV de la troisième partie (À propos du Bouddhisme), depuis nombreuses rééditions[HR 1]. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1997.
  • René Guénon, Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, Paris, Nouvelle Librairie Nationale (dirigée par Jacques Maritain en 1921[LE 31]), , 314 p. (ISBN 978-1528162135)
    Édition définitive avec notes additionnelles de Guénon publiée en 1928 (Librairie Valois appartenant à Georges Valois)[HR 2], depuis nombreuses rééditions[HR 2]
  • L'Erreur spirite, Paris, Marcel Rivière, (ISBN 2-7138-0059-5)
    nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles
  • René Guénon, Orient et Occident, Paris, Payot, , 232 p. (ISBN 2-85829-449-6)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1948 (Éditions Véga)[HR 3]: en particulier refonte de certains passages du chap.  IV de la première partie (Terreurs chimériques et dangers réels) et ajout d'un addendum[HR 3], depuis nombreuses rééditions, dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1993.
  • René Guénon, L’Ésotérisme de Dante, Paris, Ch. Bosse, , 96 p. (ISBN 978-2070177639)
    Édition définitive avec ajout d'un titre à chaque paragraphe et certains paragraphes remaniés publiée en 1949 aux Éditions Traditionnelles[HR 4], depuis nombreuses rééditions.
  • René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, Paris, Bossard, , 214 p. (ISBN 2-7138-0065-X)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1947 aux Éditions Traditionnelles: suppression des chapitres XI (La constitution de l'être humain selon les Bouddhistes) et XXV (La Délivrance selon les Jainas)[HR 4]. Depuis nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1991.
  • René Guénon, Le Roi du monde, Paris, Ch. Bosse, , 104 p. (ISBN 2-07-023008-2)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1950 aux Éditions Traditionnelles: ajout d"un titre à chaque chapitre, certains paragraphes ont été modifiés[HR 5]. Depuis nombreuses rééditions, dont Gallimard. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1993.
  • René Guénon, La Crise du monde moderne, Paris, Bossard, , 201 p. (ISBN 2-07-023005-8)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1946 aux Éditions Gallimard: quelques paragraphes ont été remaniés[HR 5]. Depuis nombreuses rééditions, dont Gallimard. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1973.
  • Saint Bernard, Publiroc,
    réédition Éditions Traditionnelles. Sans ISBN
  • René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Paris, Vrin, , 118 p. (ISBN 2-85-707-142-6)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1947 Éditions Véga): ajout d'un titre à chaque chapitre, paragraphes modifiés, notamment pour le chapitre VI[HR 5]. Depuis nombreuses rééditions, dont (1952) Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1984.
  • Le Symbolisme de la Croix, Véga, (ISBN 2-85-707-146-9)
    multiples rééditions dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris
  • Les États multiples de l'être, Véga, (ISBN 2-85-707-143-4)
    multiples rééditions dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris
  • La Métaphysique orientale, Éditions traditionnelles,
    multiples rééditions, il s'agit de la transcription d'une conférence donnée à la Sorbonne en 1926
  • Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Gallimard,
    multiples rééditions
  • Les Principes du Calcul infinitésimal, Gallimard,
    multiples rééditions
  • René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, Paris, Éditions Traditionnelles, , 303 p. (ISBN 2-7138-0064-1)
    multiples rééditions. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1996 (Éditions traditionnelles).
  • René Guénon, La Grande Triade, Paris, Gallimard, , 214 p. (ISBN 978-2070230075)
    multiples rééditions. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1957 (Gallimard).

Recueils posthumes d'articles de René GuénonModifier

  • Initiation et Réalisation spirituelle, Éditions Traditionnelles, (1952). (ISBN 978-2-7138-0058-0).
  • Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Éditions Traditionnelles (1954). ISBN (?).
  • René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Paris, Gallimard, , 437 p. (ISBN 2-07-029752-7)
    Première édition 1964[HR 6], depuis multiples rééditions.
  • René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 1, Paris, Éditions Traditionnelles, , 314 p. (ISBN 2-7138-0066-8)
    Première édition 1964[HR 6], depuis multiples rééditions.
  • René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, Paris, Éditions Traditionnelles, , 320 p. (ISBN 978-2713800672)
    Première édition 1964[HR 6], depuis multiples rééditions.
  • Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, (1965) Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0067-6).
  • René Guénon, Études sur l'Hindouisme, Paris, Éditions Traditionnelles, , 288 p. (ISBN 978-2741380207)
    Première édition 1968[HR 6], depuis multiples rééditions. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1989 (Éditions traditionnelles).
  • Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Gallimard, Paris (1970). (ISBN 2-07-027053-X).
  • Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Gallimard, Paris, (1973). (ISBN 2-07-028547-2).
  • Mélanges, Gallimard, Paris, (1976). (ISBN 2-07-072062-4).
  • Comptes rendus, Éditions traditionnelles (1986). (ISBN 2-7138-0061-7).
  • Écrits pour REGNABIT, Archè Edizioni (1999). (ISBN 887252-216-1).
  • Psychologie, Archè Edizioni (2001). (ISBN 8872522315).
  • Articles et Comptes Rendus, Tome 1, Éditions Traditionnelles (2002). (ISBN 2-7138-0183-4).
  • Recueil, Rose-Cross Books, Toronto (2013). (ISBN 978-0-9865872-1-4).

Liste de revues ayant publié des articles de René Guénon de son vivantModifier

  • En langue française : L’initiation (1909). L’Acacia (1909). La Gnose (1909-1912) rééditée en fac-simile en 2010 par les éditions de l'homme libre. La France Chrétienne (1909), devenant La France chrétienne antimaçonnique (1910) puis La France antimaçonnique (1911-1914). Le Symbolisme (1913). Bulletin municipal de Saint-Germain-en-Laye (1917). La Revue philosophique (1919-1920). Revue de philosophie (1921-1924). Revue bleue (1924-1926). Les Nouvelles Littéraires (1924). Le Radeau (1925). Les Cahiers du mois (1925). Europe (1925). Voile d’Isis (1925-1936) devenant Études Traditionnelles (1936-1951). Regnabit (1925-1927) Bulletin paroissial de Saint-François-Xavier (1925). Les Cahiers du mois (1926). Vers l’Unité (1926-1929). Vient de paraître (1927-1929). Vers l’Unité (1927). La Revue Hebdomadaire (1927). Le Monde nouveau (1930). Bulletin des Polaires (1931). Cahiers du Sud (1935-1945). La Revue de la Table Ronde (1946-1950).
  • Revues italiennes : Atanor. Rivista di studi iniziatici (1924). Ignis (1925). Krur (1929). Diorama filosofico (1934).
  • En langue anglaise : Speculative Mason (1935-1944). The Visva-Bharati Quarterly (1936-1938). The Journal of the Indian Society of Oriental Art (1937-1941).
  • En langue arabe : Al-Maarifah (1931).

Notes et référencesModifier

  1. Guénon lui-même refusait « une étiquette occidentale quelconque, car il n'en est aucune qui [lui] convienne » (La crise du monde moderne, ch. X) -, il est pourtant souvent classé par les ouvrages spécialisés comme « philosophe » ou « philosophe traditionnel », « penseur », « essayiste », « orientaliste »... S'il est parfois décrit comme « métaphysicien », c'est dans une acception particulière qui ne s'accorde pas avec la définition classique ; il est ainsi régulièrement qualifié d'« inclassable » à l'instar de ce que fait l'historien des religions Philippe Faure dans la présentation de l'ouvrage de synthèse qu'il dirige en 2015 : Philippe Faure (dir.), René Guénon : L'appel de la sagesse primordiale, Cerf, coll. « Alpha »,
  2. René Guénon, Le Symbolisme de la croix, « Avant-propos ».
  3. René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, avant-propos, p. 8.
  4. Ibid.(c'est-à-dire sans les "vulgariser"), p. 7 et René Guénon, Le Symbolisme de la croix, op. cit., « Avant-propos ».
  5. Selon Ch.-A. Gilis : « Toute l’œuvre de Guénon a pour but de faire prendre conscience à ses lecteurs de la réalité et des exigences de la Tradition. Il n’a revendiqué pour lui-même que la fonction d’interprète et de porte-parole. Jamais il n’a entendu substituer son enseignement à celui des formes providentiellement instituées par la Sagesse divine » (Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Paris Éditions de l'Œuvre, 1986).
  6. « [...] les individualités [...] ne comptent pas dans l'ordre des choses dont nous nous occupons [...] » (René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, tome I, p. 182.)
  7. « En effet, l'intuition intellectuelle n'est-elle pas ce qui constitue proprement et essentiellement la métaphysique ? Sans cela, celle-ci ne pourrait pas être « supra-rationnelle » comme elle doit l'être ; ne pas lui reconnaître ce caractère équivaut pour moi à nier la métaphysique [...] », Lettre à Noëlle Maurice-Denis Boulet, et « [...] c'est seulement dans cette expression rationnelle ou discursive que l'erreur risque de s'introduire, l'intuition n'en étant pas susceptible en raison de son caractère direct et immédiat. », ibid
  8. René Guénon écrivait, en 1924, dans La crise du monde moderne (p. 31, édition de 1973) : « Dans l'état présent du monde, nous avons donc, d'un côté, toutes les civilisations qui sont demeurées fidèles à l'esprit traditionnel, et qui sont les civilisations orientales, et, de l'autre, une civilisation proprement antitraditionnelle, qui est la civilisation occidentale moderne. »
  9. Ibid. chapitre 2, page 47.
  10. Dans son L'ésotérisme. Qu'est-ce que l'ésotérisme ? (Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1990), Pierre A. Riffard, dont le regard qu'il porte sur l'œuvre de Guénon est pourtant critique, écrit néanmoins : « Au XXe siècle, l'ésotérisme, d'une façon ou d'une autre, renvoie à Guénon. Il y a l'avant et l'après Guénon. Il y a les pro- et les anti-Guénon » (p. 842).
  11. Famille qui recevra de Louis XIV un titre, et dont le nom complet est Guénon de La Saulaye en vertu d'un édit de 1696 dont une attestation fut transmise à la famille Guénon en 1913. Voir Muhammad Vâlsan, « R. G. de La Saulaye », Science sacrée, numéro spécial, juin 2003,p. 11-13
  12. René Guénon écrira plus tard, dans son article sur Martines de Pasqually (reproduit dans le volume 2 des Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage) que la prétendue filiation revendiquée par les martinistes papusiens avec l'ordre des Chevaliers des Élus-Coëns, créé au XVIIIe siècle, est imaginaire et sans fondement. De même Paul Chacornac écrit, à propos de la régularité de la transmission revendiquée par l'Ordre Martiniste : « Nous savons maintenant qu'il n'y avait rien de tel dans cet ordre » (op. cit., p. 31).
  13. Richard Raczynski, Un dictionnaire du Martinisme, Paris, Dualpha éd., 2009, p. 300.
  14. D. Gattegno, op. cit. p. 24.
  15. Chapitre : La pseudo-initiation.
  16. op. cit. p. 7.
  17. Op. cit. p. 10.
  18. Paul Chacornac (l'un des biographes de René Guénon) signale la forte personnalité de Leclère et Jean-Pierre Laurant, qui fut chargé de conférences à l'École pratique des hautes études est l'auteur de plusieurs études sur Guénon dont Le sens caché selon René Guénon, René Guénon, les enjeux d'une lecture, ainsi que des repères biographiques et bibliographiques publiés dans le Cahier de l'Herne consacré à Guénon, voit en Leclère une figure qui marqua Guénon intellectuellement : voir op. cit., p. 38-46, où Laurant affirme que l'on « trouve dans les écrits du philosophe certains thèmes fondamentaux de la pensée que son élève développa par la suite, joints à un réel « air de famille » dans la manière d'argumenter » (p. 39). Cette affirmation est contestée par d'autres auteurs. Ainsi David Gattegno (D. Gattegno, René Guénon, Pardès, p. 14, (ISBN 2-86714-238-5) et ISSN 1624-1568) écrit qu'il « […] n'y a rien sur quoi tabler pour établir le degré d'influence de » Leclère (ibid. p. 14.), et il reproduit également une citation de René Alleau qui précise que, par la connaissance de « ce point de départ » (la pensée de Leclère) on est davantage capable « d'admirer la disproportion entre les sources et le point d'arrivée ». D. Gattegno ajoute : « […] cette excellente formule vaut pour tout l'ensemble des sources objectives de René Guénon », op. cit., p. 14.
  19. René Guénon écrit, dans l’introduction à son ouvrage Le règne de la quantité et les signes des temps la manière dont il considère les circonstances de la vie relativement à ses projets d’ouvrages.
  20. D. Gattegno, op. cit. p. 15.
  21. Autrement dit, « dans des conditions assez banales pour les occultistes » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 68).
  22. Charles-André Gilis, Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Éditions traditionnelles, ch. VI, p. 59.
  23. Sur cette curieuse affaire, c.f. D. Roman, Maçonnerie templière, Maçonnerie jacobite et Maçonnerie écossaise, in René Guénon et les destins de la Franc-maçonnerie, p. 96-97, Éditions Traditionnelles, (ISBN 2-7138-0146-X).
  24. Les Anglo-Saxons emploient les mots de « irregular » masonry ou « fringe » masonry. Le Rite Cerneau est qualifié par D. Roman de « falsification [...] à l'origine de ce qu'il y a de plus « sinistre » dans la Maçonnerie irrégulière ».
  25. Sur Teder, voir Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe siècle et XXe siècle.
  26. D. Gattegno, op. cit. p. 31.
  27. Denis Andro, « "Fouriérisme et spiritualisme. Les "gnostiques" dans La Rénovation en 1910" », Cahiers Charles Fourier n°25, 2014.,‎ .
  28. La seule évolution notable dans l'œuvre de Guénon concernera la question de l'orthodoxie du Bouddhisme.
  29. René Guénon, « À propos d'une mission dans l'Asie centrale », La Gnose, janvier 1910, repris dans Mélanges, p. 212.
  30. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 16.
  31. Guénon ne pratiquera les rites religieux musulmans qu'à partir de 1930.
  32. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 12.
  33. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 12-13.
  34. De plus, Noëlle Maurice-Denis rajoute que, de plus, il ne pratiquait plus « l'usage d'opium et du haschich comme aide à la contemplation », usage appris par ses amis de la période La Gnose.
  35. En 1926, le pape Pie XI classa certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits ».
  36. Ce qui explique que ce soit le seul livre où Guénon utilise les méthodes « historico-critiques » et ne fait aucun développement doctrinal.
  37. Avec laquelle il a quatre enfants : Khadija (née en 1944), Leila (1947), Ahmed (1949), enfin Abdel Wahid, fils posthume né en mai 1951.
  38. Guénon a eu, au cours de sa vie, plus de trois cents correspondants réguliers (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 27).
  39. Que Pierre A. Riffard surnomme le « souffre-douleur de René Guénon » (L'ésotérisme. Q'est-ce que l'ésotérisme ?, p. 215.).
  40. Collection d'ailleurs dirigée par un « fidèle » de Guénon : Luc Benoist (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 192). Le premier livre de Guénon à être publié aux éditions Gallimard est Le Règne de la Quantité et les signes des temps, en 1945.
  41. Dans son livre Mark J. Sedgwick, Contre le monde moderne, Paris, Dervy, , 396 p. (ISBN 978-2-84454-563-3), p. 111, 112 rapporte des contestations sur ce point, qui sont cependant mises en doute par W. E. Poindexter (Studies in Comparative Religion, web edition, 2009). En outre, R. Guénon, qui était en correspondance épistolaire avec Schuon à cette époque, n'a pas remis en cause la validité de l'initiation reçue par Schuon.
  42. voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 205.
  43. Article intitulé « Mystères christiques » (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 217).
  44. Cette rupture doctrinale n'empêcha pas la poursuite d'une correspondance cordiale entre les deux hommes (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 278).
  45. Ce culte de l'action qui conduit Evola à se rapprocher du fascisme italien, puis du National-Socialisme.
  46. En 1929 déjà, Guénon avait évoqué la supériorité de la contemplation sur l'action dans son ouvrage Autorité spirituelle et pouvoir temporel, qui avait marqué la fin d'un rapprochement esquissé avec l'Action Française de Charles Maurras.
  47. Voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 288. Les articles publiés dans le Figaro et dans Combat sont reproduits sur le site soufisme.org.
  48. Les Études traditionnelles ont cessé de paraitre en 1992.
  49. En 2005, on comptait déjà huit cent cinquante titres de livres, articles ou comptes rendus consacrés à Guénon (Xavier Accart, Guénon ou le renversement des clartés..., cité par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 331). En France, l'ensemble de ses ouvrages a fait l'objet d'au moins trois ou quatre rééditions (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 327).
  50. « C'est au philosophe français René Guénon (1886-1951) qu'on doit une codification méthodique et précise de ses principes directeurs [de l'ésotérisme] et de son champ d'application, grâce à un effort acharné pour distinguer la « métaphysique traditionnelle » de ce qu'on aurait eu que trop tendance à confondre avec elle ». René Guénon, codificateur de l'ésotérisme doctrinal, article Ésotérisme, Encyclopædia Universalis, version 1.2_1. Le Petit Robert des Noms Propres le classe comme « philosophe », et le Petit Larousse en « philosophe ésotériste »
  51. « René Guénon … Érudit Franc-maçon et ésotériste », in Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles, p. 144.
  52. Ce que nous ne sommes pas, la Gnose, 1911, In René Guénon et l'Esprit de l'Inde, Bruno Hapel, p. 7-9
  53. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, René Guénon, 1952, p. 56
  54. « ... nous ne sommes et ne voulons être des novateurs à aucun titre ni à aucun degré. » Ce que nous ne sommes pas, la Gnose, 1911, In René Guénon et l'Esprit de l'Inde, Bruno Hapel, p. 8
  55. par exemple dans L'Homme et son devenir selon le Védanta p. 10 : « [...] il ne s'agit pas d'histoire, nous l'avons déjà dit, et il ne s'agit pas davantage de philologie ou de littérature ; et nous ajouterons encore [...] qu'il ne s'agit pas non plus de philosophie »
  56. Un de ses derniers articles paru en 1950 traite encore spécifiquement du sujet : La science profane devant les doctrines traditionnelles. In Études traditionnelles, avril-mai l950.
  57. Voir aussi Ananda K. Coomaraswamy : « M. Guénon n'est pas un « orientaliste », mais ce que les Hindous appellent un « Maître », Sagesse orientale et savoir occidental, In Suis-je le gardien de mon frère ?, Éditions Pardes, 1997, p. 67
  58. Le dénigrement de la philosophie par R. Guénon semble commencer très tôt, J.-P. Laurant dans le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, p. 24, cite le début d'un roman de jeunesse inédit (1905 ou 1906) où un démon (Adamastor) déclare raisonner comme Descartes car « les philosophes sont les meilleurs auxiliaires du démon »
  59. René Guénon approche d'un homme complexe, Éditions ivoire-clair, 2005, p. 3 et 4e de couverture
  60. « [...] il ne s'agit pas d'histoire, nous l'avons déjà dit, et il ne s'agit pas davantage de philologie ou de littérature ; et nous ajouterons encore [...] qu'il ne s'agit pas non plus de philosophie » (L'Homme et son devenir selon le vêdânta, Éditions traditionnelles, p. 10).
  61. « Nous n'avons point « d'opinions », mais quelques connaissances que nous exprimons de notre mieux à l'intention de ceux qui sont capables d'en profiter » (dans Comptes Rendus, p. 137) ; « « nos doctrines » n'existent pas, pour la bonne raison que nous n'avons jamais fait autre chose que d'exposer de notre mieux les doctrines traditionnelles, qui ne sauraient être la propriété de personne » (Ibid., p. 141).
  62. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, partie 1, chapitre 3 : Le préjugé classique.
  63. « [...] il serait ridicule de vouloir « mettre à la portée de tout le monde », comme on dit si souvent à notre époque, des conceptions qui ne peuvent être destinées qu'à une élite... » (L'Homme et son devenir selon le vêdânta, p. 11).
  64. « Il est [...] inutile de nous demander des renseignements « biographiques » sur nous-mêmes, attendu que rien de ce qui nous concerne personnellement n'appartient au public, et que d'ailleurs ces choses ne peuvent avoir pour personne le moindre intérêt véritable : la doctrine seule compte, et, devant elle, les individualités n'existent pas » (compte rendu d'article de revue de novembre 1932, repris en annexe au Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion.
  65. Orient et Occident, éditions Véga, p. 14.
  66. « [...] ces études ne risqueront jamais de devenir ce que les érudits et les « spécialistes » appellent des monographies, car les principes fondamentaux n'y seront jamais perdus de vue, et les points secondaires eux-mêmes n'y devront apparaître que comme des applications directes ou indirectes de ces principes dont tout dérive... » (L'Homme et son devenir selon le vêdânta, p. 8).
  67. c.f. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, deuxième partie, « Les modes généraux de la pensée orientale », chapitre V, «Caractères essentiels de la métaphysique », p. 95, Guy Trédaniel éditeur, (ISBN 2-85707-883-8).
  68. a, b et c ibid. p. 96.
  69. C'est-à-dire l'Existence entière (ou « manifestation universelle »).
  70. ibid. p. 97.
  71. Voir Les États multiples de l'Être, p. 25-26.
  72. « On peut encore dire que toute possibilité de manifestation doit nécessairement se manifester par là-même et que, inversement, toute possibilité qui ne doit pas se manifester est une possibilité de non-manifestation » (Les États multiples de l'Être, p. 21).
  73. Les États multiples de l'Être, p. 21-22.
  74. Les États multiples de l'Être, p. 25.
  75. La Métaphysique orientale, p. 19-20.
  76. Les États multiples de l'Être, p. 87.
  77. Voir La Métaphysique orientale, p. 11 (pour tout ce paragraphe).
  78. Voir Initiation et réalisation spirituelle, p. 48.
  79. Initiation et réalisation spirituelle, p. 184, note 1.
  80. a et b La Métaphysique orientale, p. 16.
  81. lire en ligne
  82. Aperçus sur l'initiation, p. 107.
  83. « Cette action est d’autant plus puissante, en effet, que le prâna lui-même, en pareil cas, n’est que le véhicule ou le support subtil de l’influence spirituelle qui se transmet du guru au disciple »
  84. « Là est aussi l’explication de la disposition spéciale des sièges dans une Loge maçonnique, ce dont la plupart des Maçons actuels sont assurément bien loin de se douter » précise-t-il ailleurs.
  85. « Le guru intérieur étant le véritable guru que le guru extérieur ne fait que représenté tant que l’être ne peut pas encore se mettre en communication consciente avec le « Soi » écrit-il encore.
  86. R. Guénon parle aussi « d'instruments »
  87. Ce point est développé ailleurs comme « La confusion du psychique et du spirituel ». Les « pouvoirs » psychiques étant considérés par R. Guénon comme une tare entravant le développement spirituel.
  88. « Prétendus » pouvoirs, car pour R. Guénon la magie, comme la sorcellerie dans un ordre inférieur, ne nécessite pas la possession de pouvoirs, mais simplement la connaissance toute extérieure de certaines lois dépassant la physique commune.
  89. La Grande triade, p. 153.
  90. La Grande triade, p. 155.
  91. La Grande triade, p. 156.
  92. Aperçus sur l'initiation, p. 252.
  93. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, 1952 p. 141.
  94. Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, chapitre II, « L'Écorce et le noyau ».
  95. Voir L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 23.
  96. Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le Taoïsme, p. 13.
  97. « [...] le çûfî, au vrai sens de ce mot, est seulement celui qui a atteint le degré suprême », ce qui constitue « un « secret » (sirr) entre [lui] et Allah » (L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 16.
  98. L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 18-19.
  99. a et b L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 106.
  100. Voir Initiation et réalisation spirituelle, chapitre XII, À propos de « conversions ».
  101. Initiation et réalisation spirituelle, p. 71.
  102. Auquel Guénon reprochait de vouloir « humaniser » la religion, et donc de perdre de vue l'élément « supra-humain» constitué par la Révélation (Voir La Crise du monde moderne, p. 112).
  103. La Crise du monde moderne, p. 115.
  104. Qui doit essentiellement être entendu dans un sens symbolique pour signifier qu'ils se sont retirés dans le « centre spirituel suprême, où sont en effet conservées à l'état latent [...] toutes les formes traditionnelles, qui pour une raison ou pour une autre, ont cessé de se manifester à l'extérieur » (Aperçus sur l'initiation, p. 243, note 4).
  105. Le rattachement idéal avec une tradition disparue (par exemple le druidisme, ou l'ancienne tradition égyptienne n'est que « vanité » (Aperçus sur l'initiation, p. 40).
  106. Ainsi par exemple de la croyance en la réincarnation, qui selon Guénon est une invention moderne et n'a aucun rapport avec ce que les anciens nommaient « transmigration » et « métempsycose » même s'il y a « des expressions plus ou moins symboliques qui peuvent donner lieu à des malentendus, mais seulement quand on sait pas ce qu'elles veulent dire » (L'Erreur spirite, p. 206). Cette croyance est qualifiée d'« absurdité pure et simple » (Aperçus sur l'initiation, p. 196)
  107. L'Erreur spirite, p. 3.
  108. Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire. Introduction à l'archétypologie générale, PUF, 1963 (Introduction et conclusion, passim), p. 21).
  109. Voir Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, deuxième partie « Les modes généraux de la pensée orientale », chapitre VII « Symbolisme et anthropomorphisme », p. 116 de l'édition de 1997 chez Guy Trédaniel éditeur, (ISBN 2-85707-883-8).
  110. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, idem.
  111. Voir Aperçus sur l'Initiation, chapitres XVI, XVII et XVIII.
  112. Compte rendu par René Guénon de l'ouvrage de A. K. Coomaraswamy The Christian and Oriental or True Philosophy of Art, conférence donnée au Boston College, Newton, Massachusetts, en mars 1939. Ce compte rendu figure page 36 de l'ouvrage Compte Rendus, Éditions Traditionnelles, 1986.
  113. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, ibid., p. 116.
  114. René Guénon, « Les symboles de l'analogie », publié dans les Études traditionnelles, 1943, et repris dans les Symboles fondamentaux de la science sacrée, chapitre L.
  115. René Guénon, « Les symboles de l'analogie », op. cit.
  116. René Guénon, « Les symboles de l'analogie », Ibid.
  117. Voir René Guénon La Grande Triade, chapitre III, Ciel et Terre, Paris, Gallimard, p. 35.
  118. Ibid., p. 36
  119. Ibid., chapitre XI « Spiritus, Anima, Corpus ».
  120. Voir René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, chapitre XVI, Le rite et le symbole.
  121. Ibid., chapitre XVII.
  122. Ibid.
  123. c.f. Autorité spirituelle et pouvoir temporel, chapitres II et III.
  124. c.f. Le Sanglier et l'Ourse in Symboles fondamentaux de la Science sacrée.
  125. c.f. Les racines des plantes in Symboles fondamentaux de la Science sacrée.
  126. c.f. Connaissance et action in Autorité spirituelle et pouvoir temporel.
  127. a, b, c et d ibid.
  128. c.f. L'ésotérisme de Dante et Aperçus sur l'initiation.
  129. c.f. Rose-croix et rosicruciens in Aperçus sur l'initiation.
  130. c.f. le chapitre Les origines du spiritisme in L'erreur spirite.
  131. c.f. L'erreur spirite, chapitre VI.
  132. c.f. le chapitre La confusion du psychique et du spirituel in Le règne de la quantité et les signes des temps.
  133. c.f. l'article Tradition et inconscient dans les Symboles fondamentaux de la Science sacrée.
  134. dont la thèse de Patrick Geay, Hermès trahi, Dervy, 1996.
  135. c.f. Jung. Le Christ Aryen, Plon, 1999.
  136. Sur ce sujet cependant, voir la critique de Anthony Stevens, On Jung (1999) à propos des ouvrages de Noll.
  137. C'est la réponse qu'il fit à Jean-Pierre Laurant qui lui présentait un projet de travail sur René Guénon (cité par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 311.
  138. Ch.-A. Gilis loc. cit. p. 21.
  139. Ainsi Luc Benoist écrira, à propos d’un article de J.-P. Laurant consacré à Guénon dans la Revue d'histoire des religions, qui fut repris dans « Le Sens caché » : « On peut regretter [que Jean-Pierre Laurant] ait […] emprunté ses moyens d’approche à la plus dérisoire des écoles de critique historique, celle de Taine, aussi officielle que fausse, et heureusement en défaveur, qui cherche dans la vie d’un écrivain l’inspiration de son œuvre, alors que l’œuvre est souvent le complément, la réaction inversée, la revanche contre la vie. […] D’ailleurs rien ne saurait être plus contraire à la position de Guénon lui- même, vis-à-vis de son œuvre, que le rapprochement de cette dernière avec sa vie, alors qu’il avait volontairement protégé cette œuvre de toute compromission terrestre. […] La dialectique de M. Laurant basée sur les preuves écrites a l’air d’ignorer que le papier supporte l’erreur comme la vérité, et surtout est aussi lacunaire que la chance et le hasard. »
  140. Mircea Eliade, Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240.
  141. Jacques Maritain, Les Degrés du Savoir, 1932, cité par François Chenique, dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 246.
  142. « L'Église « intégriste » ne veut pas entendre parler d'ésotérisme, et l'Église « moderniste » se moque éperdument de Guénon, de l'intégrisme, etc. », commente Jean Tourniac dans un entretien reproduit dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon (p. 437).
  143. Sous-titré Jalons pour un accord doctrinal entre l'Église et le Védânta, Paris, Dervy-Livres, 1982, préfacé par Jean Tourniac.
  144. C'est du moins ce que suppose François Chenique, qui l'a connu personnellement, dans l'article qu'il lui consacre dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon (« La vie simple d'un prêtre guénonien : l'abbé Henri Stéphane », p. 417).
  145. Notice complète : abbé Henri Stéphane, Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Paris, Dervy-Livres, 1979 et 1983.
  146. François Chenique, « La vie simple d'un prêtre guénonien : l'abbé Henri Stéphane », loc. cit., p. 418.
  147. Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256.
  148. Schuon affirme même qu'il s'agit d'une « supposition exclue que Guénon lui-même a déjà rejetée par avance », dans Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256.
  149. Ces critiques sont développées dans l'article intitulé justement « Quelques critiques » paru dans le « Dossier H » consacré à René Guénon (1984).
  150. C'est à ce dernier point que répond l'article de René Guenon intitulé « Christianisme et initiation », (Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, chap. II).
  151. Frithjof Schuon, « Note sur René Guénon », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 366.
  152. Frithjof Schuon, « Note sur René Guénon », loc. cit., p. 367.
  153. voir par exemple « Ésotérisme et université » par Antoine Faivre, ou Mark Sedgwick, Against the Modern World: Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century - Michael Fitzgerald qui a fortement critiqué ce livre [1] place aussi Guénon parmi les auteurs importants de l'école pérennialiste [2]
  154. c.f. Le Règne de la quantité, chapitre « Tradition et traditionalisme ».
  155. c.f. K. H. Oldmeadow, « The Comparative Study of Eastern and Western Metaphysics: A Perennialist Perspective », R. Fabbri, « The perennialist school »
  156. Voir La crise du monde moderne, p. 89 (édition « Folio Essais »).
  157. « La science moderne, procédant d'une limitation arbitraire de la connaissance à un certain ordre particulier, et qui plus est le plus inférieur de tous, celui de la réalité matérielle ou sensible, a perdu, du fait de cette limitation et des conséquences qu'elle entraîne immédiatement, toute valeur intellectuelle, du moins si l'on donne à l'intellectualité la plénitude de son vrai sens [...] » (La Crise du monde moderne, p. 99 (édition « Folio Essais »).
  158. Dans son article « Sciences et tradition » (dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 48), Michel Michel remarque à ce propos que, « retournant, avec verve, les reproches d'obscurantisme que l'esprit rationaliste faisait aux sciences traditionnelles, René Guénon dévoile au contraire le caractère « empirique » de la science profane ».
  159. Umberto Eco, Les Limites de l'interprétation, Grasset, Paris, 1992, p. 118.
  160. Umberto Eco, op. cit., p. 122.
  161. Umberto Eco, « Préface » à l'édition de 1990 de Histoire des Rose-Croix et les origines de la franc-maçonnerie de Paul Arnold
  162. Patrick Geay, Hermès trahi. Impostures philosophiques et néospiritualistes selon l'œuvre de René Guénon, Dervy, Paris, 1996.
  163. Mircea Eliade, Occultisme, Sorcellerie et Modes culturelles, Gallimard, 1978, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 241, note 3.
  164. Mircea Eliade, dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240.
  165. Lettre à Pierre Pulby du 17/07/1948, citée par Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, p. 260-261.
  166. L'influence de Guénon sur les milieux littéraires a été étudiée en détail par Xavier Accart, dans sa thèse publiée sous le titre : Guénon ou le renversement des lumières, influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), Paris, Edidit, 2005.
  167. Voir Albert Gleizes, La Signification humaine du cubisme (1939) et le compte rendu qu'en fit Guénon dans les Études traditionnelles (repris dans le recueil Comptes rendus, p. 30-31).
  168. Pierre Alibert, « Albert Gleizes-René Guénon », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 398.
  169. Mentionné par Eddy Batache, « René Guénon et le surréalisme », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 379.
  170. Publié dans la NRF de juillet 1953, et cité par Eddy Batache, loc. cit., dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 380
  171. Symboles fondamentaux de la science sacrée, p. 366, cité par Eddy Batache, loc. cit., p. 385.
  172. Études sur la Franc-maçonnerie et le compagnonnage, T.I, p. 188, cité par Eddy Batache, loc. cit., p. 390.
  173. Texte d'une conférence donnée en Sorbonne le 10 décembre 1931 et publié dans la NRF deux mois plus tard, recueilli à partir de 1964 dans le recueil Le Théâtre et son double.
  174. Le point de vue qui fait voir en la métaphysique une idée « inhumaine », « inefficace et morte » « tient, comme dit René Guénon, à notre façon purement occidentale, à notre façon antipoétique et tronquée de considérer les principes (en dehors de l'éat spirituel énergique et massif qui leur correspond) » (Antonin Artaud, « La Mise en scène et la métaphysique », dans Le théâtre et son double, Gallimard, « Folio Essais », p. 66). La phrase citée, sans référence, est apocryphe, et Guénon se montrera surpris de se la voir attribuer, même s'il n'en désapprouve pas l'idée. « Pour autant que nous la comprenons », ajoute-t-il toutefois prudemment (appendice au Théosophisme..., p. 450).
  175. « Comptes rendus d'articles de revue », mai 1932, recueillis en appendice au Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, p. 449-450.
  176. Ainsi qu'il est écrit dans le Théâtre et son double (Gallimard, « Folio Essais », p. 236, note 5 ; ou s'agit-il d'une note de Paule Thévenin ?).
  177. « Je suis venu au Mexique pour fuir la civilisation européenne... », écrit-il dans un texte de 1936, recueilli dans Messages révolutionnaires, Gallimard, « Folio Essais », Paris, 1971, p. 139.
  178. Antonin Artaud, « Le théâtre et les dieux », conférence prononcée le 29 février 1936 à Mexico, recueilli dans Messages révolutionnaires, p. 48.
  179. Selon Daumal, une civilisation traditionnelle est une civilisation dans laquelle « l'ordre du monde, l'ordre des institutions et l'ordre de la vie humaine sont soumis à une idée centrale qui a forme et force, tous les savoirs et toutes les techniques concourent cet ordre, selon une hiérarchie de sciences sacrées et d'arts sacrés (le « sacré » étant défini par là même) », citation tirée de « Dictionnaires et encyclopédies » (1936), recueilli dans Chaque fois que l'aube paraît. Essais et notes, t. I, Paris, Gallimrard, 1953, p. 165.
  180. Repris dans le recueil Chaque fois que l'aube paraît, p. 31-33.
  181. Ces deux citations sont extraites de Chaque fois que l'aube paraît, p. 31.
  182. a, b et c Chaque fois que l'aube paraît, p. 32.
  183. Ainsi qu'il le note dans son Journal le 5 décembre 1921 (cité par Michel Lécureur, Raymond Queneau, biographie, Les belles Lettres/Archimbaud, Paris, 2002, p. 59.
  184. Qu'il lit et relit : cinq fois entre 1922 et 1927 pour l'Introduction générale..., L'Erreur spirite, Le Théosophisme..., trois fois pour Orient et Occident, etc. (voir Michel Lécureur, op. cit., p. 58).
  185. « Il y a deux hommes dont je devrais chercher à faire la connaissance : René Guénon et Picasso » (Journal du 2 janvier 1927, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 93).
  186. Michel Lécureur, op. cit., p. 176.
  187. Le Petit traité des vertus démocratiques, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 175.
  188. Raymond Queneau, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 183.
  189. Qui est, sinon à « compléter, du moins [à] comprendre », et que de toute façon, on ne peut, en tant que « profane », qu'« assimiler rationnellement » (Queneau, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 228.
  190. Voir, selon Michel Lécureur (op. cit., p. 430) les articles de mathématiques réunis dans Bords (1963).
  191. Michel Lécureur, op. cit., p. 513.
  192. Cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 60.
  193. Ackerman, monographie sous la direction d'André Parinaud et Simone Ackerman, Éditions Mayer, 1987.

AnnexesModifier

Bibliographie diverseModifier

Ouvrages collectifs au sujet de René Guénon et de la doctrine traditionnelleModifier

  • René Alleau, Colloque dirigé par René Alleau et Marina Scriabine: René Guénon et l'actualité de la pensée traditionnelle : Actes du colloque international de Cerisy-la-Salle: 13-20 Juillet 1973, Milano, Archè, , 333 p. (ISBN 8872521114)
  • Philippe Faure, Recueil d'articles sous la direction de Philippe Faure: René Guénon : L'appel de la sagesse primordiale, Paris, Cerf-Patrimoines, , 523 p. (ISBN 2204109991)
  • Études Traditionnelles n. 293-295 : Numéro spécial consacré à René Guénon. Sans ISSN.
  • Science sacrée, Numéro Spécial René Guénon : R. G. de la Saulaye, juin 2003. (ISBN 2915059020).
  • La Lettre G - Revue maçonnique en langue française et italienne. Sans ISSN.
  • Sigaud, Pierre-Marie (éd.) : Dossier H René Guénon, L'Âge d'Homme, Lausanne. (ISBN 2-8251-3044-3).
  • (Collectif), René Guénon. Colloque du Centenaire Domus Medica, Le Cercle de lumière, 1996, 293 p., (ISBN 2-909972-00-3).
  • (Collectif), René Guénon et l'actualité de la pensée traditionnelle", Actes du colloque international de Cerisy-La-Salle: 13-20 Juillet 1973, sous la direction de René Alleau et Marina Scriabine Archè Milano, 1979. (ISBN 2801900060).
  • Jean-Pierre Laurant, « Cahiers de l'Herne » : René Guénon : sous la direction de Jean-Pierre Laurant avec la collaboration de Paul Barba-Negra (ed.), Paris, Éditions de l'Herne, , 457 p. (ISBN 978-2851970558)
  • (Collectif), Quelle humanité ? demain…, Vers la Tradition, Châlons-sur-Marne (France). Sans ISSN.
  • (Collectif), Il y a cinquante ans, René Guénon…, Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0180-X). (Notes.)
  • (Collectif), Que vous a apporté René Guénon?, Dualpha, Paris, 2002. (ISBN 2-912476-61-5)
  • Narthex n° trimestriel 21-22-23 de mars-août 1978 (et semble-t-il dernier), Numéro spécial René Guénon constitué de deux contributions de Jean Hani et de Bernard Dubant (cette revue tirée à seulement 600 exemplaires est introuvable et ne peut être consultée qu'à la BN).

Autres ouvrages au sujet de René GuénonModifier

  • Abd Ar-Razzâq Yahyâ (Ch.-A. Gilis) : Tawhîd et Ikhlâs, Aspects ésotériques, Le Turban noir, 2006, Paris.
  • Accart, Xavier : L'Ermite de Duqqi, Archè. (ISBN 88-7252-227-7). (Notes.)
  • Xavier Accart, René Guénon ou le renversement des clartés : Influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), Paris, Archè EDIDIT, , 1222 p. (ISBN 978-2-912770-03-5)
  • Barazzetti, Enrico : L'espace symbolique. Développements du symbolisme mathématique des états multiples de l'être, Archè, Milano, 1997.
  • Batache, Eddy : Surréalisme et Tradition, Éditions traditionnelles. Sans ISBN.
  • David Bisson, René Guénon, une politique de l'esprit, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, , 528 p. (ISBN 9-782363-710581)
  • Paul Chacornac, La Vie simple de René Guénon : Illustrations de Pierre Chaux, Paris, Les Editions Traditionnelles, , 130 p. (ISBN 2-7138-0028-5)
  • David Gattegno, Guénon: qui suis-je?, Puiseaux (France), Pardès, , 128 p. (ISBN 2-86714-238-5)
  • Geay, Patrick : Hermès Trahi : Impostures philosophiques et néo-spiritualisme d'après l'œuvre de René Guénon Dervy. (ISBN 2-85076-816-2).
  • Geay, Patrick : Mystères et significations du Temple maçonnique, Dervy, Paris, 2000. (ISBN 2-84454-056-2). (Notes.)
  • Charles-André Gilis, Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Paris, Les Éditions de l'Œuvre, , 144 p. (ISBN 2-904011-03-X)
  • Gilis, Charles-André : Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Les Éditions de l'Œuvre, Paris. (ISBN 2-904011-03-X).
  • Gilis, Charles-André : Les Sept Étendards du Califat, Éditions traditionnelles. (ISBN 2-7138-0141-9).
  • Gilis, Charles-André : René Guénon et l'avènement du troisième Sceau. Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0133-8).
  • Grison, Pierre et Jean-Louis, Deux aspects de l’œuvre de René Guénon. France Asie, Saïgon, 1953.
  • Grossato, Alessandro : Psychologie (attribué à René Guénon), Archè. (ISBN 88-7252-231-5). (Notes.)
  • Hapel, Bruno : René Guénon et l'Archéomètre, Guy Trédaniel, Paris. (ISBN 2-85707-842-0).
  • Hapel, Bruno : René Guénon et l'esprit de l'Inde, Guy Trédaniel, Paris. (ISBN 2-85707-990-7).
  • Bruno Hapel, René Guénon et le Roi du Monde, Paris, Guy Trédaniel, , 258 p. (ISBN 2-84445-244-2)
  • Marie-France James, Ésotérisme et christianisme autour de René Guénon, Paris, Nouvelles Éditions Latines, , 476 p. (ISBN 2-7233-0146-X)
  • Jean-Pierre Laurant, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, Lausanne, Suisse, L'âge d'Homme, , 282 p. (ISBN 2-8251-3102-4)
  • Jean-Pierre Laurant, L'Ésotérisme, Paris, Les Éditions du Cerf, , 128 p. (ISBN 2 7621 1534 5)
  • Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, Paris, Dervy, , 400 p. (ISBN 2-84454-423-1)
  • Abdel-Halim Mahmoud, René Guénon, Un soufi d'Occident, Paris, AlBouraq, , 182 p. (ISBN 2841613399)
  • Maxence, Jean-Luc : René Guénon, le Philosophe invisible, Presses de la Renaissance, Paris. (ISBN 2-85616-812-4). (Notes.)
  • Mercier, Raymond : Clartés Métaphysiques, Éditions Traditionnelles, Paris. Sans ISBN.
  • Montaigu, Henry : René Guénon ou la mise en demeure. La Place Royale, Gaillac (France). (ISBN 2-906043-00-1).
  • Nutrizio, Pietro (e altri) : René Guénon e l'Occidente, Luni Editrice, Milano/Trento, 1999.
  • Prévost, Pierre : Georges Bataille et René Guénon, Jean Michel Place, Paris. (ISBN 2-85893-156-9).
  • Reyor, Jean : Études et recherches traditionnelles, Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0134-6).
  • Reyor, Jean : Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit ».
  • Reyor, Jean : Sur la route des Maîtres maçons, Éditions Traditionnelles, Paris. Sans ISBN.
  • Patrick Ringgenberg, Diversité et unité des religions chez René Guénon et Frithjof Schuon, Paris, Ed. L'Harmattan, 2010, 384 p.
  • Jean Robin, René Guénon, témoin de la Tradition, Paris, Guy Trédaniel Éditeur, , 348 p. (ISBN 2-85707-026-8)
  • Sablé, Éric, René Guénon, Le visage de l'éternité, Éditions Points, 2013, (ISBN 978-2-7578-2857-1).
  • Sedgwick, Mark J. : Contre le monde moderne, Paris, Ed. Dervy, 2008, 396 p.

Correspondance de René GuénonModifier

  • La corrispondenza fra Alain Daniélou e René Guénon, 1947-1950, (éd. Alessandro Grossato), Florence, Leo Olschki, 2002.
  • Paris-Le Caire, Correspondance entre Louis Cattiaux et René Guénon, éditions du Miroir d'Isis, février 2012.
  • Fragments doctrinaux, éléments de doctrine extraits de 600 lettres de Guénon avec 30 correspondants au cours de sa vie, éditions Rose-Cross Books, Toronto (novembre 2013). (ISBN 978-0-9865872-2-1).

Livres (Guénon)Modifier

  1. « Avec le Vêdânta, nous sommes [...] dans le domaine de la métaphysique pure », Chap. XIV, p. 257.
  2. p. 104.
  1. Ce néologisme, emprunté à l'anglais, est forgé par Guénon afin de différencier la Théosophie telle que l'entendent les membres de la société fondée par Héléna Blavatsky des doctrines d'un Jacob Boehme, d'un Eckartshausen ou d'un Louis-Claude de Saint-Martin, qui, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, revendiquaient déjà cette appellation : « L'organisation qui s'intitule actuellement « Société théosophique » [...] ne relève d'aucune école qui se rattache, même indirectement, à quelque doctrine de ce genre. », p. 8.
  2. Voir les chapitres XIII (« Le Théosophisme et les religions ») et XVIII (« Le Christianisme ésotérique ») du Théosophisme.
  1. p. 112.
  1. p. 171.
  2. Chap. II, p. 31.
  3. Chap. II, p. 32.
  4. Chap. II, p. 33.
  5. Chap. II, p. 38.
  6. Chap. III, p. 41.
  7. a et b Chap. III, p. 42.
  8. p. 71.
  1. Chap. I, les trois premiers sens étaient le sens littéral poétique, le sens philosophico-théologique et le sens politique et social. "Quel est donc le quatrième ? Pour nous, ce ne peut être qu'un sens proprement initiatique, métaphysique dans son essence, et auquel se rattachent de multiples données qui, sans être toutes d'ordre purement métaphysique, présentent un caractère également ésotérique".
  2. a, b et c Chap. II.
  3. a et b Chap. VI.
  4. Chap. III.
  5. a, b et c Chap. V.
  6. a et b Chap. IV.
  1. Chap. IV, p. 31.
  2. a et b Chap. VIII: Le Centre suprême caché pendant le Kali-Yuga.
  1. « Dans l'état présent du monde, nous avons donc, d'un côté, toutes les civilisations qui sont demeurées fidèles à l'esprit traditionnel, et qui sont les civilisations orientales, et, de l'autre, une civilisation proprement antitraditionnelle, qui est la civilisation occidentale moderne. », Chapitre II, p. 44.
  2. p. xx.
  3. Chapitre VI: Le chaos social.
  1. a et b Chap. V, p. 65.
  2. Chap. VIII, p. 103.
  3. Chap. V, p. 64.
  4. a et b Chap. VII: Les usurpations de la royauté et leurs conséquences.
  1. Chap. V, p. 41.
  2. Chap. XIV, p. 101.
  3. Chap. 38: Rose-Croix et Rosicruciens.
  4. p. 33.
  5. p. 39.
  6. a et b p. 40.
  7. chap. VIII, « De la transmission initiatique ».
  8. a et b p. 198.
  9. p. 226.
  10. Chapitre I, « Voie initiatique et voie mystique. » Dans ce chapitre, Guénon critique le fait de qualifier de « mystiques » les doctrines ésotériques orientales : « le mysticisme proprement dit, explique-t-il, est quelque chose d'exclusivement occidental et, au fond, de spécifiquement chrétien. », p. 15.
  11. p. 96.
  12. p. 98.
  13. p. 105.
  14. chap. XXXIX et XL.
  15. p. 249.
  16. chap. XXXIX.
  17. p. 243.
  18. p. 194.
  19. p. 192.
  20. p. 194-5.
  21. a et b p. 196.
  22. p. 44.
  1. Chap. XV: Entre l'équerre et le compas, p. 129.
  2. Chap. XXV: La cité des saules, p. 205.
  3. Chap. XXV: La cité des saules, p. 208.
  1. La lettre G et le swastika, publié dans les Études Traditionnelles en juillet-août 1950.
  2. Tradition et « Inconscient », publié dans les Études traditionnelles en juillet-août 1949.
  1. À propos des constructeurs du Moyen-Âge, publié dans le Voile d'Isis en novembre 1929.
  1. À propos des signes corporatifs et de leur sens originel, publié dans Regnabit en février 1926.
  1. a et b Sanâtana Dharma, publié dans les Cahiers du Sud, numéro spécial de 1949 : Approches de l’Inde.

Livres (Autres)Modifier

  1. p. 236.
  2. a, b et c p. 61.
  3. p. 62.
  4. a, b et c p. 59.
  5. a, b et c p. 53.
  6. Lettre de Guénon à Julius Evola, le 25 Octobre 1927, cité par Xavier Accart, p. 59.
  7. p. 60.
  8. p. 72.
  9. p. 75.
  10. p. 1069.
  11. a et b p. 76.
  12. a et b p. 63.
  13. a, b, c et d p. 64.
  14. a et b p. 68.
  15. p. 73.
  16. p. 65.
  17. p. 87.
  18. p. 88.
  19. a et b p. 91.
  20. p. 90.
  21. a, b, c, d et e p. 92.
  22. p. 113.
  23. p. 114.
  24. a et b p. 94.
  25. p. 273.
  26. p. 193.
  27. p. 118.
  28. a, b, c et d p. 83.
  29. p. 78.
  30. a et b p. 84.
  31. p. 85.
  32. a et b p. 93.
  33. p. 100
  34. a, b et c p. 103.
  35. p. 102.
  36. p. 105.
  37. p. 124.
  38. a, b, c et d p. 120.
  39. a et b p. 274.
  40. p. 119.
  41. a, b et c p. 121.
  42. a et b p. 122.
  43. p. 246.
  44. p. 257.
  45. p. 247.
  46. p. 255.
  47. p. 476.
  48. p. 128.
  49. a, b et c p. 143.
  50. p. 131.
  51. a, b, c et d p. 144.
  52. p. 129.
  53. p. 145.
  1. p. 197.
  2. Jean Baylot, René Guénon et la Franc-maçonnerie, p. 121-122.
  3. a, b et c Jean Baylot, René Guénon et la Franc-maçonnerie, p. 122.
  4. a et b Jean Baylot, René Guénon et la Franc-maçonnerie, p. 124.
  5. a et b Jean-Pierre Laurant, p. 215.
  1. p. 30.
  2. p. 35.
  3. p. 40.
  4. p. 45.
  5. p. 44.
  1. p. 26.
  2. a et b p. 32.
  3. a, b, c et d p. 40.
  4. a et b p. 38.
  5. a, b et c p. 39.
  6. p. 95.
  7. p. 41.
  8. a et b p. 42.
  9. a et b p. 43.
  10. p. 37.
  11. P. Chacornac note que lorsqu'il vint à Paris en 1890, il entra dans l'atelier du peintre Emile Bernard, et c'est alors qu'il prit son nom d'artiste Ivan Aguéli (son nom d'origine était John Gustaf Agelii). Chacornac et Laurant évoquent sa fréquentation des milieux anarchistes, ainsi que son intérêt d'alors pour la Société théosophique. Il fut arrêté pour avoir donné asile à un anarchiste recherché par la police, ce qui lui valut un emprisonnement à Mazas pendant plusieurs mois. Il mit à profit sa détention pour étudier l'arabe et l'hébreu, p. 43-44.
  12. p. 33.
  13. p. 34.
  14. a et b p. 35.
  15. p. 36.
  16. p. 47.
  17. a, b, c et d p. 52.
  18. p. 53.
  19. p. 51.
  20. p. 59.
  21. p. 6.
  22. a, b, c et d p. 70.
  23. p. 100.
  24. a, b et c p. 71.
  25. p. 72.
  26. Chap. VI et VII.
  27. p. 85.
  28. p. 84.
  29. p. 76-77.
  30. a et b p. 73.
  31. p. 74.
  32. p. 75.
  33. p. 9.
  1. Cette correspondance a été étudiée en détail par Jean-Pierre Laurant, La correspondance René Guénon - Ananda K. Coomaraswamy, ou l'échange de bons procédés, p. 67-85.
  2. a et b Paolo Urizzi, Présence du Soufisme dans l'œuvre de René Guénon, p. 330-331.
  3. Paolo Urizzi, Présence du Soufisme dans l'œuvre de René Guénon, p. 333-340.
  4. Paolo Urizzi, Présence du Soufisme dans l'œuvre de René Guénon, p. 334.
  1. p. 38.
  2. p. 37.
  3. p. 35-36.
  4. p. 36.
  5. p. 51.
  6. p. 56.
  7. Jacques Maritain décrivit cette période et cette revue comme une « entente cordiale » entre les néo-thomistes (avec lui à leur tête) et l'Action française. Il considéra, rétrospectivement, cette stratégie comme ayant été une erreur, p. 59.
  8. p. 53.
  1. p. 42.
  2. p. 63
  1. a et b p. 153.
  2. a et b p. 154.
  3. a et b p. 155.
  4. a et b p. 156.
  5. a, b et c p. 157.
  6. a, b, c et d p. 160.
  1. a, b, c, d et e p. 129.
  2. p. 127.
  3. p. 105.
  4. p. 123.
  5. p. 124.
  6. p. 108-114.
  7. a et b p. 138.
  8. p. 139.
  9. p. 145.
  10. p. 146.
  11. p. 147.
  12. p. 153.
  13. p. 159.
  14. p. 157.
  15. p. 140.
  16. a et b p. 163.
  17. a et b p. 164.
  18. p. 166.
  19. a et b p. 165.
  20. p. 168.
  21. p. 170-175.
  22. p. 176.
  23. p. 186.
  24. p. 192.
  25. p. 193.
  26. p. 194.
  27. p. 76.
  28. a et b p. 199.
  29. p. 212.
  30. p. 218.
  31. a et b p. 222.
  32. a et b p. 223.
  33. p. 224.
  34. p. 228.
  35. p. 235-243.
  1. p. 50.
  2. a et b p. 51.
  3. p. 52.
  4. p. 59.
  5. Chapitre II.
  6. p. 40.
  7. p. 43.
  8. p. 62.
  9. p. 62.
  10. a et b p. 62.
  11. p. 65.
  12. a et b p. 64.
  13. p. 67.
  14. a et b p. 96.
  15. p. 98.
  16. p. 101.
  17. p. 102.
  18. p. 118.
  19. a et b p. 117.
  20. a et b p. 123.
  21. a et b p. 121.
  22. p. 122.
  23. p. 120.
  24. p. 126.
  1. François Chenique, À propos des États multiples de l'être et des degrés du savoir, p. 243.
  2. p. 19
  1. p. 80-81.
  2. a, b et c p. 86.
  3. p. 60.
  4. p. 98.
  5. p. 29.
  6. a et b p. 100.
  7. p. 31.
  8. p. 89.
  9. p. 108.
  10. p. 90.
  11. p. 90-93.
  12. p. 91.
  13. p. 144.
  14. p. 67.
  15. p. 83.
  16. a, b, c et d p. 84.
  17. a, b et c p. 85.
  18. p. 78.
  19. a, b, c et d p. 106.
  20. a et b p. 110.
  21. p. 111.
  22. p. 105.
  23. a, b, c, d et e p. 113.
  24. a et b p. 112.
  25. p. 99.
  26. a, b et c p. 107.
  27. a et b p. 117.
  28. p. 118.
  29. Lettre du 16 septembre 1916, cité par Jean-Pierre Laurant, p. 119.
  30. a et b p. 109.
  31. a et b p. 121.
  32. p. 134.
  33. p. 120.
  34. « Très anticonformiste, elle avait été liée aux libre-penseurs et aux milieux socialistes révolutionnaires [...] C'est après 1889 seulement qu'elle se tourna vers le spiritualisme », p. 123
  35. p. 132.
  36. p. 133.
  37. p. 127.
  38. a et b p. 154.
  39. a et b p. 153.
  40. L'idée se trouvait, par exemple chez Sédir, p. 154.
  41. a, b et c p. 155.
  42. p. 122.
  43. p. 179.
  44. p. 181.
  45. p. 180.
  46. Ses premiers ouvrages attirèrent l'attention d'André Malraux, p. 133.
  47. « Si on s'est proposé de continuer mon travail (et au fond il n'y a pas autre chose là-dedans), je dois reconnaître que l'on n'y réussit que trop bien, du moins pour le moment », écrit-il le 6 avril 1929, p. 184-185.
  48. Qui contient une bibliothèque de 4 000 volumes, p. 29.
  49. Guénon voit derrière cette affaire une émanation de la « contre-initiation », p. 176-177.
  50. p. 287.
  51. p. 276.
  52. « La tradition retrouvée dans le métier » est le titre d'un article que signe Guénon en janvier 1937 dans les Études traditionnelles pour soutenir l'entreprise de Gleizes de fonder une communauté d'artistes et d'artisans à Moly-Sabata, p. 259.
  53. p. 259.
  54. Chaque fois que l'aube paraît, p. 32. Il est à noter que si Daumal aimait « Guénon et ses vitupérations », il n'en allait pas de même avec ceux qu'il nommait les « guénonistes », expliquant que ceux qu'il avait pu connaitre « étaient des fanatiques intolérants et, en général, assez étroits d'esprit » (lettre à Geneviève Lief du 16/09/1942), p. 325.
  1. p. 64.
  2. p. 67.
  3. Jean Robin parle d'un passage de l'initiation virtuelle à l'initiation effective immédiate p. 305. Il cite l'article de Guénon Sagesse innée et Sagesse acquise de Janvier-Février 1949 où il décrit ce type exceptionnel de situation.
  4. p. 19.
  5. p. 270.
  6. p. 269.
  1. p. 9.
  2. a et b p. 10.
  3. p. 150.
  1. p. 28.
  1. a, b, c et d p. 166
  2. a, b et c p. 168.
  3. p. 164.
  1. p. 111-134
  1. p. 77.
  2. p. 273.
  3. p. 457.
  4. p. 202.
  5. p. 92.
  6. p. 84.
  7. a et b p. 431.
  8. p. 272.
  1. p. 10.

Liens externesModifier

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