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Râmakrishna

moine et philosophe hindous indiens
Râmakrishna Paramahamsa
Ramakrishna at studio.jpg
Râmakrishna (1881, Calcutta)
Naissance
Décès
(à 50 ans)
Cossipore (Calcutta), Inde
Nationalité
École/tradition
Principaux intérêts
Spiritualité, méditation
A influencé
Père
Khudiram Chattopadhyay (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Chandramani Devi (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Sarada Devi (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata

Râmakrishna Paramahamsa, en bengali রামকৃষ্ণ পরমহংস (Ramkṛiṣṇo Pôromôhongśo), de son vrai nom Gadâdhar Chattopâdhyâya (গদাধর চট্টোপাধ্যায় (Gôdadhor Chôţţopaddhae)), - Calcutta, ) est un mystique bengali hindouiste[1]. Dévot de Kâlî et enseignant de l'Advaïta védanta, il professait que « toutes les religions recherchent le même but » et plaçait la spiritualité au-dessus de tout ritualisme[2]. Il insista sur l'universalité de la voie de la bhakti (dévotion), ayant lui-même approché le christianisme et l'islam[3]. Il est considéré comme « l'un des plus grands maîtres indiens de tous les temps » et serait un avatar de Vishnou[4].

En 1897, onze ans après sa mort, son disciple le plus proche, Vivekananda, créa la « Mission Rāmakrishna » pour concrétiser le message de son maître en Inde et hors de l'Inde à travers l'existence d'écoles de spiritualité, collèges ou ashram[5].

Sommaire

BiographieModifier

Il naît dans une famille brahmanique de tradition vishnouite[6]. Il reçoit une éducation rudimentaire à l'école primaire, adhère à la religion de sa famille, et devient orphelin de père à 6 ans. À 9 ans, il reçoit le cordon sacré de la caste des brahmanes lors de l’initiation « upanayana ». Il accepte sa première obole (qui dans la tradition ne peut être reçue que d'un brahmane) de la main d'une femme de basse caste afin de remplir la promesse qu'il lui avait faite, s'érigeant dès lors contre les règles et préjugés de sa propre caste, manifestant une volonté d'agir à partir de ses propres intuitions[7].

À 20 ans, il devient, pour avoir un moyen de subsistance, prêtre responsable du culte quotidien dans un temple de la déesse Kâlî à Dakshineswar[6]. Il déclare en avoir reçu une vision mystique, et cette expérience libératrice est déterminante. Il voit en Kâlî la Mère de l'univers[7].

Il revient ensuite à 23 ans à son village d'origine et sa mère l'oblige à se marier avec Sharada Devi (en), âgée de 5 ans seulement. Elle retourne chez ses parents et ne revient aux côtés de son époux qu'à l'âge de 18 ans. Ce mariage ne sera jamais consommé et son épouse est sa première disciple[7].

Il pratique le tantrisme à partir de 1861 avec une femme appelée Bhairavi Brahmani[7]. Selon l'indianiste André Padoux : « Il ne fut pas, pour autant, un tantrika vraiment pratiquant, sa nature répugnant à ce que le tantrisme a de plus transgressif et se refusa, semble-t-il, aux rites sexuels. De tempérament plutôt homoérotique, il craignait les femmes et préférait s'entourer de jeunes disciples masculins. Ce côté à la fois tantrique et ambigu de la personnalité de Ramakrishna, qui en fait la richesse et la complexité, et qu'il faut connaître pour le comprendre est, du fait de la Ramakrishna Mission, resté presque inconnu jusqu'à nos jours [en 2005][6]. » Ceci car la Mission Ramakrishna, à travers son fondateur Vivekananda, « ne retint que l'aspect védantique orthodoxe de l'enseignement de Ramakrishna [diffusé] en Inde et dans le monde sous la forme d'un néo-védantisme simple et accessible, adapté au plus grand nombre et notamment à l'Occident[6]. »

Quand Râmakrishna rencontre Tota Puri (en), un moine errant enseignant l'Advaita Vedānta, et qu'il décide de suivre son enseignement à partir de 1864, il fait table rase de toutes les conceptions de Dieu qu'il avait épousées jusqu'alors, pour se plonger dans la méditation sur « l'Absolu Qui n'a ni nom ni forme », selon l'enseignement des Véda développé par les Upanishad ; méditation qui selon ses propres dires était un réel défi, voire angoissante. Il préfère revenir à sa pratique familière de la dévotion (bhakti)[7],[8].

En 1866, il devient proche de l'Islam auquel il est initié par Govinda Roy, un hindou pratiquant le Soufisme[9]. Il vit plusieurs extases. Plus tard, en 1874, il aurait eu une vision de Jésus après avoir pensé constamment à lui plusieurs jours durant. Il s'est intéressé à toutes les grandes traditions mystiques et a déclaré avoir atteint l'Absolu à travers chacune d'entre elles, indiquant ainsi que pour lui, toutes les voies mènent à la même Réalité, une et indicible[7].

La rencontre avec VivekanandaModifier

En 1880, il reçoit une première visite d'un jeune homme d'environ 18 ans, cultivé et intelligent, le futur Vivekananda. Ce dernier lui aurait demandé : « Monsieur avez-vous vu Dieu ? » à quoi Ramakrishna aurait répondu par l'affirmative. Vivekananda n'aurait cependant pas été convaincu, plusieurs visites se succédèrent, jusqu'à ce qu'il se décida à s'engager dans la voie du renoncement (samnyâsin)[10].

Vivekananda a rendu hommage à son maître en ces termes : « Si je vous ai dit un mot de vérité, il vient de lui et de lui seul. Et si je vous ai dit beaucoup de choses qui ne sont pas vraies, qui ne sont pas exactes, qui ne sont pas bienfaisantes pour l'humanité, c'est de moi seul qu'elles viennent et j'en suis seul responsable[11] ».

DoctrineModifier

Dans sa synthèse des religions, il inclut le christianisme. Il a encouragé la création d'un ordre monastique, lequel ne fut fondé véritablement que le (jour de la naissance de Jésus), par Vivekananda à Belur près de Calcutta. Le Monastère de Belur en continue la tradition.

Ramakrishna n'a rien écrit, mais un disciple du nom de Mahendra Nath Gupta (Master Mahashay) a tenu un journal qui fut publié sous forme de brochures, en bengali, en 1897, intitulé « Sri Ramakrishna Kathamrita[12] ». Ce même disciple proposa une version anglaise beaucoup plus concise : « The Gospel of Ramakrishna[13] ».

Jean Herbert a traduit et publié ses enseignements aux éditions Albin Michel[4].

Points de vue sur RâmakrishnaModifier

Romain Rolland voit dans son enseignement « Le couronnement de trois mille ans de la vie intérieure d’un peuple de trois cents millions d’habitants[14] » (chiffre de la population de l'époque).

Sri Aurobindo dit de lui : « Ce n’est pas avant cinq siècles au moins que le monde sera prêt à recevoir un autre Râmakrishna Paramahamsa. Il faut nous hâter de transformer en expérience la masse de pensées qu’il nous a léguées et de convertir en réalisation l’énergie spirituelle qu’il a lancée. Tant que nous ne l’aurons pas fait, de quel droit demanderions-nous davantage[14] ? ».

Le Mahatma Gandhi : « Sa vie nous permet de voir Dieu face à face[4] ».

René Guénon a écrit dans un article sur les conversions : « Ceux-là (les hommes qui sont parvenus à un haut degré de réalisation spirituelle) sont, par l'état spirituel qu'ils ont atteint, au-delà de toutes les formes, de sorte qu'il ne s'agit là pour eux que d'apparences extérieures, qui ne sauraient aucunement affecter ou modifier leur réalité intime ; ils ont, non pas seulement compris, mais pleinement réalisé, dans son principe même l'unité fondamentale de toutes les traditions ». Il serait donc encore plus absurde de parler ici de « conversions », et pourtant cela n'empêche pas que nous avons vu certains écrire sérieusement que Shrî Râmakrishna, par exemple, s'était « converti » à l'Islam dans telle période de sa vie et au Christianisme dans telle autre ; rien ne saurait être plus ridicule que de semblables assertions, qui donnent une assez triste idée de la mentalité de leurs auteurs. En fait, pour Shrî Râmakrishna, il s'agissait seulement de « vérifier », en quelque sorte, par une expérience directe, la validité des « voies » différentes représentées par ces traditions auxquelles il s'assimila temporairement ; qu'y a-t-il là qui puisse ressembler de près ou de loin à une « conversion » quelconque[15] ? ».

Mission RâmakrishnaModifier

Article détaillé : Mission Ramakrishna.

Créée par Vivekananda en 1897, elle a pour but de promouvoir le message de la non-dualité, doctrine qui transcende les religions. C'est une organisation internationale qui réalise des actions humanitaires en Inde pour lutter contre les effets de la pauvreté[16]. L'indianiste André Padoux remarque : « Cette institution a elle-même, entre autres intérêts, celui d'avoir été le premier ordre religieux fondé en Inde dans le but de répandre dans le monde le message de la spiritualité hindoue tout en ayant sur place, au moins dans une certaine mesure, une activité d'ordre social à la manière et, peut-on dire, à l'exemple des fondations religieuses ou des institutions caritatives occidentales[6]. »

Swâmi Siddheswarânanda arrive en France le , après avoir été désigné par la Mission Râmakrishna pour y représenter la spiritualité indienne. Il fonde l'ashram Râmakrishna à Gretz (Centre Védantique Ramakrishna), en 1948.

En 1993, le directeur général de l'Unesco déclarait lors d'un discours : « Je suis frappé de la ressemblance qui existe entre les statuts de la Mission Ramakrishna, fondée par Vivekananda dès 1897, et l’Acte constitutif de l’Unesco, rédigé en 1945. Ces deux organisations placent l’être humain au centre de leurs efforts en faveur du développement. Elles accordent toutes les deux la priorité à la tolérance dans leur action pour instaurer la paix et la démocratie. Elles reconnaissent toutes les deux que la diversité des cultures et des sociétés est une dimension essentielle du patrimoine commun de l’humanité[17] ».

Notes et référencesModifier

  1. The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 173 et 174, (ISBN 8170945216)
  2. Encyclopedia of Hinduism par C.A. Jones et J.D. Ryan publié par Checkmark Books, pages 349 et 350, (ISBN 0816073368)
  3. Anne-Marie Esnoul, « HINDOUISME  », Encyclopædia Universalis (en ligne), consulté le 4 octobre 2014.
  4. a b et c Les Éditions Albin Michel, « L'Enseignement de Râmakrishna », sur Albin Michel (consulté le 4 octobre 2014)
  5. Marie-Simone RENOU, « RĀMAKRISHNA (1836-1886)  », Encyclopædia Universalis (en ligne), consulté le 5 octobre 2014.
  6. a b c d et e Padoux, André, « Swami Saradananda, Biographie de Ramakrishna par Swami Saradananda son disciple. Trad. et adapt. de Michel Meex, Christine More et Swami Amarananda, Paris, Cerf, 2005, 623 p. », Archives de sciences sociales des religions, nos 131-132,‎ (ISSN 0335-5985, lire en ligne)
  7. a b c d e et f Alexandre Astier, Les maîtres spirituels de l'hindouisme, Editions Eyrolles, (lire en ligne), pp. 100-102
  8. « Il a expliqué par la suite que cette expérience philosophique abstraite de la non-dualité de l'Absolu sans nom ni forme [avec Tota Puri] s'était avérée angoissante et que, s'en étant libéré, il a préféré revenir à sa pratique plus familière de la dévotion (bhakti) à un dieu manifesté et personnel : Krishna, Mère Kali ou Shiva. » (Page 102)
  9. (en) Parama Roy, Indian Traffic: Identities in Question in Colonial and Postcolonial India, University of California Press, (ISBN 9780520917682, lire en ligne), p. 94
  10. Virginie Larousse, « Vivekânanda », sur Le Monde des Religions, (consulté le 4 octobre 2014)
  11. Swâmi Vivekânanda, Entretiens et causeries, Albin Michel, (lire en ligne), p. 287
  12. Une version anglaise intégrale et littérale a été rédigée par le Swami Nikhilananda en 1942.
  13. Source : Préface de L'Évangile de Ramakrishna, CVR, Gretz, 1980, p. 7.
  14. a et b Shrî Râmakrishna (trad. Jean Herbert), L'Enseignement de Râmakrishna, Albin Michel, (lire en ligne), p. 10
  15. René Guénon, « À propos des conversions », article publié dans la revue des Éditions Traditionnelles, no 270,septembre 1948, et repris dans l'ouvrage posthumeInitiation et réalisation spirituelle, chapitre XII
  16. Alexandre Astier, Comprendre l'hindouisme, Editions Eyrolles, (lire en ligne), p. 198
  17. Discours prononcé au siège de l’Unesco le 8 octobre 1993 par Federico Mayor Zaragoza à l’occasion de l’exposition et du séminaire marquant le centenaire de la participation de Swami Vivekananda au Parlement des religions, à Chicago, en 1893.

BibliographieModifier

  • Romain Rolland, La vie de Ramakrishna, Suivi de l'enseignement de R., Coll. les grands initiés, Paris, Robert laffont, 1973, 332p.
  • Marc de Smedt, Ramakrishna, un sage en Inde, Courrier du Livre, 1987.
  • Christopher Isherwood, Ramakrishna : une âme réalisée, Éd. du Rocher, 1995.
  • Jeffrey J. Kripal (en), Kali's Child (en): The Mystical and the Erotic in the Life and Teachings of Ramakrishna (Chicago, 1995, 1998) (ISBN 978-0-226-45377-4)
  • « M » (Mahendranath Gupta (en)), son disciple, Les entretiens de Ramakrishna, Éditions du Cerf, 1996, (ISBN 9782204053006), 368 pages. Écrit originellement en bengali sous le titre Shri Shri Ramakrishna Kathamrita. Traduit par Charles Maix.
  • Rachel et Jean-Pierre Cartier, Ramakrishna : un maître pour notre temps, Suivi d'un entretien avec swâmi Veetamohananda. Paris : la Table ronde, 2004. 171 p., 20 cm. (ISBN 2-7103-2538-1).
  • Swami Saradananda (en), son disciple, Biographie de Ramakrishna, Éditions du Cerf, 2005, (ISBN 9782204075862), 624 pages. Écrit originellement en bengali, cinq volumes achevés en 1919, sous le titre Shri Shri Ramakrishna Lilaprasanga. Traduit par Michel Meex, Christine More et Swami Amarananda de l'ordre de Ramakrishna. — Compte rendu par André Padoux.
  • Jean Herbert, L'enseignement de Râmakrishna, Albin Michel, 2005 (d'après les carnets de Mahendra Nath Gupta rédigés en bengali).
  • Michel Meex, Ode à Ramakrishna, Ode de 355 alexandrins, Éditions Le Manuscrit, 2007, (ISBN 2-7481-8332-0), 34 pages.

Voir aussiModifier

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